:
Monsieur le Président, je prends la parole au sujet du projet de loi , Loi d'exécution de la mise à jour économique du printemps 2026. En tant que parlementaires, notre responsabilité est d'examiner non seulement ce que le gouvernement a choisi d'inclure dans une mise à jour économique, mais aussi ce qu'il a choisi de ne pas y inclure.
Le projet de loi mettrait en œuvre certaines mesures annoncées dans la mise à jour économique du printemps, mais les budgets et les mises à jour économiques ne sont pas des exercices techniques menés par le seul ou par son cercle restreint de conseillers. Ce sont des énoncés de priorités pour tous les Canadiens. Ce que nos concitoyens espèrent et attendent de nous, c'est que nous vérifiions les angles morts et que nous examinions la situation dans son ensemble. Ce que nous demandons au premier ministre aujourd'hui, c'est de revoir son approche pour ce qui est des choses auxquelles le gouvernement accorde de l'importance, de ce dans quoi il est prêt à investir et des personnes dans le besoin qu'il est prêt à faire attendre.
La question qui se pose à nous ne se résume pas à savoir si les mesures contenues dans le projet de loi doivent être adoptées. La question est de savoir si ce projet de loi tient compte de la réalité quotidienne des Canadiens. C'est là que réside mon inquiétude. Le projet de loi n'est pas à la hauteur des difficultés que vivent les Canadiens au quotidien. Il ne correspond pas à l'image d'un progressiste qui a été véhiculée pendant la campagne électorale ni à ce que nous avons pu lire à son sujet. Les paroles et les actes ne concordent pas, et c'est là que réside le problème. Dans ma circonscription, Vancouver‑Est, ainsi que dans les collectivités de tout le pays, le fossé entre l'action des pouvoirs publics et la réalité vécue ne cesse de se creuser, et les inquiétudes concernant la tendance centralisatrice du gouvernement se font sentir partout au pays.
À Vancouver‑Est, les citoyens sont aux prises avec la précarité du logement, l'insécurité alimentaire, des lacunes dans la couverture des soins de santé, l'incertitude entourant les initiatives de logement destinées aux Autochtones, des retards dans les programmes d'indemnisation et la pression croissante du coût élevé de la vie qui touche tous les services essentiels. Les citoyens s'inquiètent également de plus en plus de voir les priorités fédérales s'orienter vers une augmentation des dépenses militaires, alors que les programmes sociaux sont sous-financés ou retardés. Dans tous ces domaines, une tendance se dessine de manière indéniable: des annonces sans suite, des engagements sans échéancier, des programmes sans certitude qui finissent par disparaître, et une prise de décision de plus en plus centralisée à Ottawa, loin des communautés concernées.
Les collectivités savent ce dont elles ont besoin. Les municipalités savent ce dont elles ont besoin. Les fournisseurs de logements autochtones savent ce dont ils ont besoin. Les organismes de première ligne savent ce dont ils ont besoin. Pourtant, le gouvernement continue de prendre toutes les décisions de financement à Ottawa, et les gens sur le terrain doivent composer avec des retards, de l'incertitude et des règles d'admissibilité qui changent constamment. Ce n'est pas une question de complexité administrative. C'est un échec dans la mise en œuvre des programmes, et les Canadiens subissent les conséquences de cette triste réalité.
Je commencerai par le dossier de l'éducation chez les Premières Nations. En Colombie‑Britannique, le financement de l'éducation chez les Premières Nations repose sur un accord tripartite conclu entre les dirigeants des Premières Nations, le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral. Au cœur de cet accord figure le Comité de coordination de l'éducation des Premières Nations. Il ne s'agit pas d'une structure symbolique. C'est le pilier central du financement de l'éducation des Premières Nations en Colombie‑Britannique. Il détermine les effectifs, les programmes scolaires et les infrastructures. Il permet aux enfants des Premières Nations d'avoir un accès stable à l'éducation. En effet, c'est le pilier de la continuité de l'apprentissage pour les élèves des Premières Nations dans cette province.
Le gouvernement avait assuré à ses partenaires des Premières Nations que la mise à jour économique du printemps pour 2026 inclurait un renouvellement à long terme de l'accord; or, il les a finalement informés qu'il n'accorderait qu'une prolongation d'un an. Cela ne permet pas d'avoir de la stabilité. Au contraire, c'est une source d'incertitude. Dans le domaine de l'éducation, l'incertitude n'est pas qu'une notion abstraite: elle a des répercussions sur les effectifs, la planification et les résultats scolaires des enfants. Le Comité de coordination de l'éducation des Premières Nations et les dirigeants des Premières Nations ont été clairs: ce qu'il faut, c'est un renouvellement de l'accord pour 10 ans afin d'offrir de la prévisibilité, d'assurer une continuité et de permettre une planification budgétaire adéquate. Ce ne sont pas des prolongations à court terme qui nous permettront d'atteindre la réconciliation, mais bien des engagements durables que les gouvernements respectent. À l'heure actuelle, la certitude nécessaire fait défaut.
