:
Chers collègues, je déclare la séance ouverte et je vous souhaite un bon retour après les semaines de travail dans nos circonscriptions. J'espère qu'elles ont été productives pour vous et vos équipes.
Je souhaite également la bienvenue à nos aventuriers qui reviennent de la Scandinavie et qui, si j'ai bien compris, ont fait un excellent voyage. J'espère que , M. Hogan et M. Simard pourront nous en parler.
Comme vous le savez, notre étude sur la foresterie est toujours en cours.
Sur ce, chers collègues, je tiens à souligner que nous nous réunissons sur le territoire non cédé de la nation algonquine anishinabe.
Il s'agit de la 38e réunion du Comité permanent des ressources naturelles de la Chambre des communes. La réunion d'aujourd'hui se déroule sous forme hybride.
J'aimerais rappeler aux participants les points suivants: avant de prendre la parole, veuillez attendre que je vous nomme. Si vous participez par vidéoconférence, cliquez sur l'icône du microphone pour activer votre micro, et veuillez vous mettre en sourdine lorsque vous ne parlez pas.
J'aimerais rappeler aux témoins que les membres du Comité peuvent poser des questions en français ou en anglais. Si vous avez besoin d'interprétation, veuillez prendre un moment pour préparer votre oreillette et sélectionner le canal d'écoute dont vous avez besoin afin de profiter pleinement du temps prévu pour les questions et les réponses.
Pensez aussi à nos formidables interprètes. Si vous pouviez ne pas parler trop vite et ne pas faire de bruit avec des objets près de votre microphone, je sais que nos interprètes vous en seraient reconnaissants, tout comme nous.
Les députés qui participent en personne ou sur Zoom sont priés de lever la main s'ils souhaitent prendre la parole. Le greffier et moi-même ferons de notre mieux pour maintenir un ordre d'intervention consolidé. Je vous rappelle également que tous les commentaires doivent être adressés à la présidence.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée le jeudi 23 avril 2026, le Comité entreprend son étude sur l'électrification, l'autonomie énergétique et la sécurité énergétique intérieure du Canada.
J'aimerais souhaiter la bienvenue à nos témoins. La liste est longue, chers collègues, alors soyez patients.
De la Régie de l'énergie du Canada, nous accueillons Darren Christie, économiste en chef, et Ganesh Doluweera, chef technique, Perspectives énergétiques, qui se joignent à nous par vidéoconférence.
Du ministère des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, nous accueillons Joanna Ankersmit, sous-ministre adjointe par intérim, Organisation des affaires du Nord.
Du ministère des Ressources naturelles, nous accueillons Drew Leyburne, sous-ministre adjoint, Secteur des systèmes énergétiques; André Bernier, directeur général, Direction des systèmes électriques, Secteur des systèmes énergétiques; et Michael Rau, directeur général, Direction de la politique et planification, Secteur des carburants.
D'Environnement et Changement climatique Canada, nous accueillons Megan Nichols, sous-ministre adjointe, et Karishma Boroowa, directrice, Division de l'électricité et de la combustion.
Tous nos témoins virtuels ont effectué le test obligatoire, et chacune de nos délégations disposera de cinq minutes pour faire sa déclaration préliminaire. Nous passerons ensuite aux questions.
Je vais commencer par M. Christie, qui représente la Régie de l'énergie du Canada.
Vous avez la parole pour cinq minutes, monsieur Christie.
[Français]
Bonjour à tous.
Je vous remercie d'avoir invité la Régie de l'énergie du Canada à comparaître devant vous aujourd'hui.
Je m'appelle Darren Christie, je suis économiste en chef de la Régie, et je suis accompagné de M. Ganesh Doluweera, chef technique à la Régie.
Je me trouve en Alberta, à Calgary, une ville située sur des terres visées par le traité no 7, qui font partie du territoire traditionnel de la Confédération des Pieds‑Noirs, comprenant les Premières Nations Siksika, Piikani et Kainai. Ce traité vise aussi les Premières Nations Tsuut'ina et Stoney Nakoda, regroupant les Premières Nations Chiniki, Bearspaw et Goodstoney.
J'aimerais également rendre hommage aux Métis qui se sont établis dans le sud de l'Alberta et qui en ont fait leur domicile.
[Traduction]
Lors de comparutions récentes devant ce comité, la Régie a décrit son mandat dans ses grandes lignes. Je prendrai donc quelques instants pour le décrire plus particulièrement en ce qui concerne l'électricité, compte tenu de l'importance de celle‑ci dans votre étude.
Le mandat de la Régie en matière d'électricité, tel qu'il est énoncé dans la Loi sur la Régie canadienne de l'énergie, comprend la réglementation de la construction et de l'exploitation des lignes internationales et lignes interprovinciales désignées de transport d'électricité, des projets d'énergie renouvelable extracôtière et des lignes extracôtières, et de l'exportation d'électricité, ainsi que l'information sur l'offre et les marchés.
Chaque province réglemente l'aménagement, la conservation et la gestion des emplacements destinés à la production d'énergie électrique sur son territoire, comme l'indique expressément la Constitution canadienne. Par conséquent, le rôle de la Régie en ce qui concerne l'électricité est relativement limité. Il y a deux grandes composantes au mandat de la Régie lié à l'électricité: la fonction décisionnelle et la fonction d'information sur l'énergie. Voici en quoi elles consistent.
[Français]
La fonction décisionnelle liée à l'électricité comporte deux volets distincts: la construction et l'exploitation des lignes internationales et interprovinciales de transport d'électricité, et l'exportation d'électricité.
Avant de construire une ligne internationale de transport d'électricité, une société doit présenter une demande de permis ou de certificat. À ce jour, la Régie a délivré quelque 125 permis et certificats et elle réglemente environ 1 500 kilomètres de lignes internationales de transport d'électricité.
