La Chambre reprend l'étude, interrompue le 27 octobre, de la motion portant que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
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Monsieur le Président, je suis fière de prendre la parole aujourd'hui au nom des habitants de Fort McMurray—Cold Lake. Je suis fière d'avoir grandi et d'habiter à Fort McMurray. C'est une collectivité qui attire des gens de partout au Canada et du monde entier.
[Français]
Mes parents, anglophones, ont pris la sage décision de m'inscrire en immersion française à Fort McMurray, une décision qui m'a ouvert tellement de portes. Je me considère comme une francophone par choix, et non par chance, et je figure parmi la population croissante de francophones hors Québec. Le français a été la première langue européenne parlée en Alberta et continue d'être la langue la plus parlée dans la province après l'anglais.
[Traduction]
Quand j'étais jeune, le Canada était un pays où chacun, peu importe ses origines, pouvait réaliser ses aspirations, s'il était prêt à y mettre l'effort; un pays qui offrait de nombreuses occasions de grandir, d'apprendre et de tisser des liens avec ses voisins autour d'une identité commune; un pays où les différences étaient célébrées et où tous étaient unis par une croyance commune en la liberté, la valeur du travail et, bien sûr, la famille. Si on travaillait fort, on pouvait se permettre d'acheter une belle maison dans un quartier sûr et de fonder une famille. C'était le rêve canadien.
[Français]
L'ancien premier ministre Brian Mulroney a introduit la Loi sur le multiculturalisme canadien en 1988 afin de refléter l'idée que nous sommes plus forts comme pays si nous sommes unis, et non pas divisés. Lui-même a grandi dans une famille irlandaise catholique dans une communauté ouvrière à Baie‑Comeau, au Québec. Il était fier d'être Québécois, fier de son patrimoine irlandais et aussi fier d'être Canadien. Nous, les conservateurs, croyons depuis longtemps que le multiculturalisme fonctionne le mieux quand nous sommes unifiés, et non pas divisés.
[Traduction]
Sous l'ancien premier ministre Stephen Harper, le multiculturalisme a continué de s'épanouir au Canada. C'était une époque où le gouvernement valorisait encore la fierté envers notre pays et où notre unité faisait notre force. Le Canada était un pays où nous pouvions célébrer nos différences et être unis par une identité nationale commune. Voilà un autre exemple qui montre que les conservateurs ont compris depuis longtemps que nous sommes plus forts quand nous faisons front commun.
[Français]
Dans cet esprit, le premier ministre Stephen Harper a reconnu le Québec comme société distincte dans un fédéralisme canadien, en reconnaissant l'histoire, la langue et la culture unique du Québec, en valorisant le Québec et son importance pour le Canada et en reconnaissant que les Québécois faisaient partie de l'histoire canadienne et qu'ils pouvaient être fiers de leur identité québécoise et de leur identité canadienne.
[Traduction]
Après une décennie de politiques libérales qui sèment la discorde, le rêve canadien s'estompe. Le gouvernement fait tout ce qu'il peut pour nous diviser en groupes, en catégories et en sous-catégories, en utilisant la politique identitaire. Il rend la vie tellement hors de prix que les jeunes craignent de ne jamais avoir les moyens d'accéder à la propriété ou de fonder une famille. Les libéraux, qui prônent l'État postnational, ont dit aux jeunes Canadiens qu'il n'y avait pas lieu d'être fiers d'être Canadiens, laissant ainsi la promesse canadienne disparaître peu à peu. Les libéraux nous ont dit que nous devions nous concentrer sur ce qui nous différencie plutôt que de célébrer ce que nous avons en commun. La vérité, c'est que nous sommes plus forts en tant que communautés et en tant que pays lorsque nous sommes unis.
Tous les enfants canadiens se souviennent d'avoir rendu hommage à Terry Fox et participé à une course Terry Fox pendant leurs années d'école primaire et secondaire, d'avoir appris l'histoire des soldats canadiens qui ont vaillamment combattu à la crête de Vimy, un moment où les Canadiens ont accompli ce que les Alliés croyaient impossible, et bien sûr, d'avoir découvert l'histoire des Célèbres cinq, qui se sont battues pour que les femmes soient considérées comme des personnes dans la loi, non seulement ici au Canada, mais dans tout le Commonwealth. Voilà ce que les pères fondateurs souhaitaient pour le pays, un endroit où l'ardeur au travail et le dévouement nous permettraient d'accomplir n'importe quoi. Pourtant, les libéraux ont supprimé ces moments importants et dignes de fierté du passeport, le document le plus important pour tout Canadien.
Les actions et les décisions du gouvernement libéral ont façonné notre avenir. Nous pourrions redevenir un grand pays. Nous devons rejeter les politiques libérales de multiculturalisme qui divisent, qui sont devenues tellement politisées que les Canadiens n'ont plus le sentiment de former un groupe uni. La politique d'immigration libérale a été utilisée pour accentuer les divisions régionales et culturelles au pays. Les libéraux ont fait croire aux Canadiens qu'ils ne pouvaient pas être fiers de leurs origines et de leur identité. Je peux affirmer aujourd'hui que je suis fière d'être ici. Je suis fière d'être Canadienne.
Les jeunes Canadiens ne croient plus en la promesse canadienne. Ils travaillent fort et font tout ce qu'il faut. Ils font tout ce qu'on leur demande de faire, mais ils n'ont pas les moyens d'acheter une maison. Ils ne peuvent pas fonder une famille, tout simplement parce que le coût de la vie est trop élevé, alors qu'on leur dit qu'ils n'ont pas d'identité et qu'ils ne peuvent pas être fiers de ce qu'ils sont. Je suis ici aujourd'hui pour dire que, autant mes collègues que moi-même, ainsi que de tous les Canadiens qui nous regardent chez eux, nous avons une identité nationale et nous sommes Canadiens. Peu importe où ils sont nés, peu importe où ils ont grandi, au pays, tous les Canadiens méritent de pouvoir être unis sous un drapeau commun.
