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Bonjour à tous. J'espère que vous êtes tous bien reposés, pleins d'énergie et prêts à entamer une nouvelle semaine à Ottawa.
La séance est ouverte.
Bienvenue à la 32e réunion du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes.
Conformément à l'ordre de renvoi du 24 mars 2026, le Comité entreprend son étude du projet de loi , Loi modifiant le Code criminel (prolongation du délai préalable à la libération conditionnelle).
La réunion d'aujourd'hui se déroule sous forme hybride, conformément au Règlement. Les députés participent en personne dans la salle et à distance à l'aide de l'application Zoom.
J'aimerais confirmer que les tests de son ont été effectués avec succès.
Voici quelques observations à l'intention des témoins et des membres du Comité.
Veuillez attendre que je vous nomme avant de prendre la parole. Pour ceux qui participent par vidéoconférence, cliquez sur l'icône du microphone pour activer votre micro, et veuillez vous mettre en sourdine lorsque vous ne parlez pas.
Sur Zoom, au bas de votre écran, vous pouvez choisir entre le parquet, l'anglais ou le français. En salle, vous pouvez utiliser l'oreillette et sélectionner le canal désiré.
Je vous rappelle que tous les commentaires doivent être adressés à la présidence. Pour les députés présents dans la salle, si vous souhaitez prendre la parole, veuillez lever la main. Pour les députés sur Zoom, veuillez utiliser la fonction « Lever la main ». Le greffier et moi-même ferons de notre mieux pour gérer l'ordre des interventions. Nous vous remercions de votre patience et de votre compréhension à cet égard.
Pour la première heure aujourd'hui, de 11 heures à midi, nous accueillons le parrain du projet de loi , le député de Cowichan—Malahat—Langford, M. Jeff Kibble.
Bienvenue, et merci de vous joindre à nous aujourd'hui.
Vous avez un maximum de cinq minutes pour faire une déclaration préliminaire, puis nous passerons aux questions.
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Merci, monsieur le président.
Je tiens à remercier le Comité de m'avoir invité aujourd'hui.
Je tiens d'abord à saluer une personne qui comparaîtra devant le Comité mercredi: Mme Landolt, la tante de Kimberly Proctor. Elle a accepté de témoigner parce qu'elle croit que le Parlement peut faire mieux pour les familles comme la sienne. Je demande à tous les membres du Comité de garder cela à l'esprit pendant que je parle aujourd'hui.
Le projet de loi a déjà été déposé au Parlement quatre fois. En 2019, il a été adopté par le Comité et devait être renvoyé à la Chambre pour la troisième lecture. Puis, le Parlement a été dissous, le cheminement du projet de loi s'est arrêté et des familles ont continué à se rendre à des audiences de libération conditionnelle auxquelles elles n'auraient jamais dû assister. Je suis ici aujourd'hui pour veiller à ce que cela ne se reproduise plus.
Permettez-moi de préciser ce que ce projet de loi prévoit et ne prévoit pas. Il ne crée pas de peines minimales obligatoires, il n'impose pas de nouvelles peines et il n'est pas rétroactif. Il donnera des options aux juges, un outil précis qui ne s'applique que lorsqu'un enlèvement, une agression sexuelle et un meurtre ont été commis contre la même victime au cours d’un même épisode. Dans ces seuls cas, le juge pourra, après avoir entendu les recommandations du jury, prolonger la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle de 25 ans jusqu'à un maximum de 40 ans. Le juge disposera à chaque fois d'un pouvoir discrétionnaire entier.
Ce plafond de 40 ans n'a pas été choisi arbitrairement. Il reflète les périodes d'inadmissibilité maximales consécutives pour les trois accusations combinées. Le cadre juridique est solide. Le projet de loi s'inspire du projet de loi , la loi sur les meurtres multiples, qui a déjà résisté à une contestation fondée sur la Charte.
Il y a un autre élément qui fonde directement cette analyse: lorsqu'une victime a été enlevée, agressée sexuellement et assassinée, les procureurs suspendent régulièrement les accusations d'enlèvement et d'agression sexuelle et ne procèdent qu'aux accusations de meurtre. En vertu de la loi actuelle, la condamnation pour les trois infractions donne lieu à la même période d'inadmissibilité de 25 ans pour le meurtre seulement, il n’y a donc aucune incitation à porter des accusations pour les trois crimes. Dans les faits, les délinquants ne sont condamnés que pour meurtre, même s'ils ont commis deux autres crimes graves. Le projet de loi corrige cette situation. La prolongation de la période d'inadmissibilité n'est pas une peine cruelle et inusitée; elle est proportionnelle aux trois crimes distincts commis au cours d'un même incident.
