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Bonjour à toutes et à tous. Je vous remercie de vous être déplacés pour cette séance maintenant ouverte de la 33
e réunion du Comité permanent de la sécurité publique et nationale de la Chambre des communes.
Nous nous réunissons aujourd'hui conformément à l'article 108(2) du Règlement, que vous connaissez, pour nous permettre d'étudier le rôle de l'Agence des services frontaliers du Canada dans le corridor de ce qu'on appelle l'autoroute H2O, et les pratiques de dédouanement portuaire.
Dans cette première heure, nous avons la chance d'accueillir trois représentants de Transports Canada, soit Sonya Read, directrice générale, Politiques maritimes, Mathieu Grenier, directeur, Analyse maritime, et Heather Moriarty, directrice, Politiques des ports et des voies navigables.
Vous êtes les bienvenus. Vous disposez de cinq minutes pour votre allocution d'ouverture.
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Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, je vous remercie de l'occasion qui m'est donnée aujourd'hui de comparaître devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale.
Je m'appelle Sonya Read, et je suis directrice générale des Politiques maritimes à Transports Canada. Comme le président l'a indiqué, je suis accompagnée aujourd'hui de mes collègues Heather Moriarty et Mathieu Grenier.
[Français]
Je suis reconnaissante d'avoir l'occasion de participer à cette importante étude thématique sur le rôle de l'Agence des services frontaliers du Canada, ainsi que des ministères comme Transports Canada, qui l'appuient dans les pratiques de dédouanement des ports, et de façon plus générale, dans le soutien au commerce maritime le long du corridor des Grands Lacs et du Saint‑Laurent.
[Traduction]
Je crois comprendre que mes collègues de l'Agence des services frontaliers du Canada ont comparu devant le Comité le 26 mars pour parler du rôle que l'Agence joue pour appuyer le commerce et l'économie canadienne et pour fournir un aperçu des services qu'elle offre relativement aux inspections des cargaisons maritimes. Comme l'ont souligné mes collègues de l'Agence, plusieurs ministères participent à la prise de décision concernant les infrastructures portuaires et les chaînes d'approvisionnement. C'est pourquoi Transports Canada, Affaires mondiales Canada et le nouveau Bureau des grands projets travaillent ensemble pour atteindre les objectifs du Canada en matière de diversification des échanges commerciaux et de fluidité des chaînes d'approvisionnement.
[Français]
Alors que nous abordons le rôle de Transports Canada, je souhaite d'abord parler du mandat du ministère dans le domaine maritime puis, plus précisément, de la manière dont nous travaillons avec l'Agence.
Le mandat global de Transports Canada est de veiller à ce que les Canadiens disposent d'un système de transport sûr, sécuritaire, efficace, respectueux de l'environnement et technologiquement avancé. C'est un système qui soutient la croissance économique et améliore l'accessibilité dans l'ensemble des modes de transport.
[Traduction]
Dans le contexte maritime, cela couvre un large éventail de responsabilités, y compris la réglementation de la navigation et de la sécurité maritime, la supervision des administrations portuaires, l'application des normes en matière de sécurité des navires et la protection du milieu marin contre la pollution.
Plus précisément, en tant que directrice générale des Politiques maritimes, je suis responsable du leadership stratégique lié à la Loi maritime du Canada, au cadre de surveillance des administrations portuaires canadiennes et de la Voie maritime du Saint‑Laurent, ainsi qu'aux problèmes systémiques qui influencent la manière dont le transport maritime soutient les objectifs économiques et commerciaux du Canada. Je suis également responsable de faire avancer dans les forums internationaux clés du secteur maritime mondial les objectifs du Canada en matière de politique économique sur le transport maritime, ainsi que d'élaborer, de négocier et de mettre en œuvre des conventions maritimes internationales ainsi que des mesures législatives et des règlements nationaux.
[Français]
Le système de transport maritime du Canada est composé d'une variété d'actifs maritimes, de ports publics et privés, ainsi que des administrations portuaires du Canada qui représentent les 17 ports les plus grands et stratégiques du Canada. Ces ports et la Voie maritime du Saint-Laurent sont essentiels aux objectifs commerciaux du gouvernement. Par conséquent, nous accordons un intérêt renouvelé à la gestion appropriée et à la capitalisation de cette infrastructure commerciale critique afin d'en assurer le rendement.
