:
Je déclare la séance ouverte.
[Français]
Bonjour, tout le monde.
[Traduction]
Bienvenue à cette 35e séance du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes. Conformément à l'ordre de renvoi du 2 avril 2026, le Comité poursuit et achèvera, je l'espère, son examen du projet de loi , Loi modifiant le Code criminel en ce qui concerne les ordonnances de dédommagement.
Conformément au Règlement, la séance d'aujourd'hui se déroule en format hybride. Les députés sont présents dans la salle ou nous parviennent de l'extérieur au moyen de l'application Zoom. Je pense que tout le monde a effectué correctement ses tests de son sur Zoom. Tout devrait bien se passer de ce côté‑là.
Je voudrais formuler quelques observations à l'intention de nos témoins et des membres du Comité. Avant de prendre la parole, veuillez attendre que je vous invite à le faire en vous désignant par votre nom. Pour ceux qui participent par vidéoconférence, cliquez sur l'icône du microphone pour activer votre micro. Veuillez mettre ce dernier en sourdine lorsque vous ne parlez pas. Ceux qui utilisent Zoom peuvent voir les différentes options au bas de leur écran et choisir l'interprétation qui leur convient. Vous avez le choix entre le parquet, le français et l'anglais. Pour ceux qui se trouvent dans la salle, vous pouvez utiliser votre oreillette et sélectionner le canal souhaité sur votre appareil.
Je vous rappelle que toutes les interventions doivent être adressées à la présidence. Les membres ici présents qui souhaitent intervenir n'ont qu'à lever la main. Ceux qui sont sur Zoom doivent utiliser la fonction « Lever la main ». Le greffier et moi-même gérerons l'ordre des interventions du mieux que nous pourrons. Nous vous remercions de votre patience et de votre compréhension à cet égard.
Nous accueillons aujourd'hui, et ce pour la première heure, Cristina Scarpellini, de l'association Angels of Hope Against Human Trafficking. Elle en est la fondatrice et nous rejoint par vidéoconférence. De l'organisme Go‑Give Project, nous accueillons Evie Ali, directrice générale.
Nous vous souhaitons la bienvenue à toutes les deux.
Nous allons commencer par Mme Scarpellini. Vous avec cinq minutes pour nous livrer votre déclaration liminaire.
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Madame la présidente, mesdames et messieurs les membres du Comité, je vous remercie de me donner l'occasion de m'adresser à vous aujourd'hui.
Je m'appelle Cristina Scarpellini et je suis la fondatrice et directrice générale d'Angels of Hope Against Human Trafficking, un organisme de bienfaisance canadien enregistré qui offre un accompagnement à long terme tenant compte des traumatismes subis aux survivants de la traite des personnes et de l'exploitation sexuelle, ainsi qu'aux personnes exposées à ce risque. Depuis la création d'Angels of Hope en 2015, j'ai eu le privilège d'accompagner des survivantes et des survivants qui souhaitaient reconstruire leur vie après avoir subi certaines des formes d'abus les plus dévastatrices que l'on puisse imaginer. Dans le cadre de ce travail, j'ai été témoin des préjudices profonds que cause la traite des personnes, mais aussi de la résilience remarquable des survivants qui refusent de laisser le fait d'avoir été exploités définir qui ils sont.
Angels of Hope vient en aide aux survivants de tous âges, de tous genres et de tous horizons à l'échelle de l'Ontario. Nous proposons des services gratuits et bilingues dans un environnement sécuritaire et bienveillant qui tient compte des traumatismes. Notre approche est centrée sur les survivants et la réduction des risques. Nous reconnaissons que la guérison n'est pas un processus linéaire et que le rétablissement nécessite du temps, de la confiance et un accompagnement de longue haleine. À ce jour, Angels of Hope a fourni des services d'accompagnement à long terme à plus de 400 survivants et aux familles de ces derniers.
Les récits des différents survivants diffèrent entre eux, mais il existe un point commun: les effets négatifs de la traite des personnes ne s'arrêtent malheureusement pas lorsque l'exploitation prend fin. Le traumatisme peut durer des années. Les survivants ont souvent besoin d'un accompagnement psychologique continu, d'un traitement contre la dépendance, d'une aide au logement, d'une formation, d'un accompagnement à l'emploi et d'une réinsertion sociale. Le financement peut prendre fin, mais le traumatisme, lui, ne s'en va pas.
Notre soutien au projet de loi s'appuie sur ce que nous constatons chaque jour sur le terrain. Lorsqu'un trafiquant exploite une victime, les répercussions s'étendent bien au‑delà de cette seule personne. Les répercussions se font sentir au sein des familles, des collectivités, du système de santé, des services sociaux, des forces de l'ordre et des organismes qui interviennent pour fournir un soutien et des services de rétablissement. Depuis des années, des associations et organismes de bienfaisance et des organismes de première ligne comme la nôtre travaillent sans relâche pour faire face aux conséquences de la traite des personnes. Nous proposons des services de counselling, de défense des droits, de gestion de cas, d'accompagnement en situation de crise et de prise en charge à long terme. Nous sommes d'avis que les survivants méritent tous qu'on leur donne la chance de guérir et de reconstruire leur vie.
La réalité, c'est que les coûts des rétablissements sont considérables. Trop souvent, ces coûts sont assumés par les survivants, leurs familles, les organismes communautaires et les contribuables. Pendant ce temps, les personnes responsables de ces préjudices sont rarement tenues de contribuer de manière significative à réparer les pots cassés. Le projet de loi reconnaît un principe important: ceux qui causent du tort devraient assumer une plus grande responsabilité dans la gestion de ses conséquences. Ce texte de loi reconnaît l'impact réel et mesurable de la traite des êtres humains sur les victimes et les organisations qui les soutiennent. Il reconnaît que le rétablissement n'est pas immédiat, que les services sont essentiels et que les organisations de première ligne jouent un rôle crucial pour aider les survivants à aller de l'avant. À nos yeux, le projet de loi C‑238 renforce la responsabilisation. Il envoie le message que la traite des personnes ne se limite pas à un crime commis à l'encontre de victimes particulières. C'est un crime qui engendre des coûts sociaux et économiques durables dont les répercussions se font sentir dans des collectivités entières. Plus important encore, ce projet de loi reconnaît ce que les survivants ne cessent de nous répéter, c'est‑à‑dire que le rétablissement nécessite un accompagnement, et que cet accompagnement nécessite des ressources.