J'ai examiné attentivement les amendements proposés par le parti d'en face. Avec tout le respect que je leur dois, je ne crois pas qu'aucun d'entre eux n’améliore le projet de loi. Certains sont redondants sur le plan juridique. La loi prévoit déjà ce qu'ils cherchent à codifier. D'autres risquent de rendre le processus plus compliqué que nécessaire, et d'autres encore, à mon avis, frôlent le fait de dicter aux juges comment faire leur travail, alors que le projet de loi vise précisément à protéger leur pouvoir discrétionnaire. Je me ferai un plaisir de parler en détail des amendements en répondant aux questions du Comité.
Les criminels odieux visés par ce projet de loi ne seront jamais remis en liberté. Nous n'avons jamais constaté que cela s'est produit; la Commission des libérations conditionnelles a toujours fait preuve de cohérence. Ce sont des délinquants dangereux et des psychopathes, mais ils sont autorisés à demander une libération conditionnelle tous les deux ans, à partir de la 23e année. Ils utilisent ces audiences non pas pour réclamer d'être libérés, mais pour terroriser les victimes et leurs familles, pour décrire les détails horribles de ce qu'ils ont fait, pour forcer les familles à revenir dans la pièce et sur la scène du crime à maintes reprises. Ce projet de loi permettrait d’éliminer en moyenne huit de ces audiences — huit fois où une famille n'aura pas à se présenter, huit fois où un délinquant sadique ne pourra pas utiliser cette démarche comme une arme contre les personnes qu'il a détruites.
Il y a 15 ans, Kimberly Proctor, âgée de 18 ans, a été enlevée, torturée, agressée sexuellement et assassinée par ses camarades de classe sur l'île de Vancouver. Ses tueurs ont été accusés en tant qu'adultes, mais, fait inhabituel, ils ont été condamnés à une peine applicable aux mineurs, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans. Cette décision ne relève pas du champ d’application du projet de loi en matière de détermination de la peine, mais la procédure de libération conditionnelle qui s’ensuit, et ce que cela coûte à une famille de vivre cette épreuve, est précisément ce que ce projet de loi vise à régler. Les membres de la famille ont déjà dû faire face à de multiples audiences de libération conditionnelle. Ils devront en affronter d’autres, tous les deux ans, pour le reste de leur vie.
Mercredi, Mme Landolt expliquera au Comité ce que cela signifie pour une famille. Je ne m'exprimerai pas en son nom.
Nous connaissons les noms des hommes et des femmes qui ont commis ces actes terribles. Ils sont tristement célèbres et reviennent dans les manchettes et les salles d’audience depuis des décennies. Ce n'est pas le cas de ceux de leurs victimes. Ce sont des noms que nous oublions, des noms auxquels l'histoire n'a pas accordé le même poids qu'aux monstres qui les ont emportés: Tori, Holly, Tammy, Leslie, Kristen, Christine, Colleen, Daryn, Sandra, Ada, Simon, Judy, Raymond, Sigrun, Terri, Louise, Sereena, Mona, Andrea, Brenda, Georgina, Marnie et, bien sûr, Kimberly. Leurs familles vivent encore avec les conséquences de ce qui leur a été infligé, et elles continuent de se rendre aux audiences de libération conditionnelle alors qu'elles ne devraient pas avoir à le faire.
Ensemble, adoptons le projet de loi . Mercredi, Mme Landolt vous dira dans ses propres mots ce que cette protection représente pour une famille.
Merci, monsieur le président.
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Merci, monsieur le président.
Merci, monsieur Kibble, pour votre engagement et pour le respect que vous témoignez à toutes les victimes que vous avez citées, qui ont tragiquement perdu la vie aux mains de ces monstres sadiques.
Je préfère et j'appuie en particulier le titre que vous avez choisi pour cette loi.
Il y a un point sur lequel j'ai besoin de précision. En tant que parlementaires, on devrait toujours s'efforcer de veiller à faire preuve d'une grande clarté lorsque l'on modifie le Code criminel.
