:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie tous les membres du Comité des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires de leur invitation. Il est spécial pour moi d'être parmi vous, car il s'agit de ma première comparution devant le Comité à titre de ministre des Travaux publics et de l'Approvisionnement. C'est donc un honneur d'être ici.
Je remercie le Comité de me donner l'occasion de discuter aujourd'hui de Postes Canada, une institution essentielle pour notre pays, que les Canadiens aiment, et à laquelle ils sont très attachés, tout comme je le suis moi-même. Je pense qu'il est important que nous ayons cette discussion tous ensemble.
[Traduction]
Je remercie également le Comité de son rapport utile intitulé Le service postal du Canada: un lien vital pour les collectivités rurales et éloignées. En tant que ministre de la Transformation du gouvernement, des Travaux publics et de l'Approvisionnement, je salue le travail du Comité. Notre gouvernement s'est engagé à donner suite à ses recommandations réfléchies. Le lundi 20 octobre 2025, le gouvernement a déposé sa réponse au rapport du Comité. Je serais heureux d'en discuter plus tard aujourd'hui.
Monsieur le président, nous sommes également déterminés à voir Postes Canada survivre à cette crise existentielle. Comme vous le savez tous, le conflit de travail se poursuit. Je continue de presser à la fois la direction et le syndicat de s'entendre sur une marche à suivre à la table de négociation. Au cours des dernières semaines et des derniers mois, j'ai rencontré des représentants de la partie syndicale et de la partie patronale. Je sais qu'elles sont toutes deux déterminées à trouver une voie durable pour Postes Canada. Je les encourage à continuer de négocier de bonne foi.
Postes Canada est une institution qui a besoin d'être sauvée. À ce point‑ci de son histoire, et peut-être maintenant plus que jamais, c'est une institution qui a besoin d'être sauvée.
[Français]
Depuis maintenant près de 160 ans, et encore à ce jour, les travailleurs et travailleuses des postes connectent les Canadiens des petits villages et des grandes villes, beau temps, mauvais temps, offrant souvent une bouée de sauvetage à des centaines de communautés nordiques, autochtones et éloignées.
Cependant, la situation actuelle de Postes Canada est insoutenable. Depuis 2018, Postes Canada a accumulé des pertes de plus de 5 milliards de dollars. En 2024, la société a enregistré une perte de 1,3 milliard de dollars, et en janvier de cette année, elle a eu besoin d'une injection de 1 milliard de dollars pour se maintenir à flot.
[Traduction]
Au deuxième trimestre de 2025, la société a perdu 407 millions de dollars, ce qui représente son pire trimestre de tous les temps. À ce stade, la société perd 10 millions de dollars chaque jour. En fait, avec l'agitation ouvrière à laquelle elle est maintenant confrontée, c'est probablement plus de 10 millions de dollars par jour en ce moment. En vérité, monsieur le président, Postes Canada est pratiquement insolvable.
[Français]
Quand on regarde l'évolution du monde, il ne faut pas s'en surprendre. Le monde a changé au cours des dernières années. On a observé une diminution du volume de lettres envoyées, qui est passé de 5,5 milliards il y a 20 ans à 2,2 milliards aujourd'hui.
[Traduction]
Il y a 20 ans, Postes Canada livrait 5,5 milliards de lettres par année. Aujourd'hui, ce n'est que deux milliards. Il y a 20 ans, Postes Canada livrait à 14,3 millions d'adresses, alors qu'aujourd'hui, il y en a 17,6 millions.
Bien que Postes Canada livre moins de lettres à un plus grand nombre d'adresses, les Canadiens ont envoyé et reçu plus de colis que jamais auparavant, mais ils se tournent de plus en plus vers des concurrents privés.
[Français]
Postes Canada fournit un service essentiel aux Canadiens, et en particulier aux communautés rurales, éloignées et autochtones. Les Canadiens veulent, à juste titre, que ce service soit protégé.
[Traduction]
Je pense que cela mérite d'être répété.
Compte tenu de la situation financière actuelle de Postes Canada, le statu quo et les sauvetages répétés du gouvernement fédéral ne constituent pas une solution viable.