Je souhaite souligner deux façons dont Transports Canada soutient ces objectifs.
[Traduction]
Premièrement, Transports Canada a lancé récemment le Fonds pour la diversification des corridors commerciaux de 5 milliards de dollars, qui fournira des fonds pour construire et améliorer les infrastructures commerciales qui relient le Canada, dans le but de débloquer l'accès à de nouveaux marchés mondiaux et de contribuer à doubler les exportations vers des destinations autres que les États‑Unis. Transports Canada mettra en œuvre ce programme en partenariat avec d'autres ministères et organismes gouvernementaux, y compris la Banque de l'infrastructure du Canada.
Bien que je ne sois pas directement responsable de la direction de ce programme, mon équipe et moi-même fournissons des conseils sur la manière dont les projets proposés répondent aux besoins du Canada en matière de chaîne d’approvisionnement et de diversification des échanges commerciaux.
Cela m’amène au deuxième secteur de travail que je voudrais souligner, c'est-à-dire la collaboration avec l’Agence des services frontaliers du Canada.
Comme vous le savez, dans le budget de 2025, le gouvernement a annoncé que l’agence travaillerait avec Transports Canada et Affaires mondiales Canada afin de désigner d’autres ports propices à l’importation et à l’exportation de conteneurs, particulièrement dans la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent, comme Québec et Hamilton.
Alors que Transports Canada investit dans des projets de transport et dans la gouvernance des corridors de transport maritime, nous devons travailler avec nos collègues de l’agence de manière stratégique. Cela exige l’adoption d'une approche axée sur les corridors dans le cadre de l’évaluation et de l’allocation des ressources, une approche qui prend en compte la chaîne d’approvisionnement complète, au‑delà d’un port.
Même si l’agence est en fin de compte responsable des décisions liées à l’affectation de ses ressources, y compris les décisions liées aux nouveaux services, Transports Canada fournit des analyses économiques et des conseils stratégiques sur la manière dont un projet ou un investissement proposé contribuerait aux priorités économiques du Canada, notamment la fluidité de la chaîne d’approvisionnement, là où il y a des contraintes en matière de capacité, la résilience et la diversification du commerce.
[Français]
Nous vous remercions de nous avoir donné l'occasion de comparaître devant le Comité et nous répondrons avec plaisir à vos questions.
Madame Read, quand la construction du pont Gordie‑Howe a commencé, le politique a dit à l'Agence de former 46 agents. Quand les responsables stratégiques et politiques du gouvernement ont décidé d'agrandir le port de Montréal, ils ont dit à l'Agence de former des agents en vue de l'agrandissement pour faire le dédouanement. Selon moi, c'est une décision stratégique que de déterminer si, oui ou non, on augmente les effectifs des ports spécialisés le long des Grands Lacs et du Saint‑Laurent. Alors, je ne partage pas nécessairement votre opinion sur le fait qu'il faut toujours se rapporter à l'Agence.
Le port de Valleyfield est voisin de Glencore, qui transforme le zinc. Le minerai est reçu en vrac par bateau. Sur le bateau, il y a deux conteneurs. Il y a un arrêt obligatoire au port d'entrée de Montréal pour dédouaner deux conteneurs. On congestionne le port. Les conteneurs se vident dans un camion, et ceux-ci s'en vont au port de Valleyfield pour entreposer la marchandise.
Alors, dites-moi: est-ce que vous croyez sincèrement que cette façon de fonctionner décongestionne la chaîne d'approvisionnement?
Est-ce qu'il ne serait pas plus simple de doter le port de Valleyfield de deux agents, ce qui représenterait quatre jours de travail par mois, pour éviter au port de Montréal de devoir dédouaner deux ou trois conteneurs sur un bateau qui transporte majoritairement du vrac?
Est-ce que vous ne trouvez pas que c'est plus raisonnable, compte tenu des ressources, de soutenir une initiative innovante, plutôt que d'obliger les bateaux à arrêter à Montréal pour dédouaner deux conteneurs, alors qu'ils transportent en grande partie du vrac?
