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Chers collègues, je vous souhaite la bienvenue à la 39
e réunion du Comité permanent des langues officielles.
Conformément à l'article 108(3)f) du Règlement et à la motion adoptée le 21 avril 2026, nous nous réunissons aujourd'hui pour étudier l'avant-projet de règlement sur l'usage du français dans les entreprises privées de compétence fédérale.
Étant donné qu'il y a eu un vote à la Chambre, notre réunion commence environ une demi-heure en retard. Nous recevons aujourd'hui deux groupes de témoins. Je planifie donc raccourcir le temps accordé à chaque groupe. Ça veut dire que nous aurons 45 minutes avec chaque groupe, au lieu d'une heure.
Je présente mes excuses aux témoins, mais, malheureusement, c'est parfois comme ça que les choses fonctionnent quand il y a un vote.
Est-ce que tout le monde est d'accord sur ce plan? Comme il semble que oui, je vais maintenant souhaiter la bienvenue aux témoins.
De l'Association canadienne-française de l'Alberta, nous recevons Nathalie Lachance, présidente; et Isabelle Laurin, directrice générale. Elles participent toutes deux à la réunion par vidéoconférence.
Je vous souhaite la bienvenue, mesdames.
Vous disposerez de cinq minutes pour faire votre allocution d'ouverture, après quoi nous passerons aux questions des députés.
Madame Lachance, vous avez la parole.
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Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, bonjour.
Je m'appelle Nathalie Lachance. Je suis la présidente de l'Association canadienne-française de l'Alberta, ou ACFA, l'organisme porte-parole de la francophonie albertaine.
Je suis accompagnée aujourd'hui de notre directrice générale, Mme Isabelle Lorrain. Je vous remercie sincèrement de nous avoir invitées à témoigner devant vous dans le cadre de votre importante étude sur l'avant-projet de règlement sur l'usage du français dans les entreprises privées de compétence fédérale.
En 2026, l'ACFA célèbre son centenaire. Depuis 1926, notre organisme travaille à défendre les droits, les acquis et la vitalité de la francophonie albertaine. Cent ans plus tard, la francophonie albertaine est toujours bien vivante.
Aujourd'hui, plus de 260 000 Albertains et Albertaines sont capables de soutenir une conversation en français. La francophonie albertaine est présente dans toutes les régions de la province. Elle est à la fois une communauté historique et une communauté en forte croissance, notamment grâce à l'immigration francophone.
L'ACFA appuie, de façon générale, les recommandations formulées par la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, ou FCFA. Nous souhaitons toutefois attirer votre attention sur certaines réalités propres à l'Alberta qui méritent d'être prises en considération dans la désignation des régions à forte présence francophone.
D'abord, nous accueillons favorablement la reconnaissance d'une partie d'Edmonton comme région à forte présence francophone. Cette reconnaissance est importante, puisque la ville d'Edmonton demeure le principal pôle institutionnel francophone de notre province. On y retrouve notamment le Campus Saint‑Jean, La Cité francophone, le siège provincial de l'ACFA ainsi qu'un vaste réseau d'organismes qui servent des francophones provenant de l'ensemble de l'Alberta.
Toutefois, la réalité francophone d'Edmonton dépasse aujourd'hui largement les limites du quartier historique francophone. Les francophones résident dans l'ensemble de la région métropolitaine. Les écoles francophones sont présentes dans plusieurs quartiers de la ville. Les institutions et les organismes servent un bassin de population beaucoup plus vaste que celui visé par la désignation proposée.
Nous estimons donc que la désignation applicable à Edmonton devrait être élargie afin de mieux refléter le rôle de la capitale albertaine comme principal pôle institutionnel, administratif, économique et communautaire de la francophonie provinciale.
Nous croyons aussi que Calgary devrait être reconnue comme une région à forte présence francophone. Le fait qu'elle ne l'est pas est difficile à comprendre. La région métropolitaine de Calgary compte autant, ou presque, de personnes ayant le français comme première langue officielle parlée que celle d'Edmonton. Près du tiers de la population francophone albertaine réside dans la municipalité de Calgary. Calgary accueille également, chaque année, de nombreux nouveaux arrivants francophones. Elle compte neuf écoles francophones, un centre communautaire francophone, un bureau régional de l'ACFA et un réseau dynamique d'organismes communautaires. Le gouvernement du Canada a lui-même reconnu cette réalité en désignant Calgary comme communauté francophone accueillante.
