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Vous êtes une casse-pieds très constructive. Bon retour. Nous sommes vraiment, sincèrement, très heureux de vous revoir parmi nous.
Mesdames et messieurs, nous avons de nouvelles personnes autour de la table. Je vais donc vous les présenter brièvement. Nous accueillons M. Jean-Luc Plourde, notre nouveau greffier. Il a beaucoup d'expérience. Il siégeait au comité des finances. Puisqu'il a survécu là‑bas, il peut sûrement survivre au Comité permanent des ressources naturelles.
Nous accueillons Mme Carter, notre extraordinaire analyste. Mme Jennings se joint à nous pour nous aider à effectuer nos tâches d'analyste et à rédiger nos rapports. M. Sugrue est avec nous pour quelques réunions seulement. Bienvenue à tous.
Nous allons entrer dans le vif du sujet. J'ai déjà déclaré la séance ouverte. Je tiens à souligner, comme je le fais toujours, que nous sommes sur le territoire non cédé de la nation algonquine anishinabe.
Avant de commencer, j'aimerais demander à tous les participants en personne de lire les lignes directrices écrites sur les cartes mises à jour qui se trouvent sur la table. Ces mesures sont en place pour aider à prévenir les incidents acoustiques. Nous avons des interprètes extraordinaires, comme vous le savez, et nous voulons protéger leur santé et leur sécurité, ainsi que la santé et la sécurité de tous les participants.
La réunion d'aujourd'hui se déroule sous forme hybride. J'aimerais rappeler aux participants les points suivants. Avant de prendre la parole, veuillez attendre que je vous nomme. Pour ceux qui participent par vidéoconférence... Est‑ce que quelqu'un se joint à nous par vidéoconférence aujourd'hui? Puisque ce n'est pas le cas, c'est redondant.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée le jeudi 4 décembre 2025, le Comité reprend son étude de la gestion des Laboratoires Nucléaires Canadiens par des compagnies américaines.
J'aimerais souhaiter la bienvenue à nos témoins. Nous accueillons M. Christian Leuprecht, professeur au Collège militaire royal du Canada et à l'Université Queen's, qui témoigne à titre personnel. Bienvenue, monsieur.
Nous recevons M. Ole Hendrickson, président du Ottawa River Institute.
Vous disposerez de cinq minutes chacun pour faire votre déclaration préliminaire, après quoi nous passerons aux questions.
Monsieur Hendrickson, nous allons commencer par vous. Vous avez la parole pour cinq minutes.
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Merci, monsieur le président, de me donner l’occasion de comparaître en tant que témoin.
À Énergie atomique du Canada limitée, ou EACL, le modèle d’organisme gouvernemental exploité par un entrepreneur, ou OGEE, pour la gestion des actifs nucléaires et des obligations de mise hors service crée des risques importants: augmentation des dépenses fiscales, responsabilité nucléaire toujours croissante, projets de gestion des déchets inadéquats et risques pour la santé publique. Ces risques augmentent lorsque les responsabilités d’EACL sont confiées en sous-traitance à des sociétés américaines ayant peu d’expérience au Canada.
En 2015, les Laboratoires Nucléaires Canadiens, ou LNC, qui est l’ancienne filiale d’EACL, ont été vendus à un consortium américain pour un dollar. C’était la dernière étape de la restructuration d’EACL. La raison invoquée était que la rigueur et l’expertise du secteur privé réduiraient la responsabilité nucléaire et les coûts d’exploitation d’EACL. Mais cela ne s’est pas produit. L’an dernier, alors que le financement total d’EACL est passé de 1,59 à 1,95 milliard de dollars, les obligations d’EACL liées à la mise hors service d’une immobilisation — c’est‑à‑dire la responsabilité en matière de déclassement — sont passées de 8,7 à 9,5 milliards de dollars.
La pétition parlementaire électronique e‑6636, signée par près de 2 500 Canadiens, a fait remarquer que le rendement d’EACL selon le modèle d’OGEE n’a jamais fait l’objet d’une vérification. On demandait à la vérificatrice générale du Canada d’effectuer une évaluation indépendante, objective et systématique, et on voulait que tout nouveau contrat soit retardé jusqu’à ce que les résultats de la vérification aient été rendus publics et que le Parlement se soit penché sur la question. Cela ne s’est pas produit non plus.
Le ministre de Ressources naturelles Canada, , a répondu que le rendement d’Énergie atomique du Canada limitée dans le cadre du modèle d’organisme gouvernemental exploité par un entrepreneur a fait l’objet de l’examen spécial réalisé en 2017, et qu’un examen spécial ultérieur est prévu pour 2026‑2027. Puisque l’audit de 2017 a eu lieu une année seulement après la restructuration, EACL « n’avait donc pas évalué le rendement de l’entrepreneur donnant droit à des primes de rendement annuelles. » L’audit a révélé qu’EACL n’avait pas un « processus formel et systématique de surveillance et de communication des risques » et que le cadre de production de rapports d’EACL ne pouvait pas évaluer les objectifs globaux de la restructuration, à savoir « renforcer l’efficacité et l’efficience tout en maîtrisant et en réduisant les coûts et les risques pour la population canadienne au fil du temps. »
Ces faiblesses persistent-elles? Comment les honoraires ont-ils été attribués dans le cadre du contrat précédent? Quelles sont les dispositions d’attribution du nouveau contrat? Le Comité en a‑t‑il pris connaissance?
Richard Sexton, un Américain ayant des liens avec des membres de l’ancienne société contractante, était le président d’EACL pendant la majeure partie du contrat précédent. Il était agent de détermination des honoraires. Un autre Américain, David Hess, s’est joint à EACL en tant qu’agent principal de négociation des contrats en avril 2015. Il est présenté aujourd’hui sur LinkedIn comme gérant « des contrats et des ententes de remboursement des coûts de plusieurs milliards de dollars régissant les activités des entrepreneurs » et comme détenant « un pouvoir contractuel illimité ».
EACL construit un centre de recherche avancé sur les matières nucléaires sans audience réglementaire ni autre forme de surveillance gouvernementale. Ce centre permettrait de former et d’expérimenter la manipulation du plutonium, l’élément clé des armes nucléaires. Les avantages pour les Canadiens sont discutables, mais évidents pour les membres américains des Nuclear Laboratory Partners of Canada, qui gèrent tous des installations d’armes nucléaires aux États-Unis.
