propose que le projet de loi , soit lu pour la deuxième fois et renvoyé à un comité.
— Monsieur le Président, avant de commencer, je tiens à souligner que le Parlement du Canada est situé sur le territoire non cédé du peuple algonquin anishinabe, dont la présence ici remonte à des temps immémoriaux.
Je suis heureuse d'avoir l'occasion d'intervenir au sujet de ce projet de loi, qui vise à mettre en vigueur le Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge.
[Français]
Ce traité sur l'autonomie gouvernementale est une étape historique. Il favorise la réconciliation, reconnaît le droit des Métis de la rivière Rouge à s'organiser et à se gouverner, et officialise notre relation de gouvernement à gouvernement avec la Fédération des Métis du Manitoba dans le droit canadien.
[Traduction]
Ce projet de loi serait pour nous une façon d'honorer l'héritage, les droits et l'avenir des Métis de la rivière Rouge, et d'affirmer leur place légitime dans le tissu social, juridique et législatif du Canada.
Le traité d'autonomie gouvernementale est le fruit d'une collaboration étroite avec le président de la Fédération des Métis du Manitoba, David Chartrand, son cabinet et leur équipe dans le cadre d'un processus élaboré conjointement et découlant de la table de discussion sur la reconnaissance des droits et l'autodétermination des Autochtones. Je tiens à féliciter M. Chartrand et la Fédération des Métis du Manitoba du travail qu'ils ont accompli pour nous amener là où nous en sommes aujourd'hui.
[Français]
Le chemin qui a mené vers ce traité sur l'autonomie gouvernementale avec les Métis de la rivière Rouge a commencé il y a plus de 150 ans. Au fil des générations, les Métis de la rivière Rouge se sont forgé une identité distincte en tant que peuple doté d'une culture, d'une langue et d'un patrimoine riches et profonds. Ils ont tracé leur propre voie en se gouvernant selon leur vision, leurs valeurs et leurs priorités distinctes.
[Traduction]
À la fin des années 1800, les Métis de la rivière Rouge ont formé leur propre gouvernement provisoire en créant l'Assemblée législative d'Assiniboia pendant la résistance de la rivière Rouge. Ce gouvernement, dirigé par Louis Riel, a été formé pour donner une voix aux Métis de la rivière Rouge. La colonie métisse de la rivière Rouge vivait sur le territoire qu'on appelle aujourd'hui le Manitoba.
En 1869, le gouvernement provisoire des Métis de la rivière Rouge a entamé des négociations avec la Couronne pour se joindre au Canada en tant que cinquième province. Ces négociations ont mené à la Loi de 1870 sur le Manitoba, qui comprenait des engagements envers les Métis de la rivière Rouge. C'est ainsi qu'est née la province du Manitoba. Cependant, les engagements n'ont jamais été tenus.
Les Métis de la rivière Rouge ont dû entreprendre, souvent collectivement, de nombreuses contestations judiciaires pour que le Canada reconnaisse les droits qu'ils exerçaient en tant que peuple depuis des générations et dont ils essayaient de négocier l'inclusion dans les lois du pays, de 1869 à 1870. Ces contestations judiciaires et la Loi constitutionnelle de 1982 ont ouvert la voie à la conclusion du Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge.
La reconnaissance juridique des Métis se trouve dans la Loi constitutionnelle de 1982. L'article 35 énumère trois groupes autochtones distincts: les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Il affirme également que les trois possèdent des droits ancestraux ou issus de traités. Malgré la promesse de l'article 35, il a tout de même fallu d'autres contestations judiciaires pour établir des précédents afin de faire respecter les droits des Autochtones.
La décision rendue en 2013 par la Cour suprême du Canada dans l'affaire Manitoba Metis Federation Inc. c Canada a été l'un des catalyseurs d'une série de négociations et d'accords avec la Fédération des Métis du Manitoba, qui ont abouti au Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge ainsi qu'au projet de loi de mise en œuvre dont nous débattons aujourd'hui.
Si nous arrivons aujourd'hui à l'objectif que Louis Riel et son gouvernement recherchaient il y a plus de 150 ans, le texte, l'esprit et la portée de ce traité historique sur l'autonomie gouvernementale ont été élaborés en étroite collaboration avec la Fédération des Métis du Manitoba au cours des sept dernières années.
Le projet de loi dont nous sommes saisis aujourd'hui est un document évolutif, élaboré conjointement, qui définit les règles, les règlements et les processus d'autonomie gouvernementale conçus par les Métis de la rivière Rouge selon leurs propres conditions et approuvés par le Canada, et non imposés par la Couronne. Le traité reconnaît le droit des Métis de la rivière Rouge à l'autonomie gouvernementale et le rôle de la Fédération des Métis du Manitoba en tant que gouvernement. Il reconnaît officiellement la compétence de la Fédération des Métis du Manitoba en matière de citoyenneté, de sélection des dirigeants et des activités gouvernementales. Cela inclut la détermination de la structure et du fonctionnement du gouvernement des Métis de la rivière Rouge, la gestion de ses finances, la manière dont il rend des comptes à ses concitoyens, ainsi que l'administration et l'application de ses lois en matière de gouvernance.
Fait important, il s'agira du premier traité d'autonomie gouvernementale conclu avec le gouvernement métis au Canada. Ce traité d'autonomie gouvernementale a été élaboré en plein partenariat avec la Fédération des Métis du Manitoba et est l'aboutissement des négociations qui ont commencé en 2016. Cette année-là, la Fédération des Métis du Manitoba et le Canada ont signé une entente-cadre en vue de favoriser la réconciliation, ouvrant ainsi la voie à des négociations officielles. Au début de ces négociations, la Fédération des Métis du Manitoba a fait de l'autonomie gouvernementale une priorité.
Le Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge donne suite à un engagement clé pris dans une entente de reconnaissance antérieure signée par les parties en 2021. Le traité met également l'accent sur la gouvernance interne, et il affirme et renforce la reconnaissance de la Fédération des Métis du Manitoba en tant que gouvernement autochtone dans l'entente de 2021, mais le traité comprend plus de détails sur des questions clés comme la mise en œuvre, l'harmonisation des lois et le règlement des différends.
Le traité d'autonomie gouvernementale a été approuvé par les citoyens membres des Métis de la rivière Rouge en juin 2023, et il a également été façonné par plus d'un an de contacts avec d'autres groupes autochtones, y compris les Premières Nations du Manitoba et d'autres gouvernements métis. Le 30 novembre 2024, le gouvernement du Canada et la Fédération des Métis du Manitoba ont signé le Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge lors d'une cérémonie historique qui s'est tenue à Winnipeg.
Le traité a besoin d'une loi fédérale pour le rendre juridiquement contraignant et le mettre en vigueur. À ce moment-là, il remplacera l'entente de 2021. L'adoption de ce projet de loi par le Parlement est la dernière étape du processus.
Le traité prévoit également un processus qui permettrait de négocier à l'avenir d'autres ententes sur l'autonomie gouvernementale avec la Fédération des Métis du Manitoba. Les thèmes susceptibles de faire l'objet de ces futures négociations sont énumérés dans le traité. Il s'agit, par exemple, de l'éducation, du développement économique, de la langue, du patrimoine et de la culture. Si d'autres compétences, c'est-à-dire des pouvoirs législatifs, sont négociées avec la Fédération des Métis du Manitoba à l'avenir, la Couronne mènera alors des consultations avec d'autres groupes autochtones sur des questions susceptibles de les concerner. Conformément à l'obligation de consulter de la Couronne, ces consultations devront avoir lieu avant que des ententes sur l'autonomie gouvernementale avec la Fédération des Métis du Manitoba puissent être conclues.
J'ai mentionné que, dès le début de nos négociations en vue de l'entente-cadre de 2016, la Fédération des Métis du Manitoba avait fait de l'autonomie gouvernementale une priorité. L'autonomie gouvernementale permet aux peuples autochtones d'offrir des programmes et des services reflétant leurs traditions, leurs priorités et leurs objectifs. C'est ce que le gouvernement provisoire d'Assiniboia, dirigé par Louis Riel, cherchait à obtenir en 1869.
[Français]
Les ententes sur l'autonomie gouvernementale contribuent également à créer la stabilité qui ouvre la voie à de nouveaux investissements, à la croissance économique et à de meilleurs résultats sociaux dans les communautés autochtones. Les communautés ayant conclu des ententes sur l'autonomie gouvernementale obtiennent souvent de meilleurs résultats en matière d'éducation, de possibilités d'emploi et de revenus pour leurs membres.
Les ententes sur l'autonomie gouvernementale reconnaissent et soutiennent les droits ancestraux, notamment le droit à l'autonomie gouvernementale et le droit à l'autodétermination. Le droit à l'autodétermination est reconnu dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. À l'article 4 de la Déclaration, il est indiqué ce qui suit: « Les peuples autochtones, dans l’exercice de leur droit à l’autodétermination, ont le droit d’être autonomes et de s’administrer eux-mêmes pour tout ce qui touche à leurs affaires intérieures et locales [...] ».
Les ententes sur l'autonomie gouvernementale sont négociées en fonction des besoins et des aspirations uniques des différents peuples et des différentes communautés.
Nous poursuivons aussi l'élaboration conjointe d'ententes sur l'autonomie gouvernementale et d'autres ententes fondées sur les droits avec des partenaires autochtones dans le cadre de tables de discussion réparties dans tout le pays, représentant plus de 500 communautés autochtones, soit une population totale d'environ 1 million de personnes. Nous apprécions profondément nos relations avec tous les partenaires autochtones et nous nous réjouissons de poursuivre ces conversations dans un véritable esprit de réconciliation, de prospérité partagée et de partenariat.
