[Français]
Bonjour à tous. J'espère que vous avez eu une belle fin de semaine.
[Traduction]
Notre étude sur la productivité tire à sa fin, mais il nous reste encore quelques réunions. Nous avons deux témoins ici à Ottawa avec nous et un qui se joint à nous en ligne.
Je tiens brièvement à rappeler aux témoins dans la salle que si votre casque d'écoute est branché mais n'est pas sur vos oreilles, veuillez le placer sur l'autocollant devant vous pour protéger la santé et le bien-être des interprètes.
[Français]
J'aimerais rappeler que tous les témoins ont effectué les tests de connexion requis avant la réunion.
[Traduction]
Comme je l'ai mentionné, nous avons trois témoins avec nous. Nous accueillons, du Centre d'étude des niveaux de vie, Stephen Tapp, directeur général, de Danby, Jim Estill, directeur général, par vidéoconférence, et d'Universités Canada, Gabriel Miller, président-directeur général.
Chers témoins, vous disposerez d'au plus cinq minutes pour faire votre déclaration liminaire. J'ai tendance à être un peu généreux, mais si vous me voyez agiter frénétiquement la main, c'est que vous arrivez à la fin de votre temps de parole et je vous demanderai de conclure.
Sur ce, monsieur Estill, je crois que je vais vous demander de faire votre déclaration en premier. Vous disposez de cinq minutes, à partir de maintenant. La parole est à vous.
Je suis Jim Estill. Je suis un entrepreneur, un fondateur, un philanthrope et un fier Canadien. Je suis le propriétaire de Danby Appliances, d'Arctic Snowplows et de Valcom, et j'ai des investissements dans de nombreuses autres entreprises canadiennes. Danby exerce ses activités aux États-Unis et au Canada, mais nous sommes une entreprise canadienne.
J'ai démarré ma première entreprise en vendant des produits technologiques depuis le coffre de ma voiture. J'ai fait fructifier l'entreprise jusqu'à atteindre un chiffre d'affaires de 2 milliards de dollars. En créant cette entreprise, j'ai investi dans plus de 150 jeunes entreprises technologiques, que j'ai conseillées et encadrées. La plus célèbre d'entre elles est BlackBerry, dont j'ai été l'un des membres fondateurs du conseil d'administration. J'ai siégé à ce conseil pendant 13 ans. J'ai également été cofondateur de Communitech, un carrefour technologique florissant à Waterloo. Je faisais partie du conseil d'administration d'OMERS Ventures lorsque nous avons investi dans Shopify.
J'ai reçu l'Ordre de l'Ontario, l'Ordre du Canada et le prix de l'entrepreneur de l'année décerné par EY. Je suis titulaire de diplômes honorifiques de l'Université de Waterloo, de l'Université de Guelph et du Collège Humber. Ma famille et moi avons eu la chance de donner plus de 10 millions de dollars à de nombreuses œuvres de bienfaisance au Canada. Nous avons ouvert une banque de meubles à Guelph qui est venue en aide à plus de 300 familles en leur fournissant des meubles et des articles ménagers, et qui a permis de détourner des tonnes de déchets de la décharge locale. Nous avons aussi parrainé et aidé plus d'un millier de réfugiés et de nouveaux arrivants à s'installer au Canada.
J'ai dû dire tout cela, car mon personnel m'a dit que je devais le faire. Maintenant que c'est fait, permettez-moi de dire que c'est un honneur d'avoir l'occasion de m'adresser à vous aujourd'hui.
Le gouvernement mesure la productivité en dollars, et c'est vraiment la seule façon de le faire. Le problème est que cela revient souvent à comparer des pommes et des oranges. Par exemple, si l'entreprise Apple utilise 5 000 $ en pièces et 200 heures de main-d'œuvre pour fabriquer des iPhone d'une valeur de 50 000 $, elle est considérée comme beaucoup plus productive qu'Arctic Snowplows qui utilise 5 000 $ en pièces et 200 heures de main-d'œuvre pour vendre une déneigeuse de 10 000 $. De même, si Whirlpool ou Samsung achètent un réfrigérateur de 200 $ et y consacrent deux heures de travail pour le vendre 500 $, elles sont plus productives que Danby qui achète le même réfrigérateur à 200 $ et y consacre deux heures de travail et le vend 350 $. Ce que je veux faire valoir, c'est que l'image de marque crée de la productivité. Si une entreprise comme Danby a un coût du capital plus élevé que Samsung, ce coût plus élevé signifie que Danby est moins productive.
Une partie de la productivité est externe. Par exemple, si le prix du pétrole augmente de 10 $ le baril, cela augmente la productivité horaire, telle que mesurée par le gouvernement, même si le travailleur de l'industrie pétrolière produit le même nombre de barils de pétrole. Quand les gens pensent à la productivité, ils ont tendance à penser aux robots de soudage, à l'intelligence artificielle, aux convoyeurs et aux balayeurs robotisés notamment, mais la productivité est bien plus que cela.
Cela dit, je pense que l'amortissement accéléré des éléments précisément liés à la productivité est tout à fait justifié. Il n'entraîne que de modestes coûts pour le gouvernement.
Je me posais la question suivante: pourquoi les entreprises n'investissent-elles pas dans ces éléments s'ils permettent de réaliser des économies? L'une des raisons est peut-être le capital. J'essaie toujours de trouver une solution avantageuse pour tout le monde. Je sais d'où vient l'argent. S'il vient du gouvernement, il ne tombe pas du ciel. C'est nous tous qui payons. Le coût d'accès au capital du gouvernement est beaucoup plus faible que pour les entreprises. Si un gouvernement décidait de permettre aux entreprises de reporter le paiement de la TVH pendant six mois, il pourrait même imposer un taux d'intérêt de 3 %, ce qui signifie que le gouvernement ne deviendrait pas créancier et que les entreprises réaliseraient des économies de 5 à 8 % chaque année, selon leur coût d'emprunt.
Je suis un entrepreneur et un capitaliste. Je ne crois pas que le gouvernement devrait soutenir les entreprises, mais si vous offrez des soutiens, assurez-vous au moins qu'ils soient répartis équitablement. Les subventions actuelles sont destinées aux entreprises en démarrage et aux grandes entreprises qui ont de bons groupes de pression. Lorsque vous octroyez des subventions gouvernementales au secteur de l'automobile, vous rendez une entreprise comme Danby moins productive, car vous nous prenez de l'argent. C'est la même histoire lorsque vous construisez un oléoduc. Vous retirez de l'argent de l'économie, ce qui rend les entreprises moins efficaces. Tout nouveau programme gouvernemental ajoutera à l'inefficacité du Canada.
Il pourrait être plus efficace de simplement élargir certains des programmes qui sont actuellement en place. Par exemple, la RS&DE devrait et pourrait être appliquée à la formation sur l'IA et à la mise en œuvre de l'IA dans les entreprises. Comme pour toutes les initiatives de RS&DE, si l'entreprise utilise des intrants canadiens, ces intrants sont admissibles aux subventions pour la RS&DE, ce qui aurait une double incidence. J'aime quand on crée une double incidence. Si le gouvernement doit dépenser de l'argent, autant qu'il achète au Canada et paie une petite prime. Je suis un contribuable, alors je veux qu'il y ait une petite prime. Elle se répercuterait sur l'emploi et la prospérité, ce qui signifie une augmentation des recettes fiscales.
Cela dit, nous devons faire preuve de prudence et éviter d'annoncer ou de changer des mesures de manière trop radicale afin que le gouvernement américain ne cesse d'acheter des entreprises canadiennes. Les municipalités pourraient vraisemblablement faire plus pour acheter au Canada sans attirer l'attention des États-Unis. Le problème, c'est que les municipalités n'ont pas d'argent. Il serait peut-être bon que le Canada offre une petite subvention pour les aider en ce sens.
Le Canada n'a pas besoin de plus de programmes. Il doit mieux comprendre et exécuter ce qui fonctionne. La productivité ne se résume pas aux machines. Il faut créer des conditions où les entreprises peuvent prospérer, innover et soutenir la concurrence mondiale. Si nous faisons bien les choses, nous ne ferons pas que stimuler la productivité, nous bâtirons également un Canada plus fort et plus résilient.
Merci. Voilà qui conclut ma déclaration liminaire.
:
Bonjour, mesdames et messieurs les membres du Comité.
Je m'appelle Gabriel Miller et je suis le président-directeur général d'Universités Canada.
Je vous remercie de m'avoir invité à témoigner aujourd'hui sur un sujet aussi crucial pour l'avenir économique du pays, à savoir la productivité et la compétitivité du Canada.
Universités Canada représente 97 établissements de toutes tailles: des universités à forte intensité de recherche, des établissements régionaux polyvalents et de plus petits établissements spécialisés. Ensemble, ils forment un écosystème de recherche dynamique et essentiel à la prospérité du pays.