En tant que ministre responsable, je dois m'assurer que l'orientation générale de Postes Canada s'aligne sur les politiques et les objectifs du gouvernement. Pour cela, il faut prendre des décisions responsables, mais parfois difficiles. C'est pourquoi j'ai annoncé en septembre que le gouvernement du Canada accepterait les recommandations de la commission d'enquête sur les relations de travail, dirigée par William Kaplan.
Cela signifie d'apporter une série de modifications pour stabiliser la situation financière de Postes Canada, y compris de faire preuve de flexibilité dans les normes de livraison.
[Français]
Au Canada, le ménage moyen ne reçoit plus que deux lettres par semaine, mais les opérations sont toujours conçues pour des volumes beaucoup plus élevés. L'ajustement des normes de livraison va permettre d'acheminer le courrier non urgent par voie terrestre plutôt que par avion, ce qui va permettre à la société d'économiser, à terme, plus de 20 millions de dollars par année.
Le gouvernement a également levé le moratoire sur la conversion aux boîtes postales communautaires. Les trois quarts des Canadiens reçoivent déjà leur courrier dans des boîtes postales communautaires, d'appartement ou rurales, tandis qu'un quart des Canadiens reçoivent encore leur courrier à domicile. En autorisant Postes Canada à installer des boîtes postales communautaires aux quatre millions d'adresses qui n'en ont toujours pas, cela lui permettra d'économiser près de 400 millions de dollars par année.
[Traduction]
Comme le recommande le rapport Kaplan, nous allons lever le moratoire sur les bureaux de poste ruraux qui a été imposé en 1994. Le moratoire n'a pas évolué en 30 ans, mais le Canada a changé. Des régions autrefois rurales sont maintenant des banlieues ou même des villes. Cela signifie que de nombreux bureaux de poste situés à proximité les uns des autres, dont quelques‑uns ne se trouvent qu'à 100 mètres de distance, doivent rester ouverts. J'ai demandé à Postes Canada de nous présenter dans les 45 jours suivant l'annonce un plan visant à protéger le service dans les collectivités rurales, éloignées et autochtones.
Je vais être clair: Postes Canada a l'obligation de servir tous les Canadiens dans toutes les collectivités du Canada, et cela ne va pas changer.
J'ai presque terminé. Je vais parler à mon rythme habituel pendant la période de questions, alors j'essaierai de parler un peu plus vite.
Enfin, le gouvernement revoit le processus d'augmentation du prix des timbres afin de le moderniser et de l'abréger, conformément aux recommandations du rapport Kaplan. Ensemble, ces mesures aideront à stabiliser la situation financière de Postes Canada en générant près d'un demi-milliard de dollars d'économies par année.
Il reste encore du travail à faire. Pour cette raison, j'ai aussi demandé à Postes Canada de me revenir dans les 45 jours avec une proposition de mesures immédiates à prendre pour relever ses défis financiers, ce qui signifie de dégager des gains d'efficience, de réduire les coûts, de réduire les frais généraux et de revoir et d'alléger sa structure de gestion.
[Français]
En conclusion, notre gouvernement doit faire des choix. Si nous ne faisons rien, ce sont des pertes de 10 millions de dollars par jour que les Canadiens devront assumer. Pour nous, l'inaction n'est pas une option. Ces changements sont nécessaires pour sauver Postes Canada et la mettre sur la voie de la pérennité, et c'est ce à quoi nous nous engageons.
:
Comme je viens de le mentionner, l'idée est de viser davantage les bureaux de poste situés en banlieue que ceux des communautés réellement éloignées ou rurales.
En ce qui concerne les emplois, c'est surtout Postes Canada qui s'occupera d'opérationnaliser la transformation de ses activités. Nous aurons, en effet, plus d'informations dans le plan de redressement, mais, d'après les chiffres que j'ai vus, il y a quand même beaucoup de travailleurs des postes qui, comme dans l'exemple que vous mentionniez, seront à la retraite dans les prochaines années. Je suis donc convaincu qu'une partie de cette transformation va pouvoir se faire par attrition.