Quels que soient notre race, notre religion, notre sexe ou nos origines, nous nous unirons autour de nos valeurs communes, mus par notre ardeur au travail et notre foi en la liberté. C'est alors, et alors seulement, que la promesse canadienne pourra être restaurée. Divisés, nous tomberons. Unis, nous nous tiendrons debout.
Le Canada est un pays fort et libre. Nous nous battrons pour notre pays. Nous le défendrons. Nous l'unirons. Un Canadien est un Canadien, point final. Il ne faut jamais l'oublier. Voilà ce qu'être Canadien signifie. Les conservateurs ont la conviction profonde que l'unité, la liberté et l'égalité des chances sont les fondements mêmes d'un Canada fort et multiculturel. Nous sommes fiers d'être Canadiens et nous nous battrons pour redonner vie à la promesse canadienne. Nous nous battrons pour offrir aux jeunes le rêve canadien et un avenir qui leur permettra de bien gagner leur vie, d'accéder à la propriété, de se sentir en sécurité et de fonder une famille. Nous unirons le pays. Nous célébrerons le patrimoine canadien ensemble. Nous sommes Canadiens.
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Monsieur le Président, c'est un peu particulier pour moi de prendre la parole ce matin sur le projet de loi de mon collègue de , qui vise à modifier la Loi sur le multiculturalisme canadien pour qu'elle soit non applicable au Québec. C'est une position forte du Bloc québécois, quelque chose que nous revendiquons.
À la base du multiculturalisme, il y a une forme de négation des droits des peuples fondateurs. Je dirais même que cette négation de la nation québécoise officiellement orchestrée par le régime politique canadien est aussi la raison fondamentale de l'existence du Bloc québécois en tant que parti politique agissant sur la scène fédérale. Évidemment, c'est un peu symbolique pour moi, car je suis porte-parole dans la circonscription de Shefford, qui a connu l'un des trois premiers fondateurs du Bloc québécois, le député Jean Lapierre à l'époque. Ça fait partie de ce bouillonnement d'idées qui a contribué à créer le Bloc québécois.
D'abord, il est important de clarifier le débat. Le Québec est une société diverse. La diversité ethnoculturelle est un fait social, une réalité qui est vécue au quotidien. Je tiens à dire que le débat d'aujourd'hui ne porte pas non plus sur l'ouverture à l'autre, mais plutôt sur le modèle politique choisi pour organiser le vivre-ensemble. Il est essentiel de faire une distinction claire: la diversité n'est pas le multiculturalisme. Le multiculturalisme, c'est plutôt une idéologie d'État, qui est inscrite dans une loi fédérale. Pour nous, au Bloc québécois, il s'agit avant tout d'une question de nation, car le Québec forme une nation avec sa langue, sa culture, son histoire, sur laquelle je reviendrai plus longuement si j'ai le temps vers la fin de mon discours, et ses choix collectifs.
On le voit, le multiculturalisme canadien nie le caractère plurinational du Canada et donne au Québec un statut de minorité ethnique parmi d'autres. Or une nation doit pouvoir se définir elle-même et choisir son modèle d'intégration. Comme je l'ai dit, le multiculturalisme canadien est une idéologie d'État. La politique canadienne du multiculturalisme existe depuis 1971 et est enchâssée dans la Charte canadienne des droits et libertés et dans la Loi sur le multiculturalisme canadien de 1988. Elle repose sur le mythe que le Canada est fondamentalement multiculturel, sans société d'accueil clairement définie. C'est une vision qui valorise la coexistence des cultures, mais sans réel tronc commun. La fonction essentielle de tout ça est de semer une forme de confusion identitaire, en particulier auprès des nouveaux Québécois, en prétendant qu'il n'existerait qu'une seule nation au Canada. C'est dans le but d'affaiblir l'identité nationale québécoise et de lui opposer la construction d'une seule identité canadienne. On voit que ça sert à ça. Ce sont des effets du multiculturalisme canadien.
Cette loi reconnaît des groupes selon leur origine ethnique, finance leur développement distinct et encourage une logique de communautés parallèles. Ce qu'on peut observer comme résultat, c'est que, finalement, il y a une fragmentation sociale, un relativisme moral et un affaiblissement des valeurs communes. Une société ne se construit pas seulement en vivant côte à côte. Le Québec est une nation minoritaire qui doit se protéger. Les francophones représentent environ 22 % de la population canadienne et moins de 2 % de la population américaine. Comme on le sait, le français est en déclin au Québec et demeure en situation minoritaire au Canada et ultra-minoritaire en Amérique du Nord. Les choix du Québec ne peuvent donc pas être ceux d'une majorité dominante. On parle même aussi du poids du Québec dans ce régime fédéral. Ça aussi, on pourra y revenir. Ce qui est important finalement, c'est que le français est là comme langue de cohésion.
À Montréal, seulement 51,3 % des gens parlent principalement français à la maison. Dans l'ensemble du Québec, ce chiffre monte à 80,6 %. À Montréal, on peut vivre sans parler français, mais, sans le français, on ne peut pas participer pleinement à la société québécoise. Il y a là quelque chose d'évident. Alors, pour le Bloc québécois, le français n'est pas un outil d'exclusion, c'est un outil d'intégration et de participation citoyenne. Toutefois, il y a des limites à la francisation seule. Le Québec mise sur la francisation depuis plus de 20 ans déjà. La vérificatrice générale du Québec a conclu que les mesures de francisation ont des effets limités, surtout à court et à moyen terme.
