:
Bonjour à tous. La séance est ouverte.
Nos amis des médias sont les bienvenus, mais nous leur demanderons de bien vouloir éteindre leurs caméras.
Nous accueillons de nouveau aujourd'hui notre directrice parlementaire du budget.
Avant de commencer, chers collègues, je voudrais rappeler qu'il a été convenu entre les différents partis d'adopter, par consentement unanime, la motion déposée par Mme Sudds le 10 juin concernant la motion M‑16. Est‑ce que tout le monde souscrit à cette proposition?
(La motion est adoptée. [Voir le procès-verbal])
Le président: C'est merveilleux.
Nous allons maintenant procéder à l'examen des deux budgets, car l'affluence sera plus importante au cours de la deuxième heure. Nous avons deux budgets à approuver. Le premier concerne l'étude d'aujourd'hui, et le second vise la prolongation de l'examen exhaustif des dépenses.
Est‑ce qu'il y a consentement unanime pour ces deux budgets?
Des députés: D'accord.
Le président: Merci beaucoup. C'est formidable.
Madame Ryan, bienvenue de nouveau au Comité. Vous avez la parole pendant cinq minutes. Je vous en prie.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui, et je remercie le Comité de m'avoir invitée à discuter des récents rapports de mon bureau. Le premier rapport porte sur le Budget supplémentaire des dépenses (A) 2026‑2027, et le second concerne nos perspectives économiques et financières. Ils ont tous les deux été publiés en juin 2026.
[Français]
Je suis accompagnée aujourd'hui de Mark Mahabir, directeur général de l'analyse budgétaire et des coûts et avocat général, ainsi que de Govindadeva Bernier, directeur de l'analyse budgétaire, qui ont tous les deux dirigé les travaux liés à notre rapport sur le Budget supplémentaire des dépenses (A) 2026‑2027, publié le 9 juin 2026.
Je suis aussi accompagnée de Kristina Grinshpoon, directrice de l'analyse financière, et de Caroline Nicol, conseillère-analyste, qui ont respectivement participé à la supervision et à la rédaction de notre rapport sur les perspectives économiques et financières, publié le 4 juin 2026.
[Traduction]
Permettez-moi tout d'abord de commencer par le budget des dépenses.
Le budget supplémentaire des dépenses (A) prévoit 3,6 milliards de dollars pour 16 mesures annoncées dans le budget de 2025. En combinant ce montant aux 14,7 milliards de dollars demandés dans le cadre du budget principal des dépenses, nous estimons qu'environ 90 % des dépenses du budget de 2025 prévues pour cet exercice financier sont désormais prises en compte dans le budget des dépenses.
Le budget supplémentaire des dépenses (A) comprend également 358 millions de dollars pour six mesures annoncées dans la mise à jour économique du printemps du 28 avril. Ce montant représente 4 % des nouvelles dépenses annoncées dans cette même mise à jour économique du printemps pour l'exercice financier en cours.
[Français]
J'aimerais maintenant souligner quelques éléments de notre rapport sur les perspectives économiques et financières.
[Traduction]
Les Perspectives économiques et financières ont été publiées le 4 juin 2026 et ont été préparées à partir des renseignements disponibles le 8 mai, à la suite de la mise à jour économique du printemps du 28 avril de la même année.
[Français]
Comme les membres du Comité le savent, les prévisions économiques reposent sur l'information disponible à un moment donné. Notre rapport a été préparé à partir de l'information disponible en date du 8 mai 2026. Ainsi, il ne tenait pas compte des comptes nationaux publiés par Statistique Canada le 29 mai dernier.
[Traduction]
Le 29 mai, Statistique Canada a revu à la hausse la croissance annuelle du PIB réel en 2025, qui est passée de 1,7 à 1,9 % pour l'ensemble de l'année. Dans cette publication, Statistique Canada a également rapporté que le PIB réel a reculé à un taux annualisé de 1 % au quatrième trimestre de 2025 et de 0,1 % supplémentaire au premier trimestre de 2026.
