:
J'ouvre maintenant la séance.
Je remercie tout le monde d'être présent.
Tout d'abord, je suis désolé pour toutes les émotions que vous avez pu vivre au cours des dernières heures. Je pense au greffier en particulier. Il y a eu des changements d'horaire, des votes, des places assignées, des places non assignées, des places réassignées, et autres. Alors, je vous remercie tous de votre bienveillance et de votre indulgence.
Bienvenue à la réunion no 36 du Comité permanent de la sécurité publique et nationale.
Nous nous réunissons aujourd'hui dans le cadre de l'étude du projet de loi .
Souhaitons d'abord la bienvenue aux témoins, qui sont tous de hauts fonctionnaires. Les ministres se joindront à nous dans environ une heure.
Nous accueillons Ramzi Nashef, directeur général, Service canadien du renseignement de sécurité; Kimberley Gibner, Normand Wong et Anne‑Marie LeBel, du ministère de la Justice; Shannon Hiegel, Mike McGuire et Fenton Ho, du ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile; et Richard Burchill, de la Gendarmerie royale du Canada.
Monsieur McGuire, nous allons commencer par vous, et vous avez la parole pour cinq minutes.
:
Merci, monsieur le président et mesdames et messieurs, de nous recevoir ici aujourd'hui.
Je m'appelle Mike McGuire. Je suis directeur général des politiques internationales et frontalières au ministère de la Sécurité publique du Canada. Je suis heureux de me retrouver ici avec des collègues, comme on vient de le mentionner, du ministère de la Justice, du ministère de la Sécurité publique, de la GRC et du SCRS pour répondre à des questions techniques concernant le projet de loi , Loi concernant l'accès légal.
L'accès légal est un dossier connu qui a été étudié dans le passé par le Parlement, tout récemment par le Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement, qui a publié un rapport spécial, l'an dernier, réclamant une réforme législative de l'accès légal.
[Français]
Le projet de loi C‑22 vise à combler des lacunes fondamentales et bien documentées dans le cadre canadien de l'accès légal. L'environnement en ligne a facilité, voire favorisé la communication, la coordination et la dissimulation des activités criminelles et de celles des acteurs menaçants. L'utilisation généralisée des appareils mobiles, des communications basées sur Internet, des plateformes de messagerie et d'autres technologies émergentes a fondamentalement transformé la manière dont les crimes et les menaces à la sécurité nationale sont planifiés et exécutés, ainsi que la façon dont les enquêtes en la matière sont menées.
En parallèle, les services de police canadiens et le SCRS font face à des défis croissants pour obtenir rapidement l'information essentielle aux enquêtes. Le projet de loi C‑22 cherche à répondre à ces défis tout en maintenant des garanties solides, notamment le respect de la Charte canadienne des droits et libertés et la protection de la vie privée des Canadiennes et des Canadiens.
[Traduction]
Les dispositions dans le projet de loi sont regroupées sous deux thèmes principaux. D'abord, la partie 1 du projet de loi modernise les autorisations législatives du Canada afin d'aider la police et le SCRS à obtenir un accès légal et en temps opportun aux renseignements numériques nécessaires pour mener des enquêtes, chaque outil ayant été soigneusement conçu pour tenir compte du type d'information qui sera recueilli et du droit à la vie privée qu'il soulève.
Cela comprend la création d'un nouvel outil de confirmation de la fourniture de services, qui permettrait à la police de confirmer si un fournisseur de services de télécommunications offre ou a offert un service à un identifiant particulier, par exemple une adresse IP ou un numéro de téléphone particulier. La portée de cet outil a été délibérément limitée à une confirmation par oui ou non, et elle ne concerne que les fournisseurs de services de télécommunications.
La partie 1 créerait également une nouvelle ordonnance de communication des renseignements relatifs à la personne abonnée plus restreinte, comme son nom, son adresse et des renseignements de base au sujet des services offerts, et moderniserait les pouvoirs liés au mandat de perquisition afin de mieux refléter les recherches informatiques.
En outre, il établirait une nouvelle autorisation législative permettant aux autorités policières canadiennes de présenter une demande à un fournisseur de services électroniques étranger et renforçant la coopération internationale en matière criminelle concernant les données électroniques.
Ces mesures visent à faire en sorte que, lorsqu'ils sont autorisés par la loi, les enquêteurs puissent agir de manière opportune et efficace, en gardant à l'esprit que les retards peuvent entraîner des préjudices graves et continus pour les victimes dans des circonstances et des cas particuliers.
[Français]
La deuxième partie du projet de loi établit un cadre législatif clair et moderne afin de garantir que les fournisseurs de services électroniques ont les capacités techniques nécessaires pour répondre efficacement aux demandes d'accès légal, c'est-à-dire un accès déjà approuvé en vertu des lois en vigueur, telles que le Code criminel ou la Loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité.
Le Canada est actuellement la seule démocratie occidentale à ne pas disposer d'un cadre juridique complet exigeant que les fournisseurs de services électroniques développent et maintiennent de telles capacités techniques. À l'exception d'un régime de licences désuet datant des années 1990, la collaboration dans ce domaine demeure largement volontaire et inégale.
La partie 2 du projet de loi C‑22 établit des exigences minimales en matière de capacités techniques pour les fournisseurs principaux alignées sur les normes internationales, et elle confère au ministre de la Sécurité publique le pouvoir de prendre des arrêtés ministériels ciblés et souples lorsque des capacités précises sont nécessaires pour répondre à des besoins opérationnels.
[Traduction]
Les mesures de protection liées à ce nouveau cadre sont intégrées dans le projet de loi. Par exemple, les arrêtés ministériels seraient soumis à une approbation par le commissaire au renseignement et signalés de manière proactive à l'OSSNR. Les considérations en matière de vie privée et de cybersécurité sont explicitement incluses dans le projet de loi. Les obligations liées à la rétention des données sont restreintes, et des rapports publics annuels sont requis.
Cette partie ne crée pas de nouveaux pouvoirs pour les forces d'application de la loi ou le SCRS d'intercepter des communications ou d'obtenir des renseignements, pas plus qu'il ne permet l'accès direct du gouvernement aux systèmes des fournisseurs de services électroniques. Il interdit aussi explicitement la création de vulnérabilités systémiques, garantissant ainsi qu'un règlement ou un arrêté ministériel ne fragilise pas le chiffrement et ne crée pas de portes dérobées.
Enfin, la partie 2 établit des outils pour promouvoir la conformité, ce qui comprend les inspections et les sanctions administratives pécuniaires.
