:
Merci, monsieur le président.
Bonjour, mesdames et messieurs.
[Traduction]
Je vous remercie de l'invitation à comparaître devant ce comité.
Permettez-moi de me présenter brièvement.
J'ai été membre de la GRC pendant 31 ans, et j'ai pris ma retraite en tant que sous-commissaire. J'ai également été sous-commissaire du Service correctionnel du Canada. En tant que président et directeur général de l'International Centre for Criminal Law Reform, ou ICCLR, j'ai le privilège de diriger notre centre dont les membres entreprennent des projets au Canada et à l'étranger. Notre organisme est affilié aux Nations unies et situé à l'Université de la Colombie-Britannique. Il a été créé à la suite d'un traité entre le Canada et l'ONU. Il y a plusieurs années, nous avons créé le centre anticorruption de Vancouver au sein de l'ICCLR.
Je félicite le Comité d'avoir sollicité des recommandations visant à prévenir l'entrée de personnes présentant des risques pour la sécurité publique tout en renforçant l'efficacité des mécanismes d'expulsion du Canada. Votre travail se fait en temps opportun et est important.
Comme il est indiqué dans la motion relative à cette étude, certains rapports indiquent qu'il y a 1 635 ressortissants étrangers ayant un casier judiciaire qui font actuellement l'objet d'une procédure d'expulsion. Parmi eux, environ 600 ne se sont pas présentés à leurs audiences d'expulsion; et l'on ignore où ils se trouvent actuellement. Quatre cent trente et un autres ont été reconnus coupables de crimes graves, et 361 personnes échappent à l'expulsion depuis plus de deux ans. Les chiffres fournis à ce comité par le président de l'Agence des services frontaliers du Canada, ou ASFC, sont encore plus choquants.
Imaginez que vous êtes un ressortissant étranger ayant des antécédents criminels, et que vous êtes confrontés à un avenir incertain dans votre pays d'origine ou dans un autre pays. Dans quel pays choisiriez-vous d'aller? Probablement un pays qui valorise le multiculturalisme, où de grandes communautés diasporiques existent, où la justice est équitable, où les policiers n'abusent pas de leur pouvoir, où les soins de santé et l'éducation sont gratuits et où les gens bénéficient de droits juridiques solides. En résumé, vous pourriez bien choisir le Canada. Maintenant, imaginez qu'après être entré illégalement au pays, vous êtes finalement repéré et arrêté. Vous demandez le statut de réfugié et sollicitez votre libération alors que votre dossier est en cours de traitement. Attendriez-vous tranquillement que l'ASFC frappe à votre porte?
Le Canada est une oasis pour ceux qui recherchent la liberté et les opportunités, mais il peut également devenir attrayant pour ceux qui cherchent à exploiter notre ouverture à des fins criminelles. Nous ne pouvons pas nous permettre d'être pris pour des dupes. Les fusillades commises au grand jour à Surrey, à Abbotsford et dans les municipalités régionales de Toronto en sont des exemples frappants.
Le crime organisé transnational est fermement implanté au Canada. Bien qu'il existe partout au pays, il est particulièrement visible dans nos grands centres urbains. Cela dit, nous sommes également conscients de l'existence de laboratoires de fabrication de drogue à grande échelle opérant dans les régions rurales. Le Canada a souvent été décrit comme un pays à forte valeur et à faible risque pour le crime organisé transnational. Les qualités mêmes qui font du Canada un endroit où il fait bon vivre — stabilité, prospérité et solides protections juridiques — peuvent également en faire une plateforme attrayante pour les organisations criminelles.
À nos frontières, nous dépendons fortement de l'Agence des services frontaliers du Canada, qui est une agence des douanes et des revenus, et non une force policière. Nous n'avons pas de police portuaire, seulement une police ferroviaire privée. En fin de compte, le dernier filtre de sécurité reste la GRC, qui est souvent appelée à relever un éventail de défis dans le cadre de ses responsabilités de police fédérale.