Les risques sanitaires liés aux rayonnements rendent la gestion des déchets nucléaires beaucoup plus coûteuse que celle des autres déchets. Les entrepreneurs américains bénéficient d’une source de revenus garantie qui ne cesse de croître si les déchets d’EACL restent en entreposage ou sont placés dans une installation en surface, comme l’Installation de gestion des déchets près de la surface, ou IGDPS, qui est proposée, où ils nécessiteraient des siècles de contrôle et de surveillance institutionnels. Rien ne les incite à examiner des installations souterraines plus sûres. En insistant pour qu’il y ait une installation permanente aux Laboratoires de Chalk River qui appartiennent à EACL sur la rivière des Outaouais, les entrepreneurs américains ignorent les limites géologiques et biophysiques de cet endroit. Leur expérience de la gestion des déchets dans les environnements arides américains n’est pas transférable à une zone sujette aux tremblements de terre à côté d’une rivière qui fournit de l’eau potable à des millions de Canadiens.
Lorsque les gestionnaires américains sont arrivés en 2015, ils ont rejeté les plans de gestion des déchets à long terme qui existaient.
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Monsieur le président et membres du Comité, je vous remercie de cette invitation. Je vais m'exprimer en anglais, mais vous pourrez poser vos questions dans la langue officielle de votre choix.
[Traduction]
Je tiens tout d'abord à dire qu'il est très important, à mon avis, de mettre de côté les considérations partisanes. Le rapport que le Comité va rédiger est extrêmement important, car le pouvoir législatif demande des comptes à l'exécutif. Le principe fondamental du système parlementaire de Westminster, à savoir la responsabilité ministérielle, nous a fait défaut. Vous avez déjà entendu dire qu'EACL n'est pas tenue de rendre des comptes. Elle n'a été tenue responsable ni par son conseil d'administration ni par le ministre.
Je vais essayer de vous expliquer pourquoi je pense que ce qui s'est passé ici est absolument inacceptable et reflète la dissonance cognitive que nous observons dans cette ville. Nous parlons de diversifier et de protéger la souveraineté canadienne, mais nous vendons les joyaux de la Couronne ou les cédons aux Américains pour qu'ils les gèrent au moyen de contrats.
Le contrat des LNC sur lequel porte cette réunion n'était pas concurrentiel. Comme vous l'avez entendu dans un témoignage précédent, il n'y avait qu'un seul soumissionnaire. L'adjudication d'un contrat apparemment non concurrentiel à un consortium américain sans participation canadienne réelle soulève des questions sur la structure de l'appel d'offres et des LNC. Cette dissonance cognitive, à une époque où le gouvernement accorde une grande importance à la diversification, soulève quatre préoccupations en ce qui a trait à l'optimisation des ressources, la souveraineté, la sécurité nationale et la reddition de comptes.
Au lieu de remplacer la gestion lors du passage à l'organisme gouvernemental exploité par un entrepreneur, ou OGEE, la nouvelle structure a simplement créé une nouvelle couche de gestion. Par conséquent, il y a désormais trois paliers au lieu d'un seul: les LNC, EACL et l'entrepreneur, Nuclear Laboratory Partners of Canada. C'est la façon dont le Canada accroît l'efficacité.
Au moment de conclure le premier contrat d'OGEE en 2015, deux des entreprises du consortium étaient canadiennes. Or, elles sont toutes désormais détenues par des intérêts américains. Nordion et Kinectrics ont depuis été rachetées par des entités américaines. Certaines de ces entreprises sont des concurrents directs des LNC, étant donné que Kinectrics et BWX répondent aux mêmes appels d'offres que les Laboratoires.
Ces entreprises gagnent beaucoup plus d'argent dans leurs activités aux États-Unis que dans leur contrat avec les LNC. Quelles sont leurs allégeances? Des témoignages en ligne suggèrent que les priorités contractuelles des LNC au cours des 10 dernières années ont été dictées par la maximisation de la rentabilité de l'OGEE dirigé par les États-Unis, et non par ce qui était le mieux pour le Canada.
Le nouveau contrat porte sur les barrières administratives que les LNC doivent mettre en place pour éviter les conflits d'intérêts et l'accès des entrepreneurs à la propriété intellectuelle détenue par les Laboratoires. Ces barrières dépendent en grande partie de la cybersécurité et de la gestion de l'information. Étant donné que le Canada ne dispose d'aucune législation en matière de cybersécurité pour les infrastructures critiques, contrairement à ce qu'a déclaré M. Dermarkar lors de son précédent témoignage devant le Comité, j'ai très peu confiance en ces barrières, voire en leur efficacité. À titre d'exemple, les premières réglementations sur la cybersécurité dans le domaine nucléaire n'ont été introduites qu'à la fin de 2025.
Il y a également un problème stratégique plus vaste lié au fait que des entreprises américaines gèrent l'orientation des LNC, puisque le contrat réduit effectivement les Laboratoires à un fournisseur de services. L'entrepreneur établit les priorités. Il décide qui contrôle la propriété intellectuelle et quelle base industrielle bénéficie des investissements publics canadiens, puis dicte en fait aux LNC le travail qu'ils doivent faire ou non.
À l'heure actuelle, il y a une quasi-course à la conception, à la construction et à la mise en place de chaînes d'approvisionnement sécurisées pour les petits réacteurs nucléaires, ou PRM. L'Ontario dépense 1 milliard de dollars dans ce secteur. De plus, les applications militaires font partie du Plan d'action canadien pour les PRM. La Défense nationale s'intéresse à un sous-ensemble de PRM appelés microréacteurs modulaires, destinés à être utilisés dans l'Arctique et dans certaines bases.
Alors que les dirigeants politiques américains s'intéressent de près à l'Arctique et menacent d'annexer le Canada, le Canada souhaite‑t‑il vraiment que les entreprises américaines aient accès à la propriété intellectuelle à double usage et aux informations nucléaires stratégiques exclusives du Canada, telles que le type, le moment et l'emplacement des SMR que le Canada pourrait installer dans le Nord? Ne serait‑ce pas préjudiciable à la sécurité nationale canadienne? Le gouvernement prétend avoir l'intention de protéger la souveraineté canadienne, mais il permet à des acteurs étrangers de définir les orientations stratégiques du seul laboratoire nucléaire national au Canada.