[Français]
Ensemble, ces mécanismes visent à garantir que les organismes canadiens d'application de la loi et du renseignement disposent des outils nécessaires pour faire leur travail important, tout en maintenant une reddition de comptes et une transparence solides.
Monsieur le président et membres du Comité, mes collègues et moi serions maintenant heureux de répondre à vos questions.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Merci à tous nos témoins. C'est formidable d'avoir autour de la table autant de personnes pour discuter d'un enjeu aussi complexe. Nous aurons l'occasion de mieux nous connaître au cours des deux prochaines semaines parlementaires.
Je ne sais jamais à qui adresser mes questions parce qu'il y a beaucoup d'experts ici. N'hésitez pas à me dire qui est la personne la mieux placée pour y répondre.
J'ai examiné les définitions. J'ai examiné les définitions de « vulnérabilité systémique », la manière dont elle englobe la définition des données chiffrées dans une certaine mesure, ainsi que la définition, à la partie 2, selon laquelle un fournisseur de services ne doit rien faire qui créerait une vulnérabilité systémique. Je vais poser une question très directe. Ce projet de loi couvrira‑t‑il les données chiffrées? Ensuite, est‑ce bien l'intention? Je présume que la réponse sera oui. Ce projet de loi couvrira‑t‑il les données chiffrées? Y a‑t‑il quelqu'un qui pourrait m'aider à y voir clair?
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Monsieur McGuire et madame Hiegel, j'ai des questions plutôt techniques, alors je suppose que c'est vous qui allez y répondre.
Alors que nous examinons le paysage changeant de la sécurité publique et de la sécurité nationale, il est essentiel de comprendre clairement le rôle des métadonnées. On décrit souvent les métadonnées comme des données au sujet des données qui ne saisissent pas le contenu des communications, mais fournissent plutôt des renseignements contextuels comme le moment, le lieu, la durée, l'origine ou la destination d'interactions numériques.
Bien qu'elles soient différentes des données de contenu, les métadonnées peuvent, dans des circonstances précises, apporter un éclairage analytique et aider à recenser des tendances pertinentes pour les besoins opérationnels. Cela fait des métadonnées un outil opérationnel précieux pour les forces de l'ordre et les agences du renseignement, qui joue un rôle essentiel pour assurer la détection des menaces, l'évaluation des risques et l'efficacité des enquêtes, en particulier à une époque où, l'activité numérique est fortement intégrée dans notre vie quotidienne.
Corrigez-moi si j'ai tort ou si quoi que ce soit m'a échappé concernant les métadonnées, mais dans ce contexte, pourriez-vous s'il vous plaît clarifier la portée de l'information à laquelle les forces de l'ordre seraient autorisées à accéder en vertu du projet de loi, et confirmer précisément en quoi les métadonnées diffèrent du contenu des communications dans la pratique?
:
Je vais commencer, et si vous n'y voyez pas d'inconvénients, je vais céder la parole à mon collègue, M. Ho. Puis, si vous m'accordez quelques minutes, je demanderai à la GRC et peut-être au SCRS d'expliquer l'importance des métadonnées dans leurs opérations.
Comme vous le voyez dans le projet de loi tel qu'il est actuellement libellé, nous n'avons pas beaucoup précisé les éléments des métadonnées que nous prévoyons réglementer. C'est parce que nous devons prendre le temps d'évaluer cet aspect avec nos organismes d'enquête et discuter avec l'industrie de la capacité de conserver divers types, et pour combien de temps. En aucun cas, nous ne présumons… Lorsque nous remarquons que c'est pour une période maximale d'un an, nous nous attendons à ce que ce ne soit pas tous les points de métadonnées qui soient conservés aussi longtemps. C'est pourquoi il y a un délai prévu.
Nous avons examiné les comparaisons internationales sur ce plan et avons trouvé un juste milieu. L'Australie détient ses métadonnées pendant deux ans, et le Royaume-Uni, pendant environ un an. Il y a toujours des petits caractères, mais en général, c'est bien cela.
Dans le cadre de ce processus, nous nous attendons à préciser les types particuliers de métadonnées qui sont les plus importantes à des fins d'enquête, puis à y appliquer un délai dans le cadre du processus réglementaire. C'est à ce moment‑là que nous présenterons une contestation fondée sur la Charte.
Monsieur Ho, souhaitez-vous ajouter quelque chose?
:
Cependant, vous n'avez pas consulté la présidente de l'Office.
Je vais poser une question que j'ai posée plusieurs fois en Chambre à l'équipe du ministère de la Justice. Je ne suis pas juriste, et j'aimerais comprendre pourquoi vous avez choisi le seuil le plus bas pour l'obtention de l'information.
Pour moi, le fait d'avoir des motifs raisonnables de « soupçonner » quelque chose me semble être un seuil très, très bas pour obtenir de l'information. Par contre, le fait d'avoir des motifs raisonnables de « croire » quelque chose serait un seuil plus élevé. Je ne comprends pas pourquoi vous avez choisi ce seuil.
Est-ce que vous pourriez donner au Comité des exemples de ce que pourrait être un motif raisonnable de soupçonner quelque chose? J'ai de la difficulté à imaginer ce qui ne serait pas acceptable. Il me semble que tout motif de soupçonner quelque chose peut être raisonnable. Comprendre cette partie du projet de loi me préoccupe beaucoup. Est-ce qu'il vous est possible de nous donner des exemples concrets de ce qui pourrait être un motif raisonnable de soupçonner quelque chose?
Moi, j'aurais besoin de ça. Je ne suis pas juriste, et j'aimerais mieux comprendre, si possible.
Avec le temps qui me reste, j'aimerais aussi comprendre autre chose. Dans la première partie du projet de loi, on dit que le terme « fournisseur de services de télécommunication » s'entend au sens du paragraphe 2(1) de la Loi sur les télécommunications, alors que dans la partie 2 du projet de loi, on parle de fournisseur de services électroniques et de fournisseur principal. Or, dans l'annexe, il n'y a pas de définition.
Là, je veux comprendre pourquoi donner ce pouvoir réglementaire très grand dans des définitions. Il y a des gens qui nous interpellent et qui se demandent s'ils vont être concernés. Est-ce que vous pouvez m'expliquer pourquoi il n'y a pas de définition, pourquoi on ne trouve rien dans l'annexe et pourquoi tout va être décidé par règlement?
:
Merci, monsieur le président.
Merci aux témoins d'être ici aujourd'hui.
Je vais commencer par M. McGuire.
