a) la Chambre reconnaisse,
(i) que le gouvernement du Canada s'est engagé à protéger 30 % du territoire d'ici 2030 afin de lutter contre la perte de biodiversité et de renforcer la résilience de nos écosystèmes,
(ii) qu'en Estrie, environ 91 % du territoire est constitué de terres privées, que 63 % est couvert de forêts, de milieux humides et de cours d'eau, et que plus de 130 espèces en péril y sont recensées,
(iii) que la conservation volontaire des terres privées constitue un levier essentiel pour atteindre cet objectif national,
(iv) que le Programme des dons écologiques (PDE) a permis à de nombreux propriétaires de contribuer à la protection de milieux naturels d'une valeur inestimable,
(v) que les organismes de conservation reconnus doivent financer leurs opérations courantes et l'intendance à long terme des coûts qui ne sont généralement pas admissibles aux programmes gouvernementaux (p. ex. diligence raisonnable, frais juridiques et de transaction, suivi, restauration, rapports, gouvernance),
(vi) que l'augmentation du nombre de projets multiplie ces charges opérationnelles et crée un déficit structurel de financement, de sorte que les dons philanthropiques en argent sont indispensables pour maintenir et accélérer le rythme de conservation,
(vii) qu'une parité fiscale entre les dons en nature (terrains, servitudes) et les dons en argent aux organismes de conservation reconnus assurerait l'équité entre donateurs, sécuriserait le financement des opérations et stimulerait la protection à grande échelle des milieux naturels;
b) de l'avis de la Chambre, le gouvernement devrait,
(i) reconnaître l'importance d'augmenter le crédit d'impôt fédéral accordé aux propriétaires fonciers qui réalisent un don écologique dans le cadre du PDE,
(ii) reconnaître l'importance d'accorder un crédit d'impôt équivalent aux dons en argent versés aux organismes de conservation reconnus, pour soutenir les coûts d'exploitation et d'intendance des terres protégées,
(iii) envisager que la Loi de l'impôt sur le revenu soit modifiée afin d'assurer une équité fiscale entre les différents types de dons en conservation, dans le but de contribuer à l'atteinte des objectifs que le gouvernement s'est déjà fixés en matière de protection de la biodiversité.
— Monsieur le Président, je prends la parole aujourd'hui avec fierté pour présenter la motion M‑15, une motion profondément enracinée dans notre territoire, nos forêts, nos montagnes, nos rivières et nos collectivités. Elle porte sur un engagement que nous partageons tous: protéger la nature, non pas en théorie, mais sur le terrain par des gestes concrets et durables.
La protection de l'environnement, c'est la raison même pour laquelle je me suis lancé en politique. Avant d'arriver ici, j'ai d'abord joint l'organisme Protégeons Bromont pour ensuite devenir conseiller municipal, puis j'ai eu le privilège d'être maire de la ville de Bromont pendant huit ans. Je le dis avec beaucoup d'humilité: c'est en collaborant avec les citoyens, les organismes de conservation, les élus de tous les paliers de gouvernement et les propriétaires terriens que nous avons pu poser des gestes déterminants pour la préservation de notre patrimoine naturel.
Au cours de mon mandat, nous avons réalisé un projet majeur de conservation: la protection de la face Sud du mont Brome, situé à Bromont. Ce milieu d'une grande valeur écologique constitue un maillon essentiel du réseau de milieux naturels qui entoure la ville. Grâce à ce projet, nous avons pu préserver plus de 17 hectares de boisés, de pentes forestières et de paysages exceptionnels, tout en maintenant un équilibre entre le développement municipal, l'attrait récréatif et la conservation.
