propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Madame la Présidente, si vous me le permettez, avant de commencer, j'aimerais saluer ma petite-fille, Ren, qui est à la maison et qui nous regarde en ce moment. Je voudrais lui dire que je l'aime et que je la verrai bientôt. Je sais qu'elle nous regarde. À cinq ans, elle regarde déjà CPAC.
C'est avec frustration que je prends la parole devant mes collègues. Je suis frustré que nous soyons ici, une fois de plus, pour discuter d'une question qui n'est pas partisane.
Je prends la parole aujourd'hui au nom des centaines de milliers d'hommes et de femmes courageux qui protègent et servent nos communautés chaque jour. Ils se précipitent dans des bâtiments en feu. Ils courent vers les coups de feu. Ils soignent nos fractures. Ils nous tiennent la main alors que nous rendons notre dernier souffle. Ils sont nos sentinelles silencieuses: infirmiers, travailleurs de la santé, pompiers, ambulanciers, ambulanciers paramédicaux et agents correctionnels.
Ce sont eux qui assurent l'unité de notre pays. Quand on compose le 911, ils répondent à l'appel, sans hésitation. Ça fait 10 ans que je suis ici, et depuis tout ce temps, si ce n'est pas plus, ils ne demandent qu'une seule chose: qu'on les protège comme ils nous protègent. Ils mettent leur sécurité, leur confort et leur vie en jeu chaque jour en se rendant au travail, et ils sont conscients qu'ils s'exposent à de plus en plus d'incidents de violence, d'agression et de harcèlement. Ça ne fait pas partie de leurs fonctions, et c'est inacceptable. Nulle part dans leur description de poste n'est-il mentionné qu'ils doivent accepter une vie marquée par la violence, les abus et le harcèlement.
Si les députés peuvent entendre la frustration et l'émotion dans ma voix, c'est parce que j'ai discuté avec du personnel infirmier. J'ai discuté avec des ambulanciers paramédicaux dont la vie a été menacée. J'ai discuté avec les familles de premiers intervenants qui ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions. Tout ce qu'ils demandent, c'est une chose simple: que nous les soutenions.
Si une partie de ce discours semble familière, c'est parce que nous sommes tous déjà passés par là. Mon projet de loi, le projet de loi , a franchi toutes les étapes au cours de la dernière législature. Nous l'avons étudié de nouveau parce que le projet de loi est né d'une étude menée durant la première session de la 42e législature, intitulée « Violence subie par les travailleurs de la santé au Canada ». Tous les parlementaires se sont réunis pour dire, avec des recommandations, que ce projet de loi, qui était le projet de loi au cours de la législature précédente et qui est maintenant le projet de loi , devrait être adopté, que nous devrions faire quelque chose et défendre ceux qui nous défendent.
Je suis frustré. Le message que j'ai reçu, qui m'invitait initialement à me reporter à ce document et à présenter un projet de loi, pèse lourd sur mes épaules. C'était un message d'une ambulancière paramédicale qui avait répondu à un appel dans une résidence. Des membres de la famille de la victime ont jeté l'ambulancière en bas d'un escalier, lui ont fracturé les chevilles et l'ont battue au point où elle a abandonné. Si cela semble choquant pour les députés, il ne s'agit que d'une des centaines, voire des milliers de messages et d'histoires que j'ai entendus au cours des cinq dernières années en faveur de ce projet de loi.
L'automne dernier, des infirmiers ont lancé une campagne intitulée « Code noir et bleu » pour mettre fin à la violence dans leur milieu de travail. La Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et infirmiers a déclaré qu'elle ne peut plus tolérer cette situation. Ces 10 dernières années, au cours des journées de lobbying de l'Association internationale des pompiers, la principale demande a été que quelque chose soit fait pour lutter contre la montée des actes de violence contre les pompiers. Lors de la dernière législature, ce projet de loi a franchi toutes les étapes, mais que s'est-il passé? Comme le Parlement a été prorogé, le projet de loi est mort au Feuilleton. Cette mesure pourrait déjà être en vigueur aujourd'hui.
Une fois adopté, le projet de loi — ou — aura un effet dissuasif puissant sur les personnes qui cherchent à commettre des actes de violence contre nos héros en première ligne. Il montrera aux premiers intervenants et aux travailleurs de la santé que le Parlement les tient en haute estime, que nous, en tant que leaders du pays, les tenons en haute estime, que nous veillons sur eux et que le système de justice les protégera.
Dans l'état actuel des choses, bon nombre de ces incidents ne sont pas signalés parce qu'on sait qu'il n'y aura pas de suite. Que ferait le projet de loi ? Il modifierait le Code criminel en ce qui a trait aux voies de fait contre une personne qui fournit des services de santé ou un premier répondant. Il le modifierait de manière à ce que le fait de commettre une infraction contre un professionnel de la santé ou un premier intervenant soit considéré comme une circonstance aggravante pour la détermination de la peine.
Il y a toujours un temps pour la partisanerie à la Chambre, mais dans le cadre de mes fonctions ici, je pense avoir prouvé ma volonté de travailler en étroite collaboration avec tous les partis pour faire avancer les choses dans le domaine de la santé mentale, surtout pour défendre les intérêts de ceux qui nous soignent et nous protègent. C'est ce que j'ai fait avec le projet de loi . Le NPD a proposé des amendements. Le Bloc a proposé des amendements. Les libéraux l'ont aussi fait. Nous nous sommes entendus. Voilà pourquoi le projet de loi C‑321 avait été adopté.
Au retour à la Chambre après les dernières élections, le sénateur Housakos et ses collègues de l'autre endroit, des sénateurs libéraux ou indépendants, les sénateurs nommés par l'ancien premier ministre Justin Trudeau, se sont réunis pour faire renaître de ses cendres le projet de loi . Ils ont appuyé le projet de loi parce qu'ils reconnaissent l'importance que la Chambre envoie un message clair: en tant qu'élus, nous sommes solidaires de toutes les personnes qui mettent leur vie en danger chaque jour pour le bien d'autrui.