Une chose que je trouve contradictoire dans le projet de loi — vous pourrez peut-être expliquer en quoi ce n'est pas contradictoire —, c'est que vous exigez des fournisseurs de services électroniques et des entreprises de télécommunications qu'ils créent les systèmes permettant l'interception des communications au sein de leurs réseaux, or vous affirmez ensuite que rien dans le projet de loi ne vise à miner l'intégrité des réseaux de chiffrement. Cela me semble très contradictoire.
À la lumière du piratage de Salt Typhoon que nous avons vu aux États-Unis… On a découvert par la suite que ce sont précisément les vulnérabilités créées par les exigences du droit américain — qui imposaient l'existence de portes dérobées dans les mécanismes de chiffrement — qui ont permis aux pirates d'accéder à ces renseignements.
Pouvez-vous expliquer en quoi consiste cette apparente contradiction?
La présence des fonctionnaires a été utile. Je tiens d'abord à dire que j'ai l'impression qu'il nous faudrait passer trois heures avec vous. Je ne dis pas cela pour plaisanter. C'est un projet de loi très technique. Nous ne pouvons pas traiter ce projet de loi à la hâte. J'ai une liste d'environ huit questions à vous poser.
Je vérifie actuellement la jurisprudence à la suite de l'argument que Mme DeBellefeuille a soulevé plus tôt concernant le seuil des « motifs raisonnables de soupçonner » par rapport aux « motifs raisonnables de croire ». Je ne me suis pas penché sur les motifs raisonnables de soupçonner depuis de nombreuses années. En ce qui concerne les motifs raisonnables de croire, je connais bien l'arrêt Storrey selon lequel une personne doit objectivement croire que ce qu'elle fait est raisonnable, et que cela doit être objectivement raisonnable.
Cela ne veut probablement rien dire pour de nombreuses personnes, mais ce sont des questions difficiles à comprendre. Puisque nous essayons de comprendre la question, je trouve qu'une seule heure avec vous avant l'étude article par article est insuffisante. Pour être très franc, je pense que nous avons besoin que vous restiez avec nous beaucoup plus longtemps. Je vous laisse y réfléchir, ainsi que le président et mes collègues libéraux, parce que nous avons de nombreuses questions, et je sais que je viens déjà d'utiliser une minute de mon temps.
C'est une question importante concernant l'obligation des fournisseurs de services électroniques de conserver les données pendant un an. S'agit‑il, de fait, d'une saisie qui est contraire à l'article 8? Je crois comprendre qu'un mandat de recherche est nécessaire, et cela porterait sur l'aspect lié à la recherche. Normalement, il y a la recherche, ensuite la saisie. L'obligation de conserver des données constitue‑t‑elle en soi une saisie?
:
Merci, monsieur le président.
[Traduction]
C'est toujours fascinant d'écouter mon collègue, M. Caputo.
D'abord, j'aimerais commencer par vous remercier d'être ici.
Évidemment, je soutiens tout à fait le projet de loi. Comme je l'ai dit à la Chambre, je crois que nous avons besoin d'un régime d'accès moderne. Je pense qu'il faut s'occuper des arrêts Bykovets et Spencer, et adopter un projet de loi approprié qui nous permet de traiter ces choses.
J'avais également deux ou trois questions, si cela vous convient, en ce qui concerne les interactions des vulnérabilités systémiques dans ce projet de loi, dans les paragraphes proposés 5(5) et 7(5) du projet de loi, par rapport aux articles 12 et 13 proposés. Essentiellement, d'après ce que je comprends des paragraphes 5(5) et 7(5) proposés du projet de loi, un fournisseur n'est pas tenu de se conformer, si cela créait une vulnérabilité systémique. Je crois que j'ai bien compris ce point. Cependant, l'article 12 proposé indique ceci: « Le fournisseur de services électroniques visé par l'arrêté pris en vertu du paragraphe 7(1) est tenu de s’y conformer. » Ensuite, l'article 13 proposé précise que les arrêtés l'emportent sur tout règlement pris.
Personnellement, je ne comprends pas vraiment l'interaction ici, où l'on dit, d'un côté, qu'une personne n'est pas tenue de se conformer si cela crée une vulnérabilité systémique, mais que, d'un autre côté, s'il y a un arrêté, elle est tenue de s'y conformer, puisque l'arrêté l'emporte sur le règlement.
Pouvez-vous m'expliquer ce point pour que je comprenne le fonctionnement des paragraphes 5(5) et 7(5)?
:
Nous reprenons la séance. Merci à tout le monde d'être de retour.
Je souhaite la bienvenue aux deux ministres et aux fonctionnaires qui les accompagnent, en commençant par le ministre Gary Anandasangaree, député et ministre de la Sécurité publique. Je souhaite aussi la bienvenue au ministre Sean Fraser, député et ministre de la Justice.
Vous êtes tous les deux les bienvenus, chers ministres. Nous allons commencer par une allocution de la part du ministre de la Sécurité publique, et ensuite ce sera celle du ministre de la Justice.
Monsieur Anandasangaree, la parole est à vous.
:
Merci, monsieur le président.
[Traduction]
J'aimerais commencer par reconnaître que nous nous réunissons sur le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin anishinabe.
[Français]
Je vous remercie de l'invitation à comparaître aujourd'hui pour parler du projet de loi .
[Traduction]
J'aimerais aussi saluer mon collègue, l', avec qui je travaille sur ce projet de loi depuis un certain temps, et j'aimerais aussi saluer les fonctionnaires qui sont ici pour nous soutenir.
En tant que ministre de la Sécurité publique, ma priorité principale est de m'assurer que tous les Canadiens sont en sécurité. Depuis ma nomination, j'ai discuté avec des organismes d'application de la loi de tous les échelons — les services de police municipaux et la GRC — ainsi qu'avec des groupes de victimes, comme le Centre canadien de protection de l'enfance. Ils m'ont tous dit clairement que le Canada a besoin d'outils modernes pour lutter contre une vaste gamme d'activités illicites rendues plus faciles dans l'environnement numérique mondial.
La technologie a radicalement changé la nature de la criminalité et des menaces à l'échelle mondiale. Les criminels exploitent continuellement l'espace numérique dont nous nous servons tous pour commettre des infractions de tout genre. Cela inclut l'extorsion, l'exploitation d'enfants, le vol d'automobiles, le terrorisme et la traite de personnes. De plus, on se sert de cet environnement pour faciliter l'ingérence étrangère et l'extrémisme violent.
Nos lois n'ont tout simplement pas évolué au même rythme que notre monde axé sur le numérique. Cela a créé un écart important entre la criminalité et les menaces d'aujourd'hui et ce que peuvent faire adéquatement nos lois actuelles.