Aucune loi ne suffira à elle seule à mettre fin à la traite des personnes. Nous avons besoin de mesures de prévention, d'éducation, d'application de la loi, de services aux survivants, de logements, de soutien en santé mentale et d'investissements à long terme dans le rétablissement. Cela étant dit, le projet de loi constitue une avancée importante, car il reconnaît les pressions que subissent les survivants et les organismes qui leur viennent en aide. Ayant moi-même consacré plus d'une décennie à soutenir les survivants, je pense que ce projet de loi tient compte tant de l'équité que de la responsabilisation. Les survivants ne devraient pas avoir à porter seuls le fardeau du rétablissement. Idem pour les familles et les collectivités. Les organismes qui fournissent un soutien essentiel comme celui‑là ne devraient pas porter ce fardeau à eux seuls.
Au nom de l'association Angels of Hope Against Human Trafficking et des survivants que nous accompagnons, je tiens à remercier le Comité de l'attention qu'il porte à cette question ainsi qu'aux mesures visant à renforcer la responsabilisation et à soutenir ceux et celles qui sont touchés par la traite des personnes. La traite des personnes prospère dans le silence, le secret et la vulnérabilité des victimes. En soutenant les survivants, en renforçant la responsabilisation et en investissant dans le rétablissement, nous pourrons bâtir des collectivités plus sécuritaires et créer un avenir où le nombre de personnes victimes de ces pratiques ira en décroissant.
Merci de m'avoir écoutée. Je me tiens à votre disposition pour répondre à vos questions.
Je m'appelle Evie Ali et je suis cofondatrice et directrice générale du Go‑Give Project. Notre organisme est établi dans la région métropolitaine de Sudbury.
Le Go‑Give Project a vu le jour sous la forme d'un petit organisme local. Aujourd'hui, nous sommes devenus un organisme de bienfaisance en bonne et due forme financé par la municipalité. Notre action s'inscrit dans un cadre d'intervention d'urgence et elle se situe à la croisée de maints domaines, à savoir la toxicomanie, l'itinérance, la pauvreté, la santé mentale et la gestion de crises.
Notre personnel propose des services de proximité, un centre d'accueil, une intervention en cas de surdose, une orientation vers les ressources, des interventions en cas de crises et l'application de méthodes de désescalade. Le soutien continu que nous apportons aux personnes les plus vulnérables de notre collectivité nous permet de constater de nos propres yeux les répercussions profondes de la victimisation. À travers notre travail, nous sommes témoins des conséquences marquées de la violence et de l'instabilité financière, qui touchent généralement ceux qui sont les moins bien armés pour naviguer dans des systèmes complexes.
Bien que notre organisme n'offre pas de services juridiques, nous constatons chaque jour les répercussions que la criminalité et la victimisation ont sur nos semblables. Bon nombre des personnes que nous accompagnons ont été victimes de vols, d'agressions, de fraudes, d'exploitation, de violences conjugales et de dommages matériels. Pour celles et ceux qui vivent déjà dans la pauvreté ou l'instabilité, même la plus petite perte financière peut être dévastatrice. Le remplacement des pièces d'identité, des médicaments, des téléphones portables, des vêtements ou des effets personnels, ou encore l'organisation d'un transport d'urgence peuvent être des obstacles majeurs au rétablissement et nuire énormément à la stabilité en matière de logement, à l'emploi et à la sécurité personnelle.
Les ordonnances de dédommagement peuvent être une façon très efficace de reconnaître le préjudice financier causé par la criminalité. Cependant, dans la pratique, de nombreuses victimes peinent à se débrouiller avec le système judiciaire et ont souvent de la difficulté à obtenir un dédommagement de bonne tenue, voire à comprendre les procédures qui sont à leur disposition. Du point de vue des acteurs de terrain, toute mesure qui améliore la sensibilisation au dédommagement, renforce l'accessibilité et réduit les obstacles pour les victimes, constitue une avancée positive. On ne devrait pas attendre des victimes qu'elles se débrouillent seules dans des procédures complexes, en particulier lorsqu'elles traversent une période de traumatisme et d'incertitude.
Alors que le Parlement examine le projet de loi , j'encourage les députés à tenir compte non seulement du cadre juridique des ordonnances de dédommagement, mais aussi des réalités concrètes auxquelles sont confrontées les victimes, en particulier celles qui sont marginalisées, qui vivent dans la pauvreté, qui sont sans domicile fixe ou qui sont aux prises avec des problèmes de dépendance ou de santé mentale. Le système judiciaire fonctionne au mieux lorsque les personnes qui ont subi un préjudice se sentent écoutées et soutenues tout au long de la procédure. À lui seul, le dédommagement financier ne suffit pas à effacer un traumatisme, mais un accès effectif à cette réparation peut contribuer à restaurer la dignité, la stabilité et un sentiment de justice.
Merci. Je serai heureux de répondre à vos questions.
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Merci, madame la présidente. Félicitations pour votre première réunion en tant que présidente, présidente depuis le début de la séance, s'entend.
Merci aux témoins de leur présence.
Je vais commencer par vous, madame Ali.
Tout d'abord, merci pour le travail que vous accomplissez. Dans les collectivités d'un peu partout au pays, nous avons tous constaté les problèmes que vous soulevez, et nous sommes extrêmement reconnaissants envers les personnes qui ont le cœur et la volonté de se mobiliser et de tenter quelque chose pour remédier à ces problèmes.
Je souhaitais aborder plus en détail le travail que vous effectuez, en particulier auprès des personnes souffrant de dépendances. Vous avez mentionné des actions en matière de réduction des risques. À quelle forme de réduction des risques faites-vous référence et dans quelle mesure votre organisme y prend‑il part?
