:
Bonjour, mesdames et messieurs les membres du Comité. Le greffier m'informe que nous avons le quorum et que les tests de son pour les témoins qui comparaissent virtuellement ont été approuvés.
Sur ce, je déclare ouverte la 42 e séance du Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées.
Conformément à la motion adoptée le lundi 4 mai 2026, le Comité se réunit pour discuter de l'itinérance au Canada pendant la première heure et des mises en chantier pendant la deuxième heure.
La réunion d'aujourd'hui se déroule sous forme hybride, conformément au Règlement. Les députés participent à distance et dans la salle.
Vous pouvez participer à la réunion d'aujourd'hui dans la langue officielle de votre choix. Si vous êtes dans la salle, veuillez sélectionner le canal qui vous donne l'interprétation appropriée. Pour ceux qui comparaissent virtuellement, veuillez cliquer sur l'icône du globe au bas de votre écran et choisir la langue officielle dans laquelle vous souhaitez participer. En cas d'interruption de l'interprétation, veuillez attirer mon attention et nous suspendrons la séance le temps de corriger le problème. Comme je l'ai indiqué, les tests de son ont été effectués pour ceux qui comparaissent virtuellement, et la qualité du son répond aux exigences en matière d'interprétation.
Pour ceux qui sont dans la salle, veuillez mettre vos appareils en mode silencieux — moi y compris — et veuillez vous abstenir de taper sur la perche du microphone qui se trouve devant vous. C'est pour le bien et la protection de nos interprètes. De plus, veuillez attendre que je vous nomme avant de prendre la parole.
Sur ce, nous allons présenter les témoins de la première heure. Il y a eu un changement mineur. En ce qui concerne l'itinérance, de la Fédération canadienne des municipalités, nous accueillons Michelle Boileau, mairesse de la Ville de Timmins. Nous accueillons Mme Taylor Soroka, cofondatrice du Jasper Place Wellness Centre. Du Réseau Solidarité Itinérance du Québec, nous accueillons Eric Edström, chargé des affaires publiques et médiatiques. Chaque témoin dispose de cinq minutes.
Nous allons commencer par Mme Boileau.
Monsieur le président et membres du Comité, bonjour.
Je m'appelle Michelle Boileau. Je suis mairesse de la Ville de Timmins, dans le Nord de l'Ontario, et présidente du comité permanent du développement socioéconomique de la Fédération canadienne des municipalités, ou FCM.
Je vous remercie de nous donner l'occasion de comparaître devant vous aujourd'hui au nom de la Fédération canadienne des municipalités, qui représente plus de 2 000 municipalités et près de 90 % de la population canadienne.
Je suis ici pour vous dire que cette étude tombe à point. Partout au Canada, les grandes villes comme les municipalités de petite taille doivent faire face à une crise de l'itinérance qui gagne en ampleur et en complexité. Les refuges sont sous pression, les campements se multiplient et les services locaux sont mis à rude épreuve.
[Traduction]
Le renouvellement de la stratégie nationale sur le logement est une occasion essentielle d'apprendre par expérience et de renforcer ce qui fonctionne. Les municipalités sont en première ligne de cette crise, et nous voyons les incidences sur le plan humain de première main. Ces gens sont nos voisins. Parce que nous sommes enracinés dans nos communautés, nous comprenons ce qui est nécessaire sur le terrain, mais nous ne résoudrons pas l'itinérance seuls. Nous avons tous un rôle à jouer, et ce n'est pas le temps de baisser les bras.
Pour faire des progrès réels et concrets, tous les ordres de gouvernement doivent tirer dans la même direction pour s'assurer que nos résidents les plus vulnérables ne soient pas laissés pour compte. Les provinces et les territoires supervisent bon nombre des soutiens en matière de santé, de services sociaux et de logement sur lesquels les gens comptent. Le gouvernement fédéral joue un rôle de chef de file essentiel par ses investissements et la coordination de la politique nationale. Une Stratégie nationale sur le logement renouvelée doit s'ancrer dans une approche qui met le logement à l'avant-plan.
La FCM accueille favorablement les investissements fédéraux pour accroître l'offre de logements abordables hors marché, mais comme nous le savons, les bâtiments à eux seuls ne règlent pas l'itinérance. Les communautés ont aussi besoin de fonds d'exploitation, en plus du financement en capital, pour que les fournisseurs de logements puissent offrir des soutiens en santé mentale, des services en matière de dépendance, de la sensibilisation et de la gestion de cas.
Nous devons aussi aller au‑delà de la réaction à la crise et appuyer la prévention. La façon la plus efficace de réduire l'itinérance est de garder les gens dans leur logement en premier lieu. Tous les jours, de plus en plus de Canadiens deviennent itinérants à cause de l'augmentation des loyers et des pressions économiques, mais avant tout, ils tombent entre les mailles du filet.
Des investissements dans des mesures comme les suppléments au loyer, les prestations transférables pour le logement et l'Allocation canadienne pour le logement peuvent prévenir l'itinérance avant qu'elle ne survienne en aidant les ménages à faible revenu à conserver un logement stable. Comme on le sait, non seulement la prévention est-elle plus humaine, mais elle coûte aussi beaucoup moins cher qu'une intervention après qu'une personne ait déjà perdu son logement.
La recommandation la plus urgente de la FCM est de maintenir et d'élargir le programme Vers un chez-soi, qui est l'épine dorsale des interventions locales en itinérance partout au Canada. Il offre du soutien aux refuges, aux équipes de soutien communautaire, aux services de stabilisation du logement, aux initiatives dirigées par des Autochtones, aux interventions dans les campements et aux organismes communautaires qui travaillent chaque jour pour aider les gens en situation d'itinérance à accéder au logement, parce qu'ils accompagnent les gens dans le processus.