À notre avis, Calgary répond assurément aux objectifs poursuivis par le règlement, et elle devrait être reconnue comme une région à forte présence francophone.
Enfin, nous souhaitons souligner l'importance de reconnaître les communautés francophones historiques. La francophonie albertaine ne se limite pas à Edmonton et à Calgary. Des communautés comme St. Albert, St. Paul, Plamondon, Lac La Biche, Falher, Donnelly, Rivière‑la‑Paix, Legal, Morinville ou Beaumont ont joué un rôle fondamental dans le développement de notre province, et elles continuent aujourd'hui à contribuer à la vitalité du français.
Nous croyons également qu'il est essentiel d'intégrer un véritable principe de non-recul afin que les droits linguistiques acquis ne puissent être remis en question à la suite de simples fluctuations statistiques.
En conclusion, l'ACFA formule cinq recommandations principales. Permettez-moi de les rappeler brièvement: élargir la désignation applicable à Edmonton; reconnaître Calgary comme une région à forte présence francophone; reconnaître les communautés francophones historiques; intégrer un mécanisme de non-recul; et prévoir une révision du règlement de façon régulière.
Nous croyons que ces ajustements permettraient de mieux refléter la réalité des communautés francophones de l'Alberta et de contribuer à l'épanouissement durable des communautés francophones partout au pays. Nous invitons donc le Comité à recommander des mesures concrètes en ce sens.
Je vous remercie de votre attention. Nous sommes maintenant prêtes à répondre à vos questions.
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Je pense que, si on pouvait élargir les communautés qui sont désignées comme recevant des services bilingues, ça aiderait énormément la communauté francophone.
Il est vrai que nous, les francophones de l'Alberta, « attrapons » l'anglais, plus que nous l'apprenons, mais il reste qu'il est crucial pour nous d'accéder à des services en français. Plus la sphère d'activité est grande, mieux c'est pour la vitalité de la communauté. Ça permet aussi de s'assurer que les services qui sont aussi importants pour tout un chacun sont disponibles dans les deux langues officielles.
On peut bien comprendre que, entre autres pour les services bancaires, ça demande une bonne connaissance de la langue pour avoir accès à cette terminologie dans les deux langues officielles. C'est important pour nous.
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Non. C'est parce que je vois le potentiel de ce qui peut advenir. Présentement, la désignation fait que, en Alberta, seul le quartier francophone serait désigné comme zone qui aurait droit à des services en français. Ce n'est pas acceptable pour la francophonie albertaine.
C'est beaucoup trop petit et beaucoup trop restreint. C'est aussi dangereux. Dans ce quartier, il y a un endroit où on a présentement quelques services. Pour les gens qui connaissent bien Edmonton, c'est autour du centre commercial de Bonnie Doon, mais ce centre commercial n'est pas en très bonne santé, sur le plan financier.
Est-ce que ça deviendrait un obstacle pour certaines entreprises qui décideraient de s'y retirer? C'est possible aussi. C'est à cet égard que nous avons des inquiétudes, mais nous voyons le potentiel des règlements. Ce que nous demandons, c'est une désignation élargie des territoires.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je vous remercie de votre témoignage, madame Lachance. C'est toujours plaisant d'entendre parler de l'Alberta francophone.
Vous avez parlé des communautés francophones en situation minoritaire, soit les communautés francophones historiques.
J'aimerais que vous nous en parliez davantage.
Sur le plan logistique, comment voyez-vous la désignation de ces communautés? Quels seraient les critères?
De quelle façon pourrait-on mettre en œuvre votre suggestion en ce qui a trait aux communautés historiques?
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C'est une excellente question.
Je pense que les communautés historiques devraient travailler avec la communauté francophone pour pouvoir bien les reconnaître.
De notre côté, nous en avons nommé un certain nombre dans notre document. On peut penser à St. Albert, à St. Paul, à Rivière‑la‑Paix, à Donnelly, à Falher, à Legal et à Morinville. Par le passé, on a trouvé des communautés francophones dans ces régions. Selon nous, Calgary est aussi historiquement francophone, si l'on pense à Rouleauville. C'est aussi une communauté en pleine croissance, et elle est une métropole urbaine très importante pour l'Alberta.