Dans l'ensemble, leurs chiffres semblent plutôt bons en ce qui concerne les retombées économiques nettes des services de réception de conteneurs à divers endroits. Des ports comme Québec, Valleyfield, Picton, Hamilton, Windsor et Goderich ont généré une valeur ajoutée de 131 millions de dollars — je présume que c'est par an. L'impact sur le revenu des entreprises s'est élevé à 132 millions de dollars. En ce qui concerne le revenu disponible des ménages, cet impact se chiffre à 365 millions de dollars — rendu possible, je présume, par une circulation plus efficace des marchandises. Ensuite, le rapport passe chaque port en revue — Picton, Goderich, Hamilton — et pour chacun, il fournit des chiffres plutôt encourageants en matière de retombées économiques.
Je voudrais mentionner la ville de Québec. Parlant de la réalisation d'un point d'entrée de l'ASFC, le rapport affirme que « le gouvernement fédéral peut récupérer tous les coûts en un peu plus de deux mois ». Je suis donc un peu perplexe quant aux raisons qui nous empêchent d'aller de l'avant.
De plus, si vous regardez... Ils donnent d'autres exemples de ce qui pourrait être fait pour améliorer l'efficacité. De reste, cela réduit les émissions de gaz à effet de serre, car on utilise la voie navigable. Il y a des gains d'efficiences dans la chaîne d'approvisionnement.
Nous avons parlé des retards au port de Montréal. Selon les auteurs du rapport, les chiffres montrent que « le Canada a constamment affiché le temps médian d'escale le plus élevé pour les porte-conteneurs, avec une moyenne d'environ 1,6 à 1,8 jour ». À Montréal, c'est trois jours. Le Canada enregistre des temps d'attente assurément plus longs que ceux constatés aux États-Unis, en Allemagne, en Italie ou en France.
Le coût pour l'ASFC n'est‑il pas relativement modeste? Je me demande simplement pourquoi nous ne passons pas à la vitesse supérieure. Ce n'est pas un investissement énorme. L'ouverture de points d'entrée de l'ASFC pourrait apporter des avantages économiques significatifs. Si nous ne le faisons pas, quand pouvons-nous espérer avoir des réponses à ce sujet? Si nous ne le faisons pas, pourquoi en est‑il ainsi, et quand allons-nous nous y mettre?
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Je vous remercie tous d'être de retour.
Nous pouvons commencer la deuxième heure, pour laquelle nous avons quatre invités de trois associations différentes. D'abord, il s'agit de Mathieu Paquet, associé, et de Guillaume Chartrand, consultant principal, chez Aviseo Conseil. Ensuite, nous accueillons James Hamilton, directeur général de l'association des concessionnaires de voitures d'occasion de l'Ontario. Finalement, nous avons John Tod, vice-président, Opérations, Canada de l'Est, VIN Verification Services Inc.
Chers messieurs, je vous remercie de vous être déplacés et d'avoir fait l'effort de vous préparer pour cette importante séance.
Nous allons commencer par un discours d'ouverture de cinq minutes pour chacune des trois organisations.
Monsieur Paquet, vous avez la parole.
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Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui.
Je me présente: Mathieu Paquet, associé chez Aviseo Conseil et économiste. Je suis accompagné de mon collègue Guillaume Chartrand, consultant principal et économiste chez Aviseo Conseil.
Au cours des derniers mois et des dernières années, nous avons eu le privilège d’accompagner plusieurs ports dans la réalisation d’études économiques. Plus récemment, nous avons rendu publique une étude réalisée avec la Chambre de commerce maritime qui porte sur l'analyse économique des services de réception de conteneurs dans six ports de l'Est du Canada.
Cette étude s'inscrit dans un contexte bien particulier. Le Canada fait face à un défi important en matière de productivité et d'investissement. D'ailleurs, depuis la pandémie, on observe un décrochage de la croissance de la productivité du Canada par rapport à celle des États‑Unis. En parallèle, le pays cherche à renforcer sa résilience économique, à fluidifier ses chaînes d'approvisionnement et à diversifier davantage ses partenaires commerciaux, notamment par les corridors maritimes.