Le deuxième volet de la fonction décisionnelle de la Régie concerne l'exportation d'électricité. La Commission de la Régie délivre des permis ou des licences aux sociétés qui veulent exporter de l'électricité à l'international. Lorsqu'elle étudie une demande d'exportation, la Régie s'en tient à l'effet des exportations sur les provinces voisines et à l'accès équitable au marché pour les Canadiens.
La Régie ne réglemente ni les importations ni les échanges interprovinciaux d'électricité.
[Traduction]
En plus de rendre des décisions, la Régie produit de l'information et des rapports sur l'énergie. En mars, elle publiait le dernier numéro de sa série phare Avenir énergétique du Canada en 2026 — Offre et demande énergétiques à l'horizon 2050, qui examine quatre scénarios en matière d'énergie auxquels le Canada pourrait faire face à long terme. Il y a le scénario des mesures actuelles, qui correspond aux politiques en vigueur en novembre 2025 et sert de point de référence, les scénarios des tendances à la hausse et des tendances à la baisse, qui varient selon des hypothèses précises, et le scénario de carboneutralité.
J'aimerais souligner quelques conclusions de notre rapport qui, selon nous, sont pertinentes pour votre étude.
Dans tous les scénarios, la production d'électricité augmente jusqu'en 2050 en raison de l'électrification des utilisations finales d'énergie existantes, de la croissance économique et démographique, et de nouvelles demandes dans des domaines comme la production d'hydrogène et les centres de données. Selon le scénario, une hausse de 30 à 120 % de la demande d'électricité par rapport à 2023 est prévue. Un accroissement substantiel de la capacité de production installée sera nécessaire, qui devra passer à entre 270 et 400 gigawatts d'ici 2050, alors qu'elle s'établissait à 160 gigawatts en 2023.
L'éolien représente la plus grande part de cette nouvelle capacité, soutenu par une augmentation de l'énergie hydroélectrique, solaire et nucléaire, des batteries et du gaz naturel avec captage du carbone. En outre, les interconnexions interprovinciales de transport jouent un rôle de plus en plus important dans l'équilibre de l'offre et des variations entre les réseaux provinciaux, la capacité de transport interprovinciale augmentant d'environ 70 % d'ici 2050 dans tous les scénarios.
Notre rapport présente également une analyse de l'autosuffisance et de la sécurité énergétiques. On y souligne notamment que, dans la plupart des scénarios, la dépendance du Centre du Canada à l'égard du gaz naturel et du pétrole brut produits aux États-Unis, ou qui y transitent, se maintiendra selon la configuration actuelle des pipelines. Ce n'est que dans le scénario de carboneutralité du Canada que le Centre du Canada consomme beaucoup moins de gaz naturel et de produits pétroliers raffinés d'ici 2050, ce qui pourrait réduire sa dépendance à l'égard de l'énergie provenant des États-Unis ou transitant par ce pays.
[Français]
En terminant, la Régie est en mesure d'évaluer toutes les demandes qu'elle reçoit et elle continuera de fournir en temps opportun de l'information factuelle pour éclairer la conversation sur l'énergie au Canada.
Je vous remercie de nous avoir donné l'occasion de vous entretenir de ce sujet aujourd'hui.
C'est avec plaisir que nous répondrons à vos questions.
:
Bonjour. Merci, monsieur le président.
Comme vous le savez, l'énergie est un pilier de l'économie, de la compétitivité et de la résilience nationale du Canada. Les Canadiens comptent sur une énergie sûre et abordable pour chauffer leurs maisons, alimenter leurs entreprises, transporter des biens, appuyer l'industrie et relier des collectivités d'un bout à l'autre du pays.
Le Canada est en excellente position pour passer à l'action. Nous avons une abondance de ressources, des sources d'énergie diversifiées, de solides institutions, des infrastructures considérables et des relations commerciales grandement intégrées.
[Français]
Toutefois, la sécurité énergétique n'est jamais acquise. L'instabilité géopolitique actuelle nous rappelle à quel point les marchés de l'énergie sont interconnectés à l'échelle mondiale. Des événements qui se déroulent à des milliers de kilomètres d'ici peuvent avoir des répercussions sur nos systèmes énergétiques, et donc sur notre économie et notre quotidien.
[Traduction]
L'évolution de la dynamique commerciale, les phénomènes météorologiques extrêmes, les infrastructures vieillissantes, les cybermenaces, les pressions exercées sur la chaîne d'approvisionnement et la demande croissante touchent non seulement les marchés mondiaux, mais aussi la capacité nationale du Canada à produire, à transporter, à stocker et à livrer de l'énergie de manière fiable et abordable. C'est la raison pour laquelle la sécurité énergétique ne doit pas se limiter à l'approvisionnement. Il faut tenir compte de la résilience du système énergétique dans son ensemble: la production, le transport, le stockage, le raffinage, la distribution, la préparation aux situations d'urgence, la protection des infrastructures et la capacité à intervenir rapidement en cas de perturbations.
Dans le contexte canadien, pour comprendre le concept de l'indépendance énergétique, il faut également faire preuve de nuance. Notre pays est un grand producteur et exportateur d'énergie, mais l'indépendance énergétique ne signifie pas qu'il faut s'isoler. Il vaut mieux parler de la capacité à faire des choix souverains pour produire, transporter, protéger et vendre de l'énergie de manière à appuyer le mieux possible les intérêts canadiens.
[Français]
Dans cette optique, nous avons récemment publié une stratégie nationale pour une économie canadienne électrifiée.
