La Chambre passe à l'étude du projet de loi , dont le comité a fait rapport sans proposition d'amendement.
propose que le projet de loi soit lu pour la troisième fois et adopté.
— Monsieur le Président, je prends la parole aujourd'hui à l'étape de la troisième lecture du projet de loi , Loi modifiant le Code criminel relativement aux actes de stérilisation.
À cette étape, la question n'est plus de savoir si ce sujet mérite notre attention. Il s'agit de décider si le Parlement va agir. Le projet de loi S‑228 nous invite à faire face à une réalité difficile, dérangeante et profondément troublante: des stérilisations forcées ont eu lieu au Canada, elles ont causé un préjudice profond et elles ne relèvent pas uniquement du passé. Ce projet de loi existe parce que des survivants se sont manifestés et nous ont demandé d'agir, et aujourd'hui, nous devons répondre à cet appel.
Je tiens bien sûr à remercier la sénatrice Boyer de tout le travail qu'elle a accompli afin de faire adopter le projet de loi au Sénat. Je remercie également les groupes comme le Cercle des survivants pour la justice reproductive de leur engagement, les groupes œuvrant pour la justice communautaire et l'équité en matière de santé, ainsi que mes collègues ici présents, de tous les partis à la Chambre. Il est remarquable de constater l'appui de tous les partis représentés à la Chambre, y compris ceux qui ne sont pas reconnus officiellement, soit le NPD et le Parti vert.
Au début du XXe siècle, les politiques eugéniques ont façonné les institutions publiques et les lois. Des provinces comme l'Alberta et la Colombie‑Britannique ont adopté des lois sur la stérilisation qui ont permis à l'État de priver certaines personnes de la possibilité d'avoir des enfants. Ces lois ciblaient de façon disproportionnée les Autochtones, les personnes handicapées et les personnes jugées inaptes par les autorités.
Des milliers d'interventions ont été effectuées, des vies ont été bouleversées à tout jamais et des collectivités ont été profondément affectées. Même si ces lois ont été abrogées dans les années 1970, les attitudes qui les soutenues n'ont pas simplement disparu. Les témoignages présentés au Parlement dans le cadre d'études de comités sénatoriaux, de recherches universitaires et de témoignages de survivants montrent que la stérilisation forcée et contrainte s'est poursuivie après l'abrogation de ces lois et qu'elle continue d'être signalée aujourd'hui. De nombreux Canadiens croient que cette pratique appartient à l'histoire, mais la vérité est beaucoup plus difficile à accepter. Les survivants continuent de se manifester pour raconter des événements survenus dans des hôpitaux modernes, décrivant des expériences qui font écho aux mêmes schémas de coercition, de pression et de mépris à l'égard de l'autonomie que par le passé.
Nous avons clairement entendu à quoi ressemblent ces expériences. Des femmes ont raconté qu'on leur avait proposé une stérilisation alors qu'elles étaient extrêmement vulnérables: pendant l'accouchement, juste après avoir donné naissance ou pendant qu'elles étaient sous l'effet de médicaments, épuisées et incapables de donner un consentement éclairé. À certaines, on a présenté des formulaires de consentement qu'elles ne comprenaient pas. À d'autres, on a dit que la procédure était réversible, alors que ce n'est pas le cas. Dans certains cas, on a fait pression sur elles en leur faisant craindre la perte de leur accès aux soins, l'intervention des services de protection de l'enfance ou le fait d'être jugées ou rejetées. Dans d'autres cas encore, on ne leur a tout simplement pas laissé le choix. Il ne s'agit pas d'incidents isolés. Ces cas s'inscrivent dans une tendance générale et reflètent un problème plus profond.
Au cœur de cette question se trouve la notion de consentement. En droit canadien et en éthique médicale, le consentement doit être donné librement, en toute connaissance de cause et de manière volontaire. Il doit être donné par une personne en pleine possession de ses facultés. Il doit reposer sur une information complète concernant les risques et les solutions de rechange. Il doit être donné dans des circonstances où la personne dispose du temps, de la lucidité et de la capacité nécessaires pour prendre une décision sans subir de pression, et il doit être exempt de toute contrainte. Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, le consentement n'est pas valable.
D'après les témoignages des personnes survivantes, ces conditions sont souvent absentes. Un consentement obtenu sous la contrainte n'est pas un consentement. Un consentement fondé sur des renseignements erronés n'est pas un consentement. Un consentement obtenu par la peur ou sous la pression d'une personne en position d'autorité n'est pas un consentement. Il s'agit de coercition, et la coercition n'a pas sa place dans les soins de santé.
Les conséquences de la stérilisation forcée sont profondes. Il ne s'agit pas d'un préjudice temporaire. C'est permanent. La stérilisation change le cours de la vie d'une personne. Les survivantes parlent de leur deuil des enfants qu'elles n'ont pas pu avoir. Elles parlent de traumatismes, de colère et de perte d'identité. Elles parlent d'une violation qui les marquera à vie.
Dans le cas des femmes autochtones, les répercussions vont encore plus loin. Dans de nombreuses communautés autochtones, la capacité de mettre des enfants au monde n'est pas seulement une décision personnelle; elle est aussi étroitement liée à la culture, à la famille, à la langue et à la pérennité de la communauté. Lorsque cette capacité est retirée sans consentement, le préjudice ne se limite pas à la personne concernée. Il est collectif et intergénérationnel.