Lorsque le projet de loi a été adopté à l'unanimité l'automne dernier, j'espérais que nous serions capables d'agir rapidement à la Chambre. J'avais de l'espoir parce que je croyais en nous tous, en la force des 343 députés qui étaient ici. J'ai cru les libéraux quand ils ont dit qu'ils voulaient collaborer pour obtenir des résultats pour les Canadiens. Cependant, au cours des trois ou quatre derniers mois, chaque étape m'a fait vivre des déceptions. En fait, un ministériel d'en face m'a dit que, selon lui, nous allons simplement devoir attendre.
Mon ami Paul Hills, un ambulancier de Saskatoon, a consacré la dernière décennie à tenter de faire adopter un projet de loi comme celui-ci. Après avoir travaillé avec tous les partis pour faire bouger les choses, je ne saurais dire aux députés à quel point il a eu le cœur brisé et il a été déçu quand on lui a dit que rien n'avancerait.
Nous aurions pu adopter le projet de loi juste avant le congé de Noël, et il aurait force de loi aujourd'hui. Les infirmiers, les pompiers et les ambulanciers, ceux qui revêtent leur uniforme tous les jours pour nous protéger, bénéficieraient de cette protection et sauraient que nous sommes à leurs côtés, mais non. Encore une fois, la partisanerie prend le dessus. J'ai supplié et imploré le gouvernement. Si des députés ont déjà regardé la période des questions, ils ont pu me voir pratiquement à genoux pour supplier le d'agir dans ce dossier.
Je comprends qu'il y a des précédents, entre autres, mais le projet de loi a fait l'objet d'un accord et a été étudié. Cela fera bientôt six ans. On le demande depuis 10 ans.
Lorsque nous parlons de violence contre les premiers intervenants et les professionnels de la santé, nous parlons de vraies personnes dans de vraies collectivités: nos familles, ma famille. Ma plus jeune fille est infirmière en psychiatrie. J'en parle avec émotion à cause des histoires que j'entends.
Il n'y a aucune protection. Ils se rendent au travail tous les jours simplement pour essayer d'aider les autres, mais en retour, ils sont de plus en plus souvent la cible de coups de poing, de coups de couteau, de menaces et d'insultes. L'automne dernier, une infirmière de la Colombie‑Britannique a reçu des coups de poing et des coups de pied et a perdu connaissance alors qu'elle tentait simplement de prendre la pression artérielle d'une personne. En Ontario, une infirmière a été attaquée avec un couteau et une machette.
Partout au Canada, les incidents de violence contre les travailleurs de première ligne ont augmenté. Des infirmières disent avoir reçu des coups de poing, des coups de pied, des crachats et des menaces. Des ambulanciers paramédicaux sont agressés pendant qu'ils tentent de sauver des vies. Des pompiers sont attaqués sur les lieux d'une urgence. Des agents correctionnels font face à des menaces quotidiennes, et les établissements sont déjà débordés. Je ne veux même pas aborder les conditions dans lesquelles ces gens travaillent, car elles sont épouvantables. Je ne voudrais jamais faire ce qu'ils font. Je sais garder mon calme, mais je ne voudrais jamais travailler dans ce contexte.
Dans de nombreux hôpitaux au pays, les infirmiers affirment que la violence fait désormais partie intégrante de leur travail. C'est honteux. Imaginez si nous devions faire face à cela au quotidien. Viendrions-nous travailler si nous savions que nous allions être frappés, nous faire cracher dessus ou recevoir des coups de pied, ou que notre vie serait menacée? Dans les services d'urgence, le personnel est formé non seulement aux soins de traumatologie, mais aussi à la manière de désamorcer les menaces physiques. Désormais, il est courant que les ambulanciers attendent l'arrivée de renforts policiers avant de répondre à des appels qui auraient autrefois été considérés comme de routine.
Les pompiers ne peuvent pas ne pas répondre aux situations dangereuses. Peu importe ce qui se présente à eux, ils doivent intervenir, mais ils n'ont aucun soutien, aucune protection aux yeux de la loi s'ils se font tabasser, rouer de coups de pied ou de coups de poing, etc. On leur dit très souvent que cela fait partie de leur travail et qu'il faut se faire à l'idée. Ce n'est pas normal, et cela ne devrait pas être accepté comme normal. On se prête pourtant à de petits jeux à la Chambre.
J'aimerais conclure en priant les députés de bien vouloir travailler avec leur propre parti, leur propre camp. Je me fiche que mon nom ou le Parti conservateur soit associé à la mesure législative — vraiment. Tout ce que je souhaite, c'est de nous voir unir nos efforts et faire adopter le projet de loi.
Aucun Canadien ne devrait se rendre au travail en se demandant s'il rentrera chez lui sain et sauf à la fin de son quart de travail. Aucun infirmier ne devrait avoir à craindre d'être attaqué alors qu'il s'occupe d'un patient. Aucun ambulancier paramédical ne devrait être agressé alors qu'il prodigue des soins qui sauvent des vies. Aucun pompier ne devrait être menacé lorsqu'il répond à une urgence. Aucun agent correctionnel ne devrait être blessé simplement parce qu'il fait son travail. Pourtant, c'est exactement ce qui se passe quotidiennement.
C'est pourquoi le projet de loi est si important. S'il est adopté, ce projet de loi enverra un message sans équivoque: lorsqu'un individu agresse une personne qui fournit des soins de santé ou des services d'urgence, cette infraction sera traitée avec le sérieux qu'elle mérite.
Pendant le peu de temps qu'il me reste pour parler du projet de loi, je vais rappeler à la Chambre pourquoi nous sommes ici: pour le personnel infirmier, les ambulanciers paramédicaux, les pompiers et les premiers intervenants. Chaque jour, ils risquent leur vie pour nous. Ils se lèvent chaque matin en sachant qu'ils vont vivre des événements qui vont changer leur vie, mais personne ne prend leur défense.
J'exhorte tous les députés à prendre l'initiative de faire adopter le projet de loi à toutes les étapes. Nous pouvons collaborer dans ce dossier. Des vies en dépendent.
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Madame la Présidente, pour revenir sur ce que vient de dire le député à propos du retard, je me souviens qu'en décembre et en novembre, j'ai littéralement supplié le Parti conservateur de permettre l'adoption du projet de loi , qui va encore plus loin...