Le même scénario s'est reproduit avec le soutien aux survivants des pensionnats. Un grand nombre de dirigeants autochtones, de survivants autochtones et de défenseurs des peuples autochtones ont demandé à maintes reprises un financement stable pour l'Indian Residential School Survivors Society. Cela fait des décennies que les survivants portent le traumatisme infligé par le système canadien des pensionnats autochtones. Ils portent en eux une douleur, un sentiment de vide et des traumatismes intergénérationnels causés par des politiques conçues pour éradiquer les identités, les cultures et les communautés autochtones. Aujourd'hui, beaucoup d'Autochtones dépendent encore de l'Indian Residential School Survivors Society pour obtenir des services de counseling, de soutien en cas de crise et de guérison culturellement appropriés.
En fait, depuis maintenant 30 ans, l'Indian Residential School Survivors Society fournit de l'aide aux Autochtones qui ont subi des préjudices en raison des systèmes coloniaux du Canada, de la rafle des années 1960, de la crise qui sévit toujours quant aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées, et j'en passe. Pourtant, malgré des engagements répétés en matière de réconciliation, malgré l'assurance de Services aux Autochtones Canada qu'on confirmerait à l'organisme son financement de deux ans avant la mi-mai, jusqu'à présent, rien n'a été fait. Le financement prendra fin le 1er juillet. Ce retard aura de graves répercussions opérationnelles sur les personnes qui en ont besoin. L'organisme cherche encore à obtenir des garanties concernant son financement de base à long terme.
La réconciliation ne peut pas reposer sur des années d'incertitude. Ce n'est pas un slogan, ni un communiqué de presse, ni une déclaration commémorative. La réconciliation requiert que l'on passe à l'action. Il faut des ressources, et que le gouvernement veille à ce que les organismes au service des survivants aient les conditions stables nécessaires pour poursuivre leur travail. Si le gouvernement peut trouver une marge de manœuvre budgétaire pour accorder des subventions aux grandes pétrolières, il est capable de trouver les ressources nécessaires pour offrir un soutien stable aux personnes qui viennent en aide aux survivants des pensionnats.
Passons au logement. La stratégie de logement « pour les Autochtones et par les Autochtones » en milieux urbain, rural et nordique est un engagement pris par les libéraux lors de la dernière législature. C'était une priorité pour le NPD dans le cadre de l'entente de soutien et de confiance. Je me suis battue pour ce gain. Nous avons mené cette lutte et nous avons obtenu un financement provisoire de 300 millions de dollars ainsi qu'un financement à long terme de 4 milliards de dollars sur sept ans pour le programme de logement autochtone en milieux urbain, rural et nordique, selon l'approche « pour les Autochtones et par les Autochtones ». En ce qui concerne le financement fondé sur les distinctions, nous avons aussi obtenu un montant de 4 milliards de dollars sur sept ans. Pourtant, les fonds destinés au volet à long terme n'ont toujours pas été débloqués.
Les fournisseurs de logements pour les Autochtones sont toujours dans l'incertitude en ce qui a trait à la gouvernance, aux délais et à la mise en œuvre. Même si les annonces fédérales font référence à un financement, il n'existe toujours aucune garantie claire que la mise en œuvre restera, dans la pratique, sous la direction des Autochtones, et il n'existe pas non plus de calendrier précis pour son déploiement. Pendant qu'on élabore des cadres de travail à Ottawa, les communautés autochtones continuent d'enregistrer le taux d'itinérance le plus élevé au Canada. À Vancouver seulement, les Autochtones représentent une part disproportionnée des personnes en situation d'itinérance, alors qu'ils ne constituent qu'un pourcentage bien plus faible de la population. Cette situation est la conséquence prévisible de décennies de sous-investissement et de retards dans la mise en œuvre des politiques.
Les fournisseurs de logements sont prêts à bâtir. Les centres d'amitié sont prêts à bâtir. Les organisations dirigées par des Autochtones sont prêtes à bâtir. Le problème ne réside pas dans les capacités. Le problème, c'est la mise en œuvre. On ne peut pas vivre dans des promesses de logements abordables. On ne peut pas dormir dans des cadres de travail. On ne peut pas élever des enfants dans des consultations.
Les gens que je représente craignent également de plus en plus de perdre l'aide au loyer accordée aux membres des coopératives d'habitation. Ces coopératives fonctionnent. Elles apportent de la stabilité et de l'abordabilité. Elles offrent des logements communautaires qui ont fait leurs preuves depuis des décennies.
Le financement de la phase 2 de l'Initiative fédérale de logement communautaire finira par arriver à échéance. Or, cette aide financière est essentielle pour les membres des coopératives d'habitation dont les revenus familiaux les obligeraient à payer un loyer proportionné au revenu supérieur au plafond actuel de 25 %. Si ce programme n'est pas renouvelé, plus de 14 400 familles aux quatre coins du pays perdront leur logement. Les coopératives Rising Star et China Creek, par exemple, qui se trouvent dans ma circonscription, seront durement touchées si l'aide au loyer n'est pas renouvelée. Si on ne remplace pas ou si on ne prolonge pas l'Intiative fédérale de logement communautaire, l'expiration du financement de la phase 2 risque de réduire à néant des décennies d'investissements dans ce modèle et de déloger des membres bien établis de la communauté, notamment des familles ayant de jeunes enfants et des aînés qui en dépendent. L'accès à l'aide au loyer est indispensable pour permettre aux coopératives d'être une solution de logement véritablement abordable. L'Initiative fédérale de logement communautaire ne peut pas, et ne doit pas, prendre fin.
