Bienvenue à la 14e réunion du Comité permanent des transports, de l'infrastructure et des collectivités.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le comité le jeudi 18 septembre, le Comité reprend son étude sur l'évolution du contexte relatif aux camionneurs au Canada.
La réunion d'aujourd'hui a lieu sous forme hybride.
Chers collègues, je vais aller droit au but, car nos délibérations doivent prendre fin à 10 h 15.
Je souhaite la bienvenue à nos témoins. Nous accueillons aujourd'hui l'honorable Patty Hajdu, ministre de l'Emploi et des Familles, et, bien sûr, l'honorable Steven MacKinnon, ministre des Transports.
De hauts fonctionnaires accompagnent également les ministres aujourd'hui. Nous recevons donc des représentantes officielles du ministère de l'Emploi et du Développement social, notamment Sandra Hassan, sous-ministre du Travail et sous-ministre déléguée de l'Emploi et du Développement social, et Brenda Baxter, sous-ministre adjointe. Nous accueillons également des représentants du ministère des Transports, notamment Arun Thangaraj, sous-ministre, et Melanie Vanstone, directrice générale, Programmes multimodaux et sécurité routière.
Soyez tous les bienvenus. J'aimerais vous remercier tous de vous être joints à nous très tôt ce matin.
Nous allons commencer par entendre vos déclarations.
Pour ce faire, madame Hajdu, je vais vous céder la parole. Vous avez cinq minutes pour faire votre déclaration.
:
Merci, monsieur le président.
Je suis très heureuse d'être ici avec vous pour parler au Comité des camionneurs et des mesures que nous allons prendre pour les protéger.
[Traduction]
Je suis venue ici aujourd'hui pour parler des prochaines mesures à prendre pour défendre les camionneurs et lutter contre la classification erronée des travailleurs.
Je suis accompagnée aujourd'hui de Sandra Hassan, la sous-ministre du Travail, de Brenda Baxter, la sous-ministre adjointe — et je crois que d'autres hauts fonctionnaires sont aussi présents dans la salle —, et de mon collègue le ministre MacKinnon, qui fera également une brève déclaration.
Comme vous le savez tous et comme vous l'avez entendu dire, chaque jour, les camionneurs contribuent à faire bouger les choses dans notre pays. Ils livrent la nourriture, le carburant et les biens sur lesquels compte la population canadienne. Certains d'entre eux sont au service de diverses entreprises, alors que d'autres sont des entrepreneurs indépendants. L'industrie du camionnage et tous ces travailleurs sont essentiels à notre secteur des transports et à notre économie.
Certains camionneurs choisissent d'être des entrepreneurs indépendants parce qu'ils valorisent la souplesse que cette carrière leur offre. Ils investissent dans leur équipement, trouvent des clients et bâtissent leur réputation, comme tout autre propriétaire de petite entreprise. Cependant, comme vous l'avez entendu dire, j'en suis sûre, tous les camionneurs indépendants n'exploitent pas une petite entreprise légitime. Comme les experts vous l'ont expliqué au cours de leurs témoignages, il y a un problème de classification erronée dans l'industrie du camionnage, et ce problème s'aggrave.
Je tiens à être très claire à ce sujet. La classification erronée est une forme d'exploitation. Elle prive les travailleurs de leurs droits et crée un milieu inéquitable pour bon nombre d'entreprises honnêtes qui respectent les règles. Voilà pourquoi nous prenons des mesures de plus en plus vigoureuses pour éradiquer ces agissements.
En 2023, le gouvernement fédéral a investi 26,3 millions de dollars dans la lutte contre la classification erronée dans le secteur du transport routier sous réglementation fédérale. Une équipe nationale de lutte contre la classification erronée des employés a été créée. Elle est composée d'inspecteurs des normes du travail qui s'y consacrent. Depuis avril 2023, cette équipe s'est concentrée sur les employeurs à risque élevé qui sont soupçonnés de classification erronée, en utilisant notre liste d'employeurs ayant des antécédents de non-conformité, sur ceux qui ont été dénoncés sur notre ligne de signalement et sur ceux dont le nom a été fourni par des intervenants. Jusqu'à maintenant, l'équipe a lancé plus de 650 inspections et a découvert 129 cas de classification erronée.
Aujourd'hui, le gouvernement a annoncé que le budget de 2025 prévoit un investissement de 77 millions de dollars sur quatre ans et de 19,2 millions de dollars par an de manière continue pour permettre à l'Agence du revenu du Canada de mettre en œuvre un programme de conformité rigoureux visant à lutter contre les problèmes de non-conformité liés aux entreprises de prestation de services personnels. Le budget lèvera également le moratoire sur la déclaration des honoraires ou autres sommes pour services rendus, également connu sous le nom de feuillet T4A. Ce moratoire a été mis en place en 2011, pour manifestement réduire les formalités administratives, mais il a permis la pratique croissante de la classification erronée. Le budget proposerait également d'autoriser l'Agence du revenu du Canada à communiquer des renseignements, y compris les résultats de vérifications, à EDSC afin que le ministère puisse administrer et appliquer le Code canadien du travail en ce qui concerne la classification des travailleurs.
Ces mesures permettront de garantir que les camionneurs et les entreprises qui les emploient respectent le Règlement de l'impôt sur le revenu et les règlements du code du travail. Lorsque nous soupçonnons qu'il y a classification erronée, nous enquêtons et nous appliquons la loi.
Près de 80 % des employeurs décrétés non conformes ont depuis accepté d'appliquer une classification adéquate pour leurs camionneurs. Les employeurs coupables de classification erronée s'exposent à des sanctions administratives pécuniaires et à des mesures de renforcement qui s'intensifient. En 2024, l'entrée en vigueur de nouvelles modifications du Code canadien du travail a permis de renforcer l'interdiction d'appliquer une classification erronée. Ces modifications indiquent très clairement qu'il est illégal de classifier les travailleurs de façon erronée et que tous les travailleurs sont présumés être des employés, sauf si l'employeur peut prouver le contraire. En d'autres termes, le fardeau de la preuve incombe maintenant à l'employeur.