Cependant, la demande augmente beaucoup plus vite que les ressources. Partout au Canada, les collectivités sont appelées à réagir à des niveaux records d'itinérance, mais le financement n'est pas à la hauteur du défi actuel. La directrice parlementaire du budget a relevé un manque à gagner annuel d'environ 3,5 milliards de dollars dans le système canadien d'intervention auprès des sans-abri. Les municipalités comblent l'écart, et nous en voyons les conséquences tous les jours: les refuges fonctionnent au‑delà de leur capacité, les campements se multiplient, les services de proximité sont débordés et les Canadiens vulnérables n'arrivent pas à obtenir l'aide dont ils ont besoin.
La FCM demande à Ottawa non seulement de renouveler Vers un chez-soi, mais d'en faire un pilier permanent et élargi de la réponse du Canada à l'itinérance.
[Français]
Les municipalités sont prêtes à travailler en partenariat avec le gouvernement fédéral pour obtenir des résultats, mais, pour ce faire, elles ont besoin d'un financement prévisible et à long terme. Si nous laissons ce programme prendre fin et que nous ne l'adaptons pas à l'ampleur des réalités que nous voyons sur le terrain, la pression sur nos collectivités va s'accentuer.
N'attendons pas d'atteindre un point de non-retour. L'itinérance est l'un des principaux défis sociaux au Canada. Le renouvellement de la Stratégie nationale sur le logement du Canada offre une occasion rare de renforcer les partenariats entre les ordres de gouvernements, d'investir dans la prévention de l'itinérance et d'élargir les solutions de type « Logement d'abord ».
Ensemble, faisons en sorte que chaque personne au Canada ait accès à un logement sûr et abordable.
[Traduction]
La FCM est prête à travailler avec le gouvernement fédéral, les provinces, les territoires, les partenaires autochtones et les organisations communautaires pour atteindre cet objectif.
Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
[Français]
Merci. Meegwetch.
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Merci, monsieur le président.
Bonjour, mesdames et messieurs les membres du Comité.
Je m'appelle Taylor Soroka. Je suis cofondatrice du Jasper Place Wellness Centre, ici à Edmonton, en Alberta, un organisme de développement communautaire que j'ai fondé avec mon père, Murray, qui ne peut malheureusement pas être avec nous aujourd'hui. Je sais qu'il aurait aimé être ici.
C'est un honneur de contribuer à l'étude du Comité sur l'itinérance au Canada. Je vous remercie de l'invitation.
J'aimerais commencer par faire une distinction qui, à mon avis, est fondamentale pour cette étude et pour l'élaboration de bonnes politiques. L'itinérance n'est pas compliquée, elle est complexe, et cette différence coûte des vies.
Notre organisation évolue dans une communauté qui connaît très bien la complexité. Edmonton est la ville des champions, mais c'est aussi la capitale canadienne des engelures, une ville où les températures descendent à ‑30°C et où les gens perdent des doigts, des pieds et même la vie, pas en raison de problèmes abstraits, mais parce qu'ils n'avaient nulle part où aller pour être en sécurité.
Je sais que la complexité est peu compatible avec la politique. Elle ne se communique pas bien à un public qui a peur des campements qu'il voit s'agrandir à l'extérieur, par les fenêtres, alors nous faisons ce que les humains font quand ils ne peuvent pas regarder quelque chose en face. Nous nommons la caractéristique de surface la plus visible et la plus élémentaire et en faisons le cœur du problème: l'itinérance, le sans-abrisme. En résumant cette énorme complexité humaine à une seule catégorie administrative, nous nommons le symptôme et perdons de vue le patient.
Le mot « itinérant » désigne à la fois des survivants des pensionnats et la personne ayant subi un traumatisme cérébral, la jeune femme qui a quitté un foyer d'accueil à 18 ans et qui n'a nulle part où aller pour être en sécurité, l'ancien combattant, l'homme vivant avec un trouble bipolaire non traité. Ils ont une chose en commun: ils n'ont pas d'endroit sûr où se sentir chez eux. Ils n'ont rien d'autre en commun. C'est là toute la complexité. Ce n'est pas difficile à comprendre. C'est humain.
La vitesse à laquelle cette crise prend de l'ampleur crée un malentendu courant. Lorsque les gens voient des campements dans leurs parcs ou qu'ils ne se sentent pas en sécurité dans leur propre quartier, ils concluent que les solutions existantes ne fonctionnent pas. Je le comprends, mais la vérité est toute autre. La recherche est sans équivoque: le programme Logement d'abord fonctionne et les logements supervisés fonctionnent, mais ils ne suffisent pas à la demande. Une solution qui ne suffit pas à la demande ressemble énormément à une solution qui ne fonctionne pas, jusqu'à ce qu'on regarde les chiffres.
À Edmonton, le temps d'attente moyen pour accéder à un logement supervisé est de 512 jours: 512 jours dans la capitale canadienne des engelures, dans la ville des champions. Cette attente s'explique par le fait que nous ne construisons pas assez de logements, mais il ne s'agit pas que d'une question d'offre. Une trop grande partie des logements construits se concentre dans de grands immeubles où personne ne connaît votre nom, encore moins votre histoire, où ce n'est pas la personne qui compte. Pour nos voisins qui vivent avec les besoins les plus complexes — la psychose grave, la maladie mentale grave, les lésions cérébrales —, cette formule est la plus coûteuse entre toutes. Ce dont ils ont le plus besoin dans leur logement, ce sont de soins psychiatriques, de soutien clinique et d'une véritable intensité.