[Traduction]
La Stratégie nationale d'électrification repose sur l'idée que l'électricité est indispensable à la compétitivité du pays et que le développement du secteur de l'électricité à un coût abordable est essentiel tant à la prospérité économique qu'à la réduction des émissions. Le Canada dispose déjà de l'un des réseaux électriques les plus propres au monde: environ 80 % de l'électricité est produite à partir de sources non émettrices. La mise en place des infrastructures nécessaires pour doubler la capacité des réseaux électriques canadiens nécessitera des investissements historiques dans le transport, la production, la distribution, le stockage et la modernisation du réseau.
[Français]
L'électrification de l'économie est essentielle pour réduire les émissions tout en soutenant la compétitivité à long terme.
[Traduction]
La stratégie tient compte des compétences provinciales et territoriales en matière d'électricité et prévoit une collaboration encore plus étroite avec les provinces et les territoires, les services publics, les partenaires autochtones, les investisseurs du secteur et d'autres partenaires.
[Français]
Des travaux ont déjà été amorcés, notamment avec le projet de loi , qui vise à moderniser la Loi sur l'efficacité énergétique et à préparer le terrain pour des programmes modernes de gestion de la demande.
[Traduction]
Nous allons renforcer notre soutien aux travaux de rénovation visant à réduire la consommation d'énergie pour jusqu'à un million de logements, grâce à du financement, à des subventions et à des mesures complémentaires. De plus, nous nous sommes engagés à étudier la possibilité de soutenir davantage le transport interprovincial d'électricité au moyen de crédits d'impôt à l'investissement et d'élaborer une nouvelle stratégie globale d'investissement dans les interconnexions de transport d'électricité pour la réalisation de projets d'interconnexion.
[Français]
Toutefois, la sécurité énergétique nationale ne se limite évidemment pas à l'électricité. Elle englobe l'ensemble des sources d'énergie, des systèmes, des infrastructures et des capacités dont dépendent les Canadiens et l'économie canadienne. Le Canada dispose d'un atout majeur: la richesse et la diversité de ses ressources énergétiques, allant du pétrole et du gaz naturel à l'hydroélectricité, au nucléaire et aux énergies renouvelables.
[Traduction]
Par ailleurs, le Canada est un acteur de premier plan dans le secteur des combustibles. Il possède environ 10 % des réserves prouvées de pétrole et 3 % des réserves prouvées de gaz naturel de la planète et il représente environ 9 % des exportations de pétrole et 7 % des exportations de gaz dans le monde. Cependant, le conflit qui sévit actuellement au Moyen-Orient a contribué à perturber de manière importante et durable les marchés mondiaux du pétrole et du gaz.
[Français]
Même si le Canada est moins exposé aux pénuries directes de pétrole brut grâce à des chaînes d'approvisionnement intégrées et diversifiées, il n'est pas à l'abri des effets du contexte mondial, ce que les Canadiens et les Canadiennes ressentent déjà avec la hausse et la volatilité des prix de l'énergie.
[Traduction]
Le Canada contribue à la stabilité mondiale en tant que fournisseur fiable d'énergie produite de manière responsable. Par exemple, LNG Canada exporte environ 14 millions de tonnes par année de gaz naturel liquéfié et l'oléoduc Trans Mountain a la capacité d'acheminer jusqu'à 890 000 barils de pétrole brut par jour.
Parallèlement aux futures exportations de gaz naturel liquéfié, ou GNL, de gaz de pétrole liquéfié, ou GPL, et de pétrole découlant de projets en cours de réalisation, nous renforçons nos alliances tout en favorisant la croissance économique et la prospérité au pays.
La sécurité énergétique requiert une coopération étroite entre le gouvernement fédéral et ses partenaires provinciaux et territoriaux.
[Français]
Il ne s'agit pas de leur dicter des solutions, mais de comprendre leur réalité et leurs défis et de renforcer la planification conjointe, la coordination et la réponse collective aux situations d'urgence.
[Traduction]
Pour conclure, le Canada mène cette étude en position de force, mais nous sommes dans une période où les systèmes énergétiques sont soumis à une pression croissante. L'électricité, la sécurité énergétique et l'indépendance énergétique sont étroitement liées. L'objectif commun est de mettre en place un système énergétique fiable, abordable et résilient pour les Canadiens, aujourd'hui comme demain.
Merci.
:
Merci, monsieur le président.
Je suis content d'entreprendre cette étude, mais je ne partage pas l'enthousiasme de M. Guay.
Il est question de doubler la production d'électricité du Canada. J'ai lu le document du professeur Mousseau. Quand on met en perspective les chiffres, on se rend compte rapidement que le Canada est vraiment à la traîne. En effet, si on regarde le panier énergétique, la part de l'électricité est à 17 %. Au Québec, elle est à 40 %. En Chine, actuellement, c'est aux alentours de 32 %. Ça veut dire que si, d'ici 2050, le Canada double le 17 %, il va être à 34 %. La Chine, aujourd'hui, est déjà à 32 % et c'est la plus grosse économie mondiale.
Donc, il faut mettre les choses en perspective. Je comprends l'objectif, et il est fort louable, mais je ne trouve pas qu'il est si ambitieux que ça. Nous pourrions partir de ça comme base de discussion. Moi, je suis préoccupé, parce que j'entends de plus en plus parler du fait que les technologies d'électrification sont abondamment déployées en Chine. Donc, les Chinois sont en train d'avoir, de leur côté, la chaîne de valeur et les infrastructures.
Je ne sais pas si, dans votre stratégie, il y a une dimension particulière pour ça. Comment va-t-on arriver à avoir une chaîne de valeur qui est proprement canadienne et québécoise par rapport à la question de l'électrification? Il y a l'importance du réseau, mais il y a aussi l'importance des chaînes de valeur. Donc, j'aimerais entendre votre avis là-dessus.
:
Il y a de nombreuses façons de le faire. C'est une question vaste.