[Français]
Nous avons un devoir envers les Canadiens de nous attaquer à ces nouvelles menaces.
[Traduction]
C'est l'objectif du projet de loi .
J'aimerais profiter de l'occasion pour souligner que le projet de loi ne vise pas à réglementer Internet ni à surveiller Internet. Il ne demande pas non plus aux fournisseurs de services Internet de devenir des agents du gouvernement, comme l'ont laissé entendre certains débats à la Chambre.
Comme l'ont confirmé nos fonctionnaires, le projet de loi est neutre en matière de chiffrement. Il vise simplement à combler les écarts relevés dans notre cadre juridique qui nous empêchent d'accéder rapidement à de l'information et à des renseignements essentiels pour mener une enquête. Il fournira à nos agents les outils dont ils ont besoin pour préserver la sécurité des Canadiens au XXIe siècle, tout en garantissant que nous continuons de respecter les droits des Canadiens à la vie privée, établis dans la Charte.
[Français]
Nous avons écouté les préoccupations des intervenants et d'autres parlementaires après le dépôt du projet de loi .
[Traduction]
Des dispositifs de protection importants sont prévus dans la partie 1 du projet de loi , comme limiter la portée de l'ordre de confirmer la fourniture de services aux fournisseurs de services de télécommunications; une définition plus stricte de ce que sont les renseignements relatifs à la personne abonnée; et une surveillance judiciaire solide. La police devra toujours obtenir l'approbation de la Cour pour demander des renseignements personnels, comme les noms, les adresses et les numéros de téléphone.
Dans la partie 2 du projet de loi, nous nous assurons que les fournisseurs de services électroniques puissent répondre aux demandes d'accès légal. Je veux que ce soit clair: cette partie ne permet pas aux organismes d'application de la loi et au SCRS d'intercepter des communications ou d'obtenir de l'information. Elle vise à assurer que les fournisseurs de services électroniques peuvent se conformer aux ordres juridiques existants, prévus dans le Code criminel et la Loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité. Les éléments clés comprennent un nouveau cadre de conformité qui exigera que les fournisseurs principaux aient la capacité technique nécessaire pour se conformer aux autorisations légales au moment d'obtenir de l'information, comme des mandats et des ordonnances de communication.
Elle conférerait aussi au ministre de la Sécurité publique de nouveaux pouvoirs liés aux arrêtés ministériels. Le ministre pourrait, mais avec l'approbation du commissaire au renseignement, ordonner à un fournisseur de services électroniques de se doter de capacités techniques précises, par exemple, pour composer avec les nouvelles technologies en développement, qui ne sont pas prévues dans la réglementation.
Enfin, elle ajoute un outil d'application de la réglementation, comme des sanctions administratives pécuniaires pour tout fournisseur qui ne se conforme pas.
Encore une fois, j'aimerais souligner les dispositifs de protection qui seraient mis en œuvre au titre de cette partie du projet de loi. Comme je l'ai mentionné, tous les arrêtés ministériels devront d'abord être approuvés par le commissaire au renseignement, qui s'assurera qu'ils sont raisonnables.
Cette partie inclut aussi un dispositif de protection explicite pour empêcher l'introduction de vulnérabilités systémiques dans les dispositifs de protection électroniques. Notre gouvernement s'oppose à la création de portes arrière.
Nous voulons que les Canadiens voient exactement comment ces pouvoirs sont créés et utilisés de sorte que leur exercice fait l'objet d'un contrôle démocratique étroit. Conformément aux lois actuelles, nos agents d'application de la loi et du renseignement essaient de lutter contre des criminels et des acteurs étatiques experts en technologies avec des outils qui datent de dizaines d'années. Le projet de loi comblerait cet écart tout en respectant les droits conférés par la Charte ainsi que la vie privée de tous les Canadiens.
[Français]
Je vous remercie et c'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.
:
Merci, monsieur le président.
Avant de commencer mon discours, je voudrais remercier tout le monde d'être ici pour participer à ce débat très important.
Il est important, selon moi, de comprendre le contexte dans lequel s'inscrit ce projet de loi. Nous avons une stratégie pour améliorer la sécurité publique qui inclut trois piliers. Le premier est de renforcer les lois criminelles, notamment avec les projets de loi , et .
Cela dit, nous reconnaissons que ce n'est pas assez de seulement apporter des changements aux lois criminelles. Il faut aussi soutenir les personnes qui travaillent sur le terrain dans nos communautés, comme les organisations communautaires et les policiers. Ce n'est pas suffisant d'augmenter le nombre de personnes qui travaillent dans les communautés. Il faut aussi leur donner les outils nécessaires pour s'assurer qu'elles sont en mesure de répondre aux attentes que nous avons quant aux agents sur le terrain.
Nous devons aussi faire des investissements pour prévenir le crime et la violence à long terme. Cela comprend des investissements dans le logement abordable, des investissements pour que les personnes qui ont un problème de santé mentale puissent avoir des médicaments et des investissements pour soutenir les jeunes qui ont des problèmes dans leur vie.
[Traduction]
Ce projet de loi se concentre sur le deuxième pilier, et soutient ceux qui se trouvent en première ligne et qui essaient de faire du Canada un pays plus sûr tous les jours. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que les gens règlent des enjeux modernes à l'aide de technologies désuètes. C'est à cela que sert le projet de loi.
Quand nous comparons le Canada à d'autres partenaires ailleurs dans le monde, nous constatons que nous sommes très en retard pour ce qui est de nous attaquer aux enjeux modernes, surtout dans le contexte numérique. La technologie a changé. Le monde a changé. La criminalité a changé. Tout va plus vite. Cela traverse les frontières. Le numérique prend de plus en plus de place. Nous avons vu que d'autres administrations ont adopté ce dont nous discutons et ce que nous appelons l'« accès légal ». En termes très simples, c'est la capacité des organismes d'application de la loi d'accéder aux preuves dont ils ont besoin, lesquelles pourraient être de nature numérique, de la même façon dont nous leur permettons d'accéder à des preuves qui existent dans le monde physique. Vous ne pouvez pas arrêter une adresse IP ou un numéro de téléphone.
Nous devons fournir aux organismes d'application de la loi les outils qui leur permettront de découvrir l'identité de la personne coupable, quand il y a une enquête criminelle en cours, et de trouver un moyen de faire avancer l'enquête. Quand je regarde le processus actuel, je me dis qu'il est important de montrer aux Canadiens que nous avons bien réfléchi à la façon de nous assurer que les droits à la vie privée sont respectés et que nous tenons aussi compte des recommandations des organismes d'application de la loi visant à faciliter leur travail.