Dans votre projet de loi, l'article 2 fait référence à une condamnation contre la même personne et au vu des mêmes faits. Je comprends le raisonnement qui sous-tend le libellé « au vu des mêmes faits », mais cette expression n'est pas définie.
Y a‑t‑il un élément temporel qui s'applique « au vu des mêmes faits »? Hypothétiquement, un monstre pourrait‑il décider d'agresser sexuellement une victime à un moment donné, puis, des mois ou des années plus tard, l'enlever, puis, des mois ou des années plus tard, la tuer? Le projet de loi s'applique‑t‑il à ce type de scénario?
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Merci, monsieur Kibble, de défendre si ardemment les victimes.
Je pense que je parle au nom de tous mes collègues conservateurs lorsque je dis que l'on croit que les victimes devraient être au cœur de la réforme de la justice pénale. Ce sont les victimes qui ont été laissées pour compte par les changements que le gouvernement libéral a apportés au système de mise en liberté sous caution, au système de détermination de la peine et au système judiciaire au cours des 10 dernières années.
Lorsque j'étais journaliste, j'ai été témoin du phénomène que vous tentez de combattre ici, à savoir que les familles, les survivants, les familles des victimes sont contraints de se rendre aux audiences de libération conditionnelle. Certains délinquants en tirent une certaine satisfaction, car ils savent qu'ils ne sortiront pas; ils savent qu'ils n'obtiendront jamais de libération conditionnelle, ou du moins pas tout de suite, mais ils savourent le pouvoir qu'ils continuent d'exercer sur les familles.
Pour ceux qui pensent que votre projet de loi pose problème, pour ceux qui prétendent qu'il ne respecte pas les droits des délinquants, pouvez-vous expliquer très clairement quels types de délinquants sont concernés par cette mesure? Qui est visé par la disposition que vous essayez de modifier?
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Merci beaucoup de la question.
Je vais répondre à la première question, sur l'application prospective. L'amendement est redondant sur le plan juridique. L'alinéa 11i) de la Charte interdit déjà les sanctions rétroactives.
Toute nouvelle loi est prospective par défaut, sauf si elle énonce explicitement le contraire, ce qui n'est pas le cas du projet de loi. L'application prospective est déjà codifiée. Je ne vois pas l'utilité d'ajouter cette disposition qui serait purement administrative et qui n'aurait aucun effet. Je ne suis certainement pas contre, mais je la trouve redondante.
Quant à la deuxième question, au titre de la Loi sur la défense nationale, les enlèvements et les meurtres commis au Canada ne sont pas traduits en cour martiale, et ce sont justement ces infractions de base que cible le projet de loi .
La compétence militaire s'exerce seulement sur les infractions commises à l'étranger. Un projet de loi distinct sur cette question vaudrait certainement la peine d'être envisagé, mais ce travail entraînerait des modifications à la Loi sur la défense nationale.
Ces infractions relèvent du système de justice militaire, comme les agressions sexuelles, dont les victimes peuvent choisir entre le système militaire et le système civil. La réforme législative récente transférera peut-être toutefois cette compétence au système de justice civil.
Comme le projet de loi que j'ai déposé vise la combinaison d'infractions d'enlèvement, d'agression sexuelle et de meurtre, il s'appliquerait seulement si ces infractions sont commises à l'étranger. Comme je le disais, ce serait intéressant d'envisager un projet de loi pour ces situations, qui serait distinct et qui n'interférerait pas avec le mien.
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Merci, monsieur le président.
Monsieur Kibble, je vous remercie de votre projet de loi. Merci d'être avec nous, aujourd'hui.
La question que vous soulevez est importante. Je suis de tout cœur avec les familles des victimes qui, d'une certaine façon, sont victimes du processus d'audition devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Cela dit, je suis d'avis que, dans une certaine mesure, c'est peut-être un processus obligatoire ou nécessaire.
Je comprends votre proposition d'allonger les délais avant qu'un délinquant soit admissible à une libération conditionnelle. Toutefois, à votre avis, au-delà de la simple extension du délai de 25 à 40 ans pour les auditions, y a-t-il d'autres mesures qui pourraient permettre d'alléger le fardeau des familles des victimes?
