La Chambre reprend l'étude, interrompue le 28 novembre 2025, de la motion portant que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
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resMadame la Présidente, je suis heureuse de prendre la parole aujourd'hui au sujet du projet de loi , qui créerait un poste de mandataire du Parlement qui serait chargé de surveiller la mise en œuvre des traités modernes par le gouvernement fédéral.
À la base, je pense qu'il est important de noter que ce projet de loi propose un commissariat de plus et un organe bureaucratique de plus pour surveiller les ministères qui ont déjà du mal à respecter les ententes que le Canada a signées avec les nations autochtones. Bien que l'intention, à mon avis, soit de renforcer la reddition de comptes, la question qui se pose est de savoir si le projet de loi permettrait réellement d'assurer cette reddition de comptes ou s'il donnerait simplement l'impression de le faire.
Les traités modernes régissent des choses comme la propriété foncière, les ressources naturelles et les compensations financières, parmi d'autres. Ce sont des choses dont il est plus que jamais question actuellement, puisque nous attendons de voir si le gouvernement libéral va vraiment approuver la construction d'un pipeline vers le Pacifique, ouvrir de nouvelles mines, acheminer le gaz naturel liquéfié vers les marchés internationaux et bâtir le Canada fort dont nous avons tant entendu parler.
Je tiens à préciser d'emblée que les conservateurs reconnaissent la véritable frustration que ressentent depuis longtemps nos partenaires autochtones signataires des traités. Nous appuyons les droits issus des traités, la réconciliation, l'autonomie gouvernementale et, bien sûr, l'autodétermination. Nous comprenons pourquoi de nombreux gouvernements autochtones demandent des mécanismes plus solides pour obliger Ottawa à tenir parole. Cela ressort très clairement dans tous les plaidoyers que nous avons entendus et dans la force avec laquelle ces nations ont défendu leurs causes.
Dans sa forme actuelle, le projet de loi remplacerait la responsabilité par ce qu'il semble être encore plus de paperasserie, ce qui ne correspond pas à l'objectif visé par le projet de loi. Il tente de résoudre un problème de rendement en élargissant une bureaucratie qui s'est déjà avérée un échec. Sa dernière version est une mesure instinctive et impulsive, dont le succès serait mesuré par le nombre de rapports publiés plutôt que par quelque chose qui, selon moi, fait souvent défaut ici: la qualité des résultats obtenus.
Revenons un peu en arrière pour expliquer d'où viennent les traités modernes et ce qu'ils visaient à régler. Ils ont vu le jour parce que les traités historiques, pas toujours parfaitement honorés, ne réglaient pas la question des titres fonciers autochtones dans de vastes régions du pays. Cette lacune juridique a persisté jusqu'à ce qu'une décision historique de la Cour suprême, en 1973, force Ottawa à abandonner sa politique de déni des droits des Autochtones et à s'engager dans des négociations de nation à nation. Cette décision a donné lieu, en 1975, au premier traité moderne, la Convention de la Baie James et du Nord québécois, puis à 26 autres ententes similaires depuis. Ces traités définissent la propriété foncière, les droits sur les ressources, les compensations et l'autonomie gouvernementale. Ils sont protégés en permanence et sont juridiquement contraignants.
Depuis des années, les gouvernements autochtones répètent le même message: le Canada signe des accords, mais il ne lui arrive que trop souvent de ne pas les appliquer. Cela ne surprendra personne qui a écouté les conversations tenues dans cette enceinte à ce sujet ou ailleurs au pays au cours des dernières décennies. En 2008, le Sénat a recommandé à Ottawa de créer un organisme qui veillerait à ce que le gouvernement applique effectivement les traités. Depuis lors, les partenaires des traités ne cessent de réitérer cette demande.
Lorsqu'ils étaient au pouvoir, les conservateurs ont prouvé qu'il était possible pour le gouvernement fédéral de conclure et de mettre en œuvre des traités modernes en se concentrant sur les résultats, et non seulement sur l'appareil bureaucratique et les procédures administratives. Entre 2006 et 2015, on a conclu cinq traités modernes sur l'autonomie gouvernementale qui ont donné aux communautés autochtones des pouvoirs réels en matière d'économie et de gouvernance.
Depuis, la situation a beaucoup changé sous le gouvernement libéral. On a créé d'innombrables bureaux, cadres, stratégies et plans d'action, mais aucun traité moderne n'a été conclu, ce qui nous amène à la raison pour laquelle nous avons cette discussion. Pendant que les procédures administratives se sont multipliées à Ottawa et dans les environs, sur le terrain, plus rien ne progresse. Si les députés ont écouté l'un ou l'autre de mes collègues parler de cette situation, dans le cadre de ce débat ou de nos délibérations en général, alors ils les ont entendus dire qu'on fait beaucoup de beaux discours, mais que les résultats ne reflètent pas ce qui a été dit.
Pourquoi est-ce important? C'est dans ce contexte que s'inscrit le projet de loi , la mesure dont nous discutons aujourd'hui. On nous dit que la solution au mauvais bilan du Canada en matière de mise en œuvre consiste à créer un nouveau commissariat, mais les mécanismes de surveillance sont déjà en place. La vérificatrice générale s'est penchée à plusieurs reprises sur la mise en œuvre des traités. Dans ses rapports, elle a indiqué concrètement quelles sont les lacunes, nommé certains ministères et recommandé des mesures bien précises, mais bon nombre des mêmes problèmes subsistent encore aujourd'hui.
Les personnes qui nous regardent se demandent sûrement pourquoi. C'est parce qu'il n'y a aucune conséquence quand un ministère ne s'acquitte pas d'une obligation découlant d'un traité. Personne n'est tenu responsable. Personne ne perd son emploi. Personne ne prend la parole à la Chambre pour expliquer pourquoi l'engagement a été ignoré. À la place, le gouvernement a mis en place tout un écosystème d'organismes internes: le Bureau de mise en œuvre des traités modernes, le Comité de surveillance des sous-ministres, l'Environnement de gestion des traités modernes, etc. Malgré toutes ces initiatives fédérales, les partenaires des traités ne cessent de réclamer à Ottawa le respect des obligations les plus élémentaires. Si ces structures n'ont pas permis de résoudre le problème, pourquoi quelqu'un ici devrait-il croire qu'une toute nouvelle structure, un tout nouveau bureau, un tout nouveau titre ou une toute nouvelle structure bureaucratique réussirait soudainement?
De nombreux partenaires autochtones avaient initialement demandé qu'un commissaire aux traités relève du Bureau du vérificateur général, une institution déjà conçue pour ce type de travail, qui s'est déjà prononcée sur ce type de travail et qui a déjà formulé des recommandations sur les lacunes de ce travail. Les libéraux ont plutôt choisi l'option la plus coûteuse, à savoir un mandataire du Parlement distinct, doté de sa propre bureaucratie et de son propre budget. Le véritable enjeu aujourd'hui n'est pas de savoir combien de bureaux existent à Ottawa, mais si le gouvernement fédéral tient ses promesses.
Un commissaire ne peut pas construire de logements, négocier un traité ou contraindre un ministère à respecter des délais qu'il a déjà dépassés. Seule la responsabilité ministérielle peut le faire. Nous l'avons dit à maintes reprises, mais seules des mesures de rendement claires, établies de concert par les partenaires du traité, peuvent y parvenir. Il serait irréaliste et inapproprié de suggérer que toute autre solution pourrait fonctionner.
Si une obligation découlant d'un traité n'est pas respectée, le ministre responsable devrait se présenter devant la Chambre et en répondre. Nous n'avons pas vu cela. Les hauts fonctionnaires qui font fi des engagements ne devraient pas être promus. Les ministères qui manquent à leurs obligations à répétition devraient subir des conséquences décrétées par la Chambre. C'est ça, la reddition de comptes. C'est ce que nous souhaitons voir. Les conservateurs croient en une relation forte, durable et honorable avec les nations autochtones, et nous pensons que les traités modernes doivent être plus que de simples documents signés.
C'est là que nous divergeons, et voici les éléments que nous souhaitons. Je vais simplement en dresser une liste succincte. Nous voulons exiger des ministères qu'ils donnent suite aux recommandations du Bureau du vérificateur général. Nous voulons imposer des plans de mise en œuvre publics et mesurables pour chaque traité. Nous voulons donner aux gouvernements autochtones les moyens d'agir à titre de partenaires égaux et non d'observateurs de la bureaucratie d'Ottawa, et nous voulons nous assurer que les ministres en subissent les conséquences de leurs manquements. C'est la seule façon réelle de résoudre ce problème.
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Madame la Présidente, je prends la parole au sujet du projet de loi , qui créerait le commissariat à la mise en œuvre des traités modernes. Ce projet de loi est présenté par le gouvernement comme un pas vers la reddition de comptes et la réconciliation, mais, quand on examine de près ce qu'il ferait réellement, voire ce qu'il ne ferait pas, il devient évident que les auteurs du projet de loi C‑10 confondent les concepts de processus et de progrès de même que la bureaucratie et le leadership.
Je tiens d'abord à énoncer clairement et sans hésitation le principe qui guide notre position. Le problème du système des traités modernes du Canada n'est pas un manque de surveillance, mais un manque d'exécution. Ce n'est pas une pénurie de chiens de garde, c'est l'absence de reddition de comptes. Or, la solution n'est pas la création d'un autre commissariat fédéral coûteux à Ottawa.
Depuis des années, les partenaires autochtones signataires de traités soulèvent des préoccupations sérieuses et légitimes au sujet de la cadence et de la cohérence de la mise en œuvre des traités. Des engagements sont pris, mais les échéances ne sont pas respectées. Les responsabilités sont réparties entre plusieurs ministères, et il n'y a pas de hiérarchie claire en matière de reddition de comptes. Les dossiers passent d'un bureau à l'autre, tandis que les communautés attendent que les obligations résultant de promesses faites, souvent il y a de nombreuses années, soient enfin respectées.
Ces frustrations sont réelles et amplement documentées, et elles méritent une vraie solution au problème, mais le gouvernement veut faire croire aux Canadiens que la solution consiste à créer une étape administrative de plus, un autre bureau qui coûtera des millions de dollars et dont la fonction principale sera de surveiller si les ministres et les ministères font bien leur travail et de produire des rapports à ce sujet.