Nous avons aussi contribué à un deuxième projet important: la protection du mont Gale, un territoire emblématique de Bromont. Quand je pense que ces zones étaient vouées au développement résidentiel, j'en ai encore des frissons, mais, grâce à la mobilisation citoyenne, à l'engagement des communautés locales, au leadership municipal et au travail essentiel des organismes de conservation, notamment du Corridor appalachien, de la Société de conservation du mont Brome et de Conservation de la nature Canada, elles sont aujourd'hui protégées à perpétuité et mises en valeur pour les générations futures. Ces partenaires ont joué un rôle déterminant non seulement pour préserver ces milieux, mais aussi pour les intégrer dans une vision durable d'aménagement du territoire où la conservation, l'accès responsable et la santé des écosystèmes vont de pair.
Le secteur protégé offre aujourd'hui des belvédères et des sentiers de randonnée permettant aux familles, aux randonneurs et aux amateurs de plein air de profiter d'un accès sécuritaire en nature. Le mont Gale avec son lac, ses forêts et son sommet constituent un espace naturel d'une richesse exceptionnelle. Le réseau de conservation qui l'entoure protège un habitat diversifié pour la faune et la flore.
Ces réalisations témoignent d'une conviction profonde: la sauvegarde de la nature est un investissement à long terme, non un obstacle au développement. Elle démontre qu'il est tout à fait possible de concilier qualité de vie, attraits récréotouristiques et respect de l'environnement. Il faut avoir de la vision, il faut voir loin.
Qu'on me permette de faire un retour dans le temps, plus précisément en 1876. Nous étions loin de parler de changements climatiques à l'époque. Effectivement, en 1876, la Ville de Montréal a confié à Frederick Olmsted, l'un des deux architectes qui ont conçu Central Park, le mandat de l'aménagement du parc du Mont‑Royal, où on retrouve 423 hectares de milieux naturels protégés à perpétuité. Qui penserait aujourd'hui détruire ce milieu naturel?
Quand je parle de protection des milieux naturels, ce n'est pas de l'idéologie; c'est de la responsabilité et c'est de l'action. En défendant ces projets, nous avons posé des gestes concrets pour préserver le patrimoine naturel de notre région.
C'est avec ces mêmes valeurs que je propose aujourd'hui la motion M‑15 pour donner aux citoyens, aux propriétaires et aux organismes de conservation les outils fiscaux nécessaires pour protéger davantage de territoire avant qu'ils ne soient perdus à jamais. Pensons aux générations futures. Que veut-on leur léguer?
Le Canada s'est engagé à protéger 30 % de son territoire d'ici 2030. Cependant, un fait demeure. Dans plusieurs régions, comme en Estrie, plus de 90 % du territoire est privé. Sans l'engagement volontaire des propriétaires fonciers, nous n'atteindrons jamais nos objectifs nationaux de conservation.
C'est pourquoi les dons écologiques jouent un rôle si essentiel. Depuis 1995, grâce au Programme de dons écologiques, plus de 220 000 hectares ont été protégés au pays. Toutefois, il y a une réalité qu'on doit reconnaître: les organismes de conservation doivent assumer des responsabilités permanentes, telles que surveiller les sites, restaurer les habitats, répondre aux menaces écologiques et assurer la gestion à long terme. Ces tâches, il faut se le dire, sont rarement financées adéquatement.
Par ailleurs, les incitatifs fiscaux actuels pour les dons en argent, qui permettent justement de soutenir ces responsabilités, sont insuffisants pour encourager la philanthropie environnementale dont nous avons besoin pour atteindre nos objectifs de conservation. La motion M‑15 propose que le gouvernement modernise ses outils fiscaux en bonifiant les incitatifs liés aux dons écologiques, en créant un crédit d'impôt équivalent pour les dons en argent aux organismes de conservation et en assurant une équité fiscale entre les différentes formes de générosité. En d'autres mots, il s'agit de mettre à jour un cadre fiscal vieux de 30 ans pour répondre aux besoins d'aujourd'hui et nous aider à atteindre nos objectifs.