Plus précisément, pour commencer, en vertu de ce projet de loi, quand il y a une enquête qui concerne un numéro de téléphone ou une adresse IP, nous permettons aux organismes d'application de la loi de tout simplement demander au fournisseur de services: « Est‑ce que cela fait partie de votre réseau? » Si le réseau répond par l'affirmative, nous pourrons alors entamer un processus, lequel serait approuvé par un juge, qui nous permettrait de dire oui, ce numéro de téléphone est associé à un nom et à une adresse. Actuellement, ce processus peut prendre des mois. Quand il s'agit de personnes qui participent aux activités du crime organisé — exploitation sexuelle d'enfants, trafic de stupéfiants, traite de personnes, invasions à domicile et vol organisé d'automobiles —, vous pouvez comprendre qu'il faut agir rapidement. C'est essentiel si nous voulons finir par atténuer les conséquences de la criminalité pour les collectivités canadiennes.
Selon moi, ce projet de loi fournit le bon cadre et offre aux organismes d'application de la loi les outils dont ils ont besoin pour préserver la sécurité des Canadiens, tout en se dotant de dispositifs de protection pour s'assurer que l'autorisation judiciaire est toujours essentielle, quand c'est approprié. Nous mettons un système en place afin que les fournisseurs de services puissent vraiment détenir l'information qui aidera à faire avancer ces enquêtes.
Laissez-moi vous résumer tout ça simplement: nous ne réglerons pas les problèmes de Netflix avec de la technologie de Blockbuster. Nous devons nous joindre aux économies avancées, ailleurs dans le monde, qui s'efforcent de régler ces problèmes depuis de nombreuses années. Je pense que, avec l'aide des différents partis représentés au Comité, nous pouvons envoyer un signal fort aux Canadiens pour leur montrer que, quand il est question de sécurité publique, nous ferons tout ce que nous pourrons pour que les organismes d'application de la loi aient les outils dont ils ont besoin pour préserver la sécurité des Canadiens.
[Français]
Merci, monsieur le président.
:
Merci, monsieur le président.
Merci aux ministres et aux fonctionnaires.
J'aimerais faire remarquer que nous avons deux Kamloopsiens autour de la table aujourd'hui. C'est toujours extraordinaire.
Monsieur le ministre Anandasangaree, vous êtes tiré d'affaire, aujourd'hui. Nous ne vous poserons pas de questions sur les visas et sur qui a accordé un visa à des membres du corps des gardiens de la révolution islamique. Nous nous en tiendrons au projet de loi .
J'aimerais revenir sur quelque chose que vous avez mentionné, monsieur le ministre. Vous avez dit que la loi était neutre en matière de chiffrement. Une des préoccupations principales dont on me parle souvent concerne ce chiffrement. Je vous demanderais de ne pas vous en remettre aux analystes. J'aimerais savoir ce que vous en pensez, vous. Ce projet de loi pourrait menacer les communications chiffrées, compte tenu du libellé ou de la façon dont on pourrait l'interpréter.
Pouvez-vous confirmer que l'objectif du projet de loi n'est pas de s'attaquer au chiffrement de bout en bout, soit quand une partie A se sert d'un programme pour s'occuper d'une partie B qui est chiffrée et qu'il est impossible de déchiffrer? Pouvez-vous confirmer que cela n'est pas prévu dans le projet de loi et que ce n'est pas son objectif?
:
Je vais être franc, monsieur le ministre. Le gouvernement libéral est maintenant majoritaire. Ce qui est préoccupant, c'est que, s'il y a place à l'interprétation, ce ne sera pas réglé.
C'est pour cette raison que je vous demande, aux fins du compte rendu, s'il est possible que les communications chiffrées soient ciblées par le projet de loi. Si ce n'est pas son objectif — c'est ce que vous avez dit —, je ne crois pas que ce ne serait pas trop vous demander de dire, « Oui, monsieur Caputo, je soutiendrais un amendement visant à assurer que notre objectif est clair ». Par exemple, il pourrait s'agir d'un amendement qui comprend une définition de « données chiffrées », dans la partie 2, ou d'un amendement qui indique que la « vulnérabilité systémique » inclut une clé pour les données chiffrées et la création de telles clés.
Respectueusement, monsieur le ministre, je ne crois pas que ce soit difficile de dire, « Oui, c'est notre objectif ». N'êtes-vous pas d'accord?
:
Toutefois, monsieur le ministre, la différence entre le projet de loi ... Si vous voulez en parler, c'est exactement pourquoi je fais une mise en garde. Les libéraux se sont opposés à presque tous les amendements importants. Ce sont les conservateurs et le Bloc qui ont voté en faveur de ces amendements, qui ont permis leur adoption, et le gouvernement a souvent voté contre. Maintenant, les choses ont changé. Respectueusement, le projet de loi C‑8 n'est pas un bon exemple. C'est pour cette raison que j'essaie d'obtenir des réponses aux fins du compte rendu.
Je pense que j'ai bien expliqué mon point et vous aussi, alors passons à autre chose.
Une des grandes questions concerne l'arrêté ministériel. Une autre, comme je l'ai dit, concerne le chiffrement, et une autre question importante, c'est la mesure dans laquelle la mise en œuvre et les définitions relèveront de la réglementation. Ce sont les critiques principales à propos du projet de loi.
Prenez par exemple l'article 5 proposé. On parle de vastes pouvoirs. Il est indiqué à l'alinéa 5(2)b) proposé « l’installation, l’utilisation, le fonctionnement, la gestion, l’évaluation, la mise à l’essai et l’entretien de tout dispositif ». Il est indiqué à l'alinéa 5(2)d) proposé « la conservation de catégories de métadonnées ». Monsieur le ministre, je comprends pourquoi le gouvernement veut que la portée soit large; c'est pour englober davantage de choses. Toutefois, si nous ne définissons pas les choses, où pouvons-nous le faire? Je suis convaincu que les experts nous diront, « Savez-vous quoi? Nous pouvons classer les métadonnées dans différentes catégories ». Nous pouvons classer les métadonnées dans différentes catégories, j'en suis sûr. Ce ne sont pas des choses qui changent tous les jours.
Seriez-vous ouvert à l'idée d'un amendement qui indique que, quand vous cherchez à obtenir des renseignements personnels, qui font l'objet d'attentes élevées en matière de vie privée...? Je suppose que vous seriez en faveur d'un amendement qui définirait ce genre de choses.