La vérité est beaucoup plus simple. Nous savons déjà que le travail n'est pas fait. Les partenaires autochtones le savent, la vérificatrice générale le sait, les tribunaux le savent et le gouvernement lui-même le sait. Ce qui nous manque, ce n'est pas l'information, mais le leadership.
Le projet de loi ne vise pas à responsabiliser le gouvernement, mais à lui fournir un alibi, sous forme d'un commissariat indépendant. Les ministres pourront dire que le commissaire étudiera la question ou fera rapport à ce sujet, tandis que les manquements sous-jacents persisteront. En cette période où les Canadiens peinent à payer l'épicerie, le logement et leurs autres achats essentiels, l'idée du gouvernement fédéral de remédier à des manquements en faisant grossir l'appareil de l'État est exactement le contraire de ce que ferait un gouvernement responsable.
À la Chambre, personne ne conteste l'importance des traités modernes. Ces ententes ne sont pas des gestes symboliques. Ce sont des engagements protégés par la Constitution et juridiquement contraignants. Lorsqu'ils ne sont pas mis en œuvre correctement, les dommages ne sont pas théoriques. Il y a alors des répercussions sur le logement, les infrastructures, le développement économique et l'autonomie gouvernementale. La confiance s'érode, et la réconciliation est compromise de façon très concrète.
Soyons honnêtes quant à ce que ce projet de loi ferait réellement. Le projet de loi prévoit une surveillance mais aucune sanction, des vérifications mais aucune conséquence et des rapports mais aucune obligation d'agir. Le commissaire proposé aurait le pouvoir de réaliser des examens et des évaluations, de formuler des observations et de produire des rapports, mais il n'aurait pas le pouvoir d'obliger les ministères à débloquer des fonds, de forcer les ministres à respecter les délais ou de faire respecter les droits issus des traités. Le pouvoir d'agir resterait, exactement comme aujourd'hui, entre les mains des mêmes ministres et ministères qui ne respectent pas les engagements pris.
Nous devons donc nous demander ce qui changerait en fait. La réponse est que pas grand-chose ne changerait. Cette approche a déjà été utilisée, et elle a échoué. Le Canada ne manque pas de rapports: il en existe des dizaines. Depuis près d'une vingtaine d'années, le Bureau du vérificateur général, pour ne mentionner que lui, produit vérification après vérification. Ces vérifications sont indépendantes et approfondies. Leurs conclusions sont claires, mais le schéma est toujours le même. Les rapports sont déposés, les problèmes sont constatés, puis rien ne se passe.
Créer un commissariat ne fera rien contre la culture de l'inaction. Le nouveau commissaire ne créera pas la volonté politique qui fait défaut au gouvernement depuis plus d'une décennie. Une surveillance qui n'est accompagnée d'aucun pouvoir de contrainte n'est pas un moyen de responsabiliser le gouvernement; ce n'est que du théâtre.
Les conservateurs croient en l'utilisation responsable des fonds publics. Nous croyons également qu'il ne faut pas réinventer la roue, mais la réparer. Le Bureau du vérificateur général assure déjà, pour le Parlement, une surveillance crédible qui fait autorité. Le problème, ce n'est pas que le Bureau du vérificateur général manque de moyens, mais plutôt que le gouvernement ne fait souvent aucun cas de ses conclusions. Au lieu de renforcer la reddition de comptes à l'intérieur du cadre existant, le gouvernement propose de créer un autre organisme qui ferait double emploi et fournirait encore plus de rapports qu'il pourrait ensuite ignorer sans conséquence.
Fait encore plus préoccupant, le projet de loi réduirait le pouvoir des parlementaires d'exiger une reddition de comptes. En effet, le Parlement lui-même ne pourrait pas entreprendre d'audits. Seuls le commissaire, le ministre des Relations Couronne-Autochtones ou un partenaire à un traité pourraient le faire. Cette restriction éloignerait encore davantage les représentants élus du processus de surveillance, plutôt que de renforcer leur rôle dans ce domaine.
Ajoutons qu'on ne peut pas examiner ce projet de loi sans tenir compte du bilan général du gouvernement. De 2015 à 2017, le gouvernement a créé de multiples bureaux, comités et cadres visant à améliorer la mise en œuvre des traités. Malgré toute cette bureaucratie supplémentaire, le gouvernement n'a pas conclu un seul traité moderne en plus de 10 ans, il convient de le souligner.
En revanche, sous le gouvernement conservateur précédent, cinq traités modernes ont été négociés et mis en œuvre avec succès en seulement six ans. Ces accords ont fait progresser l'autonomie gouvernementale, clarifié les droits territoriaux et apporté de la certitude aux communautés autochtones. Ils n'ont pas été conclus grâce à une surveillance incessante, mais grâce au leadership du gouvernement conservateur, à sa reddition de comptes et à sa volonté de produire des résultats.
Les défenseurs du projet de loi invoquent les organisations autochtones qui réclament une surveillance indépendante. Leur frustration est compréhensible. Les collectivités attendent depuis beaucoup trop longtemps que les engagements soient honorés. Cependant, il est aussi important de comprendre ce que les partenaires à un traité demandent réellement. Ils ne demandent pas d'autres études. Ils ne demandent pas qu'une institution à Ottawa observe leur frustration à distance. Ils demandent des certitudes. Ils demandent des échéances concrètes. Ils demandent au gouvernement fédéral de donner suite à ce qui a déjà été convenu. Ils demandent des résultats.
Pour de nombreux gouvernements autochtones, le problème n'est pas que le Canada manque de connaissances sur la mise en œuvre des traités. Il découle plutôt du fait que la responsabilité est fragmentée entre plusieurs ministères, et qu'aucun ministre n'est clairement responsable quand les choses tournent mal. Lorsque des obligations chevauchent deux mandats, rien ne bouge. Lorsque les échéances ne sont pas respectées, personne n'en assume la responsabilité. Au lieu de mettre un terme à cette fragmentation, le projet de loi entérine celle-ci.
Voilà pourquoi les conservateurs croient que l'accent doit rester là où la Constitution le met, c'est-à-dire sur la Couronne. L'honneur de la Couronne ne peut pas être délégué. Il ne peut pas être confié à un bureau indépendant. Il est entre les mains des ministres, qui ont l'autorité, les ressources et l'obligation de produire des résultats. Quand cette responsabilité est diluée, la réconciliation ne progresse pas; elle s'enlise. En fait, de nombreux dirigeants autochtones ont déjà fait valoir que, même s'il fallait renforcer la supervision, cela devait se faire avec les institutions existantes, en particulier le Bureau du vérificateur général, et non par l'intermédiaire d'une bureaucratie parallèle.
Quiconque déploie de véritables efforts de réconciliation respecte les gouvernements et partenaires autochtones, et évite donc d'en faire de simples intervenants gérés par l'intermédiaire d'un processus fédéral supplémentaire. Les peuples autochtones sont tout à fait capables de participer directement au travail de reddition de comptes et de surveillance sans qu'un autre bureau installé à Ottawa vienne s'interposer entre eux et la Couronne.
Les conservateurs ne prennent pas part au débat sans avoir quelque chose à proposer. Nous y venons avec une solution de rechange claire et crédible, qui met l'accent sur l'exécution et non sur l'expansion. Nous croyons que les obligations découlant des traités doivent être intégrées directement aux mandats ministériels, de manière que les responsabilités soient claires et inéluctables. Les ministres doivent rendre compte de leurs progrès directement au Parlement, et non à un commissaire. Les échéances doivent compter. Quand des engagements ne sont pas respectés, des explications doivent être fournies, et il doit y avoir des conséquences. L'obligation redditionnelle doit s'appliquer jusqu'à l'échelon ministériel, là où elle est censée être. C'est ainsi qu'un régime axé sur cette obligation fonctionne dans tous les autres secteurs de l'appareil gouvernemental. Il ne doit pas en être autrement de la mise en œuvre des traités.
Ce n'est pas en créant des bureaux que l'on fait progresser la réconciliation. On le fait en respectant les engagements pris. Un commissaire ne construira pas des maisons, il n'accélérera pas les négociations et il ne fera pas respecter les droits issus des traités. Pour y parvenir, il faut du leadership. Les peuples autochtones méritent plus que des structures symboliques et des rapports soigneusement rédigés. Ils méritent un gouvernement qui tient ses promesses. Ils méritent la mise en œuvre des traités, et non des excuses.
Le projet de loi offre l'impression que le gouvernement agit, sans s'attaquer à la cause de l'échec. Pour ces raisons, les conservateurs s'opposent au projet de loi et ils continueront d'exiger non un accroissement de la bureaucratie, mais une reddition de comptes véritable et des résultats concrets.
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Madame la Présidente, comme toujours, c'est un honneur de prendre la parole au nom de mes voisins et amis d'Oshawa. Aujourd'hui, je vais parler d'un sujet qui touche l'honneur de la Couronne et les liens qui ont façonné notre pays bien avant la Confédération. Ces liens ne peuvent pas être réparés par des communiqués de presse, de nouveaux titres ou de plus amples procédures bureaucratiques. Le gouvernement peut rebâtir ces liens en tenant ses promesses et en accomplissant le travail qu'il a déjà convenu de faire. Comme ma collègue de l'a souligné, ce qui importe, c'est de passer à l'action.
Au fil des années, les gouvernements qui se sont succédé ont parlé de réconciliation, mais parler sans avoir à rendre de comptes équivaut à laisser les partenaires autochtones en plan. Le projet de loi , qui propose de créer un poste de commissaire à la mise en œuvre des traités modernes, est présenté comme une solution à des décennies de manquements de la part du gouvernement fédéral. En réalité, le projet de loi vise à créer une autre entité administrative pour souligner les mêmes lacunes dont nous sommes au courant depuis longtemps. La vérificatrice générale les a déjà signalées. Les dirigeants autochtones les ont déjà signalées. Les partenaires signataires de traités les ont déjà signalées. Le problème, ce n'est pas un manque d'attention, mais un manque d'exécution.