Une voix: Ce n'est pas le cas.
L'hon. Kevin Lamoureux: Oui, madame la Présidente. Il va plus loin que le projet de loi . Je dirais aux députés que la Chambre aurait aidé tous les Canadiens en l'adoptant, car il s'inscrit dans les efforts visant à réformer le système de mise en liberté sous caution. Tout le Canada aurait pu bénéficier de l'adoption de cette mesure législative. Je ne sais pas combien de fois j'ai pris la parole pour demander aux conservateurs d'en permettre l'adoption. Pendant des semaines et des semaines, j'ai invité les conservateurs à le faire. J'ai dit que nous ferions un cadeau aux Canadiens en adoptant le projet de loi avant la fin de l'année.
Pour ce qui est de la situation soulevée par le député, je la prends très au sérieux. Pendant les années où j'étais député provincial, j'ai été porte-parole en matière de santé et de justice. Je comprends les pressions qui sont exercées sur les ambulanciers paramédicaux et les agents chargés de l'application de la loi. Je peux affirmer que tous les membres du caucus libéral comprennent la nécessité d'adopter une mesure législative qui offrira une protection supplémentaire. Tous les députés libéraux le comprennent.
J'ose espérer que tous les députés sont favorables à une telle mesure. C'est pourquoi nous l'avons intégrée au projet de loi . Pour comprendre pourquoi le projet de loi C‑14 n'a pas été adopté, le caucus conservateur doit se regarder dans le miroir et en assumer la responsabilité. C'est la vérité. Nous le savons tous.
L'ensemble de mesures contre la criminalité présenté à la Chambre par le , le Cabinet et le gouvernement couvre de nombreux éléments, comme la protection très concrète des travailleurs de la santé et des premiers intervenants, la réforme en profondeur de la mise en liberté sous caution et le rétablissement d'au moins une dizaine de peines minimales, sans parler de la lutte contre le fentanyl.
Une voix: C'est incroyable.
L'hon. Kevin Lamoureux: Madame la Présidente, le député a raison. Il s'agit de mesures très concrètes. Si le projet de loi n'a pas été adopté, c'est parce que le programme politique du penche davantage vers le conservatisme. Je salue le fait que le député dise que nous ne devrions pas politiser la question.
Moi aussi, je suis frustré. Je suis frustré parce que j'ai vu les possibilités qui s'offraient à nous. Tout comme le député nous a implorés, comme il a dit, j'ai aussi, au nom du gouvernement, imploré le Parti conservateur de faire adopter le projet de loi. Je suis intervenu à la Chambre pour proposer que nous siégions jusqu'à minuit pendant les deux dernières semaines de la session afin d'étudier des projets de loi importants, dont le , qui aurait répondu aux besoins des premiers intervenants. Le Parti conservateur a refusé. Les conservateurs se sont plaints de ne pas pouvoir débattre des projets de loi, mais quand on leur en a donné l'occasion, ils n'ont pas permis la tenue d'un débat. Ils ne devraient pas essayer de faire croire que le gouvernement ne comprend pas le problème. Nous le comprenons bien, et c'est pourquoi nous tenons tant à ce que le projet de loi avance.
Il suffit de penser aux premiers intervenants, à leurs responsabilités et à la violence qu'ils subissent. Elle est là, la justification. C'est la raison pour laquelle le a fait de cette question une priorité et l'a incorporée dans le projet de loi . À Winnipeg, la situation est telle que le syndicat du personnel infirmier tient une liste grise d'établissements de santé à titre d'avertissement...
Une voix: Dans votre circonscription.
L'hon. Kevin Lamoureux: Non, madame la Présidente, pas dans ma circonscription, dans celle juste au sud de la mienne. Les établissements hospitaliers qui figurent sur la liste grise ne sont pas sûrs. Cela ne fait qu'accentuer ce qu'a dit la dans sa question.
Ce n'est pas seulement à Ottawa d'agir et d'adopter des lois. C'est une question qui nécessite l'intervention des provinces, ainsi que des municipalités, qui sont responsables de l'application de la loi. Quand on parle de vouloir protéger les premiers intervenants, il est important que toutes les parties prenantes comprennent bien que différents pouvoirs publics sont concernés.
J'aime à croire qu'Ottawa le comprend, et ce soir, nous voyons à la fois l'opposition officielle et le gouvernement exprimer avec beaucoup de passion les raisons pour lesquelles nous soutenons les premiers intervenants au pays. Je trouve encourageant de voir ce genre de soutien de la part de l'opposition officielle.
Il n'est pas trop tard. Il s'agit de la deuxième lecture de ce projet de loi d'initiative parlementaire, mais nous avons la possibilité d'adopter un projet de loi qui réglerait cette question avant la fin du mois de février. Il y a deux ou trois mois, j'ai fait valoir qu'il aurait été possible de le faire à la fin de décembre. Il n'y a aucune raison pour que nous ne puissions pas le faire avant la fin du mois. Tout ce dont nous avons besoin, c'est de la coopération du Parti conservateur pour mettre fin à l'obstruction systématique au projet de loi .
Le projet de loi bénéficie de l'appui des agents de la paix, de l'ensemble des gouvernements provinciaux et territoriaux et des principaux partis politiques de tous les horizons — quoique je ne suis pas certain de la position des verts. Mis à part l'opposition officielle à la Chambre, il est difficile de comprendre d'où vient l'opposition à ce projet de loi. Voilà pourquoi la frustration exprimée par la leader du gouvernement à la Chambre, comme par d'autres députés, est compréhensible: nous sommes saisis d'un projet de loi substantiel, mais les manœuvres d'obstruction se poursuivent.