Ces révisions du PIB n'ont pas modifié de façon notable les prévisions présentées dans nos perspectives économiques et financières du 4 juin, lesquelles anticipaient déjà une croissance économique inférieure au potentiel tout au long de 2026. Ainsi, les parlementaires devraient considérer que nos projections traduisent le maintien d'une croissance inférieure au potentiel pour le reste de 2026, ce qui correspond globalement aux récentes évaluations de la Banque du Canada.
Cela étant dit, à la lumière des renseignements actuellement disponibles, le Bureau du directeur parlementaire du budget n'est pas d'avis que l'économie canadienne se trouve sur une trajectoire nettement négative. Les deux trimestres de croissance négative enregistrés jusqu'au début de 2026 ont plus récemment été suivis par un redressement des données mensuelles relatives au PIB, à l'emploi, au commerce et à l'industrie manufacturière. Il importe de garder à l'esprit que les économistes surveillent les indicateurs associés à la récession, car ils peuvent signaler la nécessité d'apporter des changements majeurs aux politiques économiques.
[Français]
Par exemple, une détérioration des conditions économiques pourrait amener les gouvernements à envisager des mesures de dépenses supplémentaires pour soutenir l'activité économique, des mesures à l'égard desquelles les parlementaires pourraient avoir des points de vue divergents.
[Traduction]
C'est pourquoi le Bureau du directeur parlementaire du budget continuera de surveiller les données économiques à mesure qu'elles deviennent disponibles ainsi que l'évolution de la conjoncture économique. Nous continuerons de tenir les parlementaires au courant de nos évaluations.
[Français]
Je vous remercie.
Nous serons heureux de répondre à vos questions.
Je vous remercie de me donner l'occasion de poser quelques questions aujourd'hui. Si vous n'y voyez pas d'objection, je vais me concentrer sur vos perspectives économiques, publiées récemment.
Il y a un aspect auquel je commence à prêter une attention particulière: les frais de service de la dette. Même dans l'hypothèse de base présentée dans la mise à jour économique de l'automne, nous constatons que d'ici quelques années à peine, les frais de service de la dette frôleront les 80 milliards de dollars. Un autre facteur qui, selon moi, pourrait influer sur les perspectives budgétaires est que 40 à 50 % de la dette du gouvernement fédéral est achetée par des fonds spéculatifs. C'est ce que souligne la Banque du Canada. Ce point a été perçu comme une vulnérabilité croissante.
Qu'arrivera‑t‑il si un événement économique survient à l'étranger alors qu'une grande partie de nos dépenses est consacrée au service de la dette? De plus, nous finançons notre dette avec des instruments à court terme, principalement de deux et trois ans. Si je comprends bien, l'échéance moyenne pour le gouvernement fédéral canadien est d'environ 6,6 ans. Cette année, nous devons emprunter 510 milliards de dollars sur les marchés. L'année prochaine, ce montant s'élèvera à près de 600 milliards de dollars. L'année suivante, dans deux ans, ce sera un autre 550 milliards de dollars. Cela signifie que nous refinançons essentiellement notre dette de manière très fréquente.
Mes questions portent plutôt sur la sensibilité actuelle du cadre budgétaire face aux coûts d'emprunt. Nous avons vu les taux à 5 ans et à 10 ans augmenter. Les coûts d'emprunt grimpent et ne redescendent pas, alors que toutes les projections budgétaires du gouvernement reposent en fait sur l'hypothèse d'une baisse de ces coûts.
Je me demande si c'est un enjeu que vous examinez. Je sais que vous effectuez des analyses de sensibilité. J'aimerais simplement avoir vos commentaires sur la nécessité de surveiller de près l'évolution des coûts du service de la dette.
:
Merci d'être de nouveau ici. C'est un plaisir de vous voir.
Dans votre rapport du Bureau du directeur parlementaire du budget, vous abordez la question du PIB réel. Comme vous le savez pertinemment, lorsqu'on examine la situation financière d'un pays, il est extrêmement important de l'évaluer par rapport à celle de ses pairs, car cela permet de replacer les chiffres dans le contexte approprié de l'environnement macroéconomique mondial.