Comme vous l'avez entendu de la part de témoins précédents, de nombreux problèmes liés à l'expulsion découlent des procédures. Les organismes fédéraux du Canada travaillent d'arrache-pied, et leurs employés sont des professionnels dévoués. Notre charte des droits et libertés est fondamentale pour notre démocratie, et notre système de justice pénale — juges, procureurs et police — fonctionne avec intégrité.
Ce qui nous manque, à mon avis, c'est un sentiment d'urgence. La complaisance peut être mortelle. Dans un monde de plus en plus instable, où des événements se produisant à l'autre bout du globe peuvent affecter le Canada presque immédiatement, nous devons veiller à demeurer vigilants.
Le Comité a demandé des recommandations sur les moyens d'empêcher les personnes ayant des antécédents criminels d'entrer au Canada et sur la façon de rendre les processus d'expulsion plus efficaces.
Tout d'abord, les défis auxquels est confrontée la GRC ne résultent pas d'un trop grand nombre de mandats. Des organisations beaucoup plus grandes s'acquittent efficacement de plusieurs mandats. Ce que la GRC nécessite, c'est une injection considérable de ressources.
J'appuie les commentaires présentés devant ce comité par M. Brian Sauvé de la Fédération de la police nationale.
À l'heure actuelle, la GRC est chargée d'un large éventail de responsabilités fédérales. Il s'agit notamment d'empêcher l'entrée et la sortie de drogues aux États-Unis en appliquant les lois aux frontières, de protéger la sécurité nationale, de lutter contre la cybercriminalité et la criminalité financière, et de combattre le crime organisé transnational.
Parallèlement, l'organisation continue de faire face à des réductions de ressources dans le cadre de restrictions budgétaires gouvernementales plus larges. Les services de police à contrat, qui sont principalement autofinancés au moyen d'accords avec les provinces et les municipalités, ne sont pas le problème. La création de nouvelles agences n'est pas la solution. Le défi réside dans le sous-financement du mandat de la police fédérale.
Deuxièmement, nous devons considérer les conséquences de la libération d'individus ayant des antécédents criminels alors que leurs dossiers font l'objet de longs processus judiciaires. Les collectivités à travers le Canada sont déjà aux prises avec la libération répétée de récidivistes qui commettent des crimes contre la propriété et des crimes violents peu après leur arrestation.
Une dynamique similaire existe avec les ressortissants étrangers faisant l'objet d'une mesure d'expulsion. Le système d'immigration doit être correctement financé pour traiter les dossiers sur une base prioritaire, éliminant ainsi la nécessité de libérer des individus à haut risque en raison des délais inhérents au système.
Le troisième problème qui se pose, qui est étroitement lié à ces préoccupations, est celui de la sécurité aux frontières. Nos frontières définissent littéralement le Canada. Une stratégie frontalière complète et sécurisée est essentielle, non seulement pour protéger les Canadiens, mais aussi pour envoyer un message clair aux réseaux criminels que le Canada n'est plus une cible facile.
Quatrièmement, il faut accorder la priorité à l'expulsion des individus à haut risque par le biais d'opérations conjointes entre la police et l'ASFC. Inscrire simplement ces individus dans le système informatique du Centre d'information de la police canadienne, comme nous le faisons avec les mandats normaux, signifie souvent qu'aucune autre action n'est entreprise à moins que la police ne tombe sur les individus.
Mesdames et messieurs, je vous remercie encore une fois de me donner l'occasion de me présenter devant vous. Je comprends l'importance du travail que vous entreprenez.
J'espère que mes remarques contribueront à vos délibérations. Je serais heureux de répondre à toutes vos questions.
[Français]
Merci, monsieur le président.
:
Merci beaucoup, monsieur le président, et merci, monsieur German.
Nous avons vécu des vies parallèles à certains égards, bien que vous ayez eu une expérience beaucoup plus intéressante à bien des égards. J'ai commencé en tant qu'agent de libération conditionnelle et vous êtes devenu sous-commissaire. Bravo.
Votre travail dans le domaine de la police et du droit criminel ne peut être sous-estimé. C'est un véritable plaisir et un grand honneur. Je tiens également à vous féliciter d'avoir regardé le témoignage de M. Sauvé.