Aujourd'hui, je tiens à parler clairement de l'état de la mise en œuvre des traités au Canada, de ce que sont réellement les traités modernes et des raisons pour lesquelles je ne crois pas qu'un autre organe bureaucratique de plusieurs millions de dollars nous permettra de respecter des engagements qui ont déjà été pris. Les traités modernes sont des ententes sur des revendications territoriales globales qui apportent des précisions sur les terres, les ressources et la gouvernance, ainsi que sur les droits constitutionnels. Bon nombre d'ententes comprennent des dispositions sur l'autonomie gouvernementale. D'autres constituent à elles seules des accords sur l'autonomie gouvernementale. Ces ententes sont exécutoires et contraignantes. Elles visent à permettre aux nations autochtones d'échapper au paternalisme de la Loi sur les Indiens et d'atteindre une véritable autodétermination.
Il est important de comprendre cette question, car la mise en œuvre ne consiste pas à créer de nouveaux bureaux de surveillance. Il s'agit de veiller à ce que les ministères respectent les pouvoirs et les engagements déjà énoncés dans la loi. C'est ce que nous avons constaté avec l'accord d'autonomie gouvernementale reconnaissant la nation Dakota de Whitecap, qui a été adopté avec l'appui des conservateurs en 2023. C'est un pas en avant, mais ce n'est pas un traité moderne en bonne et due forme. Il y a encore du travail à faire, et ce travail n'a rien à voir avec l'absence d'un commissaire et tout à voir avec le fait que les ministères ne donnent pas suite à l'accord. Comment un commissaire pourrait-il soudainement accomplir ce que les ministres n'ont pas réussi à faire pendant des années? Les ministres peuvent déjà exiger des résultats, et les ministères ont déjà des responsabilités à assumer.
À mon avis, le problème, c'est le manque de leadership et l'absence de conséquences. L'histoire nous le montre bien. Nous savons que des progrès sont possibles. Sous le premier ministre Harper, 5 traités modernes ont été conclus en 6 ans. Après 10 ans de règne libéral, pas un seul traité moderne n'a été signé. À l'heure actuelle, 70 groupes autochtones négocient avec le gouvernement fédéral, mais les résultats concrets se font toujours attendre. Le problème ne vient pas de la surveillance, mais d'un manque de leadership.
Le gouvernement prétend que le projet de loi est nécessaire pour cerner les lacunes. Or, divers rapports produits au fil des décennies exposent déjà ces lacunes en détail. Le Bureau du vérificateur général a réalisé d'importants audits sur la mise en œuvre des traités, les droits fonciers, les obstacles à la gouvernance et les processus de négociation. De nombreuses recommandations n'ont toujours pas été appliquées. Si le gouvernement fait fi des conclusions du Bureau du vérificateur général depuis près de 20 ans, peut-on vraiment s'attendre à ce qu'un nouveau commissaire y change soudainement quelque chose? Les ministères n'échouent pas parce que personne ne les surveille. Ils échouent parce qu'il n'y a pas de conséquences lorsqu'ils échouent.
Ce n'est pas la première fois que les libéraux tentent de réparer un échec en alourdissant la bureaucratie. Entre 2015 et 2017, ils ont mis sur pied le Bureau de mise en œuvre des traités modernes, le bureau de l'évaluation des répercussions des traités modernes et le comité de surveillance des sous-ministres, en plus de créer l'environnement de gestion des traités modernes, le Secrétariat à la réconciliation et un cadre de rendement. Malgré six entités distinctes, aucun traité moderne n'a été conclu. Les libéraux en veulent maintenant une septième, une entité qui ne détient aucun pouvoir de contrainte et qui n'est pas en mesure de demander des comptes aux ministres.
Pendant ce temps, les communautés continuent de faire face à de véritables défis. Elles continuent de devoir composer avec de graves pénuries de logements, des réseaux d'aqueduc dangereux et des services de police qui ne sont toujours pas reconnus comme essentiels malgré des années de promesses. Le développement économique est ralenti par des goulots d'étranglement fédéraux. Les répercussions des changements climatiques touchent de façon disproportionnée les communautés autochtones, qui réclament des mesures depuis des années. Tous ces problèmes découlent de lacunes opérationnelles, et non de lacunes en matière de surveillance. Un commissaire ne construira pas de maisons, ne réparera pas les usines de traitement des eaux et n'embauchera pas de policiers. Ce qui manque, c'est la volonté politique et la discipline ministérielle.
Nous ne pouvons pas passer sous silence les échecs du gouvernement fédéral en matière d'approvisionnement et de passation de marchés, qui ont porté préjudice aux communautés autochtones. Des entreprises ont faussement revendiqué une identité autochtone afin d'obtenir des contrats. Des millions de dollars ont été gaspillés dans des programmes qui ne produisent pas grand-chose. Les députés se souviennent-ils d'ArriveCAN? À elle seule, cette histoire nous rappelle que la mauvaise gestion peut non seulement éroder la confiance du public, mais aussi entraîner le gaspillage des ressources publiques. Un commissaire ne peut pas mettre fin à la fraude ni redresser un système d'approvisionnement défaillant. Seuls des contrôles internes appropriés, la transparence, l'existence de conséquences et la reddition de comptes peuvent y parvenir.
Partout au pays, les dirigeants autochtones demandent des partenariats fiables et une mise en œuvre prévisible, et non plus de bureaux centrés sur Ottawa. Ils veulent des arrangements fiscaux clairs, opportuns et équitables. Ils veulent que les ministères cessent de se renvoyer la balle les un aux autres, laissant ainsi les partenaires des traités pris entre deux feux. Ils veulent que l'autorité prévue dans les accords qu'ils ont signés soit respectée, et non remise en question.
Voilà pourquoi la reddition de comptes doit être enchâssée dans les politiques plutôt que de se limiter à avoir une valeur symbolique. Si un ministère ne respecte pas les responsabilités qui lui reviennent dans le cadre d'un traité, son ministre devrait rendre des comptes. Si des obligations issues d'un traité ne sont pas mises en œuvre, les responsables devraient répondre de leurs actes. La reddition de comptes peut seulement s'appliquer au gouvernement, pas à un commissariat. Les partenaires autochtones devraient bénéficier d'un réel pouvoir pour demander des comptes aux ministères au lieu d'avoir à attendre un autre rapport qui confirme ce qu'ils savent déjà.
Les conservateurs appuient les traités modernes. Nous sommes en faveur de l'autonomie gouvernementale des Autochtones. Nous soutenons toute mesure qui va plus loin que la Loi sur les Indiens pour renforcer les relations de nation à nation. Cependant, nous sommes contre l'idée de refiler encore la responsabilité de rendre des comptes à une nouvelle entité administrative. Ce n'est pas en embauchant plus de fonctionnaires que nous réaliserons des progrès sur le plan de la réconciliation. C'est plutôt en donnant suite aux engagements déjà pris, en respectant les obligations et en obtenant des résultats mesurables que nous y arriverons.
Le projet de loi offre une apparence de reddition de comptes, mais rien de concret, et cela semble être un thème récurrent de la 45e législature. Il y a une apparence de responsabilité, mais aucune obligation concrète. Il y a une apparence d'action, mais pas de plan concret. Il y a une apparence d'accords, mais ce ne sont que des protocoles d'entente. C'est un thème récurrent, et ce projet de loi poursuit sur cette lancée.
On ne restaure pas l'honneur de la Couronne en grossissant la taille de l'État. On le rétablit en tenant les promesses qui sont déjà dans la loi. Le projet de loi n'obligerait pas les ministères à travailler plus fort, n'augmenterait pas la responsabilité ministérielle et ne ferait pas respecter les obligations découlant des traités. Ce dont le Canada a besoin, c'est de leadership, d'efficacité et d'une véritable collaboration avec les gouvernements autochtones, et non d'un autre bureau qui surveille l'inaction des autres.
Mettons-nous à la tâche et mettons en œuvre les traités que nous avons déjà au lieu d'inventer de nouvelles structures bureaucratiques pour expliquer pourquoi on n'a pas fait le travail. Il faut tenir ses promesses, et non créer de la paperasse. Voilà ce qu'exige la réconciliation.
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Madame la Présidente, je suis ravie d'être ici aujourd'hui.
[La députée s'exprime en cri et fournit un texte en anglais dont voici la traduction:]
Avant de commencer, je tiens à souligner que le Parlement du Canada est situé sur le territoire non cédé du peuple algonquin anishinabe.
[Français]
Je prends la parole aujourd'hui pour parler du projet de loi , qui prévoit la création d'un nouvel agent indépendant du Parlement: le commissaire à la mise en œuvre des traités modernes.
[Traduction]
Les traités modernes ne sont pas des documents symboliques; ce sont des accords juridiquement contraignants qui affirment les droits des Autochtones, favorisent l'autonomie gouvernementale et fournissent des cadres pour le développement économique, l'intendance environnementale et la revitalisation culturelle. Il faut souvent du temps, voire des générations, pour négocier des traités modernes. Ces traités font partie des accords les plus complexes que le gouvernement doit mettre en œuvre, car ils prennent en considération les droits, les priorités et les aspirations des peuples autochtones et des Canadiens. De par leur nature même, les traités modernes et leur mise en œuvre sont non partisans. Le respect de ces engagements constitutionnels est une responsabilité partagée entre tous les partis et transcende les cycles politiques des gouvernements.
Pendant trop longtemps, la mise en œuvre des traités modernes dans notre pays a été difficile. Les partenaires des traités modernes ont souvent soulevé des préoccupations à l'égard des retards, des difficultés en matière de coordination et de l'insuffisance des mesures de surveillance prises par les ministères et les organismes fédéraux pour qu'ils respectent leurs obligations juridiques.
Le projet de loi a été présenté à la demande des nations elles-mêmes, qui souhaitent travailler en étroite collaboration avec le Parlement et qu'on puisse lui faire rapport de la situation. Les ministères et les ministres fédéraux sont là pour honorer la relation avec les nations et travailler avec elles, et nous voulons veiller à ce que les traités modernes soient traités avec le respect et selon l'approche qui sont clairement énoncés au sein même de ces documents.
[Français]
Les appels des partenaires autochtones ont été repris dans les rapports du Bureau du vérificateur général du Canada, de la Coalition pour les ententes sur les revendications territoriales et du Comité sénatorial permanent des peuples autochtones. La création du poste de commissaire à la mise en œuvre des traités modernes vient directement en réponse à ces appels.