Pour 2026, vous soulignez à juste titre que le PIB réel devrait progresser de 1,1 %, puis de 1,6 % en 2027. Le Fonds monétaire international prévoit que le Canada ait cette année la deuxième économie la plus performante parmi les pays du G7, après celle des États-Unis. De plus, les prévisions externes de l'OCDE indiquent que le Canada devrait enregistrer la deuxième croissance la plus rapide parmi les pays du G7 cette année et l'année prochaine.
L'analyse du Bureau du directeur parlementaire du budget affiche‑t‑elle une tendance similaire de vigueur relative?
:
Nous reprenons la séance. Merci à tous pour votre patience.
Bienvenue à nouveau, monsieur Cloutier.
Nous allons entendre les déclarations liminaires de M. Cloutier, puis de Mme Laramée.
Chers collègues, comme l'une des personnes témoigne en ligne, je vous prie de bien vouloir préciser à qui s'adresse votre question lorsque vous prenez la parole.
Nous avons 15 minutes. Nous allons écouter les deux déclarations liminaires, puis, lorsque nous aurons retrouvé notre autre témoin, nous l'entendrons après le vote.
Monsieur Cloutier, la parole est à vous pour cinq minutes. Bienvenue à nouveau. Merci d'avoir modifié votre horaire pour nous.
:
Merci, monsieur le président.
Merci, mesdames et messieurs les membres du Comité.
Merci de nous recevoir aujourd'hui et de nous permettre de contribuer à votre étude sur la politique « Achetez canadien ». Je m'appelle Daniel Cloutier et je suis le directeur québécois d'Unifor. Unifor est le plus grand syndicat du secteur privé au Canada. Nous représentons 320 000 membres, dont 55 000 au Québec, dans pratiquement tous les secteurs de l'économie.
Je vais aller droit au but. La guerre commerciale déclenchée par les États‑Unis nous rappelle une vérité dure. Notre économie est devenue trop dépendante d'un seul partenaire et notre capacité industrielle s'est érodée. La bonne nouvelle, c'est que la population canadienne l'a compris. Elle veut que nous achetions ce que nous fabriquons. En lançant sa politique « Achetez canadien », en décembre dernier, le gouvernement a montré qu'il était à l'écoute. C'est un bon départ, mais il faut voir plus grand et aller plus loin.
Laissez-moi vous parler d'un cas qui résume tout l'enjeu: l'usine PACCAR de Sainte‑Thérèse. C'est la dernière usine d'assemblage de camions au Canada. La dernière. On y construit des Peterbilt et des Kenworth depuis des décennies. En janvier 2024, on y produisait 92 camions par jour. Aujourd'hui, on en produit à peine 25. Nous avons subi plusieurs vagues de mises à pied depuis le printemps dernier. Près de 800 emplois ont été perdus. Des centaines de familles ont été frappées en à peine plus d'un an.
Pourquoi? Parce que M. Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur les camions et qu'une partie de la production a été transférée au sud de la frontière. Ces droits de douane sont injustifiables et doivent être retirés.
L'entreprise tente de se réinventer. Elle se retourne vers le marché canadien, vers le camion électrique. Ce sont des efforts louables, mais soyons clairs. Sans carnet de commandes, ces investissements ne ramèneront pas nos membres au travail. Or c'est là que l'État dispose d'un levier direct. Au fédéral, au provincial ou au municipal, nos responsables des parcs publics de camions, nos sociétés d'État et nos corps policiers achètent encore trop souvent des camions fabriqués à l'étranger.
Quand on a la dernière usine de camions au pays et qu'on laisse l'argent public servir à acheter ailleurs, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Voilà pourquoi nos demandes sont concrètes. Je vous les présente par ordre d'importance.
Premièrement — et c'est l'essentiel —, il faut appliquer rétroactivement les exigences de la politique « Achetez canadien » aux marchés stratégiques pour la reconstruction du pays et aux contrats de grande valeur, soit ceux de plus d'un milliard de dollars, qui n'ont pas encore été attribués. Je pense en particulier au contrat de 3 milliards de dollars de VIA Rail pour de nouveaux wagons et de nouvelles locomotives. Une somme de 3 milliards de dollars en fonds publics, c'est exactement le genre de levier qui peut bâtir une chaîne d'approvisionnement, soutenir des milliers d'emplois et ancrer une expertise ici. On ne peut pas se permettre de l'échapper.