[Traduction]
La capacité du Canada de relever ses plus grands défis — l'abordabilité, le logement, les soins de santé, la productivité et la croissance économique à long terme — dépend de ses universités. Les universités sont les piliers de leur communauté, contribuant 48,7 milliards de dollars à l'activité économique chaque année et créant plus de 440 000 emplois. Elles apportent également les connaissances et les talents qui stimulent l'économie canadienne, ce qui est crucial.
Une éducation universitaire offre des salaires plus élevés, une plus grande sécurité d'emploi et une participation accrue au marché du travail. Elle apporte aussi les talents qui font fonctionner nos hôpitaux, nos salles de classe, nos établissements de recherche et nos industries au quotidien.
Les universités canadiennes forment 1,4 million d'étudiants chaque année — la prochaine génération d'innovateurs, d'entrepreneurs et de chefs de file. Les universités ont contribué à bâtir ce pays et sont indispensables pour assurer un avenir prospère. La prospérité et la productivité vont de pair, comme vous le savez tous, et dépendent d'une main-d'œuvre hautement qualifiée.
À l'heure actuelle, près de la moitié des étudiants de premier cycle au Canada participent à des programmes d'apprentissage intégré au travail, ce qui leur permet d'acquérir l'expérience qui correspond aux compétences recherchées par les employeurs. Partout au pays, nos universités travaillent en collaboration avec l'industrie pour résoudre les véritables problèmes. Ils transforment la recherche en résultats, en nouvelles technologies, en entreprise et en solutions pour les Canadiens.
Les recherches universitaires constituent l'un des plus puissants moteurs de croissance du Canada. Nos établissements réalisent plus d'un tiers de toute la R‑D au Canada, ce qui permet de faire des découvertes, d'attirer des investissements et de renforcer la concurrence. Ces résultats sont obtenus lorsque le milieu de la recherche rencontre l'industrie et les communautés. Avec les technologies émergentes, que ce soit l'IA, l'informatique quantique ou les technologies propres, la demande de talents dans le secteur de la recherche ne fera qu'augmenter.
Toutefois, de nombreux établissements ne disposent tout simplement pas des ressources nécessaires pour commercialiser les découvertes qu'elles font en laboratoire ou pour conserver la propriété intellectuelle et ses avantages économiques ici au Canada. Ce problème ne concerne pas uniquement les universités. Les petites et moyennes entreprises sont confrontées à des défis semblables. Elles représentent 96 % du secteur privé au Canada, mais ne disposent pas des ressources nécessaires pour adopter de nouvelles technologies ou aller de l'avant avec leurs propres stratégies en matière de propriété intellectuelle. Le résultat est prévisible. Nous perdons une propriété intellectuelle précieuse et les possibilités économiques qu'elle devrait créer.
En nouant des partenariats plus solides entre le gouvernement, les universités et l'industrie, et en offrant du soutien ciblé en matière de protection et de commercialisation de la propriété intellectuelle, le Canada peut conserver davantage de ses innovations sur son territoire.
Permettez-moi de conclure avec les trois recommandations suivantes.
Premièrement, faites participer directement les universités dans les projets d'intérêt national d'envergure. Des initiatives comme BOREALIS et la Stratégie industrielle de défense ont du potentiel. Une participation importante tout au long de ces projets et dans tous les efforts d'intérêt national d'envergure renforcera notre bassin de talents et contribuera à développer les technologies canadiennes.
Deuxièmement, établissez des partenariats avec les universités pour faire progresser les avancées et l'adoption de l'IA. L'intelligence artificielle peut améliorer substantiellement la productivité dans l'ensemble de l'économie. Les universités aident déjà les entreprises à intégrer des outils d'intelligence artificielle par l'entremise de formation, de mentorat et de recherche appliquée. Grâce à des investissements fédéraux, ces efforts pourraient s'étendre partout au pays et aider les entreprises à adopter plus rapidement les technologies émergentes.
Troisièmement, enfin, renforcez le transfert technologique universitaire et accélérez la construction de nos infrastructures. Du soutien ciblé destiné aux bureaux de transfert technologique, aux incubateurs et aux accélérateurs contribuera à transformer la recherche canadienne en entreprise, en emploi et en croissance économique au Canada.
Il faudra de nombreuses solutions pour régler les défis liés à la commercialisation et à la productivité au Canada, mais ces étapes peuvent avoir une grande incidence rapidement.
[Français]
Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de m'adresser à vous aujourd'hui.
Je suis prêt à répondre à vos questions.
:
Merci, monsieur le président et mesdames et messieurs les membres du Comité, de me donner l'occasion de comparaître aujourd'hui.
Je suis Stephen Tapp. Je suis le directeur général du Centre d'étude des niveaux de vie. Le CENV est un organisme de recherche à but non lucratif canadien qui a été fondé en 1995.
La productivité du Canada est une préoccupation de longue date, mais il est largement reconnu que nous sommes confrontés à une urgence en matière de productivité. Au cours des 50 dernières années, notre croissance de la productivité du travail a considérablement ralenti. Pendant la période de l'après-guerre, notre productivité a augmenté de près de 4 % par année. Depuis 2000, elle augmente de moins de 1 % par an. Pour mettre ce changement en perspective, avant le ralentissement, la productivité a doublé en 19 ans — aujourd'hui, il faut environ 90 ans. Cela signifie que les progrès économiques dont chaque génération bénéficiait auparavant prennent désormais plus de temps que la durée de vie de la plupart des gens. Si nous ne renversons pas ces tendances, la croissance et le niveau de vie demeureront trop faibles, et il sera plus difficile de financer les services publics essentiels dont dépendent les Canadiens.
Dans les recherches menées au CENV, qui faisaient partie d'une collaboration internationale dirigée par la Productivity Institute du Royaume-Uni, Andrew Sharpe et moi avons examiné la productivité historique du Canada. Bien que la situation soit loin d'être parfaite, nous avons constaté que les gouvernements canadiens ont généralement adopté de nombreuses politiques pour favoriser la productivité au fil des ans, que ce soit de libéraliser le commerce, cibler l'inflation, moderniser la fiscalité et investir dans le capital humain. Malgré ces mesures, la croissance de la productivité a stagné au Canada et dans la plupart des économies avancées. Pourquoi?
De nombreux facteurs expliquent le ralentissement, notamment la petite taille du marché canadien qui représente une part de plus en plus réduite de l'activité économique mondiale. La plupart de nos entreprises sont petites et connaissent peu de succès pour prendre de l'expansion. Les pressions concurrentielles et le dynamisme des entreprises se sont affaiblis au cours des dernières décennies. La réglementation a augmenté, devenant plus complexe et plus coûteuse. Notre position commerciale sur la scène internationale était déjà en retard bien avant le récent protectionnisme américain.
Au final, nous pensons que les principaux facteurs qui ont mené à la faible productivité du Canada sont la lenteur des progrès technologiques et la faiblesse chronique des investissements des entreprises. Il est encourageant de voir que le budget de 2025 vise à augmenter les investissements, car nous pensons qu'il cerne correctement un élément clé du problème.
Cela dit, nous devons reconnaître que l'économie du Canada traverse actuellement la période la plus difficile qu'elle ait connue depuis des décennies. Les droits de douane et les menaces des États-Unis ont créé un énorme climat d'incertitude, et l'Accord Canada-États-Unis-Mexique sera bientôt soumis à des pressions existentielles dans le cadre de l'examen de 2026. Cela rend les efforts pour stimuler l'investissement d'autant plus importants, mais aussi plus difficiles.
Compte tenu de ces défis externes, le Canada devrait mettre l'accent sur ce qu'il contrôle, avec un programme politique qui vise à encourager l'adoption de technologies et les investissements, à soutenir la participation au commerce international et sa diversification, à accroître l'efficacité des marchés internes, à moderniser le régime fiscal et à améliorer les compétences et la formation de la main-d'œuvre. M. Miller a mentionné l'intelligence artificielle. Nous pensons que l'IA, une technologie que le Canada a contribué à mettre au point, représente également une grande possibilité.
C'est pourquoi, en juin, le CENV a lancé une initiative canadienne visant à favoriser l'adoption de l'IA, en partenariat avec le CIGI et l'Université de Waterloo, pour soutenir et suivre les progrès dans l'adoption à grande échelle de l'IA dans l'ensemble de l'économie.
Dans tous les secteurs, nous devons nous efforcer d'atteindre chaque point de base de croissance que nous pouvons. Des progrès graduels et soutenus peuvent améliorer sensiblement le niveau de vie au fil du temps.
Avant de terminer, je tiens à souligner que bien que le PIB national et les indicateurs de rendement fournissent des éléments essentiels, ils ne donnent pas la vue d'ensemble. Des mesures plus poussées qui vont au‑delà des données nationales, comme les indices du CENV du bien-être économique et du développement humain, révèlent de grandes disparités à l'échelle du pays.
En ce qui concerne le développement humain, par exemple, nous estimons que les provinces canadiennes les mieux classées, soit l'Ontario, le Québec et l'Alberta, se situeraient entre la 15e et la 17e position dans le monde. En revanche, dans les territoires, le Nunavut se classe aux alentours de la 70e position dans le monde. Cela montre en fait la différence entre vivre dans un endroit comme le Royaume-Uni par rapport à l'Albanie, selon ces classements implicites. De telles disparités font ressortir les défis constants, plus particulièrement dans le Nord du Canada et dans les communautés autochtones et éloignées, ainsi que la nécessité d'adopter des approches politiques axées sur le milieu.
