Je déclare la séance ouverte.
[Traduction]
Bienvenue à la 44e réunion du Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées.
Conformément à la motion adoptée le lundi 4 mai 2026, le Comité se réunit aujourd'hui pour parler de l'itinérance au Canada.
La réunion d'aujourd'hui se déroule sous forme hybride, conformément au Règlement. Les députés sont présents en personne dans la salle et à distance au moyen de l'application Zoom.
Avant de commencer, je tiens à préciser que tous les participants ont la possibilité de choisir la langue officielle dans laquelle ils souhaitent intervenir. Pour ceux qui se trouvent dans la salle, veuillez sélectionner le canal qui vous donne cette option. Assurez-vous d'être sur le bon canal. Si vous participez à distance, veuillez cliquer sur l'icône représentant un globe au bas de votre Surface et choisir la langue officielle dans laquelle vous souhaitez intervenir.
Le greffier m'a informé que les personnes participant à distance ont passé un test de vérification du son et que la qualité sonore permet l'interprétation requise dans les deux langues officielles.
Veuillez mettre vos appareils en mode silencieux et éviter de toucher la perche du microphone, afin de ne pas gêner nos interprètes. De même, attendez que je m'adresse à vous par votre nom et veuillez nous adresser, au greffier ou à moi-même, toutes vos questions et demandes.
Aujourd'hui, je souhaite la bienvenue aux témoins du premier groupe sur l'itinérance. Nous recevons Gary Gladstone, de l'Intentional Community Consortium, par vidéoconférence. Nous recevons également Annie Savage, directrice du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal. Bienvenue à vous. Enfin, nous recevons Krystyna Lloyd, directrice générale de la Safe Haven Foundation of Canada.
Chaque témoin disposera de cinq minutes pour sa déclaration préliminaire. Lorsque les cinq minutes seront écoulées, je vous remercierai et vous demanderai de conclure dès que possible.
Nous commencerons par M. Gladstone.
Monsieur Gladstone, vous disposez de cinq minutes pour votre déclaration préliminaire.
Bonjour, monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité. Je vous remercie de m'avoir invité à comparaître aujourd'hui devant vous. Je suis désolé de ne pas pouvoir être présent en personne.
Je m'appelle Gary Gladstone. Je suis président de l'Intentional Community Consortium, l'ICC. L'ICC, qui est une coalition nationale, regroupe plus de 80 organisations à but non lucratif qui s'emploient à augmenter, dans tout le Canada, le nombre des logements abordables, accessibles et adaptés aux personnes présentant des déficiences intellectuelles et des troubles du développement. Je suis également responsable des relations avec les parties prenantes de Reena, qui est un des principaux organismes de services aux personnes présentant des troubles du développement en Ontario.
Aujourd'hui, je voudrais simplement souligner que le Canada ne peut pas résoudre le problème de l'itinérance sans répondre aux besoins en matière de logement des personnes présentant des troubles du développement. Depuis des années, l'ICC et ses membres plaident pour que ces personnes restent une priorité distincte de la politique fédérale en matière de logement.
Des recherches récentes montrent pourquoi. Une étude ontarienne importante réalisée par Sylvain Roy et portant sur plus de 2 000 personnes accueillies dans des centres d'hébergement conclut que les troubles du développement sont nettement surreprésentés et souvent cachés dans le système de lutte contre l'itinérance. L'estimation la plus plausible est que de 13 à 15 % des résidants des centres d'hébergement présentent des troubles du développement et que la prévalence peut atteindre 25 %. L'étude conclut également qu'environ 80 % de ces personnes sont en situation d'itinérance chronique. Beaucoup n'ont jamais été correctement identifiées. Beaucoup sont coupées des services destinés aux personnes présentant des troubles du développement. Beaucoup vivent dans des centres d'hébergement parce qu'elles n'ont tout simplement nulle part ailleurs où aller.
Ce que le Comité doit notamment comprendre, c'est qu'il ne s'agit pas simplement d'un problème d'abordabilité. Les études montrent qu'environ 60 % des personnes présentant des troubles du développement accueillies dans des centres d'hébergement ont besoin d'aides soutenues au logement. Beaucoup sont incapables de conserver un logement sans aide pour gérer leur vie quotidienne, leurs finances, leurs rendez-vous, leurs soins de santé et les aides communautaires. Le problème ne se résume pas à un manque de logements. Il y a une pénurie de logements adaptés. Le rapport conclut que ce ne sont pas les besoins qui manquent, mais que ce sont le repérage des personnes concernées, la coordination et des accès au logement adaptés qui font défaut.
Cela confirme ce que notre secteur sait depuis des années: pour de nombreuses personnes présentant des troubles du développement, l'itinérance n'est pas avant tout un problème d'abordabilité, mais un problème d'accompagnement. Ces personnes sont placées dans des systèmes de logement qui supposent un degré d'autonomie qu'elles n'ont pas. D'après les études, près de 60 % des personnes présentant des troubles du développement accueillies dans des centres d'hébergement ont besoin d'aides soutenues au logement. Sans logements avec services de soutien, beaucoup passent de centres d'hébergement en hôpitaux, services de crise, services d'urgence et structures institutionnelles inadaptées, et elles font l'objet d'interventions policières.
Après le plaidoyer d'ICC et d'autres acteurs, le gouvernement fédéral a tenu compte de cette réalité dans la Stratégie nationale sur le logement initiale, en désignant les personnes présentant des troubles du développement comme population prioritaire et en s'engageant à créer 2 400 logements. Malheureusement, moins de 900 ont été livrés. Cette population ne doit pas disparaître des priorités fédérales dans la stratégie nationale sur le logement 2.0 que le Canada élabore.
L'ICC recommande cinq mesures.
Premièrement, les personnes présentant des troubles du développement doivent rester une population explicitement visée par la stratégie nationale sur le logement 2.0, avec un engagement à créer, à préserver ou à acquérir au moins 3 000 logements supplémentaires abordables, accessibles et supervisés d'ici 2031.
Deuxièmement, le gouvernement fédéral doit réserver une enveloppe d'au moins 1 milliard de dollars sur cinq ans au financement de logements supervisés destinés à cette population.
Troisièmement, le programme Maisons Canada et les futurs programmes de logement doivent soutenir des modèles de prestation de portefeuille en passant par des organisations telles que l'ICC, capables de regrouper des projets et d'aider de petits organismes à réussir.
Quatrièmement, les logements supervisés bénéficiant de subventions fédérales doivent intégrer dès le départ une prise en charge adaptée des locataires, le code de prévention des incendies B3 et des normes d'accessibilité universelle.
Cinquièmement, les aides au logement et les soutiens opérationnels à long terme doivent être renforcés pour garantir l'abordabilité et la viabilité.
Il ne suffit pas de proposer plus de logements pour résoudre la question de l'itinérance. Il faut des logements adaptés. Partout au Canada, les membres de l'ICC construisent déjà ces logements. La résidence Lou Fruitman Reena, la résidence Frankfort Family Reena et les projets réalisés dans tout le pays par des membres de l'ICC, comme KW Habilitation, montrent que les modèles communautaires avec services de soutien, inclusifs et intentionnels fonctionnent.
Les projets, les compétences et les partenariats existent. Ce qu'il faut maintenant, c'est un engagement fédéral pour faire en sorte que les personnes présentant des troubles du développement soient pleinement incluses dans les stratégies canadiennes de logement et de lutte contre l'itinérance. Si une personne sur six à huit accueillie dans un centre d'hébergement présente des troubles du développement, alors la lutte contre l'itinérance passe nécessairement par la prise en compte des besoins de ces personnes en matière de logement.
Je vous remercie.
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Merci, monsieur le président.
Membres du Comité, je vous remercie de m'avoir invitée à participer à l'étude du Comité.
Je m'appelle Annie Savage. Je représente le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, ou RAPSIM, qui regroupe 99 organismes intervenant en prévention et en réduction de l'itinérance à Montréal.
Le principal message du RAPSIM est simple: la lutte à l'itinérance ne peut être réduite à une politique de logement. Elle exige une réponse globale qui agit à la fois sur le logement, les déterminants sociaux, les soins de proximité et la stabilité des réponses communautaires.
Le gouvernement fédéral doit augmenter substantiellement ses investissements en itinérance. À Montréal, dans le cadre de l'appel de projets Vers un chez-soi 2026‑2028, plus de 204 projets prioritaires, représentant plus de 304 millions de dollars, ont été déposés. Les besoins exprimés étaient de presque quatre fois le financement disponible. Seulement 69 projets ont pu être reconduits et financés. Les conséquences des coupes occasionnées par ce sous-financement se font grandement ressentir sur le terrain actuellement. Afin de leur permettre de consolider leurs services et de planifier leurs actions, les groupes en itinérance doivent avoir des ententes de financement d'au moins cinq ans, et celles-ci doivent être indexées annuellement.
Le fédéral doit élargir son approche en matière de prévention, afin que l'on puisse agir sur l'ensemble des déterminants sociaux. Les trajectoires menant à l'itinérance sont rarement le résultat d'un seul événement. Elles sont marquées par la pauvreté, les problèmes de santé, la perte de logement, la violence, l'isolement social ou la précarité liée au statut migratoire. Il doit d'ailleurs éviter d'opposer les investissements en prévention de l'itinérance à ceux destinés à répondre à ses conséquences. Les deux sont nécessaires et complémentaires.
Notre troisième message concerne le logement. Le RAPSIM défend le droit au logement, qui est essentiel à une véritable solution de rechange à la rue. Toutefois, les initiatives de proximité demeurent tout aussi nécessaires pour rejoindre les personnes qui n'ont pas encore accès à un logement, qui ne sont pas en mesure d'y accéder immédiatement ou qui risquent de le perdre. Les parcours vers la stabilité résidentielle ne sont pas linéaires. Les investissements en logement et ceux dans les services communautaires doivent donc progresser ensemble afin d'offrir à la fois des portes de sortie aux personnes qui vivent dans la rue et le soutien nécessaire pour éviter qu'elles s'y ancrent ou y retournent.