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C'est une question légitime, et oui, je crois en la réhabilitation. Je suis notamment convaincu que les criminels reconnus coupables devraient avoir la possibilité de se réhabiliter.
Dans le cas Bissonnette, ce qui a été invalidé, ce sont les périodes d'inadmissibilité à la libération conditionnelle purgées consécutivement qui auraient totalisé 50, 75 et même 100 ans. C'est très différent. Dans ce cas‑ci, comme je l'ai mentionné dans ma déclaration, la possibilité de réhabilitation est préservée parce que le plafond de 40 ans est une combinaison du total.
En outre, ma proposition s'inspire du projet de loi , dont l'objet était de protéger les Canadiens en mettant fin à la remise sur volume dans les cas de meurtres multiples et qui prévoyait aussi une prolongation de la période d'inadmissibilité. Cette mesure avait résisté à l'époque à une contestation fondée sur la Charte. La période de 40 ans a résisté au test de la Charte. Nous sommes loin des 75 et des 100 ans de la décision Bissonnette. Cette mesure n'anéantit pas les chances de réhabilitation. Même si c'est peu probable dans ces types de cas, je suis d'accord pour dire que cette exigence est valide dans une optique de réhabilitation.
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J'ai parlé en effet de « possibilité de réhabilitation », mais de toute façon, cette décision ne relève pas de moi. Le pouvoir discrétionnaire des juges existe pour que les juges, qui connaissent ces types de causes et ces types de contrevenants, soient ceux qui prennent ces décisions. Il faut faire confiance au système judiciaire.
Vous avez dit qu'une période de 25 ans n'était pas très longue. C'est en fait après 23 ans que les contrevenants admissibles peuvent faire une demande tous les 2 ans. Toutefois, ce sont des criminels. Ils ont arraché des vies, mais eux, ont survécu. Ces vies ont à jamais disparu. Pour les membres de la famille, une période de 25 ans est assez courte pour faire leur deuil.
À l'approche de la période de 23 ans — en fait, même avant cette échéance, comme vous l'entendrez mercredi, parce que la préparation d'une audience de libération conditionnelle n'est pas quelque chose qui se fait à la dernière minute —, des décisions sont prises, des lettres sont transmises et des déclarations sont préparées. Ce processus prend énormément de temps dans la vie des personnes concernées.
Pour résumer, ce n'est pas aux parlementaires de décider, mais au système judiciaire.
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Merci, monsieur le président.
Merci, monsieur Kibble, de présenter ce projet de loi important.
Comme député de Brampton-Ouest, chaque semaine, je parle à un nombre croissant de victimes de violence dans ma localité. Les crimes violents sont en hausse dans ma circonscription et partout au pays. Des gangsters et des individus qui commettent des meurtres et de l'extorsion agissent en toute impunité. Je ne suis pas le seul député dans la salle dont les concitoyens sont préoccupés par la crise de la criminalité causée par les libéraux.
Il est plus important que jamais de donner la priorité aux victimes, contrairement à ce que fait le gouvernement depuis 11 ans. Notre travail aujourd'hui est de travailler ensemble afin d'accorder, pour changer, une plus grande importance aux victimes par rapport aux criminels. Voilà pourquoi le projet de loi est si important.
Monsieur Kibble, pensez-vous que les besoins des familles sont négligés au cours des procès?
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Je suis d'accord avec le portrait que vous brossez de la criminalité au Canada. Vous avez donné divers exemples. Le projet de loi vise les criminels les plus odieux et les plus ignobles. Ce sont eux qui sont principalement visés. Je pense aussi que nous devrions accorder la priorité aux victimes et aux familles, et non pas aux criminels, et c'est exactement ce que fait le projet de loi.
Je ne sais pas vraiment quoi dire de plus. C'est l'objectif du projet de loi, et je pense qu'il sera atteint. Le projet de loi avait aussi cette finalité.
Vous avez parlé de la protection des familles pendant les procès. Je fais une parenthèse en disant que le petit ami de ma fille a été assassiné. Chaque jour, sur une assez longue période, j'ai accompagné ma fille au procès. Les tribunaux offrent de l'empathie et du soutien, mais le processus est parfois très éprouvant pour les familles. J'ai eu un aperçu de ce que les familles vivent dans les types de cas dont nous parlons, mais je ne peux même pas commencer à imaginer les épreuves qu'elles traversent.