Le Canada est une nation fondée sur de nombreux traités, et ceux-ci sont des engagements durables qui façonnent les relations, habilitent les communautés et créent des possibilités pour les générations à venir.
[Traduction]
Le traité sur l'autonomie gouvernementale conclu avec la Fédération des Métis du Manitoba entrera en vigueur dès l'adoption du projet de loi de mise en œuvre. Cela viendrait confirmer les droits inhérents des Métis de la rivière Rouge et marquerait également une avancée décisive dans le processus continu de réconciliation au Canada et d'édification nationale. L'adoption du projet de loi permettrait de renforcer davantage nos relations avec la Fédération des Métis du Manitoba et de faire de celle-ci un partenaire à part entière dans l'édification de l'avenir du Canada. Les Métis de la rivière Rouge ont toujours été des bâtisseurs, depuis le commerce des fourrures jusqu'à la fondation du Manitoba, et aujourd'hui encore, au moyen de projets d'envergure dans les domaines de l'énergie, du logement et de l'intendance environnementale.
En adoptant le projet de loi, nous tiendrions une promesse transmise par des générations de dirigeants métis. Nous affirmerions les droits des Métis de la rivière Rouge, libérerions leur potentiel et leur donnerions les moyens de continuer à façonner l'avenir du Canada en tant que partenaires égaux. Ce traité constitue le fondement d'une réussite à long terme. Il confirmerait le droit des Métis de la rivière Rouge à jouer un rôle de premier plan dans le développement de leurs communautés. Le traité moderne sur la gouvernance conclu avec la Fédération des Métis du Manitoba est un engagement en faveur du partenariat, du progrès et de la prospérité partagée. En soutenant l'autonomie gouvernementale des Métis, nous investissons dans un avenir où les communautés autochtones montreront la voie pour bâtir un Canada plus fort et plus résilient.
À mesure que nos discussions générales avec la Fédération des Métis du Manitoba se poursuivent et que notre collaboration progresse, nous veillerons à ce que les droits et les intérêts des autres peuples autochtones, des tiers et de l'ensemble des Canadiens soient respectés lors de la négociation de toute solution, entente ou approche commune en matière de réconciliation. Le Canada et la Fédération ont élaboré un plan de mise en œuvre qui définit les mesures que chacun doit prendre pour respecter ses engagements dans le cadre du traité d'autonomie gouvernementale et pour le mettre en application. Ce plan contribuerait à faciliter la transition vers l'autonomie gouvernementale conformément aux modalités du traité. Un comité des relations intergouvernementales serait également créé afin d'offrir aux parties une tribune leur permettant de superviser conjointement la mise en œuvre efficace du traité.
Ce traité marque un tournant dans notre histoire commune. Il contribuerait à réparer une injustice historique et à jeter les bases d'une relation de gouvernement à gouvernement renouvelée, respectueuse et durable. Une fois adopté, ce projet de loi constituera une étape historique. Le traité entrera en vigueur le jour de la sanction royale, moment où le droit à l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge sera enfin officiellement reconnu dans la législation canadienne, et où la Fédération des Métis du Manitoba deviendra officiellement leur gouvernement.
Ce traité est le fruit d'aspirations, de dialogues, de négociations et de consultations qui se sont étalés sur plusieurs années. Le processus a débuté il y a plus d'un siècle et demi, et il s'est concrétisé lorsque des milliers de citoyens métis de la rivière Rouge ont approuvé à une écrasante majorité le projet de traité en 2023. Agissons enfin pour répondre à leurs demandes.
Marsi.
:
Monsieur le Président, le Bloc québécois est évidemment favorable aux principes du projet de loi. Je salue la et son discours.
Le projet de loi met en œuvre le premier traité moderne conclu entre le Canada et un gouvernement métis, ce qui représente un jalon historique pour les Métis de la rivière Rouge. Le chef de la Fédération des Métis du Manitoba, M. David Chartrand, rappelait d'ailleurs récemment en comité que c'est surtout un traité symbolique dont il s'agit. Les Métis ne réclament aucun financement ni quoi que ce soit au gouvernement fédéral, ils ne réclament que le droit d'avoir un traité de reconnaissance qui leur a été promis il y a longtemps.
On corrige ici une injustice historique en donnant suite, avec plus de 150 ans de retard, à la promesse de traité faite à Louis Riel et à son gouvernement provisoire au moment de l'entrée du Manitoba dans la Confédération. Le projet de loi répond au traitement historique honteux réservé par le Canada aux Métis: marginalisation, déni de leurs droits, répression militaire, invisibilisation dans l'éducation. Il accorde enfin une reconnaissance juridique et politique explicite. Il s'inscrit dans une logique de collaboration de nation à nation, en reconnaissant formellement la Fédération des Métis du Manitoba comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge et en établissant un cadre politique durable de relations intergouvernementales.
Le traité reconnaît clairement l'unité politique des Métis de la rivière Rouge comme collectivité autochtone distincte avec un gouvernement démocratique reconnu, plutôt que comme une simple addition de communautés dispersées. Il consacre le droit à l'autodétermination et à l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge en reconnaissant que ce droit est inhérent et protégé par la Constitution, et qu'il ne dépend plus du bon vouloir politique d'Ottawa.
Le contenu du traité porte d'abord sur la régie interne du peuple des Métis de la rivière Rouge: citoyenneté, institutions, élections, reddition de comptes, fonctionnement du gouvernement. Il ne vient pas empiéter sur les compétences des autres ordres de gouvernement. Il résulte d'un processus de cocréation et de négociation soutenue entre le Canada et la Fédération des Métis du Manitoba, où les Métis de la rivière Rouge ont défini eux-mêmes leurs priorités de gouvernance plutôt que de se voir imposer un modèle unilatéral.
Ce traité est l'aboutissement d'un processus entamé formellement en 2018 et il respecte les exigences de fond et de forme d'un véritable traité moderne, à la différence d'autres initiatives comme le projet de loi . Ces projets de loi ne passaient pas par une telle négociation et par une reconnaissance explicite de l'autonomie gouvernementale. Ils visaient plutôt à donner un chèque en blanc au gouvernement fédéral dans sa négociation avec d'autres nations qui se disaient métisses.
Le projet de loi est un projet de loi d'initiative gouvernementale proposé par la , qui vient de faire un discours ici. Le projet de loi commence par la reconnaissance politique et juridique graduelle de la Fédération des Métis du Manitoba, ou FMM, comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge. À partir de 2018, le Canada et la FMM engagent des négociations formelles d'autonomie gouvernementale sous l'égide du ministère des Relations Couronne‑Autochtones et des Affaires du Nord, afin de passer d'une simple entente politique à un véritable traité moderne encadrant les institutions de gouvernance.
Une étape clé survient en 2021 lorsque, dans le cadre d'une entente de reconnaissance, on reconnaît la Fédération des Métis du Manitoba comme gouvernement métis et interlocuteur du Canada pour les droits des intérêts collectifs des Métis de la rivière Rouge. Cette entente sert de socle aux travaux plus ambitieux sur l'autonomie gouvernementale et prépare la reconnaissance de pouvoirs législatifs internes plus étendus.
Ce processus aboutit, le 30 novembre 2024, à la signature officielle, à Winnipeg, du Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge par le président de la FMM, M. David Chartrand, et le fédéral qui s'occupe aujourd'hui de la Sécurité publique.
Le communiqué gouvernemental présente ce traité comme « unique en son genre » et comme « le premier traité d'autonomie gouvernementale conclu avec un gouvernement métis au Canada » réaffirmant le droit à l'autodétermination des Métis de la rivière Rouge et reconnaissant explicitement la Fédération des métisses du Manitoba comme leur gouvernement, avec la capacité de légiférer sur la citoyenneté, la sélection des dirigeants et le fonctionnement interne de ses institutions. On y souligne que le traité est centré sur la gouvernance plutôt que sur les terres ou les droits de récolte et que, une fois mis en vigueur par la loi, il sera protégé par la Constitution. On indique qu'il viendra remplacer l'entente de reconnaissance de 2021 et qu'il marquera un jalon majeur dans la réconciliation avec ce peuple autochtone.
Après la signature du traité, la relation entre le Canada et la FMM entre dans une phase de mise en œuvre, durant laquelle les parties préparent l'instrument législatif nécessaire pour donner force de loi au traité dans l'ordre juridique canadien. Le traité lui-même prévoit la négociation d'autres arrangements d'autonomie gouvernementale et un cadre de collaboration et de consultation avec d'autres groupes autochtones, mais son entrée en vigueur pleine et entière dépend d'une loi fédérale qui l'entérine et l'intègre au droit interne.
C'est dans ce contexte que, le 12 février dernier, la dépose à la Chambre des communes le projet de loi , dont nous discutons cet après-midi.
Le communiqué accompagnant ce dépôt rappelle qu'il s'agit du premier traité d'autonomie gouvernementale conclu avec un gouvernement métis, présenté comme l'aboutissement de 156 ans d'efforts des Métis de la rivière Rouge depuis 1870. Il explique que le projet de loi vise à donner force de loi au traité, à reconnaître la Fédération des Métis du Manitoba comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge et à préciser les pouvoirs législatifs de ce gouvernement dans les domaines internes visés par le traité.
Le traité vise à reconnaître et à mettre en œuvre le droit à l'autodétermination et à l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge, en s'inscrivant dans une approche de réconciliation conforme à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Il est expressément qualifié de traité au sens des articles 25 et 35 de la Loi constitutionnelle de 1982, a force de loi, lie le Canada, la Fédération des Métis du Manitoba et toutes les personnes et tous les organismes, et engage l'honneur de la Couronne.