Le gouvernement fédéral a un rôle important à jouer pour soutenir le développement de soins de proximité intégrés et favoriser un meilleur arrimage entre les interventions en itinérance, en santé mentale, en dépendance, en logement et en immigration. Les personnes en situation d'itinérance vivent plusieurs difficultés simultanément. Elles portent souvent les conséquences de traumatismes complexes et de violences répétées vécus avant et pendant leur situation d'itinérance. Ces expériences contribuent à la détérioration de leur état de santé et rendent plus difficile une sortie durable de l'itinérance lorsqu'elles ne sont pas prises en compte dans le cadre de soins adaptés.
Enfin, nous souhaitons attirer votre attention sur la question de l'urgence. À Montréal, l'hiver dernier, plus de 900 places d'urgence temporaires ont dû être ajoutées afin de protéger la vie des personnes pour qui la rue est la maison. Ces mesures nécessaires doivent faire l'objet d'une planification adéquate et bénéficier d'un financement particulier, distinct des budgets destinés aux services communautaires réguliers. La crise actuelle ne résulte pas d'un manque d'expertise ou d'un manque d'engagement de la part des communautés, mais bien d'un écart sans précédent entre les besoins observés sur le terrain et les ressources disponibles. Au-delà du logement, c'est une réponse globale, durable et adaptée aux réalités des communautés que le gouvernement fédéral doit soutenir.
Je vous remercie.
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Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, bonjour et merci de me donner l'occasion de comparaître devant vous aujourd'hui.
Je suis ici en ma qualité de directrice générale de la Safe Haven Foundation of Canada, mais j'apporte également une combinaison unique d'expériences professionnelles et personnelles pertinentes.
Au cours de ma carrière, j'ai dirigé des initiatives d'investissement communautaire pour un des principaux fournisseurs d'énergie du Canada. J'ai travaillé aux côtés de communautés autochtones à la promotion de leurs propres visions en matière d'autodétermination, et j'ai soutenu des initiatives communautaires à titre de consultante à tous les paliers de gouvernement.
Mon expérience personnelle est tout aussi importante. Jeune, à l'âge de 16 ans, j'ai quitté un foyer instable et j'ai connu ce que l'on qualifie aujourd'hui d'itinérance cachée. J'ai fini par avoir accès aux personnes et aux ressources qui m'ont permis de reprendre mon avenir en main et, finalement, de me présenter aujourd'hui devant vous avec une compréhension approfondie des chemins qui mènent à l'itinérance, des systèmes qui l'entourent et, surtout, des programmes qui permettent de l'éviter.
Il ne fait aucun doute que le Canada fait face à une crise du logement et de l'itinérance. Cette réalité transparaîtra dans tous les témoignages que vous entendrez aujourd'hui, j'en suis certaine, mais je me veux porteuse d'un message d'espoir, car si mes paroles sont reçues comme un témoignage, permettez-moi d'être la preuve vivante que l'itinérance peut être évitée lorsque l'on intervient suffisamment tôt.
Depuis 30 ans, la Safe Haven Foundation prévient l'itinérance chez les jeunes filles et les jeunes femmes âgées de 14 à 26 ans. Notre travail s'appuie sur le modèle des foyers reconnu à l'échelle internationale, approche qui associe un logement sûr au bien-être, à l'éducation, à l'acquisition des compétences nécessaires à la vie courante et à l'accompagnement vers l'emploi, le tout dans un cadre communautaire bienveillant.
Safe Haven est souvent le dernier programme sur lequel elles auront besoin de s'appuyer entièrement. Ce qui fait le succès de notre modèle, c'est que nous intervenons avant que l'itinérance ne s'installe. Cet impératif se concrétise dans trois volets de programme intégrés.
Le premier volet est celui de Haven's Way, où les jeunes femmes vivent dans un environnement de type familial, encadrées par des parents d'accueil résidant sur place — ce qui constitue l'une des principales caractéristiques de notre modèle — et commencent à retrouver sécurité, stabilité, confiance et assurance.
Le deuxième volet est celui de Haven's Harbour, qui propose un logement de transition et un accompagnement continu aux jeunes femmes souhaitant devenir plus indépendantes, tout en poursuivant leur parcours éducatif.
Le troisième volet est celui de Haven's Rise, premier programme de ce type au Canada, qui offre aux anciennes participantes admissibles une aide financière pour l'apport personnel nécessaire à l'achat d'un logement, car nous sommes convaincus que la véritable prévention va au‑delà du simple fait d'aider quelqu'un à éviter l'itinérance aujourd'hui. Cette aide leur donne aussi les moyens d'assurer une stabilité intergénérationnelle pour demain.
Ensemble, ces programmes créent un parcours qui optimise les résultats pour nos jeunes, car nous leur offrons le temps et un soutien approfondi qui mènent à des possibilités qui leur permettent de faire entendre leurs voix et renforcent leur pouvoir de décision. Notre programme n'est pas limité dans le temps. Il n'y a ni paramètres ni limite à la durée de leur séjour parmi nous. Au fil du processus, elles commencent à se sentir entourées et responsabilisées, ce qui engendre une bienveillance et une empathie qui les accompagnent ensuite dans un monde qui a besoin de ces qualités, en particulier aux postes de pouvoir.
Ce que je peux vous dire, c'est que cela fonctionne, et que les résultats sont magnifiques. Ils brisent des cycles et contribuent à rendre les collectivités plus résilientes.
Malgré les preuves dont je vous fais part, la prévention reste l'un des domaines les moins financés de la réponse du Canada face à l'itinérance, alors que le besoin de prévention ne cesse de croître. L'augmentation du coût de la vie transforme des situations instables en situations intenables pour les jeunes à risque dans les collectivités urbaines, tandis que les collectivités rurales, dans tout le Canada, manquent d'options d'hébergement et de logement pour les jeunes, ne leur laissant que peu d'autres solutions que de partir dans des centres urbains où les risques d'exploitation et de dépendance sont plus grands.
Nous voyons aussi plus de jeunes nouveaux arrivants aux prises avec des tensions familiales et culturelles qui peuvent très rapidement déboucher sur l'itinérance, et nous commençons à voir plus de jeunes Autochtones arriver dans les centres urbains après avoir reçu des aides à l'installation, sans avoir les relations et les soutiens nécessaires pour les protéger contre l'exploitation.
S'il y a un message que j'espère que le Comité retiendra aujourd'hui, c'est qu'il faut investir dans la prévention. Il faut investir dans les éducateurs et les professionnels capables de repérer les premiers signes de l'itinérance cachée. Il faut créer des mesures qui incitent les organisations à intervenir tôt, en privilégiant la qualité des services plutôt que leur ampleur et en n'imposant pas de limite de temps. Enfin, il faut permettre à des modèles qui ont fait leurs preuves, comme Safe Haven, de partager des ressources et des approches avec des organisations partout au Canada. Si nous faisons cela, je crois sincèrement que nous serons enfin bien partis pour mettre fin à l'itinérance dans ce pays.
Merci.
:
En fait, il y a beaucoup de besoins présentement. Il y a des besoins à long terme, à moyen terme et à court terme. Il n'y a rien qui doit être négligé.
Présentement à Montréal, il y a une diversité d'interventions pour répondre à l'ampleur des besoins. On n'a pas les moyens de se passer de mesures, quelles qu'elles soient, ni de se passer de programmes qui sont mis en avant par les organismes communautaires. Nous voyons de plus en plus une espèce d'opposition entre les mesures de prévention, qui seraient efficaces et nécessaires, et celles visant à intervenir quant aux conséquences de l'itinérance.
Bien sûr, nous sommes tout à fait en faveur du travail qui est fait en amont pour lutter contre l'itinérance et pour la prévenir. D'ailleurs, ce n'est pas simplement dans une perspective de perte de logement. Il faut aussi agir sur l'ensemble des déterminants sociaux pour prévenir l'itinérance. On ne doit pas non plus négliger d'agir sur les conséquences. Ce n’est pas l'un ou l'autre. Il faut faire les deux.
Par exemple, s'il y a une inondation dans notre maison, on doit effectivement fermer le robinet, mais on doit aussi se préoccuper des fondations de la maison. Les deux aspects sont donc importants.
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Merci, monsieur le président.
Avec tout le respect que j'ai pour vous, monsieur le président, j'aimerais faire quelques commentaires. D'abord, je tenais à vous remercier d'avoir fait preuve de leadership et de non-partisanerie pendant notre étude.
Je veux être clair ce matin. Je suis déçu. En effet, plutôt que de continuer de travailler sur la question de l'itinérance de manière transpartisane, le Bloc québécois est retombé dans la partisanerie. C'est très dangereux.
Dois-je également rappeler au Bloc québécois qu'il a voté contre le budget de 2025, contre le projet de logements de transition qui représente un investissement de 1 milliard de dollars?
C'est comme si le Bloc québécois était en train de nous dire qu'il allait voter en faveur d'un rehaussement du financement du programme Vers un chez-soi. La vérité, c'est que le Bloc québécois tient pour acquis le monde communautaire, comme il tient pour acquis les Québécois. Il n'aime pas sentir que le terrain se rapproche du gouvernement.
Le Bloc québécois a été très partisan à la Chambre, alors qu'il a accusé le gouvernement de ne rien faire pour lutter contre l'itinérance. Je me demande ce que nous faisons ici depuis plusieurs réunions.
Dois-je rappeler au Bloc québécois qui a proposé l'étude?
Je suis déçu, parce que le Bloc québécois sait pertinemment que nous travaillons de manière proactive sur la question de l'itinérance.
