propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Monsieur le Président, j'aimerais que les députés pensent au fils de quelqu'un. Il est dans la quarantaine et il est usé par la vie. Il est atteint d'une maladie douloureuse qui le laisse mal en point, qui l'épuise et qui l'oblige souvent à rester chez lui. Par-dessus le marché, il est aux prises avec des problèmes de toxicomanie, de dépression et d'anxiété, qui l'ont bien plus diminué qu'on l'imagine quand on le regarde. Certains jours, il arrive à peine à tenir le coup. Il dépend de sa famille pour se loger, se nourrir et l'aider à passer la semaine. Ses proches font de leur mieux, et il fait de son mieux, mais le fardeau est écrasant.
Un jour, il consulte enfin un psychiatre. Il va à son rendez-vous en espérant qu'il recevra enfin une aide efficace. Ses dépendances n'ont pas encore été traitées. Il n'a pas encore vraiment commencé à soigner sa santé mentale. Il est vulnérable, il a peur et il se trouve au bord du gouffre.
Lors de ce rendez-vous, au lieu de se faire offrir un plan pour stabiliser son état, on lui offre comme option l'aide médicale à mourir. L'évaluation se poursuit, et, avant qu'il ne reçoive un soutien adéquat pour ses problèmes de santé mentale ou de toxicomanie, sa demande est approuvée. C'est la personne qui lui administrera l'aide médicale à mourir qui le conduit à l'endroit où sa vie prendra fin. Cet homme, qui était le fils de quelqu'un, avait besoin d'aide, et non d'une sortie définitive.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, cet événement a bel et bien eu lieu ici, au Canada, et c'est vers cela que nous nous dirigeons si nous n'agissons pas. À moins que le Parlement ne choisisse une voie différente, le Canada autorisera l'aide médicale à mourir pour les personnes dont le seul problème de santé est une maladie mentale. Ainsi, des hommes et des femmes aux prises avec la dépression, un traumatisme ou une souffrance psychologique accablante pourraient être dirigés vers la mort par un système qui, trop souvent, ne peut pas offrir un traitement rapide, un suivi constant, voire un soutien de base. C'est pourquoi j'ai présenté le projet de loi , Loi sur le droit de récupérer. Il est simple. Il demande au Parlement de prendre un temps d'arrêt, de tenir compte de ce que nous avons appris et d'agir de manière responsable avant que l'on cause un tort irréparable aux gens.
Je pense souvent à mes grands-parents, qui ont immigré ici après la Seconde Guerre mondiale en apportant très peu de choses avec eux. Ils ont choisi le Canada parce que c'était un endroit où les gens avaient accès à d'innombrables occasions d'améliorer leur situation, où les voisins veillaient les uns sur les autres et où les collectivités travaillaient à l'unisson pour améliorer la vie de tous. Ils ont bâti un Canada où l'on prenait soin des personnes vulnérables et où l'on valorisait et traitait sur un pied d'égalité les moins privilégiés de la société. Ces valeurs fondamentales ont attiré des millions d'immigrants au fil des ans.
Aujourd'hui, de nombreux Canadiens craignent que nous soyons en train de perdre ces valeurs. Les Canadiens eux-mêmes demeurent parmi les personnes les plus compatissantes que l'on puisse rencontrer, mais notre système est débordé, à bout de souffle et incapable de répondre aux besoins des personnes qui souffrent.
Quand les gens passent entre les mailles du filet, la solution facile est d'accepter que l'échec soit inévitable. Lorsque cela se produit, les personnes atteintes de maladie mentale peuvent se retrouver seules à attendre des mois, voire des années, pour recevoir un traitement spécialisé, et, lorsqu'elles n'obtiennent pas d'aide, elles perdent espoir. Ce moment de désespoir ne devrait jamais être traité comme une occasion pour l'État de mettre fin à leur vie au moyen de l'aide médicale à mourir.
La dernière fois que la Chambre a débattu de l'aide médicale à mourir, la maladie mentale ne faisait pas partie de la discussion principale. Elle a été ajoutée dans un amendement de dernière minute du Sénat au projet de loi . La Chambre n'a pas pleinement pris en compte ou compris les incidences de cet ajout.
Depuis, nous en avons appris beaucoup plus. Des psychiatres de partout au Canada, dont les directeurs des départements de psychiatrie des 17 facultés de médecine, nous ont dit sans détour qu'il n'y a aucun moyen fiable de prédire quand une maladie mentale est irrémédiable, ce qui est une exigence de la loi sur l'aide médicale à mourir. L'état des gens empire, mais il s'améliore aussi. Il doit d'ailleurs s'améliorer. Il n'y a pas d'analyse, pas d'examen ni d'outil clinique fiables permettant de dire qu'une personne ne se rétablira jamais. Tout le monde mérite d'avoir la possibilité de se rétablir. Personne ne devrait être encouragé à baisser les bras.
En tant que législateurs, nous devons écouter ce que tant de professionnels de la santé nous disent, à savoir à quel point il est difficile de faire la distinction entre les idées suicidaires et l'aide médicale à mourir. Les sentiments qui les sous-tendent, comme le désespoir, la solitude, la peur et la conviction qu'on est un fardeau, sont les mêmes. Depuis des décennies, les cliniciens savent que, quand une personne se sent désespérée ou a une image très négative d'elle-même, elle peut avoir l'air de penser clairement, d'être rationnelle, même quand son jugement est altéré par le désespoir.
En 2021, la plupart d'entre nous ne disposaient pas des données dont nous disposons aujourd'hui sur le fonctionnement réel de l'évaluation des demandes d'aide médicale à mourir ou sur les dangers liés à l'élargissement de l'accès aux personnes atteintes de maladies mentales. Nous savons maintenant qu'il n'existe aucun moyen fiable de déterminer quand une maladie mentale est vraiment irrémédiable. Les experts en prévention du suicide, notamment l'Association canadienne pour la prévention du suicide, préviennent que la manière dont nous abordons ces questions influence les choix que font les gens. Suggérer que la mort est une solution à la souffrance sape l'espoir. On expose les gens à un risque réel.
L'élargissement de l'accès à l'aide médicale à mourir aux personnes atteintes de maladies mentales place le Canada dans une situation extrêmement contradictoire. D'un côté, nous investissons dans la prévention du suicide. Nous formons des professionnels pour intervenir, pour écouter et aider les personnes en détresse à sortir de leur état. De l'autre côté, avec l'élargissement de l'accès à l'aide médicale à mourir, nous inviterions ces mêmes personnes vulnérables à envisager une mort facilitée par l'État.