Le traité rappelle aussi l'histoire coloniale, le rôle historique des Métis de la rivière Rouge — Résistance de la rivière Rouge, Assemblée législative d'Assiniboia, cause Manitoba Metis Federation Inc. c Canada — et la responsabilité du Canada de remédier à l'« unfinished business of reconciliation » en lien notamment avec l'article 31 de la Loi de 1870 sur le Manitoba.
Le traité affirme que les Métis de la rivière Rouge sont une collectivité autochtone distincte qui détient collectivement des droits protégés par l'article 35, dont le droit inhérent à l'autonomie gouvernementale, et que la Fédération des Métis du Manitoba est leur gouvernement démocratique et leur représentant exclusif pour les droits et intérêts collectifs, y compris les droits de l'article 35 et les revendications liées aux terres.
De plus, le traité confirme que le droit à l'autodétermination et le droit inhérent à l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge ne dépendent pas de la reconnaissance du Canada ni de la loi de mise en œuvre, mais sont explicitement reconnus et affirmés comme droits de l'article 35 et protégés par l'article 25 de la Charte. Il précise qu'aucun droit de l'article 35 des Métis de la rivière Rouge n'est éteint ou cédé, que les droits de gouvernance énumérés ne sont pas exhaustifs, et que d'autres domaines d'autonomie pourront être ajoutés par des arrangements complémentaires d'autonomie gouvernementale ultérieurs.
Le chapitre 4 définit les compétences particulières des Métis de la rivière Rouge, c'est-à-dire les domaines où la Fédération des Métis de la Rivière rouge peut légiférer, avec préséance sur le droit fédéral en cas de conflit ou d'incompatibilité dans les domaines que je vais énumérer.
En ce qui concerne la citoyenneté des Métis de la rivière Rouge, les critères de citoyenneté, l'enregistrement, la renonciation, les recours, avec exigence d'un lien démontrable avec les Métis historiques de la rivière Rouge, le registre actuel de la Fédération des Métis de la rivière Rouge devient le registre officiel. En principe, quelqu'un ne peut pas être à la fois citoyen des Métis de la rivière Rouge et membre citoyen d'une autre collectivité autochtone reconnue — Première Nation, autre Métis ou traité moderne — sauf si cette personne est incapable de renoncer à cette autre qualité. Le traité n'empêche pas les individus de choisir un autre corps autochtone.
En ce qui concerne la méthode de sélection des représentants de la Fédération des Métis du Manitoba, c'est la FMM qui a compétence complète sur ses processus électoraux et sur la désignation de ses représentants, membres, dirigeants et autres. En ce qui a trait à la structure, au fonctionnement, aux finances et à la responsabilité de la FMM, à l'organisation interne, à la gestion des actifs, à la gestion financière, aux règles de responsabilité civile et d'immunité personnelle des dirigeants et des employés, les privilèges et l'immunité sont comparables à ceux des parlementaires. Il y a aussi un régime d'accès à l'information et de protection des renseignements personnels au sein de la FMM.
Il y a aussi la responsabilité démocratique: la Fédération des Métis du Manitoba peut adopter ses propres règles de reddition de comptes envers les citoyens métis, comme les règles visant la prévention des conflits d'intérêts, les mécanismes internes, etc.
Il y a aussi l'administration, l'exécution, les poursuites et les adjudications. La FMM peut créer des institutions pour appliquer ses lois. Elle peut prévoir des sanctions comme les amendes, la restitution et l'emprisonnement à l'intérieur de certaines limites. Elle peut intégrer des sanctions traditionnelles proportionnées et mettre en place des mécanismes d'application et de poursuite de ses lois. Dans tous ces champs, lorsque la loi métisse et la loi fédérale entrent en conflit ou sont incompatibles, la loi des Métis de la rivière Rouge prévaut, dans la mesure du conflit, pour les matières clairement visées par le traité.
Il y a aussi la fiscalité et le financement. Le traité définit la notion de « besoin de dépenses » et de « mécanismes fiscaux » censés permettre à la FMM de disposer d'une capacité financière comparable à celle d'autres gouvernements ou organismes publics accomplissant des fonctions similaires. Ces arrangements fiscaux sont négociés entre les parties et précisent les contributions fédérales et les responsabilités de la FMM; ils ne font pas partie du traité au sens des articles 25 et 35, mais ils sont encadrés par le traité.
Le traité consacre la compétence de la FMM en matière d'accès à l'information et de protection des renseignements personnels détenus par ses institutions en s'inspirant des régimes publics existants, qui sont adaptés à la réalité métisse. Il reconnaît aussi un rôle spécifique de la Fédération des Métis du Manitoba en matière de culture et de langue métisse de la Rivière‑Rouge, ainsi qu'en matière de services à l'enfance et à la famille, notamment dans le contexte de la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Le traité précise qu'il n'a pas d'incidence sur la Constitution du Canada, qu'il n'abroge pas les autres droits des peuples autochtones et qu'il n'y déroge pas, et qu'il n'empêche pas l'existence d'autres collectivités métisses distinctes pouvant détenir leurs propres droits en vertu de l'article 35. Il affirme que rien dans le traité ne limite les droits futurs des Métis de la rivière Rouge, ni la possibilité de reconnaître de nouvelles compétences de gouvernance par négociation. Il doit être interprété de manière à maintenir, et non à amoindrir les droits prévus à l'article 35.
La Fédération des Métis du Manitoba a été créée en 1967 pour assurer une gouvernance démocratique et responsable au nom des Métis de la rivière Rouge sur la base de pouvoirs constitutionnels que lui délèguent ses citoyens. Elle s'est constituée ensuite en personne morale pour répondre à une exigence du gouvernement fédéral liée à l'accès aux programmes.
Les Métis de la rivière Rouge sont définis comme une collectivité autochtone composée de ses citoyens et des personnes ayant droit à la citoyenneté vivant au Manitoba ainsi qu'ailleurs au Canada et à l'étranger. Sur le plan identitaire, la Fédération des Métis du Manitoba affirme s'appuyer sur la résolution de 2002 du Ralliement national des Métis concernant la définition de la nation métisse, et se présente comme la continuité de la « seule et unique Nation métisse » rattachée à ses origines de la rivière Rouge. Elle se donne pour mission de protéger les Métis de la rivière Rouge « au-delà des frontières » sur l'ensemble de leur territoire ancestral et partout où vivent ses citoyens, y compris à l'extérieur du Manitoba. Elle se décrit comme gardienne de la Nation métisse et de sa définition nationale.
La FMM situe cette démarche dans le contexte de l'héritage colonial en soulignant que les frontières provinciales et autres limites institutionnelles ont fragmenté le territoire traditionnel et la gouvernance métisse. Depuis 2014, elle affirme avoir entrepris des démarches pour réunir les Métis de la rivière Rouge et préciser que la citoyenneté à la FMM ne dépend pas de la résidence au Manitoba. L'organisation inscrit également son évolution dans une continuité historique plus longue: depuis l'ethnogenèse du peuple métis, elle met en avant trois institutions de gouvernance: la présidence, le conseil ou le cabinet et l'assemblée, qu'elle fait remonter aux structures de décision collective de l'époque des chasses aux bisons.
Ces institutions, issues d'une histoire marquée par des pratiques culturelles, des campagnes militaires et des luttes politiques, sont décrites comme un héritage durement acquis et toujours en évolution. Dans leur configuration actuelle, le président de la FMM, M. Chartrand, et un cabinet de 22 ministres rendent des comptes à l'assemblée et sollicitent son orientation. L'assemblée est présentée comme étant centrale pour assurer une gouvernance ouverte, responsable et démocratique. La FMM administre enfin un large éventail de programmes et de services, notamment en matière de protection de l'enfance et de la famille, de justice, de logement, de jeunesse, d'éducation, de ressources humaines, de développement économique et de ressources naturelles. Elle s'appuie pour cela sur un ensemble de sociétés, d'offices et d'agences affiliées regroupant plus de 1 100 employés.
Aussi, je rappelle que les Métis de la rivière Rouge forment, au XIXe siècle, une société issue d'Autochtones, surtout de membres des Premières Nations des Plaines, et d'Européens liés à la traite des fourrures. Ils se trouvent principalement dans la région de la colonie de la rivière Rouge, au cœur de l'actuel Manitoba.
Dès le début du siècle, ils jouent un rôle central dans l'économie du Nord-Ouest comme chasseurs de bison, fournisseurs de pemmican et intermédiaires dans le commerce des fourreurs, tout en développant une culture distincte à la fois catholique et francophone pour une large part, mais aussi anglophone et protestante, avec des pratiques collectives comme les grandes chasses organisées selon des règles démocratiques.
La colonie de la rivière Rouge, fondée en 1812 sous l'égide de la Compagnie de la Baie d'Hudson et de lord Selkirk, devient progressivement un foyer démographique où les Métis francophones et anglophones représentent une proportion importante de la population. Ils se dotent de leurs propres leaders, dont Cuthbert Grant, puis, plus tard, Louis Riel.
À partir des années 1860, le contexte change brutalement avec la volonté du Canada d'étendre sa souveraineté vers l'ouest. En 1869, la Compagnie de la Baie d'Hudson vend la Terre de Rupert au Dominion du Canada sans consulter les habitants métis, ce qui fait craindre la remise en cause de leurs terres, de leur langue et de leur religion, d'autant que les arpenteurs canadiens arrivent sur le terrain sans garanties claires sur les titres fonciers.