L'un des programmes que RCAANC gère s'appelle ARDEC Nord. C'est un programme de collaboration avec les communautés autochtones, en place depuis une décennie, pour vraiment promouvoir leurs propres innovations dans leurs communautés. Dans les trois territoires, il y a 55 réseaux diésel indépendants. Il y a trois réseaux régionaux mineurs, ou relativement petits. Il y a beaucoup de possibilités de croissance et de développement dans le secteur autochtone. Les communautés ont participé très activement à des projets dans les trois territoires et dans l'Inuit Nunangat.
Je m'attends à ce qu'il y ait de nombreuses occasions de travailler en partenariat avec les autres partenaires et les dirigeants autochtones dans le cadre de cet exercice pour accroître la composante hors diésel et les technologies renouvelables, ce qui renforcera la sécurité énergétique des territoires de l'Inuit Nunangat.
Nous menons plusieurs projets, dont le plus récent avec Iqaluit Hydro, qui pourrait permettre de réduire considérablement la quantité de diésel nécessaire pour alimenter Iqaluit, la capitale du Nunavut. Il s'agit d'un projet mené par des Autochtones, et nous sommes impatients de le réaliser avec nos partenaires.
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur Christie, comme vous le savez sans doute, il y a deux barrages hydroélectriques dans la ville de Powell River. Ils ont été construits il y a plus de 100 ans pour alimenter l'usine de pâte locale, créant ainsi des milliers d'emplois. Ils ont littéralement fait naître la ville de Powell River. Il y a environ 10 ans, l'usine a connu des difficultés financières. Elle a été forcée de vendre les barrages en tant qu'actifs en difficulté à une petite entreprise appelée Brookfield Renewables. Cette entreprise a depuis demandé un permis d'exportation d'électricité pour envoyer l'électricité du Canada vers les États‑Unis, en pleine guerre commerciale, sans aucun bénéfice, ou très peu, pour les gens qui vivent dans la région, la province et le pays.
Il y a environ un mois, en tant que député local, j'ai envoyé une lettre à la Régie de l'énergie du Canada pour demander la tenue d'audiences publiques à Powell River le plus tôt possible au sujet de la demande de permis de Brookfield. Cela permettrait aux gens qui seront le plus touchés par la décision de l'organisme de réglementation d'avoir leur mot à dire. Un mois plus tard, on n'a toujours pas reçu de réponse.
Ma question est la suivante: pourquoi ce silence? L'organisme de réglementation s'engagera‑t‑il à tenir des audiences publiques à Powell River au sujet de cet enjeu très important?
:
Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, je vous remercie beaucoup de cette invitation.
Les questions qui entourent la consultation sont vastes et je ne peux pas, en cinq minutes, répondre à toutes celles-ci. Je vais donc me concentrer sur un seul message: l'électrification des services énergétiques au Canada, c'est-à-dire les transports, la production de chaleur, et ainsi de suite.
Il s'agit non seulement d'une question climatique, mais aussi, de plus en plus, d'une question de productivité et de compétitivité avec le reste du monde. Il faut donc l'aborder de manière directe.
Alors que la part de l'électricité au Canada stagne depuis 40 ans à environ 17 ou 18 % du panier énergétique total, la part de l'électricité dans les autres économies de l'Organisation de coopération et de développement économiques croît depuis des décennies. Par contre, celle de la Chine est passée de 15 % à plus de 32 % en 20 ans, soit entre 2005 et 2025.
Cette progression s'est accompagnée du développement, de la maîtrise et du déploiement à grande échelle de technologies électriques dans tous les secteurs. Or, pendant que ces pays inventent et utilisent les technologies énergétiques du XXIe siècle, le Canada se satisfait de technologies qui datent du siècle dernier, voire, très souvent, du XIXe siècle.
La stratégie nationale d'électrification présentée la semaine dernière, qui vise à doubler la production d'électricité au Canada, est un pas dans la bonne direction pour rattraper notre retard technologique et climatique, mais elle ne suffit pas, loin de là.
Il faut que la nouvelle production se déploie, et il faut s'assurer que l'essentiel de celle-ci serve à déplacer les technologies fossiles et à moderniser notre usage de l'électricité plutôt que de simplement satisfaire des nouveaux usages dans les centres de données, par exemple. Pour ce faire, on a besoin d'approches stratégiques. Il faut d'abord changer d'orientation dans notre approche climatique, c'est-à-dire qu'on doit se concentrer avant tout sur les changements structurels qui vont électrifier le système plutôt que de se concentrer sur des objectifs de réduction à court terme.
On doit adopter une décarbonation asymétrique, c'est-à-dire que les politiques doivent être adaptées à chaque secteur en fonction de son état. Certains secteurs peuvent se transformer rapidement et on devrait y accélérer le déploiement de technologies. Dans d'autres cas, on doit soutenir la recherche-développement et l'expérimentation.
Il faut soutenir le nouveau plutôt que de punir l'ancien. On va délaisser les énergies fossiles quand les technologies renouvelables leur seront supérieures. Elles sont de moins en moins coûteuses et plus pratiques. Il faut donc favoriser ces nouvelles technologies plutôt que cibler les énergies fossiles.
Malgré tout, on doit toujours prêter attention aux prix. Au Canada, on l'a vu, c'est très critique. Toutefois, on a vu que les fluctuations de prix dans le secteur des énergies fossiles sont des occasions qu'on devrait saisir pour décarboner plus rapidement.
Pour aller de l'avant, on doit adopter une approche de planification et de mise en œuvre qui accélère la transformation, mais qui assure aussi de meilleures retombées pour le Canada. Il ne s'agit pas de tout simplement revoir notre approche à haut niveau, il faut avoir des stratégies de soutien et de déploiement de technologies qui sont efficaces.