Pour ce qui est des consultations, beaucoup de rapports ont été produits, et ce Comité a réalisé certains travaux. Il y a aussi eu le rapport de M. Kaplan, qui est quand même assez étoffé et a pris acte de tous ces autres documents. Par ailleurs, les recommandations soumises par M. Kaplan au terme de son enquête aideront à commencer la transformation.
À mon avis, comme Postes Canada perd 10 millions de dollars par jour et qu'elle vient d'enregistrer son pire trimestre, il n'est pas envisageable de tolérer le statu quo encore longtemps. Je sais que la situation a même fait l'objet d'échanges entre nous, parce que vous êtes intervenue en plein conflit de travail. Toutefois, cela fait maintenant 21 mois que le conflit de travail dure. Attendre, pour moi, n'était pas une option. Il faut que la transformation commence et que les négociations entre les parties se fassent à la lumière de la réalité financière de Postes Canada.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
[Traduction]
Monsieur le ministre, je tiens à dire que, dans ma circonscription de Nipissing—Timiskaming, qui est une circonscription rurale-urbaine dans une certaine mesure, un certain nombre de citoyens m'ont dit à quel point ils vous trouvent bon communicateur. Vu la manière dont vous…
Des députés: Ha, ha!
Mme Pauline Rochefort: Oui, et personnellement, je pense la même chose. J'aimerais l'ajouter à ce commentaire.
Ce que j'ai appris des citoyens à qui je me suis adressée, c'est qu'ils comprennent essentiellement la nécessité du changement. Je pense que la communication a permis aux gens de le comprendre, mais un certain nombre de personnes âgées et de collectivités rurales veulent s'assurer que le service se maintiendra et que Postes Canada ira de l'avant. Essentiellement, j'ai entendu dire « c'est une organisation vitale », et personne ne le conteste. La nécessité du changement est bien comprise, tout comme le fait qu'il s'agit d'une organisation vitale qui doit survivre. Ces points de vue sont aussi très présents, je trouve, dans ma collectivité.
En même temps, les gens reconnaissent que nous vivons dans un monde numérique qui évolue très rapidement, et j'aimerais entendre vos points de vue sur la manière dont vous percevez le rôle de Postes Canada dans l'avenir, dans cette économie numérique dans laquelle nous vivons.
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D'abord, j'aimerais remercier vos électeurs. Je réévalue actuellement la situation. Ma circonscription est bien sûr la meilleure, mais je dirais que la vôtre est maintenant au deuxième rang.
Cela répondra à la précédente question de M. Boulerice, et ce sera dans le prolongement du rapport du commissaire Kaplan. Selon moi, si l'on doit parler de l'avenir de Postes Canada et de son évolution dans les 10 à 20 prochaines années, elle doit avant tout remplir efficacement sa mission première, à savoir mettre en contact les Canadiens, distribuer le courrier, livrer les colis et fournir des services dans les collectivités rurales et éloignées.
Je pense que le travail du Comité sera sans doute utile pour examiner ce que l'on pourrait faire avec Postes Canada à long terme, mais à court et à moyen terme, si nous devons être responsables, il est important pour nous de juguler le problème, étant donné que la Société perd actuellement 10 millions de dollars par jour. Elle a enregistré le pire trimestre de son histoire, au deuxième trimestre de cette année.
Je pense que les Canadiens sont d'accord avec cette transformation. Ils comprennent que le monde a changé. Comme vous l'avez dit, on est passé au numérique à une vitesse si vertigineuse — et la COVID a accéléré le phénomène —, que Postes Canada doit s'adapter. Elle ne peut pas rester coincée dans un modèle d'entreprise qui a été conçu pour les années 1990. Elle doit s'adapter à la réalité d'aujourd'hui.