Nous appliquons également la loi directement sur les routes. En collaboration avec les provinces, l'équipe rencontre les camionneurs aux postes de pesée afin de leur expliquer leurs droits et de déterminer quels sont les employeurs qui enfreignent la loi. De récentes opérations qui ont été menées conjointement avec l'Agence du revenu du Canada, les commissions d'indemnisation des accidents du travail et les organismes de transport provinciaux, notamment ceux du Québec, de l'Ontario, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique, permettent de renforcer la conformité et de faire de la sensibilisation d'un bout à l'autre du pays. De plus, d'autres opérations conjointes sont à venir.
Afin d'accroître encore davantage la conformité et de s'attaquer à la classification erronée, le Programme du travail lancera une importante vague d'inspection dans la région du Grand Toronto et d'Hamilton. J'ai demandé à mes hauts fonctionnaires d'accélérer la mise en œuvre des mesures d'application de la loi et d'imposer rapidement les sanctions en cas d'infraction. J'ai aussi enjoint à mon ministère de hausser les sanctions administratives pécuniaires pour transmettre un message encore plus percutant.
Cela comprend la tâche de revoir la publication du nom des employeurs qui enfreignent la loi, parce que la transparence mène à la responsabilisation. Ce travail commence immédiatement.
De plus, depuis avril 2024, le gouvernement a aussi émis près de 750 ordonnances de paiement aux employeurs, totalisant plus de 4,1 millions de dollars en salaires impayés et autres sommes dues aux employés. Cet argent appartient aux travailleurs et, trop souvent, ce sont les travailleurs les plus vulnérables qui sont les plus durement touchés. Bon nombre d'entre eux sont de nouveaux arrivants au Canada, des gens qui compte sur le système pour les protéger.
J'aimerais aussi parler d'un autre enjeu du secteur du camionnage, à savoir le recours excessif aux travailleurs étrangers temporaires dans ce secteur. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires vise à compenser de manière temporaire et en dernier recours les pénuries de main-d'œuvre. Il doit être utilisé uniquement lorsque des Canadiens ou des résidents permanents qualifiés ne sont pas disponibles. Les employeurs doivent faire des efforts concrets pour recruter des travailleurs au Canada. La classification erronée des travailleurs et le recours à des ententes de type « Chauffeur inc. » sont interdits dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires. Cela signifie que les études d'impact sur le marché du travail ne peuvent être garanties pour les travailleurs étrangers qui présentent une demande comme entrepreneurs indépendants. Dans le cadre du programme, les travailleurs doivent être des employés de l'entreprise de camionnage et bénéficier des mêmes salaires et avantages sociaux que les autres camionneurs. Le gouvernement continue de surveiller les travailleurs étrangers temporaires et d'assurer leur protection, en plus de veiller à la conformité dans les secteurs clés comme le camionnage.
J'estime, comme toutes les personnes présentes dans la salle, je pense, que les travailleurs canadiens méritent que leurs droits soient protégés. Et je tiens à indiquer très clairement qu'en cas de non-conformité, nous prendrons des mesures, y compris contre les abus liés au modèle « Chauffeur inc. ».
Je vous remercie de votre attention.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
J'ai le grand plaisir d'être ici, accompagné de mes nouveaux collègues de Transports Canada et de mes anciens collègues du Programme du travail et d'Emploi et Développement social Canada, soit EDSC.
Je remercie le Comité de cette invitation, aujourd'hui.
Je tiens d'abord à dire combien c'est un privilège d'avoir récemment été nommé ministre des Transports. C'est un grand honneur et je suis très enthousiaste à l'idée de collaborer avec vous, au sein de ce comité, et plus largement de travailler ensemble à bâtir notre pays et à renforcer notre économie.
Je souhaite également prendre un moment pour souligner les contributions remarquables de l'industrie canadienne du camionnage. Partout au Canada, plus de 1,2 million de véhicules commerciaux transportent chaque année des centaines de milliards de dollars en marchandises. Chaque fois que nous voyons des étagères bien remplies, qu'il s'agisse d'aliments, de vêtements ou d'articles ménagers, nous devons remercier un chauffeur de camion, et ce rôle ne fera que croître alors que nous visons à doubler nos exportations non américaines. D'ici la fin de la décennie, nous aurons encore davantage besoin de nos camionneurs pour acheminer notre bois, notre acier, notre aluminium et nos ressources naturelles vers de nouveaux marchés.
En tant que ministre des Transports, je reconnais que cette industrie évolue rapidement et que cette évolution s'accompagne de nouveaux défis. L'un d'entre eux est le stratagème ou phénomène « Chauffeurs inc. », qui soulève d'importantes questions sur les pratiques de travail et la fiscalité. C'est un enjeu important que notre gouvernement prend très au sérieux, et depuis fort longtemps.
Nous partageons tous le même objectif, soit un secteur du camionnage sûr, équitable et concurrentiel. À cet égard, notre gouvernement vient d'annoncer d'excellentes nouvelles qui proviendront du budget de 2025. Soit dit en passant, je pense que c'était l'une des demandes du Bloc québécois en vue du budget. Celui-ci prévoit 77 millions de dollars sur quatre ans avec un financement permanent de 19,2 millions de dollars par année pour permettre à l'Agence du revenu du Canada de renforcer la conformité dans l'industrie. Ces investissements aideront à détecter les entreprises non conformes, à soutenir les chauffeurs touchés par une fausse classification et à s'assurer que chaque entreprise contribue équitablement aux programmes dont dépendent les Canadiens.
Le budget crée également des modifications législatives pour améliorer le partage d'informations entre l'Agence du revenu du Canada et EDSC, renforçant ainsi l'application du Code canadien du travail. En d'autres mots, il s'agit d'une initiative concrète pour protéger les travailleurs, assurer des conditions de concurrence équitables et renforcer la confiance dans tout le secteur.