Il faut d'abord se projeter dans une économie carboneutre et voir comment une telle économie organise le chauffage et le transport de l'électricité sans émissions nettes.
On doit aussi identifier la séquence des changements physiques. On ne peut pas électrifier des services si l'électricité n'est pas disponible. Il faut s'assurer de mettre les choses en place, ensemble, pour favoriser l'adoption des nouvelles technologies et le développement des innovations.
Enfin, on doit examiner les obstacles, soutenir les catalyseurs et vraiment avancer en adoptant des mesures appropriées en matière de réglementation, mais aussi de soutien stratégique. Il faut mesurer les progrès et s'adapter rapidement grâce à des indicateurs clés actualisés en temps réel, ou presque.
En parallèle, on doit soutenir l'innovation. Des investissements massifs ont été annoncés dans la production et la distribution de l'électricité. On doit aussi électrifier les usages. Tout ça arrivera grâce à des investissements importants. Or, au Canada, on a tendance à ne pas croire que ces investissements peuvent aussi favoriser parallèlement l'innovation. Il faut donc créer des marchés. Il ne s'agit pas simplement de soutenir la recherche universitaire et la recherche fondamentale, il faut aussi s'assurer que les nouveaux produits qui arrivent sur les marchés sont intégrés dans la réalité grâce à une meilleure structuration des appels d'offres et à de la réglementation. Cela permettra vraiment de favoriser un positionnement canadien dans ces technologies électriques, d'où on est plutôt absent pour le moment.
Pour un pays frileux comme le Canada confronté aux risques de l'innovation, accélérer la cadence, comme on le fait maintenant, sans une vraie politique d'innovation risque de pousser les services publics et les donneurs d'ordres vers des solutions bien établies, sans innovation importée. Il faut absolument coupler les deux.
En conclusion, l'électrification massive de notre société est au cœur de la transformation nécessaire à l'atteinte de nos objectifs climatiques, mais aussi au maintien de la compétitivité de l'économie canadienne. L'annonce de la Stratégie nationale d'électrification est un pas dans la bonne direction. Toutefois, alors que le déploiement des infrastructures de production relève de la compétence des provinces, le gouvernement fédéral doit adopter un plan solide d'électrification des services énergétiques, avec une approche stratégique cohérente qui assure la modernisation de notre utilisation de l'énergie, tout en augmentant la compétitivité du pays. Je dirais qu'il est urgent de combler ce vide.
Merci.
Monsieur le président, mesdames et messieurs, merci de m'avoir invité à témoigner aujourd'hui. Je m'appelle Blake Shaffer et je suis professeur agrégé d'économie à l'Université de Calgary, où j'ai cofondé le centre de l'électricité de l'Université. Je codirige aussi l'Energy Modelling Hub du Canada et je pilote une nouvelle initiative appelée Western Transmission Catalysts. Les gouvernements de l'Alberta, de la Colombie-Britannique et du Canada font souvent appel à moi pour obtenir des conseils stratégiques. Avant ma carrière universitaire, j'ai travaillé pendant 15 ans dans l'industrie dans le marché de l'électricité et du gaz naturel.
Je vais d'abord brosser un portrait général. L'Agence internationale de l'énergie a déclaré récemment que nous entrons dans une « ère de l'électricité ». Cette expression désigne deux changements simultanés. Le premier est l'approvisionnement propre moyennant un accroissement de la part de l'énergie éolienne, solaire, géothermique et hydroélectrique dans l'ensemble de l'énergie produite. Le deuxième est l'électrification croissante qui se traduit par une hausse du nombre de véhicules, de générateurs de chaleur et d'usines alimentés par l'électricité et non plus par des combustibles fossiles. Le Canada a bien amorcé ces deux changements. Au niveau national, le taux d'énergie propre s'élève à plus de 80 %, quoique ce pourcentage varie considérablement d'une province à l'autre. Nous avons aussi l'avantage de la flexibilité que nous procure notre vaste réseau hydroélectrique qui fait l'envie du monde entier.
D'autres pays opèrent plus rapidement le deuxième changement qui est l'électrification. Au cours des 15 dernières années, en Chine, la part de l'électricité dans la demande en énergie finale est passée de 15 % à plus de 30 %. Au cours de la même période, au Canada, cette part est passée de 21 % à seulement 24 %. Le monde entier marche vers l'électrification. Le Canada possède les ressources naturelles pour montrer la voie, mais il risque de se faire distancer s'il n'agit pas.
Aujourd'hui, je voudrais attirer l'attention sur deux domaines, respectivement macro et micro, qui nous permettront de faire des gains significatifs si nous prenons la balle au bond.
Le premier domaine est la transmission interprovinciale. Il y a 43 ans, mon père a témoigné devant un comité fédéral qui ressemblait beaucoup à celui‑ci pour plaider pour un resserrement des interconnexions entre les provinces de l'Ouest. Mon raisonnement aujourd'hui reprendra essentiellement celui de mon père, à la différence près que les changements notables qui se sont produits depuis son époque donnent encore plus de poids à ses arguments. Les énergies renouvelables beaucoup plus variées qu'auparavant bénéficient grandement de la diversité géographique — par exemple, le jumelage des réservoirs de BC Hydro avec les énergies éoliennes et solaires abondantes et bon marché de l'Alberta. Le Manitoba offre une souplesse qui pourrait aider la Saskatchewan à concrétiser ses ambitions nucléaires. La hausse marquée de la charge prévue en raison des centres de données et de l'électrification globale entraînera un foisonnement d'occasions qui seront impossibles à saisir si les provinces travaillent en vase clos.