Protéger la nature, ce n'est pas un coût, c'est un investissement. Les milieux humides préviennent les inondations. Les forêts filtrent notre eau. Les sols en santé réduisent les îlots de chaleur. Selon les analyses les plus récentes, chaque dollar investi dans la nature rapporte jusqu'à 20 $ en bénéfices pour la collectivité.
Je vais donner quelques exemples concrets tirés de notre région. À Lac‑Brome et Sutton, deux dons écologiques récents ont permis de protéger près de 20 hectares situés dans le corridor écologique des Montagnes‑Vertes, un corridor transfrontalier essentiel à la survie de nombreuses espèces. Il y a aussi l'exemple de la forêt Brière, qui se trouve entre Sutton et Potton. C'est un territoire de 540 hectares qui devait être loti pour de la construction résidentielle. C'est l'équivalent de 1 000 terrains de football de forêt à haute valeur écologique qu'on aurait transformé en ensemble résidentiel. Dans cet environnement bucolique, on ne parle pas de logements abordables. On parle ici d'une valeur de 7,4 millions de dollars en revenus. Cependant, le propriétaire, M. Guy Brière, a choisi de faire un don écologique. Ce geste visionnaire a permis de protéger plus de 250 espèces de plantes, 53 espèces d'oiseaux, des habitats essentiels pour l'ours noir et le lynx roux et une partie d'une source d'eau utilisée par des milliers de personnes.
Ces histoires ne sont pas des anecdotes. Elles sont la démonstration que, lorsque nous donnons aux citoyens les bons outils, ils posent des gestes extraordinaires. Il demeure toutefois que chaque projet de conservation coûte cher. Avant même d'acquérir une terre, il faut payer des biologistes, des arpenteurs, des évaluateurs, des notaires, des avocats. Ensuite, il faut assurer le suivi à perpétuité. Les dons en argent sont essentiels pour financer ce travail, mais les incitatifs actuels sont insuffisants.
Nous pouvons cependant nous inspirer d'un modèle qui a fait ses preuves au Québec, soit le crédit d'impôt supplémentaire pour un premier don majeur en culture. Cette mesure a augmenté la philanthropie culturelle de près de 30 %. Pourquoi ne pas offrir un outil similaire pour soutenir les organismes de conservation? Certains diront que ces mesures profitent aux plus fortunés. Ce n'est pas le cas. La majorité des dons proviennent de familles établies depuis des générations dans notre région. Ce sont des propriétaires de boisés, des gens qui renoncent volontairement à une partie de leur patrimoine pour le bien commun et qui, souvent, sont beaucoup plus riches en terres qu'en argent. Le coût pour l'État est relativement modeste. On parle de 25 à 35 millions de dollars par année, selon les données officielles. Le rendement, lui, il est immense.
La motion M‑15 n'est pas partisane. Elle s'inscrit dans la Stratégie pour la nature 2030 du Canada, dans notre engagement envers l'objectif 30 x 30 et dans le Cadre mondial de la biodiversité pour 2020‑2030. Elle reflète ce qu'il y a de meilleur chez nous: la générosité, la coopération et la responsabilité partagée.
Protéger la nature, c'est protéger notre monde. C'est protéger l'eau que nous buvons, l'air que nous respirons et les paysages qui nous définissent. J'invite donc tous mes collègues de tous les partis à appuyer la motion M‑15 afin d'encourager la générosité envers la nature et de renforcer les outils dont nous avons besoin pour préserver notre patrimoine naturel.
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Monsieur le Président, nous parlons de la motion M‑15, et non d'un projet de loi d'initiative parlementaire. Cette motion ne mène à rien de précis en matière de législation, de réglementation ou de politique. Il s'agit essentiellement d'une suggestion de notre collègue d'en face.