En octobre 1869, les Métis bloquent les travaux d'arpentage et, sous la direction de Louis Riel et d'autres chefs, s'emparent d'Upper Fort Garry, le principal poste de la compagnie, afin de forcer Ottawa à négocier les conditions de l'entrée de la région dans la Confédération. Ils mettent sur pied le Comité national des Métis et un gouvernement provisoire formé de Métis francophones et anglophones qui élaborent une liste de droits servant de base à la Loi sur le Manitoba.
Les négociations menées par le gouvernement provisoire conduisent à l'Acte du Manitoba de 1870, qui crée la province, reconnaît les institutions bilingues et des écoles confessionnelles et prévoit une attribution de 1,4 million d'acres aux enfants de familles métisses pour régler leur « titre indien à la terre ». Ce sont les termes de l'époque.
Toutefois, la mise en œuvre de ces promesses est chaotique et retardée, et l'exécution de l'orangiste Thomas Scott par un tribunal métis en mars 1870 déclenche une violente hostilité anti-métisse en Ontario, entraînant l'envoi d'un corps expéditionnaire qui se livre à des représailles et à des violences contre la population métisse. Dans ce climat de peur, une partie importante des Métis quitte la région. Ils migrent vers l'ouest, soit vers les actuelles provinces de la Saskatchewan et de l'Alberta, ou vers le sud, et perdent progressivement leur position majoritaire au Manitoba, où ils ne représentent plus qu'une faible part de la population dans les années 1880.
La rébellion du Nord-Ouest de 1885 constitue le second grand soulèvement mené par les Métis et certains alliés des Premières Nations contre le gouvernement canadien fédéral, dans le prolongement des événements de la rivière Rouge.
Dans les années 1870‑1880, les Métis installés dans les Territoires du Nord-Ouest dénoncent l'absence de titres clairs sur leurs terres, l'inaction du gouvernement face à leurs pétitions et la dégradation de leurs conditions économiques après l'effondrement du bison, ce qui nourrit un sentiment de marginalisation et d'injustice.
En 1884, des délégués métis font revenir Louis Riel de son exil au Montana pour structurer leurs revendications. Ils rédigent une nouvelle liste de réclamations et, devant l'absence de réponses satisfaisantes d'Ottawa, le mouvement glisse vers la confrontation armée. Au printemps 1885, un gouvernement provisoire est instauré à Batoche, sous l'autorité politique de Riel et la direction militaire de Gabriel Dumont. Après quelques succès initiaux, les Métis et leurs alliés sont finalement défaits à la bataille de Batoche en mai 1885 par le major-général britannique Frederick Middleton, ses troupes paramilitaires de la Police à cheval du Nord-Ouest et les milices volontaires, surtout orangistes. Le major‑général Middleton était par ailleurs passé maître dans la répression de révolte des peuples autochtones, ayant gagné ses galons notamment contre les Maoris en Nouvelle‑Zélande.
Je vois que mon temps file. J'aurais voulu en dire plus sur l'histoire et l'évolution de ces événements. Par exemple, le premier ministre Honoré Mercier, au Québec, va dire « [Louis] Riel, notre frère, est mort » le 22 novembre devant une foule énorme rassemblée au Champ-de-Mars à Montréal. La reddition de Riel, son procès pour haute trahison et son exécution en novembre 1885, ainsi que les sanctions imposées à plusieurs chefs autochtones, marquent une défaite politique et militaire majeure pour les Métis.
Aujourd'hui, nous avons à jouer un rôle important de réparation de l'injustice qui a été faite à cette nation depuis toutes ces décennies, depuis plus d'un siècle et demi. Sincèrement, je salue ce projet de loi et je veux leur dire que je suis et que nous, au Bloc québécois, sommes de tout cœur avec eux.
:
Monsieur le Président, c'est un honneur pour moi de prendre la parole aujourd'hui au sujet de ce projet de loi sur le Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge.
Je tiens d'abord à parler de la Fédération des Métis du Manitoba. Le travail dont nous avons discuté aujourd'hui ne s'est pas fait du jour au lendemain. Il reflète des décennies d'organisation, de défense des droits, de négociations et de travail constitutionnel accompli par la Fédération des Métis du Manitoba et les citoyens membres des Métis de la rivière Rouge.
Les Métis de la rivière Rouge se battaient déjà pour leur reconnaissance et leur place sur le territoire avant que le Canada ne devienne un pays en 1867. Dans l'histoire plus récente, l'entente elle-même est l'aboutissement d'un long cheminement: une entente-cadre en 2016, un plan de réconciliation progressive en 2018, un accord de financement budgétaire provisoire en 2000 et une entente de reconnaissance et de mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale en 2021. Ensemble, ces étapes nous ont menés jusqu'à aujourd'hui.
Le traité fait également référence à la réconciliation inachevée mentionnée dans l'affaire Manitoba Metis Federation Inc. c Canada.
Je tiens à saluer le président Chartrand et son leadership, qui ont permis à la Fédération des Métis du Manitoba de devenir un moteur socioéconomique à Winnipeg, au Manitoba et au-delà.
Je tiens également à exprimer mon respect envers les autres gouvernements autochtones qui ont contribué au débat sur les améliorations possibles au traité et qui ont eu le courage de faire valoir respectueusement leurs préoccupations dans le cadre d'une discussion plus approfondie sur le sujet. Je sais d'expérience que les porte-parole en matière d'affaires autochtones peuvent subir des formes très graves de violence, venant autant de l'extérieur que de l'intérieur de leur communauté, notamment sous forme de violence latérale, et ce, malgré l'objectif commun d'établir des bases solides pour les générations futures.
Nous, députés, avons le devoir de lutter contre cette violence et d'instaurer un dialogue respectueux sur des questions aussi importantes que celle-ci. Nous devons prendre le temps de nous assurer que ce projet de loi, qui propose d'intégrer l'accord dans le droit canadien et le droit constitutionnel, est bien conçu. C'est pourquoi ce débat ne devrait pas être réduit à un faux choix entre réconciliation et examen minutieux. Le Parlement peut être en faveur de la réconciliation tout en exigeant de la précision. En fait, quand une loi constitutionnalise un traité en vertu des articles 25 et 35, la précision fait partie de la réconciliation.
Les conservateurs appuient les droits issus de traités. Nous appuyons l'autonomie gouvernementale des Métis. Nous appuyons les accords modernes qui sont durables, constitutionnels et réalisables. Nous appuyons même le choix de la Fédération des Métis du Manitoba, comme c'est son droit, de négocier et de conclure un accord lui permettant de s'affranchir de la bureaucratie d'Ottawa.
En tant que membre des Premières Nations, je ne suis personnellement pas favorable à ce qu'on hypertrophie l'appareil de Services aux Autochtones Canada dans le cadre de la mise en œuvre de ce traité. Un élément clé de l'autonomie gouvernementale de la Fédération des Métis du Manitoba réside dans la liberté de celle-ci de choisir ses partenaires, même si Services aux Autochtones Canada est depuis longtemps connu pour son manque de fiabilité et ses comportements abusifs envers d'autres communautés autochtones. Favoriser l'autodétermination et la gouvernance de la Fédération des Métis du Manitoba sur son propre peuple ne nous oblige pas, en tant que législateurs, à ignorer les difficultés potentielles liées à la mise en œuvre. Il nous faut plutôt examiner ces difficultés avant qu'elles ne se transforment en procès interminables, ce qui, malgré tous les efforts des rédacteurs, peut encore arriver. Nous devons anticiper les différends et les résoudre de manière plus conciliante. Pour ce faire, nous devons nous demander si les autres communautés autochtones ont été suffisamment consultées pour que l'on anticipe les défis que pourrait poser ce traité.
La première raison qui incite à la prudence, c'est que le traité en tant que tel stipule qu'il s'agit d'un traité au sens des articles 25 et 35, qu'il a force de loi, qu'il lie toutes les personnes et tous les organismes, et qu'il engage l'honneur de la Couronne. Une fois que le Parlement le fera entrer en vigueur, ce sont les tribunaux, et non les ministres, qui deviendront les interprètes ultimes de son libellé. Si le Parlement laisse subsister une ambiguïté dans un instrument constitutionnel, il ne fait pas le choix de la souplesse: il s'expose à de futurs litiges.
Le projet de loi d'exécution dont nous sommes saisis conférerait au traité et aux futures lois de la Fédération des Métis du Manitoba la force d'une loi fédérale qui prévaudrait dans de nombreux domaines sur d'autres lois fédérales contradictoires. Entre autres aspects, il pourrait donner aux forces policières n'appartenant pas à la Fédération ainsi qu'aux provinces le pouvoir de faire respecter les lois de la Fédération des Métis du Manitoba à l'égard des non-membres de celle-ci, y compris le pouvoir de poursuivre et d'emprisonner les accusés. Comme la Fédération n'est pas clairement délimitée ni définie géographiquement dans le traité, ses lois s'appliqueraient éventuellement n'importe où dans l'Ouest canadien et au-delà. Plusieurs groupes métis ont fait valoir que la compétence de la Fédération des Métis du Manitoba ne devrait pas s'étendre aux autres territoires traditionnels des Métis et qu'il devrait revenir aux systèmes de justice métis, et non aux tribunaux canadiens, d'interpréter les lois métisses et de définir leur application.
Les traités modernes offrent la possibilité d'inscrire les relations entre Autochtones et non-Autochtones dans un système judiciaire commun et propice à l'établissement d'un climat de confiance, dans une perspective de continuité, de transparence et de prévisibilité.