Cependant, quand on parle des communautés historiques, nous avons vraiment besoin de voir où étaient les francophones et où ils se trouvent encore. Nous avons vraiment des communautés où la vitalité a besoin d'être appuyée. Nous avons des populations qui sont vieillissantes. Nous avons besoin de nous assurer que le service est disponible pour elles, mais aussi que notre région devienne un pôle d'attraction pour les nouveaux arrivants, qui voient dans ces communautés de l'espoir et une vitalité pour l'avenir.
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Il y a deux volets à votre question.
Premièrement, j'aimerais parler d'une étude qui a été faite, il y a quelques années, avec les étudiants de l'Université de l'Alberta. Cette étude montrait que certains francophones quittaient la province en raison du manque d'occasions de travailler en français ou de travailler en anglais et en français dans la province. Si on pouvait créer, avec les institutions et avec les entreprises privées, des occasions d'emploi bilingues, je pense qu'on y gagnerait tous.
Deuxièmement, la population francophone en Alberta est en pleine croissance, qu'il s'agisse d'immigrants qui arrivent en Alberta ou qui arrivent d'ailleurs au Canada, ou encore d'autres immigrants qui arrivent de l'étranger. Une proportion de 32 % des francophones en Alberta est née à l'extérieur du pays.
Il y a aussi la très grande popularité des programmes d'immersion dans cette province. On parle d'un grand nombre de programmes et de beaucoup d'étudiants. Certains d'entre eux sont confiants, justement, quant à l'idée d'aller au campus Saint‑Jean et de faire leurs études postsecondaires en français. Je crois qu'il est important de continuer à appuyer la francophonie tout au long du parcours de vie des gens.
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Je pense qu'il faut absolument stabiliser les services que nous offrons. Il est évident que les données du recensement aux cinq ans seront utiles pour pouvoir établir où sont les besoins.
Le principe de non-recul nous force à prendre un engagement de 10 ans, finalement, avant de décider de faire le contraire. Je pense que ça en vient aussi à la question de la façon dont on désigne les régions et de la façon dont on reconnaît le nombre de francophones qui ont accès à des services en français.
Il y a quelques minutes, nous parlions de la question du pourcentage en Alberta. Parfois, ce pourcentage nous nuit, parce que la population est partout dans la province. Nous avons vraiment besoin de regarder le nombre de francophones que nous pourrions servir et la manière dont nous pourrions mieux les servir. Si nous regardons où sont bâties les écoles francophones et où nous pouvons créer un milieu de vie avec plus d'occasions d'utiliser les deux langues officielles, je crois que nous en sortons tous gagnants.
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Quand on regarde nos chiffres concernant la population, on se rend compte que le nombre de francophones qui vivent à Edmonton est à peu près le même que le nombre de francophones qui vivent à Calgary. On peut à peine penser qu'on pourrait avoir autant de gens qui ne seraient pas servis en français.
Je pense qu'il faut vraiment fournir le plus d'occasions possible d'offrir des services dans les deux langues officielles et reconnaître les besoins d'une communauté. Je comprends la question du pourcentage, mais j'ai presque le goût de retourner à l'époque où j'étais conseillère scolaire et où on utilisait l'expression « là où le nombre le justifie ».
Je pense qu'il faut faire attention. En utilisant seulement le pourcentage, on nuit parfois aux communautés comptant un nombre important de francophones, mais qui peuvent être en pleine croissance et où le pourcentage pourrait être réduit. C'est le cas en Alberta, où on a crû rapidement, mais notre pourcentage ne suit pas nécessairement cette réalité.
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C'est une excellente question.
Je pense que ça dépend de l'endroit où nous sommes, à Edmonton. Ça dépend aussi de la chance que nous avons.
Est-ce qu'on entend plus de français aujourd'hui que quand je suis arrivée en 1999? Absolument. Le fait que nous soyons 260 000 francophones, ça change la donne. Nous le sentons sur le terrain quand nous cherchons des services.
Est-ce que nous avons accès à la gamme entière de services en français, même chez les entreprises privées de compétence fédérale? La réponse est non.
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Merci, monsieur Beaulieu.
Avant de passer au deuxième tour de questions, je dois m'adresser à Mme Lachance. Les techniciens vous demandent de débrancher votre casque d'écoute et de le rebrancher. Ils pensent que ça pourrait résoudre le problème.