Je suis déçu, parce que le Bloc québécois insinue que, à l'approche du 1er juillet, au Québec, nous ne faisons rien, alors qu'il sait très bien que des services d'aide à la recherche de logements sont offerts par les offices d'habitation régis par la province.
Je vais profiter de l'occasion pour demander au Bloc québécois d'arrêter de s'ingérer dans le champ de compétences du Québec, parce qu'on peut être député du Bloc québécois, mais on est aussi député fédéral.
Je suis déçu, parce que certains éléments qui ont été soulevés dans le cadre de cette étude pourraient être bons pour la circonscription de M. Villeneuve, et même celle de Mme Larouche.
Je suis déçu, parce qu'on nous a cité des statistiques par rapport à l'augmentation de l'itinérance dans les circonscriptions de et de Mme Larouche, mais, dans les faits, cette augmentation s'est réalisée sous le mandat de ces députés. C'est vraiment du n'importe quoi venant de la part du Bloc québécois, parce que ces députés sont là, au Parlement, depuis plus de cinq ans. Ils n'ont rien fait contre l'itinérance.
Un ancien député du Bloc québécois a fait le tour du Québec aux frais des contribuables, en faisant semblant de vouloir mettre fin à l'itinérance. Ça, c'est du n'importe quoi. On ne peut pas accepter ça, ici.
J'aimerais poser une question à Mme Annie Savage.
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Merci beaucoup aux témoins d'être avec nous, aujourd'hui.
Je reviendrai peut-être à vous, monsieur Gladstone. Je vous remercie beaucoup de soulever l'aspect des personnes ayant des besoins particuliers qui ont aussi besoin d'être accompagnées pour se sortir de la rue.
Madame Lloyd, votre parcours est inspirant. Vous avez aussi un beau modèle de résidence pour sortir les jeunes de la rue et leur offrir une solution de rechange et de l'accompagnement. J'espère avoir le temps de revenir à vous.
Je vais commencer mes questions avec vous, madame Savage.
Ce que je retiens de l'ensemble des témoignages de ces témoins, depuis le début de cette étude, c'est qu'il n'y a pas de baguette magique pour régler le problème de l'itinérance.
C'est une bonne chose que, avec Maisons Canada, on travaille à offrir des logements sociaux, communautaires et abordables. Cependant, nous sommes à deux semaines du 1er juillet. La Ville de Montréal a triplé son budget en réaction au problème lié à l'itinérance. Québec vient d'annoncer encore un investissement de 12,5 millions de dollars, ce matin.
Le programme lié aux campements a simplement été reconduit pour deux ans.
Croyez-vous qu'il aurait aussi dû être bonifié pour tenir compte des besoins grandissants, à l'approche du 1er juillet?
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Il est vrai qu'il y a des investissements importants de la part des trois ordres de gouvernement. Cependant, au-delà des sommes investies, ce qui manque, c'est une réelle coordination et une capacité de prévoir à plus long terme.
Je vous donne un exemple. Les ententes du programme Vers un chez-soi sont habituellement d'une durée de deux ans, ce qui ne donne aucunement la possibilité aux organismes d'avoir une vision à plus long terme pour vraiment permettre, par exemple, de développer des choses.
En fait, nous avons des organismes qui ont eu du financement pour développer l'infrastructure pour un lieu d'accueil. Lorsqu'ils ont déposé une demande de financement pour financer les services d'intervention nécessaires dans ce lieu d'accueil, la demande a été refusée, non pas parce que ce n'était pas prioritaire, mais parce qu'il manquait d'argent. Donc, il y a une incohérence par rapport aux investissements.
Nous avons besoin d'avoir une vision globale. Des ententes sur cinq ans nous permettraient, par exemple, de développer des choses, de construire l'infrastructure, de payer les services d'intervention et de bâtir des partenariats, par exemple, avec des organismes comme Médecins du Monde, qui peuvent donner des soins de santé de proximité. C'est un exemple de travail qui pourrait être fait avec une approche plus globale et une vision à plus long terme.
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Il ne faut pas oublier de créer un lien entre le réseau et les groupes communautaires qui travaillent quotidiennement avec les gens. Souvent, après l'accompagnement, les gens ont besoin de soins supplémentaires, ce qui doit être fait par le réseau.
Je vais revenir au programme Vers un chez-soi.
Madame Savage, nos réalités sont différentes. Vous travaillez du côté de Montréal, alors que, moi, je suis députée de la circonscription de Shefford, dont la ville centre est Granby. Cette dernière a des besoins grandissants en matière d'itinérance.
Une demande que je fais depuis des années, mais qui n'a malheureusement pas encore été entendue, concerne les communautés désignées. On a beaucoup parlé de la décentralisation de l'itinérance. Granby, par exemple, ne reçoit pas la même attention, parce qu'elle n'est pas reconnue comme une communauté désignée.
Est-ce un phénomène que vous observez quand vous échangez avec vos collègues ailleurs au Québec?
A-t-on besoin de reconnaître plus de communautés désignées, afin de répondre à plus de besoins sur l'ensemble du territoire?
:
Merci, monsieur le président.
Encore une fois, je remercie l'ensemble des témoins d'être avec nous aujourd'hui.
Je vais poursuivre la discussion avec vous, madame Savage, même si c'est très déchirant et que je manque de temps.
Je comprends bien ce que vous venez de dire. La question de la stabilité des intervenants pour accompagner les personnes est vraiment essentielle. On parle donc de programme d'intervention en itinérance. On a parlé de logement.
Pour revenir peut-être un peu plus sur les autres éléments sur lesquels on pourrait travailler en amont, voyez-vous que le visage de l'itinérance change?
Voyez-vous plus de femmes ou de personnes âgées dans la rue?
Est-ce dû aux rénovictions, ou encore au manque de filet social?
:
Ça me fait plaisir que vous me posiez une question qui me permet de parler de l'itinérance chez les femmes. C'est effectivement une itinérance qui est peut-être moins dérangeante, mais elle n'en est pas moins chronique pour autant. Il faut donc aborder cette question.
À Montréal, en 2025, les organismes qui accueillent les femmes en difficulté et les maisons d'hébergement pour femmes ont exprimé plus de 40 000 refus. Ça a été documenté par les gens du Partenariat pour la prévention et la lutte à l’itinérance des femmes, ou PPLIF. On voit de plus en plus de femmes vieillissantes. Pour ce qui est du visage de l'itinérance, j'ajoute que de plus en plus de gens qui ont un travail font la file pour aller manger et avoir un lit le soir. Les centres de jour sont remplis de gens à qui on a donné des clés, mais qui n'ont pas d'accompagnement pour s'établir dans leur milieu de vie, se sentir bien entre quatre murs et trouver le soutien et l'ancrage grâce aux soins de santé.
On pourrait aussi parler de l'itinérance chez les jeunes, qu'on voit moins dans les ressources mixtes et les ressources d'urgence. On a besoin de les accueillir dans des milieux de vie adaptés tant à leurs besoins qu'à leurs réalités. Les Auberges du cœur, au Québec, est un réseau important qu'il faudrait consolider et soutenir adéquatement, parce qu'il offre non seulement de l'hébergement communautaire, mais aussi des réponses au défi lié au logement transitoire et même, dans certains cas, au logement permanent.
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie tous les invités. Aujourd'hui, nous tenons une discussion très importante.
[Traduction]
Monsieur Gladstone, merci beaucoup pour vos observations. Je voudrais revenir sur certains points que vous avez soulevés et qui me semblent très importants, afin de vous offrir la chance d'élaborer.
Je partage tout à fait la préoccupation concernant le besoin criant de logements supervisés pour les personnes qui ont une déficience intellectuelle et qui présentent divers handicaps. Je sais que le Consortium et Reena accomplissent un travail formidable à cet égard.
J'aimerais en savoir un peu plus sur le point que vous avez soulevé concernant la manière de garantir la réalisation de projets de logements supervisés. Outre le volet réservé, de quelles autres manières pouvons-nous contribuer à garantir que des projets de ce type voient le jour? Des représentants d'autres organismes m'ont dit qu'il fallait, entre autres, veiller à mener à bien la phase de conception afin que les projets soient prêts à démarrer, mais quels conseils pourriez-vous nous donner pour nous assurer que les fonds que nous avons affectés au logement supervisé se traduisent réellement en actions concrètes?
:
Bienvenue à nouveau, mesdames et messieurs.
Je souhaite la bienvenue à nos nouveaux témoins.
Vous pouvez intervenir dans la langue officielle de votre choix. Si vous participez à distance, veuillez cliquer sur l'icône représentant un globe au bas de votre écran. Choisissez la langue officielle dans laquelle vous souhaitez intervenir. Si vous êtes dans la salle, assurez-vous d'être sur le bon canal pour intervenir. En cas d'interruption des services d'interprétation, veuillez m'en faire part, et nous suspendrons la séance le temps que le problème soit résolu.
Veuillez adresser toutes vos questions et remarques à la présidence et attendre que je vous donne la parole avant d'intervenir.
Nous vous prions de mettre vos appareils en sourdine et d'éviter de heurter la perche pour le bien-être de nos interprètes.
Chaque intervenant disposera d'au plus cinq minutes pour sa déclaration liminaire. Quand vous aurez atteint ou dépassé un peu cette limite, je vous remercierai et vous demanderai de conclure vos observations.
Nous accueillons le Dr Andrew Boozary, directeur exécutif du Gattuso Centre for Social Medicine et Jason Miles, défenseur ayant une expérience vécue, qui témoignent tous deux à titre personnel; et Earl Thiessen, de l'Oxford House Foundation of Canada.
Monsieur Thiessen, bienvenue à nouveau. Vous étiez avec nous tout à l'heure et nous avons eu des problèmes de son, alors merci d'être revenu.
Enfin, de Zone Libre Memphrémagog, nous accueillons Sarah Vandal.
Nous commencerons par M. Miles, qui disposera de cinq minutes maximum.