Le logement est toujours la solution fondamentale, mais les ressources internes doivent être adaptées aux besoins des personnes auxquelles il est destiné. C'est la véritable lacune à laquelle nous sommes confrontés, et nous devons construire en conséquence. Quand on répond à la complexité d'un être humain par des interventions policières, le démantèlement de campements et la suppression des signes visibles de souffrance plutôt qu'en nous attaquant aux causes de la souffrance, on ne règle pas le problème. On le déplace. On rompt le lien de confiance qui rend l'intervention possible. On choisit, selon le jargon de mon domaine, le contrôle social plutôt que les soins sociaux. Les données sont sans équivoque. Cela coûte plus cher, produit de pires résultats et rend le travail d'organisations comme la mienne extrêmement plus difficile.
Au Jasper Place Wellness Centre, nous comblons les lacunes là où les systèmes laissent tomber les gens, et nous le faisons grâce au concept du centre de guérison. Nous commençons par le bâtiment, parce que l'immeuble lui-même est une solution. Le logement est toujours la solution.
Un centre de guérison est d'abord et avant tout un logement. Chacun occupe un lot de la ville et compte 12 logements autonomes. Tout le rez‑de‑chaussée est un espace commun. Il y a une cuisine où les résidants peuvent cuisiner ensemble, regarder les matchs des Oilers, la meilleure équipe au Canada, organiser des rencontres, faire des tâches ménagères, recevoir de la thérapie et bénéficier de divers programmes. Le bâtiment est entièrement accessible. La recherche montre clairement que les communautés de huit à 12 personnes produisent de meilleurs résultats pour les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale graves et des traumatismes complexes. Nous avons intégré cette réalité entre nos murs.
En plus du logement, il y a un programme d'intervention. Les programmes varient, selon les cycles de financement — c'est la réalité dans ce domaine —, mais quand le financement en capital permet de construire un centre de guérison, il permet de construire une infrastructure essentielle qui durera toute la vie. Si un programme prend fin, l'immeuble continuera de fournir des logements abordables aux gens, comme des logements supervisés ou tout ce dont la collectivité aura besoin plus tard. L'investissement n'est jamais perdu.
Pour le gouvernement fédéral qui décide où va l'argent, je ne saurais trop insister sur l'importance de cette particularité. À l'heure actuelle, deux programmes sont offerts dans nos centres de guérison, chacun se situant à une intersection où le système perd des gens.
Le programme de guérison de transition Bridge Healing intervient entre l'urgence et la rue. Lorsqu'une personne sort d'un hôpital d'Edmonton et qu'elle n'a nulle part où aller, elle peut demander une place dans nos centres de guérison pour obtenir un accompagnement complet, dont des soins de santé, des services conseils en matière de revenu et une évaluation des besoins en matière de logement en lien avec le traitement. Cela coûte 140 $ par jour comparativement à plus de 1 000 $ à l'hôpital, et le résultat en est une réduction de 76 % de l'utilisation des soins de santé chez les participants. Ce chiffre n'est pas que le résultat du programme. C'est la preuve de l'efficacité du modèle Logement d'abord et que quand on stabilise d'abord quelqu'un, qu'on commence par le logement, tout le reste change.
Le rétablissement et la transition se situent entre la désintoxication et le traitement en établissement, une lacune qui s'est toujours traduite par des rechutes. Une personne qui termine sa désintoxication est stable sur le plan médical et a une date d'admission confirmée. Nous sommes là pour elle à ce moment‑là. Nous empêchons le fil de se briser.
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Monsieur le président et distingués membres du Comité, bonjour.
Je vous remercie d'avoir invité le Réseau Solidarité Itinérance du Québec à témoigner aujourd'hui.
Je suis avec attention les travaux qui ont été diffusés jusqu'ici, et je me réjouis de l'intérêt déjà accordé aux questions relatives à la prévention de l'itinérance. Compte tenu du temps restreint accordé à chaque témoin, j'ai décidé de faire preuve d'efficacité en essayant d'être complémentaire aux points de vue déjà entendus, tout en répondant aux questions déjà posées. Cela laissera le loisir aux membres de ce comité de piger aux besoins dans un lot de nouvelles questions. J'ai été inspiré par le député de Brome—Missisquoi ici présent, qui a lui-même mentionné en avoir d'impressionnantes réserves.
À la question visant à savoir si une plus grande souplesse et prévisibilité du financement permettrait aux organismes d'accorder plus de ressources à la fourniture de services directs plutôt qu'à la gestion administrative, nous répondons que de retirer l'incertitude liée au financement stabilise la gestion financière et permet de conserver l'expertise en place dans les organismes. L'autre solution, c'est de rompre un contrat ou de fermer des places, faute d'avoir reçu à temps une confirmation de financement.
À la question visant à savoir si nous devrions présenter la prévention comme un investissement social et économique, nous répondons que ça servirait toute la population, puisque le contexte social serait ainsi plus favorable à la santé et au bien-être, et la pression sur les services publics s'en trouverait diminuée. Par ailleurs, cela favoriserait une plus grande participation sociale et économique et éviterait qu'une personne ait à vivre les traumatismes de l'itinérance, parce qu'on n'a pas su lui fournir un contexte favorable à sa stabilité ni été capable de la soutenir au moment opportun. Donc, au-delà des coûts monétaires, c'est un investissement humain qui demeure pertinent.