Les recherches du CENV révèlent également que les indicateurs économiques traditionnels, aussi décevants soient-ils, peuvent avoir surestimé les progrès du Canada, car si nous regardons au‑delà des résultats agrégés, nous constatons que nous sommes confrontés à plus d'inégalités et de risques qu'il y a quelques décennies.
Pour conclure, la productivité du Canada est décevante et les perspectives sont difficiles. Il faudra du temps pour relever ces défis complexes de longue date. En ciblant correctement les causes profondes, en tirant parti des nouvelles technologies et en mettant en œuvre des réformes politiques, nous pouvons renforcer la productivité lentement, mais sûrement, pour apporter de réels changements à long terme.
Pour guider ces progrès, les indicateurs traditionnels devraient être accompagnés de mesures qui vont au‑delà du PIB pour favoriser une prospérité plus inclusive et plus résiliente pour tous les Canadiens.
Je vous remercie du temps que vous m'avez accordé. Je répondrai à vos questions avec plaisir.
Monsieur Miller, j'ai quelques questions à vous poser.
Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de le consulter, mais l'organisation de M. Tapp a récemment publié un rapport. Dans son rapport de novembre sur la productivité, le graphique 5 montre que le Canada affiche le taux de scolarisation aux études supérieures le plus élevé parmi les pays de l'OCDE, qui se chiffre à un peu plus de 63 %. Nous nous comparons souvent aux États-Unis, où le taux atteint un peu plus de 50 %. Cependant, ces taux de scolarité élevés ne se traduisent pas par une productivité accrue, selon les données.
, au cours des derniers jours, a dit que le gouvernement n'applique plus de « politique étrangère féministe. » Pensez-vous que nos universités ont trop mis l'accent sur la diversité, l'équité et l'inclusion, et les politiques de la culture de l'éveil, et pas assez sur l'éducation spécialisée?
:
Ce n'est pas ce que les données démontrent.
Ma prochaine question s'adresse à M. Tapp.
Monsieur Tapp, dans votre rapport de novembre, le graphique 2 montre les niveaux horaires relatifs de la productivité de la main-d'œuvre dans le secteur des affaires. Je vois que vous avez des données pour la période de 1947 à 2023. Je remarque que, au cours de la période de 2008 à 2015, on a observé une tendance à la hausse de la productivité, et après 2015, pendant les années où Justin Trudeau était au pouvoir, la productivité a fortement baissé.
Vous avez mentionné dans votre déclaration que la réglementation est devenue excessive. Pouvez-vous me dire quels règlements précis plombent la productivité?
:
Le manque d'investissements dans le secteur de l'énergie au cours de la dernière décennie et sur de plus longues périodes fait en sorte qu'il nous est plus difficile d'être concurrentiels, d'être prospères et de contribuer à l'économie.
Je pense que la deuxième partie de votre question initiale portait sur la réglementation. Je ne peux pas me prononcer sur des règlements précis; je suis plutôt macroéconomiste, et nous analysons des données agrégées. Nous n'étudions pas chaque ligne des règlements.
Je souligne par ailleurs qu'un rapport de Statistique Canada s'appuyant sur des recherches menées sur une période de 15 ans a relevé une augmentation de la réglementation fédérale de plus de 2 % par année au cours de cette période. Selon les estimations et les modélisations des chercheurs, le PIB était inférieur de près de 2 % pour cette raison et, en particulier, les investissements étaient inférieurs de 9 %. Cette conjoncture mine la création de nouvelles entreprises et décourage l'investissement en particulier.
Dans une certaine mesure, le fait que nous mettions sur pied un Bureau de gestion des grands projets est un aveu qu'il est difficile de réaliser de grands projets. Nous essayons donc de contourner le processus et de faire avancer les choses. C'est une bonne initiative; espérons qu'elle portera ses fruits.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Monsieur Estill, merci beaucoup de vous joindre à nous.
L'entreprise Danby est un pilier de Guelph, et M. Estill a personnellement parrainé 50 familles syriennes pour les aider à s'établir à Guelph et leur fournir des emplois et toutes sortes de mesures de soutien. Tant dans le monde des affaires que dans celui de la philanthropie, il est un leader à mes yeux et aux yeux de bien des concitoyens.
Monsieur Estill, le budget de 2025 propose un certain nombre de mesures: de grands projets; la construction de logements; des investissements en IA et dans la Stratégie industrielle de défense; divers moyens de nous tourner vers un plus grand nombre de marchés internationaux tout en renforçant les industries touchées par les droits de douane américains, y compris l'Initiative régionale de réponse tarifaire; et l'accélération de la recherche et du développement au Canada grâce à la superdéduction à la productivité et à l'expansion de la recherche scientifique et du développement expérimental, pour n'en nommer que quelques-unes. Le budget regorge de mesures.
Selon vous, lesquelles de ces mesures seraient les plus utiles pour stimuler la productivité, et quelles autres approches seraient efficaces?
Je vous prierais de prendre une minute ou deux pour répondre, parce que j'ai aussi une question pour M. Tapp.
:
Je vous remercie de la question.
Tout d'abord, je pense que nous devons reconnaître la difficulté du moment. L'incertitude et l'ampleur des changements apportés à la politique tarifaire des États-Unis sont plutôt inouïes. Nos discussions ont eu lieu au début du processus, lorsque j'étais à la Chambre de commerce.
Vous avez raison: Guelph est très touchée. Le Sud-Ouest de l'Ontario est certainement menacé par ces droits de douane.
Au départ, le gouvernement a réagi en imposant des mesures de rétorsion tarifaires. Je pense que, d'un point de vue de la théorie des jeux, les intervenants se sont dit que si les contre-tarifs augmentaient la pression politique sur les États-Unis et les amenaient à abandonner les droits de douane, c'était une bonne décision. Quelques mois après le lancement de cette stratégie, il est devenu évident qu'il était peu probable qu'elle ait un effet dissuasif sur Donald Trump et que le maintien des mesures de rétorsion ne ferait qu'augmenter nos coûts et réduire notre productivité. L'élimination de ces mesures de rétorsion tarifaires est probablement la meilleure approche stratégique à l'heure actuelle.
Vous avez dit que l'incertitude actuelle a également une incidence sur la productivité et que les mesures de rétorsion tarifaires feraient augmenter les prix, qui s'ajouteraient aux droits de douane en place.
J'ai maintenant une question en ce sens pour le Centre d'étude des niveaux de vie. Plusieurs témoins nous ont exprimé qu'il faut considérablement éliminer les impôts et les règlements, ainsi que plusieurs mesures.
Au Canada, les impôts paient pour les services. Ils paient pour l'éducation et pour la formation professionnelle dans laquelle nous investissons. Comment éviter un nivellement par le bas en matière de fiscalité ou de réglementation? Je ne suggère pas que nous n'avons pas besoin de rectifier le tir, mais quel est le meilleur cadre pour peser le pour et le contre, sur le plan de l'économie et de la productivité?
:
Je vous remercie beaucoup de votre question.
[Traduction]
Deux obstacles, à mon avis, sont les plus pertinents pour les travaux du Comité.
Le premier, c'est qu'il y a très peu de ressources au sein des universités pour aider les chercheurs à commercialiser leurs travaux et à créer les liens avec l'industrie qui sont nécessaires pour la commercialisation. De nombreuses universités sont dotées de bureaux ayant cette vocation, mais ils sont, dans bien des cas, sous-financés. Il est essentiel de fournir un soutien adéquat pour renforcer, dans les universités, la capacité des chercheurs à commercialiser la recherche afin que le Canada puisse en bénéficier.
Le deuxième volet, bien sûr, consiste à avoir des partenaires à l'extérieur des universités pour que le Canada puisse profiter de ce qui se fait entre les murs des établissements. Les mesures qui peuvent nous aider à mettre à l'échelle les investissements et à les transformer en industries, en entreprises et en produits viables sont d'une importance cruciale. Nous semblons voir des progrès à cet égard dans les efforts que déploie le gouvernement pour lier les investissements en recherche à sa stratégie industrielle plus vaste, y compris pour la souveraineté en défense. Ces efforts sont importants et doivent se poursuivre.
:
Je vous remercie pour votre question. Je crois fermement que notre réussite future — que ce soit pour les très grandes ambitions qui ont été annoncées récemment par le gouvernement ou simplement pour rendre notre économie plus productive — dépendra de la qualité de nos talents, tant en ce qui a trait à ce que nous faisons des talents d'ici qu'en ce qui a trait à la façon dont nous utilisons notre système pour attirer le plus de talents internationaux.