Selon les experts, l'immigration est le principal levier pour agir sur l'avenir du français. Les immigrants économiques représentent 60,9 % de l'immigration québécoise. Contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays, au Québec, la langue de la majorité ne s'impose pas naturellement. Il y a une solution québécoise: l'interculturalisme.
Au Québec, nous avons développé notre propre modèle, et c'est l'interculturalisme. Avec ce modèle, on veut reconnaître la diversité, mais on veut aussi insister sur l'intégration à une culture commune. L'interculturalisme repose sur le français comme langue civique, des valeurs démocratiques partagées et des échanges réels entre citoyens.
Pour le Bloc québécois, l'interculturalisme correspond à la réalité d'une nation minoritaire. C'est pour ça que nous croyons que le projet de loi est nécessaire. Au Québec, nous accueillons les immigrants, nous finançons leur intégration et nous développons aussi nos propres politiques. Il est donc logique que la Loi sur le multiculturalisme canadien ne s'applique pas au Québec.
Le projet de loi C‑245 n'abolit pas le multiculturalisme au Canada et ne l'impose pas ailleurs non plus. Il prévoit simplement une disposition d'exemption pour le Québec, quelque chose qui est tellement important. Pour le Bloc québécois, c'est une question de cohérence, d'autonomie et de respect.
En conclusion, le Canada peut choisir le multiculturalisme. Le Québec choisit l'interculturalisme. Le Bloc québécois ne demande pas que le Canada change de modèle, il demande plutôt que le Québec puisse faire ses propres choix. Le vivre-ensemble, ce n'est pas seulement cohabiter. C'est bâtir ensemble autour d'une langue commune et de valeurs partagées. Le projet de loi C‑245 est raisonnable, légitime et conforme à la reconnaissance du Québec comme nation.
J'aimerais terminer mon discours en soulignant le fait qu'il y a des organismes dans la circonscription de Shefford qui travaillent tellement fort pour faire connaître notre histoire et pour faire connaître qui nous sommes comme peuple québécois.
Évidemment, on ne peut pas passer sous silence le discours sur les plaines d'Abraham, qui a démontré le manque de connaissance de l'histoire et de la culture québécoise de la part du . C'est triste parce qu'on a nié l'histoire, et pas seulement celle du Québec, avec ce qui s'est passé, avec le rapport Durham et avec les patriotes. Ce n'est pas banal non plus, l'histoire.
Bien sûr, on veut regarder vers l'avant, mais pour savoir où l'on va, il faut savoir d'où l'on vient. Ce n'est pas juste au Québec qu'on a eu des problèmes avec l'histoire britannique. On a vu aussi la pendaison de Louis Riel, le chef métis. On a vu aussi la déportation des Acadiens. Bref, cette question d'histoire et de culture est extrêmement importante.
Pour revenir aux organismes de Shefford, je tiens à souligner le travail de l'organisme SERY, soit Solidarité Ethnique Régionale de la Yamaska. Son slogan, c'est « parce que chez nous c’est aussi chez vous ».
Bien sûr, l'organisme s'occupe de la francisation, mais au-delà de ça, le SERY organise des événements importants, parce que Granby est une terre d'accueil. Elle a été choisie au Québec comme étant une ville où les gens d'ailleurs sont invités à aller s'établir. C'est intéressant parce que le SERY travaille très fort, et pas seulement à la francisation de ces gens. J'ai participé à des activités d'échange avec les gens pour parler de notre système politique, de notre histoire et de notre culture. Comme députée, c'est extrêmement enrichissant de parler avec ces nouveaux Québécois qui arrivent chez nous à Granby.
C'est sans parler de Valcourt 2030, un organisme qui s'occupe entre autres d'organiser des olympiades durant l'été. On peut y échanger avec des sportifs de différents pays qui sont établis dans la région de Valcourt. À Noël, il y a même un partage de culture, les Noëls d'ailleurs et d'ici.
Le travail fait par ces organismes est important. C'est pour ça que, au Québec, nous ne voulons plus être régis par cette loi sur le multiculturalisme. Nous voulons plutôt parler de notre modèle à nous et de qui nous sommes.
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Monsieur le Président, je prends la parole aujourd'hui au sujet du projet de loi , Loi modifiant la Loi sur le multiculturalisme canadien. C'est un projet de loi qui vise à soustraire la province de Québec à l'application de la Loi sur le multiculturalisme canadien. Le débat n'est pas seulement législatif; il porte sur une question fondamentale, celle de l'identité canadienne, du vivre-ensemble et du respect de la mosaïque culturelle qui compose notre formidable pays.
La question porte également sur la place du Québec dans le projet canadien de diversité, d'inclusion et d'unité que nous avons en partage. En tant que Canadiens, nous sommes fiers de la diversité de notre pays et de notre adhésion de longue date à la vision multiculturaliste. Le Canada a été le premier pays au monde à adopter le multiculturalisme comme politique officielle, en 1971. Il est ensuite devenu le premier pays au monde à faire de cette politique une loi quand la Loi sur le multiculturalisme canadien a été adoptée, en 1988.
La Loi est plus qu'un cadre législatif; c'est une affirmation de nos valeurs communes et de notre identité de Canadiens. Le multiculturalisme met tous les Canadiens sur un pied d'égalité, quelles que soient leurs origines. Il donne à chacun la possibilité de préserver, d'enrichir et de diffuser son patrimoine culturel. La Loi ne favorise pas seulement la diversité; elle encourage aussi la compréhension et le respect entre les communautés culturelles. Elle encourage les Canadiens à apprendre les uns des autres, à surmonter leurs différences et à participer à la vie civile.
En reconnaissant et en célébrant les contributions de différents patrimoines culturels, le multiculturalisme renforce la confiance et la solidarité. Il renforce notre engagement à l'égard des valeurs démocratiques et de l'égalité des droits. Il renforce notre détermination à rester unis dans un monde de plus en plus complexe qui menace cette unité. Le multiculturalisme n'efface pas l'identité culturelle d'une province; au contraire, il l'enrichit.