À la question visant à savoir si les refuges créent un cercle vicieux qui enferme les gens dans le sans-abrisme et pérennise leurs problèmes, nous répondons que les refuges forment le dernier rempart d'un système qui a manqué à ses devoirs envers des personnes en situation de vulnérabilité. Les refuges ne pérennisent pas l'itinérance. Ils constituent, pour plusieurs, la première étape d'un long parcours dans lequel il faut naviguer entre services peu adaptés et connectés, reconstruire sa confiance envers les autres et la société et se reconstruire soi-même après avoir vu ses besoins et droits fondamentaux bafoués à répétition dans la rue. Le refuge offre une réponse aux besoins de base, mais aussi une panoplie de services qui contribuent à la réinsertion des personnes sur les plans social, citoyen, résidentiel, économique, et j'en passe. La prise en charge par la famille ou le milieu, ça met de côté les causes et les solutions structurelles en niant la responsabilité collective. Ça crée en fait de l'itinérance cachée. Il faut protéger et réaliser le droit fondamental à un logement adéquat, qui doit être stable, sécuritaire, salubre et non surpeuplé.
À la question visant à savoir où se situe principalement le défi dans le financement actuel, entre le niveau de financement disponible ou la façon dont les fonds sont distribués et administrés, nous répondons qu'il englobe ces deux aspects. Nous avons besoin que les sommes attribuées au programme Vers un chez-soi soient bonifiées pour assurer un niveau de service suffisant et réduire la pression liée à la recherche de financement exercée sur les organismes. Comme l'itinérance est partout, il faut réduire l'écart entre les communautés désignées et celles à créer. Nous avons aussi besoin de plus de prévisibilité et de stabilité dans la gestion du programme. Les annonces doivent être faites à l'avance, les appels de projets diffusés pendant au moins un mois et à des périodes adéquates, et une réponse doit être fournie à l'intérieur peut-être de deux mois ou plus rapidement.
Finalement, à la question visant à savoir si l'objectif de Maisons Canada de bâtir des logements abordables à grande échelle est une solution concrète qui permettra d'inverser la tendance, nous répondons que nous avons récemment remarqué un lent déplacement du terme « logement social » vers celui, beaucoup plus vague, de « logement abordable ». De plus, nous avons besoin d'un rattrapage sur le plan du logement social. Il faut construire les logements dont la collectivité a besoin et non pas ceux que les promoteurs veulent construire. Si on nous a fait manquer le bateau du logement social au courant des dernières décennies, je ne veux pas qu'on nous offre un rattrapage en pédalo pour compenser. Il y a une différence de culture entre le programme Logement d'abord et l'approche globale que nous avons implantée. Je n'irais pas jusqu'à lui en attribuer tous les résultats, loin de là, mais nous devons quand même faire quelque chose de bien, au Québec, avec l'approche globale, puisque la croissance de l'itinérance depuis la pandémie y a été moins rapide qu'ailleurs au Canada.
Ainsi, il ne faudrait pas seulement se lancer dans la brique et le mortier et laisser les provinces s'occuper du gros de l'accompagnement. Il y a encore une certaine opacité du côté de Maisons Canada, ce qui nous incite à vouloir maintenir en parallèle une version du programme fédéral éprouvé Vers un chez-soi, pour lequel les ententes sont déjà signées, en la bonifiant et en augmentant sa souplesse et la prévisibilité de son financement, ce qui manquait jusqu'ici.
Vous recevrez sous peu notre mémoire, avec ces magnifiques tableaux de la typologie de Fitzpatrick, les références à l'approche globale harmonisées avec ce qui est en place dans notre province, ainsi que nos propositions, que vous pourrez soupeser au moment de préparer vos recommandations.
D'ici là, j'invite le Comité à continuer d'offrir à une définition large de la prévention de l'itinérance la place grandissante qu'elle mérite dans les discussions, comme nous l'avons fait depuis Les quatrièmes États généraux de l'itinérance au Québec, tenus en novembre 2024.
Nous l'avons entendu ici. Des témoins d'un bout à l'autre du Canada ont confirmé être à pied d'œuvre et utiliser différentes stratégies pour inverser la tendance en itinérance.
Nous avons besoin de garder la flexibilité nécessaire pour adapter les mesures sur le terrain en fonction des besoins. Il y a une place pour l'innovation, mais il y a de vieilles solutions qui marchent encore très bien.
Je vous remercie de votre écoute. J'ai hâte de voir si vous avez des questions à mes réponses.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
J'aimerais remercier chacun des témoins de prendre le temps d'être ici et de nous faire profiter de leurs compétences et de leurs connaissances.
Madame Soroka, vous êtes très près de chez moi, même si vous êtes dans une autre province. Je vis à Lloydminster. Beaucoup de gens de ma collectivité et de ma circonscription se rendent fréquemment à Edmonton.
Vous avez parlé de services complets sans le dire et sans parler de leur importance. Il est important d'intégrer des services complets non seulement dans le logement, mais je dirais, dans tous les domaines des services sociaux. Parfois, les gens ont simplement besoin d'un petit coup de pouce supplémentaire pour se relever et s'en sortir.
Nous avons une excellente organisation à Lloydminster, du côté albertain de la frontière. Nous avons nos propres enjeux de financement parce que certains services se trouvent physiquement du côté de l'Alberta et d'autres du côté de la Saskatchewan. Il y a des résidants d'un côté comme de l'autre et des gouvernements qui disent: « Ce n'est pas de notre responsabilité parce que ce n'est pas un citoyen de notre province ». Au bout du compte, l'itinérance et la toxicomanie ne connaissent pas de frontières, et les gens doivent être traités comme des personnes.
L'organisation présente chez nous s'appelle Residents in Recovery. Son modèle est excellent. Les gens vivent ensemble. C'est un modèle de responsabilité et de communauté. Ils vivent en groupes de 8 à 10 personnes, comme vous en avez parlé, qui sont ensemble et qui s'entraident vraiment, ce qui est important.