À Transports Canada, nous collaborons étroitement avec EDSC pour appuyer ces efforts et promouvoir des pratiques commerciales responsables partout au pays. Sur un point précis, il n'y a aucun compromis possible. Peu importe le modèle d'affaires, la sécurité doit toujours passer avant tout, c'est la priorité absolue. Or la sécurité est une responsabilité partagée entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, et avec l'industrie elle-même, évidemment. Le Code canadien de sécurité pour les transporteurs routiers est l'un des piliers essentiels de cette collaboration, qui contient 16 normes encadrant l'exploitation sécuritaire des véhicules commerciaux et des transporteurs.
Prenons l'exemple de la consignation électronique. Elle a simplifié la tenue de registres, renforcé la conformité au Règlement sur les heures de service des conducteurs de véhicule utilitaire et aidé à prévenir la fatigue. Ce sont des progrès majeurs pour la sécurité routière, mais nous savons qu'il reste beaucoup de travail à faire.
Plus récemment, le Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé, ou CCATM, a été mandaté pour analyser les certificats de sécurité des transporteurs afin d'identifier plus efficacement ceux qui présentent des antécédents problématiques. Les résultats de ce travail combinés à nos efforts conjoints guideront les prochaines améliorations du cadre national et contribueront à fluidifier le commerce intérieur.
Je veux également souligner une initiative importante qu'a organisée Transports Canada, au mois de juillet dernier. Le « hackathon du camionnage » a réuni des représentants de tous les ordres de gouvernement et de l'industrie pour identifier ensemble des solutions concrètes afin d'éliminer les obstacles à la libre circulation des marchandises entre les provinces.
[Traduction]
Le « Hackathon sur le transport routier » a également permis d'amorcer des discussions enrichissantes et de trouver des mesures novatrices visant à améliorer le commerce intérieur et la sécurité routière. Il reste encore beaucoup de travail à accomplir, mais je suis convaincu qu'ensemble, nous avançons dans la bonne direction.
Avant de conclure, je tiens à souligner une idée clé. La collaboration est notre plus grande force. L'industrie du camionnage est essentielle non seulement à notre économie, mais aussi à nos collectivités. Elle relie les gens, les marchandises et les possibilités d'un bout à l'autre de notre très vaste pays. En travaillant main dans la main — et j'entends par là le gouvernement et l'industrie —, nous pouvons faire en sorte que le système de transport du Canada demeure sécuritaire, efficace et durable pour les générations à venir. C'est le message que j'ai transmis lorsque j'ai rencontré les représentants de l'industrie du camionnage. Nous travaillerons ensemble pour renforcer le secteur, protéger les bons emplois canadiens et bâtir notre économie.
[Français]
Merci beaucoup, monsieur le président.
:
Merci, monsieur le ministre.
[Traduction]
Chers collègues, nous sommes tous très impatients de poser des questions aux ministres et aux hauts fonctionnaires des ministères. Comme vous le savez, je ferai de mon mieux pour garantir une répartition équitable du temps de parole entre vous tous.
Cela dit, j'ai à nouveau en main deux pancartes, que mes enfants ont tirées de leur boîte de bricolage pour me les prêter avec fierté.
L'une d'elles signifie qu'il vous reste 15 secondes. L'autre signifie que votre temps est écoulé. Je ferai de mon mieux pour que vous disposiez tous du même temps de parole.
Pour commencer les interventions d'aujourd'hui, nous allons donner la parole à M. Albas.
Monsieur Albas, vous avez la parole pendant six minutes.
:
Le fait est que lorsque des personnes sont victimes d'abus ou de mauvais traitements de cette nature — et certains pourraient qualifier cela de mauvais traitements —, elles ignorent souvent leurs droits et ne se rendent pas compte de ce qui leur arrive.
Il peut y avoir plusieurs raisons à cela, mais le résultat final est le même. Certains travailleurs ne bénéficient pas des mêmes mesures de protection, ils ne sont pas informés de leurs droits et, dans certains cas, ils ne reçoivent pas le salaire auquel ils s'attendaient en raison de systèmes de rémunération complexes. En fin de compte, cela conduit à une situation très précaire pour le travailleur, mais aussi pour les autres entreprises de camionnage qui s'efforcent de tenir des registres, de déclarer les renseignements fiscaux importants et de respecter tous les règlements qui importent dans ce secteur, comme mon collègue vient de le mentionner. Voilà pourquoi cette question de classification erronée nous touche tous profondément, car elle commence par l'exploitation des travailleurs, mais elle finit par nuire à un secteur qui, comme mon collègue vient de le déclarer, est essentiel à toutes nos collectivités.
Je pense que le problème de la classification erronée et le travail croissant que nous accomplissons non seulement pour éliminer les mauvais acteurs, mais aussi pour empêcher tout comportement récurrent... Le chiffre est impressionnant, puisque 80 % des employeurs repérés déclarent qu'ils ne s'adonneront plus à cette pratique ou qu'ils ne savaient pas qu'ils utilisaient une classification erronée dans certains cas. C'est un bon résultat, mais cela signifie tout de même que 20 % des acteurs continuent de recourir à cette pratique pour exploiter les travailleurs et s'enrichir, mais aussi pour se soustraire à leurs obligations.
En fin de compte, j'estime que l'annonce qui a été faite aujourd'hui nous permettra d'étudier encore plus à fond ces pratiques, grâce à un meilleur échange de données avec l'ARC.
:
Il s'agit d'une excellente question.
Le fait est que Transports Canada travaille en étroite collaboration avec les provinces, les territoires et les municipalités afin de s'assurer que nos politiques nationales en matière de transport et nos normes de sécurité reflètent les réalités de ces environnements urbains, tout comme le vôtre.
Je sais que la plupart des Canadiens transitent par votre circonscription à un moment ou à un autre de leur vie. La sécurité dans ces environnements urbains densément peuplés... Les vélos, les transports en commun, y compris le tramway, et bien sûr les voitures et les camions, doivent circuler plus librement dans nos environnements urbains. Nous nous efforçons de garantir la sécurité de ces environnements grâce à une stratégie nationale de sécurité routière.
Au moyen de données précises, nous nous efforçons de réduire le nombre de collisions, et de protéger les usagers vulnérables de la route, et je pense que nous faisons de bons progrès dans ce domaine.