L'une des questions que nous avons abordées au sein de ce comité et qui me surprend est le rôle actuel des étudiants au sein de l'ASFC. Je ne dis pas cela de façon partisane. Je pense que cette question devrait piquer la curiosité de toutes les personnes assises autour de cette table. Il est clair que l'ASFC a besoin d'étudiants. C'est bon pour le mentorat, et c'est bon pour l'expérience. Par exemple, j'ai moi-même commencé au service correctionnel en tant qu'étudiant.
Je n'ai aucun problème avec cela. Le problème est qu'à tout moment — je ne sais pas si vous en êtes conscient — jusqu'à, je crois, 50 % du personnel en première ligne à YVR, l'aéroport de Vancouver, et dans d'autres lieux, sont des étudiants. On ne peut pas les distinguer des personnes qui ont suivi les 20 semaines — ou peu importe la durée — de formation pour devenir agent de l'ASFC. L'étudiant dispose de trois semaines, dont une est consacrée à l'utilisation de la force, ce qui signifie qu'il reste deux semaines de formation. Ceci est le principal point d'entrée pour certaines des personnes dont nous parlons aujourd'hui. Je suis perplexe quant à la raison pour laquelle c'est permis. Je pense que c'est une question de ressources financières ou humaines.
Pourriez-vous commenter cela, s'il vous plaît?
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Tout d'abord, je tiens à vous remercier, monsieur German, pour votre service au sein de la GRC pendant plus de trois décennies. Ayant été sous-commissaire de la GRC, vous avez certainement eu une carrière éminente, et c'est un privilège de vous accueillir ici, d'autant plus que vous êtes maintenant universitaire.
Comme vous le savez, nous parlons de l'expulsion des ressortissants étrangers ayant un casier judiciaire. L'objectif de cette étude est de comprendre et d'améliorer notre capacité à effectuer ces expulsions ainsi que l'application des mesures contre les dépassements de visa et même l'inadmissibilité criminelle.
Dans votre témoignage aujourd'hui, vous avez souligné l'importance des ressources et des outils dont nos forces de l'ordre ont besoin, dont certains sont inclus dans le projet de loi , sur la réforme de la libération sous caution, et le projet de loi , sur les mesures de renforcement de la sécurité à la frontière. De plus, notre gouvernement a présenté le projet de loi , qui est maintenant au Sénat. Le projet de loi C‑12 vise à améliorer les processus de demande d'asile et les critères d'admissibilité afin de soutenir l'ASFC dans l'expulsion du Canada des ressortissants impliqués dans des activités criminelles, y compris l'extorsion.
En tant qu'universitaire et avocat, comment évalueriez-vous l'efficacité du projet de loi pour appuyer les mesures d'expulsion?
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Merci, monsieur le président.
Monsieur German, je vous remercie beaucoup de votre témoignage.
Au Comité permanent de la sécurité publique et nationale, nous nous attelons à trouver des solutions. Dans votre allocution, vous nous avez dit qu'une des solutions était de mieux financer la GRC ou l'Agence des services frontaliers du Canada, par exemple, pour qu'elles aient les moyens de mener des enquêtes, pour qu'il y ait des agents sur le terrain et pour qu'il y ait des échanges des renseignements.
Vous savez que le gouvernement embauche actuellement 1 000 agents de la GRC et 1 000 agents des services frontaliers, mais que, du même coup, il effectue des compressions budgétaires à la GRC et à l'Agence et au Service correctionnel du Canada, ce qui est aussi difficile pour l'écosystème qui gère les criminels, pour ainsi dire. Alors, si on est un ressortissant étranger et que l’on connaît bien les failles du Canada, on en profite. Actuellement, sur le territoire, des ressortissants étrangers criminels contre qui des accusations ont été portées sont en attente d'un procès et sont visés par une mesure de renvoi, mais on les trouve plus.
Pour éviter ça, dès qu'un ressortissant étranger est arrêté, qu'il fait l'objet d'allégations et qu'il est en attente d'un procès, pourrait-on le mettre sous garde préventive? Serait-ce une bonne solution?