Enfin, nos relations avec les États‑Unis se sont fragilisées. Le Canada échange plus d'électricité avec les États‑Unis que les provinces canadiennes en échangent entre elles. Ce commerce est rentable, mais il faut aussi chercher à réduire notre dépendance et à renforcer notre compétitivité au pays. L'ambition politique d'élargir la transmission interprovinciale serait un moyen d'y arriver. Il reste à déterminer comment. C'est là qu'intervient le projet Western Transmission Catalysts. Grâce au soutien des quatre provinces de l'Ouest et de la collaboration avec les opérateurs des services publics et des réseaux électriques et des Premières Nations de toute la région, notre équipe compte faire tomber les barrières commerciales, réglementaires et physiques qui empêchent depuis toujours les projets de transmission d'énergie interprovinciale de se concrétiser. Nous diffuserons davantage d'informations sur cette initiative dans les mois à venir, mais en 25 ans dans le secteur, je n'ai jamais vu de probabilités de succès aussi élevées.
Le deuxième atout de taille est la flexibilité de la demande. Prenons les véhicules électriques. La circulation d'un million de véhicules électriques dans ma province, en Alberta, accroîtrait la demande annuelle d'environ 3 % ou 4 %. Cette hausse est gérable. Toutefois, la recharge simultanée de ce même nombre de véhicules électriques ferait augmenter de 50 % les besoins de la capacité de pointe de la province. Une telle demande ne serait pas gérable.
Nous sommes à la croisée des chemins. Une des avenues mènerait à une situation désastreuse: des périodes de pointe plus élevées, des mises à niveau massives des réseaux de distribution et une hausse généralisée des coûts. Une autre avenue serait la flexibilité de la demande qui serait obtenue en déplaçant la consommation hors des périodes de pointe, en utilisant de manière plus exhaustive les réseaux existants et en étalant davantage les coûts du système afin de faire baisser la facture moyenne de tous les utilisateurs. Partout dans le monde, les tarifs variables en fonction de l'heure et les services de flexibilité de la demande sont des solutions économiques qui remplacent de plus en plus l'alimentation coûteuse pendant les périodes de pointe.
Monsieur le président, le Canada a une position de départ enviable, et tous les outils nécessaires pour réussir, mais il faut agir. À l'ère de l'électricité, un système électrique robuste et abordable constituera un avantage concurrentiel majeur. La transmission interprovinciale et des efforts concertés pour faire accroître la demande flexible sont deux atouts majeurs dans notre jeu.
Merci.
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Merci beaucoup de l'invitation. C'est vraiment un plaisir d'être ici.
Je m'appelle Pierre-Olivier Pineau. Je suis titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal. Je publie un rapport annuel sur l'état de l'énergie au Québec depuis 12 ans. Je me spécialise depuis 30 ans dans les politiques sur l'énergie et l'électricité.
J'étais ravi d'entendre le gouvernement du Canada annoncer récemment sa stratégie nationale sur l'électricité, dont les principaux éléments sont les interconnexions et le commerce interprovincial, comme M. Shaffer l'a mentionné. Ces éléments prennent également une place centrale dans mes recherches. Je suis extrêmement heureux de voir que cette priorité s'est hissée au niveau fédéral parce que je suis convaincu du rôle clé du resserrement de la collaboration interprovinciale dans l'avenir du Canada.
En 2013, j'ai publié un chapitre intitulé « Fragmented Markets: Canadian Electricity Sectors' Underperformance », où j'explique que le piètre rendement du Canada est attribuable à une mauvaise intégration causée par l'existence de 10 marchés de l'électricité distincts au pays. Je crois fermement à l'intégration.
En 2016, j'ai publié un article sur l'Ontario et le Québec qui décrivait exactement ce que M. Shaffer a dit sur les avantages de l'intégration des provinces productrices d'énergie thermique et des provinces productrices d'énergie hydroélectrique, qui permettraient à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de générer de la richesse. Dans ces cas‑là, il est payant de réduire les émissions de gaz à effet de serre parce que les substituts comme l'hydroélectricité et l'énergie thermique produisent de la richesse, surtout si la tarification au coût marginal est mise en place dans les deux provinces. Cette tarification n'est pas employée dans les provinces productrices d'hydroélectricité comme la Colombie-Britannique, le Manitoba et le Québec. Ces provinces emploient une tarification à coût moyen qui engendre des inefficacités dans le marché.
Les interconnexions sont très importantes. Je suis un grand défenseur de l'augmentation des interconnexions entre les provinces, non seulement au moyen de lignes de transport d'électricité, mais aussi au moyen des structures du marché et des échanges commerciaux. Il faut amener la tarification à un autre niveau pour optimiser les marchés. C'est un point important qui doit être soumis au gouvernement.
La stratégie présentée par le gouvernement fédéral met l'accent sur ce qui permettra de doubler la production d'électricité. Nous n'accordons pas suffisamment d’attention à cette question qui devrait pourtant nous préoccuper au plus haut point: le Canada est obèse sur le plan énergétique. La consommation d'énergie au Canada est tellement élevée que nous nous classons au huitième rang dans le monde pour la consommation d'énergie par habitant, entre Oman et l'Arabie saoudite. Non seulement nous la consommons à outrance, mais nous la consommons extrêmement mal. Nous faisons partie des pays qui produisent le moins d'énergie comme le Kazakhstan et la Corée du Nord.
Qu'est‑ce que la productivité énergétique? Cette notion désigne la richesse, ou le PIB, générée par gigajoule, ou unité, d'énergie. Au Canada, nous produisons environ 146 $ pour chaque gigajoule que nous consommons. Aux États‑Unis, cette valeur se chiffre à 223 $. L'Australie — pays comparable au Canada en raison de la grande place que tiennent les ressources naturelles dans l'économie — produit 217 $ de PIB par gigajoule. La richesse extraite par gigajoule consommé est plus faible au Canada en raison de l'énergie abondante dont nous disposons. Nous n'avons jamais vraiment fait attention à la quantité d'énergie que nous consommons pour générer de la richesse, mais il faut que cela change.