:
Merci, monsieur le président.
Merci aux ministres d'être présents aujourd'hui.
Monsieur le ministre Anandasangaree, à Brampton, nous observons une augmentation inquiétante de la criminalité en tous genres, du vol d'automobiles, au vol qualifié en passant par les introductions par effraction, les meurtres et les fusillades en plein jour. Je suis préoccupée par la sécurité de mes électeurs et de tous les résidents de Brampton, et ils le sont aussi. Notre maire, Patrick Brown, et les chefs de police régionaux de Peel demandent depuis un certain temps une loi comme le projet de loi , et ils ont salué le dépôt de celui‑ci.
En pensant au contexte local, pourriez-vous décrire les menaces auxquelles s'attaque ce projet de loi et expliquer les lacunes opérationnelles concrètes avec lesquelles les organismes d'application de la loi, comme le SCRS doivent composer, aujourd'hui, et que le projet de loi comblerait?
:
Laissez-moi saluer le travail de la police régionale de Peel, que nous avons consultée quand nous avons élaboré ce projet de loi. Les commentaires reçus nous ont grandement aidés. J'ai discuté avec le chef, Nishan Duraiappah, à maintes reprises.
C'est la priorité principale, comme les chefs de police l'ont souligné, pas seulement ceux de la municipalité de Peel, mais ceux de tout le Canada, à tous les échelons, qu'il s'agisse du commissaire Carrique de la police provinciale de l'Ontario ou du commissaire Duheme de la GRC, ainsi que les services de police régionaux. Ce dossier est de la plus haute importance.
Plus précisément, la technologie à notre disposition aujourd'hui n'est pas à la hauteur des enjeux auxquels nous faisons face. On se sert principalement des téléphones, d'Internet, des courriels et des appareils électroniques pour commettre des crimes, tous les jours. L'extorsion, par exemple, se pratique souvent au moyen d'un appel téléphonique ou d'un message texte, ou parfois d'un courriel. Au fil des ans, cela a créé beaucoup de retard, parce que les organismes d'application de la loi doivent obtenir des ordonnances de communication. Souvent, ils doivent attendre des semaines, parfois des mois, pour obtenir l'information dont ils ont besoin pour passer à la prochaine étape.
Essentiellement, ce que nous faisons ici... Je vais me servir de l'exemple du bottin téléphonique, qui peut être consulté dans une bibliothèque locale, et de la recherche inversée. Si vous avez un numéro de téléphone, vous pouvez consulter le bottin de Bower, inscrire le numéro de téléphone et obtenir l'adresse de la personne qui a ce numéro. À l'heure actuelle, ce sont souvent des numéros de téléphone anonymes, ce qui veut dire que nous devons nous adresser au fournisseur de services. Si c'est une entreprise de télécommunications, nous devons lui demander si un numéro de téléphone spécifique est associé à son service. Cela peut prendre des semaines, parfois des mois, pour obtenir cette information.
Au départ, le projet de loi permet aux organismes d'application de la loi d'obtenir ce que l'on appelle une confirmation de service, pour confirmer que ce numéro de téléphone est lié au réseau du fournisseur de services de télécommunications. La réponse affirmative ou négative. Si la réponse est non, on s'arrête là. Si c'est oui, on devra préparer une ordonnance de communication, un mandat, pour pouvoir obtenir l'information de la personne abonnée, celle dont le numéro de téléphone pourrait être lié à la compagnie de téléphone. Le mandat permettra d'obtenir des renseignements généraux sur la personne abonnée, soit son nom, son adresse courriel, et ainsi de suite.
Autrement, toute autre information supplémentaire nécessaire devra être obtenue selon le processus actuel, soit retourner devant les tribunaux et obtenir une autorisation judiciaire pour consulter le type d'information requis et poursuivre l'enquête. Essentiellement, une enquête qui prend des mois pourrait ne prendre que des semaines grâce aux dispositions supplémentaires prévues dans le projet de loi.
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Je dirais que nous avons discuté avec bien des gens. L'honorable Murray Rankin a participé à des séances de médiation et nous a parlé d'un consensus presque total. Je ne dirais pas que tout le monde était d'accord, mais des représentants de l'industrie et d'organismes de défense des libertés civiles étaient présents. Nous avons également discuté avec des organismes d'application de la loi et des militants communautaires.
Je crois qu'il s'agit d'un état de choses que nous comprenons très bien et que nous acceptons, en général. Ce n'est pas parfait. Tout le monde ne l'appuie pas à 100 %. Les gens continuent d'exprimer leurs préoccupations, mais en général, cela reflète... Même avec les organismes d'application de la loi, nous avons dû réduire... Vous constaterez que des changements importants ont été apportés entre le projet de loi et le projet de loi , par exemple, pour restreindre et définir certaines choses qui y étaient incluses.
Nous avons fait beaucoup de travail pour nous approcher le plus possible d'un consensus. Le projet de loi ne fera jamais l'unanimité. Je pense que, ce que nous devons faire, c'est nous assurer que tous les dispositifs de protection sont en place. Nous sommes convaincus que, dans le projet de loi, nous répondons à la fois aux préoccupations en matière de droits à la vie privée et à celles en matière de droits prévus par la Charte. Certaines personnes voudraient que nous en fassions plus. Certaines personnes souhaitent tout simplement tirer un trait sur le projet de loi, mais ce n'est pas une option pour nous.
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Merci, monsieur le président.
Merci beaucoup, messieurs les ministres.
Monsieur Fraser, je n'ai pas vraiment de questions pour vous, mais je veux vous féliciter franchement pour votre français, qui s'est beaucoup amélioré.
Monsieur Anandasangaree, la Loi sur le soutien en matière d'accès autorisé à de l'information, édictée par la partie 2 du projet de loi, prévoit un rôle limité pour l'Office de surveillance des activités en matière de sécurité nationale et de renseignement, l'OSSNR. Or on a remarqué que, chez nos partenaires du Groupe des cinq, il y a des mécanismes comparables d'accès légal qui s'accompagnent d'un rôle plus formel de surveillance indépendante. À titre d'exemple, on peut nommer l'Australie. La Telecommunications and Other Legislation Amendment (Assistance and Access) Act 2018 demade que l'organisme homologue à l'OSSNR soit avisé de la délivrance d'ordres d'assistance technique dans un délai précis.
De votre côté, selon le projet de loi , vous devez donner un rapport non caviardé à l'Office un an après, et vous avez 90 jours, si je ne me trompe pas, pour le lui remettre. C'est donc à peu près un an et demi après les faits ou les décisions que vous remettez ça à l'Office de surveillance.