Le projet de loi présenté au Parlement reflète des décennies de plaidoyers de la part des partenaires autochtones quant aux traités modernes et aux efforts de collaboration.
[Traduction]
En substance, le projet de loi créerait un poste de commissaire indépendant à la mise en œuvre des traités modernes. Le commissaire relèverait du Parlement, l'instance à laquelle les partenaires ont demandé qu'il rende des comptes et avec laquelle ils ont demandé qu'il travaille. Même le ministre des Relations Couronne-Autochtones, un autre ministre ou le premier ministre ne pourrait pas intervenir. C'est une structure que ma propre nation a utilisée avec succès. En tant qu'ancienne cheffe de ma nation, je crois que cela dépasse largement la portée de la structure actuelle du gouvernement.
Sans la création d'un commissariat, nous ne serions pas en mesure de nous assurer que nous pouvons légitimement entretenir la relation vraiment au niveau du Parlement, là où elle devrait être traitée. Le commissaire serait indépendant, c'est-à-dire à l'abri de l'ingérence et des pressions politiques. Son mandat serait inscrit dans la loi, et ses rapports seraient déposés au Parlement à des fins de transparence et d'examen public approfondi.
Le rôle du commissaire serait également essentiel et fondamental pour assurer des processus de vérification adaptés à la culture qui compléteraient les structures existantes. Le commissaire serait habilité à effectuer des examens et des vérifications de performance des ministères et organismes fédéraux pour évaluer dans quelle mesure ils respectent les traités modernes. Il s'agirait d'un processus supplémentaire qui n'existe pas actuellement.
La reconnaissance de la culture et la prise en compte de l'ensemble, une approche globale de ce que la communauté et la nation sont en tant que partenaires, constituent une étape essentielle pour le respect des revendications territoriales modernes.
[Français]
Le commissaire sera nommé pour un mandat de sept ans avec la possibilité d'être reconduit pour un mandat supplémentaire. Ce cycle long et limité garantit à la fois l'indépendance et la continuité et permettra au commissaire d'exercer son rôle de surveillance sans influence politique.
[Traduction]
Le poste serait pourvu par une personne possédant une expertise et des connaissances approfondies des traités modernes. Il s'agirait d'une structure unique visant à garantir que le commissaire dispose de la crédibilité et des connaissances nécessaires pour assurer une surveillance cohérente, experte et indépendante des gouvernements successifs. Cette personne serait sélectionnée en étroite consultation et en partenariat avec les partenaires des traités modernes.
[Français]
Cela ne fait pas double emploi avec le travail de la vérificatrice générale. C'est un rôle de commissaire qui sera complémentaire, mais distinct, en raison du fait qu'il s'agit d'une approche basée sur la culture et le respect de l'identité de la nation et du partenaire.
[Traduction]
Alors que la vérificatrice générale assure une surveillance générale des dépenses publiques, le mandat du commissaire serait exclusivement consacré aux activités fédérales de mise en œuvre des traités modernes. Le commissaire apporterait une expertise spécialisée, une compréhension culturelle et une attention soutenue aux engagements constitutionnels du Canada envers ses partenaires autochtones.
Le commissaire aurait la latitude nécessaire pour mener des vérifications et des examens systémiques, qui sont des outils conçus pour cerner les problèmes récurrents et améliorer la collaboration entre les ministères afin d'améliorer la mise en œuvre des traités modernes. Il se concentrerait également sur les obstacles systémiques et les solutions à long terme, ce qui rendrait son rôle unique dans le paysage canadien de la surveillance, avec une approche fondée sur la culture et la compréhension de l'identité du partenaire. Cela n'existe pas dans la structure gouvernementale actuelle.
Je souhaite m'adresser respectueusement à mes collègues qui se sont exprimés plus tôt aujourd'hui et qui considèrent cela comme un chevauchement ou comme l'ajout d'une couche supplémentaire au processus. Ce n'est pas le cas, car cela permettrait de mettre en lumière l'importance de la culture et de l'identité pour les titulaires de revendications. Pour être crédible, le commissaire devrait posséder des connaissances spécialisées en matière de revendications territoriales modernes et serait tenu de consulter les partenaires des traités et de collaborer directement avec eux tout au long du processus d'examen. Ces partenaires auraient la possibilité de commenter les conclusions préliminaires, et leurs opinions écrites seraient incluses dans les rapports présentés au Parlement, afin que les réponses du gouvernement fédéral et les points de vue autochtones soient entendus. Il s'agit là d'une étape cruciale.
En tant qu'ancienne cheffe d'une nation visée par un accord moderne sur les revendications territoriales, je dois exhorter mes collègues de tous les partis à bien tenir compte de l'importance du rôle du commissaire. Il est nécessaire de créer un espace où les décisions, les réflexions et la vérification de la mise en œuvre des traités se déroulent en tenant compte de la culture, de la langue et de l'identité. Nous ne devons pas uniquement le faire pour favoriser la réconciliation et adopter une approche collaborative, mais aussi parce que nos partenaires nous l'ont demandé.
Si nous voulons vraiment respecter notre engagement concernant les revendications territoriales et les traités modernes, nous devons entreprendre cette prochaine étape cruciale.
[Français]
Le projet de loi crée un poste de commissaire à la mise en œuvre des traités modernes. Cela donnera également aux partenaires autochtones des processus de négociation des nouveaux traités modernes et l'assurance que les engagements du gouvernement seront respectés.
[Traduction]
Ils sauront que le commissaire garantit non seulement que le gouvernement du Canada respecte ses engagements, mais aussi qu'il renforce ses relations de travail tout en comprenant et en respectant le contexte culturel.
Je veux m'assurer que les droits des habitants actuels des terres visées par les revendications territoriales, ainsi que ceux de leurs enfants et petits-enfants, sont respectés et appuyés dans les négociations futures. Un véritable partenariat consiste à inviter les partenaires à travailler directement avec le gouvernement et à rendre des comptes au Parlement. Si nous ne le faisons pas, nous ne respecterons pas les engagements que nous avons pris envers eux.
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Madame la Présidente, je suis heureux de prendre la parole au sujet du projet de loi , Loi concernant le commissaire à la mise en œuvre des traités modernes. D'emblée, je tiens à dire que je suis très fier de représenter les Premières Nations signataires du Traité n
o 6 en Alberta, y compris la nation crie d'Enoch et la Première Nation de Paul, de même que la région de la bande de Michel, qui demeure la seule Première Nation à avoir subi une émancipation forcée en 1958. C'est une question qui demeure très délicate à ce jour. Elle cherche toujours à retrouver son statut.
Au cours de la dernière décennie, le gouvernement libéral a parlé de réconciliation, mais la réconciliation sans reddition de comptes reste une promesse non tenue. Ce nouveau commissariat à la mise en œuvre des traités modernes ne nous apprendrait rien que le Bureau du vérificateur général et de nombreux dirigeants autochtones du pays ne nous ont pas déjà dit, à savoir que le gouvernement continue de manquer à ses obligations et que les résultats obtenus pour les peuples autochtones continuent d'être médiocres. La proposition d'un nouveau commissariat à la mise en œuvre des traités est présentée par le gouvernement comme un progrès, mais elle ne s'attaquerait pas à la cause profonde du problème. Elle ne servirait qu'à alourdir encore plus l'appareil bureaucratique et à faire enfler un gouvernement qui continue à manquer à ses obligations envers les peuples autochtones.
Depuis 10 ans, le Bureau du vérificateur général et les peuples autochtones nous disent encore et encore que le gouvernement ne respecte pas ses engagements envers les Premières Nations, les Métis et les Inuits. D'ailleurs, le gouvernement n'a toujours pas donné suite à diverses conclusions répétées du Bureau du vérificateur général. Encore en octobre dernier, le rapport de la vérificatrice générale sur les programmes pour les Premières Nations indiquait que, dans l'ensemble, « [m]algré une augmentation de 84 % de ses dépenses consacrées aux programmes depuis l'exercice 2019‑2020, les services et les résultats des programmes pour les collectivités des Premières Nations laissaient encore beaucoup à désirer. » Les dépenses sont passées de 13 à 24 milliards de dollars. La responsabilité de cette inaction incombe au Cabinet et au gouvernement et elle ne devrait pas être refilée à une instance bureaucratique supplémentaire.
Je veux parler de ce qu'est un traité moderne. Un traité moderne est un accord sur les revendications territoriales globales qui a été négocié entre une Première Nation, un groupe inuit ou métis, d'une part, et la Couronne, d'autre part. Dans ce cas-ci, la Couronne, c'est le gouvernement fédéral, mais dans certains cas, ce sont les gouvernements provinciaux. Un traité moderne a pour but de résoudre des différends de longue date sur les droits de propriété de territoires, sur les droits relatifs aux ressources et sur la gouvernance dans un territoire défini. Par conséquent, un traité moderne peut comprendre des dispositions relatives aux territoires et aux ressources, une indemnisation financière ou un pouvoir de gouvernance et de prise de décisions. Une fois mis en œuvre, les traités modernes sont exécutoires en vertu des lois fédérales. Ils peuvent remplacer ou préciser les droits des Autochtones conférés par des traités historiques.
Un traité d'autonomie gouvernementale est un accord qui établit et reconnaît un gouvernement autochtone. Un tel traité accorde aux groupes autochtones le pouvoir d'adopter des lois dans des domaines précis, notamment l'éducation, la santé, la culture et les services locaux. L'objectif est de donner plus d'autorité et de pouvoirs administratifs aux peuples autochtones. Un traité d'autonomie gouvernementale peut faire partie d'un traité moderne ou en être indépendant. Je tiens à préciser que les conservateurs sont favorables aux traités modernes. D'ailleurs, lorsque les conservateurs étaient au pouvoir, ils en ont négocié un certain nombre. Cependant, les conservateurs n'adhèrent pas à l'hypothèse selon laquelle une augmentation de la taille de la structure bureaucratique et des dépenses peut compenser les échecs du gouvernement libéral.