Je voulais simplement souligner l'importance de services complets.
Depuis le début de cette étude, nous entendons des témoignages sur l'importance de la prévention pour réduire l'itinérance. Je me demande simplement, d'après l'expérience de votre organisation, quelles mesures de prévention sont les plus efficaces pour aider les gens à éviter l'itinérance, selon vous.
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C'est certain, oui. N'importe qui d'entre nous peut subir un incident, une tragédie ou un revers qui peut changer radicalement la trajectoire de sa vie.
Selon vous, quel ordre de gouvernement est le mieux placé pour s'occuper de cela ou administrer ce genre de chose?
J'ai entendu plus tôt un témoignage — je tiens à préciser que c'était celui de la FCM — au sujet du fait que ce sont les résidents qui savent ce qui se passe chez eux, entre autres.
Je sais, de mon point de vue privilégié à Ottawa, qu'Ottawa ne sait pas toujours ce qui convient le mieux aux diverses collectivités, particulièrement aux collectivités rurales comme la mienne. Si quelqu'un a besoin de consulter un médecin, c'est deux heures et demie de route. Si une personne n'a pas de voiture ni personne pour l'accompagner, comment peut-elle se rendre à son rendez-vous chez le spécialiste? S'il faut prendre une ambulance, c'est un autre coût qui n'est pas nécessairement couvert.
Qui serait le mieux placé pour administrer l'aide individuelle que vous recommandez?
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Merci, monsieur le président.
Par votre entremise, monsieur le président, je vais m'adresser à M. Edström.
Je vous souhaite la bienvenue, monsieur Edström. Je profite de l'occasion pour vous remercier de votre implication auprès des personnes en situation de vulnérabilité.
Je vais vous poser une question qui est vraiment simple et courte.
Lors de nos échanges, vous avez soulevé un point qui mérite, selon moi, d'être approfondi. Vous avez dit que, bien qu'une plus grande prévisibilité et une flexibilité dans les réponses en matière d'itinérance soient essentielles, il faut éviter que les phénomènes des campements ne deviennent normalisés ou banalisés.
Pouvez-vous ajouter des commentaires là-dessus?
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En fait, dans un contexte de lutte contre l'itinérance, année après année, et compte tenu de ce que l'on vit et de la situation qui se détériore, il faut garder cette ouverture et ne pas chercher à gérer des espaces plutôt que des personnes. Il ne faudrait pas se mettre à chercher un droit au campement et délaisser un droit au logement, qui devrait être plus large et regrouper ces personnes.
Les campements existent. C'est une réalité. Personne ne choisit normalement d'aller dans un campement. Cette situation est censée être temporaire, mais elle se prolonge parfois. Cependant, ces personnes doivent être rapidement réintégrées dans la société, et il y a des méthodes pour fonctionner avec elles. Comme le disaient les témoins en ligne, les personnes le savent, mais elles ne sont pas toujours tout à fait prêtes à être réintégrées dans la société au moment où on les attrape. Il faut cependant que le milieu soit disponible.
En ce qui concerne les personnes qui se trouvent dans un campement, il y en a certaines — j'insiste sur le mot « certaines » — qui ont des problèmes de consommation ou de santé mentale. Quand une personne décide d'aller consulter pour une dépendance, il faut l'attraper dès ce moment. Si on attend deux ou trois semaines, la situation se dégrade, une personne peut continuer d'avoir des relations avec d'autres personnes, et la consommation va possiblement se poursuivre. Au moment où la personne a besoin d'aide, il faut qu'on soit là pour être en mesure de l'aider avec un continuum de services disponibles.
C'est ça, l'important. C'est d'avoir ce continuum en place et d'être prêts non seulement à attraper les gens au moment où ils veulent sortir de l'itinérance, mais aussi à les empêcher de tomber dans l'itinérance.
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C'est un complément. Toutefois, comme je le disais au début, le logement hors marché, le logement abordable et le logement abordable différé peuvent signifier différentes choses. On sait ce qu'est le logement social, la définition en est très claire, et ça répond aussi à un besoin. C'est certain que, bâtir des logements, ça aide. On a du rattrapage à faire de ce côté pour tout type de logement, mais encore faut-il voir quelle est la définition de l'abordabilité.
Comme je l'ai dit, nous accueillons avec plaisir les projets d'investissement de Maisons Canada. Seulement, il faut voir comment ils sont mis en application et quel type de logement est mis en place. Est-ce que ça s'adresse aux familles? À quels endroits sont-ils mis en œuvre? Est-ce sur des terrains de la Couronne exclusivement, ou est-ce à proximité de communautés, comme cela a été le cas à Longueuil?
Ça peut être une bonne solution, mais c'est un gros programme. Le diable est dans les détails. Il faut voir comment ça va être mis en vigueur et comment ça va être abordé. Effectivement, nous avons applaudi un investissement majeur dans la lutte contre l'itinérance, ce qui est très important. Toutefois, il ne s'agit pas uniquement de construire. L'accompagnement est également crucial. Juste mettre un toit au-dessus de la tête de quelqu'un ne règle pas l'ensemble de ses problèmes.
Comme quelqu'un l'a dit, quand tout ce qu'on connaît depuis un certain temps, c'est la rue, on ne se sent peut-être pas bien dans un appartement. Alors, tout ce qu'on a envie de faire, c'est de retourner vers ce que l'on connaît. C'est pourquoi il est important d'avoir un réseau de soutien multicouche pour les différentes situations.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie beaucoup les témoins d'être parmi nous aujourd'hui.