Avant de commencer à formuler mes observations, j'aimerais souligner un événement qui s'est produit à la Chambre il y a moins d'une heure. Le projet de loi , ou loi de Bailey, a été adopté, et la famille de Bailey était présente dans la salle pour en être témoin. Ce projet de loi a exigé beaucoup de travail de la part de nombreux collègues et membres du caucus conservateur qui siègent de ce côté-ci de la Chambre, un travail accompli sous la direction du député de . Cette adoption a provoqué beaucoup d'émotion chez bon nombre de députés de ce côté-ci de la Chambre, alors je tiens à féliciter et à remercier toutes les personnes et tous les partis qui ont contribué à cette réussite. C'était là un moment historique. Après 10 ans, je crois que nous pouvons enfin voir la lumière au bout du tunnel pour les victimes et que nous pouvons peut-être redonner du mordant à notre système de justice.
La motion M‑15 me fait voyager dans le temps. Il est étonnant de voir à quel point les travaux de la Chambre me rappellent mes débuts. À l'époque, je siégeais au conseil de la Nation Haisla et elle participait à de nombreux projets de conservation, ne sachant pas qu'ils étaient en quelque sorte liés à une entité mondiale. Cette dernière proposait une initiative de 30 % d'ici 2030, c'est-à-dire protéger 30 % du territoire d'ici 2030. Il ne s'agit pas d'une initiative purement canadienne.
Lorsque j'étais conseiller en chef de la Nation Haisla, une petite bande autochtone, l'orientation de nos travaux n'était pas influencée par des entités externes. Nous avions adhéré à cette initiative parce qu'elle correspondait à nos besoins, à nos objectifs et à notre vision. La Nation Haisla n'a jamais suivi aveuglément qui que ce soit. Je me demande souvent pourquoi le Canada agit de la sorte. Pourquoi le Canada se tourne-t-il vers le Forum économique mondial ou les Nations unies pour déterminer son orientation? Les députés sont élus pour une raison. Nous sommes bien placés pour savoir ce dont le pays a besoin et quelle est la meilleure direction pour les gens d'ici. Pourquoi aurions-nous besoin des directives d'une entité externe? Si nous avons été élus, c'est parce que nous sommes des personnes compétentes et j'espère que nous sommes aussi des leaders compétents. En fait, nous devrions nous concentrer sur des initiatives conçues par des Canadiens et pour les Canadiens.
J'ai mis du temps à le comprendre lorsque j'étais conseiller, puis lorsque j'étais conseiller en chef du conseil de la Nation Haisla, mais nous avions les mêmes objectifs: nous voulions protéger les zones vulnérables de notre territoire. J'étais membre d'un organisme qui s'appelait Turning Points et qui a changé de nom pour devenir Coastal First Nations. Dans les médias, il y a de la confusion quant à la signification du nom « Coastal First Nations ». Il s'agit d'un organisme sans but lucratif officiel. Je pense que les gens le confondent avec les Premières Nations qui vivent sur la côte, ce qui est tout à fait différent.
À l'époque, je ne savais pas que le fait de recevoir des fonds de bailleurs de fonds américains pour protéger des terres posait problème. En fait, les fonds que nous avons reçus à l'époque avaient été versés par l'entremise de la Fondation David Suzuki. Lorsque j'ai quitté l'organisme et que j'en ai retiré ma bande, on parlait de ne plus recourir à la Fondation David Suzuki comme intermédiaire pour les fonds provenant de bailleurs de fonds américains. Nous nous sommes retirés parce que nos opinions divergeaient en ce qui concerne des commentaires qui avaient été faits au sujet de l'industrie du gaz naturel liquéfié.
J'appuie le principe de la protection des zones écosensibles. J'ai lu ce que le premier ministre Harper a fait à l'époque, mais il ne s'était pas engagé à mettre en œuvre une politique de 30 % d'ici 2030; il s'était engagé à protéger 70 % du territoire. C'est aujourd'hui une bonne chose, compte tenu de ce qui se passe actuellement. C'était opportun, car nous voulons bel et bien protéger les zones écosensibles. En fait, nous le faisons déjà, grâce à un certain nombre de mesures.