Deuxièmement, il faut exclure les fournisseurs américains du traitement préférentiel dans la prochaine politique d'approvisionnement réciproque, et ce, peu importe leur statut de partenaire de libre-échange. La réciprocité, ça va dans les deux sens. La règle « Buy American » ferme la porte à nos entreprises. Pendant ce temps, nos marchés publics restent grand ouverts pour les leurs. Ce déséquilibre, il faut le corriger.
Troisièmement, il faut envisager tous les pouvoirs dont dispose l'État pour décourager la délocalisation. Un avis juridique que nous avons commandé est clair. La Loi sur les mesures extraterritoriales étrangères existe déjà. Elle peut être invoquée rapidement, sans nouvelle loi, pour sanctionner les entreprises qui obéissent aux décrets commerciaux injustes des États‑Unis. On peut l'élargir. On peut alourdir les sanctions. On peut même interdire la réintroduction au Canada de marchandises qui étaient produites ici et qu'on fait maintenant venir des États‑Unis. Le cas de PACCAR montre que ce n'est pas théorique.
Je vais dire un dernier mot sur le réflexe du plus bas soumissionnaire. Le principe est sensé, surtout quand les finances publiques sont serrées, mais le plus bas prix sur la facture, ce n'est pas le vrai coût pour la société. Quand notre empreinte industrielle s'effrite, c'est notre assiette fiscale qui rétrécit avec elle. Ce sont des emplois, des impôts et des communautés qui disparaissent.
Il faut donc une approche plus flexible, une approche qui intègre d'autres critères. Le contenu local, l'empreinte industrielle et notre capacité de fabrication souveraine en sont des exemples. Acheter canadien, ce n'est pas une dépense. C'est un investissement dans notre propre résilience. Nos membres ne demandent pas la charité. Ils demandent une chance de construire ici ce que nous achetons ici.
Je vous remercie pour votre écoute et je suis disponible pour répondre à toutes vos questions.
:
Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, je vous remercie de me recevoir aujourd'hui.
Je suis Charlotte Laramée, présidente-directrice générale d'AluQuébec, la grappe de l'aluminium. On entend souvent parler des producteurs d'aluminium. Aujourd'hui, je viens vous parler du reste de la chaîne de valeur. Je viens vous parler des petites et moyennes entreprises, des PME transformatrices qui approvisionnent le secteur manufacturier, et des équipementiers qui équipent les alumineries en innovation.
Ces PME sont présentes partout au Québec et au Canada. Au Canada seulement, on parle de plus de 1 700 PME transformatrices et de plus de 50 transformateurs qui, ensemble, représentent environ 30 000 emplois. Si nos équipementiers sont en mesure de suivre les alumineries partout dans le monde et sont de grands exportateurs, nos PME transformatrices, quant à elles, sont cantonnées dans une certaine mesure à un marché de proximité, notamment en raison du prix de l'aluminium.
C'est pour ça qu'une politique d'achat local comme « Achetez canadien » ne peut être accueillie que très favorablement. Par contre, le diable est dans les détails et il va falloir tenir compte des besoins sur le terrain pour être sûr de déployer cette politique convenablement. Selon nous, il y a trois grands éléments qu'il faut garder en tête et trois éléments à comprendre. Le premier, c'est la réalité des PME. Le second, c'est la façon dont, encore aujourd'hui, nous rédigeons nos appels d'offres et nos contrats. Le troisième, c'est la façon dont est structurée notre chaîne de valeur de l'aluminium au Canada.