En attribuant le contrat des LNC, EACL a pris une décision économique qui ne tient compte ni de la sécurité nationale ni de la souveraineté. Seuls EACL et son conseil d'administration nommé par le gouvernement ont examiné la soumission. Il ne semble y avoir eu ni examen externe ni obligation de rendre compte dans l'attribution du contrat par EACL; si la proposition n'avait pas été retenue, le processus aurait compromis l'existence d'EACL et les emplois de ses dirigeants. À mon avis, le processus d'appel d'offres n'était ni équitable ni responsable.
Que faut‑il faire? J'ai six points à soulever.
Premièrement, il faut procéder à une évaluation indépendante des menaces et des risques liés au contrat. Cette évaluation devrait être effectuée non pas par un organisme gouvernemental, mais par une tierce partie indépendante qui est tout à fait impartiale.
Deuxièmement, il faut mener un examen économique pour déterminer si les laboratoires fonctionnaient plus efficacement dans le cadre du contrat précédent afin de voir s'il y a eu de réelles économies de coûts. En passant d'un à trois paliers de gestion, j'oserais dire qu'il n'y a pas eu d'économies.
Troisièmement, si c'est le cas, il faut démanteler EACL, puis faire en sorte que les LNC redeviennent une société d'État, éliminant ainsi trois niveaux de gestion. Il faut recruter de nouveaux dirigeants aux Laboratoires au moyen de critères clairs, notamment les compétences, les indicateurs clés de rendement et la responsabilité. Le Royaume-Uni a essayé le modèle d'organisme gouvernemental exploité par un entrepreneur, mais il est revenu au modèle précédent. Nous pouvons nous inspirer de nos alliés.
Quatrièmement, il faut établir une nouvelle structure de reddition de comptes, différente du modèle d'OGEE. Il y avait certes des lacunes, mais l'OGEE n'est pas la seule solution, comme le montre le Royaume-Uni.
Cinquièmement, cette affaire révèle des problèmes plus vastes et systématiques en matière de responsabilité gouvernementale. Pourquoi Ressources naturelles Canada intervient‑il seulement maintenant, alors qu'EACL n'a pratiquement pas eu de comptes à rendre depuis 10 ans? Qui tient EACL responsable? Le fait qu' ait soulevé le problème montre que l'exécutif continue de faire fi de la responsabilité ministérielle.
Sixièmement, il en va de même pour la Commission canadienne de sûreté nucléaire: elle n'a pas à rendre des comptes.
Merci à vous deux d'être ici. Je vous suis très reconnaissant pour vos commentaires.
Mes questions se divisent en deux volets. Je vais les poser tout de suite, puis vous pourrez y répondre.
La première a trait au modèle général d'OGEE, dont vous avez parlé. Il a été mis en place par le gouvernement Harper, et lorsque nous en avons discuté la dernière fois, il semblait qu'il s'agissait d'un moyen assez raisonnable d'obtenir l'expertise américaine. On nous a dit que l'un des objectifs était d'avoir accès à l'expertise américaine et de veiller à ce que nous puissions en bénéficier en tant que Canadiens.
Je veux explorer cette question, mais je tiens également à dire qu'en ce qui concerne le risque pour la sécurité, il semble que nous devrons concilier, en tant que comité et en tant que gouvernement, notre point de vue sur les États-Unis dans cette affaire. Personnellement, j'ai du mal à imaginer qu'en vertu de notre régime de sécurité actuel, les États-Unis ne connaissent pas les détails associés aux réacteurs modulaires dans le Nord. En fait, cela me semble impossible. Je ne porte pas de jugement moral à savoir si c'est bon ou mauvais, mais il faudra évidemment en tenir compte dans le cadre de notre réflexion sur la trajectoire globale du pays et sur la façon dont les relations en matière de sécurité évoluent.
Monsieur Leuprecht, ma question pour vous est la suivante: que pensez-vous des témoignages que nous avons entendus au sujet du modèle d'OGEE utilisé pour accéder à l'expertise privée... L'intention stratégique initiale du gouvernement Harper? Dans quelle mesure est‑il conforme à cette intention, et a‑t‑il apporté une certaine valeur à cet égard? Si vous le voulez, vous pouvez nous en dire plus à ce sujet.
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Merci, monsieur le président.
Messieurs, je suis obligé de vous dire que vos déclarations liminaires sont très préoccupantes. Par-delà le fait que, ici, nous mettons souvent le gouvernement dans l'embarras, je pense qu'il faut passer à autre chose et qu'il faut être responsable vis-à-vis une situation qui m'apparaît dangereuse en raison de trois éléments.
Dans les déclarations que vous avez faites, je vois une perte de reddition de comptes considérable pour le gouvernement, qui va devenir responsable de la gestion des déchets nucléaires. Je vois aussi une perte de souveraineté, même si on indiquait, du côté de mes collègues, que les secrets entourant les petits réacteurs modulaires sont peut-être déjà connus. Il y a quand même un aspect préoccupant, à savoir qu'il y a une fuite sur l'expertise qu'on aurait sur le plan nucléaire. Je vois surtout une perte d'autonomie, à l'avenir, si on n'a plus la capacité de gérer nos déchets nucléaires et d'intervenir au sujet de différentes variables qui touchent les réacteurs modulaires. On n'est pas très avancé.
Je vous demanderais donc d'indiquer au Comité ce que le gouvernement devrait faire à très court terme en lien avec cela. Un rapport sera rédigé. Aucun d'entre nous n'est un spécialiste du secteur nucléaire. Nous sommes tous des néophytes, je crois. Que devrait faire le Comité à très court terme pour résorber cette situation?
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C'est une université fantastique et le réacteur représente un atout formidable pour l'université.
La question que vous soulevez concerne bien sûr les actifs en matière de souveraineté stratégique. Nous savons ce qui se passe lorsque nous sommes confrontés à des pénuries d'isotopes. Je ne suis pas intrinsèquement contre le contrat qui a été attribué. Le problème, c'est la transparence et la reddition de comptes dans le cadre de ce contrat et la question de savoir s'il nous apporte exactement les réponses que vous cherchez.
Nous devons également réfléchir au scénario contraire si nous perdons certaines capacités dans le secteur nucléaire. Pensez à ce qui s'est passé en Allemagne lorsqu'elle a volontairement décidé de sortir du secteur nucléaire et à l'incidence que cette décision a eue sur le coût de la vie, la productivité, l'innovation et la prospérité dans le pays, ainsi qu'aux regrets qui subsistent aujourd'hui.