:
Je vous remercie, monsieur le président.
Je remercie également les deux ministres d'être présents aujourd'hui.
On ne peut que se réjouir de constater que le gouvernement commence à prendre le problème des chauffeurs au rabais au sérieux.
Madame Hajdu, vous avez donné une conférence de presse ce matin pour annoncer un meilleur partage des données. Des modifications seront aussi apportées aux feuillets T4A, une mesure qui sera demandée par le .
Tout cela arrive à un moment surprenant. En effet, votre gouvernement est au pouvoir depuis 10 ans, et les associations disent depuis des années qu'il y a des problèmes dans l'industrie.
Le 6 octobre dernier, le Bloc québécois a tenu une conférence de presse en présence d'intervenants de l'industrie pour présenter 10 demandes. Depuis des mois, nous vous matraquons et nous ne vous lâchons pas à ce sujet. Tout à coup, vous vous réveillez et vous présentez des mesures.
Pouvez-vous nous dire si les annonces qui ont été faites aujourd'hui sont strictement dues au travail qui a été fait et à la pression que vous avez reçue? Autrement, rien de cela ne se serait passé.
Je comprends que des inspections ont été faites, que de l'argent a été investi et qu'on ne peut pas s'en plaindre. Cependant, sur le terrain, on n'a pas constaté de changement.
Vous parlez de 2023, mais on est en 2025. Vous parlez de quelques centaines d'inspections, alors qu'il existe des dizaines de milliers d'entreprises de camionnage et que la fraude serait largement répandue partout dans l'industrie.
Finalement, les mesures et les moyens qui ont été pris jusqu'à présent sont une goutte d'eau dans l'océan. C'est ce que je comprends.
Or il y a pire encore. Selon les données de votre ministère, EDSC, 17 entreprises ont été sanctionnées.
Madame la ministre, trouvez-vous suffisant que 17 entreprises aient été sanctionnées et aient reçu des amendes?
Moi, je suis en train de vous dire que l'approche du gouvernement constitue le problème. On constate que l'approche éducationnelle ne fonctionne pas. À un moment donné, il faut sortir le bâton et prendre ça au sérieux. C'est ce qu'on constate.
Ce fléau s'est répandu dans toute l'industrie. Vous n'avez pas de moyens et vous ne traitez pas assez d'entreprises. À un moment donné, vous devrez prendre ça au sérieux.
Parmi ceux qui reçoivent des amendes, 75 % ne les paient pas. De plus, 100 % des amendes payées se trouvent dans l'industrie du camionnage.
On ne vous prend pas au sérieux, voilà la réalité.
Qu'allez-vous faire pour qu'on vous prenne au sérieux?
Je tiens d'abord à vous remercier pour votre présence, mesdames et messieurs les ministres. Mes questions s'adresseront principalement à la ministre Hajdu.
Tout d'abord, je crois comprendre que l'ancienne ministre était particulièrement appréciée de ses collègues. Nous avons envoyé une invitation officielle à Mme Freeland, mais elle ne s'est pas encore présentée. Vous pourriez mentionner que nous serions ravis d'écouter son témoignage lors d'une prochaine séance du comité des transports.
Plus sérieusement, je suis ravi de constater que la problématique qui s'est créée au cours des dix dernières années est enfin prise au sérieux par le gouvernement libéral. En effet, le gouvernement libéral admet enfin qu'il a mal administré le programme des travailleurs étrangers temporaires et notre système d'immigration en général. Le gouvernement libéral admet enfin qu'il a mal administré l'ARC, à tel point que la catégorisation erronée des camionneurs a causé de nombreux décès sur nos autoroutes. Je suis ravi de constater que toutes ces erreurs soient enfin reconnues.
Ce qui m'inquiète, c'est que depuis dix ans, ce problème ne fait qu'empirer. En fait, des représentants du Bureau d'assurance sont venus ici pour témoigner que les accidents sur nos routes ont connu une augmentation de l'ordre de 80 %. Des gens de ma circonscription sont morts parce que votre gouvernement n'a pas su gérer le programme des travailleurs étrangers temporaires et la classification des conducteurs de poids lourds.
Je suis heureux de constater que le gouvernement libéral reconnaît enfin l'ampleur de cette problématique, mais je veux approfondir la question et vérifier si nous pouvons obtenir des résultats concrets. Madame la ministre, à quelle date le problème posé par les chauffeurs au rabais sera‑t‑il enfin résolu? Pourriez-vous me fournir une date précise?
:
Eh bien, nous espérons régler cette problématique sans plus tarder. Nous devons continuer d'investir dans les outils dont nous avons besoin pour obliger les acteurs malveillants à rendre des comptes. L'annonce d'aujourd'hui contribue grandement à faire passer le message à l'ensemble du secteur du camionnage que nous prenons des mesures encore plus poussées en échangeant des renseignements avec EDSC et l'ARC, et en continuant de collaborer étroitement avec les provinces et les territoires.
Je dirais que nous partageons tous ce profond chagrin dont vous parlez. Nous avons tous connu des personnes qui ont perdu la vie. Je vis dans le Nord de l'Ontario. L'autoroute 11/17 traverse ma circonscription et n'a souvent que deux voies. Nous avons investi 70 millions de dollars pour doubler le nombre de voies dans ma circonscription, et nous continuerons à travailler en partenariat avec les provinces et les territoires pour améliorer la sécurité de nos routes et de nos autoroutes.
Il s'agit à la fois d'une question d'infrastructure, d'investissements, et de lutte contre les mauvais conducteurs. Nous allons devoir collaborer avec les gouvernements provinciaux pour nous attaquer à tous ces enjeux. Si un individu est titulaire d'un permis, mais qu'il n'a pas les compétences nécessaires pour conduire, il met en danger la vie de mon fils, qui est lui-même titulaire d'un permis AZ, et dont le travail est de transporter du matériel entre différents chantiers.