Commençons par la réalité des PME. Pour qu'une politique d'achat local puisse bénéficier aux PME, elle doit être à leur échelle. Ce que nous disent les entreprises, nos PME, c'est que les seuils envisagés dans le cadre de la politique « Achetez canadien » sont peut-être trop élevés. La bouchée est trop grosse. Il faut s'assurer qu'ils sont à leur échelle. De la même façon, souvent, les contrats seront certainement des contrats de rénovation, qui risquent aussi d'être de plus faible valeur et de ne pas s'inscrire dans le cadre de la politique « Achetez canadien ». Donc, nous recommandons d'éviter de chercher à faire de grands projets vitrines, et de faire plutôt des projets à l'échelle de la PME pour qu'elle puisse les saisir. Dans le même ordre d'idées, il s'agirait de diviser en plus petits lots les appels d'offres pour que plusieurs PME puissent venir saisir les occasions d'affaires. Enfin, à partir du moment où les PME se sont qualifiées et figurent dans le catalogue des codes SH comme pouvant être priorisées, il convient de s'assurer que, peu importe la taille du contrat, elles sont bien valorisées et priorisées pour accéder à ces occasions d'affaires.
Le deuxième point concerne la façon dont on rédige encore aujourd'hui les appels d'offres et les contrats. Premièrement, il y a le choix du matériau. Encore trop souvent, dans les appels d'offres, on oriente le choix d'un matériau et, encore trop souvent, l'aluminium n'en fait même pas partie. Nous ne demandons pas à ce que l'aluminium soit utilisé partout. Ce que nous demandons, c'est de pouvoir utiliser le bon matériau, au bon endroit, en laissant aux entrepreneurs la possibilité de démontrer la pertinence de la solution.
Ensuite, les appels d'offres privilégient encore trop le plus bas soumissionnaire. Ils devraient privilégier le coût total de possession. L'aluminium est parfois un matériau qui est plus cher à l'achat, mais si on regarde le fait qu'il résiste à la corrosion, qu'il demande peu d'entretien, qu'il a une longue durée de vie et que sa valeur en fin de vie est quand même remarquable, c'est un matériau qui mérite d'être considéré. Si on veut que la politique « Achetez canadien » produise la meilleure valeur pour le contribuable, il faut s'assurer de ne pas regarder uniquement le coût sur la première facture, mais de regarder le coût total de possession d'un produit.
Le dernier élément de ce point-là est le partage du risque. Vous savez sûrement qu'entre le moment où un contrat est signé, le moment où il est mis en œuvre et le moment où il est terminé, il s'écoule beaucoup de temps. Le contexte géopolitique actuel, avec la guerre tarifaire et la situation au Moyen‑Orient, montre à quel point il y a un impact sur le prix de notre matière première.
Seulement pour l'aluminium, entre janvier et aujourd'hui, le prix a augmenté de 15 à 20 %. Donc, un contrat qui était rentable il y a quelques mois peut ne plus l'être quelques mois plus tard, et peut même entraîner un déficit. Nous recommandons à cet égard d'intégrer dans les contrats des clauses d'indexation qui vont permettre de faire évoluer le contrat en fonction de la valeur de la matière première.
Le troisième point concerne la façon dont est structurée notre chaîne d'approvisionnement de l'aluminium au Canada. Cette chaîne de valeur n'est ni canadienne ni américaine. Elle est nord-américaine. Il y a des choses que nous ne pouvons pas faire au Canada, telles que des plaques et des feuilles. Nous n'avons pas de laminoirs, à titre d'exemple.
Il est donc nécessaire qu'une politique comme « Achetez canadien » ne nous mette pas en autarcie en tant que pays, mais qu'elle permette de protéger notre savoir-faire et de laisser entrer ce que nous ne pouvons pas produire.
Par contre, là, il va falloir être très vigilants au sujet des partenaires que nous choisissons. Il y a des partenaires qui jouent à armes égales avec nous. On peut penser à l'Europe, on peut penser aux États‑Unis. Par contre, il y a d'autres partenaires qui ont des économies non marchandes, qui subventionnent leur économie, qui affluent sur notre marché — encore plus depuis que les États‑Unis ont fermé leurs frontières — et qui viennent totalement affaiblir nos chaînes de valeur ici. Je pense notamment à la Chine, à la Turquie ou à Taïwan. Ces pays ont un impact total sur les extrudeurs canadiens en particulier. Nous avons une chaîne de valeur structurée sur ce point-là, et ça vient totalement affaiblir notre économie et nos entreprises locales.