Nous devons nous demander qui bénéficie de la prévention du suicide et qui est orienté vers l'aide médicale à mourir. Si une personne souffrant de dépression appelle une ligne d'écoute téléphonique ce soir, l'encourageons-nous à tenir bon ou la redirigeons-nous discrètement vers un évaluateur? Quel principe détermine la réponse? Quel examen médical? Quelle norme éthique? Il n'y a aucun paramètre. En effet, les sentiments mêmes qui poussent une personne à recourir à l'aide médicale à mourir — le désespoir, la détresse ou la conviction d'être un fardeau — sont les mêmes signaux que tous les intervenants en prévention du suicide sont formés à traiter comme un appel à l'aide.
On ne dirait jamais à un adolescent tourmenté que son désir de mourir est rationnel. On ne dirait pas à un conjoint éploré que sa période la plus sombre est un moment raisonnable pour quitter cette terre. On lui tendrait la main. On le soutiendrait. On insisterait sur le fait que sa vie a toujours de l'importance. Pourquoi cela devrait-il changer simplement parce qu'on catégorise différemment le désespoir? Quand quelqu'un a l'impression de n'être bon à rien, notre devoir n'est pas de lui dire qu'il a raison. C'est de demeurer à ses côtés jusqu'à ce qu'il voie les choses sous un nouveau jour. Le Canada doit décider: les citoyens suicidaires ont-ils besoin de protection ou sont-ils des candidats à la mort sanctionnée par l'État? On ne peut pas prétendre qu'ils sont les deux à la fois. En outre, nous savons déjà que les mesures de sauvegarde ne fonctionnent pas.
Qu'arriverait-il si l'on rendait les personnes atteintes de maladie mentale admissibles à l'aide médicale à mourir? Soyons clairs. Si le Canada n'arrive pas à protéger les personnes vulnérables avec les règles d'aujourd'hui, le fait d'élargir l'admissibilité pour y inclure celles dont la maladie obscurcit le jugement, l'espoir et la prise de décision mènera directement à des décès évitables. Nous voyons déjà des cas où les mesures de sauvegarde ne fonctionnent pas, où la capacité est mal évaluée et où les gens se font évaluer alors qu'ils sont désorientés, épuisés ou stressés. Si le système n'est pas en mesure d'assurer les protections de base maintenant, il ne sera pas mieux outillé pour protéger les personnes souffrant de détresse psychologique grave. Il serait irresponsable d'élargir l'admissibilité à l'aide médicale à mourir.
Nous en avons déjà la preuve. Un article récent sur les conclusions du comité d'examen des décès par aide médicale à mourir de l'Ontario expose, en termes clairs et troublants, des cas qui inquiéteraient tous les Canadiens. Il décrit le cas d'un homme qui avait le cancer. Je l'appellerai Bill. Au début de sa maladie, il avait mentionné brièvement l'aide médicale à mourir, comme ont tendance à le faire les patients effrayés. Au moment où il a été évalué, il était délirant, confus et sous l'effet de sédatifs puissants. Sa propre équipe médicale a clairement indiqué qu'il n'avait plus la capacité de prendre des décisions majeures. Pourtant, un évaluateur des demandes d'aide médicale à mourir l'a secoué pour le réveiller, a interprété le léger mouvement de ses lèvres comme un consentement, a suspendu la sédation, a obtenu un deuxième avis précipité à distance et a mis fin à sa vie le jour même. Bill n'était pas stable. Bill n'était apte. Il ne comprenait pas ce qui se passait.
Dans un autre cas, une femme, que nous appellerons Margaret, voulait obtenir des soins palliatifs. Elle l'a dit la veille de sa mort, mais elle ne remplissait pas les conditions requises pour être admise dans un centre de soins palliatifs. Son mari, épuisé par son rôle d'aidant naturel, a plutôt pris des dispositions pour qu'une évaluation urgente soit faite en vue d'obtenir de l'aide médicale à mourir. Elle lui avait dit la veille qu'elle voulait mourir en bénéficiant d'un soutien palliatif adéquat, mais deux évaluations ont été effectuées à la hâte le lendemain. Ses dernières volontés ont été éclipsées par la pression d'un aidant naturel qui ne pouvait plus s'en sortir.
Une autre femme, que nous appellerons Alice, était atteinte de démence avancée. Elle était incapable de communiquer réellement ses souhaits. Sa famille a présenté deux demandes d'aide médicale à mourir qui étaient accompagnées d'une documentation minimale, qui offraient peu de clarté et pour lesquelles Alice n'avait pas exprimé clairement son consentement. Cette demande d'aide médicale à mourir a pourtant été approuvée.
Tous ces exemples sont tirés du rapport du vérificateur. Ils parlent de vraies personnes qui ont une famille, des amis, des voisins et des concitoyens, et envers lesquelles nous avons un devoir de diligence. Ils montrent que les Canadiens vulnérables sont déjà à risque dans le cadre du régime actuel d'aide médicale à mourir. Des personnes qui subissent des pressions ou sont confuses, épuisées ou incapables de communiquer glissent dans les failles des mesures de sauvegarde qui étaient censées les protéger. Si les mesures de sauvegarde échouent pour les patients atteints d'une maladie physique, dont on peut évaluer la capacité de manière claire et vérifiable, que se passera-t-il lorsque le seul problème de santé d'une personne est une maladie mentale, maladie qui, par définition, obscurcit le jugement et étouffe le sentiment d'espoir? Offrir la mort à ce moment-là mettra directement en danger certaines des personnes les plus vulnérables du pays.
À l'heure actuelle, pour qu'une personne soit déclarée incapable de gérer ses finances, elle doit se soumettre à des évaluations rigoureuses de sa capacité et à des entrevues, et on exige aussi des documents, un examen par des experts, des renseignements collatéraux et une vérification, parce que nous sommes conscients des risques d'exploitation. Pourtant, dans le cas de l'aide médicale à mourir, qui est une question de vie ou de mort, une brève conversation sans évaluation approfondie peut suffire et, quand les mesures de sauvegarde échouent, il semble y avoir peu de conséquences. Nous vivons maintenant dans un pays où nous protégeons mieux les comptes bancaires que la vie humaine.
Nous connaissons également des familles aux quatre coins du Canada qui ont été profondément ébranlées par la façon dont on a administré l'aide médicale à mourir à un être cher. Elles parlent de décisions qui semblaient précipitées et qui ont été influencées par la pauvreté, la solitude ou un accès insuffisant à des traitements adéquats, plutôt que d'une décision prise calmement en toute connaissance de cause. Ces témoignages sont des mises en garde émises par ceux-là même qui en ont vécu les conséquences.
Les Canadiens sont inquiets. Les sondages montrent qu'une nette majorité d'entre eux n'appuient pas les demandes d'aide médicale à mourir présentées au seul motif de la maladie mentale. Les provinces demandent à Ottawa de revenir sur sa décision. Elles demandent qu'on arrête tout. Le Québec, l'une des administrations les plus permissives au monde en matière d'aide médicale à mourir, a déjà une loi pour interdire cette pratique.