Je tiens donc à être clair: la Loi sur le multiculturalisme canadien est indispensable au tissu social du Québec, à sa vitalité linguistique et culturelle et à sa prospérité future. Il s'agit d'un pilier juridique et moral qui protège les droits, la dignité et les contributions de tous les Québécois, qu'il s'agisse des peuples autochtones, des populations francophones établies dans la province depuis longtemps ou des nombreux immigrants qui y vivent.
La diversité de la population québécoise est très favorable à l'économie, à la participation citoyenne et à la vitalité culturelle de la province et du pays. Le multiculturalisme intègre fièrement la langue et la culture du Québec tout en valorisant les contributions des nombreuses générations de personnes venues de partout dans le monde pour s'y installer. Exempter le Québec de l'application de cette loi reviendrait à nier la réalité fondamentale qu'est l'enrichissement de la société distincte du Québec, et non son appauvrissement, par la diversité de sa population.
Selon le recensement de 2021, près de 94 % de la population du Québec parle français. Parmi les nouveaux arrivants au Québec, le français demeure une langue forte et en croissance. En fait, les statistiques récentes montrent que la majorité des nouveaux arrivants au Québec avaient le français comme première langue officielle parlée. Ces chiffres démontrent que le multiculturalisme et la langue française peuvent coexister. Une société peut être ouverte et diversifiée tout en demeurant profondément attachée à ses racines linguistiques et culturelles.
Le multiculturalisme représente une volonté de cultiver l'équité, le respect et le sentiment commun d'appartenance au pays. Pour que le multiculturalisme continue de fonctionner, les Canadiens comptent sur l'adhésion de toutes les provinces et tous les territoires, y compris le Québec. La Loi sur le multiculturalisme canadien joue un rôle essentiel dans la promotion d'une identité que les Canadiens ont en partage et qui repose sur les valeurs canadiennes d'inclusion et de démocratie. La Loi affirme que tous les Canadiens ont le droit de préserver leur patrimoine tout en participant pleinement à la vie civique canadienne. Permettre à une province ou à un territoire de rejeter le multiculturalisme affaiblirait notre unité nationale et laisserait entendre que les valeurs d'inclusion de notre pays sont négociables à l'échelle régionale ou qu'elles sont facultatives.
L'adoption du projet de loi aurait des conséquences néfastes pour les minorités au Canada. Les communautés qui sont présentes depuis longtemps au Québec seraient touchées, y compris des personnes d'origines diverses qui ont un fort sentiment d'appartenance envers la province comme terre d'accueil. Sans la loi sur le multiculturalisme, ces groupes pourraient se sentir poussés à rejeter les valeurs unificatrices du multiculturalisme. Ils pourraient remettre en question leur place dans la société canadienne et leur appartenance. Les communautés qui font déjà face à des obstacles à l'inclusion pourraient se sentir encore plus marginalisées.
Sans le multiculturalisme, nous perdrions un outil essentiel pour maintenir le sentiment de confiance et d'appartenance qui nous aident à assurer l'unité du pays, surtout pendant une période difficile. Comme je l'ai dit tout à l'heure, la Loi sur le multiculturalisme canadien n'efface pas l'identité culturelle d'une province; elle renforce notre tissu culturel. Dans le cas des langues, la Loi sur le multiculturalisme canadien vient renforcer la conviction que nos langues officielles et le multiculturalisme peuvent coexister.
Certains soutiennent que la Loi sur le multiculturalisme est incompatible avec les politiques linguistiques du Québec. C'est une fausse opposition. La Loi assure la vitalité des langues et des cultures minoritaires partout au Canada, y compris dans les communautés francophones hors Québec. En faisant respecter la Loi sur le multiculturalisme, le Québec assure le respect de sa langue et de sa culture tout en favorisant un respect réciproque à l'égard des langues minoritaires sur son territoire.
Par ailleurs, la Loi sur le multiculturalisme canadien et la Loi sur les langues officielles de 1969 découlent toutes deux des recommandations de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Grâce à ces deux lois, le gouvernement du Canada continue de tenir compte du patrimoine culturel et linguistique distinct du Québec de la même façon qu'il considère la langue française comme faisant partie intégrante de l'identité culturelle et linguistique du Canada.
Cet engagement n'est pas seulement symbolique. Le gouvernement du Canada a déployé des efforts considérables pour promouvoir et protéger l'usage du français partout au pays. Au fil des ans, le gouvernement a mis à jour et renforcé la Loi sur les langues officielles afin qu'elle continue de bien servir les Canadiens. Plus récemment, en 2023, le projet de loi , la Loi modifiant la Loi sur les langues officielles, a reçu la sanction royale. Ce projet de loi a apporté des changements clés pour renforcer la langue française au Canada et au Québec.
Ces changements permettent de mieux protéger le français dans les espaces et les services sous réglementation fédérale, afin que chaque Canadien ait accès à des services gouvernementaux en français. Ces changements ont renforcé l'immigration francophone grâce à l'adoption d'une politique d'immigration francophone pour veiller à ce que les nouveaux Canadiens qui parlent français puissent s'intégrer aux communautés francophones partout au pays. Enfin, ces changements ont renforcé les opérations bilingues dans la fonction publique fédérale en exigeant davantage que ses hauts dirigeants soient bilingues.
L'adoption de la Loi modifiant la Loi sur les langues officielles reflète l'engagement indéfectible du gouvernement du Canada envers l'égalité de statut du français et de l'anglais. Dorénavant, la Loi sur les langues officielles sera révisée tous les 10 ans. Ainsi, le règlement et l'application de la Loi sur les langues officielles s'harmoniseront avec la société canadienne au fur et à mesure qu'elle évolue.
