:
Monsieur le Président, j'ai avisé la présidence ce matin d'une question de privilège que je n'ai aucun plaisir à soulever aujourd'hui. J'ai appris qu'un mandataire du Parlement, le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, semble avoir outrepassé les pouvoirs que lui accorde la Chambre.
Hier après-midi, j'ai eu l'occasion de consulter le site Web du bureau du commissaire, ce que je fais régulièrement en tant que ministre du cabinet fantôme de l'opposition officielle chargé de l'éthique et du gouvernement responsable. Ce faisant, j'ai examiné les formulaires que les députés sont tenus d'utiliser. Plus précisément, je me suis intéressé à celui qui sert à déclarer les cadeaux ou les avantages reçus. J'ai remarqué au bas du formulaire qu'il était daté d'octobre 2025. J'ai trouvé cela étrange, alors j'ai fait quelques recherches supplémentaires. J'ai alors découvert que le formulaire concernant les déplacements parrainés des députés était, de manière suspecte, lui aussi daté d'octobre 2025.
On peut se demander pourquoi cette date soulève des soupçons. Après tout, nous sommes en octobre 2025. C'est parce que la Chambre a établi une procédure très précise à suivre pour la présentation, l'examen et l'approbation des formulaires utilisés dans le cadre du Code régissant les conflits d'intérêts des députés de la Chambre des communes. Une partie de cette procédure prévoit que la Chambre approuve les formulaires. Cela se fait sur recommandation du Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre, et je ne me souviens certainement pas que la Chambre ait voté ce mois-ci sur une proposition du commissaire à l'éthique.
Pour m'assurer qu'il ne s'agissait pas tout simplement d'un changement de mise en forme stylistique, j'ai obtenu des copies de la version précédente approuvée par la Chambre pour vérifier ce qu'elle avait concrètement approuvé. Les deux formulaires que j'ai mentionnés ont été approuvés par la Chambre le 7 mars 2016. C'est à cette date que la Chambre a adopté le quatrième rapport du Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre, présenté le jour même.
Les différences entre les formulaires sur le site Web du Commissariat aux conflits d'intérêts et à l'éthique et ceux qui ont été approuvés par la Chambre ne sont ni stylistiques ni superficielles; elles sont, en fait, considérables. C'est évidemment troublant, d'autant plus que le problème ne s'arrête pas là. Sur le site Web, il y a au moins un autre formulaire, intitulé « Déclaration des députés et des membres de leur famille », qui semble substantiellement différent de ce que la Chambre a approuvé le 27 janvier 2009, date où elle a adopté le deuxième rapport du Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre, déposé le jour même.
Je reconnais qu'il peut sembler étrange d'être contrarié ou de prendre la parole aujourd'hui à propos des formulaires que le commissaire utilise dans le cadre du Code régissant les conflits d'intérêts des députés, mais le fait est que la Chambre a établi une procédure très précise à cet égard. L'article 30 du Code dit ceci:
(1) Le commissaire soumet au Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre tout projet de lignes directrices sur la procédure et l'interprétation et tous les formulaires relatifs au présent code.
(2) Les lignes directrices et les formulaires agréées par le Comité font l'objet d'un rapport présenté à la Chambre et entrent en vigueur dès l'adoption du rapport par celle-ci.
(3) Avant d'être déposés à la Chambre, les lignes directrices et les formulaires doivent demeurer confidentiels.
Il s'agit d'un choix délibéré de la Chambre. Il vaut la peine de le souligner. Le comité de la procédure et des affaires de la Chambre l'a expliqué en juin 2007, aux paragraphes 29 et 30 de son 54e rapport:
29. L'article 30 du Code exige du commissaire qu'il soumette au Comité « tout projet de règle d'application du présent code ». Ces règles peuvent entrer en vigueur dès que le Comité et la Chambre les ont approuvées. On n'a jamais su vraiment quels documents cette disposition était censée couvrir. Le Comité recommande de modifier l'article pour renvoyer « aux lignes directrices sur la procédure et l'interprétation et tous les formulaires relatifs au présent code ». On s'attend à ce que ce changement encadre davantage les interventions du commissaire et codifie en plus les attentes actuelles à l'effet que les formulaires doivent être approuvés.