En ce qui concerne les besoins en matière de talents à court terme, je me concentrerais sur une chose. Comme nous le savons, le Canada a considérablement réduit ses mesures pour attirer les étudiants étrangers. Cela signifie que nous devrons tirer le meilleur parti du nombre très limité de places que nous aurons pour faire venir de futurs entrepreneurs, ingénieurs ou médecins ici... Des gens qui pourraient finir par rester au Canada s'ils décident d'immigrer et qu'ils sont acceptés ou, dans bien des cas, retourner dans d'autres régions du monde et créer des liens commerciaux inestimables avec le Canada.
À mon avis, la seule chose que le pays pourrait faire dès maintenant pour améliorer son rendement dans ce domaine, c'est d'assurer une coordination plus étroite à Ottawa et entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux pour veiller à ce que nous atteignions nos objectifs. L'annonce récente d'une stratégie d'attraction de talents de 1,7 milliard de dollars dans le budget de cette année est un développement très encourageant. Si nous jumelons ces investissements dans les futurs chercheurs à un système de traitement des visas très efficace et à une stratégie visant à promouvoir le Canada auprès des meilleurs et des plus brillants, nous serons de nouveau concurrentiels à l'échelle internationale dans ce domaine.
:
Bien sûr, je le ferai dès que je me souviendrai de ce que j'allais dire.
Je dirais deux choses à ce sujet. Premièrement, ce que nous voyons dans le budget et, de façon plus générale, de la part du gouvernement, c'est une reconnaissance de l'importance des relations intégrées entre les universités, l'industrie et les entreprises dès le début de ces initiatives pour accroître notre rendement. La rétroaction des entreprises et de l'extérieur de l'université peut aider à faire en sorte que la recherche soit davantage axée sur les besoins de l'économie canadienne. Dans l'autre sens, ces relations aideront les chercheurs à faire des percées, à mettre au point des technologies qui seront appliquées et qui auront le plus de chances d'être commercialisées. Un engagement précoce et continu au fur et à mesure que ces programmes sont conçus et mis en œuvre... Il est aussi très important d'accroître la vitesse des processus.
En deuxième lieu, nous avons besoin d'une stratégie intégrée. On le reconnaît de plus en plus. Dans le cadre de la Stratégie industrielle de défense, par exemple, on reconnaît que les acteurs doivent s'asseoir à la même table avant la conception d'un programme. Il faut maintenant faire le lien entre... Prenons les investissements pour attirer les talents, par exemple. Le gouvernement s'est engagé à financer des chaires et les futurs chercheurs, ceux qui peuvent faire de nos laboratoires des chefs de file dans des domaines comme l'intelligence artificielle. Affaires mondiales déploie aussi des efforts pour promouvoir le Canada auprès des talents à l'échelle mondiale, et il y a le processus d'accueil de ces personnes et de traitement des demandes par le ministère de l'Immigration. Nous devons faire en sorte, dans la mesure du possible, que ces intervenants soient sur la même longueur d'onde et travaillent avec nos provinces et nos territoires afin qu'au Canada et à l'étranger, nous envoyions un message très clair et cohérent aux personnes talentueuses dans les domaines visés, et que nous fassions tout en notre pouvoir pour les faire venir ici de la manière la plus harmonieuse et efficace possible.
Je m'adresse maintenant à M. Tapp.
Depuis un bon moment, le Centre fait des recherches sur divers sujets associés à la productivité, et vous avez fait référence au grand ensemble d'études que vous réalisez dans ce domaine. J'aimerais que vous nous parliez de votre plus récente étude. Dans le résumé, vous dites que selon votre analyse, les gouvernements canadiens qui se sont succédé ont généralement opté pour des réformes axées sur les marchés et sur la productivité, mais que la croissance de la productivité a continué de s'affaiblir. Les principaux facteurs connexes semblent être le déclin des progrès technologiques et les investissements inadéquats des entreprises, et non l'absence d'efforts politiques.
Pourriez-vous nous parler plus en détail du caractère inadéquat des investissements des entreprises que vous avez constaté dans vos recherches à long terme, et nous l'expliquer?
:
En ce qui concerne la recherche dont vous parlez, je tiens à souligner qu'on nous avait chargés de faire l'étude canadienne. Ce sont 17 études de 17 pays qui ont été réalisées pour le Productivity Institute du Royaume-Uni. Nous voulions examiner la productivité de l'économie canadienne sur de longues périodes et le rôle des politiques publiques pour améliorer ou empirer la situation.
Nous avons analysé de nombreuses données variées. Nous avons fait des décompositions et pris différentes mesures. Comme vous l'avez dit, nous en sommes venus à la conclusion que les décideurs canadiens n'avaient pas manqué de vigilance. Dans l'article de l'Observateur international de la productivité que nous avons publié il y a environ 10 ou 15 ans, Don Drummond a dit que les économistes avaient formulé beaucoup de recommandations variées. Nous en avons cité quelques-unes. Environ 70 % des éléments de cette liste ont été mis en œuvre. Ce n'est peut-être pas autant que les gens le souhaitaient, mais il ne faut pas penser que les 30 % restants nous amèneront nécessairement au point où la productivité s'améliorera considérablement.
Notre diagnostic se résume au fait qu'il y a une variété de... C'est un problème systémique et complexe qui dure depuis longtemps, mais la lenteur des progrès technologiques est un facteur. C'est la situation au Canada, mais aussi à l'échelle mondiale. Nous recevons de plus en plus de fonds pour la recherche et nous en produisons de moins en moins. Nous nous rapprochons de la frontière et nous avançons plus lentement. Je crois que c'est là où nous en sommes avec la technologie.
Comme d'autres l'ont mentionné, je crois que nous avons certaines options avec l'intelligence artificielle, mais la faiblesse des investissements des entreprises au Canada est un élément important. Comme je l'ai dit plus tôt, le gouvernement est en train d'élaborer des politiques pour mettre l'investissement à l'avant-plan. Il envisage un cadre de budgétisation des dépenses en capital, qui va renforcer les incitatifs et améliorer la situation.
Je suis relativement pessimiste quant à l'incidence de ces politiques sur les grands projets au Canada à court terme, du moins dans le secteur privé et dans le secteur manufacturier, car nous faisons face à un grand choc commercial. J'ai toutefois bon espoir qu'à long terme, le Canada pourra faire mieux.
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur Miller, dans votre présentation, vous avez évoqué le grand potentiel de l'intelligence artificielle pour augmenter la productivité, dont il est grandement question.
Je désire vous parler de l'impact possiblement négatif de l'intelligence artificielle sur la formation des étudiantes et des étudiants. En effet, on sait que les étudiantes et les étudiants ont souvent recours à des programmes d'intelligence artificielle générative, comme ChatGPT, pour faire leurs travaux à la maison, comme les travaux de recherche.
Selon votre organisme et vos membres, quelles stratégies doit-on adopter pour que les jeunes continuent de recevoir une formation de grande qualité, compte tenu de ces nouveaux outils?
:
C'est une très bonne question.
[Français]
Il est important d'être honnête quant au fait que l'intelligence artificielle offre de grandes possibilités, mais qu'elle entraîne aussi des risques et de grands défis.
[Traduction]
Il y a d'énormes défis à relever ici, et nos membres m'en parlent tout le temps.
Évidemment, ce qui saute aux yeux, ce sont les défis que ces technologies entraînent pour l'évaluation des étudiants. Les universités abordent la question et changent la façon dont elles évaluent les étudiants afin de tenir compte du recours possible à l'IA pour faire les travaux. Nous savons qu'il sera essentiel de veiller à obtenir un portrait clair de ce que les étudiants ont appris pour assurer l'efficacité de notre système d'éducation.
Ce dont nous entendons de plus en plus parler aussi — et je pense que la recherche à ce sujet est encore en cours —, ce sont les effets du recours à ces technologies sur les capacités de raisonnement essentielles des gens et, franchement, sur leur capacité à apprendre et à résoudre les problèmes par eux-mêmes s'il y a un agent ou une ressource en IA qui peut faire une grande partie du travail pour eux.
Selon ce qui se dégage des récentes observations quant à la direction que nous prenons et à ce qui sera important, il faudra éviter de tenter de repousser l'IA ou d'en protéger les universités ou nos milieux de travail. Nous devons plutôt interagir avec elle et faire face à ces défis directement.
Je crois aussi qu'il est extrêmement important de demander aux étudiants d'utiliser l'IA d'une manière qui renforce les capacités fondamentales que nous craignons voir s'éroder. Les derniers chiffres que j'ai vus montrent qu'environ 50 % des salles de classe universitaires utilisent maintenant l'IA de façon consciente et délibérée dans le cadre de leurs programmes, et presque autant demandent aux étudiants de l'utiliser dans le cadre de leurs travaux, de sorte qu'ils s'engagent de façon critique avec ces outils et qu'ils évaluent aussi de façon critique l'information que fournit l'IA et les tâches qu'elle accomplit.
C'est ce dont nous aurons besoin pour réussir sur les plans social et économique. Ces outils peuvent grandement amplifier ce que les humains peuvent accomplir, mais nous devons maintenir notre capacité à les orienter et à y réfléchir de manière critique. En exploitant leur pouvoir et en y exposant les étudiants, nous pouvons obtenir le meilleur de ce que ces outils peuvent leur offrir tout en gérant le pire de ce qu'ils pourraient menacer.