Quand vous vous inspirez du Groupe des cinq pour votre projet de loi, pourquoi ne voulez-vous pas donner à l'Office un rôle aussi important que celui que l'Australie a donné à un organisme de surveillance comparable?
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Je suis désolée de vous interrompre, mais j'ai déjà lu ça. Je me suis préparée.
Ce que je veux comprendre, c'est pourquoi l'Office canadien est comme un peu mis de côté, à mon avis. Je sais que le commissaire au renseignement a un rôle, mais pourquoi l'Office n'est-il pas avisé en temps réel? Quand on a les faits presque un an et demi plus tard, c'est dur de faire une enquête pour vérifier si les agences concernées, comme la GRC ou le Service canadien du renseignement de sécurité, sont conformes à la loi.
Je vous annonce que je vais proposer un amendement pour que l'Office de surveillance soit avisé en temps réel, un peu comme le modèle de l'Australie, parce que je considère que c'est notre garantie. C'est un peu comme une façon de donner notre confiance au gouvernement en nous assurant que l'Office de surveillance, dont la mission première est de faire de la surveillance, est avisé en temps réel, comme le commissaire au renseignement.
Je suis également surprise d’avoir appris par votre équipe que Mme Deschamps, qui est la présidente de l’Office, n’a pas du tout été consultée par les différents groupes de consultation qui ont été organisés pour l’étude du projet de loi C-22. Je vous le dis sincèrement, ça n’a pas sens pour moi. On s’inspire du Groupe des cinq pour les meilleurs pratiques, mais on omet d’inclure un rôle important pour l’Office dans le projet de loi C-22. Seriez-vous prêt à discuter de la question de pouvoir aviser l’Office en temps réel?
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Merci, monsieur le président.
Messieurs les ministres, je vous remercie d'être ici.
Je vous comprends quand vous dites soutenir les agents en première ligne. On demande l'accès légal depuis de nombreuses années. Toutefois, je pense réellement que nous devons faire attention à ne pas aller trop vite. Nous devons bien faire les choses. En tant que parlementaires, nous devons garder à l'esprit notre devoir de diligence et le fait que nous devons protéger la vie privée et les renseignements personnels des Canadiens. Mes questions concerneront cela. Je pense que nous ne devons pas demander la sanction royale trop rapidement. Il faut bien faire les choses.
Il y a plus de 10 ans — je ne sais pas si vous le savez —, votre parti nous a mis en garde contre un projet de loi très similaire à celui‑ci. C'était un projet de loi sur l'accès légal. Votre parti a dit que le projet de loi risquait de transformer le Canada en État de surveillance. Aujourd'hui, non seulement vous proposez des pouvoirs similaires, mais vous étendez de beaucoup leur portée avec le projet de loi . En fait, , le Président actuel de la Chambre, était alors le porte-parole libéral en matière de sécurité publique. Il nous a prévenus qu'une loi similaire sur l'accès légal risquait, et je traduis ses propos, « de créer un service d'État orwellien ».
Voici ma question: avait‑il tort?
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je siégeais au Parlement le jour où s'en est pris à Vic Toews à propos du projet de loi sur l'accès légal de l'époque, et je me souviens très bien que le ministre Toews avait dit que soit vous êtes avec le gouvernement, soit vous êtes avec les producteurs de pornographie juvénile. Je me souviens de la popularité du mot-clic « TellVicEverything », dites tout à Vic, car, à l'époque, beaucoup estimaient que le projet de loi allait trop loin. Dans tous les coins du pays, des gens disaient au ministre Toews qu'ils avaient avalé leur soupe de travers parce qu'ils croyaient que le ministre s'intéressait à tout ce qu'ils faisaient, étant donné les mesures qu'il prenait pour empiéter sur leur vie privée et les discours exagérés qu'il tenait, à ce moment‑là, pour les défendre.
J'aimerais que M. Fraser se joigne à la conversation.
Monsieur le ministre, dans votre déclaration préliminaire, vous avez parlé de la protection de la vie privée et de la conformité avec la Charte, à cet égard. Pourriez-vous nous en dire plus sur la protection de la vie privée et la conformité avec la Charte, ainsi que sur les efforts qui ont été déployés dans le cadre de ce projet de loi sur ces deux aspects?
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Écoutez, pour mieux comprendre, j'aimerais vous donner un peu de contexte.
Mme Kirkland a mentionné dans ses questions que ce débat dure depuis plusieurs années. Il ne dure pas depuis plusieurs années; il dure depuis 30 ans.
J'invite tout le monde à visionner la vidéo du commissaire Carrique résumant l'importance du projet de loi lors de son dépôt. On sent bien la frustration des agents des forces de l'ordre. Je crois qu'ils s'entendent pour dire que nous devons aller de l'avant, car ils en ont assez des organisations criminelles responsables de la traite de personnes, des vols de véhicules et du trafic de drogues. Ils sont au courant de ces activités, et ils essaient de faire leur travail avec une main attachée derrière le dos. Quand ils reçoivent des informations d'un gouvernement étranger, y compris sur un sujet aussi sensible que l'exploitation sexuelle d'enfants, ils veulent agir rapidement. Ils ne veulent pas porter atteinte à la vie privée des gens pendant leur intervention.
Heureusement, il y a eu plusieurs progrès, au Canada et à l'échelle du globe, qui montrent que nous pouvons mieux protéger la vie privée. Le Comité a parlé des différences entre les approches de nos partenaires du Groupe des cinq et celles du Canada. Aucun de nos partenaires du Groupe des cinq — ni la France, l'Allemagne, la Finlande ou l'Espagne, d'ailleurs — n'a besoin d'une autorisation judiciaire pour obtenir des renseignements relatifs à un abonné. Nous parlons des renseignements que l'on trouvait autrefois dans un bottin téléphonique. Nous exigerions tout de même qu'un tribunal autorise l'accès à ces renseignements. Cela faciliterait l'accès sans compromettre la vie privée de façon significative.
Si vous voulez aller plus loin, même dans des situations d'urgence... La seule exception serait une situation d'urgence quand le délit peut encore être empêché, ou si des preuves risquent d'être détruites. Il y aurait même des possibilités en aval de... Le critère devra tout de même être satisfait, mais le préjudice pourrait être réparé, pour ainsi dire, si le tribunal exclut des éléments de preuve, si cela est nécessaire, s'il y a eu atteinte à la vie privée.