Je m'appelle Jason Miles. Je suis ici pour parler de l'itinérance et du logement au Canada. Je suis également ici parce que j'ai désormais un logement et que cela fait plus de deux ans et demi que je suis libéré de ma dépendance.
Je sais que je fais partie des chanceux. Il fut un temps où je ne croyais vraiment pas que je pourrais un jour le dire à nouveau. J'ai passé environ six ans sans domicile fixe dans les rues de Toronto, aux prises avec plusieurs troubles de santé mentale, des problèmes de santé physique et une dépendance qui avait complètement pris le dessus sur ma vie.
Pendant cette période, ma vie s'est transformée en un cycle où je ne cherchais qu'à survivre. J'ai multiplié les tentatives pour obtenir de l'aide, connu des moments de rétablissement éphémères, fait des allers-retours en prison, et traversé des périodes où je consommais activement sans parvenir à m'en libérer. J'ai subi plusieurs surdoses et de graves blessures, et plus d'une fois, j'ai frôlé la mort. Il y a eu des moments où je ne pensais pas pouvoir passer une nuit de plus.
Le plus dur, c'est que je n'ai pas traversé tout cela seul. Ma famille et mes amis l'ont vécu eux aussi. Souvent, les gens qui m'aimaient n'avaient aucune idée de l'endroit où je me trouvais, ni même si j'étais encore en vie. Parfois, les seules nouvelles qu'ils avaient à mon sujet provenaient d'un appel de l'hôpital ou des services judiciaires leur indiquant où j'avais encore atterri. L'itinérance et la dépendance ne touchent pas qu'une seule personne. Elles ont des répercussions sur tout l'entourage.
Avant tout cela, ma vie semblait complètement différente vue de l'extérieur. J'avais fait des études. J'étais marié depuis longtemps. J'avais des enfants. J'étais propriétaire d'une maison. Je travaillais comme surintendant de chantiers et j'ai mené à bien d'importants projets d'infrastructure à Toronto, notamment des hôpitaux. J'avais une carrière qui, sur le papier, semblait prospère et stable. Rien dans ma vie ne laissait présager que je retrouverais à la rue.
Cependant, j'ai appris que l'itinérance ne fait pas de distinction. Peu importe ce que vous avez accompli, ce que vous avez gagné ou à quoi ressemblait votre vie auparavant. Cela peut arriver par suite d'une combinaison de circonstances, d'un mauvais hasard et d'un moment où l'aide fait défaut alors que vous en avez le plus besoin.
Pour moi, cela a été un divorce, un accident de voiture survenu au mauvais moment et la pression d'une charge de travail écrasante que je ne pouvais plus supporter. En très peu de temps, tout s'est effondré. Sur papier, je gagnais trop d'argent pour bénéficier des aides dont j'avais besoin, et c'est dans cette faille — cet espace entre les systèmes — que je suis tombé.
À partir de là, il m'a fallu des années pour m'en sortir. J'ai dû faire appel à presque tous les maillons du système à différents moments: hôpitaux, centres d'accueil d'urgence, services de réduction des méfaits et accompagnements thérapeutiques, auxquels j'ai eu recours plus d'une fois. Il a fallu des intervenants de première ligne qui ont continué à m'aider alors que je n'étais plus capable de m'aider moi-même.
Honnêtement, il a aussi fallu de la chance, comme ces moments où la bonne personne était là au bon moment. Je pense que c'est ce qui compte. Quand la survie et le rétablissement dépendent à un tel point de la chance, c'est qu’il y a quelque chose qui cloche dans le système. Je suis ici aujourd'hui parce que j'ai survécu au système, et je veux mettre mon expérience à profit pour parler des changements nécessaires pour que d'autres n'aient pas à compter autant sur la chance que moi.
Tout d'abord, nous devons cesser de traiter le logement, la santé mentale et la toxicomanie comme des systèmes distincts. En réalité, ces problèmes vont de pair pour la plupart des personnes en situation d'itinérance. Quand les systèmes restent cloisonnés, les personnes passent à travers les mailles du filet. Nous avons besoin de soutiens intégrés et coordonnés, où le logement constitue l'assise et non la récompense du rétablissement.
Deuxièmement, nous avons besoin d'un système de logement clair et accessible, que les gens puissent réellement comprendre et utiliser. À l'heure actuelle, l'accès est fragmenté entre plusieurs listes d'attente, des règles d'admissibilité floues et différents organismes contrôlant différentes étapes du processus. Même les intervenants de première ligne ont du mal à s'y retrouver. Nous avons besoin d'un seul parcours transparent vers le logement, avec des renseignements clairs sur les logements disponibles, les critères de priorité et le processus décisionnel.
Troisièmement, nous devons élargir l'offre de logement supervisé pour couvrir l'ensemble du spectre des besoins — accompagnement léger, moyen et intensif — et veiller à ce que les personnes soient orientées vers la solution la plus adaptée. Sortir de la rue ne se résume pas à l'obtention d'un logement. Il faut des soins de santé, un accompagnement en santé mentale, une prise en charge des dépendances et une stabilité durable. Quand des personnes sont orientées vers un niveau de prise en charge inadapté, elles risquent davantage de retomber dans une situation de crise. Nous avons besoin de logements adaptés aux besoins et non à la disponibilité.
Enfin, nous devons changer le débat public sur le logement supervisé dans ce pays. Il existe encore des craintes et des idées fausses sur la nature de ces logements et sur les personnes auxquelles ils s'adressent, mais mon expérience personnelle le montre clairement: le logement supervisé réduit la pression sur les hôpitaux, les centres d'accueil et le système judiciaire, et il coûte moins cher que de laisser les personnes sans domicile.
Nous devons être honnêtes avec le public. Le système actuel est déjà coûteux. La question est de savoir si nous affectons cet argent à des situations de crise ou à des logements qui donnent des résultats concrets.
Il fut un temps où je ne pensais pas que je viendrais un jour ici pour m'adresser à vous. Je suis reconnaissant d'être ici, et je viens témoigner parce que je crois que d'autres méritent la même chance que celle qui m'a été donnée, sans pour autant devoir compter autant sur la chance. Ce dont j'avais besoin, ce n'était pas davantage d'efforts, mais d'un système qui ne repose pas sur la chance.
Merci de votre attention.
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Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du Comité, je vous remercie de m'avoir invitée à témoigner aujourd'hui dans le cadre de votre étude sur l'itinérance au Canada.
Je suis directrice de Zone Libre Memphrémagog, un organisme communautaire de proximité situé dans un quartier très vulnérable de Magog. Bien que notre mission première soit la prévention des dépendances et la réduction des méfaits, nous devons reconnaître que notre milieu de vie constitue une porte d'entrée importante pour les personnes vivant avec des problèmes de dépendance, de santé mentale, de précarité résidentielle ou d'itinérance.
Cette proximité nous permet d'observer quotidiennement les liens étroits qui existent entre ces différentes réalités et de développer une expertise sur le terrain fondée sur l'accompagnement direct de ces personnes. En plus, nous pouvons favoriser également la collaboration avec les partenaires communautaires, institutionnels et municipaux ainsi qu'avec les corps policiers, tout ça en contribuant à une meilleure coordination des interventions sur notre territoire.
Dans la MRC de Memphrémagog, nous n'avons aucun organisme pour qui la mission précise est l'intervention en itinérance. Pourtant, nous observons depuis plusieurs années une augmentation importante des situations de précarité résidentielle et d'itinérance tant visible que cachée. Comme plusieurs communautés rurales, notre territoire est confronté aux mêmes difficultés que les grands centres urbains: la crise du logement, les dépendances, les problèmes de santé mentale et la pauvreté. Toutefois, nous devons y répondre avec moins de ressources spécialisées sur un territoire plus vaste et avec une offre de services souvent plus limitée.
C'est dans ce contexte que nous avons adapté notre unité mobile d'intervention communautaire en une halte-chaleur mobile pour offrir une réponse adaptée à notre région plus rurale. Ce projet, soutenu dans le cadre de l'Initiative de lutte contre l'itinérance hors refuge et les campements, un programme fédéral, nous a permis d'aller directement à la rencontre des personnes les plus vulnérables dans le territoire de la MRC de Memphrémagog.
Entre novembre 2025 et mars 2026, nous avons enregistré 462 présences et réalisé plus de 2 310 interventions auprès des personnes en situation de vulnérabilité. Ces interventions ont porté sur le soutien psychosocial, principalement, et sur la sensibilisation en matière de dépendance et de réduction des méfaits. Nous avons également été capables d'accompagner les personnes dans leurs démarches administratives, gouvernementales et judiciaires ainsi qu'en ce qui concerne leur accès aux soins et aux programmes publics. Cela nous a aussi permis de les orienter vers des ressources spécialisées ainsi que de les accompagner dans la gestion de problèmes complexes liés aux dépendances, à la santé mentale et à la précarité socioéconomique.
Au-delà du service lui-même, cette initiative nous a permis d'observer de près les réalités vécues par les personnes en situation d'itinérance ou celles qui sont à risque de le devenir. Elle nous a permis de comprendre les facteurs qui contribuent à l'itinérance rurale et les obstacles que certaines personnes peuvent rencontrer dans leurs démarches vers la stabilité résidentielle.
L'une des principales observations que nous avons tirées de cette expérience est que les problèmes de dépendance, de santé mentale, de logement et d'itinérance sont interreliés. Les personnes que nous avons accompagnées ne cherchaient pas uniquement un logement ou un endroit où se réchauffer. Elles avaient plutôt besoin de soutien pour régulariser leur situation administrative, entreprendre des démarches judiciaires, obtenir un revenu, maintenir un logement ou être accompagnées dans leur parcours de rétablissement.
Cette approche s'est révélée particulièrement pertinente pour un territoire comme le nôtre, où les ressources spécialisées sont moins nombreuses et où plusieurs personnes demeurent éloignées des services traditionnels. Ces personnes ont peu d'accès à des moyens de transport.