Le multiculturalisme n'est pas seulement le reflet de ce que nous sommes, mais aussi un engagement envers ce à quoi nous aspirons en tant que nation. Nous devons continuer à embrasser toute la diversité des héritages et des traditions linguistiques et culturelles qui ont façonné notre société. L'unité que la Loi sur le multiculturalisme canadien favorise au Canada est particulièrement nécessaire dans le contexte politique mondial actuel. Partout dans le monde, nous assistons à une instabilité, à des divisions et à une incertitude économique croissantes.
Le moment est venu de réaffirmer notre humanité commune, de nous unir au-delà des régions, des cultures et des langues, et de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte, car lorsque nous sommes unis, nous sommes résilients face aux défis qui nous attendent. Le multiculturalisme n'est pas simplement une politique, c'est l'assurance pour chaque Canadien, dans chaque province et territoire, qu'il est apprécié et qu'il a sa place. Le moment est venu pour nous de nous serrer les coudes en tant que pays. Face à l'incertitude mondiale, aux défis économiques et au paysage politique changeant, notre force réside dans notre capacité à trouver notre humanité commune. En demeurant unis, nous pouvons protéger ce qui importe le plus: nos valeurs, notre peuple et notre avenir.
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Monsieur le Président, avant de parler de multiculturalisme, avant de parler même d'immigration, avant de parler de politique, je pense qu'il faut qu'on parle d'une chose qui est fondamentale: qu'est-ce qu'une société qui se tient debout? Une société, ce n'est pas juste des territoires administratifs. Une société, ce n'est pas juste une économie et des relations monétaires. Ce n'est pas non plus juste un amalgame d'individus. Une société, c'est une histoire partagée, une culture transmise, des références et des normes communes ainsi qu'une mémoire collective qui relie les générations.
Sans tout ça, il n'y a pas de « nous ». Sans tout ça, il y a juste des frontières et des territoires à l'intérieur desquels on vit. Le multiculturalisme canadien n'est pas né dans le vide. Il est né d'un pays qui, à l'époque, se connaissait. C'était un pays ancré dans ses institutions, confiant dans ses valeurs et fier de son parcours malgré ses imperfections. Un moment charnière arrive en 1988 quand le multiculturalisme devient une loi. C'est sous le leadership d'un grand Québécois fier de ses racines irlandaises et profondément reconnaissant de l'accueil de la nation québécoise pour sa famille que le multiculturalisme devient une loi.
Brian Mulroney ne voyait pas l'accueil d'immigrants comme une négation du Canada, de son histoire et de ses valeurs. Il le voyait comme une affirmation de ce qu'est le Canada. Pour lui, le Canada promettait que les Canadiens de toutes origines ont des droits égaux et des occasions égales. Cependant, cette égalité reposait sur quelque chose qui était très fondamental et qui l'est toujours: une nation confiante en elle-même, une nation qui a deux peuples fondateurs et deux langues officielles.
Brian Mulroney incarnait le Canada, il respectait le Québec, son autonomie, son identité et sa culture. C'était un Québécois et un Canadien, sans contradiction, ouvert sur le monde, mais solidement enraciné. Son approche n'était pas celle de l'effacement, c'était celle de l'intégration. On disait aux nouveaux arrivants que peu importe d'où ils viennent, ils peuvent être Canadiens. Néanmoins, on ajoutait aussi — de manière implicite, je dirais — que voilà la maison dans laquelle ils entrent, voilà ce à quoi ils adhèrent, voilà le projet auquel ils seront partie prenante. C'est cette nuance qui, je crois, change toute la donne.
Oui, les sociétés évoluent, elles changent avec le temps, elles apprennent. Toutefois, il y a une différence essentielle entre évoluer et se renier. Une société mature ne détruit pas son passé; elle bâtit dessus, elle le corrige et elle le fortifie. Elle explique son histoire, elle la comprend dans son contexte, elle en tire des leçons. Effacer l'histoire ne rend pas une société plus juste, ça la rend juste plus fragile, parce qu'une société qui ne sait pas d'où elle vient ne sait pas non plus ce qu'elle a à transmettre et, bien souvent, perd de vue où elle s'en va.
Je vais faire une analogie qui est assez simple. Si une entreprise fait la promotion d'un produit en le promettant solide, fiable, accessible et abordable, mais qu'elle fournit un produit brisé, coûteux et inefficace, la déception est inévitable. Pourtant, on ne va pas aller le reprocher au client, qui a cru en ce produit-là et qui l'a acheté. On ne lui reprochera pas, à lui, d'avoir fait ça. On va pointer du doigt la personne qui l'a fourni. C'est exactement ce qui se passe depuis l'arrivée du gouvernement libéral des dix dernières années. On a vendu l'image d'une société accueillante, juste, inclusive, capable d'intégrer, d'une société pleine de promesses qui a la réputation de créer le bonheur pour ceux qui y vivent. Par contre, qu'est-ce qu'on a vraiment fourni? On a fourni un pays hésitant quant à son identité, un pays qui a honte de son passé, une citoyenneté qui est vidée de son sens et qui n'est plus qu'une simple formalité administrative, et encore, puisqu'on peut remplir ça en ligne.
On a une capacité d'accueil dépassée. En gros, c'est un pays qui dit que si on vit à l'intérieur de ses frontières, c'est ce que c'est d'être Canadien. Soyons clairs: notre accueil ne peut pas fonctionner si notre capacité d'accueil n'est pas respectée et si le produit qu'on fournit ne respecte pas les promesses en matière de logement, de services, d'intégration et de cohésion sociale. Ignorer ces réalités, ce n'est pas être généreux et accueillant, c'est être irresponsable.