Pour les PME, une politique comme « Achetez canadien » n'est pas une simple mesure, c'est une étoile polaire qui leur permet de savoir où elles vont pouvoir vendre, où sont les occasions d'affaires et comment elles vont pouvoir calibrer leurs investissements pour pouvoir y répondre. Il faut cependant s'assurer, au moment de mettre en œuvre une telle politique, de déployer aussi les conditions favorables pour que nos PME puissent saisir ces occasions d'affaires.
Je terminerai sur une dernière observation. La politique « Achetez canadien » est une excellente initiative. Elle est ambitieuse, elle réagit dans l'urgence et elle risque donc d'être imparfaite. Ce que nous vous demandons, c'est de travailler en collaboration avec l'industrie pour qu'elle reste flexible et agile, et qu'elle puisse évoluer.
Enfin, je terminerai en disant que nos PME et notre industrie de l'aluminium ne cherchent pas à être sauvées. Ce que nous souhaitons, c'est avoir des occasions d'affaires et de la prévisibilité, et pouvoir jouer dans un marché de libre-échange à armes égales avec des partenaires. Cette politique permet réellement, et je tiens à vous en remercier, d'éviter l'effritement d'une chaîne de valeur stratégique pour le Canada, qui est celle de l'aluminium, qui sert des secteurs névralgiques tels que la défense, l'aérospatiale, le Grand Nord, les infrastructures ou encore la construction. Mais la question qui se pose est de savoir, quand on parle d'achat canadien, si on veut simplement valoriser l'achat local ou si on veut s'assurer de pérenniser une industrie clé pour les prochaines années. Merci.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
[Français]
Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, je suis heureux d'être parmi vous aujourd'hui pour contribuer aux travaux sur la politique d'achat canadien et sur le rôle que peuvent jouer les marchés publics pour soutenir notre économie, créer des emplois et bâtir une résilience à long terme dans le secteur manufacturier.
Le Canada est à un moment charnière.
Partout au pays, depuis plusieurs années, les gouvernements investissent massivement dans les infrastructures et les réseaux de transport. La question est de savoir si nous utiliserons désormais ces investissements de manière stratégique comme levier pour renforcer notre souveraineté industrielle, reconstruire nos chaînes d'approvisionnement et créer de la valeur économique à long terme pour tous les Canadiens.
En tant que spécialistes de la mobilité ferroviaire ayant réalisé des projets de tramway, de train léger, de train de banlieue, de métro et de train à grande vitesse partout au Canada, nous croyons que la réponse est oui.
[Traduction]
Alstom est la seule entreprise mondiale de transport ferroviaire de passagers à disposer d'installations de fabrication au Canada. Nous employons plus de 5 000 Canadiens, dont 1 000 ingénieurs, et exploitons des sites majeurs à Saint-Bruno‑de‑Montarville, La Pocatière, Thunder Bay, Kingston et Brampton. De plus, Saint-Bruno accueille le siège des activités d'Alstom pour les Amériques, couvrant le territoire du Canada jusqu'au Chili.
La Caisse de dépôt et placement du Québec est notre principal actionnaire à l'échelle mondiale. Cette présence témoigne de l'importance du Canada au sein de notre organisation et démontre que le Canada n'est pas seulement un marché pour Alstom: nous sommes ici chez nous.
Nos trains sont conçus, développés, fabriqués, testés, mis en service, exploités et entretenus ici même, au Canada, par des travailleurs canadiens. Chaque jour, nos employés contribuent à relier les personnes à leur emploi, les étudiants à leur école, les entreprises à leurs clients et les communautés aux opportunités. Nous sommes fiers de soutenir les principaux réseaux de transport collectif dans des villes comme Toronto, Montréal, Ottawa, Waterloo, Vancouver, Edmonton et bientôt Québec. Chaque jour, des millions de Canadiens dépendent de ces systèmes.
Au‑delà de nos propres employés, nous soutenons un vaste réseau de plus de 900 fournisseurs canadiens — petites, moyennes et grandes entreprises — représentant des centaines d'emplois supplémentaires et des millions de dollars en retombées économiques. Nous avons vu ce qui est possible lorsque les gouvernements établissent des exigences claires en matière de contenu local.