Nous pouvons maintenant continuer.
Chers collègues, nous passons au deuxième tour de questions, mais je vais devoir réduire le temps de parole de chacun d'entre vous.
Monsieur Godin, vous avez la parole pour quatre minutes.
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L'ACFA n'a pas été consultée.
Ne seriez-vous pas les meilleures personnes pour reconnaître ces régions?
Vous parlez de participation, mais, au-delà de ça, le constat qui a été fait par le gouverneur en conseil ou les fonctionnaires de Patrimoine canadien fait qu'une simple partie d'Edmonton est désignée.
Cela veut dire qu'ailleurs, on n'appliquera pas une loi pour obliger les entreprises de compétence fédérale à servir leurs clients en français.
Trouvez-vous ça normal?
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je souhaite la bienvenue aux témoins.
Dans des régions qui sont majoritairement anglophones, on trouve de petites communautés francophones, notamment en Nouvelle-Écosse. Je vois que c'est la même chose en Alberta.
Quelles sont les priorités?
Quels services sont maintenant disponibles en français dans les régions, à Calgary ou à Edmonton, pour la population francophone, que ce soit au sein des gouvernements provinciaux et du gouvernement fédéral, ou encore dans les entreprises de compétence fédérale?
Je pense que la disposition de non-recul est très importante. Sinon, c'est un peu comme si on revenait au critère du « là où le nombre le justifie ». On a modifié les indicateurs linguistiques afin de faire augmenter la proportion de gens appartenant à une communauté de langue officielle minoritaire hors Québec. Les chiffres s'en trouvent artificiellement gonflés, et le gouvernement trouve ainsi légitime de ne rien faire ou de laisser aller les choses.
Selon moi, la disposition de non-recul devrait aussi s'appliquer à la Loi sur les langues officielles, même en tenant compte de la cible de réparation en matière d'immigration francophone pour certaines communautés historiques.
Qu'est-ce que vous en pensez?
Si on regarde les données sur la principale langue d'usage à la maison en Alberta, on constate qu'elle est passée de 1,4 % en 1971 à 0,7 % en 2021. Je pense qu'elle va probablement augmenter avec l'arrivée des immigrants francophones. Ça ne sera peut-être pas visible dans le prochain recensement, mais ça va finir par paraître. De plus, si on réussit à intégrer ces gens, je pense que ça va vous aider beaucoup.
Qu'est-ce que vous en pensez?
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Nous sommes d'accord là-dessus.
Vous avez parlé de réévaluer la désignation des régions à forte présence francophone tous les 10 ans, c'est-à-dire de passer le cap des deux recensements.
En ce qui concerne la disposition de non-recul, pourquoi des régions doivent-elles être mises sous surveillance d'un recensement à l'autre?
Ne pourrait-on pas plutôt adopter une disposition ou demander que le ministère prévoie un mécanisme beaucoup plus exigeant?
Si nous voulons faire grandir la francophonie au Canada, notamment en Alberta, nous ne devrions pas mettre à risque une région d'un recensement à l'autre, mais — comme vous l'avez dit — nous devrions vivre en tenant compte des communautés historiques et nous assurer que les communautés grandissent. Nous voulons faire grandir le français au Canada. Alors, il faut se donner les moyens de le faire.
Qu'en pensez-vous?
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Je vous invite à nous alimenter là-dessus. Vous êtes peut-être capables de nous proposer quelque chose de plus concret basé sur ce que nous venons de dire. Il y a peut-être une occasion à saisir là.
Vous avez parlé de communautés historiques. Comment peut-on exclure des régions qui ont fait grandir le fait français en Alberta et qui ont permis à l'Association canadienne-française de l'Alberta de souligner son 100e anniversaire cette année?
Je parle notamment de St. Albert et de St. Paul. Vous en avez nommé d'autres. Il y a là une incohérence. D'un côté, on dit qu'on veut arrêter le déclin du français, de l'autre, on est en train d'étouffer ces petites régions. Selon moi, leur nombre est justifié, même s'il n'est pas grand.
Comment pourrait-on définir l'expression « là où le nombre le justifie »?
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Merci, madame Mingarelli.