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Merci, monsieur le président.
Monsieur Estill, j'ai fait ma carrière du côté des opérations dans le secteur manufacturier, et je partage bon nombre de vos points de vue sur la productivité et l'efficacité des usines, et sur l'importance d'un tel mécanisme pour stimuler le rendement du capital investi des entreprises.
Vous avez suggéré un changement simple permettant l'amortissement complet des investissements en capital de risque afin d'encourager les Canadiens à investir davantage de leurs propres capitaux dans de nouvelles entreprises, en soulignant que le Canada dispose de solides programmes de démarrage, mais de très peu de mécanismes qui récompensent réellement les investisseurs privés qui soutiennent de nouvelles entreprises avec leurs capitaux.
Diriez-vous que, par le passé, le gouvernement fédéral s'est trop appuyé sur ses propres subventions et pas assez sur les modifications fiscales qui mobilisent réellement le capital de risque privé, comme l'idée de l'amortissement complet que vous avez lancée, à des fins d'amélioration de la productivité?
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J'aime trouver des solutions gagnant-gagnant.
Une radiation complète ne coûte rien au gouvernement, à part peut-être quelques intérêts. Si j'investis 1 million de dollars dans une nouvelle entreprise et qu'elle fait faillite, j'obtiens cette radiation dans 5 ou 10 ans. Si j'investis 1 million de dollars, que j'obtiens une radiation complète aujourd'hui et que je vends l'entreprise pour 10 millions de dollars dans cinq ans, vous recevrez quand même l'impôt sur mon gain en capital. C'est l'une des raisons pour lesquelles cette idée a été lancée.
Tout ce que nous pouvons faire qui est peu coûteux pour le gouvernement et qui encourage l'entrepreneuriat, à mon avis, stimule... L'un des témoins a parlé de l'incertitude dans le contexte actuel. Étant donné les tarifs en place et la direction que prennent les choses, tout le monde va sous-investir. Personne ne construira une nouvelle usine aujourd'hui, parce qu'on ne sait pas où l'on va vendre le produit.
Monsieur Miller, dans son rapport intitulé « L'état de la science, de la technologie et de l'innovation au Canada 2025 », le Conseil des académies canadiennes a constaté que le Canada faisait face à une « crise de la productivité qui s'aggrave », que le rendement des entreprises et des secteurs gouvernementaux en matière de STI était en baisse, que les dépenses des entreprises en recherche et développement étaient « obstinément faibles » et que l'adoption des technologies était lente, même si l'enseignement supérieur demeure un « point positif », comme il le dit, dans notre pays. Il souligne aussi que notre base de recherche et de talents est solide, mais qu'elle est de plus en plus à risque.
Avez-vous l'impression que nous arrivons à convertir le talent et l'excellence en recherche universitaire en capital national et en croissance de la productivité, ou est‑ce que bon nombre de nos meilleurs diplômés et de nos meilleures idées vont encore à l'étranger en ce qui concerne la commercialisation?
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Merci, monsieur le président.
Ma première question s'adresse à M. Miller.
Je représente une circonscription qui compte trois établissements postsecondaires: l'Université McMaster, le Collège Mohawk et l'Université Redeemer. J'ai aussi deux enfants âgés de 17 et 19 ans; ils sont justement en train de faire la transition vers leur carrière postsecondaire.
Vous avez parlé du rôle des universités dans le développement de la main-d'œuvre hautement qualifiée du Canada, et nous avons parlé du génie, de la science et de la recherche. Je suis ingénieur en structures, alors je connais très bien cette partie de la formation universitaire, mais je veux vous donner l'occasion de nous en dire plus sur le rôle et la valeur des sciences humaines, des sciences sociales et des arts, parce que lorsque je parle aux entreprises, je constate qu'elles sont souvent à la recherche d'employés qui peuvent agir de façon indépendante, avoir une pensée critique, être axés sur les solutions, s'exprimer et communiquer.
Pourriez-vous nous parler de la valeur de ces autres éléments de la formation universitaire dans le cadre du perfectionnement de la main-d'œuvre au Canada?
Je vais changer de sujet.
Messieurs Estill et Tapp, vous avez tous les deux dit qu'il est problématique d'utiliser le PIB comme mesure de la productivité. Je vais vous donner deux exemples et je vous demanderai ensuite de commenter.
Le premier est que la valorisation des entreprises d'intelligence artificielle et de technologie est souvent fondée sur la spéculation. Elles ont des valorisations extrêmement élevées et, par le fait même, une très forte productivité sur papier, mais ne produisent rien en réalité. Les cryptomonnaies sont peut-être la manifestation la plus extrême de ce que je qualifierais d'économie fictive.
De plus, si vous mesurez strictement la productivité en fonction du PIB, il y a un incitatif à fabriquer des produits de piètre qualité. À titre d'exemple, si je construis des logements en m'en tenant aux normes minimales prévues dans le Code du bâtiment, ils auront besoin de réparations et d'améliorations tout au long de leur cycle de vie, contrairement à ce qui se serait passé si j'avais livré au départ un produit de haute qualité. Bref, la productivité à long terme sera plus élevée si vous construisiez un produit de moindre qualité.
J'aimerais que l'un d'entre vous nous dise ce qu'il pense de ces scénarios relativement aux différentes façons de mesurer la productivité.
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Je crois que les économistes ont élaboré le concept du PIB il y a peut-être 100 ans. Il y avait des limites et des problèmes dans les années 1920, et il y en a encore aujourd'hui. Je ne dirais pas que c'est la solution ultime à cette fin. Je crois même avoir indiqué dans mes observations que nous devrions également examiner la répartition du revenu global et les risques financiers auxquels d'autres personnes sont confrontées. C'est pourquoi notre indice du bien-être économique tient compte de 28 indicateurs différents, plutôt que de se limiter au seul PIB.
En ce qui concerne le point que vous soulevez concernant la valorisation, c'est sans doute le cas pour le secteur de la technologie, mais il y a une très grande différence entre le Canada et les États-Unis. Meta, Google, Amazon et Netflix — toutes ces sociétés qui ont leur siège social dans la Silicon Valley — ont d'énormes valorisations, mais une empreinte physique et une main-d'œuvre plutôt réduites. Le revenu par travailleur est donc assez élevé.
J'aimerais bien... Nous n'avons pas encore fait ce travail, mais Statistique Canada a mené une étude sur le secteur technologique comparant les États-Unis et le Canada. Il n'est pas surprenant que des indicateurs comme le PIB et la productivité dans le secteur technologique américain dépassent largement ceux du Canada. Il serait intéressant d'examiner le secteur des technologies nouvelles et même celui des énergies nouvelles — et nous avons déjà fait ce travail — pour voir quelle serait la différence pour le secteur médian ou le citoyen moyen au Canada si l'on excluait certains de ces secteurs.
Je pense que vous avez raison de dire que les chiffres américains sur le PIB par travailleur sont plutôt exceptionnels, un phénomène en grande partie attribuable à ce qui se passe dans une seule petite région de la Californie.
Messieurs les témoins, je vous remercie de vos observations et de vos recommandations.
Monsieur Estill, je dois dire avant que vous partiez que j'ai beaucoup aimé le film Le monde selon Wayne, qui, bien sûr, est reconnu pour son placement publicitaire sélectif. Je tiens simplement à souligner que vous vous en êtes largement inspiré avec ce grand fanion derrière vous. J'ai soudainement envie de revoirAustin Powers et Le monde selon Wayne. Je voulais seulement vous en féliciter. Je suis toujours heureux de voir les entreprises canadiennes être mises en valeur.
Je remercie nos témoins du temps qu'ils nous ont consacré.
Chers collègues, nous allons interrompre la séance très brièvement, le temps que nos prochains témoins s'installent.
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Chers collègues, nous allons reprendre nos travaux.
Nous accueillons maintenant de nouveaux témoins. Trois d'entre eux se joignent à nous virtuellement, et un autre est présent dans la salle.
Nous recevons Richard Dias, stratège en macroéconomie mondiale, qui comparaît à titre personnel. Bienvenue, monsieur Dias.
[Français]
Du Réseau des CCTT, les Centres collégiaux de transfert de technologie, nous accueillons Ludovic Soucisse, le président-directeur général, et Nancy Déziel, la présidente du conseil d'administration.
[Traduction]
De la Banque du Canada, nous accueillons Eric Santor, conseiller du gouverneur.
Monsieur Santor, je vous cède la parole en premier pour une déclaration liminaire d'un maximum de cinq minutes.
[Français]
Monsieur Soucisse et madame Déziel, qui de vous deux fera une présentation?
Bonjour. Je vous remercie de m'accueillir aujourd'hui.