30. Le Comité recommande également d'ajouter une disposition exigeant que les lignes directrices et les formulaires restent confidentiels jusqu'à ce qu'ils fassent l'objet d'un rapport à la Chambre.
La Chambre a adopté ces recommandations et d'autres le 11 juin 2007, et c'est la règle à la Chambre depuis. Le Code régissant les conflits d'intérêts des députés est officiellement l'annexe 1 du Règlement de la Chambre. Comme l'explique La procédure et les usages de la Chambre des communes, troisième édition, à la page 226: « L'élaboration du Code incarne le droit de la Chambre de réglementer ses affaires internes et de prendre des mesures disciplinaires à l'égard des députés qui se conduisent de façon inconvenante. » Cela s'inscrit, bien sûr, dans le prolongement des privilèges collectifs de la Chambre.
En publiant ces nouveaux formulaires sans suivre les procédures établies par la Chambre, le commissaire a, à mon humble avis, désobéi aux ordres légitimes de la Chambre et défié son autorité. Comme il est indiqué dans le Bosc et Gagnon aux pages 81 et 82, ces actes sont considérés comme des outrages au Parlement. Comme le souligne le Erskine May, la principale référence en matière de procédure au Royaume‑Uni, au paragraphe 15.7 de la 25 e édition, il peut y avoir outrage quand on désobéit à des règles générales.
Les questions de privilège concernant les mandataires du Parlement, même le commissaire à l'éthique, ne sont pas sans précédent. Par exemple, comme il est écrit à la page 8473 des Débats du 6 octobre 2005, le Président Milliken a conclu qu'il y avait de prime abord matière à question de privilège concernant les entrevues que le commissaire à l'éthique de l'époque avait accordées aux médias sur une enquête qu'il avait entreprise sur un député. En agissant ainsi, il n'avait pas semblé tenir compte des exigences du Code, qui consistent à fournir à la personne faisant l'objet d'une enquête un préavis écrit raisonnable et à mener l'enquête à huis clos.
On peut lire ceci au paragraphe 14 du 51e rapport du comité de la procédure et des affaires de la Chambre déposé en novembre 2005 et qui portait sur l'évaluation subséquente de l'affaire:
[...] les membres du Comité sont très préoccupés par le fonctionnement du Bureau du commissaire à l’éthique, et plus particulièrement, par le traitement des plaintes et les enquêtes. Nous nous inquiétons de l’absence apparente de rigueur au sein du Bureau en ce qui concerne l’élaboration des mécanismes pertinents. C’est cette lacune qui explique le peu de minutie et d’attention aux exigences des contrôles préalables qui caractérise cette affaire. Il nous semble que le Bureau du commissaire à l’éthique ne connaît pas assez bien les dispositions du Code régissant les conflits d’intérêts des députés et qu’il ne veille pas autant qu’il le devrait à en faire respecter l’esprit et la lettre. Il semble exister au Bureau une confusion ou un flou inacceptables entre ce qui distingue le Code régissant la conduite des titulaires de charge publique en ce qui concerne les conflits d’intérêts et l’après-mandat, qui [a précédé la Loi sur les conflits d'intérêts actuelle], du Code régissant les conflits d’intérêts des députés [...]