En janvier dernier, nous avons annoncé un contrat de 2,3 milliards de dollars avec la commission de transport de Toronto pour la livraison de 420 nouvelles voitures de métro, avant options. Grâce au leadership des trois ordres de gouvernement, ce projet inclut un minimum de 55 % de contenu canadien et permettra de créer jusqu'à 945 emplois directs bien rémunérés au Canada, en plus de soutenir 1 700 emplois indirects, offrant ainsi un excellent rendement pour les contribuables. Il s'agit d'un exemple concret de ce qu'une politique « Achetez Canadien » peut accomplir.
[Français]
Partout dans le monde, les pays utilisent de plus en plus les marchés publics comme un outil de politique industrielle.
Le programme Buy America a permis aux États‑Unis d'attirer des investissements, de favoriser l'implantation de nouvelles capacités de production et d'innovation, de faire croître leur secteur manufacturier et de créer des emplois qualifiés. Le gouvernement américain a offert la certitude que les investissements publics généreraient des retombées économiques localement, et les manufacturiers ont répondu positivement afin de continuer à accéder aux marchés publics américains.
Historiquement, au Canada, nous avons considéré qu'en tant que petite économie ouverte, nous devions ouvrir largement les frontières pour créer de la richesse. C'était vrai jusqu'à ce que nos partenaires cessent de nous accorder la réciprocité tant attendue. Devant l'érosion de nos chaînes d'approvisionnement et le déclin de notre secteur manufacturier, principalement au profit des États‑Unis, une politique « Achetez canadien » forte et claire nous aidera à renverser la tendance.
Nous savons qu'accroître le contenu canadien ne se fera pas du jour au lendemain. Reconstruire les chaînes d'approvisionnement exigera du temps et des investissements.
Or tout commence par un choix: le choix d'investir en nous-mêmes, le choix de privilégier nos produits et le choix d'opter pour notre expertise.
Chez Alstom, nous croyons que les marchés publics demeurent l'un des outils les plus puissants dont disposent les gouvernements pour encourager cette croissance, et nous sommes prêts à répondre à cet appel avec le soutien de nos clients, de nos fournisseurs, de nos partenaires syndicaux et de nos employés.
Je vous remercie.
:
Permettez-moi de répondre rapidement, puis Mme Laramée pourra conclure.
Lorsque nous pensons au contenu canadien, il y a deux principaux éléments que nous devons prendre en considération. La première partie est l'emplacement auquel nous produisons des biens. Alstom, par exemple, est le seul fabricant de matériel roulant de services de transport ferroviaire de voyageurs qui a une empreinte au Canada. Nous avons les installations, les employés et l'expertise. Je ne dirais pas que c'est facile, mais nous avons l'occasion d'utiliser notre empreinte pour satisfaire à l'exigence de contenu local. Cette solution ne règle pas tous les problèmes. Nous pouvons la mettre en œuvre, mais nous ne pouvons pas atteindre un contenu canadien qui dépasse 50 %.
La deuxième partie de l'équation est la chaîne d'approvisionnement. C'est probablement de là qu'émaneront la plupart des travaux dans le secteur ferroviaire. Une grande partie de notre chaîne d'approvisionnement doit être relocalisée au Canada. Elle s'est établie au sud de la frontière pour de nombreuses raisons. Le meilleur exemple est l'acier inoxydable. Nous produisions de l'acier inoxydable au Canada. Nous ne le faisons plus. La production s'est établie au sud de la frontière. Pour la rapatrier, nous avons besoin de volume, de prévisibilité et de stabilité. Ce rapatriement se produira en raison des grands contrats qui seront offerts régulièrement avec l'exigence « Achetez canadien », qui est solide, claire et prévisible. Les entreprises envisageront de faire de nouveaux investissements au Canada et rétabliront leur capacité au Canada pour avoir accès à ces contrats.
Nous ne pouvons pas aller de l'avant lorsqu'il y a un contrat qui comporte une exigence de contenu local, mais un autre qui n'en a pas, ce qui produit l'effet yoyo. L'exigence doit être cohérente. Elle provient du gouvernement.
:
J'ai souligné le point selon lequel notre chaîne de valeur est nord-américaine. Cela dit, je crois qu'il faut être vigilant. Les politiques d'achat local sont très intéressantes et doivent effectivement s'aligner sur les trois ordres de gouvernement. C'est essentiel.