Je vais commencer par faire le point sur la situation. En toute franchise, le bilan du Canada en matière de productivité n'est pas reluisant. Je n'apprends rien à personne ici. Ce piètre rendement n'est pas la faute d'un ou deux secteurs de l'économie, ni d'une région en particulier. C'est un problème généralisé dans l'ensemble de l'économie et du pays. En outre, la situation continue de s'aggraver. Au cours des cinq dernières décennies, la productivité du Canada s'est détériorée plus rapidement que celle des autres pays du G7, et notre rendement est particulièrement mauvais par rapport à celui de notre voisin le plus proche.
Pourquoi est‑ce important? La productivité permet à l'économie de croître lorsque les ressources sont limitées. Elle favorise la hausse des salaires sans alimenter l'inflation. Lorsque la productivité augmente, tout le monde bénéficie d'un niveau de vie plus élevé.
Cependant, comme le sous-gouverneur, Nicolas Vincent, l'indiquait dans un discours pas plus tard que la semaine dernière, nous sommes actuellement « coincés dans un cercle vicieux ». Comme la productivité est à la baisse, les entreprises ne peuvent pas augmenter les salaires autant qu'elles le feraient autrement. Une croissance plus lente des salaires fait baisser la consommation. Il a dit que « face à une plus faible croissance de la demande, les entreprises sont moins enclines à investir dans du nouvel équipement ou de nouvelles technologies ». Il a également déclaré que les salaires à la baisse font en sorte qu'il est plus difficile pour les employeurs de garder nos meilleurs travailleurs au Canada et d'attirer des talents de l'étranger.
Comme l'a dit la première sous-gouverneure, Carolyn Rogers, nous faisons face à une « urgence » sur le plan de la productivité.
Même si nous voudrions tous qu'une solution soit trouvée rapidement, la réalité est que ce ne sera pas facile. Nous devons créer les conditions qui stimulent l'investissement par les entreprises. Nous devons encourager la prise de risques, l'innovation et la croissance.
[Français]
On doit s'assurer que nos travailleurs ont les compétences nécessaires pour créer un maximum de valeur.
Je vais conclure sur une évidence: la Banque du Canada n'a pas d'influence directe sur la productivité, mais elle peut jouer un rôle en encourageant un dialogue public sur la question.
[Traduction]
Le Canada n'a pas toujours été à la traîne en matière de productivité. Dans les années 1960 et 1970, nous étions un chef de file.
Nous ne sommes pas obligés de rester dans ce purgatoire de la productivité. Si les entreprises, les gouvernements et les Canadiens poussent tous dans la même direction, nous pourrons échapper au cercle vicieux dont M. Vincent a parlé et retrouver notre avantage sur le plan de la productivité.
L'autre rôle crucial de la Banque est de maintenir l'inflation à un niveau bas, stable et prévisible. Il y a beaucoup d'incertitude en ce moment. Lorsque les entreprises sont convaincues que l'inflation restera faible et stable, il leur est plus facile d'investir dans les nouvelles technologies, dans l'agrandissement de leurs usines ou dans la formation qui pourrait, au bout du compte, améliorer leur productivité.
Merci.
Monsieur le président, messieurs et mesdames les membres du Comité, je vous remercie beaucoup de nous accueillir aujourd'hui.
Je m'appelle Ludovic Soucisse, et je suis le président-directeur général du Réseau des Centres collégiaux de transfert de technologie, ou Réseau des CCTT.
Je suis accompagné de Mme Nancy Déziel, la présidente du conseil d'administration du Réseau des CCTT. Elle est également présidente du conseil d'administration de la Fondation canadienne pour l'innovation, et directrice générale du Centre national en électrochimie et en technologies environnementales, ou CNETE, un CCTT de Shawinigan.
Nous sommes heureux de contribuer aux travaux du Comité, aujourd'hui.
Comme le disait le précédent intervenant, le Canada traverse une période difficile, une crise en matière de productivité. Celle-ci est en recul ou stagne depuis de nombreuses années, ce qui touche particulièrement les PME, soit les petites et moyennes entreprises, qui forment la très grande majorité du tissu industriel du Québec, lequel est différent selon chaque province. La grande majorité des entreprises exportatrices sont des PME. Elles représentent 50 % du PIB privé au pays. Elles structurent nos chaînes d'approvisionnement, et elles sont particulièrement vulnérables aux mesures tarifaires et au contexte économique actuel.
KPMG décrivait le contexte comme étant une sonnette d'alarme pour améliorer la productivité au pays. Un nombre trop élevé d'entreprises a mentionné à la firme vouloir revoir leur compétitivité, et plus de la moitié lui disait vouloir déplacer leurs investissements vers les États‑Unis, pour protéger leur accès au marché. Dans un contexte comme celui-là, il faut savoir que les entreprises qui exportent sont celles qui sont les plus déterminées à innover pour trouver des nouveaux marchés. On doit donc prendre cette crise et la transformer en débouchés pour nos PME.
Le Réseau des CCTT est composé de 59 centres spécialisés, où 2 000 chercheurs et experts couvrent les secteurs stratégiques au cœur de notre économie, à savoir la fabrication avancée, l'énergie, l'agroalimentaire, le numérique, les matériaux critiques, les technologies propres, la cybersécurité, l'intelligence artificielle et les technologies en matière de santé.
Les chiffres sont clairs en ce qui a trait à la capacité des CCTT d'aider nos PME. Chaque année, nos 59 centres travaillent à 13 000 projets avec plus de 6 000 entreprises et organisations. Avec un chiffre d'affaires combiné de 200 millions de dollars, nos CCTT représentent plus de 1,5 milliard de dollars en retombées économiques. Seulement en 2023-2024, ils ont travaillé à plus de 1 040 nouveaux produits, au bénéfice des clients, et à plus de 600 procédés pour améliorer la productivité de nos entreprises. Ils ont aussi développé plus de 240 brevets, licences et déclarations d'invention en collaboration avec des entreprises. La particularité des Centres collégiaux de transfert de technologie du Québec est que le transfert de la propriété intellectuelle se fait en faveur des entreprises, ce qui est bon pour la productivité et pour garder la propriété intellectuelle au pays.
Les CCTT sont des partenaires clés de nos PME pour automatiser la production, améliorer les procédés, réduire les coûts d'exploitation, mettre au point des nouveaux produits exportables, obtenir des certifications pour pénétrer des nouveaux marchés ou optimiser des chaînes d'approvisionnement.
Nous avons trois recommandations à faire aux instances fédérales.
Premièrement, nous recommandons d'inscrire la recherche appliquée dans les grands programmes fédéraux d'innovation, afin d'intégrer explicitement les centres d'innovation, comme les CCTT, aux programmes de soutien à la productivité.
Deuxièmement, nous recommandons de déployer un programme pancanadien d'accompagnement rapide des PME, afin d'augmenter la productivité de milliers d'entreprises, de prévenir les transferts de production vers d'autres pays, dont les États‑Unis, et d'outiller nos entreprises pour accéder à de nouveaux marchés.
Troisièmement, nous recommandons d'utiliser la grande Stratégie industrielle de défense du gouvernement pour soutenir les PME dans leurs contributions aux chaînes d'approvisionnement, notamment en favorisant la recherche appliquée, le transfert de technologie dans le développement des technologies à double usage.
Au Québec, nos centres ont les outils, les infrastructures, les experts et leur réseau pour agir rapidement. Il ne manque que davantage d'incitatifs pour cibler précisément nos PME. La majorité des politiques sont axées sur les grandes entreprises. En ciblant nos PME et les CCTT qui peuvent les accompagner, nous avons plus de chances d'améliorer la productivité de notre économie.
Nous avons les outils, les infrastructures, les experts et le réseau national pour agir rapidement. Il ne manque que les incitatifs auprès des PME canadiennes…
Je vous remercie.
Bonjour à tous. C'est un honneur et un privilège d'être des vôtres aujourd'hui. Je tiens à remercier les membres du Comité de me donner l'occasion de leur faire part de mon point de vue sur ce que la Banque du Canada appelle une « urgence », et sur ce que je décrirais comme le plus grand problème auquel le Canada est confronté.
C'est aussi la meilleure occasion qui soit pour le Canada. Notre bilan récent est si médiocre que nous ne pouvons que l'améliorer. J'ajouterais également que la résolution de cette crise au Canada serait, chose rare, une véritable panacée, en ce sens que cela nous permettrait du même coup de régler bon nombre de nos problèmes actuels, à savoir l'inflation, l'endettement élevé, les mauvais résultats en matière de soins de santé et la vulnérabilité à l'égard de partenaires commerciaux instables, tout en pavant la voie à ce qui m'intéresse d'abord et avant tout, l'amélioration du niveau de vie des Canadiens de la classe ouvrière, d'un océan à l'autre.
Qu'est‑ce que la productivité? Pour citer la Banque du Canada, « la productivité est une façon de mesurer l'efficacité avec laquelle on utilise des intrants comme le travail ou le capital pour produire des biens ou services. Il existe plusieurs mesures de la productivité, mais l'une des plus utilisées dans le débat public est la productivité du travail. Cette mesure correspond à la valeur des biens et des services produits divisée par la quantité de travail nécessaire pour les produire. À l'échelle nationale, ça revient à diviser le produit intérieur brut par le nombre d'heures travaillées. »
Maintenant que nous comprenons la définition de la productivité, aussi imparfaite soit-elle, comment pouvons-nous améliorer cette productivité? Voici mes recommandations.