Des experts internationaux en droits de la personne ont sonné l'alarme, notamment le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies, qui a exhorté le Canada à faire marche arrière. Il prévient que nous sommes en voie de discriminer les personnes handicapées ou atteintes de maladie mentale et recommande d'abroger complètement cet élargissement. Voilà ce que ferait le projet de loi .
Nous devons nous souvenir d'une vérité cruciale, à savoir qu'il n'est pas rare, mais courant de se rétablir d'une maladie mentale. Des personnes qui se sentaient autrefois désespérées ont à maintes reprises rebâti leur vie après avoir reçu des soins adéquats et un soutien stable. Nous connaissons tous quelqu'un, qu'il s'agisse d'un voisin, d'un collègue ou d'un membre de notre famille, qui a traversé une période très sombre et qui est désormais reconnaissant d'être en vie.
Il est important de tenir compte de ces histoires parce qu'elles nous montrent ce qui est en jeu. Dans certains cas, malheureusement, il n'y a aucun moyen fiable de savoir à l'avance si la personne qui souffre se rétablira ou non. Aucun test ni aucune analyse ne permet d'avoir cette certitude. À mon humble avis, lorsque le jugement d'une personne est embrouillé par la détresse psychologique, notre devoir est de lui offrir des traitements, de la protection et du temps et d'éviter la prise d'une décision irréversible fondée sur des suppositions.
Si nous décidons d'élargir l'admissibilité à l'aide médicale à mourir, notre pays se retrouvera avec un paradoxe déchirant. Une personne suicidaire qui compose le numéro d'une ligne d'écoute téléphonique pourrait se faire dire de garder espoir. Par contre, si elle demande l'aide médicale à mourir, son désespoir pourrait servir à justifier sa mort. Voilà pourquoi le projet de loi est crucial. Il empêcherait que les personnes atteintes de maladie mentale deviennent admissibles à l'aide médicale à mourir à partir de 2027, parce que les données ne peuvent pas justifier cette admissibilité et qu'aucune mesure de sauvegarde n'offrirait une garantie de protection. Les Canadiens vulnérables sont déjà à risque. Élargir maintenant l'admissibilité à l'aide médicale à mourir serait irresponsable. Un pays fort ne tourne pas le dos à ses habitants qui souffrent, il leur offre plutôt une lueur d'espoir pour leur avenir ainsi que les soins dont ils ont besoin pour se rétablir, peu importe le temps que cela prendra.
J'exhorte tous les députés à appuyer le projet de loi pour que le Canada demeure un pays où l'on protège les personnes vulnérables, où l'on offre des traitements plutôt que du désespoir, et où l'on donne à chacun la possibilité de se rétablir. Prenons cette responsabilité au sérieux. Écoutons les avertissements des gens qui évaluent les lacunes du système. Écoutons les familles qui ont vécu les conséquences de l'aide médicale à mourir et les personnes qui ont surmonté la maladie mentale pour rebâtir leur vie. Rappelons-nous le genre de pays que nous prétendons être: un pays qui protège les personnes vulnérables et qui leur offre le temps, les soins et la dignité nécessaires pour guérir.
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Monsieur le Président, je suis heureux de pouvoir prendre la parole aujourd'hui au sujet du projet de loi , qui propose de nouvelles modifications au cadre juridique fédéral canadien en matière d'aide médicale à mourir. Plus précisément, ce projet de loi vise à exclure indéfiniment de l'admissibilité à l'aide médicale à mourir les patients dont le seul problème de santé est un trouble mental.
Il s'agit d'une question incontestablement complexe et qui peut être très personnelle. Elle continue de poser un défi aux parlementaires, aux prestataires de soins de santé, aux experts et à la population canadienne. Il est important de reconnaître que l'aide médicale à mourir est autorisée au Canada depuis près de 10 ans maintenant. Il est également important de se rappeler que ce sont les provinces et les territoires qui doivent mettre en place les outils et les mesures de soutien dont les cliniciens ont besoin pour fournir l'aide médicale à mourir de manière sûre et appropriée. Chaque fois que nous apportons des modifications au cadre juridique fédéral régissant l'aide médicale à mourir, nous devons être conscients de l'incidence de ces modifications sur nos partenaires dans les provinces et les territoires.
Comme l'a reconnu la Cour suprême du Canada dans l'affaire Carter, il n'est pas facile de trouver le juste équilibre dans ce domaine complexe de la politique sociale, où des valeurs sociales concurrentes sont en jeu. En tant que législateurs, nous devons trouver un équilibre entre le respect de l'autonomie et de la dignité personnelles et notre responsabilité envers les personnes qui sont peut-être vulnérables.
Aujourd'hui, je parlerai de trois éléments clés: premièrement, les objectifs du projet de loi ; deuxièmement, les conclusions des principales études d'experts sur l'aide médicale à mourir dans des cas où la maladie mentale est la seule condition médicale invoquée et troisièmement, le soutien du gouvernement fédéral aux efforts déployés par les provinces et les territoires pour améliorer l'accès aux services de santé mentale.
Le projet de loi vise à apporter des changements qui restreindront indéfiniment l'admissibilité à l'aide médicale à mourir dans les cas où la maladie mentale est la seule condition médicale invoquée. Certains intervenants ont exprimé des préoccupations, car ils se demandaient si les mesures de sauvegarde en place sont suffisantes et si les fournisseurs de soins de santé disposent des outils et des ressources nécessaires pour prodiguer l'aide médicale à mourir de manière sûre et appropriée en cas de maladie mentale. Ces préoccupations ne sont ni nouvelles ni insignifiantes, et ces intervenants doivent être félicités pour leur désir de prudence.
En même temps, nous devons également reconnaître que le Parlement a débattu de cette question à maintes reprises au cours des dernières années. Notre cadre législatif a évolué en réponse aux décisions des tribunaux, aux analyses d'experts et à une vaste mobilisation du public. Un comité parlementaire mixte spécial a soigneusement examiné la question et a fourni des conseils et des recommandations quant à l'opportunité d'aller de l'avant. Ce comité a également souligné l'importance de bien préparer les systèmes de santé provinciaux et territoriaux.
Le projet de loi nous invite à nous demander si l'équilibre approprié a été atteint avec la suppression prochaine de l'exclusion au motif de la maladie mentale en 2027 ou si une autre modification législative est nécessaire à ce moment-ci. Pour répondre à cette question, il est essentiel de comprendre ce que les experts nous ont déjà dit. D'importantes études ont été menées sur la question précise de l'admissibilité à l'aide médicale à mourir dans des cas où la maladie mentale est la seule condition médicale invoquée, notamment par le Conseil des académies canadiennes et le groupe d'experts sur l'aide médicale à mourir et la maladie mentale, entre autres. Collectivement, ces études fournissent un riche ensemble de données probantes.