Par contre, il y a quand même un concept de réciprocité. Je pense qu'il faut choisir les partenaires avec lesquels on veut travailler. Je sais que sur certains sujets, par exemple, on travaille avec le gouvernement fédéral et on a des discussions à propos de protéger les entreprises locales des pays à économie non marchande, soit la Chine, Taïwan et la Turquie. On nous dit que si on commence à imposer des quotas ou des tarifs, on fermera l'accès à nos partenaires internationaux.
Cependant, avec quels partenaires veut-on jouer? Je pense que le diable est dans les détails encore une fois. Il faut choisir les acteurs avec lesquels il y a une réelle réciprocité et s'assurer d'être aligné sur les volumes. Par exemple, on dit qu'on va travailler avec l'Europe pour les transformateurs d'aluminium, mais ce n'est pas réaliste. Notre aluminium est plus cher en Amérique du Nord. On n'ira pas vendre des produits transformés en aluminium si simplement que ça en Europe. Il faut faire évoluer notre chaîne de valeur, mais ce n'est pas le cas pour la transformation. Quand on parle de réciprocité, il faut juste examiner de quoi on parle, quels sont les volumes, et il faut s'assurer que c'est une transaction donnant-donnant.
Par contre, des pays viennent attaquer et affaiblir notre chaîne d'approvisionnement locale. Aujourd'hui, l'aluminium est dans une tempête parfaite. Nous perdons des marchés avec les Américains alors que des intrants en provenance de pays à économie non marchande viennent manger nos parts de marchés locaux. En raison du processus d'acquisition favorisant le plus bas soumissionnaire, forcément, nous ne pouvons pas compétitionner avec des produits de 30 à 40 % moins chers que ce que nous sommes capables de faire ici. Donc, je pense que nous ne pourrons pas faire fi du prix. Quand nous nous tournons vers une politique d'achat local, il faut aussi nous assurer de regarder ce que nous sommes prêts à faire de plus afin de protéger notre industrie.
Il y avait une question à savoir si ça doit être une politique industrielle. Pour moi, la réponse est oui. Il s'agit de mettre l'achat local au service de la politique.
:
Je commencerai par les travailleurs. Nous allons concevoir et mettre à l'essai la nouvelle rame de métro à Montréal. Nous fabriquerons tous les sous-composants. La caisse et la coque de wagon seront soudées à La Pocatière, au Québec, puis expédiées à Thunder Bay pour le montage final. Nous allons mettre à l'essai la rame à Kingston, puis elle sera mise en service à Toronto.
Parmi les personnes qui travailleront sur cette rame, 85 % seront des Canadiens. En ce qui a trait aux heures de travail, cette approche entraînera un impact considérable. Nous avons parlé de plus de 900 emplois directs pour les personnes qui y travaillent, dont 600 seront des employés d'Alstom. Voilà pour les heures de travail.
Après cela, il est question d'expertise à propos de la chaîne d'approvisionnement. L'aluminium proviendra du Québec, et l'acier au carbone proviendra de l'Ontario. Différentes composantes proviendront de partout au Canada. En ce qui a trait à la valeur des biens et des produits qui seront dans la rame, elle atteindra un contenu canadien à 55 %. Évidemment, nous aimerions atteindre un contenu plus élevé que cela à un moment donné, mais il y a une limite à ce que la chaîne d'approvisionnement peut fournir, et certaines composantes ne se trouvent pas au Canada, pour toutes sortes de raisons.
Les gens disent souvent que nous payons parfois un peu plus pour nos produits parce qu'ils sont fabriqués au Canada au lieu de provenir de pays à faible coût. C'est vrai. Nous avons besoin d'investissements au Canada pour produire ici, mais le rendement de l'investissement pour le contribuable est différent. Il n'est pas seulement question du coût d'achat du produit; il s'agit également de ce qui reste dans l'économie, de ce qui circule à nouveau dans l'économie et de ce qui revient sous forme d'impôts pour la trésorerie. Tout cela doit être pris en compte lorsque nous examinons un très grand projet, comme les nouvelles rames de métro.