Ces observations ont été formulées il y aura 20 ans le mois prochain. Quoiqu'il en soit, le comité a conclu ce qui suit, au paragraphe 38: « Le Comité souhaite exprimer publiquement sa préoccupation que les procédures et les règles prévues par le Code soient [...] suivies scrupuleusement afin qu’une telle situation ne se répète pas. Les risques pour les députés, et l’intégrité même du Code, n’en demandent pas moins. »
La préoccupation aujourd'hui concerne les formulaires. Je comprends que cette considération puisse paraître mineure, à première vue. Il faut savoir que, lorsque la Chambre adopte ses règles et ses usages, elle s'attend raisonnablement à ce qu'ils soient respectés. Dans une décision rendue le 19 avril 1993, à la page 18 105 des Débats de la Chambre des communes, le Président Fraser a souscrit à l'opinion que « la violation de cette instruction, fût-elle involontaire, constitue un affront à l'autorité et à la dignité du Parlement, en général, et de la Chambre des communes, en particulier ».
Il a ensuite ajouté que, pour sa part:
Les dispositions législatives qui ont eu l'aval des députés de la Chambre ont une utilité réelle et il y a lieu de les observer […]
Les prescriptions du Règlement et des lois ont été entérinées par la Chambre et constituent une convention qui doit, tous les députés en conviennent, être respectée.
Comme le dit plus précisément sir John Bourinot à la page 203 de l'ouvrage Parliamentary Procedure and Practice in the Dominion of Canada, quatrième édition: « Chaque Chambre est tenue, pour des raisons d'intérêt personnel et de justice, d'observer strictement ses règles et son Règlement et de dénoncer toute tentative de s'y soustraire ou d'y contrevenir. »
Nous avons constaté une tendance troublante au cours des dernières années: le gouvernement, ce qui comprend la fonction publique, se sent libre de défier l'autorité de la Chambre des communes, surtout en ce qui concerne les ordonnances de production de documents. Ce manque de respect se répand et semble contagieux. Il s'est étendu au-delà du pouvoir exécutif ces dernières années.
Nous nous souvenons tous de ce qui s'est passé à la barre l'an dernier, lorsque M. Kristian Firth a été réprimandé pour avoir fait peu de cas du Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires. Lorsque le Parlement a été prorogé en janvier dernier, la Chambre était saisie de questions de privilège fondées de prime abord concernant les comportements absurdes de Steven Anderson et Lauren Chen devant des comités. Les députés se souviendront également du désormais célèbre scandale de l'autre Randy.
Il est désolant que cette contagion se soit étendue de l'exécutif à la fonction publique et, maintenant, à des membres du public. Ce qui m'inquiète, c'est que nous pourrions maintenant voir des mandataires du Parlement, des fonctionnaires de la Chambre, joindre les rangs des personnes qui ne respectent pas l'autorité de la Chambre des communes, ce cœur de la démocratie canadienne.
Si vous convenez, monsieur le Président, que la question de privilège vous paraît fondée à première vue, j'ai l'intention de présenter une motion visant à renvoyer la question au comité de la procédure et des affaires de la Chambre.
Les règles ne sont pas des suggestions, surtout pas dans le domaine de l'éthique. Il se peut fort bien qu'il s'agisse d'un simple malentendu, mais peut-être est-ce aussi un pied de nez délibéré à l'autorité de la Chambre. On ne le sait pas. Étant donné que le commissaire ne peut pas s'adresser à la Chambre, nous devrions lui donner l'occasion de s'exprimer sur la question au comité afin qu'il rende compte de ses actes et de ceux de son bureau avant qu'une décision ne soit rendue.
Il faut être vigilant dans la défense des droits de la Chambre, et c'est pourquoi, même si cela a mis certains mal à l'aise, nous avons convoqué à la barre le chef de l'Agence de la santé publique du Canada pour avoir défié un ordre de la Chambre, ainsi que M. Firth pour sa conduite inacceptable devant un comité permanent de la Chambre.
Même si nous n'en sommes qu'au début d'une nouvelle législature, nous avons constaté récemment que le Cabinet du premier ministre n'a pas répondu de bonne foi à l'ordre de production de documents adopté par le Comité permanent de l'accès à l'information, de la protection des renseignements personnels et de l'éthique avant la date limite établie par le comité. On n'arrête pas de nous dire qu'il y a un nouveau gouvernement, mais on dirait que l'histoire se répète.