Je ne comprends pas pourquoi nous avons besoin de cela. Les zones écosensibles sont protégées dans le cadre des évaluations environnementales, par exemple. De plus, elles sont restaurées grâce à l'initiative de compensation écologique. Le Canada fait déjà du bon travail pour protéger les zones écosensibles. Je ne vois pas pourquoi nous aurions besoin qu'un organisme étranger ou international nous dise ce qu'il faut faire ou ne pas faire sur notre territoire.
Cette discussion est opportune, car nous ne savons pas vraiment ce que la décision prise dans l'affaire Cowichan signifie pour les terres privées. Je pense que tant que ce sera le cas, nous mettons la charrue avant les bœufs. Le gouvernement fédéral a peut-être l'intention de plaider en faveur des propriétaires fonciers, le gouvernement de la Colombie‑Britannique aussi, mais on ne sait pas trop quel sera leur argument. D'ici là, nous devons réfléchir attentivement à la question, car nous devrons peut-être faire marche arrière, et il est possible que la situation à Richmond, en Colombie‑Britannique, devienne encore plus chaotique.
Par ailleurs, en ce qui concerne le moment choisi, tout le monde reconnaît que nous traversons actuellement une crise du logement, mais la motion à l'étude propose de retirer encore plus de terres privées de l'ensemble de la base territoriale, ce qui empêchera la construction de maisons. Ce n'est pas le moment d'envisager de retirer des terres privées de la base territoriale, des municipalités ni même des districts régionaux. Nous aurons besoin de terrains si jamais le Canada décide de respecter sa promesse de construire 500 000 maisons par année. Le directeur parlementaire du budget a déjà signalé que les libéraux n'atteindraient jamais cette cible. Au mieux, ils en construiront 5 000.
Cela me ramène à l'époque où je siégeais à l'Assemblée législative de la Colombie‑Britannique. Le NPD de la Colombie‑Britannique avait promis de construire 114 000 maisons en 10 ans, mais nous étions d'avis que ce n'était pas réalisable. Nous avions raison, comme cela a été démontré par la suite. Selon un article du Tyee, bon nombre des maisons comptabilisées dans les rapports ont seulement été prises en compte dans les statistiques à cause de modifications des politiques. Aucun nouveau logement n'a été construit.
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Monsieur le Président, comme mentionné, le Bloc québécois est en faveur de la motion M‑15. Cette motion, qui a comme objet les dons écologiques, propose entre autres que la Chambre reconnaisse certains principes relatifs à l'importance de la conservation des terres privées pour la protection de la biodiversité et que le gouvernement envisage des modifications fiscales visant à favoriser ce type de conservation.
L'enjeu public dont nous discutons, c'est celui de la préservation de la biodiversité biologique, qui désigne en fait la variété qui existe parmi les organismes vivants, y compris la diversité génétique, la diversité des espèces, la diversité des écosystèmes. La motion propose notamment à la Chambre de reconnaître l'importance de la conservation volontaire, c'est-à-dire la conservation, par des propriétaires, d'éléments d'intérêt écologique présents sur leur propriété. On peut penser à des cours d'eau, des marais, des bandes riveraines, des milieux humides, des habitats, des espèces vulnérables, des espèces menacées.
Il faut considérer quand même que le gouvernement fédéral n'a pas la compétence pour exercer une autorité sur le territoire qui ne lui appartient pas. C'est important de le garder en tête. L'appui aux initiatives en matière de conservation privée, c'est un moyen privilégié que peut utiliser le gouvernement fédéral pour favoriser la conservation sur le territoire, et le Bloc québécois approuve cela.