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C'est tout à fait pertinent lorsque nous parlons de la façon dont les politiques en matière de drogues se traduisent dans les rues et au sein de différents organismes d'un peu partout au pays. Nous avons deux points de vue distincts. Certains organismes sont plus enclins à dire que le rétablissement est la chose à faire et qu'il faut lui donner la priorité. D'autres, en revanche, prônent ce qui, selon moi, revient en réalité à encourager les consommateurs de drogues, c'est‑à‑dire leur donner accès aux substances mêmes qui sont à l'origine de leurs problèmes.
Dans les collectivités qui se sont dotées d'un programme d'approvisionnement sécuritaire, nous avons en outre constaté une forte augmentation des cas de détournement: les drogues fournies dans le cadre du programme sont parfois revendues à des étudiants, tandis que la personne à qui elles ont été remises utilise l'argent ainsi obtenu pour acheter la drogue plus puissante qu'elle souhaite réellement. C'est tout à fait pertinent si l'on parle de créer un circuit dans lequel un organisme recevrait du financement pour ensuite participer à des activités qui aggravent la situation.
Si vous ne souhaitez pas répondre, ce n'est pas grave. Je tiens simplement à souligner pourquoi c'est un enjeu si important ici.
Madame Scarpellini, je vais maintenant m'adresser à vous.
En ce qui concerne la traite des personnes, dans le cadre d'un projet de loi antérieur, nous avions tenté d'examiner de près ce phénomène et l'absence de sanctions sévères à cet égard. Paul Brandt, un chanteur de country qui a accompli un travail considérable dans ce domaine, a souligné que la traite des personnes n'est pas un problème que l'on peut imputer à une communauté en particulier. Elle est littéralement omniprésente. Je me demande si vous pourriez, dans la minute qui me reste, nous décrire à quoi cela ressemble dans le nord de l'Ontario.
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Merci, madame la présidente.
Je tiens tout d'abord à remercier Mme Scarpellini et Mme Ali pour les nombreuses réunions qu'elles ont eues avec moi et pour nos discussions, qui ont vraiment contribué à donner corps à ce projet de loi. Je tiens également à les remercier de leur présence au sein du Comité aujourd'hui.
Madame Scarpellini, vous avez expliqué que les survivants, leurs familles et leur communauté ne devraient pas avoir à porter seuls le fardeau du rétablissement. Cette affirmation témoigne de l'importance des services de soutien proposés non seulement à Sudbury, mais aussi dans toutes les collectivités du Canada. Pouvez-vous nous parler de l'importance de ces services pour les victimes de ces crimes?
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Je tiens toujours à répéter et à souligner que personne ne se réveille un beau matin et décide de mener ce mode de vie. Il y a toujours une succession d'événements ou un événement marquant qui mène une personne là où elle se trouve aujourd'hui, que ce soit dans un campement, une cellule de prison, le trottoir ou la rue. Personne ne se réveille en se disant: « Aujourd’hui, j’ai envie d’essayer la drogue et de gâcher ma vie. Aujourd’hui, j’ai envie de mettre ma vie en danger et de perdre ma famille. » Personne ne se réveille et fait ce choix. Il y a toujours une cause sous-jacente et une circonstance sous-jacente. Les choses remontent parfois à la toute petite enfance. Parfois, quelque chose s'est passé au cours de notre parcours de croissance, pendant notre passage à l'âge adulte.
Je ne saurais trop insister sur ce point. On entend tellement souvent dire qu’ils ne veulent pas d’aide ou qu’ils ne veulent que de la drogue. Ce n'est tout simplement pas la réalité. Nous devons composer avec des systèmes fondés sur des politiques obsolètes qui continuent de stigmatiser les personnes concernées et de les empêcher d'accéder à l'aide dont elles ont besoin, et nous voulons rester assis là à crier qu’elles n’en veulent pas.
Encore une fois, je ne saurais trop insister sur le fait que personne ne s’est réveillé un beau matin en ayant choisi cette situation. Chacun a vécu quelque chose qui l’a conduit là où il en est aujourd’hui. Personne n'est heureux dans ce mode de vie, malgré les stéréotypes erronés à son sujet.
C'est très important pour moi.
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Merci, madame la présidente.
Madame Ali, madame Scarpellini, je vous remercie, toutes les deux, d'être ici ce matin.
Évidemment, nous reconnaissons tous l'importance d'aider les victimes d'actes criminels qui sont aux prises avec des procédures judiciaires souvent complexes et coûteuses. À ce chapitre, nous nous devons de saluer le travail que vous faites, toutes les deux, dans vos organismes respectifs. Je vous en remercie.
Cela dit, en ce qui concerne le projet de loi que nous étudions ce matin, j'aimerais discuter avec vous d'un certain nombre de choses.
Madame Ali, recevez-vous, présentement, des subventions de la province?
Dans quelle province travaillez-vous?
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Ce n'est pas grave. Il y a une autre chose que je viens de voir. Des rapports de l'année dernière montrent que 5 630 personnes sont mortes d'une surdose accidentelle. C'était une baisse par rapport à l'année précédente, mais c'est encore trop. Vous avez parlé des 40 personnes dont vous avez dû vous occuper. Je ne peux pas imaginer un incident où vous savez que vous pourriez sauver une personne et prévenir l'issue, mais où une vie est perdue à cause d'un manque de moyens.
J'aimerais aborder un point auquel mes collègues ont fait allusion, je crois. Voici l'un des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Dans ce genre de situation où nous n'avons pas les ressources nécessaires, les gens se retrouvent la plupart du temps à l'hôpital. En fait, cela nous coûte plus cher, sauf erreur. Est‑ce exact?
De votre point de vue, pensez-vous que le projet de loi pourrait renforcer votre capacité à aider plus de gens afin que nous puissions réellement faire des économies à long terme?
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Merci, madame la présidente.
Madame Ali, tantôt, mon collègue conservateur vous a posé une question sur le processus de recouvrement. Je veux juste m'assurer que nous nous comprenons.