Nous devons très clairement faire savoir que, que ce soit de façon délibérée ou par inadvertance, nous risquons de renoncer à des capacités essentielles en matière de souveraineté auxquelles nous regretterons d'avoir renoncé dans quelques années et qu'il sera très difficile, voire impossible, de récupérer.
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Merci, monsieur le président.
J'ai personnellement travaillé pour une grande multinationale américaine. Je suis Canadien et je travaillais avec des Canadiens. Nous faisions affaire au Canada et mes collègues avaient tous des passeports canadiens. Ils étaient très nationalistes canadiens. Dans le cas qui nous concerne, si vous aviez écouté le témoignage d'Énergie atomique du Canada Limitée lors de la dernière réunion, vous sauriez que la grande majorité des gens qui travaillent au sein du consortium sont des Canadiens.
On a discuté tout à l'heure du fait qu'il y a une série de dispositions au sujet de la propriété intellectuelle. Vous avez dit qu'il faudrait peut-être faire un audit pour vérifier que c'est bien respecté. Au départ, je suis convaincu que les Canadiens qui travaillent dans ce consortium vont se comporter comme des Canadiens. Vous semblez inférer que, parce qu'on travaille pour une entreprise dont le siège social est aux États-Unis — alors qu'on travaille dans une entreprise constituée au Canada et qu'on est canadien —, on ne respecte peut-être pas les règles et on envoie tout aux États‑Unis. C'est ce que je ne comprends pas. Je pense que vous connaissez très bien les structures multinationales en raison du travail professoral que vous faites. Qu'est-ce qui fait que vous craignez que les Canadiens dans des entreprises constituées au Canada passent leur temps à envoyer du matériel ou puissent envoyer du matériel aux États‑Unis, au siège social, qui se retrouverait...
En passant, on parle de gestion des déchets et de déclassement. On ne parle pas de football nucléaire, on ne parle pas de guerre nucléaire. On parle d'application civile. Alors, j'aimerais comprendre où vous pensez que sont les failles, les problèmes qui devraient m'inquiéter encore plus.
De plus, soyons précis sur ce qu'on recherche dans un audit. Concernant le modèle de l'organisme gouvernemental exploité par un entrepreneur, ou OGEE — j'aimerais aussi entendre votre opinion là-dessus —, c'est souvent plus facile de faire des modifications à la suite de ce qu'on apprend que d'essayer de revenir en arrière et de créer une société d'État, de retourner à des sociétés d'État. J'aimerais entendre mes amis conservateurs dire qu'on devrait retourner à des sociétés d'État, alors que c'est justement le gouvernement Harper qui a mis en place le modèle des OGEE, et qu'on essaie de réduire les coûts pour les Canadiens.
Pouvez-vous répondre à ça, monsieur Leuprecht?
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Merci, monsieur le président et mesdames et messieurs les membres du Comité, de me recevoir en tant que témoin. C'est une audience parlementaire très importante, possiblement la plus importante à laquelle le Canada soit confronté actuellement, concernant Chalk River et son passage sous gestion américaine.
Quand je dis « Chalk River », je veux dire LNC. Les deux sont interchangeables. Chalk River est au cœur de l'histoire nucléaire du Canada. C'est là que nous sommes devenus une nation nucléaire de premier plan. Toutes les recherches fondamentales qui nous ont permis de nous démarquer ont été menées à Chalk River: le cobalt 60, le radioisotope utilisé contre le cancer, et le molybdène 99. Bien entendu, il y a le réacteur CANDU qui, je pense, est sans exagération l'invention la plus importante de l'histoire du Canada. Elle alimente cette salle en électricité en ce moment même.
Beaucoup de gens ne savent pas que lorsque toutes ces merveilleuses recherches ont été réalisées aux débuts de Chalk River, les Américains — nos anciens amis et alliés — nous ont dit de tendre les mains pour nous passer les menottes. Nous l'avons fait et ils nous ont menottés. De quoi est‑ce que je parle? Ils ne voulaient pas que nous enrichissions l'uranium à l'époque, ni à aucun moment par la suite. Ils ont dit que si nous voulions utiliser de l'uranium enrichi, qui est une matière fondamentale dans la recherche nucléaire, ils nous en fourniraient, mais il n'y a pas eu d'uranium enrichi pour le Canada. Nous ne pouvions pas le faire sur notre propre territoire, et nous avons accepté.
Pourquoi avons-nous accepté cela? Nous l'avons fait pour rester en bons termes, comme l'a déclaré le dans le discours qu'il a prononcé à Davos la semaine dernière. Les Américains ne voulaient pas que nous enrichissions de l'uranium, pour des raisons liées à la prolifération. Je trouve cet argument bidon. C'était un écran de fumée à des fins commerciales. Ils ne voulaient pas que nous rivalisions avec eux dans le marché des réacteurs nucléaires en plein essor, alors nous avons accepté. Ils craignaient que nous soyons un concurrent de taille, et ils avaient raison. Comme le CANDU l'a prouvé, nous pouvions les surpasser si les règles du jeu étaient équitables, mais elles ne l'étaient pas. Nous n'étions pas autorisés à enrichir notre propre uranium, mais nous avons quand même gagné la partie, jusqu'à ce que le pays qui nous avait interdit d'enrichir l'uranium sous prétexte qu'il nous en fournirait cesse de nous approvisionner en uranium enrichi. C'était en 2016, sous l'administration de Barack Obama. Le Canada et Chalk River, à ce moment‑là, ont cessé de mener des recherches nucléaires importantes. Nous avons accepté pour rester en bons termes, comme Mark Carney l'a dit, mais cela s'est retourné contre nous car, comme je l'ai dit, on a fini par nous couper l'accès.
Mais qui dirigeait Chalk River pendant cette période d'innovations extraordinaires qui nous ont apporté les radioisotopes et le réacteur CANDU? C'était une petite société d'État fédérale appelée Énergie atomique du Canada limitée. Elle relevait du Conseil national de recherches. Son président, Fred Dermarkar, a comparu devant ce comité à la fin de l'année dernière. Dans ses remarques au Comité, Fred Dermarkar a insisté sur le fait — et je suis d'accord avec lui — que le Canada est un « pays nucléaire de premier niveau ». Nous sommes un pays nucléaire de premier niveau.