Le député a parlé avec éloquence, passion et émotion des premiers intervenants, exhortant le gouvernement à agir. J'espère que cette même ferveur se manifestera au sein du caucus conservateur lorsqu'il sera question du programme du gouvernement à l'égard de certaines mesures législatives en matière de criminalité. Je pense tout particulier au projet de loi , mais il y en a d'autres, comme le , le , qui sur la lutte contre la haine, le , ou encore le , dont nous avons récemment débattu. À mon avis, le projet de loi, qui érigerait le féminicide au rang de meurtre au premier degré, ferait du Canada un chef de file mondial. Il rétablirait de nombreuses peines minimales obligatoires. Qu'il s'agisse du débat de ce soir, de la réforme de la mise en liberté sous caution ou du projet de loi , ces initiatives bénéficient d'un large soutien au sein de la population canadienne, y compris dans les circonscriptions conservatrices.
J'invite donc les députés d'en face à tenir compte des propos du parrain de ce projet de loi particulier et à comparer les projets de loi et . Ils constateraient que le projet de loi C‑14 va encore plus loin que le S‑233 pour soutenir les premiers intervenants. C'est sans parler de nombreux autres aspects du Code criminel, comme la réforme de la mise en liberté sous caution.
Il y a une véritable occasion à saisir, mais pour ce faire, l'obstruction doit cesser et nous devons collaborer davantage.
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Madame la Présidente, c'est un grand plaisir de prendre la parole au sujet du projet de loi . Cependant, avant de commencer mon discours, je veux attirer l'attention sur ce tartan que je porte et qui est homologué et enregistré en Écosse. Il a été fait par deux tisserandes de ma circonscription qui sont membres de la Guilde des Tisserands du Suroît. Elles m'ont tissé et offert un tartan pour célébrer le 150
e anniversaire de la Ville de Salaberry‑de‑Valleyfield. Je leur avais promis que, quand je le recevrais, je ferais honneur à leur œuvre d'art en la partageant avec l'ensemble de mes collègues de la Chambre des communes. C'est fait. Je remercie Johanne et Pierrette, qui sont vraiment des tisserandes hors pair. Je suis assez fière pet, comme on dit en bon québécois, de présenter ce tartan à tout le monde ici à la Chambre.
Je comprends que nous débattons d'un projet de loi dont nous avons déjà débattu à la Chambre, mais qui portait un autre numéro. C'est un projet de loi qui a franchi toutes les étapes législatives, mais qui est malheureusement mort au Feuilleton à cause de la prorogation. On sait donc d'avance que c'est un projet de loi qui faisait grand consensus à la Chambre et au Sénat.
C'est dommage, parce que j'écoutais l'intervention du député de et j'avais un peu l'impression qu'on faisait du chantage concernant le projet de loi S‑233 pour punir en quelque sorte les conservateurs de ne pas collaborer sur certains autres projets de loi. Je trouve ça carrément injuste, parce que, avec les projets de loi émanant des députés, c'est un privilège d'avoir été pigé au hasard pour pouvoir présenter son projet de loi. Être traité de cette manière, je trouve que c'est profondément injuste.
Au Bloc québécois, nous avions donné notre accord pour que le parcours législatif du projet de loi S‑233 soit plus rapide afin qu'il soit adopté rapidement. C'est dommage que, du côté des libéraux, on n'ait pas donné cet appui pour permettre au projet de loi d'être adopté rapidement.
Tout ça a commencé par la recommandation 3 d'un rapport émanant du Comité permanent de la santé. On disait qu'il fallait modifier le Code criminel pour exiger que ce soit considéré comme circonstance aggravante pour déterminer la peine le fait que la victime de voie de fait était un travailleur du secteur de la santé. Il est donc question d'une modification au Code criminel qui est petite, mais qui est hautement importante quand on voit à qui elle s'adresse.
En ce moment, il y a une série d'articles qui guident les juges concernant les facteurs aggravants. On parle de voies de fait, d'agression armée ou d'infliction de lésions corporelles, de voies de faits graves et de lésions corporelles. Cependant, il n'y a pas une infraction précise qui dit que, si on s'attaque à un professionnel de la santé ou à un premier répondant, ça constitue un facteur aggravant pour la détermination de la peine. C'est ce que vient faire le projet de loi. Il s'agit de préciser cette question.
J'entendais le député de Winnipeg‑Nord dire que ce n'est pas juste l'affaire du fédéral, le fait que les premiers répondants et les professionnels de santé vivent de la violence, et qu'il y a aussi une compétence partagée entre les provinces et le fédéral. Je lui dirais qu'effectivement le fédéral a les moyens d'offrir plus aux provinces dans ses transferts en santé pour mieux outiller les milieux de la santé à faire face à cette recrudescence de violence et de gestes d'agression envers le personnel soignant et les premiers répondants.
Je le dis souvent, mais suis travailleuse sociale et gestionnaire au Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie‑Ouest. Je peux dire que j'ai été témoin de situations très, très graves. Je vais en décrire quelques-unes, parce que je pense que c'est important qu'on illustre l'importance qu'on doit accorder à ce projet de loi, mais aussi à la prévention de la violence envers les professionnels de la santé et les premiers répondants.
Il y a des choses que je n'avais jamais vues dans ma pratique, c'est-à-dire jusqu'à tout récemment. Ça fait six ans que j'ai été réélue. Avant, j'étais gestionnaire. Je gérais des lieux d'hébergement pour personnes âgées. On s'aperçoit qu'on maintient plus longtemps à domicile nos aînés, et, souvent, les aînés ont des problèmes de démence. De plus, souvent, les problèmes de démence amènent, surtout si on a une démence de type frontal, des gestes d'agressivité et de violence envers le personnel soignant.
J'ai été confrontée à des situations où on devait parfois engager un garde, qui venait de la compagnie Garda, pour surveiller la personne qui était hébergée afin de protéger le personnel soignant des attaques et de la violence qui pouvaient émaner de cette personne. Ce n'était pas nécessairement prémédité, mais elle le faisait à cause de sa maladie.
Quand on commence à se dire qu'il faut prendre de l'argent public en santé pour payer un garde afin d'éviter que le personnel se fasse taper dessus, se fasse donner des coups de pied, se fasse mordre, se fasse pousser, se fasse blesser, eh bien ce sont des deniers publics importants consacrés à la sécurité du personnel. Je dirais que les gestionnaires sont parfois déchirés de devoir faire plus avec moins et de parfois être obligés de réduire certaines heures de ces gardiens, par exemple, pour être capables d'équilibrer le budget qui leur est attribué.