Sous le premier ministre Stephen Harper, tout fonctionnait très bien. Pourquoi? C'est parce que l'identité canadienne faisait partie de la vie quotidienne. C'est parce que la fierté nationale n'était pas honteuse. La citoyenneté avait un sens et un objectif, et elle avait des limites. L'intégration était assumée. C'est aussi sous Stephen Harper en 2006 que le Québec a été reconnu comme une nation au sein d'un Canada uni. Cette reconnaissance de la nation est fondamentale. Elle n'efface pas le multiculturalisme, mais elle lui donne une fondation. L'un n'empêche pas l'autre; l'un permet à l'autre de prospérer.
Dans Montmorency—Charlevoix, La Malbaie est un très bon exemple d'intégration et d'accueil. De la racine d'une colonie française, la région s'est fortement développée sous le régime anglais et elle s'est ouverte sur le monde, accueillant les grands de la société américaine. Elle est aujourd'hui un exemple mondial d'intégration, d'histoire et de culture, et c'est une grande fierté pour la francophonie, connue à travers le monde. Or, au lieu de s'inspirer de ce genre de réussite et de ce rayonnement, un changement profond s'opère depuis 10 ans. Le Canada a été décrit comme un pays postnational, un État sans identité fondamentale et un pays où la fierté devenait suspecte. On a préféré s'excuser sans cesse plutôt que transmettre fièrement, on a voulu effacer plutôt qu'expliquer.
Il y a un contexte à toute chose. Il y a une époque pour chaque événement. Il y a des mœurs pour chaque période. Bien entendu, le passé est parfois difficile. Il nous a divisés. Ce n'est pas dans les accolades communes et en jouant à saute-mouton que les Anglais et les Français se sont affrontés. L'histoire est écrite par les vainqueurs. À une époque, l'opposition entre les Canadiens français et les Canadiens anglais était bien présente. Cependant, cette époque est derrière nous. Dans l'adversité est né un peuple fier, ancré dans son histoire et solide de sa culture, un peuple inspirant.
J'ai aussi fait quelques recherches sur les valeurs communes que les Canadiens et les nouveaux arrivants partagent. Contrairement à ce que laissent entendre certains discours qui peuvent être alarmistes, les immigrants appuient largement les fondations de nos institutions canadiennes: le respect de la loi, l'égalité entre les hommes et les femmes, la démocratie, la dignité humaine, le travail et les responsabilités. En effet, les nouveaux arrivants n'ont pas peur de travailler.
Les immigrants ne demandent pas une société qui n'a pas de règles. Ils demandent une société cohérente et, surtout, ils demandent de comprendre à quoi ils adhèrent. Si nous ne sommes pas capables de leur fournir des repères, ils vont s'en trouver eux-mêmes. Ce n'est pas par manque de respect, c'est par manque de leadership. L'intégration ne commence pas par l'effacement de celui qui reçoit, mais par la clarté des valeurs de la maison dans laquelle cette personne entre.
Le peuple québécois sait quelque chose de fondamental sur l'identité. Il sait que l'identité ne se maintient pas par hasard. Il sait que la culture se transmet, sinon elle disparaît. Il sait que l'adversité forge le caractère. Les Canadiens français se sont battus pour exister. Ils connaissent leur histoire. Ils connaissent leur culture. Ils savent qui ils sont et ce qu'ils veulent continuer d'être. C'est précisément pour tout cela qu'ils ont tout pour inspirer le Canada, qui, sous le régime libéral postnational, a perdu son identité.
Le Québec peut influencer, non pas pour diviser, mais pour rappeler que l'unité commence par la clarté, par la fierté et par la reconnaissance du passé. Pour avancer, il faut arrêter de vouloir tout le temps le revivre, ce passé, d'ouvrir les cicatrices et de toujours ramener les éléments qui ont été des erreurs dans le passé. Il faut apprendre, il faut grandir et il faut inspirer.
Dans les temps difficiles, la division est parfois la réponse qui nous pend au bout du nez, par manque d'espoir ou par « écœurantite ». Cependant, diviser, c'est affaiblir, fragmenter les politiques, opposer les identités et rappeler les différends. Le Canada n'a pas besoin de plus de division. Il a besoin de cohérence, de continuité et d'unité. Nous devons être unis plus que jamais, parce que l'union fait la force.
Je terminerai avec une image universelle et très actuelle: les Jeux olympiques. Les Olympiques célèbrent la persévérance, le travail, les échecs transformés en victoire, le soutien collectif et la vision de ne jamais abandonner. Les athlètes tombent, doutent, échouent régulièrement, mais ils gardent le cap. Ils se relèvent et utilisent les difficultés pour se motiver, pour apprendre, pour grandir et pour devenir meilleurs. Aucun film inspirant ne s'est fait sur une personne qui a eu la vie facile. Aucune histoire qui change des vies n'a été écrite sur une personne qui a eu tout cuit dans le bec. Une vie sans épreuve, c'est tout sauf inspirant.
Les Marchessault, les Yanni Gourde, les Mathieu Olivier, les Georges St‑Pierre, les Ann‑Renée Desbiens, les Joannie Rochette ont toutes et tous grandi dans l'adversité. Aujourd'hui, ils inspirent les prochaines générations avec leur histoire. Une nation, c'est la même chose. L'effacement et l'amnésie sont des erreurs. L'accueil n'exige pas la disparition ou des révérences. L'ouverture n'exige pas l'effacement.
C'est en sachant qui nous sommes, en assumant notre histoire et en respectant notre capacité d'accueil et nos valeurs, que nous pouvons les transmettre et accueillir les nouveaux arrivants avec dignité. Que l'esprit des Olympiques nous inspire, qu'il nous rassure et que nous bâtissions ensemble un Canada uni, confiant et fier.