Le Conseil des académies canadiennes a examiné le contexte juridique et clinique au Canada, ainsi que les approches internationales. Ses travaux ont mis en évidence le principal défi clinique: les maladies mentales peuvent avoir une évolution imprévisible et il est beaucoup plus complexe de déterminer leur caractère irrémédiable que dans le cas de nombreuses maladies physiques. Le Conseil n'avait pas pour mandat de formuler des recommandations pour ou contre l'admissibilité, et les membres du groupe de travail qui s'est penché sur les maladies mentales avaient des opinions très diverses sur la question.
Le Groupe d'experts sur l'aide médicale à mourir et la maladie mentale, mandaté par l'ancien projet de loi , est allé plus loin dans cette analyse. Son mandat n'était pas de déterminer s'il fallait élargir l'admissibilité à l'aide médicale à mourir pour qu'elle soit offerte aux personnes dont le seul problème de santé invoqué est la maladie mentale, mais plutôt de recommander des protocoles, des lignes directrices et des mesures de sauvegarde pour de tels cas. Le groupe d'experts a conclu que les mesures de sauvegarde prévues au Code criminel, jumelées à des normes de pratique en matière d'aide médicale à mourir et à la mise en œuvre d'autres recommandations, sont suffisantes pour permettre la prestation sécuritaire de l'aide médicale à mourir aux personnes dont la seule condition médicale sous-jacente est une maladie mentale.
Ces deux examens d'experts, ainsi que les témoignages reçus dans le cadre des travaux du comité parlementaire, renforcent la même conclusion générale, à savoir que l'aide médicale à mourir dans les cas de maladie mentale nécessite une prudence exceptionnelle, mais qu'il n'est pas impossible de la mettre en œuvre de façon sécuritaire. La préparation clinique, des normes précises et une formation complète sont également essentielles.
À la suite de ces études effectuées en 2023, un modèle de normes de pratique en matière d'aide médicale à mourir a été publié, et un programme de formation conçu au Canada a été élaboré. De plus, le gouvernement fédéral aide actuellement l'Association des psychiatres du Canada à élaborer des lignes directrices pour la pratique clinique afin d'évaluer les tendances suicidaires et le caractère irrémédiable de la maladie. Par l'entremise d'un comité fédéral, provincial et territorial de sous-ministres adjoints, les responsables des politiques examinent également un éventail de questions liées à l'aide médicale à mourir, notamment en ce qui concerne les cas complexes, y compris la maladie mentale.
Ces examens d'experts et une foule d'intervenants nous ont fait comprendre à quel point il est important que les systèmes de santé provinciaux et territoriaux soient prêts pour la levée de l'exclusion. Cette préparation comprend les efforts des provinces et des territoires pour améliorer l'accès aux services et aux mesures de soutien en santé mentale partout au Canada. Personne ne devrait avoir l'impression que l'aide médicale à mourir est la seule option à sa disposition.
Le gouvernement fédéral demeure déterminé à aider les provinces et les territoires à améliorer l'accessibilité des soins pour les Canadiens, notamment en améliorant les services de santé mentale. En 2023, le gouvernement du Canada a ainsi annoncé le plan Travailler ensemble pour améliorer les soins de santé au Canada, un investissement historique de près de 200 milliards de dollars sur 10 ans destiné à aider les systèmes de santé provinciaux et territoriaux à fournir des soins aux Canadiens. Ce plan comprend une enveloppe de 25 milliards de dollars dans le cadre d'accords bilatéraux en matière de santé conclus avec les provinces et les territoires pour des domaines prioritaires communs, dont l'amélioration de l'accès aux services relatifs à la santé mentale et à la toxicomanie.
Le gouvernement fédéral a également bonifié le soutien qu'il assure aux initiatives de santé mentale pour les jeunes, car il reconnaît qu'avoir accès rapidement à une thérapie, à du counseling ou à des soins adaptés à la culture peut modifier la trajectoire de vie d'une personne. Nous avons également financé des programmes de bien-être mental d'initiative autochtone, car il est nécessaire d'adopter des approches qui sont adaptées à la culture, qui tiennent compte des traumatismes et qui sont axées sur la communauté, plutôt que des solutions monolithiques. Au cours des 10 dernières années, avec l'aide du gouvernement fédéral, les provinces et les territoires ont pris des mesures efficaces pour améliorer l'accès aux services de santé mentale au Canada.
Les questions liées à l'aide médicale à mourir dans le contexte de la maladie mentale comptent parmi les plus délicates auxquelles nous sommes confrontés en tant que parlementaires. Nos décisions touchent des personnes au Canada qui se trouvent dans une situation de grande vulnérabilité, et nous devons faire preuve à la fois d'humilité et de détermination dans notre travail. Le projet de loi nous oblige à nous pencher sur des questions difficiles, mais extrêmement importantes.
Décider si l'aide médicale à mourir devrait être offerte lorsqu'une maladie mentale est le seul problème médical invoqué n'est pas une question qui se prête à des réponses simples. Des personnes raisonnables peuvent arriver à des conclusions différentes. La Cour suprême du Canada a reconnu cette complexité, affirmant que le Parlement avait droit à un haut degré de déférence lorsqu'il traite de questions de politique sociale difficiles comme celle-ci.
Nous aurons l'occasion d'examiner plus en détail les prochaines étapes et d'étudier l'état de la situation lors de l'examen parlementaire qui aura lieu en 2026. Je suis impatiente d'entendre les observations de mes collègues, ainsi que celles des experts, des parties prenantes et des gens ordinaires, y compris ceux qui ont vécu un épisode de maladie mentale, lorsque nous poursuivrons cet important débat.
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Monsieur le Président, vous ne serez pas surpris d'apprendre que le Bloc québécois n'appuiera pas le projet de loi . Si nous ne sommes pas favorables à ce projet de loi, ce n'est pas parce que nous ne sommes pas préoccupés par la question de l'aide médicale à mourir pour les personnes qui souffrent de troubles mentaux. C'est parce que ce n'est pas à un parti politique de décider si on va mettre en place une procédure d'aide médicale à mourir pour les personnes qui ont des problèmes de santé mentale. C'est une question sociétale, c'est un débat de société, mais aussi un débat clinique.
La raison pour laquelle ce n'est pas encore en vigueur, c'est qu'il n'y a pas de consensus clinique et scientifique sur la façon d'encadrer le consentement à recevoir l'aide médicale à mourir d'une personne dont le seul problème médical est un trouble majeur de santé mentale. Il n'y a pas de consensus et c'est pour cela que le projet de loi , qui a été adopté, a prévu d'exclure l'aide médicale à mourir pour les personnes qui souffrent de troubles mentaux.