Mesdames Boileau et Soroka, vos points de vue respectifs sont extrêmement intéressants. On voit la pression que la question de l'itinérance, entre autres choses, met sur le milieu municipal. Je vous remercie. J'aurai peut-être l'occasion de revenir vers vous.
Je vais d'abord me tourner vers vous, monsieur Edström.
En tant que députée de Shefford, circonscription dont la ville-centre est Granby, je peux vous dire que, malheureusement, je n'ai vraiment pas le choix de m'intéresser à la question de l'itinérance. À Granby, la situation de l'itinérance a évolué au fil des ans. Ce n'était pas le cas auparavant, mais la Ville de Granby a dû prendre le défi qu'est l'itinérance à bras-le-corps.
Cependant, le problème principal pour la municipalité de Granby et pour vous, un responsable du Réseau Solidarité Itinérance du Québec, c'est la fameuse question des communautés désignées.
Vous n'êtes évidemment pas surpris que je vous en parle encore aujourd'hui. Vous avez entendu dire que Granby n'était pas une communauté désignée, malgré les difficultés qu'elle a et le besoin d'augmenter davantage les investissements. Dans le cas de l'Estrie, les ressources vont davantage vers Sherbrooke. On comprend que Sherbrooke a ses défis, mais Granby aurait besoin de plus de ressources.
Comment voyez-vous cette question des communautés désignées?
Qu'est-ce qu'on devrait changer pour l'avenir?
En quoi est-ce essentiel que Granby devienne une communauté désignée?
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Plusieurs villes sont dans la même situation que Granby sur ce plan. Je pense que le visage de l'itinérance a changé dernièrement. Auparavant, les gens se dirigeaient peut-être vers les grands centres. Maintenant, on essaie de rester plus proche de sa communauté. Je pense qu'on a besoin de garder cette flexibilité et de s'adapter aux choses qui changent.
Habituellement, la reddition de comptes des organismes qui reçoivent de l'argent dans le cadre du programme Vers un chez-soi, ou du Plan d'action interministériel en itinérance au Québec, est convenable. Jamais personne n'a quelque chose à redire à ce sujet, étrangement, donc je pense que l'argent est bien dépensé. Parfois, il n'est pas dépensé là où on voudrait qu'il le soit ou pour les services qu'on voudrait avoir.
On aurait donc souvent besoin de cette flexibilité pour dire que, par exemple, dans un endroit un peu plus rural, les travailleurs de rue ont besoin de se déplacer davantage et d'aller chercher des gens beaucoup plus dispersés. Ces gens ont parfois besoin de services qui ne sont pas offerts localement. Donc, on a besoin d'être en mesure de prendre de l'argent dans certaines enveloppes et de le mettre ailleurs. S'il y a trop de cloisonnement, on se retrouve à avoir de l'argent qui ne peut pas être dépensé. Il peut être consacré, par exemple, à la construction d'un refuge qu'on a déjà, alors qu'on voudrait apporter du soutien direct en ce qui concerne le chemin.
Je vais rapidement faire un parallèle. On peut en effet avoir de l'argent et se dire que c'est une bonne idée de mettre de l'argent à Sherbrooke, à Granby ou bien à un endroit quelconque, mais on a besoin d'une vision d'ensemble. On ne peut pas construire un pont à un endroit qu'on choisit en fonction du nombre de personnes qui traversent l'eau à la nage. À un moment donné, il faut se dire que les services doivent être bien répartis et que les gens vont essayer de trouver ce qu'il en est.
Dans l'état des choses, en 2021 ou en 2022, plusieurs communautés n'ont pas été choisies. Cependant, on est en 2026, et la situation a évolué. Il faut donc que les programmes s'adaptent pour être capables d'offrir les services là où on en a besoin.
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Merci, monsieur le président.
Merci à nos témoins d'être ici aujourd'hui.
Madame Soroka, je vais commencer par vous.
Je suis la députée de Fort McMurray—Cold Lake, alors je connais relativement bien Edmonton.
Je connais relativement bien certains programmes que vous administrez, notamment le programme de guérison de transition Bridge Healing, qui, à mon avis, mériterait plus d'attention. C'est un programme très novateur, un partenariat entre les Services de santé de l'Alberta et votre organisation, en collaboration avec la Fondation de l'Hôpital Royal Alexandra et d'autres. Je me demande si vous pourriez nous expliquer en quoi il consiste et en quoi il diffère de pratiquement tous les autres programmes au Canada.
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Au départ, nous étions financés par les Services de santé de l'Alberta. Aujourd'hui, notre financement provient des ALSS. J'oublie à quoi les lettres renvoient. Vous pourrez faire une recherche sur Google.
Ce programme de guérison intervient entre l'hôpital et l'itinérance. Si une personne qui n'a pas de logement obtient son congé de l'urgence et que nous avons une place vacante, elle peut venir rester chez nous. Nous offrons des services de soutien complets, mais l'un des aspects les plus uniques de ce programme, c'est que c'est la personne elle-même qui oriente les décisions.
Je tiens à préciser, avant d'expliquer comment la personne oriente les décisions, que ce programme de guérison de transition s'insère dans la suite de programmes de logement qui existent déjà. Nous attrapons les gens entre la salle d'urgence et la rue, mais nous utilisons le programme Logement d'abord. Nous utilisons les logements supervisés. Nous utilisons les logements pour les aînés et les anciens combattants pour accompagner les gens jusqu'à la prochaine étape.
La personne oriente les décisions en ce sens que nous la rencontrons et la considérons comme une personne à part entière. Nous utilisons l'intelligence émotionnelle et essayons d'aider la personne à décortiquer le bagage qu'elle porte depuis 10 ou 20 ans. Nous avons des aides-soignants, des travailleurs sociaux et des infirmières praticiennes. Ce sont des services de santé, mais ils sont axés sur l'être humain et dirigés par la personne.