Madame Rochefort, vous avez dit une autre chose qui me tient à cœur et qui est importante pour le gouvernement, pour Postes Canada et pour les Canadiens, alors que nous passons aux boîtes postales communautaires, soit qu'il est essentiel que les Canadiens ayant un problème de mobilité y aient toujours accès. Le programme d'accommodement, qui n'est peut-être pas aussi connu qu'il le devrait, doit être largement diffusé de sorte que tous les Canadiens aient accès à un service postal fiable.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je tiens à communiquer certaines informations aux membres du Comité. Premièrement, je n'ai aucune affiliation avec un quelconque parti politique, je ne donne pas non plus à des partis et je n'affiche aucune pancarte électorale sur mon terrain.
Deuxièmement, j'ai terminé ma thèse de doctorat de 850 pages en 1989; elle portait sur Postes Canada et s'appuyait sur tous les rapports annuels de l'ancien département des bureaux de poste, les débats de la Chambre des communes de 1820 à 1981, ainsi que les archives publiques sur la rue Wellington.
Troisièmement, j'ai élaboré mon étude de 2015 pour l'Institut Macdonald-Laurier en me fondant exclusivement sur tous les rapports annuels de Postes Canada de 2000 à 2015, les rapports annuels de surveillance des médias du CRTC et les rapports statistiques annuels de Paiements Canada.
Quatrièmement, j'ai utilisé pour mon étude de 2024, intitulée « Postes Canada: le point de non-retour est arrivé », les mêmes sources et audits gouvernementaux, mais mis à jour en 2024.
Enfin, je donne depuis 35 ans le cours de synthèse sur la stratégie où l'on s'intéresse à la compétitivité des entreprises et des industries du Canada et des États-Unis.
Avant de résumer les recherches empiriques que j'ai effectuées au cours des 25 dernières années, je veux rapidement parler de l'analyse la plus importante que j'aie jamais lue concernant les technologies et les politiques de communication, parce qu'elles touchent au cœur même des questions dont vous discutez.
En 1995, Nicholas Negroponte, un professeur en ingénierie au MIT, cofondateur du magazine Wiredet du très connu MIT Media Lab, a écrit Being Digital. Il avançait que tout ce qui existe est composé soit d'atomes soit d'électrons. Le corps humain — le mien et le vôtre — et bien sûr, tout objet physique, y compris les camions, les avions et les trains, sont faits d'atomes, qui ont une masse et un poids. La théorie de la relativité d'Einstein définit la limite de la vitesse à laquelle les atomes peuvent voyager: très lentement. À l'opposé, toute information numérisée est composée d'électrons, qui n'ont pas de masse ni de poids. Cela signifie que les électrons voyagent à la vitesse de l'électricité, qui approche de la vitesse de la lumière: 300 000 kilomètres par seconde.
À partir de ces principes de physique, Negroponte a conclu que les électrons, peu importe où ils se trouvent dans le monde, l'emporteront toujours sur les atomes dans le domaine des communications. De là, Negroponte a prédit, en 1995, ce qui est incroyable la déconstruction numérique complète de toutes les sociétés occidentales au cours du prochain tiers de siècle pour tout ce qui concerne l'information, des bureaux de poste aux journaux en passant par la radiodiffusion, l'édition, l'éducation, le divertissement, les services bancaires, les services gouvernementaux, les systèmes de paiement et les soins de santé. Il a vu juste, et bien avant tout le monde.
Mon étude de 2015 sur les rapports financiers vérifiés de Postes Canada a révélé que la tendance prévue par Negroponte avait commencé au Canada en 2006 avec la forte baisse du nombre de lettres envoyées enregistrée chaque année, sans exception. Mon rapport de 2024 utilise les chiffres à jour et montre le même résultat, sans exception. Il y a eu des baisses chaque année.
En ce qui concerne les activités principales, vous avez déjà entendu que le nombre d'articles de courrier est passé de 5,5 milliards à 2 milliards. Toutefois, certains ne comprennent pas que ces chiffres continueront de chuter. En effet, je prédis que les postes-lettres auront disparu presque totalement d'ici 10 ans, et que les petites entreprises qui utilisent encore les services postaux numériseront leurs chaînes de valeur suivant la logique négropontienne. Les quelques personnes âgées qui écrivent encore des lettres vont, malheureusement, mourir.