Un traité moderne au libellé ambigu peut se traduire par des années de conflits. Rappeler les décennies durant lesquelles l'interprétation et les mauvaises relations ont indûment causé des dissensions n'a rien d'alarmiste. Le Canada subit encore aujourd'hui des conséquences à ce chapitre. C'est le cas en Colombie‑Britannique. Les gouvernements fédéral et provinciaux apprennent à la dure ce qui arrive quand on se concentre sur les beaux discours au sujet de la réconciliation plutôt que sur le dur travail nécessaire pour rallier le plus grand nombre de Canadiens possible, tant chez les Autochtones que chez les Non-Autochtones.
Il y a beaucoup de choses dans le traité qui méritent d'être soulignées. Il reconnaît l'autodétermination des Métis de la rivière Rouge et le droit inhérent à l'autonomie gouvernementale. Au paragraphe 9, il reconnaît la Fédération des Métis du Manitoba comme gouvernement des Métis de la rivière Rouge. Il confère maintenant de façon explicite une compétence en ce qui concerne la citoyenneté, la sélection des dirigeants, les opérations internes, la reddition de comptes, l'administration, l'application de la loi ainsi que des questions connexes. Il s'agit d'un travail sérieux et digne de respect, mais malgré le respect qu'on peut avoir pour le travail que la Fédération des Métis du Manitoba a accompli, il n'en demeure pas moins que le Parlement a le devoir de creuser les effets que ce texte aurait ou n'aurait pas et d'envisager les interprétations futures auxquelles il se prête éventuellement.
Le problème suivant concerne la définition des Métis de la rivière Rouge, les relations avec les autres gouvernements métis et la question de l'espace constitutionnel pour les autres. Ce sont les Métis de la rivière Rouge qui devraient avoir le pouvoir ultime de déterminer qui est des leurs. Le paragraphe 1 du traité définit les Métis de la rivière Rouge comme une « collectivité autochtone [qui était] établie à l'origine dans le Nord‑Ouest historique et au cœur de la vallée de la rivière Rouge », distincte de toute autre communauté autochtone et détenant collectivement les droits visés à l'article 35, y compris le droit inhérent à l'autonomie gouvernementale.
On peut lire ensuite au paragraphe 10 que dans l'exercice de leurs droits détenus collectivement, dans la poursuite de leurs revendications à l'égard du système des certificats métis et dans les consultations avec la Couronne concernant les effets préjudiciables potentiels sur leurs droits visés à l'article 35, les Métis de la rivière Rouge agissent « exclusivement » par l'intermédiaire de la Fédération des Métis du Manitoba.
Le paragraphe 19 ajoute que le droit existant à l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge visé à l'article 35 en ce qui concerne la définition des Métis de la rivière Rouge et leur représentation exclusive par la Fédération des Métis du Manitoba est maintenu et qu'il sera exercé en conformité avec le traité.
Pour de nombreux citoyens métis de la rivière Rouge, ces dispositions constituent une reconnaissance et des mesures rassembleuses qui se font attendre depuis longtemps. Ce point de vue doit être entendu. Cependant, pour d'autres gouvernements métis, ces mêmes dispositions sonnent l'alarme. Les définitions et la portée du traité sont interprétées de manière large et ambiguë. D'autres nations métisses nous ont dit craindre que le traité ne laisse pas de place constitutionnelle à d'autres groupes métis. Une fois mis en œuvre, il sera contraignant pour les tiers, y compris d'autres gouvernements métis reconnus par le gouvernement fédéral. Les ententes et les traités sur l'autonomie gouvernementale conclus avec différents gouvernements métis et autochtones doivent coexister.
Il y a des avantages à rédiger cette entente avec souplesse et en utilisant un libellé limitatif, mais cette approche entraîne aussi trop d'ambiguïté. Le paragraphe 13 dit qu'aucune disposition du traité ne peut être interprétée aux fins de déterminer la situation géographique, ou son étendue, des Métis de la rivière Rouge. Il n'y a rien non plus dans le traité qui laisse entendre que les Métis de la rivière Rouge constituent la seule collectivité métisse visée par l'article 35 ou que la Fédération des Métis du Manitoba représente une autre collectivité autochtone que les Métis de la rivière Rouge. Le traité préserve la possibilité qu'il y ait d'autres groupes de détenteurs de droits collectifs métis, ce qui est une bonne chose, établis avant que l'Europe ne commence à exercer un contrôle effectif, soit des personnes ayant des ancêtres métis de la rivière Rouge et pouvant détenir des droits distincts prévus à l'article 35. Ce sont là des mesures de protection importantes, et toute interprétation équitable du traité doit en tenir compte.
Les autres gouvernements métis, qui s'efforcent eux aussi depuis des années d'obtenir la reconnaissance de leurs propres communautés jouissant de droits et d'ententes d'autonomie gouvernementale, manifestent leur respect. Leur préoccupation ne se rapporte pas au fait que la Fédération des Métis du Manitoba ne devrait pas avoir de traité. C'est même tout le contraire. Divers groupes métis apprécient, saluent et appuient la conclusion de traités modernes entre le Canada et les gouvernements métis, et ils reconnaissent le droit de la Fédération des Métis du Manitoba d'accéder à l'autodétermination au moyen de cette entente.
Le deuxième problème se rapporte au flou qui entoure les droits relatifs aux terres et les droits des Autochtones. Pour les partisans du projet de loi, le traité porte sur la gouvernance interne et non sur des revendications territoriales. Ses domaines d'application immédiats visent la gouvernance, la citoyenneté, les structures internes, la reddition de comptes, le règlement des litiges et les questions institutionnelles connexes, et non sur le transfert direct de territoires.
Ces derniers mois, les désaccords sur l'interprétation des traités et d'autres ententes sur les droits relatifs aux terres ont engendré une grande incertitude chez les Canadiens, et les peuples autochtones ont largement et indûment été exposés à l'ignorance, aux interprétations erronées et à la haine. Tout le monde a fait les frais de l'imprécision du Canada et de son absence de communication au sujet de plusieurs ententes récentes conclues en Colombie‑Britannique. Si le Canada souhaite maintenant affirmer que le traité avec la Fédération des Métis du Manitoba ne reconnaît pas les droits relatifs aux terres, il a le devoir de le dire explicitement, y compris en ce qui concerne la protection de la propriété en fief simple.
Trop souvent, il semble que le gouvernement actuel veuille intentionnellement conserver cette ambiguïté afin de pouvoir s'attribuer le mérite des décisions prises sans en assumer la responsabilité. Pourquoi est-ce important? Le chapitre 9 établit le processus des futurs arrangements supplémentaires sur l'autonomie gouvernementale dans des domaines comme la récolte et la gestion de la faune, des oiseaux migrateurs et du poisson, les évaluations environnementales et la protection de l'environnement, l'administration de la justice et toute autre question raisonnablement liée à l'autodétermination, à l'autonomie gouvernementale ou à d'autres droits et intérêts des Métis de la rivière Rouge. Pour de nombreuses Premières Nations et d'autres peuples autochtones, le paradigme traditionnel veut que nous fassions partie de la terre, faune et flore y comprises.
Le paragraphe 88 va plus loin et indique que le traité envisage la négociation ou la reconnaissance future de la compétence de la Fédération des Métis du Manitoba à l'égard des terres pouvant être détenues par les Métis de la rivière Rouge, et le préambule du traité lui-même renvoie aux dispositions de la Loi sur le Manitoba relatives aux concessions de terres n'ayant pas été respectées, ce qui laisse entendre que des réparations sont possibles.
En ce qui concerne les Canadiens non autochtones, en particulier ceux qui s'inquiètent de l'utilisation récréative ou nourricière du territoire, il est important de ne pas alimenter la peur. À première vue, ce traité ne menacerait pas les titres en fief simple. Il ne contient aucune clause d'expropriation de propriétés privées. Cependant, il créerait un cadre juridique pouvant avoir une incidence sur d'éventuelles questions de consultation, négociations des champs de compétence ou procédures sur l'étendue des droits. L'attitude responsable n'est ni d'alarmer ni de nier. Il faut être clair.
Pour les peuples autochtones, en particulier les Métis, les Premières Nations et les Inuits, la question est tout aussi grave, mais différente. Il s'agit de savoir si la constitutionnalité peut être protégée grâce à un traité rédigé de manière à laisser place à la reconnaissance durement gagnée d'un gouvernement autochtone sans empiéter sur l'espace constitutionnel dont ont besoin les autres. Il s'agit de savoir si la réconciliation est favorisée par un pluralisme prudent ou par des conflits qui auraient pu être évités. Il s'agit aussi de savoir si une communauté autochtone a besoin d'être reconnue dans un traité pour pouvoir exercer ses droits à l'autonomie gouvernementale.
Le gouvernement libéral doit tenir compte des critiques formulées à l'encontre du projet de loi dans le cadre de l'étude du projet de loi dont nous sommes saisis, non pas parce que la Fédération des Métis du Manitoba relève de la même catégorie que les autres Métis visés par le projet de loi C‑53, mais parce que d'autres préoccupations autochtones ont été expressément soulevées. Le gouvernement doit répondre à une question fondamentale, une question qui m'a été posée et qui, je sais, a également été posée au gouvernement libéral: dans quelle mesure ce traité recouperait-il les traités numérotés historiques au Canada?