Le projet de loi prévoit que, au moment où quelqu'un est accusé de voies de fait, par exemple, non seulement la Couronne va devoir faire la preuve qu'il y a eu une infraction, mais le procès va s'étirer afin qu'on puisse établir les dommages subis par l'organisme qui demande un dédommagement et qu'on puisse établir le lien entre ces dommages et la faute de l'accusé. Sa faute sera, bien sûr, d'avoir commis le crime, mais il faut prouver qu'il y a eu dommage et établir le lien entre les deux. Ça va demander un certain temps, et ça va varier selon les situations.
N'avez-vous pas peur que les avocats de la défense utilisent ce temps de cours pour demander l'abandon des accusations, puisque le procès n'a pas été tenu dans un délai raisonnable?
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Je reconnais que vous n'êtes pas une spécialiste du droit ou une juriste, mais vous êtes quand même, à mon humble avis, un acteur important en ce qui concerne le soutien aux victimes d'actes criminels. C'est pour ça que vous êtes ici aujourd'hui.
Tout le monde, autour de la table, souhaite offrir le meilleur soutien possible aux victimes, et ce, tous partis confondus. Je me demande si nous ne sommes pas en train de compliquer les choses pour les victimes. Je n'ai pas la réponse à cette question, et je voulais avoir votre avis là-dessus.
Est-ce que nous ne les soutiendrions pas mieux en nous assurant que le procès de l'accusé se tient rapidement et en assurant du soutien aux organismes, par exemple par le truchement du programme sur les suramendes, plutôt qu'en complexifiant la situation?
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Merci, madame la présidente.
Comme l'a fait mon collègue, M. Lawton, je tiens également à profiter de l'occasion pour vous féliciter publiquement de votre élection à la présidence de ce comité extraordinaire, où nous adoptons la plupart du temps une approche collaborative pour traiter des problèmes urgents et persistants qui préoccupent les Canadiens. C'est certainement le cas ici.
Je remercie les deux témoins de leur présence aujourd'hui et de leur participation à cette étude.
En tant que parlementaires, nous pouvons effectuer deux choses en même temps, et nous le faisons souvent très bien lorsque nous examinons une myriade de politiques et de projets de loi du gouvernement, mais surtout des projets de loi d'initiative parlementaire. Or, il s'agit justement ici d'un projet de loi d'initiative parlementaire.
Madame la présidente, j'aimerais maintenant proposer la motion que j'ai déposée le jeudi 4 juin 2026. Je suis prêt à la lire et à en parler maintenant. Je propose ce qui suit:
Que le Comité examine le projet de loi S‑233, Loi modifiant le Code criminel (voies de fait contre une personne qui fournit des services de santé ou un premier répondant), au plus tard le lundi 15 juin 2026; que les parrains du projet de loi de la Chambre et du Sénat soient invités à comparaître avec tout autre témoin jugé pertinent par les membres du Comité; que, à la suite des témoignages, le Comité procède immédiatement à l'étude article par article du projet de loi; que la présidence ne soit autorisée à lever la séance qu'une fois l'examen article par article du projet de loi achevé.
Essentiellement, il s'agit d'un projet de loi, tout comme celui dont le Comité est saisi aujourd'hui, qui ne devrait jamais être une question partisane. Pour en comprendre le caractère non partisan, il suffit de se pencher sur son histoire.
Le projet de loi a été présenté au Sénat, où il a franchi les trois étapes. Il a ensuite été renvoyé à la Chambre des communes. En deuxième lecture, il a été adopté à l'unanimité, et tous les députés de la Chambre des communes ont approuvé son adoption rapide — garantissant ainsi qu'il parvienne au comité de la justice le plus vite possible. Il y a eu 332 voix pour et aucune contre, avec huit députés pairés, soit un total de 332 députés participants.
Nous croyons tous que c'est une question qui dépasse les clivages politiques. Nous pensons tous qu'il faut offrir une meilleure protection à tous les professionnels de santé et aux agents de première ligne. Nous devons aussi réfléchir à ce que nous savions bien avant que la pandémie ne frappe — même si le phénomène s'est encore accentué pendant et après la pandémie —, à savoir qu'il y a une hausse de la violence envers nos travailleurs de première ligne.
Madame la présidente, cette question me touche de très près, parce que ma femme travaille en première ligne. Elle est infirmière autorisée. Elle s'apprête à fêter ses 30 ans de carrière. Je me souviens très bien du nombre de fois où, pendant la pandémie — puisqu'elle faisait partie des services essentiels à l'époque —, elle a été maltraitée et ridiculisée. Elle a entendu des remarques sexistes à son égard, et on lui a craché dessus à de nombreuses reprises. C'est arrivé trop de fois pour que je puisse les compter, mais je pouvais le lire sur son visage et le deviner à son attitude: ce n'était pas le métier qu'elle avait choisi il y a près de 30 ans.
D'où vient cette violence? Certains pensaient qu'elle pouvait être une conséquence de la pandémie et du confinement général, ainsi que de la colère que les gens ressentaient à cette époque, mais cette colère a persisté même après la fin de la pandémie.
Ce qui est encore plus inquiétant — et j'ai tout un tas de documents que je vais transmettre tout de suite au Comité —, c'est que pour chaque infirmière, chaque médecin et chaque autre professionnel de santé ou ambulancier paramédical qui a le courage de se manifester et de signaler ces faits à son supérieur, à la direction de son établissement ou, en dernier recours, à la police, pour chacune de ces personnes, il y en a des dizaines d'autres qui se taisent tout simplement et subissent ces abus.
À mon avis, c'est vraiment honteux, parce que ceux qui font des études pour devenir des professionnels, ceux qui souhaitent rejoindre la profession médicale et ceux qui veulent être premiers intervenants le font essentiellement par sens du devoir. J'ai le sens du devoir. Ma conjointe a le sens du devoir. Nous avons tous le sens du devoir, mais nous ne devrions jamais attendre de ceux qui sont au service du public qu'ils acceptent les abus comme faisant partie de leur travail. Ce n'est en tout cas pas ce qu'on m'a appris en tant que parlementaire...