Certaines réponses à ces défis relèvent de transformations à long terme. Pensons, par exemple, à l'intelligence artificielle. D'autres peuvent produire des gains beaucoup plus rapidement. L'amélioration de la logistique commerciale fait partie de ces leviers concrets qui nécessitent relativement peu d'investissements, mais qui peuvent avoir un impact rapide sur la productivité du secteur des entreprises.
Notre posture, comme économistes, consiste à étudier les retombées économiques de ces services. Nous n'évaluons pas ces projets sous l’angle de leur mise en œuvre opérationnelle, et l'étude ne se voulait pas une étude de marché. Le point central de l'étude est simple: les services de réception de conteneurs représentent avant tout un levier d'efficacité économique. Ils permettent à des marchandises d'être échangées et de circuler de manière plus directe, plus rapide et plus fiable, et, dans plusieurs cas, à moindre coût.
Pour les importateurs, cela peut vouloir dire des intrants plus abordables ou des délais mieux maîtrisés. Pour les exportateurs, cela peut vouloir dire un meilleur accès aux conteneurs, une logistique plus fluide et une compétitivité renforcée sur les marchés internationaux. Pour l’économie dans son ensemble, cela se traduit par des gains de productivité qui percolent dans l'économie, au bénéfice des entreprises, des ménages et des gouvernements.
Il existe déjà une littérature économique abondante sur le lien entre les infrastructures portuaires, la fluidité commerciale et la performance économique. Nous aurions pu nous inspirer des travaux qui lient un stock d’infrastructures publiques, comme les ports, à des gains de productivité. Nous voulions cependant être plus directs et plus précis dans notre approche.
Les principaux mécanismes d'impact prennent la forme d'une réduction des délais de transport, d’une réduction des coûts logistiques, d'une meilleure allocation des conteneurs vides, d'une plus grande flexibilité du système ou encore d’une utilisation plus efficace de la capacité maritime existante. Plus conceptuellement, ces mécanismes ont un impact sur la productivité des entreprises et des secteurs qui utiliseraient les services de conteneurs dans les ports à l'étude.
Pour mesurer ces effets, nous avons utilisé des modèles d'équilibre général calculable du Québec, de l'Ontario et du Canada. Il s'agit d’un type de modèle que la plupart des administrations publiques d’envergure possèdent. Nos résultats peuvent donc être aisément reproduits.
L'un des constats importants de notre étude est que ces projets ont le potentiel de générer des bénéfices économiques récurrents à partir d'interventions relativement ciblées. Ils contribuent aussi à des effets plus larges, qui sont particulièrement pertinents dans le cadre des travaux de ce comité: une plus grande résilience des chaînes d'approvisionnement, une meilleure diversification des points d'entrée, une réduction de certaines pressions sur le réseau routier, ainsi qu'un renforcement de la sécurité économique du pays.
D'ailleurs, outre les retombées économiques présentées dans notre étude, il convient de mentionner que de nombreux intervenants nous ont souligné l'importance d'assurer une redondance dans l’accès aux marchandises conteneurisées dans le corridor Saint‑Laurent—Grands Lacs.
Nous avons également porté une attention particulière à la question des coûts liés à l'Agence des services frontaliers du Canada. L'information détaillée n'étant pas disponible pour chacun des projets, nous avons retenu une approche prudente, à partir du cas d'Halifax. Même dans une perspective conservatrice où les coûts pour l'Agence seraient du même ordre de grandeur que ceux de l'expansion réalisée au port d'Halifax, l'exercice montre que les bénéfices économiques et fiscaux demeurent considérables.
Enfin, rappelons que notre étude s'inscrit en continuité avec une réflexion amorcée en amont. La résolution de la congestion portuaire a été identifiée, à l'échelle nationale, comme une priorité stratégique pour améliorer la performance de la chaîne d'approvisionnement canadienne.
Merci de votre attention. Nous serons heureux de répondre à vos questions.
Monsieur le président, mesdames et messieurs du Comité, bonjour.
Je m'appelle James Hamilton, et je suis directeur exécutif de l'Association des concessionnaires de voitures d’occasion de l’Ontario. Notre association défend les intérêts de près de 5 000 concessionnaires automobiles — véhicules neufs et d'occasion —, entreprises de recyclage, sociétés de location de véhicules, et membres associés dans toute la province de l'Ontario. Par ailleurs, nous représentons également des membres situés dans d'autres provinces.