:
Un document gouvernemental indique que les ressortissants étrangers souhaitant entrer au Canada sont soumis à une vérification par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada avant de pouvoir entrer dans le pays, principalement pour s'assurer qu'ils n'ont pas commis de crimes graves, qu'ils ne représentent pas un risque pour la sécurité et qu'ils sont en bonne santé. Une partie de l'évaluation est faite par le Service canadien du renseignement de sécurité, ou SCRS. Nous parlons de personnes qui ont commis des crimes non seulement au Canada, mais également dans leur pays d'origine.
Je suis fermement convaincu que des individus indésirables entrent au pays: des individus dont on ne veut pas. Il faudrait être naïf pour penser que tous les immigrants sont de bonnes personnes. Cependant, depuis le début de ces réunions, j'éprouve un malaise concernant ceux que nous qualifions de « criminels ».
Vous dirigez une organisation qui s'occupe de la réforme du droit pénal. Vous vous occupez aussi d'un centre de lutte contre la corruption. Je suppose que vous faites un travail à l'échelle internationale et que vous conseillez des personnes d'autres pays. Certes, nous savons tous qu'il existe de nombreux pays dans ce monde où la police et le système de justice sont corrompus. Si vous êtes riches, vous ne serez pas accusés. Si vous êtes accusés, vous serez déclaré innocent. Cependant, si vous appartenez au mauvais parti politique ou si vous vous opposez au gouvernement du pays, vous pourriez vous retrouver condamné pour un crime — cela se produit assez souvent en Russie, par exemple — et finir par purger une longue peine de prison.
Nous parlons du SCRS et des personnes ayant commis des crimes, mais comment le savons-nous? Faisons-nous confiance au gouvernement russe ou à tant de pays africains pour dire qui est un criminel et qui ne l'est pas? Je me demande à quel point ce système est équitable pour les personnes accusées de crimes alors que, pour autant que nous le sachions, ces personnes peuvent être de simples opposants au gouvernement dans ces pays.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Mes questions cherchent toujours à trouver des solutions.
Monsieur German, d'entrée de jeu, vous nous avez dit que le secret était d'avoir le plus grand nombre possible d'agents qui enquêtent pour retrouver ceux qu'on cherche. Vous l'avez d'ailleurs répété à plusieurs occasions depuis votre témoignage.
Voyez-vous aussi un défi de collaboration entre les diverses forces de l'ordre? En effet, au Québec, il y a la Sûreté du Québec; il y a aussi la Police provinciale de l'Ontario, la Gendarmerie royale du Canada, ou GRC, et l'Agence des services frontaliers du Canada, ou ASFC?
Trouvez-vous qu'on pourrait mieux collaborer et échanger du renseignement pour pouvoir trouver davantage de ressortissants étrangers qui, par exemple, sont recherchés parce qu'ils ont commis un acte criminel?
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Pour situer le contexte, je vais mentionner que j'ai écrit deux rapports sur l'argent sale: « Dirty Money » et « Dirty Money 2 ». Ils portaient sur les casinos, l'immobilier et les voitures — le crime organisé en général — en Colombie-Britannique en 2018 et 2019. L'accent était surtout mis sur les casinos.
Je pense qu'il est juste de dire que nous avons observé un changement spectaculaire dans les casinos, mais pas seulement en raison de mon travail. La commission Cullen a eu lieu après mon rapport. Nous avons eu d'excellents reportages de la part de divers médias.
Lorsqu'une pression est exercée sur le crime organisé, il se déplace ailleurs. L'important, c'est que nous avons sorti ces criminels des casinos. Il est important de continuer de les tenir éloignés, mais où sont-ils maintenant?
Nous devons maintenant composer avec les cryptomonnaies, avec les bureaux de change. Nous devons aussi composer avec la chaîne d'approvisionnement pour la marijuana, qui fait concurrence à l'approvisionnement légal.
Malheureusement, le crime organisé ne disparaît pas tout bonnement; il se déplace. Cependant, je pense que nous avons constaté un changement marqué, du moins en ce qui concerne les casinos.