Il faut aussi reconnaître que ce problème ne se pose pas en vase clos. Il s'inscrit dans un contexte plus large de discrimination systémique, d'héritage colonialiste et d'inégalités dans nos institutions. C'est ce qu'ont fait ressortir les témoins entendus en comité en parlant notamment du rapport de force inégal entre patients et professionnels de la santé. Les témoins ont évoqué des obstacles linguistiques et culturels, ainsi que l'isolement géographique, en particulier pour les femmes autochtones contraintes de quitter des communautés éloignées pour avoir accès à des soins. Les témoins ont parlé de la peur des systèmes de protection de l'enfance, d'une longue histoire d'intervention de l'État dans les familles autochtones et de la confiance qui s'est graduellement effritée.
Quand les gens se sentent impuissants dans un système, qu'ils ont l'impression de ne pas pouvoir contester l'autorité et qu'ils croient devoir obéir pour obtenir des soins, les conditions favorables à la coercition sont réunies.
Même si les femmes autochtones ont été beaucoup plus durement touchées, il est important de reconnaître que le problème ne se limite pas à un seul groupe, loin de là. Dans le passé, des hommes et des garçons ont aussi été stérilisés dans le cadre de politiques eugéniques. Aujourd'hui, lorsque le consentement n'est pas obtenu correctement, d'autres groupes vulnérables comme les personnes handicapées, racisées, intersexuées et celles qui se heurtent à des obstacles systémiques demeurent à risque. Ce qu'il faut surtout reconnaître, c'est que la question ne concerne pas seulement les femmes. C'est une question de droits de la personne. Il s'agit du droit fondamental de chacun à l'autonomie corporelle.
Le Parlement a examiné la question très attentivement. Le Comité sénatorial permanent des droits de la personne a réalisé de nombreuses études à ce sujet. Par ailleurs, après avoir entendu les témoignages de survivants et d'experts, le Comité permanent des affaires autochtones et du Nord a tiré une conclusion sans équivoque: la stérilisation forcée et contrainte existe toujours, elle est trop souvent passée sous silence et elle nécessite une intervention législative.
La première recommandation du Comité était de présenter une mesure législative visant précisément à modifier le Code criminel en conséquence, et le projet de loi donne suite à cette recommandation. Ce projet de loi s'appuie sur le travail de la sénatrice Yvonne Boyer, qui a défendu cette cause sans relâche. Son prédécesseur, le projet de loi , a été étudié en profondeur, peaufiné et adopté à l'unanimité au Sénat avant de mourir au Feuilleton. Le projet de loi S‑228 contient le même cadre soigneusement élaboré. Il a été adopté au Sénat et la Chambre en est maintenant saisie. Il a déjà reçu un fort appui de tous les partis et a été étudié rapidement par le comité. Ce degré de consensus en dit long.
Que ferait le projet de loi? Ciblé et précis, le projet de loi indiquerait explicitement, pour plus de certitude, que la stérilisation d'une personne sans son consentement valide compte parmi les voies de fait graves aux termes du Code criminel. Il ne créerait pas de nouvelle infraction. Il préciserait l'application de la loi. Il veillerait à ce que la stérilisation sans consentement soit reconnue comme un acte causant des lésions graves et permanentes.
Le projet de loi vise à préciser ce point essentiel. Bien que les dispositions sur les voies de fait s'appliquent techniquement, elles n'ont jamais été utilisées pour intenter des poursuites pour stérilisation forcée au Canada. Les survivants nous ont dit que l'absence de reconnaissance claire dans la loi a contribué au silence, à la confusion et au manque de reddition de comptes. Le projet de loi comblerait cette lacune.
Il est tout aussi important de savoir ce que le projet de loi ne ferait pas. Il ne limiterait pas la stérilisation volontaire. Il ne nuirait pas au choix en matière de reproduction ni aux soins d'affirmation de genre. Il ne criminaliserait pas les pratiques médicales légitimes ni les interventions d'urgence. Les protections garanties par le Code criminel demeureraient en place, y compris celles qui protègent les médecins cherchant à préserver la vie ou la santé d'un patient.
Le cadre du consentement resterait le même. Le consentement n'est pas valide s'il est obtenu par la force, la menace, la fraude, la contrainte ou l'abus de pouvoir. Le projet de loi ne modifierait pas ces principes; au contraire, il les renforcerait.
Nous avons eu une discussion sérieuse afin de déterminer si le droit pénal est l'outil adéquat pour s'attaquer à ce problème. Il est vrai qu'une loi ne peut pas à elle seule résoudre tous les aspects du problème. Pour mettre fin à la stérilisation forcée, il faut également améliorer la formation médicale, renforcer les pratiques en matière de consentement et poursuivre le dialogue avec les communautés et les personnes survivantes. Toutefois, il est important que la loi soit claire. Le droit pénal fixe les limites des comportements acceptables et prévoit un mécanisme de responsabilité. Sans cette clarté, l'application de la loi devient incertaine, et sans responsabilité, la confiance ne peut pas être rétablie.
La confiance est au cœur de cette question. La relation entre un patient et un professionnel de la santé repose sur la confiance. Lorsque cette confiance est rompue, les conséquences vont bien au-delà d'un simple incident. Les gens perdent confiance dans le système de santé, ils repoussent leur recours aux soins et évitent carrément de demander de l'aide, ce qui a des répercussions importantes sur leur santé. Rebâtir cette confiance requiert notre attention.