Le Bloc québécois tient aussi à souligner qu'il y a un rôle névralgique qui est joué actuellement par les organismes de conservation sur le terrain, les acteurs qui travaillent souvent de manière volontaire, qui sont impliqués dans la conservation des terres privées, au Québec en particulier. Il faut garder en tête qu'on parle des 8 % de notre territoire, majoritairement au sud, d'ailleurs, qui est privé et qui se retrouve à avoir des milieux naturels parmi les plus riches, les plus diversifiés. On a des écosystèmes particuliers au sud, avec des interactions entre la société et la nature qui sont parmi les plus importantes.
Par notre appui à la motion M‑15, nous souhaitons renouveler notre engagement en faveur des mesures légales en matière de conservation, comme les réductions fiscales, parce qu'il faut viser à encourager les dons de propriétés aux organismes de conservation pour réussir à en protéger davantage. Dans le sud du Québec en particulier, c'est important de faire cela et d'en arriver à une protection à perpétuité, avec des avantages marqués pour les écosystèmes, mais aussi pour les humains qui peuvent en profiter.
Un autre moyen à privilégier, et c'est le plus important selon nous: le gouvernement fédéral doit envisager d'agir concrètement pour la nature, en bonifiant notamment les ententes entre les provinces et le fédéral en matière de protection de la nature. C'est entre autres pour cela que le Bloc québécois avait proposé, lors de la campagne électorale de 2025, que le fédéral triple sa part du financement de l'Accord Canada‑Québec sur la nature et la fasse passer minimalement de 100 millions de dollars à 300 millions de dollars pour aider le Québec, qui agit pour protéger la nature.
Malheureusement, dans le dernier budget, ce dont on s'est rendu compte, c'est que la protection de la nature, un thème pourtant promu par le gouvernement, a été complètement évacuée. Il y avait zéro dollar supplémentaire dans le dernier budget pour la protection de la nature, pour la protection de la biodiversité, alors que le gouvernement s'est engagé à atteindre des objectifs quand même ambitieux pour 2030.
Regardons justement l'urgence d'agir. Selon nous, il faut qu'il y ait une cohérence de la part du gouvernement à cet égard, parce que la biodiversité, les humains en sont dépendants à plusieurs égards. Nous sommes dépendants des services qu'elle nous rend, que ce soit en ce qui a trait à la nourriture, aux médicaments, à l'amélioration de la qualité de l'air, à l'amélioration de la qualité de l'eau, à l'atténuation des conséquences des changements climatiques, comme les sécheresses et les inondations.
La perte de la biodiversité, c'est une urgence mondiale parmi les plus pressantes avec la pollution et les changements climatiques, entre autres. Même le Forum économique mondial a identifié la protection de la biodiversité ou la perte de biodiversité comme étant au troisième rang des risques mondiaux les plus pressants aux côtés de la désinformation, de la mésinformation, du retour des conflits armés des États et de la crise des changements climatiques.
Il y a une crise de perte de la biodiversité. Il nous faut donc des mesures supplémentaires pour protéger cette biodiversité qui est menacée en raison notamment de la perte et de la dégradation de l'habitat et des écosystèmes par l'utilisation des humains, d'où l'importance d'avoir une protection en territoire privé et d'encourager la protection par des particuliers et des organismes. Il y a évidemment des conséquences liées à l'étalement urbain et à la surexploitation industrielle. C'est un problème à l'échelle mondiale.
C'est pour cette raison qu'il y a la Convention sur la diversité biologique, une convention mondiale qui a été mise en place en 1992 et qui a mené au Cadre mondial de la biodiversité de Kunming‑Montréal, ratifié à Montréal, en 2022, avec des objectifs ambitieux pour les gouvernements et auquel a adhéré le gouvernement canadien. L'objectif le plus ambitieux parmi les 23 cibles, c'est de protéger 30 % du territoire, tant des terres, des eaux intérieures que des zones côtières et marines, et ce, d'ici 2030. On parle donc de 30 % de protection du territoire d'ici 2030. C'est l'objectif canadien.