La deuxième activité de base, la livraison de colis, est très différente, puisque le commerce électronique augmente de 9 % par année. Toutefois, pendant et après la pandémie, Postes Canada a perdu plus de la moitié de sa part du marché dans le secteur des colis en raison de l'arrivée des services de livraison indépendants. Dans mon rapport de 2024, je fournis des estimations des coûts d'exploitation moyens pour le camion, le chauffeur et le carburant. C'est plus ou moins 65 $ l'heure pour Postes Canada, 45 $ l'heure pour les grands transporteurs privés et 25 $ l'heure pour les services de livraison indépendants. Maintenant, vous comprenez pourquoi Postes Canada ne cesse de perdre des parts du marché dans le secteur des colis.
Comme l'ont dit le président-directeur général et la cheffe des finances en 2024, l'architecture actuelle n'est pas viable, compte tenu de ce déclin. Comme je le dis depuis cinq ans, bien avant que le commissaire Kaplan le fasse, Postes Canada était et est insolvable. La Société n'est pas capable de payer se factures à temps. C'est pourquoi le gouvernement lui a accordé un prêt de un milliard de dollars et devra le faie encore et encore — avec des sommes encore plus importantes — jusqu'à sa restructuration.
Il y a des critiques, peut-être même ici, qui disent que cela n'a pas d'importance, puisque c'est un service essentiel. J'avance que c'est une erreur qui présume précisément ce qui est débattu, puisque, premièrement, Postes Canada n'est pas une organisation fonctionnelle. Postes Canada existe simplement parce que le gouvernement l'aide en lui donnant de l'argent.
Deuxièmement, les services prétendument essentiels fournis ne sont pas essentiels. Cet argument s'appuie sur le déclin dramatique de l'utilisation des services, car de plus en plus de gens, chaque année, utilisent de moins en moins les services postaux. S'ils étaient essentiels, nous continuerions de les utiliser.
Troisièmement, on soutient que Postes Canada n'a pas besoin de faire un profit; qu'elle ne diffère pas de la Défense nationale. C'est une fausse analogie, puisque la défense est purement un bien public qui avantage tout le monde et qui n'est pas divisible, tandis que Postes Canada livre un produit privé divisible en unités discrètes, ce que nous appelons les lettres avec timbres.
En conclusion, je n'essaie pas de dire qu'il faut fermer les services postaux ou les privatiser. Toutefois, la Société doit être radicalement restructurée et transformée en une entité beaucoup plus petite — peut-être de 15 000 ou peut-être 20 000 employés. Je n'ai pas les données internes de Postes Canada sur les services fournis aux citoyens qui en ont le plus besoin, à savoir approximativement 15 % des Canadiens, ce qui est estimé à 5,9 millions de Canadiens, selon Statistique Canada, et aux communautés rurales et éloignées, où il n'y a pas de solutions de rechange privées.
Merci beaucoup.
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Merci. Je croyais que le Comité était coriace, mais vous avez entendu ce que M. Lee vient de vous dire. Il vous fait vraiment peur, n'est‑ce pas?
J'aimerais parler de quatre points, si je le peux, dans les cinq minutes qui me sont accordées. Vous l'avez déjà entendu en grande partie, et je m'en excuse, mais je ne savais pas ce qui allait être dit au Comité.
Premièrement, Postes Canada est une société en très mauvaise santé. Si j'enseignais cela à l'université, je dirais que Postes Canada a entamé une spirale de la mort. C'est ce qui est arrivé avec la Compagnie de la Baie d'Hudson, par exemple. C'est une société d'État financée par le gouvernement canadien, et, puisqu'aucun service postal ailleurs dans le monde n'a échoué dans les deux ou trois dernières années, je ne crois pas nécessairement qu'elle mourra dans 6 ou 12 mois, mais il est clair que des mesures vigoureuses doivent être prises immédiatement, et plus tôt que tard. Comme je l'ai dit dans ma courte note, pensez en terme de mois et non d'années pour ce qui est du changement.