Moi, je ne peux pas m'empêcher de répondre au député de , qui dit que ça prend une responsabilité des provinces, que la première responsabilité vient de celui qui a trop d'argent et qui la dépense dans des champs de compétence du Québec et qui ne prend pas ce qu'il faut pour donner les moyens aux provinces de prendre soin aussi de leurs professionnels de la santé et de leurs premiers répondants.
J'ai assisté, comme le député de , à toutes sortes de situations, des situations aussi où les policiers et les pompiers sont souvent maintenant accompagnés de travailleurs sociaux pour être capables de participer à réduire la colère ou une crise d'une personne qui a un problème de santé mentale et qui exprime des gestes très violents envers le premier répondant. On change les pratiques et on engage des professionnels de la santé pour soutenir les premiers répondants, mais ça coûte de l'argent.
C'est sûr que, dans le projet de loi, oui, on va ajouter le facteur aggravant, et nous sommes bien d'accord, mais il ne faut pas oublier l'essentiel. Il faut que, en amont aussi, on soutienne les professionnels de la santé et qu'on soutienne les premiers répondants quand ils interviennent sur le terrain. Or, il n'y a pas 10 millions de manières de le faire. Ça se fait en ajoutant du personnel spécialisé en intervention de crise pour être capables de faire face, par exemple, à quelqu'un qui est complètement désorganisé, qui est intoxiqué et qui veut s'attaquer, par exemple, à un ambulancier, à un pompier ou même à un policier qui arrive sur une scène où il doit intervenir.
Ce n'est pas pour rien que, à Montréal, par exemple, les gens du service de la police sont souvent accompagnés, quand ils se déplacent pour des situations de violence conjugale ou de désorganisation d'une personne qui a un problème de santé mentale, d'un travailleur social ou d'un éducateur spécialisé pour être capables d'aider à réduire la crise. C'est pour éviter, justement, l'agressivité et les blessures que pourrait subir le premier répondant.
Je trouve ça absolument incompréhensible que des faits comme ça ne convainquent pas le gouvernement de mieux soutenir le Québec et les provinces pour ce qui est de dispenser des services. Comme on le sait, la santé et les services sociaux consomment une grande partie des budgets du Québec et des provinces. Cette obstination à ne pas élever le transfert en santé nuit considérablement aux professionnels de la santé, nuit aux premiers répondants, mais nuit aussi aux personnes qui ont besoin de recevoir du service et de l'aide de gens professionnels et compétents.
En terminant, je remercie le député de de sa détermination et je l'encourage à poursuivre ses discussions avec le gouvernement, afin de convaincre les libéraux de revenir sur leur décision et d'accorder un parcours législatif plus court pour adopter le projet de loi .
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Madame la Présidente, c'est toujours un privilège de prendre la parole à la Chambre au nom de mes concitoyens.
Je tiens d'abord à remercier le député de des efforts qu'il a déployés pour que les mesures du projet de loi se rapprochent de celles proposées lors de la législature précédente dans le projet de loi . Nous tenons à souligner le bon travail qu'il a accompli jusqu'à présent et le fait que son projet de loi a été approuvé à l'unanimité par tous les partis à l'époque.
Ce qui me déçoit, c'est que, d'après les observations du député de , il semble bien évident que les libéraux se servent de ce projet de loi comme d'une arme pour faire adopter les mesures législatives qu'ils veulent. Il est très malheureux que le débat soit devenu aussi partisan.
Un pays sérieux protège ceux qui le servent. La primauté du droit doit s'appliquer de façon claire et équitable, surtout en cas de violence contre des personnes qui travaillent tous les jours pour protéger la sécurité, la santé et la vie des Canadiens. Les infirmiers, les ambulanciers paramédicaux et les premiers intervenants ne choisissent pas le moment où ils seront exposés à des risques; ils acceptent leur situation parce qu'elle vient avec les responsabilités qu'ils ont envers le public. Lorsque la loi ne reconnaît pas clairement cette réalité, elle envoie le mauvais message aux délinquants, aux victimes et aux professionnels qui assurent la prestation des services essentiels.
Le projet de loi reflète l'engagement des conservateurs à rétablir le bon sens, la reddition de comptes et le respect pour les travailleurs de première ligne dans nos collectivités. Sa portée est délibérément restreinte. Il y est seulement question des voies de fait déjà incluses dans le Code criminel, et il ne s'applique qu'à la détermination de la peine, après qu'une personne a été reconnue coupable, et uniquement aux victimes qui y sont clairement définies, soit les personnes qui fournissent des services de santé, dont les préposés aux soins personnels et les premiers répondants qui exercent leurs fonctions.
Comme je l'ai déjà mentionné, le projet de loi reprend directement le travail entamé dans le cadre du projet de loi , présenté lors de la législature précédente. Il importe de noter que le projet de loi n'a pas été rejeté; le travail a été interrompu par la prorogation du Parlement. Le projet de loi a été adopté à l'unanimité à la Chambre des communes.
Le problème auquel s'attaque ce projet de loi existe dans tout le pays, et il est le même partout. La violence contre les travailleurs de la santé et les premiers répondants ne se limite pas à une province, à une circonscription ou à un hôpital. Les infirmières et les ambulanciers paramédicaux signalent des taux élevés d'agressions dans les salles d'urgence, les établissements de soins de longue durée, les cliniques communautaires et les milieux préhospitaliers. Ces incidents ne sont pas rares; ils représentent un aspect prévisible et récurrent du travail de première ligne.
Quelle est la cause de la crise à laquelle sont confrontés les travailleurs de première ligne? Elle est le résultat direct de plus d'une décennie de politiques libérales qui ont affaibli la mise en liberté sous caution, normalisé les violences avec récidive et inondé les collectivités de drogues dures. Les politiques libérales de capture et de remise en liberté sous caution, en particulier dans le cadre du projet de loi , ont remis des récidivistes violents dans les rues aux conditions les moins sévères possible, souvent après quelques heures ou quelques jours. Ce sont souvent les mêmes personnes que les policiers, les ambulanciers et le personnel des urgences rencontrent sans cesse, non pas en tant qu'auteurs d'une seule infraction, mais en tant que sources chroniques de violences et d'instabilité.