Outre le logement, des habitants de Vancouver‑Est continuent d'exprimer de sérieuses préoccupations au sujet du Régime canadien de soins dentaires. J'ai écrit à la au sujet de demandes qui concernent des interventions médicalement nécessaires, y compris des couronnes, qui sont rejetées au moyen d'un message standard dans lequel on n'explique pas vraiment quels critères ne sont pas respectés. Résultat: les patients ne savent pas vraiment ce qui se passe, les fournisseurs n'ont pas vraiment de marche à suivre, et on ne peut pas faire appel des décisions.
Plus troublant encore, après avoir été acceptés comme participants au Régime canadien de soins dentaires et avoir reçu des soins de bonne foi, certains de mes concitoyens se font maintenant dire qu'ils n'y sont pas admissibles, après tout. Dans certains cas, on leur demande même de rembourser des prestations qu'ils ont déjà reçues. Il s'agit souvent d'aînés qui ont choisi, il y a des années, de ne pas souscrire une assurance dentaire privée parce que les primes étaient trop élevées pour une personne à revenu fixe. Quand ils ont présenté leur demande pour participer au régime, ils répondaient aux critères d'admissibilité et leur demande a été approuvée. Ils ont agi de bonne foi. Ils ont pris des décisions financières irréversibles en se fondant sur l'approbation du gouvernement. La réévaluation rétroactive de leur admissibilité à un programme sur lequel ils comptaient mine la confiance dans les programmes publics. Un système ne peut pas fonctionner si l'admissibilité est incertaine au départ et réversible après coup. Ce n'est ni équitable, ni source de stabilité.
L'abordabilité des soins de santé est une autre omission flagrante dans ce projet de loi. De nombreux Canadiens s'étaient réjouis de la promesse d'instaurer un régime universel d'assurance‑médicaments, mais mes concitoyens me disent de plus en plus qu'ils craignent que ces promesses soient discrètement abandonnées. Ils voient que le abandonne les provinces et les territoires qui n'ont pas signé l'entente sur l'assurance-médicaments avant les dernières élections. Les gens se fichent des discours prémâchés. Ils se demandent s'ils auront les moyens de payer leurs médicaments. Ils se demandent s'ils doivent choisir entre leurs médicaments sur ordonnance et l'épicerie. Ils se demandent si le régime d'assurance-médicaments deviendra vraiment universel. Le premier ministre a envoyé un message clair: l'instauration d'un régime universel d'assurance‑médicaments n'est pas une priorité pour lui, puisque la mise à jour économique du printemps ne prévoyait aucune ressource supplémentaire pour cette initiative clé.
En ce qui concerne l'abordabilité, les Canadiens sont de plus en plus préoccupés par la tarification personnalisée. Il s'agit de l'utilisation de données personnelles, de méthodes de suivi du comportement et de systèmes d'algorithmes pour facturer des prix différents à différentes personnes pour des biens et des services identiques. Concrètement, deux Canadiens peuvent se trouver sur le même marché numérique et voir des prix différents selon ce qu’une entreprise estime qu’ils sont prêts à payer. Même lorsque des mesures législatives comme le projet de loi évoquent les risques liés à la tarification algorithmique, elles n'interdisent pas réellement la tarification personnalisée. Celle-ci n'y est même pas mentionnée. Rien n'est fait pour l'empêcher. Les Canadiens demeurent donc exposés à des systèmes de tarification opaques qu'ils ne peuvent ni appréhender ni contester.
Le premier ministre Wab Kinew a pris des mesures décisives au Manitoba pour y mettre fin. Quant à eux, le et le gouvernement ont refusé de prendre position. De quel côté est le premier ministre? Contrairement aux libéraux, qui seront toujours du côté des grandes sociétés, le NPD, lui, sera toujours du côté des gens. Voilà pourquoi je présenterai cet automne un projet de loi d'initiative parlementaire visant à interdire carrément la tarification personnalisée.
La sécurité alimentaire est aussi en jeu. Les changements proposés à la réglementation des pesticides ont suscité des inquiétudes auprès d'organismes environnementaux et de santé publique, notamment Ecojustice, qui prévient que les réformes risquent d'affaiblir la surveillance scientifique et la transparence. Les Canadiens s'attendent à ce que la salubrité des aliments repose sur des données scientifiques indépendantes. Ils s'attendent à ce qu'on prenne des précautions lorsque la santé des gens est en jeu. Ils s'attendent à ce que le processus décisionnel en matière de réglementation soit transparent. Toute approche moins rigoureuse mine la confiance du public.
Mes concitoyens ont également soulevé des préoccupations concernant l'intention du de privatiser les ports et les aéroports. Même Stephen Harper n'oserait pas toucher à ces actifs essentiels. Il s'agit d'infrastructures nationales stratégiques qui sont essentielles aux chaînes d'approvisionnement, au commerce et à la résilience économique. La Commission australienne de la concurrence et de la consommation a soulevé à maintes reprises des préoccupations au sujet des pratiques monopolistiques d'établissement des prix, soulignant que les frais d'utilisation, les frais de transport des passagers et les frais de stationnement avaient monté en flèche. Après la privatisation, les compagnies aériennes ont refilé la hausse des redevances d’atterrissage directement aux passagers en augmentant le prix des billets. L'association industrielle Shipping Australia a fait remarquer que les exploitants portuaires privés privilégiaient la maximisation des gains des actionnaires, en imposant de fortes hausses de loyer aux locataires des terminaux, ce qui se répercutait sur les tarifs de fret et les prix des biens de consommation courants. Si le Canada s'engage dans cette voie, c'est ce à quoi il doit s'attendre.