Je vous poserais la question suivante: Si nous sommes un pays nucléaire de premier niveau, pourquoi avons-nous besoin qu'un autre pays gère notre laboratoire nucléaire phare?
Nous avons d'importants travaux de recherche nucléaire à mener qui nécessitent de l'uranium enrichi, et ce, parce que nous sommes confrontés à un problème géopolitique majeur dans notre Arctique. Essentiellement, nous ne pouvons pas défendre notre Arctique. Ce n'était pas un problème majeur sous l'ancien ordre international fondé sur des règles, mais cet ordre a disparu. Les États‑Unis, qui en étaient l'instigateur, ont rompu cet ordre mondial.
Pour protéger notre Arctique, le Canada a besoin d'appareils à propulsion nucléaire. Nous n'en avons pas à l'heure actuelle. Il faudrait en concevoir, et nous le ferions à Chalk River. Nous cédons aux Américains le contrôle de l'installation dont nous aurions besoin pour mener des recherches fondamentales afin de protéger notre Arctique. Nous remettons les clés de notre royaume nucléaire aux représentants de ce pays. Ce n'est pas Alice au pays des merveilles. C'est la réalité. Nous confions le contrôle de notre royaume nucléaire aux représentants de ce pays. Nous allons essentiellement les payer avec des fonds publics pour qu'ils gardent un œil sur nous.
Les dirigeants américains responsables à NLPC, l'entreprise qui assurera la gestion, ont tous obtenu une habilitation de sécurité aux États‑Unis. Ils disposent tous d'une habilitation de haut niveau. Ils sont essentiellement des membres de la communauté du renseignement américaine. Ils travaillent pour une personne avec laquelle le Canada, le Royaume‑Uni, l'Australie et la Nouvelle‑Zélande ne veulent pas échanger des renseignements parce que c'est un pantin pro-Poutine. Cette personne travaille pour un président qui est lui-même un pantin pro-Poutine, si vous avez suivi les terribles nouvelles provenant de l'Ukraine au cours de la dernière année.
Mesdames et messieurs les membres du Comité, lorsque nous avons mené nos recherches nucléaires avec les mains liées pendant ces huit décennies, qu'avons-nous obtenu en retour? Nous avons obtenu « le 51e État », « le gouverneur Trudeau », « le gouverneur Carney », et nous avons obtenu une guerre commerciale menée par cet homme qui est furieux parce que les Canadiens ne voulaient pas séjourner dans son hôtel minable à Vancouver.
Nous ne devrions pas confier le contrôle de notre installation nucléaire phare, notre royaume nucléaire, à des représentants de ce pays.
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Merci, monsieur le président et mesdames et messieurs les membres du Comité.
[Français]
Je m'appelle Eric McGoey. Je suis le vice-président aux Affaires générales des Laboratoires nucléaires canadiens.
Je suis né dans le Nord-Ouest de l'Ontario et j'y ai grandi. Je compte plus de 20 années d'expérience à l'intersection des gouvernements, de l'énergie et des collectivités. J'ai passé plus de 10 ans au sein de la fonction publique et une autre décennie dans le secteur de l'énergie, notamment à Ontario Power Generation et au ministère de l'Énergie et des Mines de l'Ontario.
Ces dernières années, mon travail s'est concentré sur la mobilisation des peuples autochtones et du public à l'égard de projets d'énergie propre, notamment sur le soutien à de nouveaux projets nucléaires et à des ententes de relations avec des communautés autochtones, ainsi que sur la collaboration intergouvernementale pour le développement des petits réacteurs modulaires en Ontario, en Saskatchewan, en Alberta et au Nouveau‑Brunswick.
[Traduction]
En tant que vice-président des Affaires publiques, je suis responsable des communications et des relations avec les employés, les communautés d'accueil, les intervenants et les élus, et je soutiens la transparence dans le cadre établi par Énergie atomique du Canada limitée et le gouvernement du Canada.
Permettez-moi de vous expliquer la relation entre LNC et Énergie atomique du Canada limitée.
LNC exploite les laboratoires nucléaires du Canada pour le compte d'Énergie atomique du Canada limitée dans le cadre d'un contrat détenu par un organisme gouvernemental et exploité par un entrepreneur, qu'on appelle souvent OGEE. EACL est propriétaire des sites, des actifs, des passifs et de la propriété intellectuelle. Elle établit également le mandat de LNC et doit rendre des comptes au gouvernement du Canada et au Parlement.
Le rôle de LNC consiste à s'acquitter de ce mandat de manière sécuritaire et efficace en toute conformité avec les lois canadiennes, les organismes de réglementation canadiens et les exigences d'EACL.
Les trois priorités chez Laboratoires Nucléaires Canadiens sont les suivantes: restaurer et protéger l'environnement, promouvoir l'énergie propre pour aujourd'hui et demain et contribuer à la santé des Canadiens.
Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
Il est intéressant que M. Aplin ait déclaré qu'il n'avait aucun problème à utiliser indifféremment les termes « Chalk River » et « Laboratoires Nucléaires Canadiens ». C'est un aspect pertinent en ce qui concerne l'avenir de l'organisation. Si nous nous projetons dans 20 ans, il est très probable que le seul site qui continuera d'être exploité par les Laboratoires Nucléaires Canadiens sera celui de Chalk River. L'organisation a une mission scientifique et technologique qui se poursuivra pendant de nombreuses décennies.
Comme l'a dit M. Hendrickson dans son exposé, ailleurs, la mission consiste à procéder au déclassement des sites et à la gestion des déchets. Autrement dit, nous avons des déchets hérités du développement du secteur nucléaire canadien — dont nous sommes tous fiers à juste titre — et nous devons nettoyer ces réacteurs de démonstration. Il existe des réacteurs de démonstration de projets nucléaires au nord de Chalk River. Il y a le réacteur de prototypes de Douglas Point, dans le comté de Bruce, le réacteur Gentilly‑1, près de Bécancour, ainsi que Whiteshell, près de Pinawa, au Manitoba. Tous ces réacteurs doivent être déclassés en toute sécurité afin de libérer les terrains pour une utilisation ultérieure. Dans le cas de Gentilly‑1, le site appartient à Hydro-Québec. Nous devons restaurer le terrain et le redonner à Hydro-Québec afin qu'elle puisse l'utiliser pour ses priorités.