Mes collègues, M. Shaffer et M. Mousseau, ont mentionné la faible part d'électricité — environ 24 % — de notre consommation finale au Canada, mais ils ont omis le fait qu'en moyenne, par habitant, le Canada consomme 13 000 kilowattheures par année, comparativement à 6 000 kilowattheures en Chine, ainsi qu'en Allemagne ou en France, qui enregistrent environ les mêmes chiffres.
Puisque nous utilisons déjà deux fois plus d'électricité par habitant que la Chine, l'Allemagne ou la France, ne nous fixons pas comme objectif de doubler la production d'électricité et de faire ainsi augmenter la consommation d'électricité tout en générant très peu de richesse. Pour rendre le Canada plus fort et plus productif, il faut consommer l'énergie et l'électricité de façon plus efficace et plus réfléchie.
La réunion d'aujourd'hui porte sur l'électrification, l'autonomie énergétique et la sécurité énergétique intérieure du Canada. La sécurité énergétique est un aspect important. Nous ne renforcerons pas la sécurité en bâtissant de plus grosses infrastructures, mais en diminuant notre vulnérabilité et notre exposition et en fournissant les mêmes services avec moins d'énergie afin d'éviter une surexposition aux différents risques — les risques géopolitiques et climatiques et les menaces de cybersécurité — à venir.
Je pense que mon temps est écoulé. Je vais m'arrêter ici.
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Merci, monsieur le président.
Merci à tous nos témoins d'aujourd'hui.
Monsieur Schaffer, je suis heureux de vous revoir, vous qui êtes un de mes anciens collègues à l'Université de Calgary. L'université, l'Alberta et le Canada bénéficient de votre savoir, tout comme nous bénéficions du savoir de tous nos témoins d'aujourd'hui.
Le Canada compte de nombreux réseaux électriques et de nombreuses grappes énergétiques. C'est un continent nord-sud; souvent, l'intégration se fait du nord au sud et non d'est en ouest. C'est vrai pour le gaz, le pétrole et l'électricité, ce qui est tout à fait logique, d'une certaine façon. Nous sommes poussés dans cette direction, vers le sud, en raison de la géographie et de la taille du marché. C'est lié à des facteurs économiques. Le terrain est plus facile et il y a une meilleure clientèle, ou plutôt une plus importante clientèle. Cette étude porte à la fois sur la sécurité énergétique et les possibilités dans le secteur de l'électricité, notamment parce que nous savons que notre avenir énergétique passe par l'électrification.
Monsieur Schaffer et monsieur Pineau, vous avez tous deux parlé de la souplesse de la demande et des interconnexions interprovinciales, et souligné qu'il ne s'agit pas seulement de défis techniques. Je pense à ma province natale, l'Alberta, et à l'importante différence entre la conception du marché de l'Alberta et celle de la Colombie-Britannique en particulier. Pourriez-vous tous les deux parler davantage des considérations ou obstacles liés aux interconnexions interprovinciales, et peut-être pas seulement aux interconnexions, qui sont un aspect physique, mais aussi par rapport au commerce d'électricité entre les marchés, qu'ils soient d'ordre technique ou autre?
Nous pourrions commencer par vous, monsieur Schaffer.
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Je peux parler de mon parcours professionnel. J'ai commencé ma carrière chez Powerex, la division commerciale de BC Hydro, pendant sept ans. Je suis allé à New York, puis je suis revenu au Canada. J'ai été négociant en chef chez TransAlta, le plus important commerçant de l'Alberta. J'ai une excellente connaissance des activités commerciales des deux provinces.
Beaucoup d'aspects deviennent un obstacle au‑delà de l'infrastructure linéaire — des choses simples, comme les échéanciers. Dans l'ouest des États-Unis, la planification des horaires se fait par tranche d'une heure, tandis qu'en Alberta, c'est par tranche de deux heures. C'est ce que nous appelons des problèmes de raccordement, et cela crée des inefficacités entre les deux. La principale difficulté liée à l'interconnexion entre la Colombie-Britannique et l'Alberta — comparativement, disons, à l'interconnexion de l'Ouest entre la Saskatchewan et le Manitoba, qui fonctionne déjà — réside dans les différences du marché.
En Colombie-Britannique, comme M. Pineau l'a mentionné, il y a une société d'État, la tarification au coût moyen, et une intégration verticale de la production au détail. En Alberta, le marché est fragmenté. La production et la vente au détail se font dans un environnement concurrentiel, tandis que le transport et la distribution sont réglementés. Cela entraîne une importante complexité, car cela fera des gagnants et des perdants, comme dans toute activité commerciale, et il y a une multitude d'acteurs avec qui il faut s'harmoniser. En outre, il y a ce que l'on appelle la tarification au coût marginal en Alberta et la tarification au coût moyen en Colombie-Britannique, et il est difficile de concilier les deux. Cela dit, nous travaillons précisément sur ces détails concrets des accords commerciaux afin que cette question très importante ne passe pas sous silence.
Je cède la parole à M. Pineau.
Dans un rapport que nous avons publié en octobre dernier, intitulé « Changer de cap », et que nous pourrons déposer après la réunion, nous identifions des secteurs comme le bâtiment, où on peut travailler à la décarbonisation avec des thermopompes, et l'industrie manufacturière, où on peut utiliser des thermopompes industrielles. Il y a là un savoir à développer au Canada, et même dans le monde. Donc, le Canada pourrait se positionner de manière intéressante.
Quant au transport, il y a le transport des individus, mais il y a aussi le transport hors route, par exemple. Donc, il y a différents secteurs où le Canada pourrait être actif et contribuer à l'innovation dans un contexte où il faut quand même aussi faire entrer les technologies actuelles.