Vous savez, quand vous parlez des victimes, je tiens vraiment à ce que vous sachiez que nous partageons tous le même chagrin et que nous avons tous la responsabilité d'inciter nos provinces et nos territoires à faire mieux pour nous tous, en partenariat avec le travail que nous accomplissons aujourd'hui.
:
Je vous remercie, monsieur le président.
Bonjour, mesdames et messieurs les ministres. Merci de vous joindre à nous aujourd'hui.
J'aimerais approfondir le thème de la sécurité routière que nous venons d'aborder. Comme nous l'avons entendu dans vos remarques ce matin, et comme nous l'avons également entendu de la part des témoins précédents devant le Comité, ce modèle très problématique de « chauffeurs au rabais » a vu le jour en 2011 sous le gouvernement conservateur précédent. Nous avons entendu ce matin des préoccupations concernant la sécurité routière et le financement de Transports Canada pour la sécurité routière, qui, nous le savons, a été réduit de manière drastique sous ce gouvernement en 2015.
Dans cette optique, monsieur le ministre MacKinnon, pouvez-vous nous en dire plus sur les mesures prises par Transports Canada pour assurer la sécurité sur nos routes et sur l'engagement continu du gouvernement à garantir la sécurité des conducteurs et des passagers sur les autoroutes canadiennes?
:
Il s'agit d'une excellente question.
Comme ma collègue, Mme Hajdu, vient de l'expliquer, la sécurité routière est une compétence que se partagent le gouvernement fédéral et les gouvernements des provinces. Permettez-moi de répéter que nous dépendons des mesures, des politiques et des initiatives d'investissements de nos homologues provinciaux en matière de sécurité routière.
[Français]
Monsieur Lauzon, qui participe à la réunion par vidéoconférence, est au courant pour ce qui est de l'autoroute 50. Il doit y avoir un investissement accru dans la mobilité routière en Outaouais. La sécurité sur nos routes est en jeu. C'est un parfait exemple.
[Traduction]
Monsieur Greaves, la plupart des Canadiens comprennent que lorsqu'on obtient un permis de conduire, celui‑ci est délivré par une entité provinciale, que ce soit en Colombie‑Britannique, au Québec ou ailleurs. Nous comptons sur les forces de l'ordre provinciales pour faire respecter le code de la route. Nous comptons également sur l'infrastructure des postes de pesage et des autres types d'inspections routières effectuées à l'échelle provinciale.
Le gouvernement fédéral joue principalement un rôle de coordination et d'élaboration de politiques visant à promouvoir les meilleures pratiques en matière de technologies et de nouvelles méthodes, en veillant à ce que nous examinions les meilleures pratiques possibles à l'échelle mondiale. À l'échelle nationale, nous devons faire en sorte que l'Île‑du‑Prince‑Édouard puisse bénéficier des pratiques exemplaires mises en œuvre au Nouveau‑Brunswick, et que le Québec puisse tirer parti des pratiques exemplaires mises en œuvre en Nouvelle‑Écosse.
Le gouvernement fédéral a une responsabilité solennelle à cet égard. Je trouve cela un peu déroutant, comme vous sans doute, lorsque nous venons ici et qu'on nous pose des questions qui relèvent sans équivoque de la compétence du solliciteur général provincial ou de l'autorité provinciale de certification. Comme ma collègue vient de le dire, lorsqu'un membre du Comité ne se gêne pas pour instrumentaliser le chagrin dans le but d'attribuer tout le blâme à l'échelon fédéral, je pense que cela ne contribue pas de manière constructive à ce débat.
Vous pouvez être assurés que nous tous, ma collègue, Mme Hajdu, moi-même et chacun d'entre nous, avons abordé ce problème dans un véritable esprit de collaboration et avec la volonté de faire tout ce qui est en notre pouvoir au niveau fédéral pour contribuer à le résoudre.
Comme mon collègue vient de le dire, il y a des choses qui ne relèvent vraiment pas de notre compétence et que nous n'avons pas le pouvoir de superviser. Par exemple, la formation et l'octroi de permis aux conducteurs professionnels et aux conducteurs de classe G relèvent sans équivoque des prérogatives et des responsabilités des provinces.
Pour l'anecdote, ces collisions qui se produisent sur nos routes ne sont souvent pas uniquement imputables au camionneur; il arrive parfois que des automobilistes ordinaires soient impliqués dans ces incidents. Tout cela est tragique, personne ne le nie. Comme je l'ai mentionné plus tôt, je vis dans le nord de l'Ontario, à Thunder Bay, et ce genre d'incidents se produit tout le temps.
Nous travaillons en étroite collaboration avec nos homologues provinciaux sur le plan administratif: la manière dont les registres sont tenus, les types de renseignements concernant la catégorisation des conducteurs, et...
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie les deux ministres de comparaître ce matin.
Je vais d'abord m'adresser à vous, monsieur MacKinnon. Dans votre témoignage... Même si je suis d'accord avec vous pour dire que nos rayons d'épicerie sont bien remplis grâce à nos camionneurs, je dirai également, avec autant de conviction, que c'est probablement parce que les Canadiens n'ont pas les moyens d'acheter de la nourriture, mais bon, ce n'est là qu'une observation.
Monsieur le ministre, le 7 octobre 2025, le Comité a entendu des témoignages convaincants de témoins qui ont décrit le modèle « Chauffeur inc. » comme « la crise qui détruit [l'industrie du camionnage], qui est à la source d'un véritable carnage sur nos autoroutes et qui dérobe des milliards de dollars à notre réseau social chaque année ».
Monsieur le ministre, honnêtement, veuillez répondre par oui ou par non, s'il vous plaît.
En tant que ministre des Transports, avez-vous rencontré votre homologue de l'Ontario au sujet de cette crise?
:
La réponse est donc non. D'accord. Merci, monsieur le ministre.
Parlons de ma circonscription, Essex. Bien franchement, je sais qu'il s'agit d'un véritable grenier. Vous n'avez pas besoin de me le rappeler. Dieu merci pour ces serres, qui contribuent largement à mettre de la nourriture sur la table des Canadiens, ainsi que des Américains. Heureusement qu'elles le font, vu le prix des aliments.