Sous l'ancien premier ministre Stephen Harper, le gouvernement conservateur précédent a signé cinq traités modernes en six ans. Voilà un bon bilan, dont le gouvernement actuel devrait tirer des leçons. Ces cinq traités modernes sont l'Accord sur les revendications territoriales et l'autonomie gouvernementale du peuple tlicho, conclu en 2006, l'Accord définitif des premières nations maa-nulthes, conclu en 2009, l'Accord définitif de la Première Nation de Tsawwassen, conclu en 2009, l'Accord de gouvernance de la nation Dakota de Sioux Valley, conclu en 2013, et l'Accord définitif sur l'autonomie gouvernementale de Déline, conclu en 2015. Or, en plus d'une décennie au pouvoir et malgré tous ses beaux discours, le gouvernement libéral n'a pas négocié le moindre traité moderne.
Au début de son mandat, le premier ministre précédent a déclaré qu'aucune relation n'était plus importante pour lui et pour le Canada que celle avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits. Or, ses discours et les actions du gouvernement n'ont pas été à la hauteur de cette promesse. Partout au pays, les services de base et la sécurité publique dans les communautés autochtones restent bien en deçà des normes nationales. Les services de police autochtones continuent d'être sous-financés. Les conditions de logement restent inacceptables. La nation crie d'Enoch, une Première Nation relativement aisée voisine d'une grande région métropolitaine, ne parvient même pas à obtenir du gouvernement fédéral des fonds pour la gestion des eaux usées.
Par ailleurs, lorsqu'il s'agit de souligner les échecs du gouvernement, nous savons que ce ne sont pas les rapports et les documents qui manquent. Le Bureau du vérificateur général a documenté ces échecs à diverses reprises et il a fait des recommandations précises pour y remédier, mais le gouvernement n'y a pas donné suite.
Comme mon collègue de , j'aimerais que la Chambre me dise si la création d'un poste de commissaire à la mise en œuvre des traités modernes obligerait le gouvernement à respecter ses obligations envers les communautés autochtones. Il n'y a rien dans le projet de loi qui l'exigerait. Si le gouvernement ne met pas en œuvre les recommandations de la vérificatrice générale, en quoi la nomination d'un commissaire à la mise en œuvre des traités changerait-elle quoi que ce soit?
Voici ce qu'on peut lire dans le rapport de la vérificatrice générale publié en octobre 2025:
Lors de notre audit de 2021, en date du 1er novembre 2020, 60 avis à long terme sur la qualité de l'eau potable étaient en vigueur dans les collectivités des Premières Nations, malgré les engagements fédéraux à les éliminer cette année là. Au 1er avril 2025, on comptait 35 avis de ce type.
Neuf de ces avis étaient en vigueur « depuis une décennie ou plus ».
[...] nous avons constaté que le Ministère avait pris des mesures initiales pour donner suite à plusieurs de nos recommandations sur l'accès aux services de soins de santé primaires en réalisant des études et des évaluations, mais n'avait pas poursuivi les étapes suivantes pour améliorer les services.
[...] certains programmes de Services aux Autochtones Canada visant à soutenir les collectivités des Premières Nations n'ont pas de niveaux de service clairement définis. Par exemple, le Ministère a défini des niveaux de service pour les collectivités des Premières Nations dans une seule province en cas d'évacuation durant les urgences, et n'a pas défini de niveaux de service pour un accès comparable aux soins de santé.
La création d'une structure bureaucratique additionnelle sous la forme d'un commissariat ne permettrait pas de construire davantage de logements, ni d'embaucher davantage de policiers autochtones, ni d'assurer un approvisionnement en eau potable. La réconciliation doit se mesurer par des résultats, et les ministres et leurs ministères devraient se concentrer sur le respect de leurs obligations existantes selon les traités et notre Constitution au lieu de se dérober à ces responsabilités en les confiant à un nouveau bureau qui déposerait des rapports que le gouvernement ignorerait ensuite.
L'une des choses qui me préoccupent particulièrement, et j'en ai déjà parlé à la Chambre, c'est l'incapacité du gouvernement à financer adéquatement les services destinés aux enfants à risque des Premières Nations. Le principe de Jordan vise à financer des services pour ces enfants. Il existe pour qu'aucun enfant ne fasse les frais des retards, des conflits ou de la confusion en matière de compétence et il repose sur un principe sur lequel nous pouvons tous nous entendre, à savoir que ce qui doit passer en premier, c'est le bien les enfants, pas les querelles de compétences.
J'aimerais lire quelques extraits d'une lettre que j'ai reçue de Nicole Callihoo, directrice de l'éducation de la Première Nation de Paul, dans ma circonscription. Elle écrit notamment: « C'est avec le cœur lourd et un profond sentiment d'urgence que nous vous écrivons aujourd'hui. Bien que nous ayons soumis des demandes complètes conformément au principe de Jordan et suivi toutes les étapes requises, notre école n'a pas reçu les fonds nécessaires pour continuer d'offrir des services à nos élèves. Nous en sommes maintenant au quatrième mois de l'année scolaire, et ces retards vont à l'encontre de l'esprit et de l'objectif du principe de Jordan.
« Fidèles à la tradition de nos ancêtres, nous n'avons pas attendu les autorisations pour prendre soin de nos enfants. Nous avons reconnu leurs besoins et avons immédiatement mis en place des services pour éviter qu'ils ne subissent davantage de difficultés ou de retards. Ces mesures de soutien ont entraîné de grands changements. Les élèves qui étaient autrefois timides et hésitants ont commencé à s'exprimer. Ceux qui étaient préoccupés et accablés ont commencé à s'ouvrir. Ils attendent désormais leurs séances avec impatience. Les familles ont déclaré avoir remarqué chez leurs enfants un calme et une confiance qu'ils n'avaient pas auparavant. Des rapprochements s'opèrent. Ce ne sont pas des progrès insignifiants, mais le début d'une guérison.
« Cependant, comme le financement [du gouvernement] n'a toujours pas été versé, nous sommes désormais contraints de mettre fin à ces services. Mettre fin à l'aide alors que les enfants ont enfin commencé à nous faire confiance et à se sentir en sécurité va à l'encontre de nos enseignements culturels et de tout ce que représente le principe de Jordan. Interrompre cette aide anéantira les progrès accomplis, brisera les relations et causera des dommages qui auraient pu être évités. Ce type d'interruption rappelle précisément le genre de situation que le principe de Jordan vise à prévenir. »
Je tenais à raconter cette histoire parce qu'elle montre à quel point le gouvernement est déjà incapable de respecter ses obligations à l'égard des membres des Premières Nations de ma circonscription. Alors que les tribunaux ont statué que le gouvernement fédéral a la responsabilité de soutenir les enfants autochtones vulnérables, il cesse de financer leurs services quand ils doivent aller à l'école à l'extérieur de la réserve. Je tiens à ce que tous les députés comprennent que, dans les collectivités comme la mienne, et dans de nombreuses autres au pays, il n'y a pas de système d'éducation complet de la maternelle à la 12e année dans les réserves. Les élèves autochtones sont donc contraints de fréquenter les écoles secondaires situées à l'extérieur des réserves. Dans cette situation, quand les enfants autochtones subissent les conséquences de ces lacunes, le principe de Jordan devrait être appliqué pour assurer le financement des services dont ils ont besoin. Or, le gouvernement a sabré le financement, ce qui a un effet dévastateur sur ces familles.
Nous n'avons pas besoin d'un commissaire pour nous dire que le gouvernement manque à son devoir. Nous en parlons ici, à la Chambre, en ce moment même. Il faut prendre les mesures nécessaires pour soutenir les familles qui subissent les contrecoups des compressions dans le financement qui est prévu par le principe de Jordan. Des mesures concrètes doivent être prises pour soutenir toutes les Premières Nations touchées par les avis de faire bouillir l'eau et par les promesses brisées du gouvernement à leur égard. De ce côté-ci de la Chambre, nous allons défendre leurs intérêts et nous battre pour elles.
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Madame la Présidente, j'interviens aujourd'hui pour parler du projet de loi et d'une question fondamentale dans l'histoire de notre pays: la relation entre la Couronne et les peuples autochtones, qui doit reposer sur l'honneur, la confiance et, surtout, le respect des promesses.
Cette relation exige plus que des mots. Elle exige des actes, mais depuis trop longtemps, sous ce gouvernement, les résultats ne sont pas à la hauteur des discours. Au cours de la dernière décennie, la réconciliation est devenue un slogan plus qu'une réalité mesurable pour le gouvernement fédéral canadien. Le projet de loi est un autre exemple de cette tendance.
En effet, le projet de loi , Loi sur le commissaire à la mise en œuvre des traités modernes, vise à créer un nouveau mandataire du Parlement chargé de surveiller, d'examiner et de vérifier comment les ministères fédéraux mettent en œuvre les traités modernes avec les nations autochtones. Le commissaire ferait des vérifications de performance, évaluerait le respect des objectifs relatifs aux obligations découlant des traités et de l'honneur de la Couronne elle-même, et rendrait compte de ses conclusions au Parlement après avoir communiqué des ébauches aux ministères et aux partenaires de traité concernés.
En théorie, cela semble raisonnable. Cependant, ce qui est beaucoup plus important, c'est qu'en pratique, cela revient probablement à une distraction de plusieurs millions de dollars qui dédouble tout simplement des mécanismes de surveillance existants, qu'il n'y a pas de réel pouvoir d'exécution, et qu'on détourne de précieuses ressources d'activités où elles sont vraiment nécessaires: c'est-à-dire la mise en œuvre directe, les infrastructures, le logement, l'eau potable et des possibilités économiques pour les Autochtones.
Il faut reconnaître ce que sont les traités modernes. Il s'agit d'accords globaux, obtenus de haute lutte, qui sont souvent des ententes sur les revendications territoriales globales, qui contiennent souvent des dispositions relatives à l'autonomie gouvernementale, qui résolvent des différends de longue date concernant les terres, les ressources, la gouvernance et les droits. Ils établissent une loi fédérale applicable et habilitent les nations autochtones à exercer leurs pouvoirs dans des domaines comme l'éducation, la santé, la culture et les services locaux. Ils visent à favoriser un véritable partenariat, l'autodétermination et la prospérité, en libérant les communautés autochtones du paternalisme de la Loi sur les Indiens.