Cependant, le projet de loi prévoit que, en 2027, le comité mixte réunissant des sénateurs et des députés sera formé de nouveau pour évaluer si, finalement, les psychiatres, les psychologues, les professionnels qui interviennent en santé mentale ont avancé dans leur manière d'analyser l'encadrement futur de l'aide médicale à mourir pour les personnes qui ont un trouble de santé mentale. Il est possible que, en 2027, les ministères, les scientifiques et les psychiatres concluent qu'on n'est pas prêt, qu'il est trop difficile de déterminer le « comment » et le « quand » et qu'il est trop difficile d'analyser le cadre clinique pour autoriser ou pas l'aide médicale à mourir.
Il faut faire attention en ce qui concerne ce projet de loi. C'est un débat qui ne doit pas être politisé, parce que c'est un débat de société. Au Québec, nous avons déjà pris position sur l'aide médicale à mourir. C'est vrai que le Québec est une province qui en a beaucoup débattu. Il y a eu une commission qui s'est promenée partout à travers la province. Il y a eu un consensus clinique et scientifique, mais aussi un consensus de la société civile autour de l'aide médicale à mourir.
L'aide médicale à mourir pour les personnes dont la seule maladie est un trouble de santé mentale majeur a aussi été rejetée par le Québec, pour les mêmes raisons qu'elle a été rejetée lors de l'adoption du projet de loi C‑62, soit par manque de consensus scientifique et clinique. Il faut donc aussi laisser le temps aux experts de réfléchir, de consulter, de regarder la pratique, d'évoluer pour faire des recommandations en 2027 au comité mixte. Une fois qu'il recevra les recommandations, le comité mixte devra décider si on poursuit ou si on retarde encore cette décision, qui n'est pas une décision facile. Cependant, on voit tout le sérieux et la rigueur scientifique qui sont rattachés à la décision d'inclure ou de retirer cette permission d'aide médicale à mourir pour les personnes qui ont un trouble de santé mentale.
Je pense que ça vaut la peine que je lise la recommandation 1 du Comité mixte spécial sur l'aide médicale à mourir, auquel tous les partis et auquel des sénateurs participent. Ils ont été assez sages, parce qu'ils ont recommandé ceci:
Que [l’aide médicale à mourir pour les personnes dont un trouble mental est le seul problème médical] ne soit pas disponible au Canada tant que le ministre de la Santé et le ministre de la Justice ne seront pas d'avis, sur la base des recommandations de leurs ministères respectifs et en consultation avec leurs homologues provinciaux et territoriaux respectifs et avec les peuples autochtones, qu’elle peut être administrée de manière sécuritaire et adéquate.
Qu'un an avant la date où l'on prévoit que [l'aide médicale à mourir pour les troubles mentaux] sera permise, conformément à l'alinéa (a), la Chambre des communes et le Sénat rétablissent le Comité mixte spécial sur l'aide médicale à mourir afin de vérifier le degré de préparation atteint pour une application sure et adéquate de [l'aide médicale à mourir pour les troubles mentaux].
Ma collègue a cité plusieurs exemples. Ce qui m'a surprise a été de l'entendre beaucoup prononcer les mots « dépression » et « suicidaire ». Moi, quand j'analyse ce qui a été discuté et débattu en comité mixte, je constate qu'on parle de maladies mentales incurables, comme la schizophrénie. Je ne sais pas si quelqu'un ici a déjà rencontré une personne schizophrène souffrant d'hallucinations auditives ou visuelles avec des idées paranoïdes qui est tellement médicamentée qu'elle ne peut plus avoir de vie sociale, n'a pas de contact, est isolée de sa famille, vit dans des conditions difficiles, voit régulièrement son psychiatre et a essayé plusieurs thérapies sans succès, et ce, pendant 10 ou 20 ans. Cette personne vit dans un état et des conditions que personne ici, au Parlement, ne souhaiterait connaître.
On parle de ces maladies qui ne sont pas guérissables, avec lesquelles il faut apprendre à vivre, pour lesquelles il faut être médicamenté. On aura beau avoir toute la psychothérapie possible sur Terre, une personne atteinte d'une schizophrénie très sévère souffre d'une maladie qui est difficile. Je ne veux pas que mes propos soient mal interprétés. Je ne dis pas que toutes les personnes atteintes de schizophrénie voudraient demander l'aide médicale à mourir. J'essayais simplement d'apporter de la clarification en réponse à ma collègue, qui parlait de dépression passagère, de dépression situationnelle ou même de dépression majeure. Elle a raison de dire qu'on peut surmonter ces états avec de l'aide, du soutien psychothérapeutique, l'appui des CLSC et des proches. C'est vrai, elle a raison. Ces cas ne constitueraient jamais une raison valable pour obtenir l'aide médicale à mourir.
Je tiens également à souligner que son préambule contient des éléments très importants. Ce qu'elle y demande est, au fond, justifié, et même légitime: toute personne aux prises avec des problèmes de santé mentale devrait être en droit de recevoir les services dont elle a besoin, qu'il s'agisse de consultations, de services d'urgence, de soutien, d'aide à domicile ou d'accompagnement. Dans ma circonscription, certains organismes interviennent en matière de santé mentale. Je pense notamment à la ressource de transition Le Tournant, qui offre un service en temps réel: une personne suicidaire peut appeler, et on peut se rendre directement à son domicile pour la soutenir et l'aider à traverser ce moment de détresse.
Ma collègue a raison de souligner qu'au Québec, comme dans les autres provinces, il reste énormément d'améliorations à faire dans ce domaine. Malheureusement, ce n'est pas par manque d'intérêt que les provinces n'offrent pas ces services, mais c'est parce qu'elles n'ont pas les moyens. Depuis quelques années, les services de santé, en particulier les services sociaux, sont devenus les parents pauvres, car les problèmes de santé sont si importants qu'on délaisse un peu les problèmes sociaux. Les provinces doivent faire plus avec moins. Une bonne solution pour soutenir les gens serait de donner aux provinces les ressources financières nécessaires pour mettre en place des services beaucoup plus intensifs pour les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Dans ma circonscription, il existe toutes sortes de services, y compris des suivis intensifs à domicile. Ces services existent, mais peut-être pas avec le niveau d'intensité que les besoins exigent.
Ma collègue souligne dans son préambule que ce dossier relève beaucoup des compétences provinciales. Je lui suggère fortement de s'allier à ses collègues pour exiger du gouvernement qu'il en fasse davantage et qu'il accorde aux provinces les ressources nécessaires afin qu'elles puissent mettre en place tous les services nécessaires pour les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. En attendant, le Bloc québécois fait confiance à la rigueur que s'est donnée la Chambre des communes pour bien étudier la question de l'aide médicale à mourir pour les troubles de santé mentale.