À cause des expériences de décriminalisation et de la distribution de drogues dures financée par les deniers publics, le gouvernement libéral a créé un environnement dans lequel les premiers intervenants sont régulièrement envoyés dans des situations volatiles, imprévisibles et violentes déclenchées par des dépendances graves. Les premiers intervenants considèrent maintenant la naloxone comme une nécessité opérationnelle quotidienne et l'administrent pour ranimer les personnes qui font une surdose de fentanyl, souvent plusieurs fois les mêmes personnes aux mêmes endroits.
À l'échelle du Canada, près de 50 000 personnes sont mortes d'une surdose d'opiacés depuis 2016, et il y a eu une augmentation de 200 % des décès annuels. Rien qu'en Colombie‑Britannique, 1 700 personnes sont mortes après avoir consommé des drogues toxiques au cours des neuf premiers mois de 2024. La police a signalé que, dans environ la moitié des cas, l'hydromorphone saisie avait été détournée de programmes d'approvisionnement soi-disant sûr.
Voilà l'environnement dans lequel sont envoyés les infirmiers, les ambulanciers et les policiers. Leur devoir les oblige à entrer dans des espaces façonnés par l'échec des politiques libérales, l'affaiblissement du système de mise en liberté sous caution, la banalisation de la récidive et une épidémie de drogue qui a rendu les services de première ligne plus dangereux que jamais ces dernières années. Le projet de loi répond à cette réalité: il reconnaît que les personnes qui doivent faire face aux conséquences de ces décisions sur le terrain sont exposées à des risques accrus et sont plus vulnérables.
Les agressions contre les professionnels de la santé et les premiers répondants dans l'exercice de leurs fonctions sont particulièrement graves, car elles se produisent au moment même où l'aide est apportée. Lorsqu'un infirmier s'approche d'un patient ou qu'un ambulancier répond à un appel, il est là pour aider, pas pour se battre ou se défendre. Les personnes qui occupent ces fonctions sont celles qui courent vers le danger pendant que les autres s'enfuient.
Au début de ma vingtaine, j'ai été secouriste bénévole. En tant que conducteur et préposé à bord d'une ambulance, j'ai prodigué des soins à des patients en route vers l'hôpital grâce à une formation que j'avais reçue; j'ai été exposé à des situations d'urgence et au système hospitalier. Cette expérience m'a fait prendre conscience de la vulnérabilité des secouristes sur le terrain. Dans une ambulance ou en situation d'urgence, les premiers intervenants sont incapables de contrôler leur environnement ou de partir en cas de violence. Ils restent sur place, car c'est ce que leur travail exige.
Ce qui a changé depuis cette époque, c'est le niveau de danger. Les politiques libérales en matière de mise en liberté sous caution et de drogues ont rendu le travail des premiers intervenants beaucoup plus dangereux. Les récidivistes violents, les personnes en psychose à cause de la drogue et celles qui commettent des crimes en raison du fentanyl sont désormais une réalité courante. Le projet de loi tient compte de cette évolution, et il ferait en sorte que nos lois correspondent à la situation actuelle.
On peut observer cette même réalité dans les établissements de soins de santé. Dernièrement, à Winnipeg, une infirmière a été agressée dans le stationnement de l'hôpital Saint‑Boniface. Elle ne se trouvait pas dans un endroit isolé. Elle n'agissait pas avec insouciance. Elle était sur son lieu de travail dans le cadre de son emploi. La réaction des représentants du personnel infirmier n'a pas été la surprise, mais l'exaspération. Ils ont souligné que la violence et les mauvais traitements sont maintenant monnaie courante dans les hôpitaux, et que les travailleurs sont forcés de quitter des milieux de travail qui ne peuvent pas assurer une sécurité publique de base. Le projet de loi vise justement à ce que cet enjeu soit pris en compte au moment de la détermination de la peine. Lorsqu'une personne qui est tenue par son devoir de rester dans une situation dangereuse subit une agression, la loi devrait reconnaître sa vulnérabilité accrue et le préjudice plus large qui en découle.
Le préjudice ne se limite pas à la victime elle-même. La violence commise dans les hôpitaux, dans les ambulances et sur les lieux d'une situation d'urgence perturbe les services essentiels que fournissent les travailleurs de première ligne. Ce sont ces services publics essentiels que le projet de loi vise à protéger. Les soins de santé ne sont pas une transaction privée mais un bien public sur lequel toutes les collectivités comptent.
Les services d'urgence subissent la même pression. Les premiers répondants qui s'attendent à subir de la violence courent constamment des risques. S'ils deviennent trop prudents, les risques augmentent. Les délais d'intervention peuvent s'allonger, et ces retards peuvent avoir de graves conséquences dans les situations d'urgence. Résultat: les normes de soins aux patients dégringolent, et les Canadiens doivent attendre plus longtemps pour obtenir de l'aide. Avec le temps, cela fait plus de mal que de bien. Les gens finissent par se demander si les professionnels qui servent la population sont en mesure de leur fournir l'aide dont ils ont besoin.
Ce sont les personnes qui connaissent le mieux le problème qui appuient le projet de loi . Des organisations représentant le personnel infirmier ont publiquement appuyé le projet de loi parce qu'il reflète ce que leurs membres vivent au quotidien dans le cadre de leur travail. Des dirigeants de services paramédicaux ont dit la même chose. Les ambulanciers travaillent souvent seuls ou au sein de petites équipes dans des situations imprévisibles et non contrôlées, et ce, dans la plus grande urgence. Ils sont exposés à des risques, et ils le savent.
Les personnes qui font ce travail ont constaté qu'on n'en fait pas assez pour prévenir la violence contre elles et y donner suite. Surtout, le projet de loi ne vise pas à durcir le ton pour le plaisir. C'est une question de vulnérabilité découlant des fonctions exercées. Les travailleurs de la santé et les premiers intervenants sont exposés à des dangers en raison des services qu'ils fournissent. En temps de crise, ils ne peuvent pas se défiler. Leur travail les oblige à rester, même quand la situation devient violente.