Alors que le Comité examine le rôle de l’Agence des services frontaliers du Canada dans le commerce maritime et les pratiques de dédouanement portuaire, nous souhaitons aborder une faille de sécurité majeure liée à un élément de données: le clonage et la modification des numéros d’identification des véhicules, ou NIV. Certains d’entre vous ont sans doute lu ou entendu parler de ce phénomène en pleine expansion dans les médias. Il s’agit probablement, pour être honnête, d’une conséquence du fait que le crime organisé se détourne des ports, où nous avons obtenu certains succès dans la lutte contre le vol de véhicules. Le crime organisé se tourne simplement vers d’autres stratagèmes. Il s’agit d’une nouvelle forme d'escroquerie: les voleurs utilisent des identités de véhicules légitimes afin de dissimuler un véhicule volé ou récupéré, le faisant ainsi paraître légal lors de la vente. En substance, les criminels créent de faux NIV, plaques d’immatriculation et documents de propriété correspondant à un véhicule similaire dans une autre juridiction, ou du moins avec un NIV qui se décode comme un NIV réel. Ils peuvent alors vendre ce véhicule volé, muni d’un NIV cloné, à un acheteur peu méfiant ici au Canada. Souvent, ces acheteurs sont nos membres, les concessionnaires, qui se trouvent généralement en première ligne de la transaction. En fin de compte, c’est toutefois le consommateur qui en fera les frais. Cela peut conduire à ce que des acheteurs innocents se voient refuser une assurance en cas d’accident ou lorsqu’ils doivent faire une réclamation, car il s’agit en réalité d’un véhicule volé que nos forces de l’ordre finissent souvent par retracer.
L'ASFC gère une base de données contenant les NIV de l'ensemble des véhicules exportés à partir du Canada. Afin d'aider les forces de l'ordre à identifier les véhicules volés et à réduire les flux financiers vers les groupes criminels organisés, notre association cherche actuellement à conclure un accord de partage de données avec l'ASFC pour pouvoir exploiter ces informations. Cela permettrait ainsi à nos membres, par exemple, de vérifier si le NIV d’un véhicule qu’ils envisagent d’acheter a déjà été exporté, ce qui constituerait pour eux un signal d’alerte indiquant qu’il s’agit probablement d’un véhicule cloné ou d’un véhicule volé dont le NIV a été modifié. Ils ne l’achèteraient bien sûr pas. Au lieu de cela, ils alerteraient les forces de l’ordre au sujet d’un véhicule potentiellement suspect.
Les NIV provenant de véhicules exportés peuvent s'avérer particulièrement utiles. En effet, il s'agit de NIV authentiques attribués à des véhicules qui ont réellement existé et qui ne se trouvent plus au Canada; ils sont donc tout indiqués pour être utilisés sur une voiture volée. Cela revient en quelque sorte à utiliser l'identité d'une personne décédée pour commettre une usurpation d'identité ou une fraude, car il s'agit d'une identité qui a bel et bien existé. Le NIV était authentique; il n'est simplement plus ici, ce qui en fait un choix idéal. Nous avons constaté des cas où ces numéros d'identification apparaissent sur des véhicules achetés par des concessionnaires. Nous pensons qu'il s'agit là d'un moyen supplémentaire pour les concessionnaires de disposer d'une source de données leur permettant de se prémunir contre ce type de situation. Cela ne va pas résoudre tous les problèmes. Comme cela a été mentionné plus tôt au cours de cette session, le vol de voitures est un problème compliqué et complexe, et il n'existe pas de solution unique. Chaque fois que quelqu'un suggère qu'il y en a une, c'est probablement trompeur, mais c'est un élément supplémentaire, et c'est facile à mettre en œuvre, car les données sont disponibles.
À l'heure actuelle, l'ASFC partage ce type de données avec des entités privées étrangères et des assureurs, mais elle refuse pourtant de les communiquer aux concessionnaires agréés canadiens par l'intermédiaire de notre association, alors que ce sont précisément eux qui pourraient signaler ces « véhicules fantômes » au moment de la reprise, et avant leur revente.