Ma circonscription, Essex, se trouve à côté du poste frontalier international le plus achalandé en Amérique du Nord. Plus tôt cette année, un camionneur a perdu sa cargaison à l'intersection de la route de comté 42 et du chemin Banwell, dans ma circonscription. Comme vous avez déjà visité la région, vous devez savoir exactement où cela se trouve. D'innombrables infractions aux règles de sécurité ont été relevées.
Monsieur le ministre, que signifie la norme 16?
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie les ministres et toutes les autres personnes présentes aujourd'hui.
Cette étude a été très éclairante à bien des égards. Comme vous l'avez dit, il s'agit d'une étude très sérieuse qui porte fondamentalement sur la sécurité.
Vous avez parlé de l'instrumentalisation de certaines choses. Je pense que nous devons revenir à l'essentiel de cette réunion et à son objectif, à savoir la sécurité et la sûreté des Canadiens et les mesures prises par le gouvernement. De toute évidence, le gouvernement accorde une attention particulière à cette question.
Parlons un instant de certains faits. Si nous voulons vraiment parler de faits, c'est le gouvernement Harper qui a réduit le budget destiné aux transports, à la sécurité et à la sûreté, à l'aviation, au transport sécuritaire des marchandises et à l'application de la Loi sur la sécurité automobile. Si seulement nous pouvions revenir en arrière et changer cela... mais nous ne le pouvons pas. Nous sommes donc ici pour discuter de ce que nous allons faire pour corriger la situation.
Madame la ministre, en ce qui concerne l'annonce faite hier soir et aujourd'hui — pour les gens à la maison, en particulier —, pouvez-vous expliquer, en termes simples, ce que cela signifie en matière d'efforts et de financement? Quel rôle cela va‑t‑il jouer pour ces deux objectifs — assurer la sécurité et la sûreté des gens?
:
Aujourd'hui, nous parlons de classification erronée, ce qui, au fond, est une question de fraude. C'est pourquoi c'est illégal. Cette tactique consiste à frauder des travailleurs qui, dans certains cas, se font promettre un taux de rémunération et des bénéfices pour leur dur labeur qui ne se concrétisent jamais. Nous avons récupéré les salaires pour les gens qui en ont été privés. Souvent, ce sont les personnes les plus vulnérables sur le marché du travail.
Ayant moi-même connu plusieurs personnes dans le secteur du camionnage, je peux vous dire que ce sont des emplois très difficiles. J'espère que tout le monde ici connaît quelqu'un qui a travaillé ou qui travaille dans ce secteur. Il faut composer avec des horaires extrêmement longs, endurer des conditions très éprouvantes et passer de longues périodes loin de chez soi. C'est en partie la raison pour laquelle nous avons tant de mal à recruter des gens pour ces emplois, bien franchement. Ce genre de travail exige d'énormes sacrifices personnels: transporter des marchandises d'un bout à l'autre du pays, dormir dans son camion et manger sur la route. D'ailleurs, une foule d'études mettent en évidence les conséquences sur la santé des conducteurs et, d'après ce que j'ai observé dans mon poste précédent, je peux vous dire que les répercussions sont graves.
Vous m'avez demandé d'aborder la question en deux volets.
Premièrement, nous renforçons notre capacité à communiquer, que ce soit avec les provinces ou avec les divers ministères fédéraux, afin d'éliminer les mauvais joueurs et de protéger les entreprises qui font ce qui s'impose pour leurs travailleurs et qui respectent les normes de sécurité. Combien d'heures de sommeil sont nécessaires? Les registres sont-ils tenus comme il se doit? Voilà le genre de vérifications qui nous permettent de garantir que les travailleurs dorment suffisamment et qu'ils ne dépassent pas le nombre d'heures autorisées. Chaque province a des règles légèrement différentes à ce sujet, mais nous devons pouvoir nous parler pour veiller à ce que ces pratiques soient respectées.
Deuxièmement, nous allons augmenter les sanctions pécuniaires afin que les mauvais joueurs en ressentent vraiment les effets. Ce travail commence immédiatement. C'est un processus. Bien entendu, il s'agit de règlements qui feront l'objet d'une série de consultations. L'objectif ultime est d'envoyer un message encore plus fort aux tricheurs pour leur dire que nous allons les repérer et protéger les bons joueurs. Nous allons protéger le secteur et ces travailleurs très vulnérables qui méritent de travailler dans des conditions sécuritaires. Une entreprise de camionnage légitime, qui est gérée en bonne et due forme, conformément à la loi, veille à la sécurité des travailleurs, ce qui, au bout du compte, assure la sécurité de tous les usagers de la route.
:
Merci beaucoup, monsieur Kelloway.
Monsieur, monsieur le ministre.
Au nom de tous les membres du Comité, je tiens à remercier nos ministres de s'être présentés devant de nous de si bonne heure, ainsi que les représentants du ministère qui les accompagnent. Je vous souhaite à tous une excellente journée.
Distingués collègues, nous allons suspendre la séance pendant quelques minutes afin de permettre au greffier de mettre la table pour notre prochain groupe de témoins.
Avant de suspendre la séance, permettez-moi de conclure en disant: « Allez, les Jays, allez! »
:
Nous reprenons nos travaux.
Distingués collègues, j'aimerais maintenant souhaiter la bienvenue à notre prochain groupe de témoins de la journée.
Du ministère de l'Emploi et du Développement social, nous avons Sandra Hassan, sous-ministre du Travail et sous-ministre déléguée de l'Emploi et du Développement social; Gary Robertson, sous-ministre adjoint principal; Brenda Baxter, sous-ministre adjointe, et Michael MacPhee, sous-ministre adjoint, Programme des travailleurs étrangers temporaires.
Du ministère des Transports, nous recevons Melanie Vanstone, directrice générale, Programmes multimodaux et sécurité routière.
Merci d'être venus témoigner devant nous aujourd'hui. Nous commençons notre deuxième série de questions avec Mme Cody.
Madame Cody, vous avez six minutes.
:
Merci, monsieur le président.
Comme nous l'avons tous entendu, le camionnage est la force qui propulse le pays.