Nous l'avons d'ailleurs amélioré après avoir consulté différents députés de différents partis, ainsi que des experts qui nous ont conseillé de préciser les renseignements relatifs à l'abonné que nous recherchons, c'est pourquoi nous avons exclu les informations médicales et les conseils juridiques. Il s'agit de découvrir la personne qui est rattachée à un numéro de téléphone ou à une adresse IP si nous soupçonnons qu'elle a pris part à des activités criminelles.
À chaque étape du processus, nous avons essayé de donner aux agents des forces de l'ordre les outils dont ils ont besoin pour lutter contre la criminalité moderne. À chaque étape du processus, nous nous sommes demandé comment faire cela de manière à respecter les droits en matière de protection de la vie privée conférés par la Charte canadienne des droits et libertés. Je suis convaincu que nous avons trouvé un juste équilibre, après de nombreuses années de débats et de nombreux mois de discussion avec les députés de différents partis. Nous avons atteint un équilibre qui nous permettra de défendre les intérêts des Canadiens et de protéger nos collectivités, tout en respectant les droits à la vie privée des Canadiens.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Monsieur le ministre, vous avez confirmé à M. Caputo que l'intention du projet de loi n'est pas de permettre la création de portes dérobées dans les systèmes de chiffrement, ni maintenant ni à l'avenir. Vous l'avez confirmé.
Cette même question, soit l'affaiblissement possible du chiffrement, nous a inquiétés quand nous avons étudié le projet de loi . La ministre nous a alors dit que même si, dans le projet de loi, il y avait une certaine intention exprimée, elle accepterait d'ajouter au projet de loi un article qui dirait clairement qu'il n'y aura pas d'affaiblissement du chiffrement.
Je vais vous dire sincèrement que l'affaiblissement du chiffrement, c'est vraiment une crainte très, très généralisée. Peut-être que vous pourriez rassurer la population en indiquant clairement dans le projet de loi que vous ne porterez pas atteinte aux systèmes de chiffrement.
Est-ce que vous pensez qu'il y a de la place dans le projet de loi pour clarifier encore plus votre intention, puisque vous avez affirmé à M. Caputo tantôt que ce n'était pas votre intention d'affaiblir le chiffrement?
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Merci, monsieur le président.
Je tiens à parler de certains aspects techniques des métadonnées dont mes collègues devraient tenir compte avant de proposer des amendements qui pourraient avoir une incidence significative sur l'efficacité du projet de loi.
Les enquêtes criminelles modernes, surtout celles impliquant l'exploitation d'enfants, la traite de personnes, l'extorsion, le crime organisé et la cybercriminalité, dépendent fortement des métadonnées numériques pour reconstruire les événements, identifier les suspects et cartographier des réseaux complexes. Ces affaires sont souvent rapportées longtemps après les faits, et c'est pourquoi les données historiques sont essentielles pour déterminer la chronologie des événements et établir des liens qui ne sont pas évidents à première vue.
Il pourrait donc être risqué de restreindre le type de données conservées. Différents types de métadonnées ont différentes fonctions pour les enquêtes et la TI: l'attribution, la cartographie des communications et la reconstruction des activités multi-plateformes. Si des catégories clés sont exclues, cela peut rompre la chaîne des preuves et limiter la capacité à faire des liens entre les activités d'un système à un autre et d'une administration à une autre. Dans le domaine des enquêtes et de l'informatique médico-légale, les métadonnées manquantes réduisent la capacité à effectuer des analyses des structures et des réseaux, qui sont essentielles pour les activités policières modernes axées sur le renseignement et les enquêtes cybercriminelles. Cela peut aussi compromettre l'exhaustivité des preuves devant le tribunal. Bon nombre de crimes graves sont signalés bien après qu'ils se sont produits. Si certaines catégories de métadonnées n'ont jamais été stockées, elles ne peuvent pas être récupérées plus tard, même avec un mandat ou une ordonnance du tribunal.
Monsieur le président, je demande à mes collègues de bien vouloir consulter la transcription de mes remarques quand ils examineront des amendements visant à réduire le type de métadonnées pouvant être recueillies ou à limiter la période de conservation, puisque ces changements pourraient affaiblir significativement l'efficacité de l'accès légal.
Mon collègue, M. Caputo, a soulevé des préoccupations non seulement sur les types de métadonnées, mais aussi sur le cadre relatif à la conservation des données de 12 mois énoncé dans la partie 2.
Pendant mes rencontres avec les responsables des organismes de l'application de la loi, ils ont précisé les paramètres généraux. Les enquêtes complexes posent toutefois un défi pratique. Bon nombre de dossiers graves, comme l'exploitation d'enfants, la traite de personnes, le crime organisé et l'extorsion, sont par nature chronophages, et s'étendent souvent bien au‑delà de six ou même de neuf mois, en raison de leur caractère interadministratif et numérique.
Est‑ce que le SCRS ou la GRC pourraient en dire plus sur l'importance opérationnelle de la conservation des données pour soutenir ce type d'enquêtes complexes? De plus, de quelle manière l'accès aux données et la période de conservation des données affectent-ils la capacité des forces de l'ordre de mener des enquêtes efficaces en temps opportun dans un contexte numérique?
Merci.
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Les ministres me font des signes, donc j'imagine que c'est à moi de répondre.
Je peux vous donner deux exemples. Le SCRS pourrait essayer de suivre les déplacements d'un groupe terroriste, et nous avons reçu le mandat de suivre le cellulaire d'une personne d'intérêt. Le fournisseur des services électroniques n'avait pas la capacité de suivre l'appareil, donc nous ne pouvons pas faire grand-chose si ces capacités n'existent pas. C'est l'une des capacités clés qui serait fournie au titre de la partie 2, qui obligerait les fournisseurs de services de courrier électronique à développer et à maintenir des capacités de géolocalisation, qui sont, bien honnêtement, la norme dans les pays du Groupe des cinq et les pays européens.
Prenons un autre exemple. Nous pourrions recevoir des renseignements d'un partenaire étranger qui mène une enquête à l'extérieur du Canada où certains sujets ont un numéro de téléphone canadien; le partenaire étranger souligne que la menace semble près d'entrer sur le territoire canadien. Nous pouvons confirmer que les numéros de téléphone cellulaire ont été obtenus auprès d'un revendeur, mais, les revendeurs ne tiennent pas souvent un registre de leurs ventes et ne suivent pas non plus les activités de leurs clients. La partie 2 ferait entrer cela en jeu en impliquant les revendeurs dans le processus, ce qui nous permettrait d'intervenir dans ce genre de demandes.