J'ai mentionné que nous sommes au début de la présente législature, alors les efforts du comité visaient à donner au et à son ministère, le Bureau du Conseil privé, la possibilité de donner suite à l'ordre de production de documents du comité d'ici la fin de la semaine suivante. Cependant, comme dans le dossier précédent, ce qu'il faut retenir, c'est que s'ils ne respectent pas l'autorité et les privilèges du plus haut tribunal du pays, ils se rendront coupables d'outrage.
Monsieur le Président, si vous estimez que la question que je m'apprête à soulever constitue de prime abord une atteinte aux privilèges des parlementaires, ce sera l'occasion de la soumettre au Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre, qui est responsable de ce genre de question. Le commissaire pourra nous expliquer comment nous en sommes arrivés là aujourd'hui.
Bref, personne ne devrait jouir d'un passe-droit.
:
Monsieur le Président, je ne savais pas que le député de Leeds—Grenville—Thousand Islands—Rideau Lakes prendrait la parole au sujet de cette question de privilège, mais il soulève un point très important.
Je vous dirais, monsieur le Président, que le problème que le député signale à la Chambre existe depuis longtemps. Il n'est pas apparu sous le mandat du commissaire actuel, mais remonte plutôt à celui de son prédécesseur, Mario Dion, qui a enfreint le code, et ce, à plusieurs reprises.
Avant de plonger dans le vif du sujet, je tiens à préciser que je connais bien un certain nombre des éléments mentionnés par le député au sujet de l'historique du code. J'ai siégé pendant 15 ans au comité de la procédure et des affaires de la Chambre, ce qui constitue un record à ce que je sache. Je ne pense pas qu'un autre député parmi nous ait déjà aussi longtemps à ce comité ou à un autre.
Je faisais partie du comité lorsque nous avons adopté le Code régissant les conflits d'intérêts des députés ainsi que diverses modifications subséquentes. J'ai présidé un sous-comité chargé d'examiner la question des cadeaux et les dispositions du code s'y rapportant. J'ai également participé à la rédaction du rapport dans lequel nous avons conclu que le commissaire Shapiro s'était bel et bien rendu coupable d'outrage au Parlement. Les activités d'enquête non autorisées qu'il a menées ont eu des répercussions très graves, notamment des conséquences dévastatrices pour des gens qui n'étaient pas députés. Monsieur le Président, vous pouvez lire le rapport pour en savoir plus à ce sujet.
Quand je dis qu'il s'agit d'une tendance qui remonte au commissaire Dion, je fais référence à l'utilisation de formulaires non autorisés, y compris d'autres formulaires que la Chambre n'a jamais vus. Je vais donner un exemple. Je ne sais pas combien il existe de formulaires, mais l'un des formulaires établis par le commissaire Dion est un accord de non-divulgation.
Lorsque le commissaire Dion menait une enquête sur un député, son bureau lui remettait un formulaire de non-divulgation qu'il lui demandait de signer, car nous sommes tous tenus de collaborer aux enquêtes aux termes du paragraphe 27(8) du code, qui prévoit ceci: « Les députés sont tenus de collaborer avec le commissaire dans toute enquête. » Si le commissaire commençait à enquêter sur quelqu'un, cette personne était tenue de coopérer.
Selon le commissaire, cette coopération consistait en partie à signer un formulaire, une entente de non-divulgation, concernant la manière dont il menait son enquête. Cela faisait en sorte que, s'il abusait de son pouvoir d'enquête, la personne concernée n'avait aucun recours et ne pouvait pas dénoncer ses agissements.
Je pense que c'est un abus absolument scandaleux. Cela fait partie d'une tendance de la justice administrative au Canada, où toutes les garanties normales qui existent en droit pénal ou civil sont supprimées quand il s'agit d'une question administrative. C'est un problème fondamental que nous constatons non seulement avec la commissaire actuelle ou son prédécesseur, mais aussi avec les commissaires à l'intégrité, par exemple, qui ont la haute main sur les municipalités de l'Ontario, où les abus sont généralisés, au point que les commissaires à l'intégrité ont, franchement, moins d'intégrité que les personnes sur lesquelles ils enquêtent.