Deuxièmement, je suis d'accord avec les changements proposés par le gouvernement fédéral et le ministre, qui était ici il y a quelques instants. Le transfert de la distribution du courrier vers des boîtes aux lettres communautaires me convient. J'utilise une boîte aux lettres communautaire depuis trois décennies. Je l'adore. Je vois même cela comme une amélioration du service. Quand je ne suis pas chez moi, je n'ai pas à m'inquiéter qu'un voleur de colis fouille dans ma boîte aux lettres.
C'est la même chose pour les bureaux de poste de Postes Canada, ui pourraient être fermés et remplacés probablement par des franchises. Encore une fois, je n'ai pas mis les pieds dans un bureau de poste depuis des décennies. Je vais à un Pharmaprix où il y a un comptoir de Postes Canada. Les portes de ce commerce restent plus longtemps ouvertes, et ce, sept jours sur sept. C'est bien mieux que le service que je recevais dans les propres bureaux de Postes Canada.
En ce qui concerne le ralentissement de la livraison, qui ne prend plus quatre jours mais sept, je ne crois pas que les gens vont le remarquer, mais je tiens à souligner que, même si ces changements sont nécessaires, ils ne sont pas suffisants.
Mme Block a mis l'accent sur certains des problèmesliés aux chiffres. Je vais en souligner un autre. Si Postes Canada perd 1,5 milliard de dollars cette année, et que vous faites ces trois choses, vous sauvez 500 millions de dollars. C'est un pas dans la bonne direction, mais vous avez tout de même un déficit de 1 milliard de dollars. Nous devons en faire plus, ce qui m'amène à mon troisième point: Postes Canada doit aussi générer plus de revenus. Vous ne pouvez pas réussir seulement en réduisant vos dépenses ou en diminuant vos effectifs. Vous devez trouver une façon de générer plus de revenus.
Le seul point positif, c'est les colis. Il s'agit du marché où Postes Canada a essuyé les plus grandes pertes de volume, mais où la Société a aussi quelques avantages concurrentiels. Premièrement, elle dessert toutes les communautés canadiennes. Les services de livraison privés ne vont pas partout. Ils vont dans les banlieues et les villes, mais si vous vivez dans le nord de la Colombie-Britannique ou aux Îles de la Madeleine, et bien tant pis pour vous. FedEx ne se rend pas jusque là. En fait, étrangement, les entreprises privées font de la sous-traitance avec Postes Canada pour la livraison à ces endroits.
Comment pouvez-vous regagner ces parts du marché? Pour les gens assis à cette table, cela signifie qu'une société d'État devra essayer de s'emparer es parts du marché d'entreprises privées. Cela soulève de nombreuses questions philosophiques intéressantes.
Je ne suis pas très enthousiaste à l'idée d'un service bancaire postal ou d'un service d'assurance postal. Je suis surpris que M. Lee n'en ait pas parlé. Nous avons déjà eu un service bancaire postal, au Canada, et il a fermé ses portes il y a un peu plus de 60 ans. Si Postes Canada se lançait dans le secteur bancaire, quels seraient ses avantages concurrentiels? La Société ne connaît absolument rien aux services bancaires. De plus, si vous mettiez sur pied une banque, aujourd'hui, cela prendrait des années et des années avant qu'elle génère un profit significatif, et vous n'avez pas des années et des années.
La seule ouverture que je vois serait d'examiner d'autres partenariats de livraison. Postes Canada a une armée de travailleurs qualifiés pour effectuer des livraisons. Y a‑t‑il d'autres entreprises qui pourraient avoir besoin de livreurs?
Finalement, si nous voulons regagner des clients, si Postes Canada réussit à regagner des clients, elle doit être stable. Alors, je suis d'accord avec ce que le ministre a dit à propos de la convention collective. La covention collective ne doit pas être en vigueur seulement pendant six ou huit mois ou un an. La convention collective doit durer trois ou quatre ans, pour rétablir l'harmonie et...