Premièrement, nous devons bonifier notre capital humain. Nous devons élargir l'offre de formation et de recyclage professionnels pour aider les travailleurs à adopter de nouvelles technologies et à accéder à des postes de plus grande valeur, et nous devons mieux harmoniser le système d'immigration du Canada avec l'objectif d'améliorer la productivité en misant sur l'attraction et le maintien en poste d'une main-d'œuvre bien rémunérée et hautement qualifiée.
Deuxièmement, nous devons renforcer la concurrence pour stimuler l'innovation et l'efficacité. Comme l'a mentionné la Banque du Canada, la concurrence est un moteur important de la productivité, mais de nombreux marchés canadiens demeurent très concentrés. Pour ce faire, nous devons ouvrir à la concurrence étrangère des secteurs comme les télécommunications, les transports et les services financiers. Il nous faut réduire les entraves au commerce interprovincial. Nous devons aussi éliminer les obstacles à la croissance afin que les petites et moyennes entreprises puissent prendre de l'expansion, et nous devons encourager davantage d'exportation à partir des secteurs les plus productifs.
Troisièmement, nous devons encourager les entreprises à croître et, par le fait même, à accéder à de nouveaux marchés. Le Canada compte trop peu de grandes entreprises, et nous devons façonner nos régimes fiscaux et réglementaires de manière à aider nos PME à prendre de l'expansion, plutôt qu'à rester petites. Les deuxième et troisième recommandations peuvent paraître contradictoires, mais ce n'est pas le cas. Essentiellement, le Canada a tendance à protéger ses grandes entreprises et à mettre des bâtons dans les roues de ses PME, et nous devons mettre un terme à cette distorsion.
Quatrièmement, nous devons mettre en place un cadre stratégique et réglementaire plus favorable. Il va de soi que l'établissement de politiques influe fortement sur les résultats en matière de productivité. Certains d'entre vous n'aimeront peut-être pas l'entendre, mais dans l'état actuel des choses, le Canada est un mauvais endroit où investir, comme en témoigne l'important exode net de Canadiens et de fonds canadiens. Nous devons réduire les impôts afin que les incitatifs à investir ici puissent soutenir la concurrence sur la scène mondiale. La réduction d'impôt de 2017 par Trump a vraiment nui au Canada, et nous n'en parlons pas assez. Nous devons réduire le fardeau réglementaire lié aux émissions et passer à une approche plus holistique de la protection de l'environnement, qui englobera la biodiversité, la propreté des rivières et des lacs, etc.
Cinquièmement, nous devons accroître les investissements des entreprises dans les immobilisations, la technologie et la propriété intellectuelle. C'est de loin le plus gros problème. Il n'y a tout simplement pas assez d'investissements du secteur privé au Canada. Il faut inciter le secteur privé à investir davantage dans la machinerie et l'équipement des usines, à accroître les dépenses en propriété intellectuelle et à mettre à niveau l'infrastructure pour permettre la croissance et l'accès à de nouveaux marchés. Le Canada doit inverser la tendance au sous-investissement chronique du secteur privé pour améliorer la productivité de la main-d'œuvre.
Enfin, il faut admettre que, même si le gouvernement a un rôle absolument essentiel à jouer pour que ce problème puisse être réglé, son pouvoir d'action est cependant limité. Pour plusieurs mesures importantes et bien concrètes, le gouvernement fédéral est aussi actif au sein de l'économie qu'il ne l'a été depuis une génération et, le moins que l'on puisse dire, c'est que les résultats sont mitigés. Malheureusement, Ottawa ne peut pas régler ce problème à lui seul, mais il peut, et je crois qu'il devrait, créer un environnement dans lequel le secteur privé peut investir et s'épanouir. C'est ainsi que l'on pourra alimenter la croissance de la productivité du travail et, en fin de compte, le niveau de vie des gens de la classe ouvrière.
Merci. Je suis à votre disposition pour répondre à vos questions.
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Merci, monsieur le président, et merci aux témoins de leurs remarques liminaires.
J'ai quelques questions à vous poser, monsieur Santor.
Nous savons que vous êtes le conseiller du gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem. Nous avons eu droit à deux messages vraiment préoccupants de la Banque du Canada au cours des derniers mois et des dernières années. Ainsi, M. Macklem, pas plus tard que le mois dernier, a déclaré lors d'une conférence de presse que ce qui est le plus inquiétant, c'est que « si des changements ne sont pas apportés, le niveau de vie au pays sera inférieur à ce qu'il aurait pu être ». Il a montré par un mouvement de la main que nos revenus allaient désormais augmenter plus lentement que ce que nous anticipions auparavant. J'y ai vu une sérieuse mise en garde pour les parlementaires.
Il y a eu aussi, en mars 2024, la déclaration de Mme Rogers dont vous avez parlé dans votre déclaration liminaire. Elle est, nous le savons, première sous-gouverneure de la Banque du Canada. Elle a dit: « Vous connaissez ces panneaux qui disent “En cas d’urgence, brisez la vitre”? Eh bien, il est temps de briser la vitre. » Elle parlait des problèmes de productivité du Canada.
Ce sont deux avertissements très clairs que nous a servis la Banque du Canada.
Puis, votre collègue, M. Vincent, le sous-gouverneur externe de la Banque du Canada, a dit: « Au fond, le problème d'abordabilité au Canada est un problème de productivité... Si nous voulons rendre la vie plus abordable, il faut augmenter nos revenus. Et pour augmenter nos revenus, il faut accroître notre productivité. » Pour que les Canadiens comprennent bien, quand on parle de productivité, on parle en fait de leur niveau de vie.
Trouvez-vous qu'on en fait assez? En fait, vous avez mentionné que notre productivité était excellente dans les années 1960 et 1970. Diriez-vous que le Canada en fait assez pour nous ramener à la productivité des années 1960 et 1970, ou devrions-nous en faire davantage et, le cas échéant, que devrions-nous faire exactement?
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Aussi bien Mme Rogers que le gouverneur Macklem ont mis le doigt sur le problème. C'est par là que nous devons commencer. Le diagnostic à poser est très important. Nous devons donc prendre un peu de recul et réfléchir à la façon dont nous en sommes arrivés là. La productivité est une question très complexe. De nombreux facteurs peuvent contribuer à la productivité. Certaines choses doivent se produire... Il y a des signes indiquant que nous allons dans la bonne direction, comme la volonté d'établir un diagnostic et d'en débattre, à l'instar de ce que le Comité fait aujourd'hui. Tout cela est très utile.
Nous devons réfléchir à différentes choses qui se sont produites. C'est un problème à multiples facettes, et quantité de gestes doivent être posés. Dans ces discours, nous avons mis en lumière plusieurs éléments qui ont contribué au ralentissement de la croissance de la productivité, mais qui, paradoxalement, pourraient favoriser cette croissance à l'avenir.
À titre d'exemple, l'un de ces éléments, et il en a été question lors de votre séance précédente, c'est que le fardeau réglementaire au Canada a augmenté de façon spectaculaire. Statistique Canada a publié un article à ce sujet, soulignant l'expansion rapide de ce fardeau au cours de la dernière... en tout cas, par rapport à ce qu'on connaissait avant la pandémie, ce qui a réduit le niveau d'investissement au pays. Il s'agit alors de déterminer si nous avons la bonne quantité de règlements. Que pouvons-nous faire pour rendre la réglementation aussi efficiente que possible et pour nous assurer qu'elle améliore la capacité d'investir? Ce serait un exemple d'une chose que nous pourrions faire.
Un autre élément qui a été mentionné dans le discours de Carolyn Rogers est le lien entre concurrence et productivité. Nous savons qu'il semble généralement y avoir une corrélation positive entre les marchés concurrentiels et l'innovation et l'investissement, et donc aussi la productivité. L'OCDE a écrit différents textes au fil des ans sur les enjeux liés à la concurrence dans l'économie canadienne. On y propose des mesures — et cela ne vient pas de nous — et une réflexion sur les moyens à mettre en œuvre pour intensifier la concurrence au sein de l'économie canadienne. En particulier, il est important de s'assurer que la concurrence favorise l'innovation, l'investissement et la croissance de la productivité. Lorsque vous ciblez certaines industries, certains secteurs, qui ont des effets de maillage au sein de l'économie, cela peut être particulièrement bénéfique, comme on l'a également souligné récemment dans un discours.
Je vais m'arrêter ici.
Je vous remercie d'avoir soulevé la question de la productivité des entreprises. L'Institut Fraser a publié à ce sujet une analyse indiquant que, de 2017 à 2024, la productivité de nos entreprises a diminué de 0,6 %, alors que celle des États-Unis a augmenté de plus de 10 % pendant la même période.