Le formulaire de non-divulgation sert alors à faire taire le député, qui n'a pas le droit de dire comment l'enquête a été menée ou de soutenir que le commissaire est allé trop loin.
Je n'ai jamais fait l'objet d'une enquête de la part du commissaire, mais j'ai eu l'expérience, encore une fois, d'un outrage au Parlement que le commissaire a commis en m'envoyant une lettre en 2020, au plus fort de la pandémie. Je ne me souviens pas de la date exacte à laquelle j'ai reçu la lettre, mais je crois que c'était en septembre 2020. La lettre disait en substance: « Un membre du public a pris contact avec moi et m'a dit que vous aviez peut-être utilisé votre bureau au profit d'un membre de votre famille. Vous avez peu de temps pour me convaincre du contraire. Si vous ne me convainquez pas, je lancerai une enquête. »
Les éléments de preuve qu'il a alors invoqués pour justifier ses démarches comprenaient un certain nombre de documents que j'avais rédigés, dont un courriel que j'avais envoyé aux membres du conseil municipal d'un canton rural où mon épouse était impliquée dans un différend en matière de zonage. J'avais envoyé un courriel aux membres du conseil pour leur demander de se comporter d'une certaine manière en ce qui concerne le zonage.
Le courriel s'adressait à un nombre limité de personnes. Seuls ces personnes, notre avocat, mon épouse et moi l'avions vu, alors je savais que le commissaire l'avait obtenu de la partie opposante d'un litige en instance et qu'il a décidé d'intervenir en se fondant sur une dénonciation anonyme provenant de l'une des parties dans ce litige privé. À ce jour, j'ignore toujours qui était le dénonciateur anonyme, mais, comme je l'ai fait remarquer au commissaire, c'était manifestement une personne parmi un groupe limité de gens: les membres du conseil, leurs principaux adjoints ou leur avocat. Je pourrais les nommer. L'une de ces personnes était un ancien membre du personnel de la députée de , qui avait entrepris des démarches semblables contre la députée alors qu'il travaillait pour elle. Je soupçonne que c'est cet homme, Rob Rainer, qui a porté plainte contre moi, mais je n'en ai pas la certitude.
Lancer une enquête de sa propre initiative ou en se fondant sur une dénonciation anonyme n'est pas permis par le Règlement, conformément au Code régissant les conflits d'intérêts des députés. Voici les critères sur lesquels le commissaire peut s'appuyer pour lancer une enquête. Le paragraphe 27(1) dit ceci:
Le député qui a des motifs raisonnables de croire qu'un autre député n'a pas respecté ses obligations aux termes du présent code peut demander au commissaire de faire une enquête.
Par ailleurs, le paragraphe 27(3) dit ceci:
La Chambre peut, par résolution, ordonner au commissaire de faire une enquête pour déterminer si un député s'est conformé à ses obligations aux termes du présent code.
Il n'y a pas d'autre mécanisme en place pour déclencher des enquêtes. Les dénonciations anonymes ne figurent pas dans la liste des motifs justifiant une telle mesure.
J'aurais pu signaler cela au commissaire, mais il était sur le point d'ouvrir une enquête qui, selon moi, aurait pu détruire ma carrière. Je n'étais donc pas en mesure de contester sur des points techniques. Nous avons rassemblé toutes les preuves nécessaires, notamment en épluchant nos dossiers financiers et de nombreux documents juridiques, et il a finalement conclu que ma femme n'avait aucun intérêt financier dans cette affaire et que je n'étais donc pas coupable d'exercice abusif de mes fonctions. Pour être clair, en passant, l'exercice abusif de mes fonctions consistait à avoir envoyé un courriel à partir de l'adresse électronique scottreidmp@gmail.com. Le commissaire a conclu que cela laissait entendre que j'étais un député, ce qui constituait un exercice abusif de mes fonctions. Selon lui, ce sous-entendu et l'autorité du Parlement représentaient un abus.