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J'ai beaucoup appris aujourd'hui. Je suis reconnaissante de toutes les questions posées, y compris celles de mes collègues de l'autre côté.
Je suis reconnaissante de certains commentaires que vous avez faits dans votre introduction, notamment en ce qui concerne ceci: pourquoi les personnes que nous étudions dans cette étude ne choisiraient-elles pas le Canada? J'ai trouvé cela intéressant parce que, oui, généralement, elles le feraient.
Je veux poser une question un peu dans la même veine. Des gens ont choisi le Canada, sont venus ici et ont commis un crime après leur arrivée. Je vais vous donner un exemple de ce dont je parle. J'ai posé une question à ce sujet à la Chambre, mais j'ai pensé que ce serait approprié ici.
Je viens de la région de Toronto—Oshawa, en Ontario. Dans la région du Grand Toronto, ou RGT, par exemple, un homme a essayé de payer 140 $ pour exploiter sexuellement une fille de 15 ans. Il a été pris avec l'argent en main. Il a reçu une libération conditionnelle et aucun casier judiciaire. C'était essentiellement parce que le juge a pris en compte son statut d'immigrant.
Croyez-vous que les conséquences sur l'immigration devraient justifier des peines plus légères dans une affaire impliquant précisément l'exploitation sexuelle d'un mineur? Est‑ce juste pour les citoyens canadiens si nous avons un système à deux paliers?
:
Je vais poursuivre en français, si cela vous convient.
[Français]
Vous avez mentionné qu'une des choses importantes était d'accorder la priorité aux personnes qui doivent être expulsées en premier.
M. Aaron McCrorie et Mme Erin O'Gorman sont venus nous dire que c'est exactement ce qui est fait au Canada: tous les cas sont étudiés un par un et que ce sont les plus graves qui sont d'abord traités.
D'autre part, 600 cas qui ont été mentionnés, en plus des 351 personnes qui sont en fuite. On nous a dit que, même si le chiffre demeurait, c'était quand même des données volatiles, en ce sens que ce ne sont pas nécessairement les mêmes 351 personnes ou les mêmes 450 personnes qui sont recherchées en tout temps.
Pour autant que nous sachions, le Canada fait peut-être un très bon travail: il a déjà été expulsé ces 450 personnes et, depuis, il y en a eu d'autres. Les statistiques que nous avons, provenant de l'article du Globe and Mail, datent de juillet 2025.
[Traduction]
Quelles sont vos réflexions à cet égard?
D'un point de vue technique, je crois que pendant le temps où j'avais la parole, j'ai bien proposé la motion, mais je vais la répéter. Je souhaite proposer une motion que j'ai mise en avis le 6 mars. J'aimerais que notre comité étudie « les politiques, les procédures et les critères utilisés par la Commission des libérations conditionnelles du Canada et le Service correctionnel du Canada pour régir » les libérations conditionnelles.
Chers collègues, je propose cette motion à cause de quelque chose qui s'est passé la semaine dernière dans ma circonscription. Je me pose des questions à cet égard et j'ai pensé que c'était une bonne occasion pour notre comité de l'étudier et de trouver des réponses. Il est question de transparence et de responsabilité sur le plan de la sécurité publique dans nos services correctionnels et nos systèmes de libération conditionnelle.
Le 2 mars, le service de police régional de Durham a émis une alerte de sécurité publique à ma communauté à Oshawa, mais ce n'était pas à propos d'une tempête, d'une personne disparue ou d'un crime qui était commis dans une région donnée. C'était à propos d'un meurtrier condamné qui avait été temporairement libéré dans notre communauté. Cet homme libéré purgeait une peine d'emprisonnement à perpétuité pour meurtre au premier degré après avoir violé, torturé et tué Darren Pepin, un garçon de 14 ans à Scarborough.