Ce mode d'action néolibéral semble tout droit sorti d'une autre époque. Une tendance générale se dessine. Le centralise de plus en plus la prise de décisions à Ottawa. Nous constatons des retards dans la prestation des programmes sociaux et une augmentation des dépenses militaires, parallèlement à une réduction des investissements sociaux. Les budgets reposent sur des choix, et les choix sont une question de priorités. Les Canadiens se demandent ce qu'implique l'augmentation des dépenses militaires pour le logement, l'assurance médicaments, les soins dentaires, le logement destiné aux Autochtones, le transport en commun et le soutien aux personnes handicapées. Il ne s'agit pas là de questions budgétaires abstraites, mais de coûts de renonciation qui ont une incidence concrète. Les Canadiens méritent que le gouvernement fasse preuve de transparence à ce sujet.
Dans Vancouver‑Est, les conséquences sont très réelles et bien visibles. Des aînés dépendent des banques alimentaires. Des familles sautent des repas. Des gens reportent des soins médicaux. Le logement est de plus en plus inabordable. Le pouvoir d'achat est compromis, non seulement à cause des prix, mais aussi à cause des systèmes, qui manquent de transparence et de réactivité. Un de mes concitoyens m'a dit avoir perdu du poids parce qu'il n'a plus les moyens de se nourrir. Un autre, âgé de 77 ans, m'a dit dépendre d'une banque alimentaire pour la première fois de sa vie. Il ne s'agit pas de cas isolés. Le phénomène devient systémique. Comme me l'a fait remarquer un concitoyen au sujet du transport en commun, nous avons davantage besoin d'infrastructures vertes que d'un autre pipeline.
Chaque décision budgétaire implique des compromis, et les Canadiens méritent que le gouvernement soit transparent à propos de ces compromis. L'île de Vancouver ainsi que les régions de l'Okanagan, de Chilcotin et de South Thompson font face à une grande sécheresse. Les changements climatiques sont bien réels. Au lieu de prévoir des investissements dans le transport en commun, la mise à jour économique du printemps annonce une compression de 5 milliards de dollars. En plus, le signe une entente sur la construction d'un autre pipeline avec l'Alberta. Les Canadiens méritent de savoir pourquoi le premier ministre privilégie les pipelines au détriment de l'expansion du transport en commun, surtout en Colombie-Britannique qui est exposée au risque d'incendie le plus grand et le plus persistant du pays.
Dans la même veine, les Canadiens méritent de savoir pourquoi on trouve des milliards de dollars pour l'expansion militaire alors qu'on demande encore aux collectivités de patienter pour des investissements sociaux dont elles ont désespérément besoin. Si le gouvernement estime que les dépenses militaires doivent augmenter, il devrait expliquer pourquoi il ne ressent pas la même urgence à l'égard de l'itinérance, de la pauvreté, du logement et des soins de santé. Les dépenses militaires augmentent sans qu'il y ait eu de débat public rigoureux pendant et après la dernière élection. Le nous a mis devant le fait accompli.
Beaucoup de gens ont fait part de leurs préoccupations concernant le matériel et les composantes militaires exportés aux États‑Unis, qui pourraient ensuite être transférés ailleurs sans faire l'objet d'un contrôle aussi rigoureux que celui qui s'applique aux exportations faites directement depuis le Canada. Ces préoccupations ont été abordées dans des propositions telles que mon projet de loi d'initiative parlementaire, le projet de loi , aussi appelé la « loi visant à éliminer les échappatoires », qui a été rejeté par le gouvernement. Les Canadiens veulent des évaluations du risque rigoureuses. Ils veulent de la transparence. Ils veulent que l'on rende des comptes. Ils veulent l'assurance que le matériel militaire fabriqué au Canada ne sera pas utilisé pour commettre des violations des droits de la personne ou du droit humanitaire international. Les politiques économiques et commerciales ne peuvent être dissociées des obligations relatives aux droits de la personne.
Beaucoup de gens m'ont également écrit au sujet de la crise humanitaire qui touche la communauté cubaine. Ils ont appelé le Canada à accroître son aide humanitaire, à faciliter l'accès à la nourriture, aux médicaments et au carburant, et à mener une diplomatie constructive. Ils ont exhorté le Canada à collaborer avec ses partenaires de la communauté internationale pour s'assurer que l'aide parvienne à ceux qui en ont besoin, et à maintenir une politique étrangère indépendante fondée sur le dialogue, la coopération et le respect de l'autodétermination. Les Canadiens comprennent le rôle que joue le Canada sur la scène internationale et ils sont fiers de son engagement de longue date sur le plan de la paix, de l'aide humanitaire et de la solidarité internationale. Ce n'est pas le moment de tourner le dos à ce qui a toujours fait la fierté des Canadiens.
En conclusion, monsieur le Président, le projet de loi révèle des tendances claires. La réponse aux problèmes de logement tarde à venir. La situation du logement pour les Autochtones reste précaire. Les programmes de soins de santé manquent de transparence. Les conditions d'admissibilité au régime de soins dentaires sont incertaines. Les survivants attendent. Les Canadiens handicapés attendent. Les familles attendent. L'attente est devenue la politique par défaut, mais les Canadiens ne peuvent pas attendre indéfiniment. La crise les frappe déjà. Il est temps d'agir pour la population, et non pour les entreprises.