Nous ne pouvons pas ignorer le fait que l'Assemblée des chefs des Premières Nations signataires d'un traité en Alberta a adopté récemment une résolution pour s'opposer au projet de traité dont il est question aujourd'hui. Dans leur mémoire adressé au gouvernement libéral, les chefs des Premières Nations signataires du Traité no 3 en Ontario ont exprimé leurs réserves à propos de traités modernes préapprouvés qui primeraient sur des traités historiques signés au temps de la Confédération et qui feraient d'eux des citoyens de seconde zone. Nous savons très bien que le gouvernement libéral n'a à peu près pas mené de consultations sur le projet de loi auprès des Premières Nations signataires des traités numérotés en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba.
Le gouvernement libéral a mené de vastes consultations sur le projet de loi sans en tenir sur d'autres comme le projet de loi . Les Premières Nations s'interrogent de nouveau sur les manœuvres politiques contradictoires du gouvernement quand il s'agit de tenir ou non des consultations. Ces préoccupations sont bien réelles et je sais que la Fédération des Métis du Manitoba est consciente de ces inquiétudes. Je crois qu'aucune nation autochtone, métisse, inuite ni aucune Première Nation ne souhaite l'échec d'un autre peuple autochtone, mais il faut régler le processus et les détails. Peu importe leur type, tous les accords et les traités doivent coexister, comme les Autochtones et les non-Autochtones.
Le troisième problème concerne la prévisibilité au quotidien dans la gouvernance et dans la manière dont nous faisons croître l'économie canadienne. Le processus de la Régie de l'énergie du Canada en Colombie‑Britannique a permis à la Fédération des Métis du Manitoba de s'appuyer sur le traité et sur les revendications territoriales des Métis de la rivière Rouge pour revendiquer des droits de consultation bien au-delà de la rivière Rouge, à deux provinces de distance. Une telle situation peut entraîner de la confusion, des coûts et des retards dans l'exploitation des ressources. Les répercussions ne se limitent pas à des différends politiques; elles ont des effets concrets sur le terrain et peuvent empêcher la croissance rapide de l'économie canadienne, au détriment de l'ensemble des peuples visés par les traités.
Le Parlement s'apprête à inscrire dans la Constitution un traité dont le libellé et les modalités connexes sont déjà invoqués dans des cadres réglementaires, mais il lui incombe de tenir compte de l'importance du choix des mots au-delà de cette enceinte. L’engagement à mettre en place une entente financière destinée à répondre aux besoins financiers de la Fédération des Métis du Manitoba pour exercer ses fonctions d’autonomie gouvernementale définies est, en théorie, louable, mais il n'est pas clairement énoncé. Ces reconnaissances de dette promettent une foule de droits et d'obligations possibles et un cadre bureaucratique permettant à Ottawa de conserver une influence importante sur la façon dont il entend contrôler ces ententes et cette nation autochtone.
Cela m'amène à mon dernier point. La position la plus juste et la plus constructive n'est pas d'attaquer la Fédération des Métis du Manitoba ni de nier la légitimité de l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge. Elle consiste plutôt à dire que nous honorons le travail qui a permis d'aboutir à ce traité, que nous reconnaissons que le processus de réconciliation n'est pas encore achevé, et que nous acceptons le fait que la Fédération des Métis du Manitoba a travaillé pendant des années pour atteindre cette étape décisive. Cependant, comme ce traité serait ancré dans la Constitution et contraignant pour tous, nous avons le devoir, envers la Fédération des Métis du Manitoba, les autres gouvernements métis, les Premières Nations, les provinces et les Canadiens en général, de concevoir un projet de loi d'exécution d'une clarté maximale.
Il convient notamment de se demander si le projet de loi ne devrait pas inclure des protections explicites précisant que ce traité n'annulera pas d'autres accords conclus avec les Métis, qu'il ne fera pas des Métis de la rivière Rouge les seuls Métis visés par l'article 35, qu'il ne limitera pas d'éventuelles négociations avec d'autres groupes métis, qu'il ne reconnaîtra pas de droits liés aux terres au titre de l'article 35 à moins d'une décision explicite du Parlement et qu'il protégera la propriété privée des Canadiens en général.
Ces propositions ne vont pas à l'encontre de la réconciliation. Elles rendent la réconciliation plus stable, plus transparente et plus durable, à un moment où de nombreux Canadiens s'interrogent sur la direction que nous prenons. Les traités modernes sont trop importants pour reposer sur des interprétations implicites, alors qu'ils pourraient être formulés explicitement. L'histoire juridique du Canada nous enseigne que, lorsque le libellé d'un traité est ambigu, les tribunaux passent des années, voire des générations, à tenter de retrouver l'intention commune des parties, pendant que les communautés et Ottawa en subissent les conséquences imprévues.
Le Parlement a encore le temps de dissiper ces incertitudes. Faisons-le donc avec respect, pour la Fédération des Métis du Manitoba, pour les autres communautés métisses titulaires de droits, pour les droits des Autochtones, pour la sécurité juridique et pour les Canadiens, qui méritent des lois claires, compréhensibles et porteuses d'unité plutôt que de divisions à long terme.
Nous serons heureux de discuter des améliorations à apporter à ce projet de loi et d'examiner d'éventuels amendements en comité.
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Monsieur le Président, je vais partager mon temps de parole avec la députée de .
Je voudrais revenir sur quelques points soulevés par mon collègue et ami du Parti conservateur. Je pense que nous nous trouvons à un moment crucial. Hier encore, nous parlions des traités modernes et de l'importance de faire des progrès à cet égard. Nous examinons actuellement un traité moderne qui contribuerait grandement à régler un problème qui perdure depuis des générations.
Le député a soulevé la question des consultations. Cela fait plus de trois décennies, près de 40 ans maintenant, que je suis un parlementaire; je l'ai été d'abord au Manitoba, puis à Ottawa, et je peux affirmer d'expérience que, dans le cadre des discussions et des consultations, d'énormes efforts, beaucoup de passion et bien des larmes ont été consacrés à la lutte pour obtenir cette reconnaissance. Je me souviens qu'au début des années 1990, Louis Riel a finalement été reconnu comme l'un des pères fondateurs du Manitoba. Il y a tout juste deux ans, Louis Riel a été reconnu comme le premier premier ministre du Manitoba. La province du Manitoba est ce qu'elle est aujourd'hui en grande partie grâce à l'influence du peuple métis.
Le projet de loi dont nous sommes saisis aujourd'hui n'a pas besoin d'être absolument parfait. Nous avons l'occasion de lui permettre de progresser. Au cours des consultations, aussi bien le que les membres du Cabinet, qui ont consacré tant d'efforts à ce qui nous est présenté aujourd'hui, se sont montrés ouverts à toute proposition visant à améliorer tel ou tel aspect du projet de loi et à y apporter des amendements pour mener à un traité plus solide et plus équitable. Je pense que la pire chose que nous pourrions faire serait de tirer une conclusion et de dire que le projet de loi n'est pas parfait et qu'il faut donc simplement attendre de voir. J'ai déjà vu cela se produire par le passé, et cela peut vraiment causer des problèmes pour les projets de loi, alors je ne veux pas que cela arrive avec ce projet de loi en particulier.
J'ai entendu des préoccupations concernant les autres nations métisses du pays. Les Métis de la rivière Rouge, à mon sens, ont fait leur travail. Les députés devraient venir voir le centre-ville de Winnipeg, au Manitoba, où l'on trouve des services à l'enfance et à la famille, des garderies, des logements et des établissements d'enseignement. Ces services sont bel et bien là pour les membres de la nation des Métis de la rivière Rouge et des autres nations.
J'ai assisté à la cérémonie d'ouverture d'une garderie où des membres de la communauté ukrainienne apportaient leur contribution. La nation métisse du Manitoba sait qu'une nation métisse dynamique et saine est un atout pour le Canada. Il suffit de se promener en voiture pour le constater, non seulement à Winnipeg, mais dans les nombreuses communautés de la province. C'est une de nos grandes fiertés, et c'est une source de fierté croissante dans notre région.
Je considère le projet de loi comme un merveilleux exemple de traité moderne qui pourrait être imité par d'autres Premières Nations et communautés métisses. Il a beaucoup de potentiel, à tout le moins pour les Métis. À mon avis, nous devons tenir compte du caractère unique des Autochtones et apporter des ajustements, car il n'y a pas de solution universelle. Le moins qu'on puisse faire, c'est reconnaître la juste valeur de ce dont nous parlons aujourd'hui, c'est-à-dire ce traité et le projet de loi .
Comme je l'ai souligné, si nous voulons vraiment nous faire une idée des choses qui se sont exceptionnellement bien passées à Winnipeg, il suffit de regarder la présence des Métis de la rivière Rouge dans cette ville. Elle est tangible. J'en ai parlé plus tôt. Quand je pense aux Métis de la rivière Rouge, je pense à Louis Riel. Il a été élu député, mais je crois qu'on ne l'a jamais autorisé à occuper son siège au Parlement. Il a été une source d'inspiration pour les Métis et les non-Métis. À la mi-novembre, le 16 novembre, je crois, le du Canada a visité la tombe de Louis Riel avec la Fédération des Métis. Ce fut un moment très mémorable.
J'invite les députés à penser à ce que Louis Riel a dû endurer alors qu'il tentait d'accéder à son siège au Parlement, alors qu'il y avait été dûment élu. Aujourd'hui, un en exercice se rend sur sa tombe.
Je pense que nous serons en mesure d'accorder cette reconnaissance, que ce soit grâce à des mesures de cette nature ou à des gestes de la province, par exemple en accrochant le portrait de Louis Riel comme premier premier ministre du Manitoba, ou simplement en saluant les nombreux efforts concrets qui sont déployés aujourd'hui pour changer les choses et transformer des vies.