Le projet de loi représente également un pas de plus vers la réconciliation. La stérilisation forcée doit être comprise dans le contexte plus vaste des politiques qui visaient à contrôler la vie, les familles et les communautés des Autochtones. La réconciliation nécessite plus que de la reconnaissance: elle exige des mesures concrètes, un changement structurel et la garantie que de tels préjudices ne continuent pas. Le projet de loi est un pas dans cette direction.
Avant de conclure, je tiens à saluer de nouveau les personnes dont le courage nous a permis d'en arriver là. Le projet de loi existe parce que des personnes survivantes ont dénoncé la situation et ont raconté leurs histoires. Elles ont dû revivre des expériences douloureuses pour que d'autres n'aient pas à le faire, et elles ont demandé au Parlement d'agir. Nous devons honorer ce courage. À l'étape de la troisième lecture, les questions dont nous sommes saisis sont claires. Veillerons-nous à ce que le droit pénal canadien reflète la gravité de l'infraction? Affirmerons-nous que la stérilisation sans consentement n'est pas un malentendu ou un oubli, mais une grave violation des droits de la personne? Agirons-nous pour protéger les générations futures?
Le projet de loi réaffirmerait un principe fondamental: personne ne peut être privé de sa capacité à procréer sans son consentement libre et éclairé; l'altération permanente du corps d'une personne ne peut lui être imposée par la contrainte ou des moyens de pression; et la dignité n'est jamais négociable. Les faits sont clairs. Le besoin est urgent. Les survivantes ont attendu assez longtemps. J'encourage tous les députés à appuyer le projet de loi S‑228 à l'étape de la troisième lecture. Agissons de manière décisive et responsable et veillons à ce que l'injustice n'ait pas sa place au Canada ni maintenant ni jamais.
:
Monsieur le Président, avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais évoquer brièvement l'importance de la journée de demain, c'est-à-dire la Journée de la robe rouge. Aux quatre coins de notre grand pays, des personnes rendront hommage aux femmes assassinées et disparues. En ce qui me concerne, c'est important non seulement de souligner cette journée, mais aussi d'être conscient qu'encore de nos jours, il continue d'y avoir des jeunes filles et des femmes, en particulier dans les communautés autochtones, qui disparaissent et sont assassinées. Nous devons faire preuve de diligence en soutenant les dirigeants autochtones, comme ma collègue de , qui porte une magnifique broche rouge en l'honneur de cette journée spéciale que nous soulignerons demain.
Le projet de loi dont nous sommes saisis dans le cadre de l'heure réservée aux initiatives parlementaires porte sur une forme de discrimination qui a eu lieu ici même, au Canada. Peu de gens ont conscience du type de discrimination dont je parle. Il s'agit de la stérilisation. De nombreuses femmes — c'est-à-dire des centaines de femmes — ont été contraintes de se faire stériliser. On les a convaincues que la stérilisation était absolument indispensable, ce qui leur a coûté très cher. Ce n'est pas en coût en argent, mais bien une violation des droits de la personne. Il est tout à fait regrettable que notre pays ait mis autant de temps pour reconnaître que la stérilisation était pratiquée dans certaines provinces.
Au Canada, il existe un partage des compétences dans divers domaines entre Ottawa et les provinces. Certaines provinces ont promulgué des lois qui, en substance, permettent de contraindre les femmes à subir une stérilisation, que ce soit par la coercition ou par d'autres moyens. La Colombie‑Britannique fait partie de ces provinces, et il y en a d'autres. Or, il s'agit d'une violation très grave des droits de la personne. C'est la question de la confiance qui occupe le cœur du présent débat.
La question que j'ai posée à mon collègue d'en face visait à souligner la terreur et l'horreur qu'une survivante a dû ressentir. Je ne serais pas surpris si nous finissions par découvrir que bon nombre des femmes qui ont vécu cette situation catastrophique n'avaient pas la moindre idée de ce qu'on avait fait à leur corps, et n'ont appris que plus tard qu'elles avaient été stérilisées. J'imagine que ce doit être très difficile de gérer ce genre d'émotions et de se rendre compte qu'on ne peut pas avoir d'enfant. Souvent, on a complètement induit les personnes en erreur en leur faisant croire qu'elles pourraient un jour faire marche arrière. Certaines personnes pensent encore aujourd'hui qu'il est possible de remédier à la stérilisation quelques années plus tard, ce qui n'est pas le cas.
La situation a été particulièrement dévastatrice au sein de certaines communautés, comparativement à d'autres. Les populations autochtones ont été prises pour cibles. On a cherché à les stériliser. Cela n'a peut-être pas toujours été intentionnel, mais je dirais que ce fut souvent le cas. Les personnes handicapées ont, elles aussi, été victimes des mêmes outrages.
C'est une question de confiance. Lorsque nous demandons de l'aide ou des conseils, nous faisons confiance aux responsables de nos institutions. Nous croyons qu'ils adopteront une approche équilibrée en fournissant des conseils fondés sur l'état de santé, sans doute certains facteurs sociaux, et d'autres considérations. Cette confiance a malheureusement été trahie. D'autres intérêts étaient en jeu, qui n'étaient pas ceux de la femme qui devait prendre une décision difficile. Dans bien des cas, la décision a été prise sans la consulter. Force est de constater que, dans une telle situation, les droits fondamentaux de ces personnes ont été bafoués.