Nous avons assisté à d'importantes sorties de capitaux au cours de la dernière décennie, mais en particulier depuis l'arrivée de M. Trump 2.0, comme nous le savons tous. En fait, c'est Warren Lovely, économiste à la Banque Nationale du Canada, qui a dit plus tôt cette année que les sorties cumulatives de capitaux au cours de la dernière période de cinq mois étaient sans précédent.
Les Américains posent des gestes qui font en sorte que de grandes quantités de fonds canadiens sont investis dans leur économie. Quelles mesures pourrions-nous ou devrions-nous prendre pour renverser la vapeur ou, à tout le moins, conserver ici les investissements canadiens? Comment pouvons-nous favoriser cela?
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Je remercie le député de sa question.
L'innovation génère de la productivité, des gains en productivité et de la croissance. Parmi les défis en matière d'innovation, il y a le temps de mise en œuvre d'une collaboration, d'un projet de recherche et développement ou d'un projet d'innovation. Il est important d'être en mesure de créer des mécanismes ou des initiatives qui vont créer... Peu de PME ont des centres de recherche et développement, contrairement à beaucoup de grandes entreprises. Celles-ci sont bien structurées en matière de recherche, de développement et d'innovation. Les PME, surtout celles de moins de 50 employés, le sont évidemment moins. Si on veut aller vers elles, il faut aller là où il y a des forces dans la société économique et civile pour les accompagner. Les centres collégiaux de transfert de technologies, soit les CCTT, font partie de ces organisations qui travaillent très bien de pair avec les PME dans de courts programmes, de courts contrats de deux, trois, quatre ou six mois, et qui transfèrent la propriété intellectuelle. Cela dit, dans une collaboration à plus large échelle, le partage de la propriété intellectuelle et la durée d'une innovation feront partie des défis à relever.
Ainsi, si on réalise qu'une crise s'annonce et qu'on devra augmenter la productivité au cours des deux ou trois prochaines années, on doit investir dans les forces de notre écosystème et la collaboration plus technique ou appliquée. C'est une force, tant pour les petites que pour les grandes entreprises.
Je disais que ce n'est pas seulement aux CCTT d'attendre que quelque chose de miraculeux se présente. Les centres sont tout à fait prêts à en faire davantage et doivent composer avec le contexte actuel, qui est difficile sur le plan fiscal et budgétaire, pour leur part, ainsi que sur le plan économique, alors que les entreprises hésitent à faire des investissements.
Alors, pour accélérer l'investissement des entreprises, cela prend des programmes ciblés. Le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, ou CRSNG, avait un programme qui visait précisément la collaboration entre les entreprises et les collèges du Canada, dont les centres collégiaux de transfert de technologie, au Québec, mais l'enveloppe de 108 millions de dollars sur trois ans qui y était destinée n'a pas été renouvelée dans le dernier budget fédéral. Cet élément devrait être remis sur la table, non seulement pour assurer la pérennité des centres et de leurs infrastructures, mais aussi pour améliorer la capacité de collaboration des organisations et des entreprises.
Par ailleurs, il y a également tout ce qui a trait à la défense. Il y a une énorme stratégie industrielle en matière de défense qui est en train d'être mise en œuvre par le gouvernement fédéral et qui va se répliquer dans les provinces. C'est important de faire de la place pour les centres de recherche appliquée pour favoriser la conformité des entreprises et pour travailler sur des produits ou des services qui auront une valeur ajoutée dans la chaîne d'approvisionnement globale de ce secteur industriel.
Lorsque des industries sont frappées de plein de fouet par des droits de douane ou des situations macroéconomiques, il faut les accompagner en créant des initiatives qui les aideront à être plus innovantes. Les CCTT sont là pour accompagner les entreprises qui ont besoin de se transformer ou de créer de nouveaux produits et de nouveaux services. Il y a toutes sortes de manières d'y arriver. C'est une danse entre les deux ordres de gouvernement qui financeront également les centres et les initiatives, mais nous pouvons certainement en faire davantage.
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Je pense que l'accent a été mis sur différentes choses, dans le dernier budget. Le Réseau des Centres collégiaux de transfert de technologie et, surtout, les petites et moyennes entreprises, seraient très heureux que cette enveloppe de 108 millions de dollars soit reconduite. Il n'y a aucun doute à ce sujet.
L'important, c'est de mettre en place des politiques pertinentes selon le contexte. Le programme du CRSNG qui bénéficiait d'un financement de 108 millions de dollars sur trois ans était une réponse au contexte pandémique. À notre avis, il est encore pertinent, étant donné le contexte de restructuration et de crise en lien avec notre plus important partenaire commercial. Nous serions donc très heureux que ce programme soit reconduit.
C'est certain qu'il faut faire de la place pour la recherche appliquée et les collèges, qui sont les collaborateurs les plus importants des PME. Celles-ci collaborent davantage avec les collèges du Canada, dont les CCTT, qu'avec les universités, parce que la collaboration est plus facile et plus rapide. De plus, le modèle de collaboration en matière de propriété intellectuelle est plus adapté à leur réalité. Bref, plus il y a de programmes adaptés à cette réalité, mieux c'est pour tout le monde.
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Je pense que deux choses peuvent être vraies en même temps. Nous avons parfois du mal à avoir deux opinions qui peuvent sembler contradictoires, mais qui sont en fait complémentaires.
Le protectionnisme de Donald Trump est totalement injustifié et je tiens à le dire très clairement. Cependant, pratiquement tous les problèmes auxquels le Canada est confronté sont des problèmes structurels qui sont enracinés depuis des années. Ce qui importe vraiment, c'est que nous devons nous concentrer sur la situation globale. Donald Trump ne sera pas président éternellement. Les relations commerciales reviendront à la normale. Cependant, les éléments dont nous avons discuté dans le cadre de cette réunion et d'autres réunions ne disparaîtront pas nécessairement, comme le déficit, l'abordabilité du logement, le problème urgent lié à la productivité et le manque chronique d'investissements des entreprises, ce qui, à mon avis, est fondamentalement le véritable enjeu qui sous-tend toutes ces discussions sur la productivité.
Tout cela était vrai lorsque Carolyn Rogers, première sous-gouverneure de la Banque du Canada, a rédigé ce qui est, selon moi, probablement le discours le plus important de l'histoire économique du pays concernant le fait qu'il y a urgence d'agir sur le plan de la productivité. M. Vincent a essentiellement repris toutes les recommandations qu'elle a faites sur la manière dont nous pouvons remédier à la situation.
Quant à l'attention portée à Donald Trump, il s'agit peut-être d'une victoire à la Pyrrhus de sa part, car si nous parvenons à nous mettre d'accord sur la manière de résoudre ces problèmes, lorsqu'il partira, le Canada pourra se repositionner, du moins sur le plan philosophique, pour faire ce qu'il faut.
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Oui. Dans son récent discours sur la productivité, Carolyn Rogers a souligné le besoin d'innover. L'innovation est notamment très importante dans le secteur financier, car ce secteur influe sur l'ensemble de l'économie. Si la productivité et l'efficacité du secteur financier augmentent, c'est toute l'économie qui en bénéficiera.
La cryptomonnaie stable constitue une innovation très intéressante. Les gens se demandent encore comment elle va fonctionner, à quoi cela va ressembler concrètement et comment elle pourra être utilisée. Elle a certainement le potentiel de devenir un exemple d'innovation pouvant contribuer à améliorer l'efficacité au sein du secteur financier, ce qui pourrait ensuite se répercuter sur le reste de l'économie.
Cependant, nous devons être très attentifs à la manière dont ce sera réglementé et nous assurer que c'est adapté à l'objectif visé et à l'usage prévu. Il s'agit d'un dossier qui évolue très rapidement à l'échelle mondiale. On réfléchit à la manière dont les cryptomonnaies stables peuvent être intégrées au système financier.
Ce n'est qu'un exemple, mais il y en a d'autres qui montrent en quoi l'innovation dans le secteur financier peut profiter à l'économie en général. C'est quelque chose qu'elle a mentionné de manière assez explicite, compte tenu de ce réseau et de son importance dans le cadre de ce que nous faisons.
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Les entreprises n'ont pas beaucoup d'argent pour réaliser des projets d'innovation. Elles ont souvent des idées et souhaitent tout d'abord amorcer une idéation, puis aller un peu plus loin dans une planification stratégique. Alors, effectivement, le financement de projets est crucial pour leur permettre d'entamer ce cycle.
Cependant, pour la pérennité des centres, cela prend toujours beaucoup de préparation et de reddition de comptes. Ce que nous souhaiterions, comme centre, c'est qu'une somme nous soit confiée afin de travailler avec nos entreprises. Nous pourrions en faire une bonne reddition de comptes, bien entendu, pour assurer une utilisation efficiente des deniers publics. Cela nous permettrait de planifier nos interventions auprès des entreprises.
Il faut savoir que les centres vont travailler avec environ 6 000 entreprises. Souvent, chaque centre va travailler avec une centaine d'entreprises chaque année. Ils doivent soumettre une demande pour chaque projet, ce qui représente une grande charge de travail, alors que ces efforts pourraient être consacrés à des activités plus concrètes.