L'Association des concessionnaires de voitures d’occasion de l’Ontario a participé au sommet fédéral sur le vol de véhicules organisé à Ottawa en février 2024. C'était au plus fort de la crise du vol de véhicules, particulièrement virulente en Ontario et au Québec à cette époque. Le port de Montréal figurait également parmi les principales sources de préoccupation à ce moment‑là. Comme je l’ai mentionné, beaucoup a été accompli depuis lors, et le nombre de vols de véhicules est en diminution, en grande partie grâce aux efforts visant à rendre l’exportation illégale plus difficile pour les criminels dans les ports. Par ailleurs, l'Association Équité, qui, comme certains d’entre vous le savent peut-être, est très active dans le dossier du vol de véhicules et dispose de nombreuses données fiables, a indiqué que le vol de véhicules en Ontario a baissé de 20 %, mais nous devons nous garder de trop nous réjouir, car le vol de véhicules au Canada représente encore près de 1 milliard de dollars de pertes pour les assureurs en 2025.
En général, les criminels savent faire preuve d'un degré de flexibilité et de créativité particulièrement élevé. Les revenus tirés du trafic de véhicules volés constituent la troisième source de revenus du crime organisé, après la drogue et les armes à feu. De toute manière, beaucoup de criminels utilisent cet argent sale pour se procurer de la drogue et des armes. Je peux vous garantir qu'ils ne vont pas renoncer à ces sources de revenus simplement parce qu’une porte leur est fermée; ils vont simplement changer de stratégie. Pour ce faire, les criminels concentrent de plus en plus leurs efforts sur le marché intérieur des véhicules volés.
Il arrive encore aujourd’hui qu’un numéro d’identification du véhicule, ou NIV, d’un véhicule volé soit enregistré en Ontario avec un NIV ayant fait l’objet d’un processus d'exportation. Cela s’explique par le fait que le ministère des Transports de l’Ontario ignore que ce NIV a été exporté, car il ne reçoit pas non plus ces données de l’ASFC. Lors du sommet de 2024, l'ASFC a reconnu que les données constituent un outil essentiel dans la lutte contre le vol de véhicules. Nous partageons cet avis et souhaitons nous associer à l'ASFC pour protéger les consommateurs de l'Ontario.
Je vous remercie.
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Monsieur le président et membres du Comité, je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de comparaître devant vous aujourd’hui pour discuter du rôle de l’ASFC dans le corridor de l’autoroute H2O et les pratiques de dédouanement portuaire.
Pour gagner du temps, je vous ai déjà fait parvenir un résumé de mon parcours professionnel.
Je comparais devant vous aujourd’hui pour vous livrer une analyse claire et franche des lacunes du système actuel, et des domaines dans lesquels des améliorations substantielles sont à la fois possibles et nécessaires.
La réalité est claire. Le système ne fonctionne pas, et les données sont sans équivoque. En 2024, l’ASFC a intercepté environ 2 200 véhicules volés, soit environ 4 % de 57 000 véhicules volés à l’échelle nationale cette année‑là. En 2025, ce taux d'interception est tombé sous la barre des 3 %. On assiste donc à une diminution du nombre d'interceptions, malgré plusieurs témoignages antérieurs devant le Comité indiquant que 60 % des véhicules volés sont destinés à l'exportation, principalement via le port de Montréal.
Les membres du crime organisé savent exploiter les lacunes prévisibles de notre système de contrôle des exportations. Les véhicules sont faussement déclarés comme des biens ménagers ou du matériel électronique. Les conteneurs sont chargés à l'intérieur des terres et mélangés à des marchandises légitimes. Les documents d'exportation peuvent alors être falsifiés après le départ des navires.
Surtout, de nombreux véhicules volés sont équipés de numéros d'identification de véhicule, ou NIV, clonés ou falsifiés. Ces véhicules ne peuvent pas être détectés par les numériseurs à rayons X. En vérité, seuls des inspections physiques et un processus complet d'authentification des documents permettent de donner des résultats, mais malheureusement, ce type de contrôles en bonne et due forme sont devenus beaucoup trop rares.
L'ASFC s'appuie sur un modèle d'inspection fondé sur les risques. Néanmoins, moins de 4 % des conteneurs à l'exportation font l'objet d'un contrôle physique, et souvent même moins. Des audits antérieurs ont révélé que de nombreux signalements électroniques à haut risque ne donnent pas lieu à une inspection secondaire. Il s'agit là de failles systémiques que le crime organisé et les réseaux criminels ont appris à exploiter.