Je vais être franc. En date d'aujourd'hui, je ne sais pas comment vous pourriez réaliser cela. Je soupçonne que, si j'étais un membre du syndicat, je voudrais signer une convention collective qui m'offre une garantie d'emploi. Vous êtes bien gentil, monsieur Lee, de suggérer... Je ne vais pas parler d'un chiffre aussi gros que celui que M. Lee a donné, mais je crois qu'il y a au moins 10 000 employés qui devraient être encouragés à prendre leur retraite ou, peut-être, se voir proposer des indemnités de départ. Aucun syndicat n'acceptera cela. Ils veulent garder tous les postes qu'ils ont aujourd'hui.
Je ne sais pas vraiment comment vous allez trouver cette harmonie syndicale qui est si essentielle, mais si vous pouvez l'atteindre et permettre à Postes Canada de s'occuper de ces questions difficiles, je crois que la Société pourrait avoir un avenir.
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Oui, et je comprends que ma réponse va sembler intéressée, et je tenais seulement à la dire tout de suite.
J'ai été invité à comparaître en 2016 devant le groupe d'experts formé par le gouvernement Trudeau alors nouvellement élu. Le gouvernement avait mandaté un groupe d'experts; cela a été bien annoncé. Tout le monde connaît ce groupe. J'ai comparu devant le groupe d'experts, et je venais juste, l'année précédente, en 2015, de publier mon rapport pour l'Institut Macdonald-Laurier, avec toutes les données sur les pertes et les déclins et ainsi de suite.
C'est là que j'ai recommandé une mesure radicale, à savoir franchiser tous les bureaux de poste, mettre fin à la livraison cinq jours par semaine et mettre fin à la livraison à domicile pour les 25 % de Canadiens qui ont le privilège de recevoir ce service. Pour tout vous dire, avant que quelqu'un me le reproche, oui, je fais partie de ces personnes. Je ne devrais pas me faire livrer à domicile, mais je le fais, même si je ne reçois aucune lettre, donc cela n'a pas d'importance.
Pour répondre à votre question, j'ai fait des recommandations très précises dans ce rapport. Mon témoignage a duré probablement trois heures, et ils ont rejeté mes conseils, mes recommandations très concrètes. Puis, j'ai parlé de ces recommandations aux médias, en répondant à leurs questions. Corrigez-moi si je me trompe, mais je suis absolument certain que le premier ministre de l'époque et M. Dominic LeBlanc, le ministre responsable, les avait rejetées, tout comme le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, le STTP, et la direction de Postes Canada. Je n'essaie pas de pointer du doigt une personne en particulier. Tout le monde a dit non, non, non.
Je crois que leur principal argument était que, oui, le volume de lettres est en chute libre, mais cela va cesser. Nous arriverons à un plateau, et le problème va être réglé, puisque nous allons stabiliser le volume des lettres à moins de 5,5 milliards, mais cela ne sera pas si mauvais.
J'ai répondu qu'aucune preuve ne montrait que le déclin du volume s'était stabilisé. Vous pouvez y jeter un coup d'œil et vous verrez que chaque année, les volumes d'envois poste-lettres diminuent de 6 % à 8 % à 9 %. Je n'ai rien à voir là‑dedans. C'est ce que Negroponte a expliqué, que l'économie de la numérisation écrase tout simplement la distribution physique de courrier et de lettres.
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Je vais peut-être présenter la chose sous un angle différent de M. Lee.
Je crois que quand M. Lee a comparu il y a 10 ans, Postes Canada se portait assez bien, et il est plus difficile de reconnaître le besoin de changement lorsque les choses ont l'air de bien aller.
Toutefois, c'est il y a cinq ans, vers 2020, que vous avez vu les premiers signes avant-coureurs que quelque chose n'allait pas à Postes Canada. Malheureusement, le pays faisait face au même moment à la pandémie de la COVID‑19. Si je travaillais au gouvernement — ce qui n'est pas le cas —, je me demande à quel défi je m'attaquerais en premier, la pandémie ou la situation à Postes Canada? Les gens ont probablement accordé la priorité à la pandémie.
Encore une fois, je crois que le gouvernement aurait dû s'attaquer à la situation plus tôt. J'ai été surpris que la réponse n'arrive qu'en septembre, alors que M. Kaplan avait présenté son rapport en mai. Le rapport disait clairement ce qu'il y avait à dire et j'attendais que le gouvernement intervienne.