Nous voyons constamment des histoires faire les manchettes, et elles sont destinées à donner un sentiment de sécurité aux gens. Le titre ici disait, « Homme… condamné à une peine à perpétuité pour le meurtre sexuel d'un adolescent ». Lorsque la communauté voit ce genre de grand titre, elle s'attend à ce qu'une « peine à perpétuité » signifie que nous sommes maintenant protégés contre la personne, parce qu'il a reçu une peine à perpétuité. J'hésite à certains égards à vous montrer une photo, parce qu'elle montre le visage de l'homme alors qu'en réalité, le visage dont nous devrions tenir compte est celui de Darren, le jeune enfant qui a été tué et violé à 14 ans. Pour moi, en tant que mère avec de jeunes enfants qui marchent dans mon quartier d'Oshawa, c'est vraiment abominable de penser que cet homme pourrait marcher dans les mêmes rues. Je crois que tout le monde dans ce comité ressentirait la même chose si cela se produisait dans leur collectivité. Cet enfant était un garçon de 14 ans.
La brutalité du crime me fait me demander comment cet homme a pu obtenir une permission de sortir sans escorte pendant 72 heures, ce qui lui a permis de traîner à Oshawa pendant 72 heures complètement sans escorte. La police régionale de Durham a fait ce qu'il fallait. Elle a averti les gens de rester vigilants et de surveiller leurs arrières, mais ma question est, pourquoi dois‑je surveiller mes arrières et rester vigilante alors que les autorités ont choisi de laisser sortir cet homme? Je veux comprendre la raison. S'il était vivant aujourd'hui, Darren aurait 52 ans, ce qui est assez jeune. Peut-être qu'il serait un père. Peut-être qu'il aurait une famille.
Lorsque la police demande à des résidants de rester vigilants parce qu'un meurtrier a été libéré dans leur collectivité, les Canadiens méritent de savoir comment et pourquoi une décision comme celle‑ci est prise.
Je veux souligner très brièvement… Je ne vais pas m'éterniser, mais les gens de ma collectivité m'ont contacté lorsque j'ai exprimé des préoccupations à ce sujet. Ce qui est encore plus important, c'est que les proches du jeune Darren ont commencé à faire des commentaires: la famille, les amis et ceux avec lesquels il est allé à l'école. Je pensais qu'il serait approprié pour moi, en ce moment, de lire quelques-unes de ces pensées.
Une personne a dit: « Si la collectivité est en danger, pourquoi diable a‑t‑il été libéré? ». Une autre a dit: « C'est écœurant. Comment peuvent-ils le laisser se balader librement alors qu'il est censé purger une peine à perpétuité? » Une autre personne a dit: « Ce monstre a fait cela dans ma rue il y a longtemps, mais il ne devrait jamais être libéré pour quelque raison que ce soit. Le petit garçon qu'il a tué ne peut pas revenir. C'est tout simplement écœurant. Le Canada devrait faire mieux, faire preuve de plus de discernement. » Quelqu'un d'autre a dit: « Darren était une si bonne âme. Il était drôle et aimait être avec sa famille et ses amis. » Un autre a dit: « Son nom était Darren Pepin. Il avait 14 ans. Il a été ici pour une courte période, puis il est mort. Certains d'entre nous ont eu le privilège de le connaître, de connaître sa bonne nature et son rire contagieux, de le voir être le bouffon de la classe. » Oui, je peux comprendre. « Il avait un nom et un visage, et il était important. »
Bon nombre des membres de sa famille et de ses amis ont eu l'impression qu’il n'avait pas d’importance la semaine dernière.
Une personne a dit: « Je n'oublierai jamais le jour où ce jeune homme a été tué. C'est quelque chose qui m'a vraiment marqué, et je ne l'oublierai jamais. Je le connaissais personnellement, et il était vraiment un bon jeune homme. »
Puis un agent des services correctionnels nous a contactés. Il est très rare que l'un d'eux fasse un commentaire, mais il l'a fait: « J'ai travaillé à titre d'agent des services correctionnels pendant 34 ans, et il fait partie des rares détenus ayant toujours été pour moi dans une catégorie à part. C'est un des premiers véritables psychopathes que j'ai vus. Il est dépourvu de remords, d'empathie et de compassion. »
Nous devons comprendre la raison pour laquelle ces décisions sont prises. Comment sont-elles prises? Qu'est‑ce qui manque? Que se passe‑t‑il? L'étude serait très importante pour présenter un rapport à la Chambre. Je suis convaincue que tous mes collègues voteront à l'unanimité en faveur de l'étude et qu'ils appuieront cette motion.