La stérilisation forcée est une violation grave de l'autonomie corporelle. Qu'on le veuille ou non, c'est à la femme de décider quoi faire de son corps. La société doit respecter pleinement ce droit.
Ce n'est pas la première fois que nous essayons de faire adopter une mesure législative comme le projet de loi , dont nous sommes saisis aujourd'hui. Cependant, compte tenu de la situation politique actuelle et du fait que nous en sommes à la troisième lecture, je crois qu'il faudra encore une heure ou une heure et demie de débat avant que le projet de loi soit finalement adopté. Comme il a reçu l'appui de sénateurs et de députés actuels et passés, il ne fait aucun doute dans mon esprit qu'il sera non seulement adopté, mais qu'il recevra la sanction royale. C'est une bonne chose. Il a fallu beaucoup de temps. Comme on l'a souligné, ces politiques de stérilisation ont été adoptées il y a plusieurs générations, il y a probablement 60 ou 70 ans.
Au bout du compte, la Chambre des communes apporte des éclaircissements sur une question importante. La seule raison pour laquelle la Chambre reconnaît ce problème, c'est que les survivants ont eu le courage de continuer d'en parler.
J'ai pris conscience de cette réalité il y a des années, à l'Assemblée législative du Manitoba. À l'époque, il y avait même des questions qui étaient soulevées concernant la stérilisation et la frontière entre les conseils et le consentement d'une part, et la coercition d'autre part, et cela se produit encore aujourd'hui.
C'est grâce à ces femmes courageuses et audacieuses qui ont vécu ces situations et qui continuent de faire connaître leur histoire que l'ensemble de la population et des parlementaires ont pris conscience de ce problème, ce qui a fini par mener au projet de loi à l'étude.
Les survivantes, en particulier les femmes autochtones, ont été très claires au sujet des préjudices causés par la stérilisation forcée ou contrainte. Ce sont elles que je tiens tout particulièrement à saluer et à remercier pour leur persévérance dans ce dossier. Si ce projet de loi est adopté, ce sera grâce à elles, ainsi qu'aux dirigeants autochtones, aux membres des communautés de personnes handicapées et à d'autres, notamment les défenseurs des droits de la personne qui ont constaté les violations commises et qui ont compris ce que ces femmes avaient dû subir: l'absence de consentement, la désinformation et la discrimination.
Il est important que nous prenions conscience du mal qui a été fait et que nous en comprenions les nombreuses formes. Il est important aussi d'agir pour que cela ne se reproduise plus.
:
Monsieur le Président, j'aimerais d'abord souligner quelque chose qui n'est pas directement lié au sujet d'aujourd'hui, mais qui concerne quand même une question qui le touche un peu par la bande. Je porte la robe rouge, car demain, le 5 mai, nous soulignerons la Journée de la robe rouge. Nous pourrons avoir une pensée pour les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.
Il y a de ces sujets qui ne sont pas faciles à aborder à la Chambre. Je vais faire un lien: après mon élection en 2019, la sénatrice Miville‑Dechêne m'a interpellée et m'a parlé d'un groupe multipartite portant sur la traite des personnes et l'esclavage moderne. À l'époque, nous étions en 2019 et j'étais étonnée qu'il existe encore de la traite des personnes et de l'esclavage moderne. J'étais peut-être naïve et je vivais peut-être dans mon monde de licornes. Aujourd'hui, en 2026, je ne peux pas croire que je suis obligée de prendre la parole pour parler d'un projet de loi portant sur la stérilisation forcée. Il y a de ces sujets qui sont extrêmement délicats et qui ne sont pas faciles à aborder.
Je vais quand même le faire en parlant d'un principe fondamental: le droit de disposer de son propre corps, qui est au cœur de toute société libre et démocratique. Il faut dire clairement ce qu'est la stérilisation forcée: c'est une violation des droits de la personne. C'est une atteinte irréversible et une forme de violence institutionnelle. Ce n'est pas un débat théorique. En 2026, c'est une réalité qui est encore vécue, malheureusement, et qui n'est pas encore vaincue.
Derrière ce projet de loi, il y a des femmes à qui l'on a enlevé la possibilité de choisir de mettre un enfant au monde. C'est d'une cruauté sans nom. Comme maman d'une petite fille de quatre ans, je trouve ce sujet très difficile. Ce n'est pas un sujet simple. C'est une réalité pourtant qui s'inscrit dans une histoire qui est très lourde.
Il s'agit manifestement d'un héritage historique et colonial. Je vais présenter quelques données. Entre 1966 et 1976, il y a eu 1 200 stérilisations, dont 1 150 visaient des femmes autochtones. Bien entendu, il y a une surreprésentation. En Alberta, 74 % des femmes stérilisées étaient des Autochtones. Cela témoigne d'un héritage de politiques eugénistes et coloniales.
Il y a eu 580 cas documentés entre 1970 et 1975. Ces pratiques visaient à contrôler certains corps jugés « indésirables ». C'est donc du racisme systémique et il y a des inégalités en matière de santé. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, c'est un enjeu qui est encore d'actualité, comme je le disais dans mon introduction.