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Monsieur le Président, c'est un grand honneur de prendre la parole au sujet du projet de loi .
Dans moins d'une semaine, cela fera 15 ans que j'ai failli perdre la vie à la suite d'une tentative de suicide. J'ai fait une surdose. J'ai passé sept semaines à l'hôpital. Pendant la majeure partie de ce séjour à l'hôpital, j'étais sous respirateur, et j'ai dû être réanimé à plusieurs reprises. Pendant les Fêtes, mes parents ne savaient pas s'ils allaient encore avoir un fils. Ce fut le point culminant d'une période très sombre de ma vie qui a duré de nombreuses années, une période au cours de laquelle j'ai eu l'impression à maintes reprises, quoique pas aussi intensément que cette journée horriblement sombre et triste de décembre 2010, qu'il vaudrait mieux que je sois mort que vivant.
Je suis fier d'être ici pour bien des raisons, entre autres parce que je sais d'où je viens et ce que j'ai traversé. À une certaine époque, jamais en cent ans je n'aurais cru vivre la vie que j'ai aujourd'hui: une carrière dont je suis fier, une épouse extraordinaire que j'adore, des collègues et amis exceptionnels que je côtoie tous les jours, ainsi que la confiance que m'accordent les gens que je représente. Rien de tout cela n'aurait été possible si j'avais réussi à mettre fin à mes jours.
Je pense à ma propre expérience et à celle de nombreuses autres personnes comme moi lorsque je réfléchis au fait que, dans seulement 15 mois, quelqu'un qui se trouve dans la même situation que moi il y a 15 ans pourra non seulement obtenir l'autorisation de l'État, mais aussi son aide pour mettre fin à ses jours par suicide. En mars 2027, les critères de l'aide médicale à mourir seront élargis, de sorte qu'une personne souffrant uniquement d'une maladie mentale, sans une quelconque maladie physique, pourrait avoir accès à l'aide médicale à mourir.
Il s'agit là d'un élargissement majeur des critères d'admissibilité et d'un renversement du message que nous avons cherché à transmettre aux Canadiens pendant des années à grand renfort de sommes d'argent, de temps d'antenne, d'efforts, d'énergie et d'innombrables campagnes afin de mettre fin à la stigmatisation entourant le suicide, afin de soutenir les personnes atteintes de maladie mentale au moyen d'encore plus de programmes, de fonds et de ressources, et afin de convaincre les gens qu'ils ont tout intérêt à rester en vie, qu'ils ont un avenir. Nous déployons tous des efforts dans notre propre vie auprès de notre entourage, pour transmettre des messages d'espoir à ceux qui en ont besoin. Pour être plus précis et pour personnaliser les choses — car c'est personnel —, si les lois qui entreront en vigueur dans 15 mois avaient existé il y a 15 ans, je serais probablement mort aujourd'hui. Je dis cela en étant profondément reconnaissant de ne pas l'être.
Je ne voulais pas lancer un appel à l'aide. J'avais accès à des ressources et à des traitements. J'avais un réseau de soutien. J'avais une famille qui m'aimait. Je bénéficiais de privilèges dont tant d'autres personnes aux prises avec une maladie mentale ne disposaient pas. Malgré tout, j'avais l'impression qu'il n'y avait pas d'avenir. La fameuse lumière au bout du tunnel n'existait pas. Je ne voulais pas aller mieux. Ce n'était pas que je n'avais pas essayé, mais je n'avais pas essayé avec assez d'ardeur, de toute évidence. J'avais l'impression d'avoir fait mon temps. J'avais l'impression d'avoir fait suffisamment d'efforts pour essayer d'aller mieux et, comme je n'y arrivais pas, j'avais pris la décision d'en finir. Ce n'était pas impulsif, mais plutôt assez rationnel. J'avais pris cette décision plusieurs semaines auparavant. Qu'on le croie ou non, aussi ridicule que cela puisse paraître, je l'avais noté dans mon agenda et j'avais prévu la date, car j'avais des rendez-vous et des réunions avant cela que je ne voulais pas manquer, comme si tout cela avait un sens, comme si le fait de rater une réunion avait quelque importance que ce soit, étant donné que j'avais l'intention de m'en aller.
Cela montre que, lorsqu'une personne est aux prises avec une maladie mentale, comme je l'ai été très sérieusement, cela lui joue des tours. Par leur nature même, les maladies mentales entraînent une distorsion qui empêche la personne de voir clairement ce qu'elle est en train de vivre et d'y réfléchir clairement. La maladie mentale obscurcit son jugement. Si j'avais dit à un travailleur de la santé que j'avais l'intention de mettre fin à mes jours, il aurait eu non seulement l'obligation morale, mais aussi l'obligation légale de m'empêcher d'agir. Il aurait eu le pouvoir légal de me détenir, car il existe un droit sacro-saint selon lequel les gens ont le droit de se rétablir, ils ont le droit de vivre, et les médecins ne doivent leur causer aucun tort et doivent les protéger pour éviter qu'ils se fassent du mal. Nous avons le devoir d'aider les gens.
Je parle de ma propre histoire, et j'en ai entendu beaucoup d'autres similaires. Après que ma collègue de eut présenté son projet de loi, j'ai lancé la campagne « Je vais mieux », dans laquelle j'ai raconté mon histoire et j'ai invité les Canadiens à raconter la leur. J'aimerais faire part de certains de ces témoignages à la Chambre aujourd'hui.
Un avocat d'Ottawa a dit qu'il se demandait s'il aurait eu recours à l'aide médicale à mourir si elle lui avait été offerte pendant les moments les plus difficiles de sa vie, ou encore s'il y aurait recours dans les moments difficiles à venir.
Un homme a communiqué avec nous pour nous faire part de ses difficultés liées à des problèmes familiaux personnels et à la maladie mentale. Il traverse des moments très difficiles. Il a déjà tenté de mettre fin à ses jours, et il craint de ne pas pouvoir s'en empêcher un jour s'il continue de vivre des moments difficiles et si on lui propose l'aide médicale à mourir.
Sur une note plus optimiste, une femme qui a vécu une relation abusive pendant 22 ans et qui souhaitait mourir a déclaré: « Si l'aide médicale à mourir avait existé à l'époque, je ne serais pas ici aujourd'hui, et je suis sacrément contente que ce n'ait pas été le cas. » Je demande aux députés de bien vouloir excuser ce langage peu parlementaire. Elle a ajouté: « Je suis heureuse aujourd'hui. J'ai eu une carrière fantastique dans le domaine des soins aux aînés. J'ai des petits-enfants et des enfants que j'aime. J'ai maintenant un mari merveilleux qui compte plus que tout pour moi. »
Une autre femme a dit qu'elle avait voulu mettre fin à ses jours à plusieurs reprises, mais qu'avec le recul, elle était très heureuse d'avoir aujourd'hui une vie plus épanouissante que jamais.