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Monsieur le Président, c'est un grand honneur et non un plaisir de prendre la parole aujourd'hui au sujet du projet de loi . On dit que ce projet de loi est absolument nécessaire pour mettre en œuvre la mise à jour économique du printemps.
[Traduction]
Avant d'aller plus loin dans la discussion sur le projet de loi , comme c'est ma dernière occasion de prendre la parole pendant cette session parlementaire avant septembre, je tiens à souligner une fois de plus une chose que nous reconnaissons tous, je pense, soit que nous avons l'honneur de nous trouver sur les terres du peuple algonquin anishinabe. Nous leur disons un énorme merci, un immense meegwetch, pour leur patience et leur tolérance à notre égard.
Je n'ai pas souvent l'occasion d'offrir mes remerciements aux personnes que je dois le plus remercier. Notre parti est le seul à la Chambre qui ne reçoit pas un sou du budget parlementaire, car il n'est ni reconnu ni favorisé. Je suis heureuse que mes collègues du NPD aient reçu des fonds pour compenser ce qu'ils ont perdu lorsqu'ils ont cessé d'être un parti reconnu. J'ai moins d'argent, mais je suis ici, et je ne suis pas seule. Nous présentons plus d'amendements à un plus grand nombre de projets de loi que les grands partis, non pas parce que nous voulons nous mêler de tout, mais parce que nous voulons faire notre travail.
Je tiens tout particulièrement à prendre un instant pour remercier ma cheffe d'équipe, Debra Eindiguer, et mon directeur des affaires législatives, Steven Parkinson. Ils travaillent plus fort que toute autre équipe et ils sont non partisans. Je ne me suis jamais donné la peine de demander aux membres de mon équipe s'ils étaient membres du Parti vert ou non, car notre travail consiste à travailler pour les gens qui nous ont élus et pour les Canadiens.
Dans le même ordre d'idées, je suis très reconnaissante envers tous les membres de mon équipe qui sont ici, à Ottawa, y compris Michelle et Anna, et bien sûr, à mon bureau de circonscription de Saanich—Gulf Islands. Ils travaillent tous très fort, et c'est grâce à leur travail que je suis ici aujourd'hui pour parler du projet de loi omnibus d'exécution du budget, le projet de loi .
J'ai deux objections au projet de loi. Il y a deux grandes catégories de raisons pour lesquelles je trouve que ce processus est une insulte à la démocratie et que le projet de loi est offensant. La première, c'est qu'il s'agit d'un projet de loi omnibus d'exécution du budget, et je dirais même qu'il est à tort présenté comme tel. La seconde, c'est que son adoption a été forcée, au point qu'il n'a pas été dûment étudié.
Qu'est-ce qu'un projet de loi omnibus? Le mot « omnibus » vient du latin. Le préfixe « omni » signifie qu'il y a beaucoup de choses. Un projet de loi omnibus, c'est un tas de choses réunies. Il y a du bon, du mauvais et de l'exécrable. Tout cela se trouve dans un seul projet de loi. Ça complique les choses pour les députés parce que, inévitablement et invariablement, comme c'est le cas pour moi en ce moment avec le projet de loi , il y a des choses que j'aime. Je vais les qualifier de bonnes et je vais en parler.
Ensuite, il y a le mauvais, puis l'exécrable. Ce qui est vraiment déplorable avec ce genre de procédure, c'est que le projet de loi ne soit pas scindé en plusieurs parties pouvant être examinées par les comités compétents. En effet, nous n'avons pas de comité chargé d'examiner les idées mauvaises ou exécrables. Comme parlementaire, je crois que si on veut apporter des modifications aux normes environnementales ou sanitaires du pays, les projets de loi en question devraient être confiés aux comités qui ont une expertise en matière de santé environnementale.
Ce n'est pas le cas dans cette affaire. On a soumis tous les éléments du projet de loi au comité des finances, qu'il s'agisse de la privatisation des aéroports, du recrutement de travailleurs qualifiés, de la suspension de la taxe d'accise ou encore de la réduction considérable des protections contre les pesticides dangereux, et ce comité n'a eu que très peu de temps pour les examiner.
Comment le projet de loi a-t-il été renvoyé au comité? À la suite de la première lecture, qui a eu lieu le 29 avril, donc le lendemain du dépôt de l'énoncé économique du printemps, il n'y a eu que trois heures de débat à la Chambre avant que le gouvernement ne présente une motion d'attribution de temps le 25 mai. Je n'ai pas eu la chance de prononcer un discours à l'étape de la deuxième lecture, puis le projet de loi a été adopté avec dissidence. Aucun vote par appel nominal n'a eu lieu.
Le projet de loi a alors été renvoyé à un comité. De quel comité s'agissait-il? Il a été renvoyé au comité des finances. Je n'ai rien contre le comité des finances. J'y ai consacré beaucoup de temps au cours des dernières semaines dans l'espoir de pouvoir parler de mes amendements. Cela dit, il était tout à fait inacceptable, à la base, de renvoyer ce dossier à un comité qui n'a pas l'expertise nécessaire et qui, parce qu'il procédait à la vitesse grand V, n'a pas eu le temps d'entendre un seul témoin dans des domaines cruciaux où les connaissances, l'expérience et l'expertise indépendante en sciences auraient pu être mises à contribution.