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J'ai été députée provinciale avant d'arriver ici. Nous avons eu beaucoup de conversations sur ce genre de programmes.
L'un des éléments importants que beaucoup de gens ne comprennent pas, c'est que lorsqu'un sans-abri se retrouve à l'hôpital — disons qu'une infection devienne un peu incontrôlable —, s'il avait un endroit où aller, il pourrait obtenir son congé bien plus tôt parce qu'il serait en mesure de respecter les consignes d'hygiène pour éviter de devoir revenir vers le système hospitalier. Quand une personne n'a pas de logement où aller, elle finit par rester à l'hôpital, ce qui coûte beaucoup plus cher aux contribuables, et elle se trouve à occuper une place dans un endroit qui n'est pas un logement, qui n'a rien d'un logement.
L'intérêt pour le gouvernement de l'Alberta d'appuyer des organisations comme la vôtre, du moins au départ — et cela remonte à plusieurs années —, c'était en partie l'idée même de diriger ces personnes vers un programme mieux adapté à leurs besoins, afin qu'elles puissent obtenir l'aide voulue.
Madame Boileau, y a‑t‑il des programmes de ce genre dans la région de Timmins, ou quoi que ce soit d'autre, afin d'offrir des logements de transition aux gens pour qu'ils puissent quitter l'hôpital ou une clinique médicale pour aller dans un logement de transition?
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En fait, votre question tombe à point nommé, car c'est là que nous avons cerné la plus grande lacune dans le continuum de prise en charge.
J'ai été ravie d'apprendre que nous venons de lancer une initiative semblable appelée The Launch Pad. C'est un espace, une salle, un lieu au sein de notre refuge d'urgence actuel qui répond à ce même objectif. Là encore, l'idée est que huit à douze personnes continuent à vivre en communauté tout en se soutenant mutuellement.
C'est ce que nous voyons, mais nous constatons maintenant que, en raison de sa proximité au refuge d'urgence et aux campements qui se sont créés dans le coin, nous n'atteignons peut-être pas le succès escompté.
Cela dit, en seulement six mois, nous avons réussi à loger 23 personnes, qui arrivent à garder leur logement. Nous savons donc que ce programme peut fonctionner.
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Merci, monsieur le président.
Je remercie les témoins d'être avec nous. Ils contribuent grandement à nos travaux. Je les remercie donc du temps qu'ils prennent pour venir nous rencontrer.
Monsieur Edström, j'ai été maire de Bromont pendant huit ans. Bromont est une petite ville de 12 000 habitants. J'étais très engagé dans la MRC, et j'ai vu, comme ma collègue Mme Larouche, de la circonscription voisine, évoluer l'itinérance au fil des années. C'est assez préoccupant. En effet, j'ai vu des itinérants même à Bromont, une petite ville de 12 000 habitants. Ce n’est quand même pas grand, Bromont.
Selon vous, y a-t-il eu une évolution relativement au profil des gens en situation d'itinérance, au fil des années?
Si oui, qu'est-ce qui explique ce changement?
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Il y a eu un certain changement. Une des causes principales, c'est la question des évictions. C'est la raison pour laquelle les gens se retrouvent à la rue.
Un dénombrement a été fait il n'y a pas très longtemps. Le nombre d'itinérants, de gens en situation d'itinérance visible, au Québec, est l'équivalent du nombre de personnes qui habitent à Bromont. Environ 12 000 personnes, partout au Québec, sont en situation d'itinérance visible.
Cela dit, ils étaient peut-être en situation d'itinérance cachée auparavant. C'est quelque chose qui a changé aussi. Les gens ont épuisé leurs recours. Ils n'habitent plus sur le divan d'une personne ou dans le sous-sol d'une autre, et ils font maintenant du camping de façon tout à fait non volontaire.
Je pense que nous retrouvons de plus en plus de gens comme ça qui se retrouvent à la rue. Ces gens se trouvaient auparavant ailleurs, où il y avait un filet social. Celui-ci est vraisemblablement de plus en plus percé. Nous devons donner un soutien multicouche à ce filet-là. Il faut que les gens, une fois que nous les avons aidés à trouver un logement, aient accès à un revenu suffisant, à la santé, à l'alimentation, aux transports et à la sécurité.
À la longue, il y a peut-être une espèce de dégradation, qui s'est faite sur plusieurs plans. Nous nous retrouvons avec des gens qui étirent leur budget à la corde. La moindre chose qui arrive les force parfois à prendre un colocataire. Éventuellement, ils perdent leur appartement.
Nous avons effectué un dénombrement, et nous avons obtenu des statistiques quantitatives. Les données qualitatives vont arriver un peu plus tard, à l'automne, et c'est là que nous pourrons voir pour quelles raisons les gens deviennent des itinérants, où ils étaient auparavant, ce qu'il en était.
Cela dit, même avec les données que nous avons, qui datent de 2022, nous savons déjà que la situation a changé. Nous voyons qu'il y a une espèce d'épuisement, et cela s'est fait graduellement. C'est quasiment le supplice de la goutte pour certains. C'est ce qui fait qu'à un moment donné, ils arrivent à un point de rupture, et ils se retrouvent malheureusement à la rue de façon temporaire.