Au nom du Comité, j'aimerais vous remercier, mesdames Lachance et Laurin. Je suis très content de vous voir, et je sais que c'est un sentiment partagé par tout le monde. Chaque fois que je vous rencontre, que ce soit en Alberta ou ici, j'apprends beaucoup de choses. Je pense que ça aide beaucoup le Comité, quand vous venez nous rencontrer.
Nous vous remercions du travail que vous faites ainsi que de votre témoignage aujourd'hui.
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Chers collègues, bienvenue de nouveau à la réunion n
o 39 du Comité permanent des langues officielles.
Conformément à l'article 108(3)f) du Règlement et à la motion adoptée le 21 avril, nous poursuivons notre étude de l'avant-projet de règlement sur l'usage du français dans les entreprises privées de compétence fédérale.
Avant d'accueillir nos témoins, j'aimerais m'excuser pour une omission que j'ai faite plus tôt. Je souhaite toujours la bienvenue aux participants qui sont ici en remplacement et qui ne sont pas membres permanents. J'aimerais donc souhaiter la bienvenue à M. Kram et à M. Gourde à la réunion d'aujourd'hui. Merci d'être avec nous.
Je vais maintenant souhaiter la bienvenue à nos témoins.
Nous accueillons Eva Ludvig, présidente de Talking. Advocating. Living in Quebec, ainsi que Marion Sandilands, avocate.
Bienvenue. Vous avez cinq minutes pour prononcer votre allocation d'ouverture, et nous passerons ensuite aux questions de la part des députés.
La parole est à vous, vous avez cinq minutes.
[Français]
Monsieur le président, membres du Comité, bonjour.
[Traduction]
Je vous remercie de me donner l'occasion de m'exprimer ici au nom de TALQ, qui représente la communauté linguistique minoritaire anglophone du Canada, à savoir la communauté anglophone du Québec. Je suis Eva Ludvig, présidente de TALQ, et je suis accompagnée de notre avocate, Marion Sandilands.
Avant d'aborder le règlement, je tiens à souligner brièvement que le Comité joue un rôle important dans l'examen du cadre des langues officielles du Canada, notamment la Loi sur les langues officielles et les enjeux touchant les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Nous apprécions l'occasion qui nous est donnée de contribuer à vos travaux.
Plus de la moitié des Canadiens vivant dans des communautés de langue officielle en situation minoritaire sont des Québécois anglophones. Notre communauté constitue une partie importante du paysage des langues officielles du Canada, et le TALQ se réjouit de pouvoir faire valoir son point de vue dans le cadre de vos délibérations.
[Français]
TALQ appuie les mesures visant à protéger et à promouvoir le français au Canada. Ce n'est toutefois pas la question dont nous débattons aujourd'hui. Le français mérite un appui soutenu, et le gouvernement fédéral a un rôle légitime à jouer à cet égard.
[Traduction]
Ce qui nous préoccupe, c'est le modèle établi dans la Loi sur l'usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale et dans le règlement à l'étude. À notre avis, ce cadre marque un écart important par rapport à l'approche traditionnelle du Canada en matière de dualité linguistique dans les domaines de compétence fédérale.
Historiquement, la politique linguistique fédérale a toujours traité le français et l'anglais de manière égale, reposant sur la dualité linguistique et le respect des deux communautés de langue officielle en situation minoritaire. Le nouveau régime instaure en revanche une protection détaillée du français dans les entreprises privées de compétence fédérale sans prévoir de protections correspondantes pour la minorité anglophone du Québec. Ce changement oriente la politique fédérale vers une approche plus territoriale au sein des secteurs fédéraux.
Le projet de règlement établit également un régime de conformité substantiel: déclarations, rapports, comités, évaluations et mécanismes d'application. Si les grandes entreprises peuvent s'en accommoder, les petites entreprises et les nouveaux arrivants risquent de devoir faire face à des coûts supplémentaires et à une complexité accrue. Cela revêt une importance particulière, car les secteurs sous réglementation fédérale, tels que les banques, les télécommunications, les transports et la logistique dépendent d'une intégration nationale et de règles prévisibles. Une couche de conformité spécifique au Québec aura des conséquences opérationnelles concrètes.
L'un des impacts probables concerne les marchés du travail. Ce régime renforcera les incitations à privilégier le français dans le recrutement et l'avancement professionnel. Si cela profite aux travailleurs bilingues, les Québécois anglophones unilingues ou ayant une maîtrise moins bonne du français, les nouveaux arrivants qui s'intègrent par le biais de l'anglais et certains travailleurs plus âgés risquent d'avoir un accès réduit aux opportunités dans ces secteurs.