Little Stars Playhouse, sur l'avenue Selkirk, est l'un des services de garde. Je parlais d'obtenir des fonds fédéraux, et l'entreprise éprouvait des difficultés. C'est à ce moment-là que la présidente a communiqué avec Gerrie, et la question a pratiquement été réglée du jour au lendemain. On peut voir que des enfants reçoivent des services de première classe grâce à la collaboration directe de la Fédération des Métis du Manitoba avec le gouvernement fédéral et, sans aucun doute, le gouvernement provincial.
Je signale aux députés que je pourrais continuer encore longtemps à donner des exemples du genre. C'est pourquoi, lorsque j'examine le projet de loi — et je connais très bien le processus, comme nous le savons très bien —, je sais que nous pourrions le renvoyer au comité dès la semaine prochaine. C'est possible. Ça ne veut pas dire qu'il est nécessaire d'appuyer le projet de loi. Nous pouvons le faire passer à l'étape de l'étude en comité. Si des députés ont des idées pour améliorer le projet de loi, je les encourage fortement à les proposer. Si des députés estiment qu'il n'y a pas eu assez de consultations, laissons le comité permanent inviter des témoins à comparaître afin qu'on puisse leur poser des questions et entendre leurs points de vue.
Adopter le projet de loi avant la fin du mois serait une réalisation très importante. Je me rends compte que c'est un défi de taille, mais ce serait une bonne chose. À tout le moins, nous pouvons le renvoyer à un comité permanent, où des représentants ne siégeant pas à la Chambre pourront nous faire part de leurs réflexions sur ce qui, à mon avis, est nécessaire, à savoir un traité moderne avec les Métis de la rivière Rouge.
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Monsieur le Président, je commencerai par féliciter la Fédération des Métis du Manitoba et son président, M. Chartrand, pour tout leur travail, ainsi que la communauté métisse du Manitoba.
Je prends la parole aujourd'hui au sujet du projet de loi , une loi sur la mise en vigueur du Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la Rivière Rouge. Ce projet de loi repose sur un élément fondamental, car il montre que la Chambre est disposée à respecter ce qui n'aurait jamais dû être refusé aux peuples autochtones, c'est-à-dire leur droit inhérent à l'autonomie gouvernementale.
Depuis des générations, les peuples autochtones d'ici se battent pour obtenir la reconnaissance, la dignité et le pouvoir de prendre des décisions qui concernent leurs communautés, leurs lois et leur avenir. Il ne s'agit pas de revendications, mais bien de droits garantis par la Constitution. Ces droits sont reconnus et confirmés par l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Ces droits sont inhérents et ils ne sont pas conférés par la Couronne.
Le projet de loi vise à donner force de loi au Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la Rivière Rouge. Il reconnaît la Fédération des Métis du Manitoba en tant que gouvernement des Métis de la rivière Rouge et il affirme le pouvoir de ce peuple de gouverner ses affaires internes, de déterminer sa citoyenneté et de définir ses structures de gouvernance pour qu'elles reflètent ses coutumes, ses traditions et ses priorités. Ce n'est pas négligeable. Le projet de loi repose sur des décennies de revendication, de résilience et de leadership de la part des Métis. Il s'inscrit dans une démarche de longue date visant la justice, la reconnaissance et la restauration du droit à l'autodétermination. Soyons clairs: le NPD appuie cette démarche.
Nous appuyons le projet de loi à l'étape de la deuxième lecture parce que nous croyons au droit à l'autodétermination et à la capacité des peuples autochtones de définir leur propre avenir. Nous croyons que les traités modernes, lorsqu'ils sont bien conçus, peuvent être des outils puissants pour affirmer les droits, pour clarifier les compétences et pour renforcer la gouvernance autochtone. Cependant, appuyer ce projet de loi ne veut pas dire se taire ni faire fi des préoccupations. Notre appui ne signifie pas que nous renonçons à notre responsabilité de veiller au respect des droits de tous les peuples autochtones, car, parallèlement aux objectifs du projet de loi, il existe également des questions sérieuses qui doivent être examinées.
Des Premières Nations, y compris de nombreuses Premières Nations du Manitoba, nous ont fait part de leurs préoccupations quant aux répercussions que ce traité pourrait avoir sur leurs droits. Leurs préoccupations concernent les terres, les ressources, la chasse, la pêche et les activités de récolte. Certains craignent que les décisions qui ont été prises aient une incidence sur des relations et des responsabilités qui existaient bien avant le Parlement. On ne peut pas balayer ces préoccupations du revers de la main. Il faut les entendre. C'est pourquoi j'appuie l'affirmation de mon collègue de selon laquelle ce projet de loi doit être renvoyé au comité permanent pour une étude plus approfondie.
Nous proposons également un amendement au projet de loi afin que rien ne puisse être interprété comme un déni des droits d'autres peuples autochtones ni comme une atteinte à leurs droits. L'amendement proposé est justifié par l'article 95 du traité, qui obligerait les peuples autochtones qui estiment que leurs droits sont lésés par le traité à épuiser tous les droits d'appel avant que le conflit ne puisse être résolu. Le gouvernement a-t-il pour objectif de traîner les peuples autochtones devant les tribunaux, et ce, jusqu'à la Cour suprême?
Si nous sommes vraiment déterminés à promouvoir la réconciliation, nous devons être tout aussi déterminés à faire ce travail correctement, ce qui veut dire qu'il faut écouter, faire preuve de bonne foi et veiller à ce que la reconnaissance d'une nation ne se fasse pas au détriment des droits d'une autre. La réconciliation n'est pas une case à cocher ni un slogan. C'est un processus fondé sur le respect, la reddition de comptes et la vérité. Parfois, la vérité nous oblige à reconnaître des choses qui nous mettent mal à l'aise.
Le gouvernement a trop souvent échoué à faire respecter les droits des Autochtones au moment où cela compte le plus. On a présenté des projets de loi sans obtenir le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause des peuples autochtones. Nous avons vu prendre des décisions qui affaiblissent la souveraineté au lieu de la renforcer. Nous avons vu des promesses de partenariat suivies de mesures érodant la confiance. Lorsque le gouvernement demande aux peuples autochtones de lui faire confiance au sujet du projet de loi dont nous sommes saisis, cela n'a rien d'abstrait pour ces peuples. C'est une demande qui repose sur les expériences qu'ils ont vécues. La confiance ne se donne pas, elle se mérite; et il faut sans cesse prouver qu'on la mérite par des gestes concrets. C'est pourquoi l'étude en comité sera cruciale.
Nous devons entendre directement les peuples autochtones, les citoyens métis, les Premières Nations et ceux qui appuient ce traité, mais aussi ceux qui ont des inquiétudes. Nous devons créer un espace pour que ces voix puissent façonner le projet de loi, cerner les risques et proposer des solutions, car il est important de bien faire les choses. Faire les choses correctement aura une incidence positive ou négative sur les relations. C'est important non seulement pour les Métis de la rivière Rouge mais aussi, de façon plus générale, pour encadrer les droits des Autochtones au Canada. C'est important aussi pour la compréhension des traités, le respect des compétences et la préservation des relations entre les nations autochtones.
Nous ne pouvons pas nous permettre de répéter les erreurs du passé, où les décisions étaient imposées plutôt qu'élaborées conjointement, et où les droits étaient bafoués plutôt que respectés. Nous avons ici l'occasion de faire mieux et d'aller de l'avant d'une manière qui honore le droit inhérent à l'autonomie gouvernementale, de renforcer la reconnaissance juridique de la gouvernance métisse et de veiller à ce que les droits de tous les peuples autochtones soient respectés, non seulement en théorie, mais aussi dans la pratique.
Nous appuierons le projet de loi à l'étape de la deuxième lecture. Nous le ferons parce que nous croyons à l'autodétermination. En fait, nous croyons au droit à l'autodétermination de tous les peuples. Nous l'appuierons parce que nous reconnaissons la longue lutte des Métis de la rivière Rouge pour obtenir une reconnaissance, mais nous devons également remplir notre rôle de législateurs. Nous devons poser des questions difficiles. Nous écouterons attentivement. Nous veillerons à ce que cette mesure législative reflète les voix des gens qu'elle concerne.
La réconciliation exige plus que de simples paroles. Elle exige que nous agissions avec intégrité, humilité et honnêteté. Elle exige que nous agissions avec un engagement sans faille envers la justice. La voie à suivre doit être guidée avant tout par un principe: les droits, la dignité et la souveraineté des peuples autochtones ne sont pas négociables. Allons de l'avant en gardant ce principe à l'esprit. Faisons le travail comme il se doit et veillons, quand nous adoptons des mesures législatives comme le projet de loi , à ne pas nous contenter de reconnaître les droits, mais à les faire véritablement respecter.
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Monsieur le Président, c'est toujours un privilège de prendre la parole à la Chambre au nom des citoyens et résidants de Calgary Signal Hill.
J'interviens aujourd'hui au sujet du projet de loi , qui vise la mise en vigueur du Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l'autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge.
Je tiens à être clair dès le départ. Les conservateurs sont en faveur de la réconciliation. Nous soutenons les droits inhérents des peuples autochtones, y compris les Métis, les Premières Nations et les Inuits, à l'autonomie gouvernementale. Nous appuyons la reconnaissance de ces droits d'une manière respectueuse, inclusive et ancrée dans la loi. Soutenir les efforts de réconciliation ne signifie toutefois pas qu'il faudrait abandonner nos responsabilités, précipiter l'adoption d'un projet de loi boiteux, ni, de toute évidence, faire fi de la voix des communautés autochtones qui soulèvent des préoccupations graves et légitimes.