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Je pense que je parlais de cette « permission » de se faire maltraiter.
En tant que parlementaires, nous suivons tous une formation sur le harcèlement, mais nous avons tous eu affaire à des électeurs furieux de temps à autre. J'ai dû composer avec bon nombre d'entre eux à l'occasion. Nous acceptons tous l'adage selon lequel, même si aucun d'entre nous — ni aucun parlementaire — ne peut dire qu'il a obtenu la confiance de 100 % de l'électorat lors d'une élection générale, nous sommes au service de l'électorat. Cela inclut aussi bien ceux qui ont voté pour nous que ceux qui ne l'ont pas fait.
Quant aux infirmiers, aux médecins et aux premiers intervenants, eux aussi ont cette vocation de servir le public, d'en prendre soin, de le soigner et d'intervenir aux urgences et aux dangers qui le menacent.
Encore une fois, en tant que procureur, je me souviens de ces affaires d'agressions et de comportements menaçants commis par des membres du public à l'encontre de professionnels de santé. S'il y avait un point commun à l'époque, je dirais que c'était soit une maladie mentale sous-jacente aiguë, soit un état d'ivresse — des situations où une personne ne réfléchit peut-être pas aussi rationnellement qu'elle le devrait. Les affaires que j'ai traitées comportaient toujours un facteur sous-jacent qui n'excusait pas complètement le comportement, mais qui aidait certainement à comprendre pourquoi cette personne avait choisi d'agir ainsi.
La première chose que je veux porter à l'attention... J'ai eu une réunion il n'y a pas si longtemps — je crois que c'était la semaine dernière — avec le PDG d'un des réseaux de santé de ma circonscription: St. Joseph's Healthcare, à Hamilton.
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Je vous ai mal compris.
J'allais justement vous lire quelques articles. Le premier est une lettre datée de février 2025, signée conjointement par l'Association des infirmières et infirmiers du Canada et l'Association médicale canadienne. On peut y lire: « L'agression répréhensible de travailleurs de la santé survenue la semaine dernière à Halifax est un rappel brutal des dangers auxquels les professionnels de la santé à travers le Canada sont confrontés alors qu'ils s'efforcent de fournir des soins de qualité aux patients. »
En ce qui concerne cet incident précis à Halifax, voici ce qui dit un rapport du service de police d'Halifax, daté du 30 janvier 2025:
Le Service de police régional d'Halifax a inculpé un homme dans le cadre d'une agression à l'arme blanche survenue hier au Queen Elizabeth II Health Sciences Centre, à Halifax.
Je suppose que c'est dans un hôpital ou un établissement médical.
Je poursuis:
Vers 13 heures, les agents ont répondu à un signalement concernant un homme armé d'un couteau à l'hôpital. Un homme qui recevait des soins à l'hôpital a poignardé deux personnes à l'urgence et en a blessé deux autres en leur lançant des objets.
Une victime a subi des blessures graves.
Vers 13 h 10, les agents ont localisé et arrêté l'homme sur les lieux sans autre incident.
L'accusé est identifié. Il a été inculpé d'un chef de tentative de meurtre, de trois chefs d'agression armée, de trois chefs d'agression aggravée et de deux chefs de possession d'une arme dans un but dangereux.
Pour en revenir à la lettre, elle se lit ensuite comme suit:
Cet exemple récent peut être un cas extrême, mais la triste réalité est que les médecins, infirmières et autres travailleurs de la santé sont victimes d'abus verbaux et physiques au quotidien. Les résultats du Sondage national sur la santé des médecins réalisée en 2021 par l'Association médicale canadienne (AMC) ont révélé que huit médecins sur dix ont déjà été victimes d'intimidation, de harcèlement ou de micro-agressions sur leur lieu de travail au cours de leur carrière. Quatre sur dix ont déclaré que ces expériences se produisaient « fréquemment » ou « souvent », les femmes étant significativement plus nombreuses à affirmer que cela se produisait au moins une fois par semaine.
Une récente analyse nationale des rapports sur la violence en milieu de travail a souligné que les incidents visant les infirmières et infirmiers sont devenus plus graves et plus fréquents ces dernières années, causant souvent des préjudices physiques et psychologiques. Sur le plan légal, la violence en milieu de travail est reconnue à la fois comme un enjeu de santé et sécurité et comme une infraction criminelle au Canada. En Alberta, les signalements d'incidents violents dans les établissements de soins de santé ont augmenté de 37 % entre 2019 et 2021.
Nous reconnaissons également que les comportements toxiques en ligne se manifestent de plus en plus dans la vie réelle. Avec des figures d'influence qui banalisent l'usage de menaces et d'intimidation, il n'est pas surprenant que ces comportements se retrouvent également dans les milieux de soins de santé. Or, les hôpitaux, cliniques médicales et autres établissements de santé ne peuvent tout simplement pas tolérer ces pratiques — la santé et la vie des gens en dépendent.
En 2021, le gouvernement fédéral a répondu aux appels à l'aide de l'AMC, de l'Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC) et de la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et infirmiers en adoptant une loi rendant illégal l'usage de menaces ou d'intimidation pour empêcher un travailleur de la santé de prodiguer des soins à des patients...
Il s'agissait, si mes collègues se souviennent bien, du projet de loi de la dernière législature.
La lettre se poursuit ainsi:
Cette législation interdit également les actions visant à empêcher une personne d'obtenir des services de santé ou d'accéder à des installations de soins de santé.
Nous exhortons la population à respecter ces lois et demandons aux responsables de la sécurité publique et aux forces de l'ordre de maintenir leur vigilance pour les faire respecter.
Nos pensées accompagnent les victimes des agressions insensées de Halifax et leurs familles.
J'ai mentionné le système de santé de Brantford. J'ai rencontré le directeur général et l'un de ses collaborateurs, qui ont fait écho à ce que je viens de lire dans mes remarques concernant la motion à propos de la hausse des niveaux de violence et du faible taux de signalement. Plus précisément, ils ont donné leur plein appui à l'adoption immédiate et rapide du projet de loi , loi...