Ces secteurs permettent depuis longtemps aux Québécois anglophones d'accéder à des emplois partout au Canada tout en restant ancrés au Québec. Toute restriction de cet accès a des répercussions sur les revenus, la mobilité et la confiance dans les institutions fédérales.
Il y a également une dimension liée aux services. La Loi renforce le droit de recevoir des services en français, mais ne crée pas de droit équivalent en anglais au Québec. Sur certains marchés, les services en anglais se poursuivront, mais sur d'autres, ils pourraient devenir moins réguliers ou plus aléatoires, ce qui affectera particulièrement les membres vulnérables de la communauté.
Les citoyens, les employés d'entreprises et les communautés minoritaires ont le droit de savoir comment la loi fédérale sera appliquée. Il y a également une question relative à la partie VII. Le a l'obligation non seulement de promouvoir le français, mais aussi de renforcer la vitalité des deux communautés de langue officielle en situation minoritaire, y compris la communauté anglophone du Québec. Nous estimons donc que la mise en œuvre aurait dû s'accompagner d'une analyse claire de la partie VII, présentant les consultations, les éléments probants, les répercussions et les mesures d'atténuation. Sans cela, le Parlement ne peut évaluer si le régime est pleinement conforme à la Loi sur les langues officielles.
En vertu de l'article 37 de la Loi, le Comité a pour mission permanente d'examiner la mise en œuvre de la Loi, y compris ses effets sur la communauté anglophone du Québec. Afin de soutenir cette mission, le règlement devrait prévoir des mécanismes solides de suivi et de production de rapports permettant au Parlement et au public d'en évaluer les répercussions concrètes.
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Le Canada peut protéger le français sans compromettre la dualité linguistique, la compétitivité économique ni la confiance des 1,3 million de Québécois anglophones dans la capacité du Parlement à défendre les deux langues.
[Français]
Comme nous l'avons dit dès le départ, la question n'est pas de savoir si le français doit être protégé; il doit l'être. La véritable question est de savoir comment le faire en respectant la dualité linguistique et les deux communautés de langue officielle en situation minoritaire.
[Traduction]
Nous estimons que c'est possible, mais uniquement à condition de garantir la transparence, d'assurer un suivi, de mettre en place des mesures d'atténuation et d'avoir la volonté de corriger le tir, au besoin.
Merci.
:
Merci, monsieur le président.
Merci, mesdames Ludvig et Sandilands, d'être parmi nous en personne. C'est beaucoup plus facile pour nous, comme députés, de faire notre travail.
J'aimerais poser une question existentielle.
Madame Ludvig, vous connaissez la situation en Amérique du Nord. Le Québec est la seule province dont la langue commune est le français dans un océan d'anglophones.
Cela dit, aidez-nous à vous aider. Si vous étiez législatrice, comment mettriez-vous en place une loi pour les entreprises privées afin d'arrêter le déclin du français au Québec?
:
Je partage votre vision.
Maintenant, je veux juste vous dire que la Loi sur les langues officielles et la partie 2, qui est la LUFEP, sont là pour protéger les deux langues officielles. Il ne faut pas mettre en opposition le français et l'anglais. Il faut travailler de concert.
Vous dites que les unilingues anglophones peuvent être brimés quant à leur accès à des emplois, mais c'est la même chose pour les francophones. Le problème, madame Ludvig, c'est l'unilinguisme. Pourquoi ne pas travailler main dans la main pour valoriser le bilinguisme?
:
Je suis tout à fait d'accord.
La communauté anglophone comprend l'importance de cette question au Québec et a fait d'énormes progrès dans l'apprentissage du français et dans l'utilisation de cette langue au travail. En effet, 94 % des Québécois anglophones sont capables de tenir une conversation en français.
Cependant, tout comme pour un francophone bilingue vivant hors du Québec, il est important que nous continuions à bénéficier des services des organismes fédéraux auxquels nous avons droit, en tant que communauté linguistique minoritaire, ainsi que de la possibilité de faire carrière au sein de ces organismes. Il existe, en interne, des postes qui ne nécessitent pas de communiquer avec le public dans les deux langues. Cela ne pose aucun problème. On peut travailler seul. Cela nous donne la possibilité, comme je l'ai mentionné, de travailler au sein de ces organismes fédéraux, qui sont d'envergure nationale. On peut faire carrière à l'échelle nationale tout en restant dans la province que l'on aime et où l'on souhaite travailler.