Peu importe le soutien que reçoivent les victimes, les condoléances des avocats de la Couronne et de la défense et la compassion dont ils font preuve — comme ce qu'ils font est positif, je ne veux surtout pas les critiquer —, le processus demeure particulièrement difficile pour ces familles.
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Merci beaucoup, monsieur Kibble, de venir présenter votre projet de loi au Comité.
Je partage l'avis de Mme Gladu et de bien d'autres sur l'importance d'avoir un régime de détermination de la peine solide pour les contrevenants. J'ai remarqué, lorsque je vous ai entendu décrire la situation de certaines d'entre elles, tout le respect que vous avez pour les victimes.
Je crois en l'importance d'examiner le plus rigoureusement possible chaque projet de loi avant son adoption, afin qu'il puisse rendre justice. Pardonnez mon jeu de mots.
Une des choses dont vous avez parlé, à propos du raisonnement des juges... En fait, avant d'aborder ce sujet, je vais parler de l'application prospective. Vous avez mentionné dans votre déclaration liminaire que l'ajout d'une disposition sur l'application prospective serait redondant.
Si cette disposition ne change rien sur le plan juridique, pourquoi refuser d'ajouter plus de clarté et de certitude au projet de loi?
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Merci, monsieur le président.
Monsieur Kibble, les statistiques que je vois ici nous disent que les gens qui purgent des peines d'emprisonnement à perpétuité représentent environ 10 % des demandeurs de libération conditionnelle. Parmi ces 10 %, seulement 27 % obtiennent la libération. Je n'ai pas les chiffres absolus, mais ça me semble plutôt peu.
Dans le système actuel, ils purgent nécessairement les 25 ans. Au bout de 25 ans, la Commission des libérations conditionnelles du Canada va étudier s'il y a lieu de les libérer, s'il y a eu réhabilitation, et ainsi de suite. Une proportion de 27 % de 10 % équivaut à peu près à 2 %, même pas.
Est-ce que ce ne serait pas suffisant, comme barrière, pour éviter de remettre en liberté des gens qui ont commis des crimes graves?
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La question est un peu tendancieuse parce que, comme je l'ai dit, dans ces cas, les commissions des libérations conditionnelles n'ont jugé aucun de ces délinquants comme étant de bons candidats à la réadaptation.
Je crois qu'il faut faire passer le délai de 25 à 40 ans.
Si quelqu'un commettait ces crimes de façon consécutive et isolée, contre différentes victimes au cours d'une semaine, la durée serait de 40 ans.
Dans ce cas‑ci, comme il n'y a qu'une victime et que les crimes sont commis au même moment, le juge sursoit aux accusations pour enlèvement et pour agression sexuelle. Les procédures ne visent qu'un seul crime, parce que tous les crimes sont liés. L'agresseur se verrait imposer un délai préalable de 40 ans s'il s'agissait de cas distincts, mais comme tous les crimes ont été commis en même temps contre une seule victime, le délai n'est que de 25 ans.
Je suis heureux d'entendre que vous êtes d'accord avec moi. Nous convenons tous fermement que les décisions des tribunaux sont empreintes de sagesse et que la magistrature, forte des conseils des juges, est digne de confiance pour trancher quand il y a possibilité de réhabilitation. Je vais laisser ces décisions à la discrétion de la magistrature, puis des commissions de libération conditionnelle.
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Merci, monsieur Kibble.
J'aimerais passer en revue certains des détails techniques. D'après ce que je comprends, dans les cas de meurtre au premier degré et de haute trahison, le Code criminel prévoit que le criminel reste au moins 25 ans en prison. Pour un meurtre au deuxième degré, le délai préalable à la libération conditionnelle varie de 10 à 25 ans.
Si je comprends bien vos calculs, vous êtes arrivé au délai maximal de 40 ans en trouvant les délais préalables maximaux pour chacune de ces trois infractions et en les additionnant pour qu'ils soient purgés consécutivement, plutôt que simultanément.
Les meurtres entraînent une période de 25 ans sans possibilité de libération conditionnelle; les enlèvements, une période de 10 ans; et les agressions sexuelles, une période d'environ quatre ans et demi. Le total est de 39,6 ans, d'où les 40 ans. L'idée ici est-elle essentiellement de faire en sorte que les délais préalables à la libération conditionnelle soient purgés consécutivement pour ces trois infractions monstrueuses?