Merci.
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Merci, monsieur le président.
C'est assez troublant d'entendre ce témoignage de notre collègue. Je suis entièrement d'accord pour que nous étudiions cette question. Je trouve que c'est très important.
J'ai moi-même un exemple à donner au sujet d'une dame qui s'appelle Roxane Granger. Je dis son nom parce qu'elle a levé la confidentialité de son nom. Elle a été violée par un violeur en série qui s'appelle Jacques Groleau. Il est sorti de prison, récemment. C'est un délinquant à contrôler pendant 10 ans.
J'ai pris un engagement avec elle, et ce qu'on ne comprend pas, c'est qu'il fait l'objet d'une ordonnance de surveillance de longue durée. À sa sortie de prison, il a commis un autre délit, mais il se retrouve actuellement dans une prison provinciale. L'ordonnance de surveillance de 10 ans est sans pause. Ça veut dire que, actuellement, il est en détention préventive pour attentat à la pudeur, je crois, et on le garde à la prison provinciale. Il n'y a pas de pause à son ordonnance fédérale de surveillance de longue durée, et ça nous pose un problème.
Je trouve que le sujet de discussion que nous propose notre collègue va nous permettre non seulement d'élucider et de comprendre mieux le fonctionnement du système, mais aussi de proposer des solutions pour que les victimes ou les familles des victimes soient mieux informées et comprennent comment sont prises les décisions touchant les personnes qui ont commis des crimes graves et violents.
Je suis donc assez solidaire de ma collègue. Cependant, vous comprendrez que je propose un amendement qui va permettre de traiter le dossier de manière plus large, moins personnalisée. Au fond, l'important, c'est de comprendre le système, d'identifier ses failles et de proposer des solutions.
Je veux quand même que vous sachiez, monsieur le président, que j'ai fait parvenir le texte de mon amendement à tous les membres du Comité dans les deux langues officielles. Je crois que le greffier en a une copie en sa possession.
Je vais vous le lire pour que vous compreniez que le sujet duquel ma collègue veut discuter est pratiquement intact. Nous n'avons qu'à le dépersonnaliser du cas précis que ma collègue voulait discuter. Je vous lis le texte de mon amendement:
Que le Comité permanent de la sécurité publique et nationale entreprenne une étude, conformément à l'article 108(2) du Règlement, afin d'examiner les politiques, les procédures et les critères utilisés par la Commission des libérations conditionnelles du Canada et le Service correctionnel du Canada pour régir la délivrance de libérations conditionnelles, les modalités entourant les ordonnances de surveillance de longue durée et les mesures de libération connexe, notamment, pour les personnes reconnues coupables de meurtre au premier degré et purgeant une peine d'emprisonnement à perpétuité;
Que l'étude examine ces libérations, notamment la transparence du processus décisionnel, l'adéquation de l'information et de la surveillance de la collectivité, l'harmonisation avec le système de justice provincial, ainsi que les répercussions sur les victimes et les familles des victimes, et la confiance de la collectivité dans le système judiciaire;
Que l'étude comprenne au moins cinq réunions;
Que le Comité invite le ministre de la Sécurité publique, le ministre de la Justice, le secrétaire d'État contre la criminalité, le président de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, la commissaire du Service correctionnel Canada, des experts en matière correctionnelle et d'évaluation des risques, ainsi que tout autre témoin que le Comité juge approprié de convoquer;
Que le Comité fasse rapport à la Chambre de ses conclusions et recommandations.
Nous avons chacune nos raisons pour étudier ce dossier important. Nous avons des noms en tête, donc je pense que ça justifie cette étude.
En proposant mon amendement, j'espère rassembler le plus grand nombre possible de collègues autour de la table pour que nous puissions nous réunir afin d'étudier en profondeur le fonctionnement du système pour nos victimes et les familles des victimes.