Je suis tout à fait d'accord avec vous. Nous devrions être de plus en plus bilingues. En tant que Québécois anglophones, nous comprenons l'importance de pouvoir parler français et de travailler en français. Nous voulons simplement être respectés en tant que Québécois anglophones également.
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Absolument. Je vous comprends, mais il faut aussi comprendre que la Loi sur les langues officielles est là pour protéger les deux langues officielles par rapport aux autres langues.
Je conviens que, la communauté de langue officielle en situation minoritaire au Québec, c'est celle des anglophones. On ne travaille pas contre eux. Cependant, il faut aussi se donner les moyens d'arrêter le déclin du français.
Êtes-vous capable d'admettre, madame Ludvig, que, la langue la plus vulnérable au Québec, c'est le français?
:
Merci, monsieur le président.
Bonjour, mesdames. Je vous remercie, toutes les deux, d'être ici.
Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, quand nous nous sommes rencontrés, je suis député de Brome—Missisquoi, dans les Cantons de l'Est. Il y a une communauté anglophone qui représente à peu près 20 % de la population de Brome—Missisquoi. J'en suis très heureux, parce que les deux communautés travaillent très bien ensemble, et elles font rayonner toute la région. Elles font beaucoup d'événements ensemble dans cette région.
Cela dit, j'ai lu votre mémoire, qui est assez complet. C'est le moins qu'on puisse dire.
Selon vous, la Loi sur l'usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale atteint-elle un équilibre adéquat entre la promotion du français et le respect des droits des travailleurs anglophones du Québec?
Veuillez m'en informer, si ça arrive encore une fois. Si nous avons besoin de recommencer, nous allons le faire.
Je suis conscient que nous n'avons pas beaucoup de temps avec les témoins, et je veux le maximiser.
Monsieur Villeneuve, vous avez encore deux minutes.
[Traduction]
Il vous reste deux minutes.
:
Vous devriez le savoir, puisque c'est votre domaine.
Vous regardez juste les données relatives à l'anglais, et l'anglais est en progression au Québec. Pour ce qui est du reste du Canada, on n'en parle même pas. Dans le fond, le problème, c'est que, ailleurs qu'au Québec, l'anglais est la langue commune et la langue d'intégration des immigrants. Au Québec, environ 50 % des nouveaux arrivants choisissent l'anglais. La langue commune, à Montréal, c'est souvent l'anglais. Pour assurer l'avenir du français, il faudrait réussir à intégrer 90 % des nouveaux arrivants.
Êtes-vous d'accord sur le fait que nous avons le droit de nous y attendre? Au Québec, nous accueillons des immigrants, et ça nous fait plaisir...
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Êtes-vous d'accord pour que le français soit la langue commune au Québec?
Il ne peut pas y avoir deux langues communes. Dans le fond, l'erreur de raisonnement, à mon avis, c'est que les langues sont en concurrence. On ne peut pas nier ça. Plus le français progresse, plus l'anglais régresse. Si tout le monde était bilingue, le choix irait toujours vers la langue majoritaire. Tant qu'on est au Canada et en Amérique du Nord, la langue majoritaire, c'est l'anglais.
C'est normal pour les nouveaux arrivants de vouloir aller du côté de l'anglais, puisque c'est la langue de la majorité. Même au Québec, c'est ce qu'on perçoit. Justement, les institutions fédérales fonctionnent principalement en anglais. Nous avons entendu toutes sortes de témoignages là-dessus. Les institutions et les services publics fédéraux sont les endroits où les gens travaillent le moins en français.
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Merci, monsieur le président.
Madame Ludvig, je suis complètement d'accord avec mon collègue M. Godin quand il dit que le Québec se trouve dans un océan d'anglophones. Vous savez très bien que, pour les francophones au Québec, la langue, la culture, c'est une valeur, c'est une identité, c'est un héritage pour ces gens. Chaque être humain doit protéger ces éléments.