Je me permets de revenir sur le bon, le mauvais et l'exécrable du projet de loi et de le décortiquer. Pour ce qui est du bon, j'ai été très heureuse de voir, dans l'énoncé économique du printemps, un financement destiné à la protection des espèces en voie de disparition, en particulier l'épaulard résident du Sud. J'ai toutefois vite déchanté en prenant connaissance d'un document de travail, daté du 8 mai, qui laissait entendre que les dispositions de la Loi sur les espèces en péril seraient abrogées pour permettre l'extinction de certaines espèces. L'épaulard résident du Sud est particulièrement menacé parce qu'il se trouve sur le passage d'un nombre croissant de pétroliers, de pipelines et d'autres infrastructures du genre. Quoi qu'il en soit, je suis heureuse que les baleines en particulier aient été mentionnées dans l'énoncé économique du printemps.
En ce qui concerne les documents de travail du 8 mai, que je me mentionnerai plus, je suis soulagée que la période de discussion ait été prolongée pour se terminer le 22 juillet au lieu du 7 juin. J'exhorte les Canadiens qui sont préoccupés par les propositions de ces documents à faire part de leur opinion au gouvernement. Espérons que, quand nous reprendrons nos travaux en septembre, aucun projet de loi contenant ces propositions ne sera présenté à la Chambre.
Une autre mesure positive de l'énoncé économique du printemps, qu'on retrouve également dans le projet de loi, est le rétablissement des incitatifs pour les véhicules électriques. Il y a peu de mesures pour lesquelles je dirais: « Oui, je voterais certainement en faveur de cette mesure, et je m'en réjouis. » Cependant, nous n'avons aucun détail dans ce document. L'énoncé économique du printemps évoque simplement des « moyens flexibles pour les constructeurs d'automobiles d'atteindre les objectifs climatiques du Canada ». Nous n'avons encore eu aucun détail à ce sujet, mais nous espérons les obtenir.
Il y a autre chose. Nous sommes certainement favorables à la protection des travailleurs de l'automobile par l'entremise d'une subvention pour le maintien à l'emploi des travailleurs et à tout ce qui peut aider en matière de logement, et c'est ce qui rend la chose si difficile. Nous devons voter contre le projet de loi parce que les mauvaises mesures sont mises dans le même panier et que nous devons voter sur ce seul et unique panier.
Il y a un instant, j'ai dit tout bonnement que, selon moi, il ne s'agit pas d'un projet de loi omnibus légitime. Pour qu'un projet de loi omnibus soit légitime, toutes les mesures qu'il contient doivent avoir un lien fondamental avec le budget. À mon avis, il est plutôt louche que, dans tout l'énoncé économique du printemps, il n'y ait qu'une seule ligne assez banale pour justifier la pire chose que j'aie jamais vue dans un projet de loi omnibus, à savoir la déréglementation des pesticides. Cette ligne se trouve à la page 108 de l'énoncé économique du printemps et elle indique seulement ceci: « Apporter des modifications à la Loi sur l'Agence canadienne d'inspection des aliments et à la Loi sur les produits antiparasitaires pour tenir compte de la sécurité alimentaire et du coût des produits alimentaires. »
En lisant cette phrase le 28 avril dernier, je ne me suis certainement pas dit: « Oh, mon Dieu, “pour tenir compte de la sécurité alimentaire et du coût des produits alimentaires” doit signifier que le gouvernement est sur le point d'instaurer une mesure qui permettra à l'ensemble du Cabinet, pour des raisons politiques, d'annuler une décision du ministre et du ministère responsables après qu'une étude a été menée sur les dangers d'un pesticide. » Cela ne saute pas aux yeux. En fait, c'est caché. Non seulement cela ne saute pas aux yeux, mais c'est caché, comme dans la section 8 du projet de loi .
Ce n'est pas le seul point sur lequel je souhaite m'attarder, même si j'y consacrerai la majeure partie de mon temps de parole, et je suis reconnaissante d'avoir enfin l'occasion de parler de ce projet de loi à la Chambre. En ce qui concerne l'élimination de la taxe d'accise, j'ai déjà posé des questions à ce sujet lors de la période des questions. Je comprends que cette taxe d'accise soit présentée comme un moyen d'alléger la pression et de contribuer à rendre la vie plus abordable pour les Canadiens. Les verts reconnaissent vraiment la crise de l'abordabilité. Nous considérons qu'elle est indissociable de la crise climatique. Le coût des aliments augmente lorsque les récoltes sont compromises par des catastrophes climatiques et des sécheresses extrêmes, aussi bien ici, au Canada, que partout ailleurs dans le monde.
Le Canada traverse une crise de l'abordabilité. Le coût du logement est de plus en plus exorbitant. En ce qui concerne le coût de l'énergie et de l'électricité dans nos foyers, nous pourrions jouir d'une électricité pratiquement gratuite une fois l'infrastructure mise en place. Il est facile d'installer des panneaux solaires, sauf que les services publics provinciaux nous mettent des bâtons dans les roues. Quoi qu'il en soit, la source d'électricité la moins chère, qui permettrait de réduire les coûts pour tout le monde, consisterait à miser sur l'électricité renouvelable. Je pense qu'il y a là un certain potentiel, même s'il y a beaucoup de travail à faire. Un document de travail a été publié sur un réseau de distribution d'électricité est-ouest, mais pour mettre en place un tel réseau, nous devons vraiment abandonner les combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables.