Il y a pourtant eu quelques recours collectifs. Plus de 100 femmes ont entamé des procédures en Saskatchewan et cinq autres recours ont eu lieu à l'échelle du Canada et ailleurs. Au Québec, 22 cas ont été documentés, 30 femmes atikamekw ont fait des recours, et il y a eu 35 témoignages récents.
Parlons de la question du consentement. Le consentement est souvent demandé lorsque la personne est dans un état de douleur et dans une situation de vulnérabilité. De plus, on exerce de la pression. On peut se demander si le consentement est réel lorsqu'il est arraché dans des situations de vulnérabilité. Ce n'est pas du passé, c'est encore devant les tribunaux aujourd'hui.
Pourquoi faut-il légiférer? Les infractions sont déjà existantes, ce sont les voies de fait. Toutefois, il y a une difficulté à qualifier clairement l'acte, à lancer des poursuites. Ce qui n'est pas nommé clairement est rarement sanctionné. C'est ce qu'on comprend. Je vais me permettre de faire une comparaison. Dans le cas d'une agression sexuelle, ça a besoin d'être explicitement défini. Ça prend donc une volonté politique et il faut faire cet ajout politique afin de donner le signal clair aux institutions que c'est tolérance zéro. Ce droit doit être nommé pour mieux protéger ces femmes.
À titre de clarification, les stérilisations sont des mutilations, des voies de fait graves. Pour ce qui est de la définition, cela inclut toute intervention qui empêche la procréation. Un élément central, c'est le consentement libre, éclairé et préalable. Oui, le critère de finalité protège les actes médicaux nécessaires. Bien sûr, on parle de protection des médecins, mais le consentement doit être valide pour exclure toute responsabilité criminelle. Les urgences sont également couvertes selon l'article 45 du Code criminel. Ce projet de loi protège les patients sans pénaliser les professionnels de bonne foi. C'est ce qu'on veut faire ici.
En réponse aux critiques sur la criminalisation des médecins, c'est une loi claire pourtant qui protège aussi les praticiens. Nous encourageons les protocoles de consentement renforcé. C'est la même logique que dans l'aide médicale à mourir ou dans les soins aux personnes qui sont inaptes. Nous voulons surtout qu'il n'y ait pas de vide juridique. Il y a des rapports qui démontrent l'échec des recours actuels. En ce moment, c'est donc un droit théorique sans application réelle, qui n'est pas vraiment une protection.
De plus, ce qui stigmatise, c'est le silence. En effet, il y a des stigmates liés à ça. Il y a aussi une absence de reconnaissance. C'est un sujet tabou dont on ne parle pas. Nommer, c'est reconnaître et, finalement, reconnaître, c'est protéger ces femmes pour qu'elles puissent continuer à choisir de disposer elles-mêmes de leur corps.
Il y a une dimension qui est très systémique et sociale. Les groupes touchés sont des femmes autochtones, des femmes racisées et des personnes handicapées. Il s'agit d'une violence qui est ancrée dans des rapports de pouvoir, comme je l'ai mentionné un peu plus tôt. Ce qui est vraiment dramatique, c'est que les conséquences sont nombreuses. On parle de traumatismes, de perte de confiance, mais aussi d'impact intergénérationnel. Ce n'est pas seulement une atteinte au corps, c'est aussi une atteinte à toute une vie. Enlever à une femme sa possibilité de mettre au monde un enfant, c'est une atteinte à son droit de choisir de le faire ou pas. C'est donc une atteinte à toute une vie pour cette femme qui verra par la suite des séquelles psychologiques et physiques de tout ça, car il y en a et ils sont très nombreux.
Le Bloc québécois appuie fermement ce projet de loi. Bien entendu, nous avons des nuances. Nous voulons que ce soit fait dans le respect des compétences du Québec en santé.
Nous voulons aussi rappeler la nécessité d'impliquer les nations autochtones, car combien de fois en parlons-nous au Bloc québécois? Discuter de nation à nation, c'est notre vision, et nous voulons donc bien sûr impliquer ces nations autochtones pour la suite des choses.
Nous voulons aussi rappeler que nous refusons toujours la centralisation fédérale abusive. Ce sera à surveiller parce que nous voyons encore une fois dans ce régime fédéral des tentatives constantes d'abus de centralisation. Il faut protéger les droits de ces femmes et de ces filles autochtones tout en respectant les champs de compétence.
Il est sûr qu'une loi à elle seule ne suffit pas. Il faut aussi former les professionnels. Il faut aussi établir un mécanisme de surveillance et d'adaptation culturelle. Par exemple, il y a les initiatives du Collège des médecins du Québec. Ces derniers veulent collaborer et sont dans un mode coopératif. Comme nous le disons malgré certaines critiques, ce projet de loi veut aussi les protéger. Je pense que, dans ce cas, les médecins veulent collaborer et nous saluons leurs initiatives parce que la loi doit s'incarner aussi dans les pratiques. Ça doit découler de campagnes de sensibilisation.
Nous devons éliminer les stigmates et les tabous entourant ces stérilisations forcées. En effet, il y en a encore. Mon collègue le député d' l'a rappelé un peu plus tôt dans sa question. Il a déjà siégé au Comité permanent des affaires autochtones et du Nord et je sais qu'il s'est intéressé à cette question. Il a parlé du cas très concret d'une femme qui l'a vécu et a décrit ses douleurs, ses plaies psychologiques et ses plaies physiques découlant de sa stérilisation forcée.