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Monsieur le Président, nous débattons aujourd'hui d'un désaccord fondamental entre le Québec et le Canada, d'un désaccord structurant, d'une fracture profonde qui révèle ce que le Québec est et, surtout, ce qu'il refuse d'être. Ce débat ne porte ni sur l'ouverture, ni sur la diversité, ni sur l'immigration. Il porte sur la vision de l'État et sur le droit du Québec de faire ses propres choix collectifs.
Le projet de loi est simple. Il vise à ce que la Loi sur le multiculturalisme canadien ne s'applique pas au Québec. Pourquoi? C'est parce que cette loi repose sur une vision du Canada qui nie l'existence de la nation québécoise et parce qu'elle entre en contradiction directe avec le modèle d'intégration que le Québec a choisi démocratiquement.
La diversité ethnoculturelle est un fait. Elle existe au Québec. Elle est une richesse. Personne ici ne la remet en cause. Le multiculturalisme, en revanche, est un choix politique, une politique publique, une doctrine d'État. Cette doctrine place toutes les identités sur un pied d'égalité abstrait, sans reconnaître l'existence des nations, qu'il s'agisse de la nation québécoise ou des nations autochtones. À l'inverse, une fédération multinationale reconnaît qu'il peut exister plusieurs peuples, plusieurs nations, chacune étant légitime dans ses choix collectifs. Le Canada a fait un choix. Le Québec en a fait un autre. Ce n'est pas un malentendu, mais un choix politique assumé qui dure depuis des décennies.
Il faut rappeler un fait essentiel. Le Québec n'a jamais signé la Constitution de 1982, qui a constitutionnationalisé le multiculturalisme canadien et imposé ce modèle sans son consentement. Le multiculturalisme n'est donc pas une simple politique administrative. C'est une doctrine d'État qui définit l'identité nationale canadienne et qui refuse de reconnaître pleinement un État multinational. Cette doctrine n'est pas neutre. Elle repose sur des normes provenant majoritairement du Canada anglais, présentées comme universelles, mais qui sont imposées. Il est donc pour le moins paradoxal que l’on continue d'imposer au Québec une politique identitaire qu'il a rejetée politiquement et constitutionnellement.
Cette contradiction n'est donc pas théorique. Elle est vécue sur le terrain chaque jour, notamment par les nouveaux arrivants. D'un côté, le Québec dit clairement une chose: le français est la langue commune, la langue de l'intégration, la langue du travail, la langue de la vie publique. De l'autre, Ottawa envoie un message différent, fondé sur le maintien d'appartenances parallèles, sans culture commune clairement affirmée. Le résultat est assez clair: des attentes contradictoires, une intégration rendue plus difficile et des personnes immigrantes prises dans un bras de fer politique entre le Québec et Ottawa.
Les personnes immigrantes ont droit à un message clair, honnête, cohérent. Le Québec, lui, a tranché. Le Québec a adopté, le 28 mai 2025, une loi qui repose sur des bases claires: le français comme langue d'intégration; une culture commune; des valeurs démocratiques partagées; la laïcité de l'État; la primauté des lois; et la participation pleine et entière à la société québécoise. C'est un modèle qui n'exclut personne. Il propose plutôt un cadre commun. Dans ce contexte, la Loi sur le multiculturalisme canadien est devenue inutile au Québec, voire nuisible. Ce sont deux modèles d'intégration opposés qui ne peuvent pas s'appliquer en même temps sur le même territoire, car cela crée des confusions.
Le multiculturalisme n'est d'ailleurs pas isolé. Cela fait partie d'un ensemble d'outils fédéraux qui impose une vision nationale unique, parfois en contradiction directe avec celle du Québec. La solution que propose aujourd'hui le projet de loi est simple: on doit cesser d'appliquer cette loi au Québec. Soyons très clairs. Le projet de loi C‑245 ne modifie pas la Charte canadienne des droits et libertés. Il ne retire aucun droit et n'exclut personne. Il permet simplement au Québec d'appliquer sa propre loi sur son propre territoire.
Par ailleurs, en 2006, la Chambre des communes a reconnu que les Québécois forment une nation. Depuis, cette reconnaissance est restée largement symbolique. Or, une reconnaissance sans effet concret, ce n'est pas une reconnaissance réelle, ce sont de belles paroles. Le projet de loi offre l'occasion de donner un sens à cette reconnaissance, un sens concret.
Il faut aussi le dire clairement: le multiculturalisme canadien ne nie pas seulement la nation québécoise, il refuse aussi de reconnaître pleinement le caractère multinational de l'État au détriment des nations autochtones trop souvent réduites à une simple diversité culturelle. Il faut enfin regarder les choses avec lucidité: l'indépendance du Québec n'est pas née d'un rejet du Canada. Elle est apparue comme une conséquence politique d'un refus répété — et j'insiste sur le mot « répété » — de reconnaître concrètement les choix collectifs du Québec.
Quand une nation se voit imposer une vision qui n'est pas la sienne et quand la reconnaissance reste symbolique, la question de l'autonomie réelle finit par s'imposer. Le projet de loi , ce n'est pas un geste de rupture: c'est un geste de respect. C'est précisément pour porter ce désaccord fondamental que le Bloc québécois existe à la Chambre des communes. Plusieurs démocraties choisissent un modèle d'intégration qui est fondé sur une culture commune sans nier la diversité. Le choix canadien n'est donc ni le seul ni le seul qui soit légitime. Respecter un choix différent, ça n'affaiblit pas une fédération. C'est plutôt le contraire qui refuse de le reconnaître et qui l'érode.
Je le mentionne de nouveau: le projet de loi ne retire aucun droit à qui que ce soit. Il vise une seule chose: un seul cadre d'intégration au Québec, soit celui qui est choisi démocratiquement par l'Assemblée nationale du Québec. En votant pour ce projet de loi, les députés choisiront la cohérence et le respect. En votant contre le projet de loi, ils confirmeront que, la reconnaissance de la nation québécoise, c'est plus des belles paroles et ça demeure symbolique. Pour le Bloc québécois, le choix est clair: nous devons continuer à nous opposer à ce régime doctrinaire d'État qui est toxique pour la nation québécoise.