Je viens de la circonscription de Cambridge. Nous avons un très grand nombre d'entreprises de camionnage dignes de confiance, mais nous avons aussi de nombreuses préoccupations dont j'aimerais parler aujourd'hui.
Mes questions s'adressent à Melanie Vanstone. Je vous remercie d'être ici aujourd'hui.
Nous entendons parler de chauffeurs inexpérimentés, qui sont souvent des gens nouvellement arrivés au Canada. Ils sont envoyés sur de longs trajets interprovinciaux dans des conditions de conduite hivernale, sans formation adéquate ni l'équipement nécessaire pour rouler en toute sécurité, comme des chaînes antidérapantes, des pneus d'hiver et du matériel d'urgence. Beaucoup de ces chauffeurs n'ont pas les connaissances pratiques pour affronter la neige, la glace et le froid extrême, et ils ne savent pas trop comment utiliser efficacement le matériel d'hiver.
Ces préoccupations font ressortir des lacunes dans les normes de formation et la surveillance, en particulier dans les programmes de délivrance de permis accélérée. Quel risque cela comporte‑t‑il pour la sécurité publique et pour les transporteurs expérimentés qui empruntent les mêmes routes? Êtes-vous en faveur d'un cadre extra-provincial pour la formation des chauffeurs de camion commercial, en particulier pour s'attaquer au problème des programmes de délivrance de permis accélérée offerts dans des centres de formation non réglementés liés au modèle Chauffeur inc.?
:
Le phénomène Chauffeur inc., soulevé par M. Barsalou-Duval, ne date pas d'hier. C'est un phénomène qui dure depuis un certain temps. En 2021, une première mesure a été prise. Il s'agissait de modifier le Code canadien du travail pour rendre illégale la classification erronée d'un travailleur en tant qu'entrepreneur indépendant si l'intention était de supprimer les droits et les protections de l'employeur que procure le Code canadien du travail. Comme nous le savons, les problèmes ont persisté, si bien qu'en 2023, une enveloppe de 26 millions de dollars a été attribuée à une équipe spécialisée pour s'attaquer à la classification erronée dans l'industrie du camionnage.
D'autres modifications ont été apportées au Code canadien du travail dans la loi d'exécution du budget de 2024. Il y avait trois modifications fondamentales.
Premièrement, la classification erronée a été déclarée illégale, peu importe l'intention. Qu'il s'agisse de supprimer ou non les droits de l'employé, c'est tout simplement illégal.
Deuxièmement, tous les travailleurs sont présumés être des employés, sauf preuve du contraire.
Troisièmement, il incombe désormais à l'employeur ou à la personne qui donne le travail de prouver qu'un travailleur est soit un entrepreneur indépendant, soit un employé. Auparavant, le fardeau de la preuve incombait aux employés. Or, bon nombre d'entre eux avaient de la difficulté à prouver leur situation d'emploi ou ne possédaient pas les connaissances nécessaires pour le faire. Il leur manquait de l'information sur les différents critères. Cela peut être un peu complexe. Maintenant, c'est à l'employeur de le prouver. L'employeur a la responsabilité de prouver qu'une personne est soit un entrepreneur indépendant, soit un employé.
Voilà les modifications législatives qui ont été apportées. Comme vous avez entendu la ministre le dire ce matin, nous avons commencé à examiner les mesures d'application.
Il a été question d'un communiqué de 2023. Lorsque nous avons annoncé notre première prise de position, on nous a demandé de nous concentrer davantage sur l'éducation et la sensibilisation. De toute évidence, ce n'est pas suffisant. L'information circule depuis au moins deux ans et les mauvais comportements persistent. Par conséquent, il y aura une accélération de l'imposition des peines dans le cadre du processus d'application de la loi.
Ce sont là quelques-unes des mesures qui ont été prises au fil des ans pour régler les problèmes de classification erronée.
Madame Baxter, avez-vous quelque chose à ajouter?
:
D'accord. J'y reviendrai peut-être dans quelques instants.
Je voudrais maintenant poser une question aux fonctionnaires présents.
Au paragraphe 25(1) de la Loi sur les transports routiers, il est indiqué:
25(1) Le ministre établit un rapport annuel et le fait déposer devant chaque chambre du Parlement dans les quinze premiers jours de séance de celle-ci suivant son établissement.
Le paragraphe 25(2), qui concerne le contenu du rapport, mentionne ceci:
(2) Le rapport annuel du ministre contient ce qui suit pour l’année visée :
a) les renseignements statistiques disponibles concernant les tendances en matière d'accidents routiers au Canada où sont impliqués des véhicules automobiles exploités par des entreprises extra-provinciales de transport par autocar et par des entreprises de camionnage extra-provinciales;
ces renseignements sont présentés séparément [...]
b) un rapport d’étape sur la mise en œuvre des règles et normes concernant la sécurité d’exploitation des entreprises extra-provinciales de transport par autocar et des entreprises de camionnage extra-provinciales.
La Loi sur les transports routiers est toujours en vigueur, à ma connaissance. Toutefois, sur le site du ministère, on dit que le dernier rapport date de 2020.
Quand peut-on s'attendre à voir le prochain rapport?
:
Merci pour la question.
Pour en revenir au travail qui est accompli, nous sensibilisons les camionneurs et nous leur communiquons des renseignements. Nous les rencontrons pour la plupart aux postes de pesée, mais aussi ailleurs. Nous leur parlons de leurs droits, des qualifications prévues par le Code canadien du travail et d'autres lois qui les protègent en tant qu'employés. Bon nombre d'entre eux ne savaient pas qu'ils sont protégés par la loi. La loi leur donne droit à des congés de maladie et elle les protège en cas de salaire impayé, par exemple.
Nous leur expliquons également que s'ils sont salariés, ils contribuent aux systèmes sociaux canadiens, comme l'assurance-emploi et le Régime de pensions du Canada.
Cela fait partie des renseignements qui sont communiqués lors des réunions et des séances d'information. Nos collègues des provinces et de l'Agence du revenu du Canada participent aussi à ces rencontres.