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Merci beaucoup, monsieur le président, et merci beaucoup à M. Kibble d'avoir présenté ce projet de loi.
Je tiens également à vous offrir mes condoléances pour la tragédie que votre famille a vécue. Je ne le savais pas non plus, mais je partage les condoléances de M. Baber.
J'ai siégé à ce comité en 2019. Je l'ai présidé lorsque James Bezan a présenté son projet de loi . Je l'ai appuyé à l'époque, et je l'appuie encore aujourd'hui.
J'ai deux questions.
Monsieur Kibble, vous semblez hésiter à appuyer les amendements proposés par différents députés. Je comprends votre souhait d'avoir un projet de loi plus simple, mais si les amendements apportent de la certitude à d'autres personnes et n'interfèrent aucunement avec les objectifs généraux du projet de loi puisqu'ils ne modifient pas sa portée... L'objectif, c'est que les jurys puissent faire des recommandations aux juges et que les juges puissent décider de prolonger les délais préalables à la libération conditionnelle.
Avez-vous une objection fondée sur des motifs de fond, ou pensez-vous simplement que les amendements ne sont pas nécessaires, en plus de préférer que le projet de loi soit plus simple?
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Je vous suis très reconnaissant de vos bons mots.
Je vous témoigne également beaucoup de respect pour avoir présidé le Comité par le passé. Je sais que vous avez travaillé sur ce projet de loi, alors vous le connaissez très bien. Je vous remercie également d'avoir manifesté votre soutien.
Votre question porte sur les amendements, auxquels je suis tout à fait ouvert. Je trouve très important que nous fassions bien les choses sur le plan procédural et législatif, et j'appuierais donc des amendements en ce sens.
Je crois que certains amendements interfèrent avec le processus, mais je m'en remettrais aux experts du ministère. Il serait préférable de leur adresser ces questions. Je suis tout à fait disposé à accepter des amendements — non pas des amendements qui apporteraient une certitude aux parlementaires, mais bien des amendements des fonctionnaires du ministère qui apporteraient de l'exactitude, comme on le recommande, et qui seraient conformes à la procédure. Je suis certainement ouvert à de tels amendements. Si c'est ce qu'il faut pour donner des certitudes à nos parlementaires, je peux sans contredit donner mon appui.
J'ai évalué les amendements en fonction de mes recherches — non pas en tant qu'avocat, mais en tant qu'ancien officier de la marine. Je vais m'en remettre aux témoins du ministère et demeurer très ouvert à toute éventuelle amélioration, correction ou précision qu'ils pourraient proposer.
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C'est une excellente question, et je vous en remercie.
J'ai assisté à un procès qui a touché ma famille, où j'ai vu et appris le processus par lequel un jury formule une recommandation, et je pense que ce rôle est extrêmement précieux. Les jurés n'ont généralement pas de formation juridique, mais ils constituent un baromètre de la communauté, et leur contribution est très importante.
Je sais que certains ont dit au cours des discussions que seul le juge devrait déterminer la peine. Je pense que les commentaires du jury sont précieux. Bien entendu, comme vous le savez, le juge peut déterminer le délai préalable à la libération conditionnelle, mais il tient compte des commentaires du jury après lui avoir donné des instructions très détaillées. Pour avoir vu ce processus, je pense qu'il est très utile et que nous devrions sans contredit le conserver. Je l'appuie complètement.
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Merci, monsieur le président.
Merci, monsieur Kibble, d'avoir présenté votre projet de loi d'initiative parlementaire. Je pense qu'il y a un large consensus autour de la table ce matin par rapport à l'objectif que vous cherchez à atteindre avec votre projet de loi.
En tant que législateurs, comme vous le savez, notre responsabilité n'est pas seulement d'adopter des lois, mais aussi de nous assurer qu'elles donnent les résultats escomptés et qu'elles résistent à l'épreuve du temps.
Convenez-vous que, si nous avions l'occasion de renforcer le cadre du projet de loi sans en changer le fond, le Comité devrait examiner avec sérieux les possibilités de le faire?