Le gouvernement canadien doit travailler parce que, l'objectif du Canada, c'était 25 % de protection du territoire pour 2025. Cet objectif ne sera évidemment pas atteint. Même sous le précédent gouvernement, on disait qu'on allait atteindre ces objectifs de 25 % des terres et des eaux pour 2025, mais le commissaire à l'environnement et au développement durable a été très clair dans son récent rapport: tout comme dans la lutte contre les changements climatiques, le Canada n'est pas en voie d'atteindre ses objectifs de protection du territoire, et il n'y a actuellement pas de plan, de route ou de voie pour qu'il atteigne son objectif de 30 % du territoire pour 2030.
Nous sommes en 2025, alors c'est manifestement établi que le gouvernement libéral n'a pas atteint son objectif. Quand on regarde les chiffres aujourd'hui, on voit que c'est 13,8 % du territoire terrestre, y compris les terres et l'eau douce, qui est protégé, et c'est 15,5 % du territoire marin qui est protégé. On est donc très loin du 25 % et du 30 % qu'il faut atteindre pour freiner et inverser la perte de la biodiversité, ainsi que pour respecter les engagements internationaux du Canada en matière de protection de la biodiversité. Quand on regarde la Stratégie pour la nature 2030 du Canada, on se dit que, heureusement, le Québec lui-même est engagé auprès de la Convention sur la diversité biologique et qu'il n'attend pas le reste du Canada pour élaborer et mettre en œuvre les stratégies, parce que le Canada est encore plus loin.
Il faut comprendre que le territoire du Québec n'appartient pas au gouvernement fédéral, mais aux Québécois et aux Québécoises. Le Québec assume ses propres responsabilités à l'égard de la protection de son territoire, à l'égard de la protection de la nature. Au Québec, ce sont les lois environnementales du Québec qui protègent l'environnement. Ce n'est pas le fédéral. Le Québec fait partie de la Convention sur la diversité biologique et a réussi quand même en 2024 à atteindre 17 % de territoire protégé. L'Ontario est à 10,9 %, par exemple. Le Québec fournit donc sa part d'efforts et contribue à l'atteinte de la protection du territoire de 30 %, mais, encore une fois, le Québec a investi près de 908 millions de dollars dans son plan sur la nature. Le gouvernement fédéral, lui, n'a contribué qu'à hauteur de 100 millions de dollars.
Il faut le voir avec une vue d'ensemble, et on voit actuellement d'autres reculs importants de la part du gouvernement fédéral qui viendraient plus qu'annuler ses initiatives, comme l'initiative de la motion M‑15 qui, encore une fois, est importante et que nous soutenons. Comment veut-on que le Canada atteigne ses objectifs si, ce qu'on voit actuellement, c'est une déréglementation des protections environnementales? C'est une ouverture du territoire à davantage d'exploitation pétrolière et gazière avec toutes les conséquences que cela entraîne. C'est une ouverture à de nouveaux pipelines qui viendraient avec des répercussions. Ça va même jusqu'à vouloir lever le moratoire sur les navires pétroliers sur la côte Ouest qui est en place depuis 1972, ce qui permettrait à des pétroliers d'aller dans ce territoire de haute valeur écologique.
Ce que nous demandons, c'est qu'on aille de l'avant et qu'on nous propose des mesures du genre. Le gouvernement doit transposer ça en loi, si possible, pour faciliter le don écologique. Nous ne pouvons cependant pas oublier l'éléphant dans la pièce. C'est l'échec d'un gouvernement à protéger la biodiversité. C'est une absence de plan. C'est zéro dollar dans le dernier budget pour la protection du territoire, la biodiversité et les parcs. On y voit au contraire des reculs alors que les libéraux ont des milliards pour les pétrolières.
C'est une belle initiative, oui, mais n'oublions pas le bilan complet de ce gouvernement, qui est un désastre d'un point de vue environnemental, comme le dit entre autres l'ancien ministre de l'Identité et de la Culture canadiennes, le député de .