En conclusion, ces femmes ont été ignorées et réduites au silence. Il faut donc rappeler notre pensée pour ces victimes qui ont subi cet acte atroce. Aujourd'hui, nous avons collectivement à la Chambre la responsabilité d'agir. Avec ce projet de loi, nous faisons appel à la justice, à la dignité et à la reconnaissance.
Une dernière chose que j'aurais à dire, c'est que ce projet de loi, c'est un pas vers la réparation, mais c'est surtout un engagement à ne plus jamais tolérer l'inacceptable. Dans un contexte où on parle de plus en plus de cette réconciliation qu'il faut faire, je pense que ce projet de loi s'inscrit tout à fait dans cette démarche. Nous devons ici, comme élus, mettre la partisanerie de côté et aller de l'avant pour les victimes.
:
Monsieur le Président, je tiens d'abord à remercier le député de , qui a renoncé à son temps de parole aujourd'hui pour que nous puissions débattre de cette question très importante.
La stérilisation forcée est une violation flagrante de la dignité humaine. Ce n'est pas simplement un échec de la politique d'un pays. Ce n'est pas une simple erreur de jugement. C'est se rendre maître de la capacité d'une autre personne à procréer. L'examen de l'histoire de notre pays nous oblige à être honnêtes au sujet des violations systémiques de cette nature et reconnaître que ces violations, en ce qui concerne les peuples autochtones, ne sont pas isolées. Elles s'inscrivent dans une tendance plus large et plus profondément troublante, celle de la déshumanisation des femmes autochtones.
La communauté internationale a déjà reconnu l'importance du consentement éclairé. Je tiens donc à souligner ce principe et son lien avec ce dont nous parlons aujourd'hui à la Chambre. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lors des procès de Nuremberg, le monde a été forcé de reconnaître l'existence d'expériences médicales menées sur des êtres humains sans leur accord ni leur consentement.
Le jugement rendu dans ces procès a donné lieu au Code de Nuremberg, qui a établi un principe qui a longtemps façonné l'éthique médicale moderne. Ce code reconnaissait que le consentement volontaire et éclairé d'une personne est essentiel. Ce principe n'est pas seulement théorique. Il découle de véritables abus à l'ère internationale, où les êtres humains étaient traités comme des objets plutôt que comme des personnes. Il a établi une limite qu'aucun gouvernement, aucune institution et aucun professionnel ne devrait franchir. Pourtant, nous débattons aujourd'hui d'une question très semblable, même après que des normes ont été établies.
Nous devons nous rendre à l'évidence que des violations semblables ont eu lieu dans notre propre pays. Dans les années 1940 et 1950, le gouvernement fédéral, par l'entremise du ministère des Affaires indiennes de l'époque et en collaboration avec d'éminents chercheurs, a mené une série d'expériences nutritionnelles sur des enfants autochtones dans les pensionnats. Ces études ont été supervisées en partie par un médecin, le surintendant des Affaires indiennes, des services médicaux et d'éminents pédiatres reconnus pour avoir mis au point des produits nutritionnels pour les nourrissons.
Je soulève cette question pour montrer que la stérilisation forcée n'est pas isolée des politiques qui ont été mises en œuvre au Canada et pour que nous puissions comprendre à quel point il est important de légiférer contre de tels problèmes et ce type d'expériences.
Ces expériences nutritionnelles n'avaient pas pour but de soigner. Elles visaient à observer, et l'étude de ces enfants autochtones s'est déroulée presque comme on l'aurait fait dans le cadre d'expériences menées sur des rats de laboratoire. Je déteste recourir à cette analogie, mais c'est ce qui s'est passé dans notre propre pays. Ces enfants comptaient parmi les plus vulnérables à l'époque. Ils avaient déjà été arrachés à leur famille et placés dans des pensionnats. On les a délibérément étudiés pour voir comment des enfants réagiraient à la malnutrition.
Au cours de ces expériences de privation alimentaire menées sur des humains, ces enfants innocents et si précieux ont été privés de nutriments essentiels. Dans certains cas, les écoles ont été divisées en groupes expérimentaux et en groupes témoins. Des soins dentaires indispensables leur ont également été refusés de manière intentionnelle, non pas parce qu'ils n'étaient pas disponibles, mais parce que les chercheurs voulaient observer les répercussions à long terme des carences nutritionnelles sur les maladies dentaires. Il ne s'agissait pas d'erreurs isolées. Ces expériences ont été organisées, documentées et financées par le gouvernement du Canada.
Plus tard, des universitaires ont mis au jour ces expériences grâce à des documents historiques obtenus au moyen de recherches archivistiques. Il a été démontré que les responsables étaient au courant des conditions, mais qu'ils ont néanmoins décidé d'aller de l'avant. Les personnes concernées n'avaient pas vraiment donné leur consentement. Tout comme dans les cas de stérilisation, les parents n'avaient pas été informés, et les enfants n'avaient pas voix au chapitre. Ils n'étaient pas traités comme des personnes, mais comme des êtres sans dignité inhérente qui pouvaient faire l'objet d'expérimentations. Il ne s'agit pas simplement d'une tragédie qui fait partie d'un chapitre de notre histoire. Ces expériences révèlent une tendance montrant que les Autochtones ont été traités comme des objets de politiques publiques plutôt que comme des êtres humains dignes de soins, de protection et du même respect que celui accordé à tous les Canadiens.