Comme je l'ai dit tout à l'heure, lorsque je me suis prononcé contre certains amendements, c'était pour améliorer le projet de loi. J'envisagerais sans contredit des amendements qui amélioreront et renforceront le projet de loi. Je n'approuverais pas des idées farfelues de collègues, mais bien des amendements solides, recommandés, éprouvés et débattus qui atteindraient l'objectif de protéger les familles — qui est l'objectif ultime. C'est très important, et il serait ridicule de ne pas appuyer de tels amendements.
Nous avons essayé de prendre tous les facteurs en considération dans la rédaction du projet de loi au cours de ces nombreuses années, mais si un amendement pouvait l'améliorer, je l'appuierais, bien sûr.
Je vous remercie encore une fois de vous ranger derrière nos objectifs dans ce projet de loi.
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Nous reprenons les travaux.
Bienvenue à la deuxième heure de la réunion.
Aujourd'hui, nous accueillons deux représentants du ministère de la Justice que nous connaissons bien: Joanna Wells, qui est l'avocate principale et cheffe d'équipe de la Section de la politique en matière de droit pénal, et Erin Kelly, qui est conseillère juridique.
Merci à vous deux d'être ici aujourd'hui.
Je crois comprendre que vous n'avez pas de déclaration préliminaire, alors nous allons passer directement aux questions.
Nous allons commencer la série de questions de six minutes avec M. Gill.
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Merci, monsieur le président.
Je remercie les fonctionnaires d'être avec nous aujourd'hui pour clarifier quelques questions que nous avons à vous poser au sujet de ce nouveau projet de loi d'initiative parlementaire.
Mesdames, nous avons entendu des témoignages ce matin selon lesquels le projet de loi soulève peu de préoccupations en ce qui concerne la Charte, voire aucune. J'aimerais avoir votre opinion à ce sujet.
Compte tenu de la jurisprudence de la Cour suprême que nous avons citée ce matin — l'affaire Bissonnette en particulier — concernant les longues périodes d'inadmissibilité à la libération conditionnelle, serait‑il juste de dire que cette mesure législative, qui prolonge la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle jusqu'à 40 ans, ferait l'objet d'un examen de conformité à la Charte?
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Merci, monsieur le président.
Je remercie les fonctionnaires de leur présence.
J'aimerais commencer par une observation générale. J'entends souvent les représentants ministériels dire — et c'est particulièrement le cas à ce comité — que tout ce que nous faisons en tant que parlementaires en ce qui concerne toute modification au Code criminel sera toujours soumis à un examen fondé sur la Charte.
Nous ne devrions jamais renoncer à nos responsabilités ou hésiter à repousser les limites lorsqu'il est question de répondre aux demandes des Canadiens. Je pense que M. Lawton l'a bien expliqué plus tôt. Cela fait 11 ans que les droits des victimes ne sont plus du tout pris en compte dans ce pays. Je ne vais pas me répéter, car je l'ai déjà fait à maintes reprises, mais à mon avis, tout ce que nous faisons sera assujetti à un examen fondé sur la Charte.
Avec tout le respect que je vous dois, madame Wells, en ce qui concerne le commentaire que vous avez fait à M. Fortin au sujet de l'influence de l'arrêt Bissonnette sur toute contestation fondée sur la Charte, en particulier dans le domaine de ce projet de loi d'initiative parlementaire, je tiens à souligner que cette affaire portait précisément sur l'élément de cumul de l'inadmissibilité à la libération conditionnelle. Au paragraphe 71 de cette décision, on ne déterminait pas que l'imposition d'une période d'inadmissibilité supérieure à 25 ans était inconstitutionnelle. On n'a tout simplement pas posé la question ou présenté cet argument.
Les deux raisons pour lesquelles une telle période a été jugée inconstitutionnelle dans l'affaire Bissonnette sont qu'elle n'offrait pas une perspective réaliste de remise en liberté dans le contexte de la dignité humaine et qu'elle éliminait complètement le concept de réadaptation, alors que, dans ces circonstances, la réadaptation se classerait parmi les considérations les plus faibles en matière de détermination de la peine. Le projet de loi comprend des éléments liés à la dignité humaine, parle d'une perspective réaliste de libération et parle certainement de réadaptation.
Étant donné que cela a été modifié avec le projet de loi , êtes-vous toujours convaincue qu'il pourrait non seulement faire l'objet d'un examen approfondi en vertu de la Charte, mais aussi être considéré comme contraire à l'article 12?