Le projet de loi protégerait pleinement le processus de détermination de la peine individualisé. Chaque cas serait encore jugé en fonction des faits et des mérites qui lui sont propres. Les juges continueraient d'examiner les détails relatifs à l'infraction et au délinquant. Les circonstances atténuantes et aggravantes seraient encore prises en considération. La proportionnalité demeurerait la norme, et le pouvoir discrétionnaire des juges ne serait pas restreint.
Les travailleurs de première ligne de toutes les professions s'entendent sur une chose: la violence s'est normalisée, et la réponse juridique est insuffisante. Le projet de loi répondrait à cette réalité de manière prudente et responsable. À ce stade, il n'y a plus d'incertitude. Le Parlement a déjà étudié ce projet de loi. Le Parlement a déjà donné son accord. La seule question qui demeure est de savoir si nous sommes prêts à terminer le travail. Chaque retard envoie un signal non seulement aux délinquants, mais aussi au personnel infirmier, aux ambulanciers paramédicaux, aux pompiers et aux premiers intervenants qui se présentent chaque jour et se font dire, alors qu'ils sont en service, que leur sécurité peut attendre. Ce n'est pas un choix neutre. C'est une décision, et elle a des conséquences.
En adoptant maintenant le projet de loi , le Parlement affirmerait que la violence contre ceux qui servent le public, qui nous servent, serait traitée avec le sérieux qu'elle mérite. C'est ainsi que nous rétablirons la clarté, la cohérence et la confiance dans la loi pour nos travailleurs de première ligne.
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Madame la Présidente, je suis heureux d'avoir l'occasion d'intervenir au sujet du projet de loi , qui vise à modifier le Code criminel en ce qui concerne les voies de fait contre une personne qui fournit des services de santé ou un premier répondant. Essentiellement, le projet de loi S‑233 vise à renforcer la protection des personnes qui servent les collectivités au quotidien, en exigeant que, dans le cas de cinq types de voies de fait, les tribunaux chargés de déterminer la peine considèrent comme circonstance aggravante le fait que la victime est un travailleur de la santé ou un premier répondant qui exerçait ses fonctions au moment de la perpétration de l'infraction.
Je tiens tout d'abord à remercier mon collègue de l'autre endroit d'avoir présenté ce projet de loi, ainsi que le député de , qui avait présenté une mesure similaire lors de la dernière législature. Leurs efforts ont contribué à faire en sorte que la Chambre des communes demeure saisie de la question. Ils nous donnent l'occasion de discuter d'un enjeu qui touche les Canadiens un peu partout au pays.
Nous sommes tous touchés à un moment ou à un autre de notre vie; chaque jour, des Canadiens dépendent de la capacité d'appeler à l'aide en cas d'urgence et d'avoir la certitude que quelqu'un va intervenir. Qu'il s'agisse des pompiers, des ambulanciers paramédicaux, des policiers ou des professionnels de la santé, ces personnes sont là pour nous dans les moments de crise, de vulnérabilité et de peur. C'est pourquoi le parrain du projet de loi a qualifié de héros de tous les jours les travailleurs de la santé et les premiers répondants. Je suis tout à fait d'accord. Ces héros se présentent au travail, souvent au péril de leur vie, afin que le reste d'entre nous puisse être en sécurité.
Alors que nous débattons de ce projet de loi, je pense à un certain nombre de personnes dans ma ville, Winnipeg. Je pense notamment à Christian Schmidt, le chef du Service d'incendie et de soins paramédicaux, ainsi qu'à Gene Bowers, le chef du service de police, et à tous les membres de leurs équipes. Je pense aussi à deux personnes qui risquent leur vie chaque jour pour assurer la sécurité des Winnipegois, et je tiens à les saluer à la Chambre des communes aujourd'hui: Brad Russell, un pompier, et Jay Murray, un policier. Je suis très fier de dire qu'ils sont mes coéquipiers au sein des Mermen, l'équipe de la ligue de garage dont je fais partie depuis de nombreuses années.
Je pense également à ma mère, qui est une professionnelle de la santé. Elle a été médecin de famille pendant de nombreuses années, mais, depuis une dizaine d'années, elle aide les gens à relever les défis liés à la toxicomanie et aux problèmes de santé mentale. Dans ce domaine de travail, les choses peuvent être très difficiles, c'est pourquoi les professionnels de la santé ont besoin de la protection additionnelle que ce genre de loi peut leur offrir.
Je tiens à souligner que cette question ne devrait pas relever de la partisanerie et qu'elle n'en relève pas. Le l'a clairement indiqué lors de la période des questions l'automne dernier quand il a exprimé sa volonté de travailler avec tous les partis pour faire avancer le plus rapidement possible les mesures qui protègent les premiers répondants. Je crois que ce sentiment est largement partagé à la Chambre. En fin de compte, la question qui se pose à nous n'est pas de savoir si nous devons agir, mais quelle est la meilleure façon de le faire.
Comme les députés le savent, le projet de loi propose de s'attaquer à ce problème en créant une nouvelle circonstance aggravante qui s'appliquerait quand la victime de certains types de voies de fait est un travailleur de la santé ou un premier répondant dans l'exercice de ses fonctions. Les infractions visées comprennent la profération de menaces, les voies de fait, l'agression armée ou les voies de fait causant des lésions corporelles, les voies de fait graves et le fait de causer illégalement des lésions corporelles.
En même temps, il est important de situer le projet de loi dans le contexte législatif plus large dont le Parlement est actuellement saisi.
Le gouvernement a présenté le projet de loi , loi sur les mesures de réforme concernant la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine, qui est actuellement à l'étude au Comité permanent de la justice et des droits de la personne. Le projet de loi C‑14 traite également de la violence contre les travailleurs de la santé et les premiers répondants, mais il le fait, à mon avis, par l'entremise d'une approche plus large et plus complète. Le projet de loi C‑14 élargirait précisément une circonstance aggravante qui est déjà dans le Code criminel et qui s'applique actuellement aux infractions commises contre des travailleurs de la santé et des préposés aux soins personnels, afin d'inclure explicitement les premiers répondants.