Nous aurons différentes utilisations potentielles sur les différents sites, et ces utilisations seront fonction de notre engagement auprès des nations autochtones, des collectivités locales et des parties prenantes. Les sites seront possiblement réaffectés aux fins de développement économique, de tourisme, de loisirs ou deviendront de nouveaux sites industriels désaffectés. Tout dépendra de ce à quoi nous souscrirons dans le cadre de ces partenariats, en reconnaissant bien sûr qu'Énergie atomique du Canada limitée reste propriétaire du terrain.
Si vous regardez où va l'argent, vous constaterez que la majeure partie des fonds reçus d'Énergie atomique du Canada limitée sert à régler ces problèmes environnementaux hérités du passé. Le reste de nos activités concerne la mission scientifique et technologique.
Pour les Laboratoires Nucléaires Canadiens, chaque fois que le gouvernement du Canada a des questions concernant tout ce qui touche au nucléaire ou à la radioactivité, nous faisons ce travail pour vous. Si la Commission canadienne de sûreté nucléaire souhaite connaître les nouvelles limites et examiner l'incidence de la radiation sur la santé humaine, nous effectuons ce travail pour le compte du gouvernement du Canada. Si besoin est d'étudier la possibilité d'utiliser la thérapie alpha ciblée et la médecine radiologique, nous effectuons ce travail. De plus, nous effectuons de nombreux travaux commerciaux pour soutenir le parc de réacteurs CANDU existant afin d'assurer le maintien de la production d'électricité exempte d'émissions à l'échelle du pays.
En ce qui concerne le contrat en tant que tel, il y a beaucoup de questions auxquelles les dirigeants d'Énergie atomique du Canada limitée seraient mieux à même de répondre — et c'est d'ailleurs ce qu'ils ont fait. Cependant, l'un des critères vraiment importants dans l'évaluation de nos soumissions, ou de la soumission sur laquelle j'ai travaillé, était qu'ils voulaient une expérience canadienne dans des domaines clés. Ils voulaient une expertise en matière de gestion des déchets issus de déclassements, en matière de science et technologie, de santé et sécurité, etc. Ils voulaient également une expérience avec le modèle d'organisme gouvernemental exploité par un entrepreneur, ou OGEE.
Je pense qu'il est très important de se rappeler qu'il n'y a qu'un seul contrat de ce type au Canada, et c'est celui‑là. Étant donné que les titulaires qui détenaient le contrat depuis 10 ans ne se sont pas représentés en tant que consortium pour soumissionner à nouveau, si vous voulez une expérience d'OGEE, vous devrez chercher à l'extérieur du Canada.
La façon dont le contrat a été rédigé garantissait que nous allions avoir des personnes provenant de l'extérieur du Canada qui étaient des experts en la matière et qui pouvaient apporter cette expertise d'OGEE, tandis que d'autres membres de l'équipe, comme moi-même, apporteraient l'expérience canadienne. Je précise que même si certains membres de l'équipe sont de nationalité américaine, ils ont une très solide expérience canadienne. Notre directeur de l'exploitation, Len Clewett, a travaillé chez Bruce Power pendant de nombreuses années avant de devenir directeur du nucléaire chez SaskPower. Il possède une solide expérience canadienne. Notre vice-présidente à la construction a travaillé aux laboratoires de Chalk River au début de sa carrière.
Je rejette l'idée selon laquelle le fait d'être américain est incompatible avec celui d'être loyal envers les Laboratoires Nucléaires Canadiens. Je rejette également l'idée selon laquelle le fait d'être citoyen américain empêche d'avoir une expérience canadienne. Je sais que ce n'est pas vrai.
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Il semble que ça fonctionne maintenant.
Tout à l'heure, je disais qu'on était peut-être loin de la théorie du complot parce que, si on m'avait dit il y a deux ou trois ans que nos relations avec les Américains allaient ressembler à ce qu'elles sont présentement, je n'y aurais pas cru.
Dans ce contexte, j'ai bien compris ce que vous avez dit dans votre présentation liminaire, monsieur Aplin. Je pense en particulier au parallèle que vous avez fait avec l'enrichissement de l'uranium, si je ne me trompe pas, qui nous a été interdit par les Américains.
Je conçois donc aisément que, dans un avenir rapproché, le fait qu'une entreprise américaine contrôle une partie importante de nos capacités nucléaires pourrait avoir des effets sur le développement de nouvelles avenues de recherche comme la gestion de déchets. J'aimerais entendre votre point de vue là-dessus.
Selon vous, dans une situation où une entreprise étrangère est maître d'œuvre de tout ce qu'il y a dans le contrat — on ne sait pas ce qu'il y a dans le contrat, on ne l'a pas vu —, quels pourraient être les effets et les conséquences à l'avenir? Cela risque-t-il de freiner considérablement la recherche? Cela risque-t-il de poser des problèmes de sécurité en matière de gestion des déchets?
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Je ne sais pas s'il y a des clauses de non-concurrence, mais il y a certainement des clauses strictes en matière de conflits d'intérêts.
Par exemple, comme j'ai été recruté par Kinectrics pour participer à leur soumission, je ne peux être cadre aux Laboratoires Nucléaires Canadiens qu'en tant qu'employé détaché de Kinectrics. Bien sûr, Kinectrics est en concurrence avec les Laboratoires Nucléaires Canadiens pour certains travaux commerciaux — par exemple, dans le domaine des tubes de pression — et il m'est par conséquent expressément interdit de participer à quelque niveau que ce soit à tout marché lié à ces domaines. Je ne suis pas autorisé à consulter la portée des travaux des autres entreprises qui soumettent des offres dans le cadre du processus d'appel d'offres. Je ne suis pas autorisé à participer à la conception des offres ni autorisé à évaluer ou à prendre connaissance des offres. Sur le plan de l'éthique, il existe des murs très épais qui m'empêchent d'intervenir de quelque manière que ce soit.
En fait, on s'attend à ce que, en plus de ces rigoureuses règles en matière d'éthique du côté de Laboratoires Nucléaires Canadiens... Dans le cadre de mes relations hiérarchiques avec Kinectrics, j'ai un vice-président qui approuve mes feuilles de temps ainsi qu'un soutien administratif qui m'aide avec mes frais de déplacement, etc., mais je suis entièrement détaché auprès des Laboratoires Nucléaires Canadiens. Je n'ai travaillé sur aucun dossier de Kinectrics depuis la date d'attribution du contrat, soit depuis le 11 décembre.
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Merci, monsieur le président.
Merci à nos témoins.