Par conséquent, les ports canadiens sont de plus en plus utilisés comme points d'entrée pour les activités criminelles. Le port de Montréal, par exemple, traite environ 70 % des exportations légitimes de véhicules du Canada, mais reste le centre névralgique du trafic de véhicules volés. Néanmoins, ce problème ne se limite plus à un seul port. Par exemple, Halifax a connu une forte augmentation des fraudes financières liées aux véhicules. Le trafic de conteneurs transitant par Saint John a plus que doublé. Les agents du port de Vancouver, qui est le plus grand port à conteneurs du Canada, n'inspectent physiquement qu'une petite fraction des expéditions sortantes.
La tendance est indéniable: là où la présence des forces de l'ordre est limitée ou irrégulière, l'exploitation criminelle existe et prospère. L'absence de dissuasion visible devient alors une véritable invitation au crime. Par ailleurs, de tels risques s'accélèrent à mesure que le réseau portuaire canadien s'étend et que les flux commerciaux mondiaux évoluent.
Pour être clair, l'ASFC est confrontée à de réelles contraintes opérationnelles et juridiques. En effet, ses agents ne peuvent pas inspecter chaque conteneur. Les technologies actuelles de numériseur ne permettent pas de vérifier l'authenticité des NIV. Le partage de données d'exportation demeure limité partout au pays. Les normes de formation et les outils d'enquête n'ont pas suivi le rythme de la sophistication des réseaux criminels modernes.
Je tiens d'ailleurs à dire qu'il ne s'agit en aucun cas d'un manquement de la part des agents de l'ASFC, mais bien d'une défaillance inhérente à la conception du système. Le secteur privé peut jouer un rôle constructif, à condition de former un partenariat efficace avec le gouvernement fédéral.
Je vais être très clair: en vertu de la législation actuelle, les entreprises privées ne peuvent ni ne doivent exercer de pouvoirs de contrôle au sein de nos ports. L'externalisation des fonctions de contrôle risque d'entraîner des contestations judiciaires, des violations de la Charte et de compromettre les poursuites. Il s'agit là de préoccupations réelles qui ont été soulevées auprès de l'ASFC.
Il existe toutefois une alternative viable. Des partenaires du secteur privé qualifiés peuvent renforcer les capacités de l'ASFC grâce à leur expertise et à leur maîtrise des technologies, à condition que le pouvoir de contrôle reste fermement entre les mains de l'ASFC et que la gouvernance soit clairement définie. Certains éléments de cette approche existent déjà. Ce modèle comporte toutefois des risques juridiques, un manque d'évolutivité et de transparence, et a conduit à un accès limité et inégalitaire aux données provenant du gouvernement.
Grâce à des mesures de supervision adéquates, ce modèle peut être modernisé. Des partenaires de confiance du secteur privé peuvent aider l'ASFC en lui fournissant des analyses avancées, un ciblage de la présélection basé sur l'intelligence artificielle, un soutien à la formation national standardisé et, surtout, des contrôles de véhicules adaptables à l'échelle de tous les points d'entrée, et pas seulement au port de Montréal.
Il ne s'agit pas de privatiser l'inspection des marchandises, mais bien de multiplier les moyens mis à notre disposition. Lorsque les criminels auront conscience qu'ils risquent d'être repérés dans n'importe quel port, leur comportement changera. Il est possible de réduire les contrôles aléatoires et les retards commerciaux, tout en augmentant la capacité, sans avoir à mettre en place de nouvelles infrastructures majeures. La fraude effectuée sur les NIV peut être détectée plus efficacement. La confiance de la population est ainsi susceptible de s'améliorer grâce à une plus grande transparence de la part du gouvernement, et à des résultats mesurables.
Pour conclure, je souhaite présenter respectueusement au Comité cinq recommandations principales.
Premièrement, il convient d'instaurer un modèle de formation harmonisé à l'échelle nationale pour les agents de l'ASFC, axé sur un ciblage cohérent, justifiable et fondé sur les risques.