Cette même tendance se reflète dans l'histoire de la stérilisation forcée au Canada. Pendant des décennies, des provinces comme l'Alberta et la Colombie‑Britannique ont fonctionné sous le régime des lois sur l'eugénisme. La Sexual Sterilization Act de l'Alberta a autorisé la stérilisation de milliers de personnes, dont bon nombre ne comprenaient pas pleinement les conséquences et n'avaient pas donné un consentement éclairé. Parmi les personnes ciblées de façon disproportionnée figuraient les femmes et les filles autochtones, ainsi que les personnes marginalisées. Même après l'abrogation de ces lois, la pratique ne s'est pas arrêtée.
Ces dernières années, des femmes autochtones ont affirmé avoir été stérilisées sans avoir donné leur consentement entier et éclairé. On l'a proposé à certaines d'entre elles pendant leur accouchement, dans un moment de vulnérabilité extrême. On a exercé des pressions sur certaines pour qu'elles signent des formulaires qu'elles ne comprenaient pas tout à fait, souvent au moment où elles étaient dans une situation de grande vulnérabilité. D'autres femmes ont déclaré que l'intervention avait été effectuée à leur insu. Il ne s'agit pas de soins de santé. Il ne s'agit même pas de soins, point. Il s'agit de contrôler la capacité d'une femme à décider si elle voudra des enfants dans l'avenir. En droit canadien, cela constitue des lésions corporelles.
Dans tout autre contexte, nous reconnaîtrions qu'il s'agit de voies de fait graves. Nous devons comprendre que ce problème s'inscrit dans un contexte systémique plus large. Nous avons entendu parler de ce contexte lors de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Cette enquête avait conclu que la violence contre les femmes autochtones n'était pas un hasard. Elle est systémique et découle de la marginalisation, de la dépossession et de l'érosion de la dignité d'une génération à l'autre. La stérilisation forcée doit être comprise dans cette situation. Elle reflète un contexte historique où les décisions concernant le corps des femmes autochtones étaient prises par d'autres, sans respect pour leur autonomie, leur dignité et leur humanité.
Le projet de loi est nécessaire. Il affirmerait clairement que la stérilisation forcée ou contrainte est un acte criminel. Il réaffirmerait que la stérilisation non consentie correspond au seuil des voies de fait graves au sens du Code criminel et établirait sans ambiguïté qu'aucune autorité, qu'il s'agisse d'une institution médicale ou du gouvernement, n'a le droit de décider à la place d'une personne si celle-ci pourra avoir des enfants à l'avenir.
Si nous voulons progresser dans la dignité, nous devons assumer pleinement le passé. Nous devons reconnaître que des politiques, autrefois justifiées au nom du progrès, ont causé des préjudices réels et durables. Nous devons veiller à ce que les lois reflètent une norme différente, fondée sur la dignité. Ce projet de loi constitue un pas vers cette norme et, pour cette raison, il convient de le soutenir.
:
Monsieur le Président, j'interviens pour appuyer résolument le projet de loi , dont le Comité permanent des Affaires autochtones et du Nord a terminé l'étude minutieuse.
D'entrée de jeu, je salue l'excellent travail du Comité, qui a entendu 19 témoins, dont des représentants d'organismes de défense des droits, des chefs autochtones et des juristes. Les témoignages percutants et ancrés dans le vécu ont été déterminants pour l'évolution du projet de loi, de façon à ce qu'il reflète les réalités des victimes les plus lésées et la gravité des préjudices en cause. Les travaux du Comité ont fait ressortir l'urgence d'adopter la mesure législative.
Le projet de loi porte sur une réalité extrêmement troublante qui, hélas, existe encore: la stérilisation contre leur gré de femmes, de filles et de personnes 2ESLGBTQI autochtones ou racisées au Canada. Les survivantes ont rapporté avoir subi des actes de stérilisation sans leur consentement libre et éclairé, parfois sous la contrainte, parfois au moyen de mésinformation et souvent dans des moments de grande vulnérabilité, notamment pendant un accouchement ou d'autres soins dans un établissement.
Il ne s'agit pas d'incidents isolés. On parle d'un long historique de discrimination systémique ancrée dans le colonialisme, le racisme et des suppositions profondément sexistes sur l'aptitude à avoir des enfants.
On pourrait être tenté de se dire qu'il s'agit d'une injustice qui est confinée à un passé aujourd'hui révolu, mais les témoignages aux séances du Comité ne laissent aucun doute: ce n'est pas le cas. Cette pratique préjudiciable est toujours bien présente, de là l'importance du projet de loi.
Le projet de loi est d'abord une mesure de clarification, ce qui ne le rend pas moins important. Il vient expliciter ce qui est déjà implicite en droit pénal, à savoir que les actes de stérilisation effectués sans consentement valide constituent des voies de fait graves. C'est la forme de voies de fait la plus grave selon le Code criminel. On commet des voies de fait graves quand une personne est blessée, mutilée ou défigurée, ou quand on met sa vie en danger. Étant donné la nature même des actes de stérilisation, qui altèrent de façon permanente et profonde le corps humain, ils correspondent en tout point à cette définition quand ils sont pratiqués sans consentement.