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Monsieur le Président, le projet de loi , qui a été déposé par le Bloc québécois, vise à exclure le Québec du multiculturalisme canadien afin qu'il puisse mettre en œuvre son propre modèle d'intégration des immigrants. C'est simple. Il n'y a qu'un seul article. Cependant, les autres partis ont de la misère à comprendre ça.
D'abord, qu'est-ce que le multiculturalisme? Nous entendons toutes sortes de choses, et beaucoup de faussetés, à la Chambre. Le multiculturalisme, ce n'est pas le fait d'avoir une société diverse et multiculturelle, comme l'est la société canadienne, mais aussi la société québécoise. Ce n'est pas non plus l'ouverture à l'immigration, qui caractérise le Canada, mais qui caractérise aussi le Québec. Ça n'a rien à voir avec la lutte contre le racisme, que mène le Canada, mais que mène aussi le Québec. Le multiculturalisme, c'est tout simplement le modèle d'intégration des nouveaux arrivants choisis par le Canada pour le Canada.
Pourquoi voulons-nous en exclure le Québec? C'est parce que le Québec, en tant que nation, a le droit de choisir le modèle d'intégration des nouveaux arrivants qui lui convient le mieux. D'ailleurs, comme mon collègue le disait tout à l'heure, l'Assemblée nationale du Québec a adopté en mai dernier une loi qui lui permettra de mettre en œuvre son propre modèle que l'actuel gouvernement a baptisé « intégration nationale ».
Il y a donc deux modèles au Québec, deux modèles qui s'opposent, d'abord parce que le multinationalisme rejette l'existence même des Québécois en tant que nation et peuple fondateur du Canada. Le multiculturalisme nie l'existence de quelque tronc commun que ce soit. Il ne prévoit pas de valeurs communes à respecter, par exemple l'égalité entre les hommes et les femmes ou la primauté des lois, ni de culture commune de laquelle s'inspirer, par exemple la découverte de notre histoire nationale.
Le multiculturalisme rejette complètement le fait que la langue officielle et commune du Québec est le français et que le français doit être aussi la langue de l'intégration. Au nom d'une prétendue ouverture à l'autre, le multiculturalisme fait la promotion d'un Canada postnational, sans histoire, sans valeurs et sans culture; un Canada sans dialogue, mais plutôt une multiplication des monologues; un Canada qui est d'ailleurs de plus en plus fragmenté par le communautarisme, alors qu'une politique d'intégration est censée — le nom le dit — être rassembleuse.
Ce rêve trudeauiste ne fonctionne pas au Québec. Les Québécois sont conscients que l'ouverture à l'autre ne passe pas par le reniement de soi, mais par le dialogue. C'est à deux qu'on peut se rencontrer. C'est à deux qu'on peut dialoguer. Les Québécois veulent une relation avec ceux et celles qui nous font l'honneur de venir vivre avec nous. Nous voulons que ces personnes participent pleinement, tant en matière de travail que de culture et de vie politique. Nous voulons que ces nouveaux Québécois continuent d'enrichir notre culture commune de leur vécu et de leurs traditions.
Nous voulons un Québec d'égalité des chances, ce qui est seulement possible quand tout le monde dispose des outils, des connaissances et des réseaux nécessaires pour s'épanouir. Nous ne voulons pas nous contenter de vivre côte à côte sans lien entre nous, comme des voisins blasés, ou sans relation, comme un couple blasé. Nous ne pouvons pas nous en contenter non plus, parce qu'il s'agit de l'avenir de notre nation. La suite de plus de quatre siècles de résistance de notre peuple dépend de notre capacité à bâtir un projet commun avec les nouveaux Québécois. Nous n'avons pas d'autre choix que de réussir, et le multiculturalisme canadien nous fait obstacle. Quiconque défend l'imposition aux Québécois du multiculturalisme défend, en réalité, l'assimilation à moyen terme de notre peuple.
Je laisse la Chambre s'imprégner de ces mots. Si on défend l'imposition du multiculturalisme aux Québécois, ce qu'on défend, en réalité, c'est l'assimilation du peuple québécois et de la nation québécoise. Sous prétexte de l'ouverture, les autres partis encouragent un Canada moins divers, moins riche culturellement et, franchement, moins intéressant par la marginalisation de notre peuple au sein d'un grand flou postnational canadien-anglais.
C'est d'ailleurs ironique que nous débattions de tout ça quelques jours à peine après le célèbre discours sur les plaines d'Abraham, le célèbre discours à la Citadelle de Québec prononcé par le . Rappelons-nous: il disait que la bataille des plaines d'Abraham était en fait le début d'un grand partenariat entre les Français, les Anglais et les Autochtones. Tous les libéraux ont défendu ce discours, qui avait tout de même le soin d'insister sur l'existence des peuples fondateurs du Canada. Aujourd'hui, les mêmes libéraux défendent l'imposition au Québec d'un multiculturalisme qui ne reconnaît ni les peuples fondateurs, ni notre histoire, ni nos valeurs, ni notre langue française comme ciment de la société québécoise. Encore une fois, on est loin du partenariat ici. On est même exactement à l'opposé du partenariat. Mes collègues imposent au Québec, à partir d'Ottawa, une politique d'intégration qui est en directe opposition à celle de notre Assemblée nationale.
Alors que le Québec arrive à l'heure des choix, mes collègues aussi doivent choisir. Ils peuvent choisir d'être partenaires du Québec ou ils peuvent choisir la confrontation encore, avec de lourdes conséquences pour la suite de notre épopée en Amérique. Je les invite à choisir judicieusement.