Il est ridicule de soutenir que le simple fait pour un député de mentionner le poste qu'il occupe constitue un exercice abusif de ses fonctions. Pourtant, c'est ce que le commissaire avait déjà fait dans le cadre d'une enquête sur la députée d'. Il l'avait déclarée coupable d'avoir reconnu qu'elle était députée alors qu'elle faisait campagne pour son mari, qui sollicitait un poste de conseiller municipal à Ottawa. Il était absurde d'interpréter le Code de cette manière, de prétendre que faire savoir aux gens qu'elle était députée pendant que son mari se portait candidat à une charge publique constituait une violation du Code. Le fait que son mari occuperait un emploi moins bien rémunéré en tant que conseiller municipal d'Ottawa, ce qui montrait qu'il n'agissait pas par intérêt financier, ne préoccupait aucunement le commissaire, qui cherchait simplement un moyen de reconnaître la députée coupable de quelque chose pour se justifier et justifier son salaire.
Il s'agissait là d'un comportement scandaleux qu'il a répété lorsqu'il s'en est pris au député d'. Les députés peuvent consulter son rapport et lire mon opinion à ce sujet sur mon site Web. C'était une attaque vindicative contre le député d' simplement parce qu'il n'aimait pas son comportement. Ce genre de comportement vindicatif et mesquin de la part d'un mandataire du Parlement, qui profite de l'absence de protections procédurales pour les députés pour abuser de son pouvoir, est scandaleux, et il faut y mettre fin.
Si un député demande au commissaire d'enquêter sur un autre député, il peut arriver que le commissaire se penche sur la question et dise finalement que c'était frivole et que le nom du député a été traîné dans la boue sans raison. Quand je siégeais au comité de la procédure et des affaires de la Chambre, nous avons modifié le code pour dire que, lorsqu'une enquête est entreprise, le commissaire et le député qui a porté l'accusation doivent garder le silence afin de ne pas nuire à une personne en lançant une enquête juste avant les élections, par exemple. Cette disposition a été ajoutée au paragraphe 27(6) du code:
S'il est d'avis qu'une demande d'enquête était frivole ou vexatoire ou n'a pas été présentée de bonne foi, le commissaire le précise lorsqu'il rejette la demande dans un rapport fait conformément au paragraphe 28(6) et il peut de plus recommander que des mesures soient prises à l'égard du député qui a fait la demande.
D'ailleurs, c'est ce qui s'est passé lorsque Charlie Angus a lancé des accusations sans fondement contre un autre député.
Si un député le fait, c'est très bien, mais ce n'est pas exactement ce qui s'est passé, car c'est une personne anonyme qui m'a dénoncé à un commissaire, et ce dernier a continué de protéger son identité même lorsqu'on a découvert que toute l'affaire était sans fondement. Je m'excuse de révéler la teneur d'une conversation confidentielle, mais lorsque j'ai parlé avec la députée d', je lui ai dit combien cela me coûtait en frais juridiques pour me défendre contre ces accusations. J'ai dit que j'étais très chanceux d'être en excellente situation financière. J'avais les moyens de payer les 40 000 $ en frais juridiques pour assurer ma défense. Elle a dit qu'elle avait dû payer beaucoup d'argent également.
Le commissaire reçoit un salaire pour faire ce travail. La députée et moi, — ainsi que le député d', je suppose — avons dû payer de notre poche pour cela. Si le député n'est pas indépendant de fortune, ce genre d'enquête peut le ruiner, même si elle est complètement vexatoire.
C'est une situation scandaleuse qui touche l'ensemble du système de justice administrative du Canada, tant au fédéral qu'au provincial. Ce fléau touche aussi la Chambre, et il est temps d'y mettre fin.