Surtout, cette circonstance aggravante s'appliquerait à toutes les infractions au Code criminel, sans se limiter à un sous-ensemble défini d'infractions liées aux agressions. Cette distinction est importante. Au titre du projet de loi , les tribunaux seraient tenus de prendre en compte les circonstances aggravantes non seulement des voies de fait, mais aussi d'autres formes graves de conduite criminelle visant les travailleurs de première ligne, comme l'intimidation, le harcèlement criminel ou d'autres infractions qui peuvent avoir lieu pendant l'exercice de leurs fonctions.
Autrement dit, bien que le projet de loi mette l'accent sur des infractions précises liées aux voies de fait, le projet de loi C‑14 ferait en sorte que la protection ne dépendrait pas de la classification technique de l'infraction, mais plutôt du fait qu'un travailleur de première ligne a été ciblé alors qu'il travaillait au service du public. Les deux projets de loi ont le même objectif, qui est de dénoncer la violence contre les travailleurs de la santé et les premiers répondants et de veiller à ce que la peine reflète la gravité du geste. La différence réside dans la portée et la cohérence.
Je laisserai au comité le soin de se pencher de plus près sur les interactions entre ces deux projets de loi sur le plan juridique, notamment en ce qui concerne les chevauchements et l'interprétation des lois. Cependant, je crois qu'il est juste de dire que le projet de loi fournit un cadre plus clair et plus unifié en incluant cette protection dans le régime général de détermination de la peine du Code criminel. Au-delà du processus législatif, il ne faut pas perdre de vue la raison pour laquelle nous devons nous pencher sur cette question, et je pense que les collègues qui ont pris la parole avant moi aujourd'hui ont fort bien expliqué la situation.
À la suite de la présentation du projet de loi , le a fait remarquer que « [l]es bonnes idées ne viennent pas de réunions à huis clos — elles naissent des conversations avec les gens sur le terrain ». Cette affirmation semble particulièrement juste dans ce cas-ci. Les travailleurs de la santé et les premiers intervenants nous disent constamment et avec insistance que la violence est devenue de plus en plus monnaie courante dans leur milieu professionnel. C'est ce que j'entends à Winnipeg, et c'est ce qui ressort également des conversations que j'ai régulièrement avec des intervenants.
En novembre, l'Association internationale des pompiers a tenu sa conférence législative canadienne ici même. Représentant plus de 350 000 pompiers et travailleurs médicaux d'urgence au Canada et aux États‑Unis, l'Association internationale des pompiers réclame depuis longtemps des mesures de protection plus efficaces contre les menaces et la violence. Une enquête menée auprès de ses membres révèle que 13 % des répondants ont fait état d'incidents violents lors d'interventions liées à un feu de bâtiment et que 40 % des répondants ont fait état d'incidents violents lors d'interventions médicales au cours d'une période de 5 ans. Ces résultats sont extrêmement préoccupants.
Les pompiers ne sont pas les seuls touchés. Dans la région de Peel, en Ontario, les données montrent qu'au cours d'une période de 1 an, les ambulanciers paramédicaux ont signalé 1 incident violent toutes les 18 heures, 1 agression physique toutes les 36 heures et des blessures physiques tous les 9 jours. Ici, à Ottawa, un sondage mené auprès des ambulanciers paramédicaux révèle que tous les répondants ont été victimes de violence au travail. Plus du tiers d'entre eux subissent de la violence ou des menaces chaque mois, et plus du cinquième en subissent chaque semaine. Il ne s'agit pas d'anomalies isolées ou régionales, mais plutôt d'un problème national qui mérite une réponse nationale.
Comment pouvons-nous raisonnablement attendre de ces professionnels qu'ils dispensent des soins urgents et souvent vitaux s'ils doivent constamment craindre pour leur propre sécurité? La réponse, bien sûr, c'est que nous ne le pouvons pas. Notre système de justice doit envoyer un message clair et sans équivoque: la violence à l'encontre des personnes qui interviennent en cas d'urgence ne sera pas tolérée. Lorsque quelques secondes peuvent faire la différence entre la vie et la mort, notre société ne doit pas accepter que les gens qui se précipitent vers le danger soient eux-mêmes la cible de comportements criminels.
La dénonciation est importante, la cohérence est importante et la clarté de la loi est importante. C'est pourquoi je crois que le travail du comité sera essentiel. Il permettra aux parlementaires d'entendre directement le point de vue des travailleurs de première ligne, des juristes et des autres parties prenantes et de veiller à ce que le Parlement adopte les outils les plus efficaces pour s'attaquer à ce problème.
En terminant, j'appuie l'objectif de mieux protéger les travailleurs de la santé et les premiers intervenants. En même temps, je crois que le projet de loi offre une approche plus large et plus complète, une approche qui assure une protection uniforme pour toutes les infractions au Code criminel et des directives plus claires pour nos tribunaux. Ensemble, ces efforts témoignent de la volonté du Parlement dans son ensemble de protéger les personnes qui servent nos collectivités et à faire en sorte que notre système de justice pénale réagisse fermement, équitablement et de façon cohérente lorsqu'elles sont lésées. J'ai hâte que le comité procède à l'étude du projet de loi et que nous poursuivions ce travail important au nom des héros de tous les jours qui nous protègent.
Je pense à une conversation que j'ai eue il y a quelques mois, encore une fois avec le chef des pompiers et des ambulanciers paramédicaux de Winnipeg. On m'a montré une vidéo de formation sur ce que les policiers, les ambulanciers et les pompiers de Winnipeg doivent faire pour intervenir auprès d'une personne qui subit une psychose causée par la méthamphétamine. C'est malheureusement très courant dans nos rues ces temps-ci. Une des choses qu'on peut constater, c'est qu'il faut beaucoup de premiers répondants, 12, 13, 14 ou plus, pour intervenir auprès d'une seule personne. Les gens qui subissent ce type de psychose sont malheureusement très dangereux et imprévisibles. Ils peuvent même avoir une force surhumaine, ce qui augmente considérablement le risque et la menace qu'ils représentent pour les personnes qui essaient de les aider. Le projet de loi est d'une importance capitale. J'attends avec impatience la suite du débat et, je l'espère, l'adoption du projet de loi.