Est-ce que les Canadiens dans les autres provinces prennent cette particularité en considération? Est-ce qu'ils comprennent l'inquiétude des Québécois par rapport à la préservation de leur héritage et de leurs valeurs?
Quelle est votre opinion sur cette question?
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Merci, monsieur le président.
Avant d'aller plus loin, j'aimerais revenir sur l'ajournement du débat à propos de la motion que j'avais proposée. Celui-ci a été proposé le 26 mai dernier. J'aimerais rouvrir le débat au sujet de cette motion.
Je rappelle que, le 5 mars 2021, , qui était alors ministre des Langues officielles, avait tout simplement publié un communiqué de presse pour annoncer la création d'un comité d'experts. Le but était de permettre aux gens de bien travailler et d'offrir des outils en lien avec la préparation du projet de loi sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles.
Mélanie Joly avait préparé un livre blanc, mais il y a eu un rebrassage des rôles des ministres, et Mme Joly avait malheureusement perdu ce portefeuille. C'est Mme qui a récupéré cette responsabilité. En fait, je me trompe peut-être dans la chronologie. Il s'agit peut-être de M. Boissonnault, mais ce n'est pas important dans l'histoire. Ce qui est important, c'est la finalité.
Nous avions eu un débat, au Comité permanent des langues officielles, le 26 mai, et les libéraux avaient voté contre la motion que j'avais proposée. Elle demandait tout simplement que le Comité reçoive les résultats de l'étude du comité d'experts. Ça nous aurait permis de donner à Patrimoine canadien des outils pour être encore plus efficace. Nous n'avons jamais vu les résultats de cette étude du comité d'experts.
Je vais faire la lecture de la motion du 26 mai, dans laquelle je demandais...
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Je suis conscient du fait qu'il ne reste qu'une minute à la réunion. On peut faire des rappels au Règlement et avoir des discussions, et c'est aux membres du Comité de décider comment ils veulent faire les choses.
Cela dit, je ne savais pas si vous vouliez rouvrir le débat. Ce n'était pas clair pour moi. Je l'ai compris plus tard dans votre présentation. Quand j'ai compris que vous proposiez une motion dilatoire, j'aurais dû vous interrompre. Je ne l'ai pas fait, parce que j'ai traité ce que vous disiez comme faisant partie de vos deux minutes de temps de parole.
Si je vous avais interrompu après 30 ou 45 secondes, nous serions passés au vote avant de revenir à la réunion.
Maintenant, la réunion est presque terminée. Je ne sais pas si c'est important, mais, ce que je propose, c'est de passer au vote sur la motion dilatoire. Si la motion est rejetée, nous allons revenir à la réunion, qui est presque terminée.
De plus, je vous rappelle que vous avez pratiquement épuisé vos deux minutes de temps de parole.
Donc, est-ce que vous invoquez le Règlement?
:
Ce n'était pas clair pour moi. Techniquement, si vous voulez proposer une motion dilatoire, il faut utiliser un langage précis, et je ne l'ai pas entendu. Nous pouvons lire les bleus pour voir si je l'ai manqué. Je n'ai pas entendu ce langage, donc c'est pour ça que je vous ai laissé parler pendant deux minutes. Honnêtement, c'était vraiment pour vous donner la liberté de vous exprimer, parce que je voyais que vous aviez quelque chose à dire.
C'est ma réponse pour vous, monsieur Godin.
C'est aussi ma réponse pour vous, monsieur Beaulieu.
Donc, je propose que nous passions au vote sur la motion dilatoire.
Plaît-il au Comité d'adopter la motion?
(La motion est rejetée par 6 voix contre 5. [Voir le Procès-verbal])
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Merci, madame Ludvig et madame Sandilands.
Je vous ai écoutées et ma question est la suivante. Évidemment, quand vous parlez de règles égales en matière de dualité anglais-français, ce que l'on fait dans le reste du Canada, c'est d’identifier les territoires où se trouve une capacité francophone que l'on veut préserver. Par conséquent, on ne dit pas que les services devront être offerts uniquement en français. Il faut inclure le français, sachant que l'anglais est présent. On vise le bilinguisme.
Pourriez-vous préciser si vous souhaitez que le même exercice soit fait au Québec pour déterminer où il y a une masse critique d'anglophones afin d'y assurer le bilinguisme, ce qui correspond davantage à la situation au Québec? Je veux simplement bien comprendre votre demande.