Les conservateurs peuvent être fiers d'avoir fait progresser ces ententes. Sous l'ancien premier ministre Stephen Harper, nous avons réussi à négocier et à signer cinq traités modernes en seulement six ans: l'Accord sur les revendications territoriales et l'autonomie gouvernementale du peuple tłı̨chǫ, finalisé en 2005 et 2006; l'Accord définitif des premières nations maa‑nulthes, en 2009; l'Accord définitif de la Première Nation de Tsawwassen, en 2009; l'Accord de gouvernance de la Nation des Dakota de Sioux Valley, en 2013; et l'Accord définitif sur l'autonomie gouvernementale de Délı̨nęe, en 2015. Ces accords ne sont pas des gestes symboliques. Ils portent sur des terres, des ressources, des règlements financiers et des pouvoirs de gouvernance qui ont permis une croissance économique et la prise de décisions par les communautés. En revanche, le gouvernement libéral, qui est maintenant au pouvoir depuis presque 11 ans, n'a signé aucun nouveau traité moderne.
Soixante-dix négociations sont actuellement dans les limbes, comme c'est le cas depuis des années. Des engagements de base, comme mettre fin aux avis de faire bouillir l'eau à long terme, qui, soit dit en passant, devaient être complètement réglés au plus tard en 2021, n'ont toujours pas été tenus dans des dizaines de communautés, au détriment de ces dernières. La pénurie de logements persiste. Dans de nombreuses régions, les services de police manquent de ressources, et les vulnérabilités au climat frappent plus durement les nations autochtones. En ce qui concerne les appels à l'action de la Commission de vérité et réconciliation, bon nombre ramassent encore la poussière.
Au cours des 11 dernières années, la vérificatrice générale, une commissaire qui a déjà le pouvoir de documenter tous ces problèmes, a largement documenté ces manquements, et ce à maintes reprises. Plus de 20 rapports ont mis en évidence des problèmes chroniques: des incohérences dans l'interprétation ministérielle du libellé des traités; des transferts fiscaux en retard ou incomplets; des responsabilités morcelées entre Services aux Autochtones Canada, Relations Couronne-Autochtones, Justice Canada et le Conseil du Trésor; et, ce qui est le plus exaspérant, une absence totale de conséquences lorsqu'on fait fi de ses obligations.
Les principales vérifications incluent l'examen approfondi, en 2013, de la mise en œuvre des traités modernes et le rapport de 2016 sur l'accord sur les revendications des Inuits du Labrador et les suivis effectués au cours des années subséquentes, lequel montre que le gouvernement libéral n'a fait que très peu de progrès importants dans quelque dossier que ce soit. Pas plus tard qu'en 2005, le suivi de la vérificatrice générale sur les programmes destinés aux Premières Nations soulignait les lacunes persistantes dans la mise en œuvre et les mesures insatisfaisantes prises pour donner suite aux recommandations antérieures. Pourtant, le gouvernement ne réagit pas en faisant preuve d'un leadership décisif, mais en alourdissant la bureaucratie, comme nous pouvons le constater dans le projet de loi dont nous sommes saisis.
Le projet de loi prévoit la création d'un autre poste de commissaire et d'un autre commissariat, ainsi que le versement de 10,6 millions de dollars supplémentaires sur quatre ans suivi d'un investissement annuel permanent de millions de dollars. Cet argent pourrait plutôt servir à financer la construction de maisons ou de systèmes d'alimentation en eau, ou des projets créateurs d'emplois. Le commissaire en question examinerait, surveillerait, évaluerait et rédigerait des rapports — des tâches qui figurent déjà dans le mandat du vérificateur général.
Contrairement au vérificateur général, ce nouveau commissaire ne formulerait aucune recommandation contraignante, n'imposerait aucune sanction en cas de non-conformité et n'aurait pas le pouvoir d'obliger les ministères à prendre des mesures. Les rapports prévus par le projet de loi seraient examinés par le ministre avant d'être déposés au Parlement — que c'est pratique! —, ce qui risque de les diluer ou d'entraîner un retard. Le Parlement lui-même n'aurait pas le pouvoir de lancer des vérifications à la suite de cette nouvelle recommandation. Ce n'est pas de la reddition de comptes rigoureuse. C'est de la surveillance purement symbolique visant à détourner les critiques concernant l'inaction du gouvernement libéral fédéral.
Les dirigeants autochtones et les partenaires des traités méritent mieux que des rapports sans fin. Ils méritent des résultats. La décision Restoule de la Cour suprême sur les traités Robinson, rendue en 2024, nous rappelle ce qui se passe quand la Couronne manque à ses obligations pendant des générations: abus de confiance, litiges prolongés et érosion de la confiance. Nous ne pouvons pas nous permettre de répéter ce cycle avec les traités modernes.
Une véritable réconciliation exige la responsabilité de l'exécutif, et non une expansion de l'administration. Les ministères doivent donner la priorité à la mise en œuvre des traités dans leurs budgets et leurs activités. Les ministres doivent assumer les conséquences de leurs manquements au moyen d'évaluations de rendement, d'un examen public ou même de changements de personnel lorsque les défaillances sont systémiques. Les gouvernements autochtones devraient disposer de canaux financés et directs pour signaler les problèmes et exiger une réponse sans intermédiaire bureaucratique, contrairement à ce que prévoit le projet de loi.
Il existe de nombreux moyens par lesquels le gouvernement pourrait améliorer son action à tous ces égards. Il pourrait, par exemple, faire respecter directement les obligations existantes en liant explicitement les évaluations du rendement des ministres et des sous-ministres à des indicateurs de conformité aux traités, garantissant ainsi la responsabilité personnelle en cas de retards ou de manquements. Le gouvernement pourrait renforcer les capacités financières du Bureau du vérificateur général en lui allouant des ressources dédiées et hautement structurées pour la réalisation de vérifications spécialisées et récurrentes des traités modernes, assorties de mécanismes de suivi plus rapides et de séances d'information parlementaires obligatoires. Il pourrait imposer des délais de réponse stricts qui obligeraient les ministères à fournir des plans d'action détaillés et des mises à jour sur les progrès réalisés dans les 90 jours suivant toute constatation du Bureau du vérificateur général ou toute plainte d'un partenaire du traité.
Le gouvernement pourrait débloquer les négociations en établissant des échéanciers et des processus clairs afin de conclure les 70 pourparlers en cours, en réaffectant les fonds des bureaux superflus au renforcement des équipes de négociation et en appuyant une mise en œuvre directe. Il pourrait prendre l'argent prévu pour la mise en oeuvre du projet de loi et s'en servir afin de réaliser des priorités concrètes, notamment la construction de logements et d'infrastructures de traitement des eaux, l'amélioration des ressources policières ainsi que le développement économique dans les territoires visés par des traités. Le gouvernement pourrait renforcer les mécanismes de surveillance dirigés par des Autochtones en mettant en place des protocoles de surveillance directe qui permettent aux partenaires des traités modernes de déclencher des examens ministériels et de garantir la transparence au sein des nouvelles structures fédérales. Il pourrait faire progresser la réconciliation économique en accélérant l'établissement de partenariats dans le secteur des ressources, le partage des recettes et la réalisation des projets de développement prévus dans les traités existants, le tout afin de créer des emplois, de favoriser l'autosuffisance et d'accroître la prospérité des communautés.
Le gouvernement pourrait regrouper les entités redondantes, au lieu d'en créer d'autres, en éliminant certains des bureaux superflus créés depuis 2015 et en en fusionnant d'autres en une seule organisation dotée d'un cadre de responsabilisation simplifié et d'un véritable pouvoir d'application de la loi. Il pourrait également améliorer les outils de règlement des différends pour garantir un accès plus rapide à la médiation, à l'arbitrage ou aux tribunaux dans les litiges liés aux traités, ce qui réduirait les batailles judiciaires coûteuses. Le gouvernement pourrait passer à des mesures fondées sur les résultats en remplaçant les rapports vagues par des indicateurs de rendement clés, précis et accessibles au public, comme le nombre d'habitations construites, les avis de faire bouillir l'eau levés et les pouvoirs de gouvernance exercés. Tous ces éléments feraient état de progrès concrets, bien plus que la création d'une structure bureaucratique supplémentaire.
La réconciliation ne se mesure pas au nombre de bureaux à Ottawa ni au nombre de rapports produits. Elle devrait se mesurer par la construction de logements sûrs, une quantité suffisante d'eau propre, de solides systèmes de maintien de l'ordre dans les collectivités, des économies florissantes et le respect complet des promesses de nation à nation. Les conservateurs sont fermement en faveur de l'autonomisation économique des Autochtones et d'une reddition de comptes qui produit des résultats, et non d'une augmentation des tracasseries administratives.
Nous n'appuierons pas le projet de loi dans sa forme actuelle parce qu'il détourne l'attention des problèmes de gestion et qu'il perpétue les retards. Exigeons plutôt des actions concrètes, l'application des mesures existantes, une reddition de compte rigoureuse et l'obtention de résultats pour les Autochtones, qui ont attendu assez longtemps.
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Madame la Présidente, je prends la parole aujourd'hui au sujet du projet de loi , Loi concernant le commissaire à la mise en œuvre des traités modernes.
À la base, le projet de loi répond à des préoccupations de longue date soulevées par les communautés autochtones au sujet de la nécessité d'une plus grande reddition de compte fédérale dans la mise en œuvre des traités et des accords modernes. Ces traités sont essentiellement des accords sur les revendications territoriales globales qui sont négociés entre les Premières Nations, les Inuits et les Métis d'un côté et la Couronne de l'autre pour résoudre des différends de longue date dans des territoires définis.
Je tiens à souligner que les communautés autochtones demandent depuis longtemps l'établissement d'un mécanisme permettant de veiller à ce que le Canada tienne les promesses qu'il a faites dans le cadre de ces traités. Cependant, la façon dont le projet de loi vise à atteindre cet objectif soulève d'importantes préoccupations en matière de reddition de comptes, de clarté et de répercussions sur les droits de propriété existants.
Premièrement, bon nombre des fonctions qu'exercerait le commissaire sont déjà exercées par le ministère des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord. En codifiant ces fonctions dans la loi et en créant un nouveau poste, on risque de dédoubler les rôles, de brouiller les voies hiérarchiques et de disperser la reddition de comptes ministérielle.