Les changements apportés à la gestion du financement dans le cadre de la stratégie canadienne de lutte contre l'itinérance, Vers un chez-soi, ont toutefois représenté un défi important pour notre territoire. Nous avons constaté que les réalités et les nombreux besoins des communautés rurales auraient gagné à être davantage pris en considération dans les réflexions entourant ces changements. Les organismes qui interviennent quotidiennement auprès des personnes concernées possèdent une connaissance des défis locaux, et ils peuvent contribuer de façon importante à la définition des priorités.
Nous avons également observé certaines situations liées à la circulation de l'information entourant les appels de projets et les nouvelles orientations de financement. Dans notre situation, nous n'avons pas été en mesure de participer au processus d'appel de projets comme nous l'aurions souhaité, ce qui a limité notre capacité à présenter l'expertise développée au fil des années et les besoins observés sur notre territoire.
Cette situation a eu des répercussions concrètes. La fin du financement a entraîné l'arrêt de services de proximité qui permettaient d'accompagner des personnes vivant des problèmes de dépendance et de vulnérabilité. Au-delà du financement lui-même, c'est une capacité d'intervention, des liens de confiance construits avec les personnes et une expertise développée localement qui ont été touchés.
Notre expérience nous amène à croire qu'une participation accrue des communautés rurales aux mécanismes de consultation et de planification permettrait de mieux comprendre la diversité des réalités vécues partout au pays.
Les investissements en infrastructures sont vraiment essentiels, mais ils gagnent à être accompagnés de services de proximité et d'accompagnement qui permettent de rejoindre les personnes, de prévenir la détérioration des situations et de favoriser l'accès aux ressources déjà existantes.
À la lumière de notre expérience, nous avons relevé quelques pistes d'amélioration prometteuses.
Premièrement, il faut reconnaître davantage l'expertise des communautés rurales dans la définition des besoins et le développement des stratégies de lutte contre l'itinérance.
Deuxièmement, il faut soutenir de façon stable et prévisible les services de proximité, qui jouent un rôle déterminant dans la prévention de l'itinérance, le maintien en logement et l'accompagnement des personnes ayant des besoins complexes.
Troisièmement, il faut favoriser des espaces de concertation régionale réunissant les acteurs urbains et ruraux, afin de partager les connaissances, de mieux comprendre les réalités propres à chacun et d'orienter les investissements de manière complémentaire.
Quatrièmement, il faut soutenir les communautés rurales dans l'élaboration de solutions adaptées à leur réalité, qu'il s'agisse d'accompagnement de proximité, d'hébergement d'urgence supervisé, de transport vers des ressources ou de coordination locale des mesures en matière d'itinérance.
L'expérience que nous avons vécue dans la MRC de Memphrémagog nous démontre que, lorsqu'une communauté dispose des ressources nécessaires et qu'elle est reconnue comme un partenaire à part entière, elle est capable de concevoir des réponses efficaces, humaines et adaptées à la réalité sur le terrain.
Les communautés rurales ne souhaitent pas seulement être soutenues, elles souhaitent aussi contribuer activement à l'élaboration des solutions. Nous croyons que cette collaboration représente une occasion de renforcer les efforts déployés pour prévenir l'itinérance au Canada.
Je vous remercie de votre attention. Je suis prête à répondre à vos questions.
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Merci beaucoup, monsieur le président, et merci au Comité de m'offrir cette occasion de m'exprimer. Je tiens à féliciter le Comité d'avoir placé les récits d'expérience vécue au cœur de l'expertise nécessaire à l'élaboration de certaines solutions visant à répondre à la crise du logement.
J'aborde ce témoignage comme un médecin ayant principalement travaillé auprès de patients sans domicile fixe au cours des 10 dernières années. Je suis directeur exécutif du Centre Gattuso de médecine sociale et analyste à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto.
Ma thèse — et celle que, je crois, nous avons tous partagée et entendue aujourd'hui — est que nous devons adopter une vision plus large de la crise du logement, en la considérant comme une crise à la fois économique, sociale et sanitaire.
Pour étayer l'argument selon lequel le logement est une crise sanitaire, j'aimerais citer certaines données qui, à mon sens, sont extrêmement accablantes pour notre pays, l'un des principaux pays de l'OCDE. Nous savons que les personnes en situation d'itinérance chronique vivent deux fois moins longtemps que la population générale. Cela représente 20, 30 ou 40 anniversaires et années de vie perdus. Si un médicament pouvait redonner 10 à 20 années de vie, on pourrait penser que tous les bailleurs de fonds se bousculeraient pour s'assurer que ces solutions et traitements puissent profiter à davantage de personnes.
Nous savons que les personnes sans domicile fixe ont tendance à séjourner deux fois plus longtemps à l'hôpital, soit 15 à 16 jours en moyenne. Nous savons également que les coûts des soins de santé pour les personnes en situation d'itinérance chronique sont sept à huit fois plus élevés, selon les données que l'Institut canadien d'information sur la santé a publiées l'année dernière.
Toutefois, le drame moral que Santé publique Toronto vient de révéler, c'est que l'espérance de vie moyenne des femmes en situation d'itinérance chronique dans la ville de Toronto est de 36 ans. C'est pourquoi mes collègues et moi-même, dans nos rôles de professionnels de la santé et d'intervenants de première ligne, qualifions l'itinérance de déterminant social le plus puissant de la santé, voire de véritable voleur d'années de vie, de productivité, de santé et de bien-être dans ce pays.
Je ne pense pas qu'il existe de témoignage plus percutant que celui de M. Miles, mais je crois qu'il illustre bien le fait qu'il ne s'agit pas d'échecs individuels: ce sont des décisions politiques qui sont en cause. Comme nous l'avons constaté plus récemment, on observe depuis 20 à 30 ans une réelle diminution de l'offre de logements sociaux, qui représente désormais moins de 4 %. J'invite instamment les membres du Comité à lire le rapport de la Banque Scotia intitulé The Public Housing Dividend, qui préconise de doubler l'offre de logements sociaux au Canada.
Nous avons appris que la liste d'attente pour accéder à un logement social à Toronto, où je travaille, est de huit à 10 ans; ce n'est donc pas du sensationnalisme quand mes collègues et moi-même qualifions l'itinérance de « condition terminale ». Bon nombre des patients que nous prenons en charge décéderont avant que leur numéro ne soit tiré dans la loterie du logement social.
C'est ce qui nous a incités à lancer un modèle de logement en médecine sociale à l'University Health Network, qui a pu transformer un parc de stationnement — en partenariat avec les gouvernements fédéral, provincial et municipal, ainsi qu'avec Fred Victor à titre d'organisme de logement supervisé — pour créer la maison Dunn. Nous sommes vraiment heureux que la ait pu se rendre sur place plus tôt cette année et rencontrer M. Miles ainsi que de nombreux membres du personnel qui s'efforcent de mettre en place un modèle plus complet, avec des soins de santé dispensés directement sur place.
J'ai le privilège d'y travailler comme médecin de première ligne. Nous proposons des soins en santé mentale et en toxicomanie, des services de psychiatrie, des programmes de santé destinés aux Autochtones ainsi que des services d'accompagnement par des pairs et des travailleurs en santé communautaire, tous mobilisés autour du patient et du locataire tout au long de son parcours.
Bon nombre de ces patients ont été de grands utilisateurs du système de santé. Certaines données locales nous indiquent qu'au centre-ville de Toronto, 234 patients peuvent à eux seuls totaliser plus de 15 000 visites aux urgences en un an. Les résultats préliminaires dont nous disposons pour 51 personnes ayant résidé à la maison Dunn au cours des 12 derniers mois montrent une réduction de 79 % du nombre de jours d'hospitalisation et une diminution de 62 % des visites aux urgences.
Nous sommes heureux que cela ait conduit à un élargissement du projet, avec 54 logements supplémentaires financés par le gouvernement fédéral, la province de l'Ontario et la Ville, de sorte que davantage de personnes puissent bénéficier de ces interventions vitales et briser ces cercles vicieux ainsi que ce que j'appellerais des « décès par indifférence » qui se produisent partout au pays.
Si nous examinons d'autres régions partout au pays, nous trouvons des exemples particulièrement remarquables de logements supervisés qui fonctionnent, qui atteignent les personnes et les aident à se reconstruire une vie. Nous pouvons parfois nous tourner vers des pays comme la Finlande, qui fait figure de modèle en matière d'approche progressiste de la lutte contre l'itinérance. Dans les années 1980, les taux d'itinérance y étaient plus élevés qu'au Canada, mais depuis 10 à 20 ans, ce pays s'efforce d'éradiquer l'itinérance.
Parfois, quand j'évoque la Finlande, certains disent que ce pays est trop progressiste ou trop socialiste pour servir de modèle au Canada. Je me tourne alors vers une autre ville, Houston, au Texas. Au cours des cinq à 10 dernières années, elle a logé 25 000 personnes. À Toronto, nous avons assisté à un renversement complet de ce conte de deux cités, où l'itinérance a doublé au cours des quatre dernières années.
Je crois que l'urgence d'agir n'a jamais été aussi grande. Nous connaissons les solutions. Je tiens à saluer la société d'État Maisons Canada qui s'est efforcée de faciliter l'accès à davantage de logements supervisés. Je pense que c'est une voie efficace, et nous devons y voir davantage d'investissements pour que de nombreuses options de logement soient mises à disposition, comme M. Miles l'a souligné. Nous avons évidemment besoin d'une approche multipartite, mobilisant tous les ordres de gouvernement, pour tenter de mettre fin à la crise sanitaire que l'itinérance représente.
L'exemple de Houston et certains autres présentés plus tôt ici nous révèlent qu'une grande partie de leur succès tient au fait qu'il y avait une volonté politique commune à tous les partis d'éradiquer l'itinérance et de supprimer certains cloisonnements et obstacles afin de réunir sous un même toit le secteur privé, le secteur public et divers organismes de santé communautaire pour qu'ils travaillent de concert.