Il y a autre chose que j'aimerais ajouter au sujet de la taxe d'accise. En 2009, l'ancien premier ministre Stephen Harper a transformé la taxe sur l'essence, comme on l'appelait à l'époque, en un fonds permanent destiné aux municipalités pour financer le transport en commun et les infrastructures. La Fédération canadienne des municipalités répète sans cesse que les municipalités ont besoin d'un financement stable et prévisible. L'une des meilleures décisions de Stephen Harper a été de faire de la taxe d'accise sur l'essence une source de financement permanente pour les municipalités afin de soutenir le transport en commun et les infrastructures.
Le projet de loi et la mise à jour économique du printemps mettent fin à tout ça. Les libéraux affirment qu'ils créeront un fonds pour les municipalités pour les aider à améliorer les infrastructures. J'étais à Edmonton dernièrement pour assister à la réunion annuelle de la Fédération canadienne des municipalités. Les municipalités ne savent plus où donner de la tête. On ne leur a rien expliqué. Elles n'ont aucune idée si le nouveau fonds remplacera le financement existant pour le transport en commun et elles ignorent comment effectuer la transition. Pendant qu'elles construisent des logements, et il va sans dire qu'elles ne peuvent pas le faire sans infrastructures sanitaires, les municipalités réclament à grands cris un financement prévisible pour l'approvisionnement en eau et le traitement des eaux usées. J'aurais aimé que ce soit explicitement indiqué dans la mise à jour économique du printemps. Un fonds prévisible mis en place sous Stephen Harper pour les municipalités et destiné au transport en commun et aux infrastructures a été aboli et remplacé par des communiqués de presse.
J'espère vraiment que le gouvernement fera ce qu'il a dit et que les fonds seront là pour les municipalités. J'espère aussi que les libéraux se rendront très vite compte que nous ne trouverons pas de partenaires plus solides ni meilleurs que les administrations locales. Elles sont plus fiables que l'amie du , Danielle Smith. Elles répondent présent, elles ont des projets prêts à démarrer, elles sont prêtes à commencer et elles tiennent leurs promesses. J'étais à Edmonton. Je ne peux pas citer un maire en particulier, et je ne le veux pas non plus, parce que ce ne serait pas correct, mais ils ne sentent vraiment pas qu'on les aime en ce moment. Ils n'ont pas l'impression d'être des partenaires, et ils ne savent pas où trouver du financement pour les infrastructures municipales.
Passons à la section 8 du projet de loi , qui est la partie la plus occultée et la plus déplorable de ce projet de loi omnibus d'exécution du budget. Il s'agit de la diminution des protections prévues dans les règlements associés à la Loi sur les produits antiparasitaires à l'égard de la santé des Canadiens et de l'environnement. Tout ça semble reposer sur une hypothèse non prouvée et non vérifiée. Il n'y a même pas de lien dans le libellé de l'énoncé économique du printemps, du budget lui-même ou du projet de loi C‑30, mais ça repose manifestement, par inférence, sur l'hypothèse qu'une plus grande quantité de pesticides fera baisser le prix des aliments et aidera l'économie. On saute des étapes, là. Si on se fonde sur les données probantes, c'est une double erreur.
C'est faux sur les plans du commerce et des écosystèmes. En ce qui concerne le commerce, nos partenaires et alliés ont des lois plus strictes que les nôtres sur les pesticides. Pour tout dire, historiquement, le Canada a les lois sur les pesticides les moins sévères parmi ses alliés. À titre d'exemple, nous sommes le seul pays au monde, ou du moins, certainement le seul du G20, qui n'a pas interdit l'agent Orange. Nous n'avons pas non plus interdit l'acide trichloro-2,4,5 phénoxyacétique, qui compose la moitié de l'agent Orange. Cette substance est restée légale au Canada jusqu'à ce que l'Agence américaine de protection de l'environnement et Dow Chemical concluent un accord interdisant son exportation en raison du danger qu'elle pose. Le Canada continuait de dire qu'il n'y avait pas de problème, mais les acheteurs canadiens ne pouvaient plus en obtenir parce que Dow Chemical n'était pas autorisée par la loi à exporter ses stocks restants où que ce soit. Une chance, parce que je pense bien que nous aurions gardé ce produit homologué pour toujours.
Nous continuons à utiliser le glyphosate alors que l'Union européenne en limite l'utilisation. Nous continuons également à utiliser des insecticides néonicotinoïdes. Pour le commerce international, cela signifie qu'en France et dans d'autres pays de l'Union européenne, les exportations de produits alimentaires et de céréales du Canada ont été refusées en raison de la présence de résidus de pesticides autorisés au Canada sur les cultures vivrières qui ne le sont pas dans l'Union européenne. Nous devrions viser l'atteinte des normes les plus élevées en vigueur dans le monde, afin qu'aucun pays ne refuse à sa frontière les exportations canadiennes au motif qu'elles contiennent trop de résidus de produits chimiques toxiques. Ce serait, je pense, un bon objectif à atteindre pour garantir aux agriculteurs canadiens de solides relations commerciales et des marchés d'exportation fiables, mais ce n'est pas l'objectif que nous poursuivons.