J'aimerais profiter de vos lumières, messieurs, et revenir sur la question que mon collègue M. Hogan vous a posée précédemment sur l'idée de développer des corridors est-ouest plutôt que des corridors nord-sud.
Il n'y a pas si longtemps, j'ai eu une rencontre avec les représentants d'Électricité Canada, à laquelle Hydro-Québec a participé. On nous a dit qu'en matière de coûts et d'efficacité, il faudrait peut-être laisser de côté cette idée de corridor est-ouest puisqu'ils pensent plutôt à des zones d'intérêt qu'ils ont déjà définies.
Si je vous dis ça, c'est juste pour savoir ce qui, à court et moyen termes, serait le plus efficient. Comme les ressources ne sont pas illimitées, est-ce qu'il ne faudrait pas, pour ce qui est des investissements qui peuvent être réalisés dans ces nouveaux corridors, se baser sur des secteurs où il y a une plus grande intensification, avant de penser à des interconnexions est-ouest? Je vous dis ça simplement. Ce n'est pas une attrape. Je veux comprendre votre réflexion là-dessus puisqu'il semble y avoir une discordance avec la position d'Hydro-Québec.
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Il y a deux ou trois principales raisons à cela.
La première raison, c'est que ça coûte moins cher de moins consommer, mais ça demande des ajustements. Si ça coûte moins cher, pourquoi ne le fait-on pas? C'est parce qu'on n'a pas les incitatifs et qu'on n'est pas habitué à penser de manière efficace.
Au Canada, heureusement, on a cette abondance énergétique et des batteries. Ça nous a amené une nonchalance dans notre consommation d'énergie. Les Européens ont des prix plus élevés et des défis géopolitiques, et ils sont beaucoup plus prompts à adopter des réflexes d'efficacité énergétique. Si on le faisait, on serait plus productif. C'est bon pour l'économie sur le plan de la productivité.
Nous avons aussi parlé de la sécurité énergétique. Le jour où il y aura des coupures de courant à cause d'une attaque ou d'une tornade, on sera bien mieux dans des maisons passives, qui seront des enveloppes thermiques extrêmement bien isolées, que dans des maisons qui ont besoin de chauffage électrique.
Si on a des bâtiments très performants sur le plan énergétique, ce sera meilleur non seulement pour la productivité, mais aussi pour la performance et la sécurité.
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Merci, monsieur le président.
C'est très court, messieurs, deux minutes et demie. Je vais donc être très bref.
Comme politiciens, on se fait souvent interpeller pour des projets économiques, des projets de développement industriel. Le problème est toujours le même, à savoir qui réussira à avoir un bloc énergétique. On sait que sans bloc énergétique, c'est en partie un problème de gestion de la pointe, et c'est souvent le cas pour Hydro‑Québec. Comme le disait M. Pineau, c'est peut-être aussi à cause d'une mauvaise gestion de l'efficacité énergétique.
Je sais qu'on ne résoudra pas totalement cette question. Toutefois, comment peut-on arriver au Québec à avoir peut-être des pratiques qui sont plus intéressantes pour permettre à des projets économiques de démarrer?
M. Guay et moi — je vais être bref — avons rencontré tantôt des représentants d'une entreprise qui offre une stratégie de batteries de gestion de la pointe. Cependant, il doit exister d'autres méthodes, d'autres façons de faire.
Comment peut-on soutenir notre secteur industriel en lui permettant d'avoir accès à des blocs énergétiques?
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Je vous remercie beaucoup de cette question. À mon avis, le réseau de distribution ne reçoit pas assez d'attention de la part des trois grands secteurs. Nous tendons à nous concentrer sur la production. Aujourd'hui, nous avons beaucoup parlé de lignes de transmission à haute tension.
La difficulté par rapport aux réseaux de distribution, c'est qu'ils doivent être réglementés parce qu'ils bénéficient d'un monopole de concession — on ne veut pas deux réseaux concurrents —, ce qui peut dénaturer les mesures incitatives. Il est toujours difficile de créer des mesures incitatives adéquates afin de réduire les coûts le plus possible.
Certaines mesures concrètes peuvent être envisagées. Il y a la réglementation axée sur le rendement, qui encourage des solutions de rechange non filaires, ce qui pourrait être moins coûteux qu'un élargissement du système. Il y a la notion de base tarifaire fondée sur les dépenses totales plutôt que sur les dépenses en immobilisations. On tend à prendre uniquement en compte les dépenses en immobilisations dans la base tarifaire, ce qui fausse la prise de décisions, au détriment, disons, des dépenses de fonctionnement, qui peuvent parfois s'avérer moins coûteuses. D'autres administrations ont mis en place une base tarifaire fondée sur les dépenses totales.
Il y a un aspect très spécifique. Récemment, j'ai fait venir en Alberta des représentants de l'organisme de réglementation et d'entreprises du Royaume-Uni pour acquérir des connaissances sur le réseau de distribution. Nous pouvons utiliser la télémétrie dans les endroits où l'utilisation de compteurs intelligents n'est pas généralisée. Il s'agit de compteurs capables d'enregistrer la consommation à l'heure, ce qui est essentiel pour mesurer la variation de la demande. On peut installer un compteur par l'intermédiaire de la connexion entre le téléphone et le véhicule électrique d'une personne. Ce type de technologie est autorisé au Royaume-Uni. Cela permet presque de contourner une ligne terrestre.
Je ne propose pas de remplacer tous les compteurs des services publics par la télémétrie, mais Mesures Canada pourrait examiner des assouplissements pour certains programmes de flexibilité. Je pense qu'un peu plus de souplesse à cet égard nous permettrait de faire des gains.