Comme les conversations précédentes sur ce sujet, celle‑ci a ratissé très large. Je voudrais revenir en arrière et dire que, à mon avis, nous en sommes arrivés à trois questions auxquelles le Comité, le gouvernement et les Canadiens doivent s'attaquer.
La première concerne la surveillance. Il s'agit d'un conseil indépendant. Il est conçu pour être autonome. Il relève de la vérificatrice générale. Cela ne signifie pas que le gouvernement n'a pas de rôle à jouer. La question est de savoir quelle est la nature de ce rôle. C'est la première question. En tant que parlementaires, nous avons certainement un rôle à jouer.
La deuxième question concerne le modèle. Les questions précédentes sur la surveillance mènent à la question du modèle. Le modèle d'organisme gouvernemental exploité par un entrepreneur, ou OGEE, est‑il le bon? Devrions-nous explorer le modèle des sociétés d'État? Je comprends la logique politique qui a incité le gouvernement Harper a créer un modèle d'OGEE à cette fin. Il me semble que ce modèle a été conçu pour attirer le type d'expertise qui nous préoccupe un peu actuellement. Cela ne semble pas farfelu dans le contexte actuel.
Cela m'amène à ma troisième question, qui concerne nos relations avec les États-Unis, le confort ou l'inconfort que nous ressentons concernant l'intégration de nos systèmes nucléaires, le besoin que nous avons à l'égard de la technologie américaine et le confort ou l'inconfort que nous avons concernant les dispositions et les accords que nous avons conclus avec eux par le passé.
Les trois questions portent sur la surveillance, le modèle et nos relations avec les États-Unis. Fondamentalement, j'espère que nous pourrons prendre tout ce qui nous a été donné et y ajouter un cadre.
Cela étant dit, j'aimerais en savoir un peu plus sur le modèle. Cette question s'adresse à vous, monsieur McGoey. Les témoins précédents ont formulé des observations contradictoires au sujet de la propriété intellectuelle. Qui contrôle la propriété intellectuelle, comment est-elle établie et comment est-elle gérée par Énergie atomique du Canada limitée, les Laboratoires Nucléaires Canadiens et les fournisseurs qui ont remporté le contrat?
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Vous avez parlé de propriété intellectuelle, et je vais certainement aborder ce sujet. En bref, Énergie atomique du Canada limitée est propriétaire de la propriété intellectuelle. Elle a concédé à SNC‑Lavalin une licence de propriété intellectuelle pour la technologie CANDU, et SNC‑Lavalin en est toujours titulaire, mais la PI appartient toujours à EACL. La société Laboratoires nucléaires canadiens continue de soutenir la propriété intellectuelle CANDU, ainsi que la propriété intellectuelle connexe élaborée par EACL, comme le réacteur SLOWPOKE dont nous avons parlé tout à l'heure, c'est‑à‑dire la technologie qui se trouve dans la circonscription de , ainsi que ce que nous appelons la « technologie des batteries nucléaires ».
Avec votre permission, monsieur le président, j'aimerais simplement corriger le compte rendu, car certains témoins qui se sont exprimés plus tôt ont fait des déclarations qui, à mon avis, sont tout simplement fausses, et il n'est pas constructif de les laisser passer sans réagir. Par exemple, il a été dit plus tôt qu'aucun contenu canadien n'existe, qu'il appartient à l'entrepreneur d'établir les priorités, que ces entreprises n'ont aucune expérience canadienne et qu'il s'agit uniquement d'entreprises américaines. Rien de tout cela n'est vrai.
Je vais passer ces énoncés en revue un par un.
En ce qui concerne l'expérience canadienne, Amentum, l'un des trois actionnaires de NLPC, a fait l'acquisition de Jacobs Engineering, qui était l'une des trois sociétés membres du dernier consortium. Grâce à l'achat de Jacobs Engineering, ils ont acquis 10 années d'expérience canadienne de travail avec LNC, dans le cadre de la mise en œuvre du modèle OGEE.
Kinectrics, l'entreprise qui m'a embauché pour l'aider à mettre au point sa soumission, est un produit de la division de la recherche d'Hydro Ontario qui a été constitué en 1999 et exerce ses activités depuis ce temps dans la région du Grand Toronto. C'est là que se trouve son siège social. Elle compte près de 1 200 employés au Canada qui assurent le soutien du parc de réacteurs CANDU et le transport d'électricité à haute tension. En fait, l'entreprise soutient les réacteurs CANDU du monde entier, depuis sa base opérationnelle au Canada.
Lorsque j'ai été recruté pour ce contrat, j'ai signé un contrat avec une entreprise canadienne en vue d'effectuer un travail passionnant dans les laboratoires nucléaires nationaux du Canada, et oui, les événements nous ont dépassés à bien des égards depuis cette époque, c'est‑à‑dire il y a environ un an et demi, lorsque j'ai commencé...
Je reviens à ce que vous venez de dire, monsieur McGoey. Vous avez parlé de certaines affirmations fallacieuses de mes collègues. Je vous invite, si c'est possible, à nous répondre par écrit. Vous l'avez fait oralement, mais c'est assez difficile pour nous de nous faire une idée. Si vous pouviez reprendre ces questions et y répondre comme vous l'avez fait, mais par écrit, et envoyer les réponses au Comité, ce pourrait être une bonne chose pour la rédaction de notre rapport.
Je veux vous emmener ailleurs pour enrichir mes connaissances personnelles. Dans le cadre de ce comité, si je me souviens bien, nous avons fait une étude pour laquelle nous avons reçu des documents d'Électricité Canada qui nous montraient les différents coûts de production par mégawatts. Il y était question d'électricité produite à partir d'énergie éolienne, hydraulique, solaire et nucléaire, et il y avait un coût disproportionné. Il n'y a pas longtemps, j'ai pris connaissance d'un article qui présentait le déploiement et le développement rapide, par les Chinois, de nouvelles technologies de batteries associées à l'énergie éolienne et solaire.
Ainsi, ne sommes-nous pas portés à voir un déclin de l'énergie nucléaire dans une quinzaine ou une vingtaine d'années, parce que le coût de l'énergie nucléaire est très élevé?
J'aimerais vous entendre en parler tous les deux.
[Français]
Je suis désolé, je vais répondre en anglais, car je manque de vocabulaire technique en français.