Merci beaucoup de votre attention.
Tout d'abord, félicitations à Jason Miles pour son parcours de guérison.
Merci de m'offrir cette occasion de revenir et de m'accueillir aux côtés des autres témoins.
Je m'appelle Earl Thiessen. Je suis directeur exécutif de l'Oxford House Foundation, mais surtout, je suis moi-même un diplômé de notre programme. Je suis ici pour vous faire part de mon vécu de l'itinérance et de la toxicomanie ainsi que des conséquences de ces deux problèmes. Pour moi, cela signifie la guérison.
Mon traumatisme d'enfance non résolu m'a finalement conduit à la rue et à sept années d'itinérance. Mon refus d'affronter mes démons et ma consommation d'alcool et de drogues, en réaction émotionnelle à ce traumatisme d'enfance, étaient extrêmement puissants. La honte liée aux agressions sexuelles vécues est si intense que de nombreux hommes et femmes perdent la vie à cause de la dépendance ou du suicide, refusant d'en parler. C’est en enseignant par les mots et par l’action que nous acquérons des connaissances. C’est également ainsi que nous guérissons.
La première fois que j'ai parlé des agressions sexuelles que j'ai subies, c'était en thérapie, alors que je franchissais la cinquième étape avec une aînée. J'ai pleuré pendant deux heures et demie, en lui racontant mon traumatisme d'enfance. Je l'ai quittée transformé. J'avais gardé ce traumatisme enfoui pendant 25 ans.
Je n'en ai parlé à mon père qu'il y a quelques années. Je ne voulais pas lui faire de mal, car comme parent, on ne veut pas penser qu'on a échoué à protéger son enfant. Alors que j'étais sans-abri, mes parents m'ont dit qu'ils n'avaient qu'un souhait pour moi avant de partir pour le monde des esprits: me voir changer de vie. Leur souhait a été exaucé. Mes parents ne sont plus parmi nous. Après avoir entamé mon parcours de rétablissement et guéri de mon traumatisme d'enfance, j'ai renoué avec mon héritage culturel. Cela a joué et joue toujours un rôle important dans mon parcours de guérison.
Je vais aborder une lacune majeure dans ce que nous appelons le système de soins axé sur le rétablissement en Alberta: le logement prétraitement. Fort de mon expérience personnelle, j'ai créé un modèle de logement qui accompagne les personnes après leur désintoxication médicale et pendant qu'elles attendent d'intégrer un traitement en établissement. Actuellement, de nombreuses personnes ayant terminé leur désintoxication doivent composer avec une attente de plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant qu'une place de traitement en établissement ne se libère. Sans un environnement stable et sans drogue pendant cette transition, le risque de surdose et de rechute est à son maximum.
Le problème est que le retour à la rue ou dans un logement précaire après la désintoxication entraîne souvent un cercle vicieux où les progrès réalisés lors de la gestion du sevrage sont perdus avant même le début du traitement. Le modèle de logement de rétablissement prétraitement sert de filet de sécurité. Il offre une stabilisation immédiate après la désintoxication; un cadre de vie sans substances, encadré par des professionnels; des programmes de préparation et de mise en condition pour un traitement en établissement intensif; ainsi qu'un accompagnement pour garantir la réussite de la transition de la personne vers la date prévue pour son traitement.
Ce modèle est né de ma propre expérience. Après le meurtre de mon compagnon en 2007 dans la rue, alors que nous étions sans domicile fixe, j'ai fait face à cette épreuve de la seule manière que je connaissais: la drogue et l'alcool. Après, j'étais tout simplement anéanti. J'en suis venu à la conclusion que j'avais besoin d'aide. Je suis entré en désintoxication. J'étais prêt. C'était le 13 novembre 2007. On m'a fixé une date de traitement en janvier. La panique m'a envahie, ne sachant pas ce qui m'attendait, mais heureusement, tout s'est bien passé.
C'est de là qu'est né le concept d'hébergement prétraitement. Contrairement aux places d'accueil standard, le modèle de prétraitement cible la période de grande vulnérabilité qui s'écoule entre la décision d'une personne de demander de l'aide et la date à laquelle son programme de traitement commence réellement. Nous mesurons notre succès à l'aune des taux de rétention en traitement. Le suivi historique des environnements structurés de prétraitement montre que les personnes bénéficiant d'un logement stable et sans substances sont nettement plus susceptibles de se présenter à la date d'admission prévue, par rapport à celles qui sont en liste d'attente alors qu'elles sont sans domicile fixe ou vivent dans des environnements chaotiques.
En ce qui concerne la réduction de l'attrition, en garantissant immédiatement la sécurité, la sécurité alimentaire et la responsabilisation, ce modèle permet de réduire les taux d'abandon élevés qui caractérisent généralement la période d'attente type de 30 à 90 jours avant le début d'un traitement. Grâce à une stabilisation précoce, les résidants commencent à s'adapter à une routine structurée, à la responsabilisation par les pairs et aux compétences de base de la vie quotidienne avant même de mettre les pieds dans un établissement clinique. Cela signifie qu'ils entament leur traitement primaire dans un état de stabilité physique et de préparation mentale, ce qui maximise l'impact des programmes cliniques.
Je peux affirmer avec fierté que le modèle que j'ai créé est le seul modèle d'hébergement prétraitement agréé et accrédité en Amérique du Nord.
Merci de votre attention.
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Merci, monsieur le président.
Je voudrais remercier chacun des témoins de ce groupe.
Je tiens à dire à M. Miles, qui est présent ici, merci d'être venu. Merci également à M. Thiessen. Vous nous avez tous deux fait part d'une expérience personnelle puissante. Je pense qu'il était important pour nous d'entendre cela. Il est essentiel que ces informations soient au cœur de notre rapport à la Chambre des communes et que, en tant que gouvernement fédéral, nous jouions notre rôle en collaborant avec les autres ordres de gouvernement concernés par cette question.
C'est une de mes grandes frustrations concernant notre pays. Nous évoluons dans un système incroyablement décentralisé, où les chevauchements sont nombreux. L'itinérance est un des exemples les plus flagrants de l'écart qui existe entre la réalité vécue par les personnes en difficulté et les différentes strates de bureaucratie — gouvernement, politiques et idées sur la façon d'aborder le problème.
Je tiens à être clair: je ne pense pas que c'est une question partisane. Je ne pense pas que ce soit un problème des libéraux, des conservateurs ou du NPD. Je pense qu'il y a eu une évolution générationnelle dans la façon dont les choses se sont déroulées dans ce pays. S'il y a bien une cause qui exige que tous les ordres de gouvernement et les personnes de toutes les allégeances politiques s'unissent, c'est bien celle‑ci; il n'est pas question de se contenter de faire des déclarations de pure forme face aux témoignages incroyablement poignants que nous avons entendus ici aujourd'hui et tout au long de cette étude.
Lorsque vous avez parlé de votre expérience, monsieur Miles — je poserai la même question à monsieur Thiessen —, vous avez également évoqué la chance que vous aviez eue. En ce qui concerne votre guérison, je n'ai pas pu m'empêcher de penser, en vous écoutant, que ce n'était pas, en réalité… Ce fut une chance que vous ayez réussi à naviguer dans un système plutôt épars et dont les rouages ne s'enchaînaient pas très bien.
Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur l'importance des relations humaines dans votre parcours de guérison — le fait de ne pas être simplement un numéro, d'obtenir un lit quelque part ou de faire partie d'un programme? Quelle a été l'importance des relations humaines dans votre parcours de guérison?
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Merci beaucoup pour votre question et vos observations.
Les relations humaines ont joué un rôle déterminant dans mon parcours. Dans mon parcours pour sortir de la dépendance et de l'itinérance, le point de départ pour moi, et le véritable tournant, a été le fait de me retrouver sans cesse à faire des allers-retours entre les hôpitaux et le système pénitentiaire. J'en suis arrivé à un point où j'ai vraiment touché le fond, et j'ai tenté de mettre fin à mes jours à plusieurs reprises. Ce n'étaient pas des appels à l'aide; c'étaient des actes mûrement réfléchis et bien planifiés, et je n'ai pas hésité un seul instant.
J'ai vraiment eu de la chance que mon histoire puisse se poursuivre grâce à des circonstances que je ne pouvais pas prévoir. Une intervenante de première ligne m'a sauvé la vie la première fois que j'ai tenté de mettre fin à mes jours, alors qu'elle n'aurait même pas dû se trouver là. Elle me connaissait très bien. J'allais souvent dans les centres de consommation supervisée, et elle savait qui j'étais. La seule raison pour laquelle elle était là pour me sauver la vie, c'est que c'était un vendredi soir et qu'elle était restée au travail trois heures après son heure de départ, car elle partait en vacances le lundi. Elle n'aurait pas dû se trouver dans le bâtiment du tout. Elle est sortie dans la ruelle — et c'est là un autre détail. Elle ne sortait jamais par la porte arrière qui donne sur cette ruelle, car ce n'est pas sûr. En tant que jeune femme de belle apparence, elle sortait toujours par l'entrée principale du bâtiment, à la lumière des réverbères.
Ce n'est qu'un incident parmi tant d'autres. Il a vraiment fallu une intervenante de première ligne pour que je me sente suffisamment valorisé, non seulement parce qu'elle s'est trouvée à me sauver la vie, mais aussi grâce aux innombrables fois où ces personnes ont été là pour moi. Elles ont créé un lien avec moi.
Quand on vit une longue période d'itinérance et qu'on subit le genre de chose que nous subissons, on se sent vraiment en marge de la société. On s'habitue à ce que les gens nous regardent en nous disant: « Trouve-toi un travail. Qu'est‑ce qui ne va pas chez toi? » On s'habitue à ce jugement. Une des fois où je me suis retrouvé à l'hôpital, il y avait une intervenante de première ligne qui venait me voir un jour sur deux. Elle prenait du temps sur sa journée, elle m'apportait des cigarettes et poussait mon fauteuil roulant dehors pour que je puisse fumer. C'était la seule personne à qui je parlais.