Malgré les apparences, le commissaire à la mise en œuvre des traités modernes ne serait pas un mandataire du Parlement comme la vérificatrice générale ou le commissaire à l'éthique, qui sont nommés par le Parlement et qui en relèvent directement. En effet, ces mandataires sont indépendants du gouvernement et leur tâche ne consiste pas à demander des comptes à l'exécutif, au premier ministre et au Cabinet.
Cependant, selon le projet de loi , le commissaire serait nommé par le Cabinet, par l'entremise du gouverneur en conseil, sur l'avis du ministre des Relations Couronne-Autochtones. Cela signifie que le commissaire ferait partie de l'organe exécutif, du Cabinet du premier ministre, et non de l'organe législatif. Le commissaire présenterait des rapports au Parlement, mais il rendrait des comptes au gouvernement qu'il est censé surveiller. Le Parlement ne pourrait pas lui donner de directives, le démettre de ses fonctions ou examiner son travail de manière substantielle. Il s'agit d'une très grave lacune en matière de surveillance.
Nous avons déjà vu ce problème auparavant. La Banque de l'infrastructure du Canada a été conçue avec la même intention de créer un organisme indépendant, efficace et transparent. On a plutôt eu droit à une entité coûteuse qui dépensait des milliards de dollars tout en étant soumise à des mesures d'examen parlementaire limitées et en demeurant obscure dans sa reddition de comptes. Le nouveau commissariat proposé, qui serait financé à hauteur de 10,6 millions de dollars sur quatre ans, risque de suivre la même voie.
Je remarque également qu'aucun mécanisme de surveillance externe n'est prévu dans le projet de loi ; c'est une grave lacune. Aucun organisme d'examen indépendant ne surveillerait le commissaire. Il n'y aurait pas de vérification du rendement ni de disposition de caducité. Il n'y aurait pas de conséquences claires lorsqu'on ne donne pas suite aux recommandations. Il n'y aurait pas d'examen obligatoire par un comité parlementaire à intervalles fixes.
Ces omissions en matière de responsabilité ne sont pas abstraites. Elles auraient des conséquences concrètes, en particulier en ce qui concerne les droits relatifs aux terres et aux ressources. Dans des provinces comme l'Alberta et la Colombie‑Britannique, les gens subissent actuellement les répercussions pratiques de l'incertitude causée par le chevauchement des droits fonciers. Les propriétaires ayant un titre en fief simple, c'est-à-dire le titre de propriété dont disposent la plupart des Canadiens, sont inquiets. Ces propriétaires croyaient que leurs droits de propriété étaient protégés, mais voilà qu'ils découvrent qu'ils pourraient devoir consulter des groupes autochtones avant de construire un quai, de récolter du bois ou même de se promener dans les zones forestières avoisinantes.
L'arrêt Cowichan Tribes c Canada a montré que même les titres de propriété que les Canadiens détiennent depuis longtemps sur leurs maisons et leurs terres ne confèrent pas toujours un contrôle absolu. Cette situation a créé beaucoup d'incertitude pour les propriétaires fonciers, les prêteurs et le marché immobilier. Alors que les droits issus de traités continuent de s'étendre aux quatre coins du pays, cette décision toucherait toujours plus de collectivités, de municipalités et de régions riches en ressources partout au Canada.
Au fur et à mesure que ces traités modernes sont mis en œuvre, nous devons également préparer les Canadiens aux changements qui en découleront. C'est pourquoi les rôles, les pouvoirs et les mécanismes de reddition de comptes du commissaire doivent être clairement définis, ce qui n'est pas le cas dans le projet de loi. Nous n'avons pas besoin d'une nouvelle couche de bureaucratie à la portée indéfinie pour s'occuper de domaines qui touchent à la fois les Canadiens autochtones et non autochtones. Il est essentiel que le gouvernement communique toutes les politiques et tous les changements juridiques ouvertement et honnêtement aux Canadiens. Les Canadiens méritent de comprendre non seulement les droits reconnus aux communautés autochtones, mais aussi les leurs. Les Canadiens doivent également savoir comment leurs droits, y compris leurs droits de propriété et leurs droits sur les ressources, risquent d'être touchés.
C'est une question de transparence et d'équité. Les gens ne peuvent pas respecter ce qui leur a été caché ni s'y adapter. Si nous ne préparons pas la population et que ces changements se produisent soudainement ou de façon inégale, nous risquons de semer la confusion, de susciter la grogne et de provoquer des divisions inutiles. Pendant des années, le gouvernement a parlé de réconciliation, mais sans reddition de comptes et sans clarté, la réconciliation ne sera jamais possible. La voie à suivre doit donc inclure une campagne de sensibilisation nationale pour expliquer la coexistence en droit canadien des droits issus de traités et des droits de la propriété privée ainsi que la manière dont les gouvernements ont l'intention de gérer les intersectionnalités en cause.
Les Canadiens ne doivent pas en être réduits à apprendre au fil des différends ou des procès. Ils doivent être inclus au moyen d'une approche qui mise sur le dialogue, la communication et la vérité. Les relations entre le Canada et les peuples autochtones doivent être fondées sur la confiance, l'intégrité et la transparence. La confiance ne s'instaure pas en supprimant la responsabilité ministérielle ou en soustrayant les structures bureaucratiques aux mécanismes de surveillance. Nous ne pouvons pas laisser le nouveau commissariat devenir un système de gouvernance parallèle financé par les contribuables, à l'abri de toute surveillance et habilité à prendre des décisions qui pourraient bouleverser les relations avec les peuples autochtones du Canada, les droits de propriété au Canada et la stabilité économique du pays sans avoir à répondre de ses décisions.
Il est fondamentalement paradoxal que le gouvernement crée un poste de commissaire aux traités qui ne serait soumis à aucune surveillance. Au fond, la mise en œuvre des traités relève des ministres. Ce sont des élus qui doivent rendre des comptes au Parlement et aux Canadiens; leur rôle est de veiller à ce que les politiques et les programmes gouvernementaux respectent la loi et les obligations du Canada. Le projet de loi créerait un commissariat, dont le dirigeant serait nommé par le Cabinet, pour surveiller les ministères fédéraux et les soumettre à des vérifications, ce qui revient à sous-traiter une responsabilité ministérielle fondamentale.
Je ne plaisante pas. Le gouvernement crée un commissariat chargé de vérifier s'il accomplit bien la tâche pour laquelle les contribuables l'ont porté au pouvoir. Les contribuables versent près de 350 000 $ par an aux ministres, mais ceux-ci ont le culot de sous-traiter leurs responsabilités à des commissaires qu'ils nomment eux-mêmes. Le gouvernement libéral repousse manifestement les limites de la sous-traitance. Il s'agit carrément d'une reddition de comptes circulaire: les ministres se gardent de répondre des conséquences de leurs décisions. Ce commissaire supposément indépendant deviendrait probablement un bouclier pour le gouvernement en permettant aux ministres de se soustraire à leur responsabilité et à leur obligation redditionnelle relativement à la mise en œuvre des traités et aux droits fonciers. La structure proposée soulève certaines questions fondamentales. Si le devoir d'un ministre consiste à assurer la conformité, pourquoi a-t-on besoin d'un commissariat indépendant pour vérifier si le ministre fait son travail?
Bref, pour conclure, bien que le projet de loi vise au fond à améliorer la reddition de comptes et la transparence, il risque en réalité d'avoir l'effet inverse en permettant aux ministres de se soustraire à leur devoir envers le Parlement en se cachant derrière les commissaires. C'est pourquoi toute discussion sur la surveillance doit se concentrer sur la responsabilisation directe des ministres. Il faut que le travail du commissaire aille dans le sens de la démocratie et de la responsabilité au lieu de s'y substituer.
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Madame la Présidente, c'est un honneur de prendre la parole aujourd'hui au sujet du projet de loi , Loi concernant le commissaire à la mise en œuvre des traités modernes.
Le gouvernement présente ce projet de loi comme un moyen d'améliorer les relations avec les Autochtones et d'améliorer la reddition de comptes. Toutefois, après avoir examiné attentivement le texte du projet de loi et la réalité des gens que je représente, je dois dire que, malheureusement, il n'améliorera ni l'un ni l'autre. Je pense que ce projet de loi est fondamentalement en décalage avec les priorités des communautés autochtones urbaines comme Saskatoon‑Ouest.
D'après le recensement de 2021, Saskatoon‑Ouest compte environ 18 % d'Autochtones, un chiffre beaucoup plus élevé que la moyenne nationale. Il s'agit d'une circonscription urbaine où les Autochtones sont des enseignants, des propriétaires d'entreprise, des infirmiers, des parents, des étudiants, des entrepreneurs, des gens de métier et des voisins. Ils vivent dans des immeubles d'habitation, des maisons unifamiliales, des logements locatifs et des ménages multigénérationnels dans toute la circonscription. Les Autochtones de Saskatoon ont besoin de résultats, pas de plus de bureaucratie.
Qu'est-ce que c'est, le projet de loi ? En gros, c'est une nouvelle structure bureaucratique. Le projet de loi C‑10 propose la création du commissariat à la mise en œuvre des traités modernes, un nouveau bureau fédéral. Son commissaire serait chargé de surveiller et d'examiner la mise en œuvre des traités, ainsi que d'en faire rapport. Or, la surveillance, l'examen et la production de rapports ne sont pas des solutions; ce sont des processus et de la paperasserie. C'est une autre structure bureaucratique qu'Ottawa pourra invoquer quand on lui demandera pourquoi aucun progrès tangible n'a été réalisé.
Il faut revenir aux questions de base. Comment le nouveau commissaire créera-t-il des emplois dans Saskatoon‑Ouest? Comment rendra-t-il le logement plus abordable? Comment réduira-t-il le prix des aliments et de l'énergie pour les familles qui ont du mal à joindre les deux bouts? La réponse est simple: il ne fera rien de tout cela. Le projet de loi ne ferait rien pour lutter contre les pressions financières bien réelles que connaissent les Autochtones des zones urbaines. Il ne ferait rien pour créer des possibilités d'emploi intéressantes, rendre le logement plus accessible et plus abordable dans notre ville ou réduire le coût de la vie extrêmement élevé qui pèse chaque mois sur toutes les familles.