Je vais parler d'un autre cas. C'est une femme qui a bénéficié d'une deuxième chance après deux années d'agonie pendant lesquelles elle a souffert de troubles au foie, subi des hospitalisations, pris des dizaines de médicaments inefficaces et reçu de multiples diagnostics peu éclairants. On lui avait dit qu'elle était chroniquement instable, que son pronostic était peu encourageant, qu'elle ne pourrait jamais mener une vie épanouie de façon autonome, et qu'elle allait probablement devoir être traitée et dépendre du système pour le reste de sa vie. Elle avait fait plusieurs tentatives de suicide.
Cependant, un médecin n'a pas voulu l'abandonner. Comme l'a dit cette femme: « Pour guérir, il ne faut pas trouver la bonne pilule, mais la bonne personne. Il faut trouver une personne qui croit en vous et qui est prête à vous imposer un traitement inconfortable pour que vous puissiez profiter de la vie qui vous attend par la suite. » Cette femme est allée à l'université, elle est devenue travailleuse sociale afin d'aider son prochain, elle est mariée, et surtout, elle est heureuse.
Il n'y aurait aucune garantie que de telles histoires puissent encore se produire si nous faisions ce que le gouvernement compte faire en 15 mois, c'est-à-dire autoriser l'abandon des gens au moment où ils sont le plus vulnérables, pendant la période la plus sombre et la plus difficile de leur vie.
Parmi les personnes qui se suicident, 90 % souffrent d'une maladie mentale qui peut être diagnostiquée. Des médecins ont déclaré devant le Parlement et ses comités que le suicide est souvent envisagé et planifié pendant longtemps par des personnes qui pourraient très facilement aller voir un médecin — comme je l'aurais fait, j'en suis sûr — pour démontrer, par des arguments rationnels et logiques, qu'elles ont essayé tous les traitements et qu'elles estiment préférable de mourir. Les experts en psychiatrie qui ont témoigné et qui ont parlé de cette question ailleurs s'entendaient pour dire qu'il n'existe pas de moyen évident de distinguer les idées suicidaires en tant que symptôme d'une demande visant à ce qu'un professionnel de la santé contribue à mettre fin à la vie d'une personne.
Le Dr John Maher a déclaré devant le Parlement que 7 % des personnes qui tentent de se suicider meurent par suicide, ce qui veut dire que 93 % des gens qui, à un moment ou à un autre, veulent mettre fin à leur vie réussissent éventuellement à surmonter cela. Le taux de réussite de l'aide médicale à mourir est de 100 %. Cette politique est délibérément conçue pour renoncer à aider les gens.
Il y a très peu de sujets à la Chambre qui sont véritablement une question de vie ou de mort, mais celui-ci est un. Il y a quelques semaines, nous avons appris qu'en 2024, l'aide médicale à mourir représentait 5,1 % des décès au Canada. Il s'agit d'une augmentation de 1 520 % par rapport au moment où c'est devenu légal, en 2016. Nous sommes témoins d'un élargissement massif de ce recours à des personnes qui, dans la grande majorité des cas, vont se rétablir. En effet, de 50 à 60 % des personnes atteintes de maladie mentale se rétabliront sans traitement, et ce pourcentage est encore plus élevé pour celles ayant accès à un traitement.
Je ne serais pas ici aujourd'hui si j'avais réussi. Je ne serais pas ici aujourd'hui si je n'étais pas parvenu à me débarrasser des sentiments les plus sombres et les plus terribles que j'ai connus dans ma vie et que n'importe qui pourrait éprouver. C'est quelque chose qui, à mon avis, doit être compris par ceux qui pensent qu'il s'agit d'une question abstraite de théorie juridique et de droits juridiques. Ce sont de vraies personnes. Il y a des visages derrière tout cela. Si le projet de loi n'est pas adopté, des gens mourront. Nous avons le droit et le devoir de défendre ceux qui en ont besoin. J'appuierai fièrement ce projet de loi et je remercie beaucoup ma collègue de l'avoir présenté.
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Monsieur le Président, l'aide médicale à mourir est une question complexe et profondément personnelle. Elle concerne non seulement les patients qui vivent avec des souffrances insupportables, leur famille et leurs amis, mais aussi les professionnels de la santé qui leur prodiguent des soins.
Aujourd'hui, nous amorçons l'étude du projet de loi , mais j'aimerais d'abord expliquer comment nous en sommes arrivés là et en quoi consiste les dispositions énoncées. J'aimerais aussi vous faire part de mes préoccupations au sujet de ce projet de loi.
Faire le bilan de la voie empruntée par le Parlement au cours de la dernière décennie nous permettra de comprendre l'évolution de la loi et l'importance d'agir avec prudence avant de proposer des changements.
Premièrement, dans la décision rendue en 2015 dans l'arrêt Carter, la Cour suprême du Canada a invalidé l'interdiction générale de l'aide médicale à mourir parce qu'elle violait l'article 7 de la Charte. La Cour a suspendu sa décision afin que le Parlement puisse élaborer un nouveau cadre, un cadre qui établit un équilibre entre l'autonomie et la dignité individuelles, le caractère sacré de la vie et la nécessité de protéger les personnes vulnérables. Elle a également reconnu qu'une grande déférence doit être dévolue au Parlement compte tenu de la complexité de la question et des valeurs de société opposées que celle-ci soulève.
Deuxièmement, en décembre 2015, le Comité mixte spécial sur l'aide médicale à mourir, composé de députés et de sénateurs, a été chargé de formuler des recommandations sur le cadre juridique de la réponse à l'arrêt Carter. Ce comité a entendu 61 témoins, reçu 132 mémoires et publié ses recommandations en février 2016.
Troisièmement, le Parlement a adopté le projet de loi , en 2016 également. La prestation de l'aide médicale à mourir a ainsi été légalisée en établissant, dans le Code criminel, un cadre prévoyant: des critères d'admissibilité pour déterminer qui peut obtenir l'aide médicale à mourir; des mesures de sauvegarde procédurales pour veiller à ce que le service soit fourni en toute sécurité; des exceptions dans la définition des infractions criminelles, comme le meurtre, pour protéger les praticiens qui fournissent le service conformément aux exigences. Au début, l'admissibilité à l'aide médicale à mourir était limitée aux adultes capables dont la mort naturelle était raisonnablement prévisible.