Il y a eu beaucoup de petites choses comme ça qui, au fil du temps, ont changé la donne, mais, sans ces intervenantes de première ligne, je ne serais pas là aujourd'hui pour m'adresser à vous.
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Je vous remercie, monsieur le président.
Je remercie tous les témoins d'être ici ce matin.
Monsieur Miles, monsieur Thiessen, je veux vous dire à quel point je suis touché par votre témoignage ce matin. Je veux vous dire aussi que votre contribution est vraiment très importante.
Je me rends compte que, au fond, on pense souvent que l'on est à l'abri de vivre des choses comme ça. On ne l'est pas. À vous écouter parler, quand je regarde votre histoire de vie, je me dis que personne n'est à l'abri de tout cela.
Franchement, je ne sais pas si, moi, j'aurais eu le courage de faire ce que vous faites ce matin. Je vous en remercie du fond du cœur.
Si vous étiez des législateurs, quelles seraient les trois mesures prioritaires que vous mettriez en place pour essayer d'éradiquer l'itinérance?
Ma question s'adresse à vous deux. Je commencerais peut-être par vous, monsieur Miles.
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Avant toute chose, nous devons augmenter massivement l'offre de logements partout au pays. Les logements doivent être offerts rapidement, et sans aucune réserve. Cela ne peut pas dépendre d'une perception de mérite, ni constituer une récompense brandie à la fin d'un parcours de rétablissement.
Le logement est le fondement sur lequel tout le reste repose. On ne peut pas demander à quelqu'un qui a connu une situation d'itinérance de longue durée et des problèmes de dépendance… On ne peut pas commencer par éliminer la dépendance, car c'est justement ce qui est utilisé comme pansement. Enlever la dépendance à quelqu'un sans lui offrir la stabilité et un logement… On ne peut pas résoudre ce problème sans s'attaquer à la raison même de son existence au départ. Ce serait ma première recommandation.
Ma deuxième et forte recommandation est qu'il faut vraiment intégrer les différents systèmes, mais il faut également s'assurer que tout le monde communique et parle d'une seule voix. Il y a trop de personnes et trop d'organismes différents qui gèrent des parties distinctes des listes d'attente pour le logement. Trop de gens ne s'occupent que de leur volet, mais l'élément supplémentaire nécessaire reste hors de leur portée. Ils disent: « Ce n'est pas mon problème. C'est à tel autre de s'en occuper. »
Il faut vraiment éliminer les formalités administratives, non seulement pour les clients et les personnes qui tentent de sortir de l'itinérance, mais aussi pour les organismes de logement qui travaillent avec eux. Beaucoup de personnes qui travaillent sur le terrain toute la journée ne savent pas où trouver de l'aide à certains stades. Si des personnes comme celles‑ci, qui connaissent le système et y travaillent toute la journée, n'arrivent pas à s'y retrouver, c'est que le système ne fonctionne pas.
Je tiens à respecter le temps qui m'est imparti, je vais donc m'arrêter là.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie les témoins d'être des nôtres aujourd'hui.
Monsieur Miles, vous avez connu la rue de près, et vous mettez un visage sur ce qu'est l'itinérance. C'est la même chose pour vous, monsieur Thiessen. Comme vous avez pu le voir, des larmes ont coulé lorsque vous avez raconté votre histoire. Monsieur Thiessen, je suis bien heureuse que vous ayez pu revenir nous voir et que vous ajoutiez votre voix à la réalité de l'itinérance.
Monsieur Boozary, vous avez consacré votre carrière à ces gens. Vous nous rappelez que l'itinérance ne fait pas de distinction et que tout le monde est à une mésaventure près de se retrouver dans la rue.
Pour mon premier tour de questions, je vais me tourner vers Mme Vandal, puisque nous sommes dans des régions proches qui vivent des réalités similaires. Je suis députée de la circonscription de Shefford, dont la ville centre est Granby, mais celle-ci est entourée de nombreuses communautés rurales.
Plusieurs éléments de votre témoignage m'ont interpellée. Vous avez parlé de l'appel de projets pour le programme Nouveaux horizons et des nouvelles orientations qui ne vous ont pas permis de présenter une demande.
Ai-je bien compris?
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Oui, vous avez bien compris.
En fait, à la fin de l'exercice financier qui s'est terminé le 31 mars, nous avons vécu deux situations un peu incongrues.
D'abord, il y a eu la fin de l'appel de projets pour le Programme de réponse aux campements et aux crises, qui était une initiative fédérale. Nous avons eu peu de réponses quant au report possible ou non du financement.
Ensuite, nous avons appris que le programme Vers un chez-soi avait été recentralisé dans les milieux plus urbains. Nous n'avons tout simplement pas été informés de l'appel de projets. D'ailleurs, je pense que nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. En effet, je fais partie d'un comité régional en itinérance rurale, et je sais que plusieurs organismes n'en avaient pas été informés non plus. Nous n'avons donc pas pu présenter une demande.
Memphrémagog est une très grande région, mais nous n'avons pas du tout de financement. Je peux également parler du Haut‑Saint‑François et de la ville de Coaticook, qui vivent des situations semblables.
Il y a donc des projets qui prennent fin, et il y a une interruption abrupte des services que nous avons offerts pendant toute une année. Il y a un peu de brouillard, si je peux le dire ainsi, quant à l'avenir et aux services que nous serons en mesure d'offrir à l'approche de l'hiver.
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Nous avions déjà cette unité, que nous utilisions pour faire des liens avec les partenaires communautaires. Cependant, lorsque nous avons eu l'idée de l'utiliser pour nous déplacer sur le territoire, cela a vraiment permis de répondre à un problème auquel nous devions faire face.
Dans notre MRC, il n'y a pas d'organisme qui sert particulièrement les personnes en situation d'itinérance. De plus, les ressources, qui sont centralisées à Sherbrooke, sont souvent pleines. Par ailleurs, les gens de notre secteur ne souhaitent pas nécessairement se réorienter et changer complètement de vie pour aller dans les centres urbains.
Cette unité nous a donc permis de couvrir l'ensemble du territoire, qui est relativement grand, sans nécessairement créer une rupture de continuité de service. Si nous allons vers une personne, que nous lui offrons des outils et que nous l'installons dans un autre centre urbain, elle reviendra souvent dans son milieu parce que sa famille s'y trouve. Nous savons à quel point le réseau social est important. En procédant ainsi, nous risquons de désaffilier davantage la personne en l'orientant vers un centre d'hébergement d'urgence temporaire, où elle doit recommencer chaque nuit.
Nous préférons donc aller vers les gens et être réellement à l'écoute de leurs recommandations. Il n'y a personne qui connaît mieux sa réalité que la personne qui vit une situation d'itinérance. C'est elle qui est la mieux placée pour nous expliquer comment nous pouvons l'aider de la façon la plus adéquate possible.
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Oui. Nous avons pignon sur rue dans ce milieu de vie, qui est un ancien quartier manufacturier.
À la base, notre clientèle était surtout composée de personnes plus âgées, notamment des personnes recevant une aide de dernier recours.
Cependant, depuis les dernières années, nous constatons vraiment un rajeunissement de la clientèle. C'est peut-être parce que nous avons été associés à des projets liés à l'itinérance. Nous accueillons maintenant une clientèle beaucoup plus jeune, qui utilise nos services.
Par exemple, maintenant que l'hiver est terminé, nous recevons chaque semaine au moins trois ou quatre personnes de moins de 40 ans qui viennent utiliser nos services pour se laver, obtenir des vêtements ou recevoir de la nourriture, et ce, de façon récurrente.
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Merci, monsieur le président.
Merci à tous les témoins d'être ici.
Monsieur Miles, merci d'avoir partagé votre histoire et d'avoir fait preuve d'une telle vulnérabilité devant notre comité. Il est extrêmement important d'entendre le point de vue de personnes ayant vécu cette expérience.
Monsieur Thiessen, merci beaucoup. Vous n'êtes pas présent dans cette salle, mais je tiens à vous dire qu'il y a eu peu d'yeux secs dans cette salle. On a distribué quelques mouchoirs. Merci d'être toujours prêt à partager certains des moments les plus difficiles de votre vie pour montrer que le rétablissement est bel et bien possible.
Vous contribuez tous les deux à rendre notre société meilleure en montrant que le rétablissement après une dépendance n'est pas seulement une possibilité, mais une réalité qui se vit au quotidien. Je tiens à vous en remercier sincèrement tous les deux.
Docteur Bardeesy, après avoir entendu parler des activités d'Oxford House et de leur modèle de prétraitement, pensez-vous que ce modèle ou un modèle semblable pourraient aider les personnes que vous accompagnez à Toronto?
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Merci, monsieur le président.
Premièrement, je remercie les témoins d'être avec nous ce matin, en particulier M. Miles et M. Thiessen. Je les remercie de nous faire part de leur expérience.
[Traduction]
Je tiens également à remercier mon collègue, le député de Parry Sound—Muskoka, pour sa déclaration liminaire et sa volonté de collaborer au‑delà des clivages partisans sur cette question cruciale. Je lui en suis vraiment reconnaissante.
Je voudrais m'adresser tout d'abord au Dr Boozary. Nous avons entendu aujourd'hui, mais aussi lors de séances précédentes, que le logement est véritablement le fondement de la réponse à cette crise. Ce n'est pas le seul élément. Nous avons également beaucoup parlé de prévention, et j'y reviendrai. Il s'agit aussi de veiller à ce que le logement réponde aux besoins des résidants là où ils se trouvent.