Bien sûr, la raison pour laquelle le bœuf canadien n'est pas autorisé dans de nombreux pays de l'Union européenne est qu'il y a plusieurs années, le Centre international de recherche sur le cancer, situé à Lyon, en France, a constaté que les hormones injectées dans le bœuf canadien augmentent les risques de cancer chez les humains. Voilà pourquoi nous avons perdu l'accès aux marchés dans ces pays. Nous devrions nous efforcer de garantir la fiabilité et la certification biologique de nos cultures et de nos produits alimentaires afin de pouvoir accéder aux marchés des pays qui appliquent des normes de protection sanitaire plus strictes que les nôtres. Or, au lieu d'oeuvrer en ce sens, nous allons dans la direction opposée.
Je trouve ahurissant que, lorsque nous parlons de sécurité alimentaire, nous ne mentionnions pas les communautés autochtones. La sécurité alimentaire signifie souvent pouvoir accéder à la nourriture issue de la terre. Je prends l'exemple de la Nation des Tsleil‑Waututh, située dans la baie Burrard, à Vancouver, qui mène depuis longtemps un travail considérable pour restaurer la santé de l'écosystème de cette baie. Elle plante des zostères et déploie d'importants efforts dans ce qui était autrefois un espace industriel afin de le rendre suffisamment propre et sain pour y produire des mollusques et des crustacés pouvant être pêchés à des fins de consommation humaine, ce qui est un droit dont jouit la Nation des Tsleil‑Waututh.
Des ministres de la Colombie-Britannique et du Canada nous répètent avec une certaine désinvolture qu'on peut draguer le port de Vancouver. Ils lancent l'idée sans autre considération comme si elle relevait du génie. Ils n'en ont pas encore discuté avec la nation des Tsleil-Waututh. Si on drague le port de Vancouver, on fera remonter à la surface des métaux lourds et des produits chimiques toxiques accumulés là depuis une centaine d'années. Il ne sera plus possible de pêcher des mollusques et des crustacés dans un endroit où des métaux lourds et des produits chimiques toxiques accumulés depuis cent ans remonteront à la surface pour que passent des pétroliers encore plus gros et chargés de bitume, une matière impossible à nettoyer s'il y a un déversement. C'est de la folie. Les Premières Nations n'auront pas de sécurité alimentaire si nous contaminons les territoires dont elles tirent leur nourriture.
Je reviens à la question des écosystèmes. Je pense qu'il est absurde de dire qu'une telle initiative favoriserait la capacité de production alimentaire des agriculteurs, car celle-ci nécessite des pollinisateurs. Si l'Union européenne a réduit l'utilisation des insecticides de la classe des néonicotinoïdes, c'est parce que la population d'insectes pollinisateurs diminue, phénomène lié à l'utilisation de pesticides comme les néonicotinoïdes. Le projet de loi a maintenant fait l'objet d'une étude article par article, et il ne fera plus l'objet d'autres amendements. Il dit que, si l'organisme gouvernemental décide que l'utilisation de ce pesticide particulier est trop dangereuse pour l'environnement — aucun critère précis n'est d'ailleurs défini, et on emploie des termes extrêmement vagues —, le Cabinet peut exercer son pouvoir discrétionnaire pour autoriser l'utilisation d'un pesticide dangereux s'il estime qu'il est nécessaire de le faire pour « protéger la sécurité économique, à l'échelle nationale ou régionale, ou la sécurité alimentaire, à l'échelle nationale ».
Soit. Il n'y a pas de recours possible. C'est tout, et une prolongation de la période d'application de ce produit peut durer jusqu'à neuf ans. Je suis révoltée par cette situation.
Si certains pensent qu'il n'y a jamais eu, au Canada, de moment où quiconque aurait fait passer les intérêts économiques d'une industrie avant la santé et la sécurité humaines, je me permets de citer des propos tenus en 1976 par Roland Boudreau, alors ministre des Ressources naturelles du Nouveau‑Brunswick. Quand on s'est rendu compte que des enfants mouraient du syndrome de Reye au Nouveau‑Brunswick à cause des pulvérisations aériennes effectuées par l'industrie forestière, il a déclaré: « Je n'aime pas voir des gens mourir. C'est vraiment l'une des choses que je voudrais éviter. En même temps, compte tenu de l'état de la forêt, ma décision devra être prise en faveur de la forêt et de l'avenir du Nouveau‑Brunswick. »
Nous ouvrons la porte et faisons marche arrière. Y a-t-il un autre pays au monde qui recule en matière de réglementation des pesticides? Les députés l'ont deviné. Il s'agit de la Maison-Blanche de Donald Trump. Un article publié dans le New York Times le 7 mai indique: « L'administration Trump lève l'interdiction des “bombes au cyanure” sur les terres publiques ». Cette administration a pris cette mesure pour tuer des coyotes. Dans notre pays, même sans le projet de loi , l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire est revenue sur sa décision pour autoriser l'utilisation de strychnine liquide afin d'éliminer les gaufres dans les prairies.
Il faut renforcer la protection de la santé humaine, et non l'affaiblir. Si le gouvernement affirme vouloir bâtir un Canada fort, il doit prendre le temps d'y réfléchir à deux fois. Il est en train d'enterrer le principe de précaution, au risque de mettre la vie des Canadiens en danger. Ce n'est pas une exagération. C'est déjà arrivé par le passé. Le gouvernement et le ouvrent la voie aux politiques les plus rétrogrades que le Canada ait jamais connues en matière de protection de la santé humaine et de l'environnement. Ce n'est même pas bon pour l'économie, mais ils ne prennent pas la peine de réaliser des études. Ils se contentent d'émettre des hypothèses et de publier des communiqués de presse.