Ce projet de loi éliminerait toute ambiguïté. Il enverrait un message clair et sans équivoque: la stérilisation non consensuelle n'est pas seulement inappropriée, elle n'est pas seulement contraire à l'éthique, elle est criminelle et elle est l'une des formes de violence les plus graves reconnues par la loi.
Ce projet de loi ne créerait pas de nouvelle infraction. Il ne modifierait pas le consentement d'un point de vue légal et il ne nuirait pas aux pratiques médicales légitimes. Cette précision est essentielle. Le cadre juridique canadien exige déjà que le consentement soit libre, éclairé et donné par une personne qui a l'aptitude de comprendre la nature et les conséquences de l'intervention médicale. Le consentement obtenu par la coercition, la manipulation ou l'abus de pouvoir n'a aucune valeur.
Le projet de loi préciserait simplement comment ces principes bien établis s'appliquent dans le contexte des actes de stérilisation. Il préserverait le droit des personnes de faire leurs propres choix en matière de reproduction, y compris le choix de se faire stériliser. Ce qu'il protège, c'est l'intégrité de ce choix.
L'étude du comité a également mis en évidence une importante réalité: malgré les mesures de protection juridiques existantes, aucune accusation criminelle n'a jamais été portée au Canada dans les affaires impliquant des allégations de stérilisation forcée. Ce simple fait soulève de sérieuses préoccupations en matière de clarté et de responsabilité, mais surtout de confiance. Pour de nombreuses victimes, en particulier les femmes autochtones, l'absence de conséquences juridiques a contribué à une érosion profonde de la confiance envers les institutions telles que le système de santé, les forces de l'ordre et le système de justice lui-même.
Le projet de loi ne constitue pas une solution définitive à ce vaste problème, mais il représente une avancée importante. Il apporterait plus de clarté aux forces de police, aux procureurs et aux tribunaux. Il soulignerait la gravité de l'infraction et montrerait aux victimes que le Parlement les a entendues.
Nous devons reconnaître que les préjudices causés par la stérilisation non consentie vont bien au-delà des dommages physiques. Il s'agit d'une atteinte à l'autonomie corporelle. C'est une violation des droits génésiques et, pour les communautés autochtones, cela entraîne de profondes conséquences culturelles et intergénérationnelles.
La capacité d'avoir des enfants n'est pas seulement une question personnelle. Elle est liée à l'identité, à la famille et à la pérennité des communautés. Priver quelqu'un de cette capacité sans son consentement revient à causer un préjudice dont les répercussions se font sentir sur plusieurs générations. C'est pourquoi ce projet de loi est également conforme aux engagements globaux du Canada, y compris la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et le Plan d'action national pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe.
Le projet de loi témoigne d'une volonté de lutter contre la discrimination systémique et de prendre des mesures concrètes pour éviter ce type de préjudice à l'avenir.
Je tiens à souligner le caractère collaboratif du projet de loi, puisqu'il a été présenté au Sénat. Je tiens aussi à souligner le travail important accompli par les députés. Je suis reconnaissant d'avoir eu l'occasion de parler de cette mesure législative.
:
Monsieur le Président, en ce moment même à Ottawa, des dirigeants, des survivantes, des familles et des intervenants de première ligne se réunissent à l'occasion du troisième sommet national sur les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQI+ autochtones disparues ou assassinées. Ils se rassemblent pour discuter d'un thème puissant: « Des principes aux politiques, des résolutions à l'action. »
Demain, le 5 mai, c'est la Journée de la robe rouge. Partout au pays, nous verrons des robes rouges dans les fenêtres, dans les arbres et sur la Colline du Parlement, chacune représentant une vie fauchée, une voix réduite au silence ou une famille bouleversée à jamais. Il ne s'agit pas seulement d'un geste symbolique, mais d'un appel à l'action. La violence dont sont victimes les femmes autochtones n'est pas le fruit du hasard; elle est systémique. Elle trouve ses racines dans les politiques, les institutions et les décisions, tant passées que présentes.
Voilà pourquoi je souhaite m'exprimer au sujet du projet de loi , qui modifie le Code criminel afin d'établir, sans équivoque, que la stérilisation forcée ou sous la contrainte constitue un crime. Il précise qu'un acte de stérilisation sans consentement constitue une blessure ou une mutilation, ce qui ouvre la voie aux poursuites pour voies de fait graves.
Soyons clairs sur ce que cela signifie. Ce qu'on a infligé aux femmes autochtones dans les hôpitaux et les systèmes de santé, souvent sans qu'elles aient donné leur plein consentement éclairé, n'est pas seulement contraire à l'éthique. Ce sont des actes de violence, et ceux-ci ne sont pas que de l'histoire ancienne. Des rapports ont confirmé que les stérilisations forcées existent encore aujourd'hui dans notre système de santé. Quand on parle des femmes et filles autochtones disparues et assassinées, il faut comprendre que tout est lié.
L'enquête nationale a qualifié de génocide la crise des femmes et filles autochtones disparues et assassinées. C'est parce qu'il ne s'agit pas d'un problème isolé, mais d'une tendance systémique qui, depuis des générations, dévalorise la vie des femmes autochtones et exerce un contrôle sur leur corps au lieu de les protéger.
J'appuie sans réserve le projet de loi et je remercie les députés de l'avoir présenté à la Chambre.