Quatrièmement, en 2021, le Parlement a adopté le projet de loi . Celui-ci a étendu l'admissibilité à l'aide médicale à mourir pour inclure les personnes dont la mort naturelle n'était pas raisonnablement prévisible. Il prévoyait également des mesures de sauvegarde supplémentaires, puisque la prestation du service devenait plus complexe dans ces situations. Parallèlement, le Parlement a restreint, pour une durée de deux ans, l'admissibilité à l'aide médicale à mourir des personnes dont le seul problème de santé était une maladie mentale. Il est important de noter que cette décision ne découlait pas de la stigmatisation ou de stéréotypes liés à la maladie mentale. Elle a été prise parce que des experts ont clairement expliqué que certains facteurs particuliers, par exemple les critères permettant de déterminer qu'une maladie mentale est irrémédiable, exigeaient d'être étudiés plus en profondeur, et qu'il fallait mieux préparer le système de santé.
Au titre du projet de loi , le Parlement devait créer le nouveau Comité mixte spécial sur l'aide médicale à mourir, qui a entendu plus de 150 témoins, reçu des centaines de mémoires et présenté trois rapports. De plus, le projet de loi demandait aux ministres de la Justice et de la Santé de former un groupe d'examen indépendant composé d'experts afin de recommander des protocoles, des lignes directrices et des mesures de sauvegarde pour l'aide médicale à mourir en cas de maladie mentale, ce qu'ils ont fait.
Cinquièmement, en 2023, le Parlement a adopté le projet de loi , qui prolongeait d'un an l'exclusion temporaire de la maladie mentale comme critère d'admissibilité. L'objectif était de donner le temps aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux de préparer des normes et de la formation, en collaboration avec les ordres professionnels, et d'examiner toute recommandation du comité mixte spécial.
Plus récemment, au début de 2024, le comité mixte spécial et plusieurs ministres provinciaux et territoriaux de la Santé ont demandé plus de temps afin que les systèmes de santé des provinces et des territoires se préparent à la levée de l'exclusion. Ainsi, le Parlement a adopté le projet de loi , qui a prolongé l'exclusion temporaire jusqu'en mars 2027.
Parallèlement, le Parlement a également exigé qu'un comité mixte spécial du Parlement procède à un examen plus approfondi, qui doit commencer d'ici le 28 février 2026. Le comité devrait fournir une nouvelle évaluation du Parlement sur l'état de préparation des systèmes de santé provinciaux et territoriaux en vue de l'élargissement de l'admissibilité à l'aide médicale à mourir pour inclure les personnes dont la seule affection sous-jacente est une maladie mentale. J'attends avec impatience ses conclusions et ses recommandations.
Nous devons également garder à l'esprit que, lorsque nous parlons d'aide médicale à mourir, nous parlons d'un service de santé que les médecins et les infirmiers praticiens fournissent dans le cadre des soins de fin de vie. Les modifications apportées au cadre juridique de l'aide médicale à mourir auraient des répercussions importantes sur les systèmes de santé provinciaux et territoriaux, et de tels changements devraient s'appuyer sur l'expérience des personnes responsables des soins de santé au Canada.
J'en arrive au projet de loi d'initiative parlementaire . Fondamentalement, le projet de loi propose deux changements notables: premièrement, remplacer le terme « maladie mentale » par « troubles mentaux »; et deuxièmement, modifier la structure de la disposition d'exclusion. À première vue, on pourrait penser que ce sont des modifications de forme, mais la première en particulier pourrait avoir des conséquences importantes sur l'admissibilité à l'aide médicale à mourir et sur l'interprétation de la loi.
L'expression « troubles mentaux » est utilisée en milieu clinique, mais elle couvre un éventail de problèmes de santé beaucoup plus large que celui visé par l'expression « maladie mentale ». La « maladie mentale » désigne principalement des troubles relevant du domaine de la psychiatrie; elle n'inclut pas les troubles neurocognitifs ou neurodéveloppementaux, comme la maladie de Parkinson, qui est généralement traitée par d'autres médecins spécialistes. Toutefois, aux termes du projet de loi , cette maladie serait désormais visée par l'exclusion, car elle entre dans la catégorie plus large des troubles mentaux.
À l'heure actuelle, les personnes dont le seul problème médical invoqué est un trouble neurocognitif sont admissibles à l'aide médicale à mourir. Cela m'amène à une question importante: pourquoi élargir l'exclusion pour inclure des maladies comme le parkinson, qui permet déjà aux gens qui en souffrent d'être admissibles à l'aide médicale à mourir? Si ce n'était pas l'objet du projet de loi, des précisions supplémentaires s'imposent.
Ma deuxième préoccupation concerne la modification proposée dans le projet de loi à la définition de « problèmes de santé graves et irrémédiables ». D'après le Code criminel, pour être affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables, une personne doit remplir les trois critères suivants: « elle est atteinte d'une maladie, d'une affection ou d'un handicap graves et incurables », « sa situation médicale se caractérise par un déclin avancé et irréversible de ses capacités » et son état « lui cause des souffrances physiques ou psychologiques persistantes ».
À l'heure actuelle, une maladie mentale n'est pas considérée comme une maladie, une affection ou un handicap aux fins de l'admissibilité à l'aide médicale à mourir. Cela signifie qu'une maladie mentale ne peut pas répondre à la première exigence, qui est que la personne doit être atteinte d'un problème de santé grave et irrémédiable. Le projet de loi propose autre chose. Il indique qu'« un trouble mental n’est pas un problème de santé grave et irrémédiable. » La question est de savoir pourquoi. Quel problème le projet de loi vise-t-il à régler que l'exclusion actuelle ne règle pas déjà? Cette modification pourrait-elle signifier qu'une maladie mentale ne peut pas entraîner des souffrances persistantes?
Lorsqu'il est question de l'aide médicale à mourir, il est essentiel de faire preuve de prudence. C'est pourquoi le gouvernement s'est engagé à maintes reprises à veiller à ce que les systèmes de santé provinciaux et territoriaux soient prêts avant l'entrée en vigueur de tout élargissement de l'admissibilité, notamment par la formation des évaluateurs et des prestataires, l'élaboration et la mise en œuvre de lignes directrices cliniques et de mesures de soutien ainsi que le renforcement des systèmes de surveillance de l'aide médicale à mourir.
Le projet de loi soulève des questions importantes, mais avant d'aller de l'avant, nous devons nous assurer que ses effets sont bien compris et qu'ils correspondent aux objectifs du travail minutieux que le Parlement accomplit depuis près d'une décennie. La façon d'aborder l'aide médicale à mourir au Canada reflète certaines de nos valeurs les plus profondes: le respect de l'autonomie et de la dignité personnelles, la compassion pour les personnes qui souffrent et la volonté ferme de protéger les personnes vulnérables. Nous devons aux Canadiens...