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Oui, je suis d'accord avec M. Lawton.
Je parlais de l'appui à une loi modifiant le Code criminel relativement aux voies de fait contre une personne qui fournit des services de santé ou un premier répondant. Ils ont dit que la violence en milieu de travail dans le secteur de la santé est un problème grave qui prend de l'ampleur dans les organisations partout au Canada.
Au St. Joseph's Healthcare Hamilton, un centre universitaire des sciences de la santé, quatre travailleurs de la santé sont agressés chaque jour dans le cadre de leur travail. Ce système de soins de santé comprend des établissements situés à Hamilton, ainsi qu'à Brantford. D'ailleurs, je suis né à l'hôpital St. Joseph's. Il existe toujours aujourd'hui.
Ces dernières années, les agressions sexuelles et les agressions à caractère raciste comptent parmi les formes de violence qui connaissent l'augmentation la plus rapide. Contrairement aux travailleurs d'autres milieux, les fournisseurs de soins de santé ne peuvent pas refuser de servir quelqu'un. C'est un point important. Combien de fois, dans notre vie quotidienne, nous est‑il arrivé de nous rendre dans un établissement public ou privé, voire de passer au service à l'auto — que ce soit dans un restaurant rapide, chez Tim Hortons ou chez Starbucks —, et de tomber inévitablement sur un avertissement indiquant que le harcèlement et la violence verbale ne sont pas tolérés, ne sont pas acceptés et constituent un motif de refus de service. C'est tout à fait justifié, car les travailleurs de la santé et les professionnels de première ligne ne sont pas les seuls à subir une recrudescence de la violence.
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J'invoque le Règlement.
Si nous devons parler des échanges entre le vice-président du Comité et moi-même, je serais ravie de discuter des derniers messages textes que nous avons échangés. Je serais ravie de les communiquer au Comité. J'ai indiqué que j'étais tout à fait disposée et ouverte à discuter de la manière dont nous pourrions procéder. Dans le dernier message envoyé — vendredi dernier, je crois —, j'ai laissé la porte ouverte pour que nous puissions régler les problèmes que nous avons aujourd'hui en comité.
Je trouve que c'est très regrettable. Nous savions que nous irions de l'avant avec le projet de loi d'initiative parlementaire. Nous l'avons d'ailleurs clairement fait savoir. Pourtant, voilà que l'on recourt à des manœuvres d'obstruction. C'est assez évident pour tout le monde.
Si nous devons poursuivre dans cette voie, je pense qu'il est important que les députés ici présents comprennent que la porte a toujours été ouverte, mais que nous avions clairement indiqué que nous irions de l'avant avec le projet de loi d'initiative parlementaire.
Merci.
:
Merci beaucoup, madame Lattanzio.
Monsieur Fortin, monsieur Brock, madame Lattanzio, tous les députés, veuillez régler les choses à un autre moment.
Poursuivons la réunion, puisque M. Brock...
Allez‑y, s'il vous plaît.
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J'invoque le Règlement.
Je ne comprends pas très bien où le député Brock veut en venir ici. Tout a commencé par un très bel hommage rendu aux travailleurs de la santé… Et toutes mes félicitations à votre épouse pour ses 30 années de service, au cours desquelles elle a pris soin de tant d'êtres chers au sein de votre collectivité.
Je voudrais simplement prendre un instant pour dire que nous sommes très fiers de nos travailleurs de la santé, de nos infirmières, de nos médecins, de nos préposés aux bénéficiaires et de toutes les personnes qui prennent soin de nos proches et qui les soutiennent dans les moments où ils sont les plus vulnérables, dans les situations les plus difficiles. Il est essentiel que nous le soulignions. J'ai été très impressionnée lorsque M. Brock a commencé...
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Pour notre collègue, M. Fortin, je vous rapporte le contenu de l'échange.
J'ai écrit que je proposais que nous procédions rapidement ce jour‑là et que nous fassions l'étude article par article au cours des 30 premières minutes de la réunion du lundi suivant, que nous passions tout de suite après au projet de loi et que nous posions des questions à , puis que nous enchaînions avec l'étude article par article. J'ai dit que le tout se ferait en deux heures et je proposais que nous annulions la réunion de mercredi.
Mme Lattanzio m'a répondu que nous verrions d'abord comment les choses se passeraient ce jour‑là et que nous en discuterions après.
Je lui ai demandé si son équipe accepterait de terminer pour 18 heures.
La secrétaire parlementaire a répondu que puisque Mme Lapointe avait des amendements à présenter, nous ne pourrions pas terminer à 18 heures.
Ce à quoi j'ai répondu que c'était son projet de loi. Je lui ai alors demandé pourquoi cela n'avait pas été inclus dès le départ et en quoi sa présence relevait d'un témoignage.
Mme Lattanzio a répondu que Mme Lapointe pouvait proposer des amendements à son projet de loi et que mon collègue, , avait fait de même quelques semaines plus tôt. Voilà pour l'échange de mercredi.
Jeudi, à 14 h 44, littéralement quelques minutes après que chaque membre du comité de la justice eut reçu l'avis de motion pour la date d'aujourd'hui, dans lequel le projet de loi de n'était nullement mentionné, j'ai répondu que je supposais qu'il était inutile d'en discuter, compte tenu de l'avis de convocation que nous avions reçu pour la réunion de lundi, soit d'aujourd'hui.
Le même jour, j'ai reçu une réponse de Mme Lattanzio. Elle disait qu'il était toujours possible de discuter, qu'ils ne faisaient que suivre ce qu'elle m'avait déjà expliqué, soit ce que nous avions fait dans le cas des deux autres projets de loi d'initiative parlementaire — deux réunions pour chacun. La première incluait la comparution de la députée qui propose le projet de loi et de fonctionnaires et la seconde, la comparution de témoins et l'étude article par article.
La réponse que j'ai donnée, jeudi dernier...
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Merci. Je vais revenir à ma motion.