Le sous-ministre adjoint responsable du Programme des travailleurs étrangers temporaires est présent ici avec moi. Il existe un lien étroit avec ce programme. Dans le cadre du programme, des travailleurs sont amenés au Canada aux termes d'une entente stipulant que l'employeur les embauchera. Cette entente qui les autorise à venir au Canada précise qu'ils doivent être considérés comme des employés et qu'ils doivent être traités conformément au Code canadien du travail, mais aussi aux autres lois qui concernent les salariés.
Nous nous penchons aussi là‑dessus.
:
Merci, monsieur le président. Je suis très reconnaissant.
Je vous remercie de cet avis de motion. Deux ou trois choses me viennent à l'esprit à ce sujet. La première, c'est ce que M. Albas a dit, pour que ce soit clair. En ce qui concerne la motion elle-même, elle ne le dit pas, alors je suppose que ce n'est pas le cas. Cela prolonge‑t‑il l'étude ou les discussions que nous avons au sujet de la durée de l'étude encore plus loin? Je suppose que c'est ma première question.
Ma deuxième question porte sur l'intersection entre le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial en ce qui concerne la production de documents et de courriels. Les choses se compliquent-elles quand il s'agit d'un autre ordre de gouvernement et qu'il y a des discussions correspondantes concernant la programmation ou l'information sur les infractions liées à des lois particulières et des éléments de cette nature? Je n'en suis pas tout à fait sûr, et c'est la raison pour laquelle je pose la question. À quel point est‑ce facile à produire? Cela se transformera‑t‑il en une série de réunions supplémentaires en cascade à ce sujet? Quand je dis « à ce sujet » et avant que quelqu'un dise que la sécurité est une priorité, je veux m'assurer de dire que c'est important et que la sécurité est une priorité absolue. Tout le monde veut des routes sécuritaires, et nous l'avons tous bien étayé.
Je me demande simplement si nous pouvons en discuter, parce que je veux vraiment le savoir. C'est une question légitime, en particulier pour le député du Bloc, au sujet des compétences, des discussions à ce sujet et de l'information. Voilà ce que je voulais dire, et j'aurai peut-être d'autres questions à poser au fur et à mesure.
:
En ce qui a trait aux territoires, à ma connaissance, ce n'est pas la première fois qu'il y a de telles demandes qui pourraient toucher les correspondances dans les autres territoires. J'imagine qu'il existe des pratiques déjà établies pouvant être appliquées.
En ce qui concerne les réunions, rien dans la motion ne mentionne l'ajout de réunions. Je pense que c'est un débat à part qu'on a commencé lors de notre dernière rencontre et que nous pourrons reprendre plus tard. Toutefois, j'avais cru comprendre que tout le monde était d'accord pour en ajouter.
En ce qui a trait à la protection de la vie privée, la motion ne propose pas non plus d'empêcher les ratures. En cas de ratures excessives, cela viendra peut-être plus tard. Je pense que les dispositions actuelles permettent déjà de protéger la vie privée des personnes en cause.
En matière de confidentialité, je pense que c'est important que tout le monde ait accès aux informations que le Comité aura à sa disposition. À mon avis, c'est clair que le grand public, dont les journalistes, doit y avoir accès. Comme notre comité recherche le plus de transparence possible, je pense que notre approche doit être transparente.
:
Merci, monsieur le président.
En ce qui concerne la motion, le Comité a entendu le témoignage des ministres concernés, des hauts fonctionnaires et de toute une série d'intervenants de premier plan issus de partout au pays, ainsi que de représentants de nombreuses provinces les plus touchées par le modèle « Chauffeur inc. » Je ne suis pas tout à fait certain de ce que le Comité espère tirer de la fourniture de ces documents, compte tenu des témoignages que nous avons entendus, de l'accès que nous avons eu et de ce que je dirais être une réponse très franche de la part des hauts fonctionnaires responsables de ces dossiers et de ces questions.
Avec tout le respect que je dois au député qui a présenté la motion, il semble que cet exercice nécessiterait beaucoup de travail pour produire des documents qui corroboreraient les témoignages que nous avons déjà entendus. Je ne suis pas certain que le Comité serait particulièrement bien servi par ces documents ou par le temps supplémentaire que cela prendrait, compte tenu des autres questions sur lesquelles nous espérons nous pencher au cours des prochaines semaines.
Est‑ce bien nécessaire? Qu'est‑ce que cela apporte de plus que ce que le Comité a déjà entendu ou obtenu des témoins qu'il a reçus?
:
Je remercie le député du Bloc de sa réponse. Je suis toutefois d'accord avec mon collègue, M. Greaves. La réalité, c'est que nous en sommes à un point où je pense qu'il est absolument essentiel de formuler dès maintenant des recommandations et de produire un rapport.
Ce qui me préoccupe — et je ne conteste pas les convictions de la motion du Bloc —, c'est la même chose qu'à la dernière réunion, quand j'ai dit que je pense que nous avons toujours la possibilité de changer les règles du jeu — dans le cadre d'une étude très importante, en effet —, puis de tenir deux réunions — ce qui ne figure pas dans cette motion, et je le comprends — qui, au bout du compte, en feront trois. Que se passera‑t‑il si nous n'obtenons pas ces documents dans les 30 jours? Y aura‑t‑il un autre délai?
Je crois que — et d'autres peuvent avoir une autre opinion, ce qui fait que ce comité est si formidable... À mon avis — d'autres peuvent avoir une opinion différente, ce que je respecte —, cela nuirait à la diffusion des recommandations que nous avons obtenues sur les thèmes récurrents, comme la façon dont le journal de bord peut être trafiqué. Il y a aussi la fatigue. De plus, quand nous en arriverons à un certain point, il faudra bien entendu écouter les victimes, ce qui sera important.
Ce que nous avons constamment entendu — et c'est ce que l'on voit dans beaucoup d'études importantes comme cette étude essentielle —, c'est que quand on arrive à un certain point, il est important d'avoir l'information et les connaissances de tous les intervenants dans cette étude, mais on voit des éléments réapparaître...