Pourriez-vous nous parler un peu du rôle des provinces dans la mise en place d'un accompagnement intégral? Je sais que, dans le cas de Dunn House, il s'agit d'un partenariat fructueux, mais ce n'est pas le cas pour tous les autres projets qui voient le jour.
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Je voudrais faire écho aux paroles d'encouragement de M. Aitchison, qui a souligné la nécessité pour tous les partis de s'attaquer à cette crise.
Prenons l'exemple de l'Ontario et de son programme de logements supervisés. Les services de soutien sont essentiels. Quand nous examinons certains des premiers modèles qui ont échoué aux États-Unis et dans d'autres pays ou régions, nous voyons que ces modèles sont ceux qui ne prévoyaient aucun service de soutien global, comme vous l'avez souligné.
Les services de soutien, au-delà du simple logement, constituent en réalité, à bien des égards, l'ingrédient secret de la réussite. En ce qui concerne le modèle de la Dunn House et les logements avec services de médecine sociale, la province a joué un rôle en investissant dans des services de soutien global axés tant sur les soins de santé que sur le modèle de logement supervisé permanent, accessible 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
J'ai été fort encouragé par la présentation de M. Flack, en Ontario, qui a décrit la Dunn House 2.0 comme un modèle de logement supervisé pouvant soulager la pression sur les hôpitaux et favoriser la mise en place d'infrastructures. De mon point de vue de médecin, cela contribuera incontestablement à l'amélioration des résultats en matière de santé.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
On se rend vraiment compte que ce défi est complexe et qu'il faut mettre en place un véritable continuum de services, allant de la prévention jusqu'au soutien post-refuge, en passant par l'accompagnement en matière d'hébergement à long terme.
Encore une fois, monsieur Miles, monsieur Boozary et monsieur Thiessen, je vous remercie d'être avec nous.
Nous avons une réalité un peu particulière au Québec. Je vais donc me tourner de nouveau vers Mme Vandal.
Nous sommes à moins de deux semaines du 1er juillet, et nous savons qu'au Québec, il s'agit d'une période critique en matière de logement. Certaines personnes se retrouvent en situation d'itinérance ou perdent leur logement.
Quelle est la situation, à deux semaines du 1er juillet?
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Nous avons récemment participé à une concertation portant justement sur l'arrivée du 1
er juillet, et nous avons constaté qu'il était déjà un peu tard pour s'attaquer au problème.
De façon générale, dans le cas des gens à risque d'itinérance, notamment ceux qui pourraient se retrouver sans bail, il arrive souvent que les offices d'habitation aient déjà des choses en place qui permettent d'utiliser les services et d'offrir une aide de dernier recours aux personnes à risque d'itinérance.
Pour nous, le défi concerne plutôt les personnes qui sont déjà à risque d'itinérance. Elles ne répondent souvent pas aux critères de ces programmes. Pensons à une personne qui vit avec des problèmes de santé mentale ou de dépendance, ou encore à une personne en situation d'itinérance chronique. Souvent, ces personnes ne font pas partie des clientèles admissibles. Nous ne pouvons pas les inscrire sur les listes d'attente et, dans la région de Memphrémagog, nous ne pouvons pas les accompagner de cette façon.
Pour les autres personnes à risque, toutefois, nous sommes capables de mettre en place des mesures de supplément au loyer, des choses comme ça. Nous pouvons également accompagner la personne et travailler en collaboration avec des fournisseurs de logements plus abordables.
Selon moi, il s'agit vraiment de deux types de clientèle. D'un côté, il y a les personnes à risque d'itinérance, pour lesquelles nous disposons déjà de certains outils et qui ont souvent un réseau de soutien un peu plus solide. De l'autre, il y a les personnes qui vivent déjà une situation d'itinérance relativement chronique.
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Merci, monsieur le président, d'avoir prolongé mon temps de parole.
Je tiens tout d'abord à remercier M. Miles et M. Thiessen. Merci beaucoup de votre présence et de vos témoignages. En tant qu'ancienne toxicomane, je sais à quel point il peut être difficile de se confier, mais il est important de le faire pour que nous puissions changer des vies au Canada.
Aujourd'hui, l'importance de la collaboration entre tous les partis et tous les ordres de gouvernement a souvent été évoquée, tout comme la nécessité, pour les personnes ayant vécu de telles situations, de contribuer à la solution. De belles réussites ont été décrites, comme celle du Dr Boozary et de M. Miles, qui travaillent ensemble à Toronto et obtiennent des résultats remarquables en veillant à ce que le vécu soit pris en compte.
Monsieur Thiessen, votre programme est formidable lui aussi.
J'aimerais orienter un peu la conversation vers l'espoir et vers ceux qui pourraient vouloir amorcer leur rétablissement.
Monsieur Miles, vous avez expliqué que vous n'aviez pas fait ce cheminement seul, car votre famille vous a toujours accompagné. Au début, dans mon cas, la culpabilité liée aux décisions que j'avais prises et à leurs répercussions sur ma famille m'a fait obstacle. Que diriez-vous à quelqu'un qui souhaite faire ce premier pas, au sujet de votre famille et du fait qu'elle est toujours là?
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Merci, monsieur le président.
Je tiens à remercier tous les membres du Comité ainsi que les témoins. Je tiens également à remercier tout particulièrement Mme Kelly d'être venue au Comité pour offrir son soutien.
Je vous remercie, madame Kelly.
Je tiens aussi à remercier M. Thiessen de nous avoir fait part de son vécu. J'ai une question à lui poser. La question est simple.
Selon vous, monsieur Thiessen, quels gestes ou interventions ont fait le plus de grandes...
Veuillez m'excuser. Vous l'avez sans doute compris ce matin. Cela me met en rage, que l'itinérance soit politisée. Ce n'est pas normal.
Je présente aussi mes excuses au Comité pour l'échange que j'ai eu avec les témoins ce matin, parce qu'on ne peut pas vouloir tirer un avantage politique sur le dos des personnes en situation de vulnérabilité.
Je suis désolé. Je me suis laissé emporter par l'émotion. Je n'ai jamais vécu de situation d'itinérance, mais je connais des gens qui l'ont vécue, notamment des personnes issues de la communauté LGBTQ+, des femmes qui couchent avec des personnes non désirées parce qu'elles veulent juste avoir un endroit où dormir, parce qu'il fait froid dehors.
Donc, je pense que je vais laisser mon temps de parole à Mme Desrochers, qui gère ces dossiers. Je vous demande de m'excuser.
Je ne peux pas le faire.
Merci.
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C'est une très bonne question. Je pouvais ressentir la honte de M. Joseph. Je pouvais la ressentir dans mon corps, et je comprends. Je comprends parfaitement.
Les temps ont beaucoup changé. Nous devons vraiment prêter attention à nos enfants et à ce qu'ils font. Les téléphones portables ont un effet encore plus grand, car nous n'en avions pas quand j'étais gamin.
Laisser nos enfants et nos jeunes sans surveillance n'est pas l'essentiel du problème: il s'agit plutôt de savoir où ils sont. J'avais carte blanche. Je me suis retrouvé dans la maison d'un homme plus âgé. Il m'a fait boire de l'alcool. L'accès à l'alcool était très facile. J'ai perdu connaissance, et quand je me suis réveillé, j'étais en train de subir une agression sexuelle.
La prévention est essentielle. C'est de l'expérience vécue dont nous avons besoin, et je pense que c'est là un élément clé passé sous silence. Nous avons acquis quelque chose qui ne s'enseigne pas. Malheureusement, beaucoup d'entre nous le possèdent à cause des traumatismes que nous avons subis, mais je préférerais que, grâce à notre aide, il y ait, dans les 10 prochaines années, moins de personnes qui auront vécu ce que moi, M. Miles et tant d'autres avons dû endurer.
Il faut briser le cercle vicieux. C'est de cela qu'il s'agit, briser le cercle vicieux à l'aide de l'expérience vécue, des mentors, du soutien par les pairs, du logement supervisé et de tout le reste.
Cela commence à l'école. Selon moi, certaines matières enseignées en classe n'y ont pas leur place. Elles n'existaient pas quand j'étais jeune. Alors, pourquoi sont-elles au programme aujourd'hui? La vie était déjà assez difficile quand nous étions jeunes.
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Merci, monsieur Thiessen.
Merci, madame Desrochers.
Merci, monsieur Joseph, d'avoir présenté cette importante étude.
Merci, madame DeRidder, d'avoir également partagé votre expérience.
Je demanderais au Comité d'envisager de fournir des instructions de rédaction écrites aux analystes d'ici le vendredi 26 juin, afin qu'ils puissent commencer à travailler pendant l'été. Évidemment, ce n'est pas la dernière étape, mais si le Comité accepte de fournir des instructions aux analystes au sujet de cette étude très importante, nous pourrons voir si cette dernière peut vraiment faire avancer les choses sur cette question.
Deuxièmement, si nous sommes d'accord, le greffier a fait circuler un communiqué de presse annonçant le lauréat du prix de la Flamme du centenaire que vous avez choisi lundi. Le Comité souhaite‑t‑il faire circuler ce communiqué?
Des députés: D'accord.
Le président: Merci aux membres du Comité.
Ce comité a traité de nombreuses questions pressantes, notamment le projet de loi qui comporte effectivement d'importants changements. Pour ma part, j'attends avec impatience que le rapport soit déposé à la Chambre et qu'il contribue à la résolution de certaines des questions qui ont été présentées à ce comité récemment avec tant d'éloquence et d'émotion.
Merci à tous les participants. Profitez bien de votre retour dans votre circonscription. Nous nous reverrons à l'automne, à moins que la session de la Chambre ne soit prolongée d'une semaine.
Je remercie les témoins de nous avoir consacré leur temps. Sans leur contribution, nous ne pourrions amorcer aucun changement.
Sur ce, le Comité souhaite‑t‑il ajourner la réunion?
Des députés: D'accord.
Le président: La séance est levée.