Quand les familles autochtones de Saskatoon‑Ouest me disent qu'elles ont du mal à faire l'épicerie, elles ne font pas référence à des rapports sur la mise en œuvre des traités; elles parlent de la vraie vie et des dépenses réelles des ménages, qui sont amplifiées par les politiques fiscales fédérales qui font grimper le prix des biens, du carburant et du transport. Prenons l'exemple de la taxe sur le carbone pour les industries, qui a fait augmenter le coût du diésel, du gaz naturel et des transports dans l'ensemble de l'économie. Cette taxe est peut-être une politique abstraite pour certains ici, à Ottawa, mais pour les familles de Saskatoon‑Ouest, elle se traduit directement par des factures de chauffage plus élevées en hiver, une hausse du prix de l'essence et une augmentation des prix de tout ce qui doit être livré par camion, y compris les denrées alimentaires, les vêtements et les articles ménagers. Pour les aînés autochtones à revenu fixe, cela signifie des choix difficiles entre se chauffer et se nourrir; pour les parents autochtones qui travaillent au salaire minimum ou qui ont plusieurs emplois à temps partiel, cela signifie tirer le maximum de chaque dollar simplement pour garder un toit sur la tête de leurs enfants; et, pour les jeunes Autochtones qui essaient de se lancer dans une carrière, cela signifie moins de possibilités et plus d'obstacles.
Ce ne sont pas des paroles en l'air. C'est ce que me disent des habitants de Saskatoon‑Ouest chaque semaine. Ce dont les Autochtones en milieu urbain au Canada et dans Saskatoon‑Ouest ont besoin, ce sont des politiques qui leur donnent réellement les moyens d'agir, d'accéder à l'emploi et de progresser, plutôt que des politiques cantonnées à l'observation et à la reddition de comptes. Ce qu'il leur faut, ce sont de vrais emplois et une formation professionnelle. Les jeunes et les adultes autochtones que je représente méritent des emplois durables qui leur offrent un salaire décent.
Le plan des conservateurs, ancré dans la croissance économique, éliminera les obstacles à l'investissement, réduira les formalités administratives pour les petites entreprises et aidera les entrepreneurs autochtones en milieu urbain à prospérer. Ce genre d'approche favorise la dignité et l'autonomie plutôt qu'une dépendance à des études à répétition. Comme beaucoup d'endroits au Canada, Saskatoon‑Ouest vit également une crise du logement. Les familles autochtones, comme toutes les familles, doivent composer avec des loyers élevés, une offre limitée et des prix qui montent en flèche. Accroître la construction résidentielle augmente l'offre de logements, ce qui se traduit par une baisse des prix. Les conservateurs préconisent depuis longtemps l'élimination des politiques fédérales qui ralentissent la construction de logements, l'élimination des obstacles réglementaires inutiles et le soutien aux projets de construction de logements menés par des entreprises privées ou des groupes autochtones.
Les conservateurs appuient l'établissement de relations solides fondées sur la reddition de comptes. Si les ministères ne respectent pas leurs engagements, il devrait y avoir de véritables conséquences, pas juste une autre note de service envoyée à des bureaucrates. Les fonds promis doivent être versés intégralement et dans les délais. Enfin, tout objectif fixé, notamment en matière d'emplois ou de logements, devrait faire l'objet d'une évaluation indépendante et transparente, appuyée par des outils efficaces plutôt que par des rapports.
Les habitants autochtones de Saskatoon‑Ouest n'ont rien à faire de gestes symboliques. Comme tous les autres Canadiens, les Autochtones de la circonscription de Saskatoon‑Ouest veulent des résultats, notamment des emplois bien rémunérés, des logements abordables, un milieu sécuritaire pour les enfants et un avenir prometteur. Le projet de loi ne permet pas d'atteindre ces résultats; il ne réduira pas le prix des aliments ni les factures d'énergie. À aucun moment dans ce débat, les libéraux ne parlent de créer les emplois dont les Autochtones et tous les jeunes ont désespérément besoin. Les libéraux ne font aucun effort pour construire les logements dont les familles ont besoin pour vivre dans des conditions abordables. Le gouvernement doit faire mieux, et nous devons faire mieux.
J'ai déjà dit que ce projet de loi alourdit la bureaucratie. Pour citer les paroles célèbres de Ronald Reagan: « Si ça bouge, taxez-le; si ça continue à bouger, imposez-lui une réglementation; si ça s'arrête de bouger, donnez-lui des subventions. » Le gouvernement libéral nous a montré fois après fois que la solution à tous les problèmes est d'étendre l'appareil gouvernemental, d'ajouter un ministère et de multiplier les bureaucrates. Quand on n'a qu'un marteau, tout ressemble à un clou. Voilà qui résume bien l'attitude du gouvernement. Nous avons vu cette approche en action à maintes reprises.
Commençons par les affaires autochtones. En 2017, les libéraux ont scindé l'ancien ministère des Affaires autochtones et du Nord en deux pour créer Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, puis Services aux Autochtones Canada. On nous a dit que cette restructuration allait améliorer la prestation des services et la réconciliation. En réalité, cette mesure a ajouté des sous-ministres, des formalités administratives et des dépenses pendant que les communautés autochtones continuaient de faire face à une pénurie de logements, à des avis de faire bouillir l'eau, à des lacunes en matière de santé et à des échecs dans la mise en œuvre des traités. On nous a vendu Services aux Autochtones Canada comme le ministère chargé de la mise en œuvre. Des années plus tard, les résultats ne se sont pas vraiment améliorés, et on se retrouve avec le projet de loi . La leçon est limpide: la création d'un nouveau ministère n'a pas réglé le problème; elle l'a rendu encore plus complexe.
On constate la même tendance dans la politique climatique et environnementale. Lorsque les libéraux ont raté à plusieurs reprises leurs propres objectifs en matière de réduction d'émissions, ils ont créé en 2021 le groupe consultatif pour la carboneutralité. Cet organisme n'a aucune autorité, aucun pouvoir d'exécution et aucun mécanisme de responsabilisation. Il existe pour formuler des conseils, exercer un contrôle et rapporter les faits, tandis que les Canadiens paient des coûts plus élevés et que les objectifs ne sont toujours pas atteints. C'est exactement le même modèle que celui proposé dans le projet de loi . Ils ont également remplacé le régime d'évaluation environnementale par l'Agence d'évaluation d'impact du Canada en 2019, en promettant que cela améliorerait les évaluations. La réalité a été marquée par des délais d'approbation plus longs, une incertitude réglementaire, des projets en suspens, des investissements perdus et des emplois moins nombreux. Plus il y a de réglementation, moins il y a de certitude et moins il y a de résultats.
Le domaine du logement et des infrastructures reflète la même tendance. Le gouvernement a lancé le programme Maisons Canada et a rebaptisé les enveloppes de financement, mais il faut toujours des années aux collectivités pour obtenir une autorisation. Le gouvernement a créé la Banque de l'infrastructure du Canada en 2017, affirmant qu'elle débloquerait les investissements et accélérerait les grands projets. Des milliards ont été alloués, mais la réalisation des projets a été lente. Même la vérificatrice générale a exprimé de sérieuses préoccupations. Lorsque l'inaccessibilité au logement a pris une ampleur démesurée, la réponse n'a pas été de construire davantage de logements ou d'écarter les empêcheurs de tourner en rond. Elle a consisté à créer en 2021 le poste de défenseur fédéral du logement, un bureau qui peut publier des rapports et formuler des recommandations, mais qui ne peut construire le moindre logement. L'accessibilité au logement continue de se détériorer.
Le projet de loi s'inscrit exactement dans cette tendance. Tout comme dans le cas de Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, de Services aux Autochtones Canada, du conseil consultatif sur la carboneutralité, de l'Agence d'évaluation d'impact, de Maisons Canada, de la Banque de l'infrastructure du Canada et de la défenseure fédérale du logement, le projet de loi risque de devenir un autre monument libéral axé sur les processus plutôt que sur les résultats.
Le débat que nous avons aujourd'hui porte sur quelque chose de fondamental: l'honneur de la Couronne et la relation entre le gouvernement fédéral et les peuples autochtones. Cette relation ne repose pas sur des organigrammes, des bureaux ou des rapports annuels sur papier glacé, mais sur la confiance, l'action et l'obtention de résultats. Malheureusement, après une dizaine d'années au pouvoir, le gouvernement libéral a manifesté une tendance bien établie. Lorsqu'il ne produit pas de résultats, il crée un autre niveau de bureaucratie et qualifie cela de progrès. Le projet de loi en est un parfait exemple.
Soyons clairs sur ce que le commissaire pourrait et ne pourrait pas faire. Il n'aurait aucun pouvoir contraignant. Il ne pourrait pas obliger les ministères à agir, faire respecter les obligations issues des traités ou imposer des sanctions aux ministres ou aux fonctionnaires qui manquent à leurs obligations envers les partenaires autochtones des traités. Que faisons-nous ici? Que pourrait réellement faire le commissaire? Il pourrait observer et faire rapport. Que se passerait-il ensuite? Les nations autochtones continueraient à faire ce qu'elles ont toujours été obligées de faire sous les gouvernements libéraux: embaucher des avocats, s'adresser aux tribunaux et se battre contre la Couronne pour faire respecter des accords qui ont déjà force de loi.
Nous connaissons déjà les lacunes. Les dirigeants nous en ont fait part. Les comités parlementaires en ont entendu parler. La vérificatrice générale en a fait rapport à maintes reprises. Le problème n'est pas un manque de surveillance, mais un manque de mise en œuvre. La création d'un poste de commissaire ne réglera pas le problème.
Il convient de rappeler à la Chambre que les traités modernes ne sont pas des documents symboliques, mais des accords reconnus dans la loi fédérale et protégés par la Constitution. Leur mise en œuvre n'est pas facultative. Pourtant, sous le gouvernement libéral, pas un seul traité moderne n'a été conclu, même si plus de 70 groupes sont actuellement en négociation.
Le bilan des conservateurs en matière de conclusion d'accords était bien meilleur. Tant que les libéraux ne commenceront pas à faire passer les besoins des Autochtones de Saskatoon‑Ouest avant ceux des bureaucrates d'Ottawa, je ne peux pas appuyer le projet de loi et je ne le ferai pas.