Elle souligne et confirme notre capacité, en tant que parlementaires, à mener plusieurs tâches de front. Nous avions tout à fait la capacité d'agir de manière à faire avancer rapidement les choses mercredi dernier et aujourd'hui. Il ne s'agit que d'une poignée d'amendements. Nous aurions pu avancer rapidement avec la déclaration de . Nous n'aurions probablement pas eu besoin d'une heure complète. Nous aurions sans doute pu nous contenter d'un seul tour de table avant de passer à l'étude article par article.
Je salue l'intervention de Mme Begum, qui a souligné non seulement l'importance du projet de loi de , mais aussi, bien sûr, l'importance du projet de loi de Mme Lapointe.
Le fait est que, en l'absence d'un accord, d'une entente ou du moindre signe de la part du gouvernement montrant sa volonté de faire des concessions concernant le projet de loi , il préfère reporter l'étude de ce projet de loi à la session d'automne. Nous devrons donc l'examiner à l'automne. Comme je l'ai dit au début, ce projet de loi a été adopté très rapidement au Sénat à l'automne. Il a été adopté très rapidement et à l'unanimité à la deuxième lecture à la Chambre. Le gouvernement n'a fourni aucune explication rationnelle sur la raison pour laquelle...
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C'est là que nous en sommes; je dirais que nous sommes un peu en désaccord.
J'ai parlé de la position de l'AIIC. J'ai parlé de la position de l'AMC. J'ai fait référence à l'affaire d'Halifax. Je suis revenu à ma propre circonscription. Je suis revenu sur les propos de mon épouse et sur ce qu'elle a dû endurer. Je reviens maintenant sur d'autres publications que j'ai pu consulter.
Ce document s'intitule « Workplace Violence Against Nurses in Canada: A Legal Analysis », qui porte sur la violence au travail à l'encontre des infirmières au Canada. Il explique que ce phénomène ne se limite pas au Canada ni à l'Amérique du Nord, mais qu'il touche le monde entier. On peut y lire ce qui suit:
La violence en milieu de travail à l'encontre du personnel infirmier constitue un important problème de santé au travail à l'échelle mondiale, largement reconnu dans les ouvrages universitaires et politiques. Les infirmiers et infirmières sont bien trop souvent victimes d'intimidation, de menaces et d'actes de violence dans le cadre de leur travail. Une récente enquête menée par quatre organisations internationales de la santé a révélé que la violence à l'encontre des professionnels de la santé s'est intensifiée depuis le début de la pandémie de COVID‑19 en 2020, et que ce phénomène touche l'ensemble du monde.
La violence en milieu de travail constitue une préoccupation importante pour les infirmières au Canada et retient de plus en plus l'attention des organisations de soins infirmiers et des intervenants gouvernementaux.
Il s'agit du Syndicat des infirmières et infirmiers de la Colombie-Britannique, de la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et d'infirmiers, de l'Association des infirmières et infirmiers du Canada, ou AIIC, du gouvernement du Canada en 2021 et de l'Association des infirmières et infirmiers autorisés de l'Ontario, ou AIIAO.
Il est difficile d'évaluer l'ampleur réelle de la violence en milieu de travail à l'encontre du personnel infirmier en raison d'une sous-déclaration généralisée, de l'absence d'une définition cohérente de la violence en milieu de travail d'une étude à l'autre et dans les documents de politique, ainsi que du manque de données canadiennes récentes et exhaustives sur cette question. Bien qu'elle remonte désormais à plus d'une décennie et demie, la dernière étude exhaustive sur le personnel infirmier canadien a été réalisée en 2005. Ces données ont révélé que près de 30 % des infirmières et infirmiers qui fournissent des soins directs ont déclaré avoir été victimes d'agressions physiques au travail au cours de l'année écoulée, et 44 % ont déclaré avoir subi des violences psychologiques de la part d'un patient.
C'est issu des données de 2006 de Statistique Canada.
Une enquête nationale menée auprès des infirmières et infirmiers... (2017) a révélé que 61 % d'entre eux avaient été victimes de violence sur leur lieu de travail au cours du dernier mois, et que les deux tiers d'entre eux avaient envisagé de quitter leur emploi à cause de cette expérience.
Nous sommes déjà confrontés à une pénurie de personnel de la santé. Il ne faut pas que le Canada reste à jamais l'exception qui n'a pas adopté la législation appropriée et qui voit ensuite ses professionnels de la santé partir en masse, simplement parce que le gouvernement du Canada n'en fait pas assez.
Une enquête menée en 2019 par la FCSII a révélé que 93 % des infirmiers et infirmières citaient les agressions physiques comme le type d'incident psychologiquement traumatisant auquel ils étaient le plus souvent exposés; 46 % d'entre eux ont déclaré avoir été victimes d'agressions physiques à 11 reprises ou plus.
La violence au travail à l'encontre du personnel infirmier peut avoir de graves conséquences, tant pour l'employé que pour le système de soins de santé. Le fait d'être victime de violence en milieu de travail peut entraîner des blessures physiques et des séquelles psychologiques pour l'infirmière ou l'infirmier et peut se traduire par des absences du travail à court et à long terme. Les résultats d'une enquête nationale menée en 2019 auprès des infirmières et infirmiers sur le stress professionnel ont révélé que la violence au travail peut avoir de graves répercussions sur la santé mentale du personnel infirmier, notamment un trouble de stress post-traumatique, une incidence élevée de dépression majeure, une anxiété généralisée, des crises de panique et des troubles liés à la consommation d'alcool, pouvant aller jusqu'à des idées suicidaires et des tentatives de suicide.
Ils ont dressé une liste de cas. Je précise que c'était avant l'adoption du projet de loi , qui prévoyait que l'agression contre un professionnel de la santé constituait une circonstance aggravante. Ils ont répertorié les 12 affaires les plus marquantes de l'époque. Ils ne précisent pas le champ de compétence. Ils n'indiquent pas le tribunal compétent, et ils ne mentionnent certainement pas la province, mais j'aimerais lire quelques-uns de ces cas.