C'est exactement ce qui se passe avec le projet de loi . Ce projet de loi demande au Parlement de ratifier un traité lourd de conséquences, qui établit pour la première fois un accord d'autonomie gouvernementale d'une ampleur considérable pour les Métis. Il reconnaît la Fédération des Métis du Manitoba en tant que représentant exclusif des Métis de la rivière Rouge et lui accorde le pouvoir de légiférer sur des questions telles que la citoyenneté, la gouvernance et l'administration interne. On peut y voir un progrès à première vue, mais un examen plus attentif révèle de graves problèmes qu'on ne peut pas ignorer.
Avant tout, il y a eu un manquement manifeste et indéniable à l'obligation de consulter. Ce traité n'existe pas en vase clos. Ses implications dépassent largement les frontières du Manitoba. Les termes qui y sont employés, notamment dans le préambule et les dispositions clés, étendent sa portée potentielle à l'ensemble de l'Ouest canadien, voire au-delà. Cela transparaît dans les dispositions qui énoncent explicitement que le territoire géographique des Métis de la rivière Rouge n'est pas défini. On le constate dans le libellé qui reconnaît que les citoyens métis de la rivière Rouge peuvent être « situés dans ce qui est aujourd'hui le Manitoba ainsi qu'ailleurs au Canada et à l'étranger ». On le constate dans les dispositions qui empêchent toute autre organisation autochtone de représenter des personnes pouvant être considérées comme des Métis de la rivière Rouge. Prises dans leur ensemble, ces dispositions créent une ambiguïté qui a de vraies conséquences.
Quelle a été la réaction des autres gouvernements métis? Ils tirent la sonnette d'alarme.
La nation métisse de l'Ontario a souligné que ce traité comporte des ambiguïtés délibérées visant à justifier une intervention dans des questions qui dépassent largement les frontières du Manitoba. Elle cite des exemples où la Fédération des Métis du Manitoba a demandé à être consultée pour des projets en Colombie‑Britannique, à des milliers de kilomètres de la rivière Rouge.
La nation métisse de la Saskatchewan a fait part de ses préoccupations quant au fait que ce traité pourrait permettre à la Fédération des Métis du Manitoba de passer outre à son autorité en Saskatchewan.
La nation métisse de l'Alberta est allée encore plus loin en affirmant que cet accord pourrait permettre à la fédération manitobaine de faire du recrutement actif en Alberta, ce qui porterait atteinte aux structures de gouvernance métisses existantes.
Il ne s'agit pas là de désaccords mineurs. Ce sont des différends fondamentaux portant sur l'identité, la compétence et les droits. Pourtant, le gouvernement nous demande d'agir comme si ces préoccupations n'existaient pas. La réconciliation ne peut se construire sur la division. Si divers gouvernements métis des quatre coins du pays nous disent qu'ils n'ont pas été dûment consultés, que leurs droits pourraient être affectés et que ce traité risque de passer outre leur autorité, alors nous avons le devoir de les écouter.
Nous avons également une obligation légale. L'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît et affirme les droits des peuples autochtones. La Cour suprême du Canada a clairement établi que ces droits appartiennent à des communautés distinctes, et non à une entité unique et centralisée prétendant parler au nom de toutes. Dans la décision rendue par la Cour suprême dans l'affaire Powley, on a souligné que les communautés métisses sont diverses et qu'elles ont des histoires et des traditions distinctes selon les régions. Ce principe est essentiel, mais ce traité risque de réduire cette diversité à un seul discours qui élève les Métis de la rivière Rouge au rang d'autorité déterminante, potentiellement au détriment d'autres communautés métisses légitimes. Or, ce n'est pas de la réconciliation, mais de l'exclusion.
Les préoccupations ne se limitent pas aux groupes métis. Les Premières Nations ont également soulevé de sérieuses objections. La Première Nation de Dakota Tipi et la Nation des Dakota de Canupawakpa se sont adressées aux tribunaux en faisant valoir qu'elles n'ont pas été consultées et que le traité porte atteinte à leurs droits. Elles ont clairement indiqué qu'elles n'ont jamais cédé leurs terres ancestrales et que tout accord touchant ces terres doit les inclure. Les nations du Traité no 5 ont exprimé de « sérieuses préoccupations » liées à l'inclusion de la Fédération des Métis du Manitoba aux processus décisionnels sur leur territoire, la qualifiant d'affront direct à leur souveraineté.
Ces préoccupations ne sont pas abstraites. Elles portent sur des questions constitutionnelles, des questions qui sont au cœur de l'obligation de la Couronne de consulter et d'accommoder. Si l'obligation n'a pas été respectée, ce traité pourrait faire l'objet de contestations devant les tribunaux. Pour tout dire, la question n'est pas de savoir si des poursuites seront intentées, mais bien quelle en sera l'ampleur. Des accords semblables ont déjà été contestés devant les tribunaux. Dans son jugement dans l'arrêt Conseil général des établissements Métis c Canada, la Cour fédérale a soulevé des préoccupations au sujet d'une reconnaissance trop large qui limite la capacité de la Couronne à négocier avec d'autres groupes autochtones.
Le projet de loi semble reproduire ces mêmes erreurs. En accordant une reconnaissance exclusive à la Fédération des Métis du Manitoba et en inscrivant cette reconnaissance dans un traité protégé par la Constitution, le gouvernement verrouillerait de fait un cadre susceptible de désavantager d'autres communautés métisses d'une manière qui ne pourrait être facilement annulée ni même corrigée. Une fois ratifié, ce traité aura un statut constitutionnel en vertu des articles 25 et 35. Cela signifie qu'il ne pourra être ni modifié ni révoqué unilatéralement. Toute lacune, toute omission et tout manquement en matière de consultation seraient figés. Ce n'est pas là une gouvernance prudente. C'est de l'imprudence.
Il existe également de sérieuses préoccupations quant à l'étendue des pouvoirs qui seraient accordés aux termes de ce traité. La Fédération des Métis du Manitoba serait habilitée à créer des lois, à établir des institutions et même à imposer des sanctions, y compris des amendes et des peines d'emprisonnement, en cas de violation de ces lois. Bien qu'il existe des dispositions visant à concilier les conflits avec les lois fédérales, il n'en demeure pas moins que cela créerait un paysage juridique complexe et potentiellement conflictuel.
Le fait que ces lois pourraient s'appliquer au-delà du Manitoba, étant donné que le traité ne définit pas de limites géographiques et reconnaît des citoyens répartis dans tout le Canada, est encore plus inquiétant. Cela soulève des questions fondamentales concernant la compétence, l'application de la loi et la primauté du droit. Un gouvernement créé en vertu de ce traité pourrait-il exercer son autorité sur des personnes résidant dans une autre province? Comment les conflits entre les lois provinciales et les lois métisses seraient-ils résolus? Quels mécanismes garantiraient la responsabilité et la cohérence? Ces questions restent sans réponse.
D'importantes considérations financières doivent également être prises en compte. Le traité engagerait le Canada à s'assurer que la Fédération des Métis du Manitoba dispose des ressources financières nécessaires pour assumer ses dépenses. Il prévoit des paiements de transfert permanents ainsi qu'une éventuelle entente en matière de fiscalité, sans toutefois préciser les coûts à long terme, les mécanismes de reddition de comptes ou les conséquences possibles pour les autres communautés autochtones qui souhaitent conclure des ententes semblables. Dans le contexte économique actuel, marqué par l'incertitude et des pressions persistantes sur les Canadiens, il incombe au Parlement de s'assurer que tout nouvel engagement financier soit transparent, viable et équitable. Or, cette démonstration n'a pas été faite.
Enfin, une question plus générale se pose quant à la légitimité de cet accord. La constitution de la Fédération des Métis du Manitoba en personne morale peut se justifier à des fins administratives, mais elle soulève d'importantes questions quant à la nature du traité. Sur le plan constitutionnel, un traité est censé être un accord conclu de nation à nation. Il reflète une relation entre des peuples distincts, et non entre la Couronne et une personne morale. En structurant cet accord par l'intermédiaire d'une personne morale, le gouvernement risque de brouiller cette distinction et de fragiliser les principes mêmes qu'il dit vouloir défendre.
En soulevant ces points, je ne cherche pas à nier qu'il est important de reconnaître l'autonomie gouvernementale des Métis, un objectif que nous partageons tous à la Chambre. Cette reconnaissance doit toutefois être mise en œuvre efficacement. Elle doit être inclusive, solide sur le plan juridique et tenir compte des droits et des voix de toutes les communautés touchées. Dans sa forme actuelle, le projet de loi échouerait sur ces trois plans. Il exclurait des intervenants clés, créerait une ambiguïté juridique et risquerait d'aggraver les dissensions au sein des communautés autochtones et entre celles-ci. C'est pourquoi les conservateurs ne peuvent pas appuyer le projet de loi dans sa forme actuelle.
Nous demandons au gouvernement d'agir de façon responsable, c'est-à-dire de prendre une pause, d'écouter et de mener des consultations en bonne et due forme auprès de toutes les parties concernées. Renvoyons ce projet de loi au comité; écoutons les gouvernements métis de tout le pays, les dirigeants des Premières Nations, les juristes et les personnes dont les droits pourraient être touchés. Travaillons avec ardeur afin de bien faire les choses, car le chemin vers la réconciliation n'est pas fait de raccourcis. La réconciliation se construit plutôt sur la confiance, le dialogue et le respect. Les Canadiens s'attendent à ce que nous respections ces principes. Les communautés autochtones ne méritent rien de moins.
Pour ces raisons, j'exhorte tous les députés à s'opposer au projet de loi dans sa forme actuelle.