Deuxièmement, mettre pleinement en œuvre l'obligation de déclaration préalable à l'exportation 72 heures à l'avance afin de combler définitivement la lacune relative aux formalités administratives postérieures au départ.
Troisièmement, étendre le partage des données relatives aux numéros d'identification des véhicules, dans le respect de règles strictes, à d'autres partenaires de confiance du secteur privé à des fins de lutte contre la fraude.
Quatrièmement, mettre en place des accords de niveau de service équitable et transparent au sein des centres de contrôle technique, y compris les contrôles techniques des véhicules, afin d'harmoniser les délais, les coûts, et les responsabilités.
Cinquièmement, créer les conditions nécessaires pour mettre en place un projet pilote de recours au secteur privé axé sur l'authentification des NIV, afin d'accroître considérablement les capacités d'acteurs privés sans avoir à effectuer un transfert de compétences.
Le crime organisé continue de pouvoir faire sortir une énorme quantité de véhicules volés du Canada; non pas parce que les agents de l'ASFC manquent de détermination ou de compétence, mais car tout le système pèche par manque d'envergure, de transparence, de cohérence, et d'outils modernes. En clair, il est urgent de moderniser nos pratiques.
Sur ce, voilà qui conclut ma présentation. Je vous remercie, et je me tiens à votre disposition pour répondre à toutes vos questions.
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C'est une excellente question.
Le Comité a formulé un certain nombre d'excellentes recommandations dans le passé, et je pense qu'en ce qui concerne les détecteurs et ce genre de choses...
Je n'aborderai pas tant l'aspect technologique, parce qu'il y a des gens bien plus compétents que moi pour vous conseiller à ce sujet. Je peux toutefois vous dire, d'après ce que je peux voir, que le problème en est surtout un de volume pour que l'ASFC arrive à bien examiner les véhicules. De plus, le problème tient en partie au fait que les responsabilités de l'ASFC ne sont pas claires. Il y a beaucoup de confusion. D'autres témoins vous ont parlé de ceux qui sont appelés à aider l'ASFC dans les ports, qu'il s'agisse de la police ou de joueurs du secteur privé.
Pour revenir à votre première question, monsieur, sur la façon de mettre fin au problème du clonage, le Comité a formulé d'excellentes recommandations en 2024. Je crois que c'est le commissaire Tom Carrique, de la Police provinciale de l'Ontario, qui représentait l'Association canadienne des chefs de police lorsqu'elle a recommandé que chaque province ait un programme légitime d'examen des numéros d'identification des véhicules. Vous avez adopté sa recommandation. Lorsqu'un consommateur ou quelqu'un se présente à un bureau d'immatriculation et qu'il y a un problème, il faudrait prendre une décision en conséquence. S'il y a un problème avec le NIV d'un véhicule, il ne devrait pas être vendu, et il devrait être soumis à un examen légitime avant qu'un consommateur innocent puisse s'en porter acquéreur. Si un tel moyen de dissuasion était mis en place, les criminels iraient voir ailleurs.
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Je suis désolé de mettre fin à cette excellente conversation.
Merci à tous.
[Français]
Je vous remercie, messieurs, de vous être déplacés aujourd'hui et d'avoir pris beaucoup de temps et fait beaucoup d'efforts pour vous préparer à cette séance.
Nous vous souhaitons une bonne fin de journée.
[Traduction]
Je prierais les députés de bien vouloir rester quelques secondes de plus pour discuter de notre calendrier.
[Français]
Ce jeudi, nous allons continuer notre étude avec d'autres excellents témoins.
Mardi prochain, le 28 avril, ce sera l'énoncé économique du printemps. C'est la raison pour laquelle nous n'aurons pas de réunion cette journée-là.
Le jeudi suivant, soit le 30 avril, nous aurons, comme vous le savez peut-être, la comparution de deux ministres: le et la . Ils témoigneront au sujet de la capacité du Canada à renvoyer des ressortissants étrangers ayant un casier judiciaire.
Vous avez probablement compris que le projet de loi a été adopté en deuxième lecture hier. Le greffier du Comité vous invite déjà à penser à des témoins dont vous pourriez suggérer la comparution pour cette étude qui viendra assez rapidement.
Je vous remercie et vous souhaite une bonne fin de journée.