Il s'agit de l'arrêt Regina c. Gelenzoski datant de 2006:
[Ce délinquant] a plaidé coupable d'agression. [Il] cherchait à obtenir des soins médicaux à la suite d'une agression contre un policier. [Il] a été maîtrisé et a craché sur l'infirmière qui s'occupait de lui après avoir déclaré qu'il était positif au virus de l'hépatite C.
Voici l'incidence que cet incident a eue sur cette infirmière:
L'infirmière a déclaré avoir été traumatisée et avoir craint d'avoir contracté l'hépatite C pendant un an, avant que le test confirme qu'elle n'était pas porteuse du virus. L'infirmière a mentionné que l'incident avait nui à sa capacité d'accomplir son travail.
La décision relative à la peine a été la suivante:
La dernière condamnation du délinquant remontait à 1990 et il se montrait repentant. Le délinquant a été condamné à 90 jours en prison pour l'agression de l'infirmière.
Lors de la détermination de la peine, on a dit ce qui suit sur le fait que la victime était une infirmière:
Il n'y a pas eu de débat, mais le juge a tenu compte de l'ampleur de la violence à l'encontre des professionnels de la santé en mettant l'accent sur l'objectif de dénonciation. Les policiers et les professionnels de la santé sont aux premières lignes. Il faut faire passer le message que la loi ne tolérera pas le type de comportement dont [le délinquant] a fait preuve [...]
Je vais maintenant passer à l'année 2009 et à l'arrêt Regina c. Knight:
À l'issue de son procès, M. Knight a été reconnu coupable d'avoir publié des propos diffamatoires. [Il] a envoyé une lettre au comité d'éthique médicale dans laquelle il accusait faussement une infirmière — qui se trouvait être son ex‑épouse — de faits, notamment de trafic de drogue.
Voici l'incidence que cet incident a eue sur cette infirmière:
L'infirmière a déclaré que ces fausses allégations l'avaient mise en colère.
La peine qui a été prononcée est la suivante:
M. Knight avait un lourd casier judiciaire et il ne s'agissait pas de sa première infraction à l'encontre de cette victime. Il a été condamné à une peine de 15 mois d'assignation à résidence à purger dans la collectivité. La cour d'appel a modifié la peine pour qu'elle soit purgée en prison, estimant que M. Knight représentait un danger pour la communauté.
Voici ce qui a été dit au sujet de la victime lors de la détermination de la peine:
Il n'y a pas de débat. Le juge a fait remarquer que « la victime innocente a le droit de mener sa vie et d'exercer sa profession en paix, à l'abri de fausses accusations qui l'obligent à se défendre et à défendre sa réputation ».
Voici une affaire un peu plus récente, datant de 2016, Regina c. Stard:
M. Stard a plaidé coupable d'agression causant des lésions corporelles. [Il] était venu pour des soins médicaux et a cessé de coopérer. Lorsque l'infirmière au triage s'est détournée, M. Stard l'a frappée à répétition sans avertissement ni provocation.
L'infirmière a subi une commotion cérébrale, une déchirure de la rétine et une hémorragie dans l'orbite oculaire. Elle a souffert de TSPT et a éprouvé des difficultés avec sa mémoire, son équilibre et sa concentration. La personnalité de la victime était devenue imprévisible et elle se montrait souvent colérique. Elle n'a pas pu retourner au travail.
La décision relative à la peine a été la suivante:
M. Stard n'avait pas de casier judiciaire et s'est montré très repentant. [Il] a obtenu une absolution conditionnelle, ce qui signifie qu'aucune condamnation n'a été prononcée à son encontre et qu'il n'a pas purgé de peine d'emprisonnement.
En tant qu'ancien procureur, je trouve déplorable qu'un juge estime, face à un tel niveau de violence, que cette affaire relève de l'intérêt général.
Voici ce qui a été dit sur le fait que la victime soit une infirmière au moment de la détermination de la peine:
Le fait que la victime soit infirmière n'a pas été considéré comme une circonstance aggravante [...] Le juge a déclaré que « les personnes qui fournissent des services au public, notamment les chauffeurs de taxi, les conducteurs d'autobus, les infirmières et les médecins, occupent un poste qui devrait leur garantir de ne pas être la cible d'agressions dans l'exercice de leurs fonctions ».
En 2018, il y a eu l'arrêt Regina c. Delorey:
M. Delorey a été reconnu coupable à l'issue de son procès pour agression avec une arme. [Il] avait jeté un gobelet d'urine sur une infirmière.
Chaque fois que je participe à une réunion avec des intervenants de ce secteur, j'entends souvent parler de jets d'urine et de matières fécales, et ce, de manière assez régulière et constante.
En ce qui concerne les répercussions sur l'infirmière, le document précise: « Aucune information n'a été fournie concernant les répercussions sur l'infirmière ». Il mentionne également:
M. Delorey purgeait déjà une peine à perpétuité dans une prison fédérale au moment de l'agression; il a été condamné à une peine [supplémentaire] de 12 mois d'emprisonnement, à purger concurremment à sa peine en cours.
J'ai ensuite l'arrêt Regina c. Martin, qui est une « décision rendue en 2018 par la Cour d'appel, modifiant le jugement rendu en première instance en 2017 ». On peut lire:
Mme Martin a plaidé coupable d'agression. [Elle] était hospitalisée d'office dans un hôpital psychiatrique et était en train d'agresser une étudiante en soins infirmiers lorsqu'une infirmière est intervenue. [Elle] a saisi l'infirmière par le visage et les cheveux, la secouant et lui griffant le visage.
Encore là, l'infirmière n'a rédigé aucune déclaration de victime.
Au moment de prononcer la peine, il a été déclaré ce qui suit:
Mme Martin souffrait de troubles mentaux et avait un casier judiciaire bien rempli. Elle a été condamnée à 45 jours de prison pour l'agression de l'infirmière. La Cour d'appel a modifié la peine prononcée pour cette agression afin qu'elle soit purgée consécutivement à la peine pour vol de Mme Martin.
A‑t‑on évoqué le fait que la victime était une infirmière? On peut lire ce qui suit:
Le fait que la victime était une infirmière n'a pas été considéré comme une circonstance aggravante. Le juge de première instance a fait la remarque générale...