Je crois qu'il y a peut-être de bonnes raisons pour lesquelles nous avons été lents à réagir, mais, encore une fois, selon moi, mieux vaut tard que jamais.
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Je vais devoir répondre à votre question en deux parties.
Premièrement, même si le Danemark dit que les services postaux eux‑mêmes mettent fin au service poste-lettres, il y a là‑bas une autre organisation, appelée Dao, qui livre des journaux et des magazines. Le 1er janvier 2026, c'est elle qui s'occupera du service poste-lettres. Également, l'envoi d'une lettre coûte 6 $ au Danemark. C'est 1,44 $ au Canada.
L'autre élément important en jeu ici — et M. Lee, nous l'en remercions, répète depuis des années que nous devrions nous débarrasser complètement du service poste-lettres —, est que la numérisation ne nous a pas encore permis ici, au Canada, de le faire. Nous n'avons pas suffisamment numérisé.
Qu'est‑ce que j'essaie de dire par cela? Vous pouvez avoir un passeport numérique. J'ai encore un passeport physique. Je l'ai utilisé aujourd'hui. Qu'en est‑il des cartes de crédit numériques? Eh bien, j'ai encore une carte physique. J'ai encore un permis de conduire physique. Même chose pour ma carte d'assurance-maladie. Le Danemark a numérisé nombre de ces choses; donc, il n'utilisait pas la poste pour les envoyer. Lorsqu'il y a eu la grève en novembre et en décembre, bien des Canadiens se demandaient ce qu'ils allaient faire s'ils ne recevaient pas leur passeport à temps pour leur voyage. Tant que vous ne les numérisez pas, nous allons encore avoir besoin du service poste-lettres.
Pour revenir au point de M. Lee, il a tout à fait raison. J'appelle cela le canari dans la mine. Si je me projette 10 ans dans l'avenir, en présumant que la numérisation a réglé ces choses et a permis de nous en débarrasser... D'ailleurs, nous n'avons ni l'un ni l'autre parlé de l'IA. Nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve pour ce qui est de l'IA. Je crois que dans 10 ans, oui, le service poste-lettres n'existera peut-être plus, au Canada.
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Je veux bien y aller en premier, si je le peux.
Comme je l'ai dit dans mon exposé, les trois changements qui ont été proposés sont nécessaires mais insuffisants. Il a encore 20 jours pour revenir et vous dire comment il va convaincre les gens d'adopter les boîtes aux lettres communautaires et, monsieur Boulerice, où elles seront installées. Dans mon cas, elles se trouvent sur des emprises municipales; ce ne sont pas des espaces loués. Il a 20 jours pour vous dire combien de personnes il mettra probablement en congé ou à la retraite anticipée. Il a 20 jours pour parler de certains des bureaux de poste des régions rurales, mais ce n'est toujours pas suffisant.
Je ne sais pas s'il peut vous donner la deuxième moitié. Comment faire alors pour faire croître cette entreprise afin de vous débarrasser de ce milliard de dollars supplémentaire? Vous devriez lui demander des comptes à ce sujet; c'est pour cela que vous avez un PDG à la tête de l'organisation.
Je crois que, s'il parvient à obtenir le dernier élément, c'est‑à‑dire la flexibilité de la main-d'œuvre, il sera possible de regagner, je pense, une part de marché, mais je dois vous avertir que je ne sais pas si ce sera suffisant. Encore une fois, franchement — vous devrez y réfléchir —, s'il pouvait réduire le déficit de 1,5 milliard de dollars à seulement 500 millions de dollars, et qu'il disait: « Écoutez, j'ai fait tout ce que j'ai pu, mais je ne peux pas aller plus bas », le groupe serait‑il prêt à dire: « Eh bien, nous devrions peut-être envisager de le subventionner à nouveau »? Je ne sais pas. Il n'a pas eu les coudées franches pour s'attaquer à ce problème, alors donnons-lui une chance et voyons ce qu'il en ressortira.