[Traduction]
Ces concepts sont très techniques. M. Aplin avait tout à fait raison lorsqu'il a fait la distinction entre les énergies sur le plan de l'alimentation de base. Il faut avoir accès à une énergie de base stable et fiable. L'hydroélectricité est parfaite pour l'énergie de base, tout comme l'énergie nucléaire. Ensuite, il y a les sources d'énergie utilisées pendant les périodes de pointe, et lorsque l'énergie est intermittente, elle doit être soutenue par ces sources d'énergie.
Voilà pourquoi, pendant que l'Ontario développait les énergies renouvelables telles que l'énergie solaire et éolienne, la province construisait également toute une série de nouvelles centrales au gaz. En effet, si une batterie peut fournir suffisamment d'énergie pour maintenir l'alimentation électrique lorsqu'un nuage s'immisce entre le soleil et votre panneau solaire, elle ne peut pas fournir d'énergie pendant la nuit, lorsque le soleil ne brille pas. Il est donc nécessaire d'exploiter des centrales d'alimentation de pointe.
Cela nous ramène à la question de la transparence dans l'attribution de ce contrat. Nous n'avons pas vu le contrat lui-même. Le ministre n'a pas comparu devant nous. Nous savons que des experts en matière de sécurité ont tiré la sonnette d'alarme à ce sujet, en affirmant que cette situation était néfaste pour le Canada et pour notre souveraineté.
Ensuite, des témoins comparaissent devant nous et affirment n'avoir aucun lien avec les membres du Parti libéral fédéral, mais nous découvrons grâce à leur profil LinkedIn qu'ils ont déjà participé bénévolement à certaines de leurs campagnes électorales dans le passé. Nous avons mentionné en plaisantant qu'une fois les caméras éteintes, nous irions prendre un verre pour approfondir la discussion. Lorsque nous déclarons qu'il serait bon d'avoir une conversation autour d'une bière une fois les caméras éteintes, cela accentue les problèmes de transparence que nous percevons.
C'est peut-être ainsi que fonctionnent les libéraux au Canada, mais je peux vous dire que les Canadiens en ont assez. Ils en ont assez que les gens disent quelque chose, mais que leurs actions ne cadrent pas avec leurs paroles. Nous en voyons un excellent exemple lorsque nos laboratoires nucléaires canadiens sont vendus à un groupe entièrement américain qui a des liens avec notre . C'est scandaleux, et nous devons étudier la question plus à fond. Je suis très impatient de lire ce rapport et les recommandations sur la manière dont nous devrions déchirer cet accord et repartir à zéro.
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Merci, monsieur le président.
Comme nous tous, j'ai fait de mon mieux pour suivre le fil des théories du complot qui ont été avancées ici, cet après-midi. Je ne suis pas sûr de pouvoir suivre ce fil. Je suppose qu'il faut être connecté à ces réseaux pour comprendre ce dont ils parlent.
M. Aplin fait valoir des arguments très pertinents au sujet de l'administration américaine actuelle, de l'absence d'État de droit et du manque de responsabilisation aux États‑Unis sous la présidence actuelle. Cet échange a été fascinant, car les derniers sondages montrent que 49 % des conservateurs soutiennent la Maison-Blanche de Trump, 7 % des conservateurs ne s'opposeraient pas à l'annexion américaine du territoire canadien, et que les États‑Unis exercent une forte influence sur le mouvement du « convoi pour la liberté » et le mouvement « Maple MAGA » du . La journée a été très intéressante.
Monsieur McGoey, je m'adresse de nouveau à vous, et je vous laisse le mot de la fin. Y a‑t‑il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter pour rétablir les faits concernant votre travail, les avantages qu'il apporte aux Canadiens et l'intégrité globale de votre organisation?
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Je vous remercie, monsieur Danko.
Par l'intermédiaire du président, je tiens à m'excuser pour ma désinvolture de tout à l'heure, lorsque j'ai mentionné l'idée d'aller prendre un verre et de discuter des relations entre le Canada et les États‑Unis. Cet enjeu est très sérieux. Il nous touche tous de différentes manières. L'un de mes meilleurs amis de l'école secondaire vit à Minneapolis. Au cours des dernières semaines, nous avons discuté régulièrement, et ce qui se passe là‑bas est absolument horrible. Je ne veux pas laisser entendre que ce sujet n'est pas sérieux. Il mérite certainement l'attention et les efforts de votre comité, et je regrette d'avoir été désinvolte à cet égard.
En ce qui concerne le travail que nous effectuons aux Laboratoires nucléaires canadiens, nous prenons très au sérieux notre mandat qui consiste à répondre aux attentes des Canadiens. L'un des aspects les plus intéressants des LNC, selon moi, est qu'il importe peu que vous souteniez l'industrie nucléaire ou que vous croyiez en l'avenir de l'énergie nucléaire, à une époque où les énergies renouvelables deviennent moins coûteuses et le stockage par batterie s'améliore, car quoi qu'il arrive au laboratoire national, s'il venait à fermer demain, il faudrait un siècle de travaux d'assainissement environnemental et de démantèlement pour remettre ce terrain dans l'état auquel les Canadiens s'attendent.
Quand je réfléchis à ce qui me rend le plus fier de travailler dans les LNC, je pense aux projets de démantèlement et de gestion des déchets comme ceux que nous avons réalisés à Port Hope et à Port Granby. Si vous vous rendez dans cette installation près de Darlington, dans la région de Durham... Cette ville était extrêmement contaminée, non seulement à cause du raffinage de l'uranium qui y a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, même si cela a joué un rôle important, mais aussi à cause des sites industriels qui ont été laissés dans un état déplorable. Le gouvernement du Canada a conclu un accord avec la municipalité visant à nettoyer ces sites hautement pollués, et EACL a délégué ce travail aux Laboratoires nucléaires canadiens. Nous avons passé des années à nettoyer méthodiquement ces sites industriels très pollués, ces sites contaminés par la radioactivité, et nous en sommes maintenant au stade où l'accès au bord de l'eau a été rendu à cette collectivité. Nous avons dragué le port, et nous avons construit de nouveaux parcs sur d'anciens sites industriels.
C'est le genre de travail accompli en notre nom par les Laboratoires nucléaires canadiens dont nous, les Canadiens, pouvons être fiers, un travail auquel s'ajoutent des recherches scientifiques et technologiques passionnantes et des projets tels que la thérapie alpha ciblée et la prochaine génération de réacteurs nucléaires.