Vivre dans sa voiture, ce n'est jamais facile. Fady Dagher, qui est maintenant le directeur du Service de police de la Ville de Montréal — il était directeur du Service de police de Longueuil auparavant —, est allé passer la nuit avec des itinérants pendant quelques jours. Il dit qu'au bout de deux ou trois jours, lui, un individu sain de corps et d'esprit, commençait tranquillement à avoir des problèmes de santé mentale. L'itinérance épuise même des individus qui sont tout à fait stables au départ. Les gens se retrouvent avec plusieurs traumatismes après une telle situation, et ça devient plus difficile de les aider.
Le but, c'est donc de pouvoir attraper les gens plus tôt. Les profils ont changé. Nous aurons un peu plus de détails pour ce qui est de connaître la nature des changements, mais il y a cette espèce de détresse qui fait que les gens sont de plus en plus près de la rue. C'est plus facile de se retrouver dans ces situations extrêmes, malheureusement.
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En ce moment, la situation est assurément transpartisane. Je parle à des députés libéraux et à des députés conservateurs. Mon souhait, c'est qu'on réussisse à trouver des solutions de façon collective, qui vont permettre aux organismes sur le terrain de réaliser leur mission.
Ce qui arrive, c'est qu'on met parfois des barèmes et qu'on veut trop orienter les choses. On dit que l'argent devrait aller à tel endroit et on présente ce qui a été prouvé. Cependant, ce qui est prouvé ne l'est que dans un certain contexte, dans certains endroits ou dans certaines situations.
Comme on le sait, ça fait environ 40 ans qu'on essaie de trouver une solution miracle, que ce soit à l'aide d'une baguette magique ou autrement, qui fonctionnerait d'un océan à l'autre et qui réglerait la situation pour tout le monde. On a essayé des choses, mais, visiblement, plusieurs d'entre elles n'ont pas fonctionné. Ce que les organismes disent, et ce qui semble faire consensus, c'est qu'il faut donner de la flexibilité et arrêter d'attacher à des enveloppes des élastiques qui font qu'on n'est pas en mesure de dépenser l'argent pour ce dont on a besoin, à l'endroit où on en a besoin.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Madame Soroka, je vous remercie encore une fois d'être des nôtres et de nous avoir fait part de votre point de vue. C'est extrêmement intéressant.
Cela dit, je vais me tourner vers M. Edström.
Il est vrai que tout le monde est à un épisode près de se ramasser à la rue. Au secondaire, j'ai fait du bénévolat à la Maison du Père. Après avoir servi la soupe, j'ai discuté avec quelqu'un en situation d'itinérance. Il s'agissait d'un avocat qui vivait une période difficile à la suite de son divorce. Il était désormais à la rue. Ça m'avait frappée. Il faut garder en tête que nous sommes tous à un mauvais épisode près de nous retrouver à la rue.
J'aimerais maintenant revenir sur le portrait de l'itinérance. Je pense que, en ce moment, il n'y a pas une semaine qui passe sans que je voie apparaître une nouvelle sur la question de l'itinérance. À la une du Journal de Montréal, on parlait du nombre record d'aînés qui sont de plus en plus victimes de la rénoviction. On a un revenu fixe, mais on n'arrive pas à trouver un nouveau logement. On se retrouve donc à la rue. Je pense aussi aux femmes en situation d'itinérance cachée ou aux victimes de violence conjugale qui restent dans ce cycle de violence parce qu'elles craignent de se ramasser à la rue. Je pourrais aussi parler de la Ville de Saguenay, qui veut devenir un modèle de gestion en matière d'itinérance.
D'ailleurs, à ce sujet, vu le poste que vous occupez, connaissez-vous d'autres modèles québécois dans ce domaine?
Voir une nouvelle comme celle de cette semaine, soit que Saguenay veut devenir un modèle de gestion en matière d'itinérance, ça confirme que le problème touche maintenant tout le territoire.
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Je suis responsable de la vigie et de la revue de presse canadienne sur l'itinérance. J'ai vu des choses qui m'ont vraiment changé. Je n'ai pas appris, aujourd'hui, qu'Edmonton était la capitale des engelures du Canada. Ce sont des épisodes, mais, en se détachant de l'anecdote, on peut se rendre compte qu'il y a effectivement des modèles. Il y a des façons de faire, un peu partout, mais toute cette vision découle du fait que l'itinérance ne doit pas être tolérée. Il faut que les individus aient des revenus minimalement décents.
De plus, si on travaille sur la première couche de soutien, c'est-à-dire si on travaille à améliorer les conditions de l'ensemble de la société, on repoussera l'itinérance pour bon nombre de personnes. Cette itinérance, voyez-la comme une espèce de vortex qui vous attrape et qui vous amène tranquillement vers le désespoir. Si on est capable d'empêcher les personnes sur le bord de la coupole de tomber à l'intérieur, on a gagné quelque chose. Plus les personnes sont loin à l'intérieur, plus ça prend de l'énergie pour extraire ces personnes qui se retrouvent dans cette situation les menant tranquillement vers l'itinérance. C'est tout aussi difficile pour les personnes qui sont en situation d'itinérance en ce moment.
Que des villes veuillent se mobiliser, c'est une bonne chose. Les leviers relèvent beaucoup du provincial, et l'argent est là, entre autres choses. Il faut les aider.
Une collaboration réelle entre le fédéral, le provincial et les municipalités doit être mise en place pour éviter ces dédoublements et pour être le plus efficace possible.
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Merci, monsieur le président.
Bonjour à tous les témoins. Je vous remercie des témoignages incroyablement réfléchis que vous avez livrés jusqu'à présent.
La circonscription que je représente est Peterborough.
Mon mari est ambulancier paramédical. J'ai vu à quel point son travail a changé radicalement depuis ses débuts. Pendant la campagne électorale, je lui ai demandé ce qu'il y avait de plus difficile dans son travail lorsqu'il répondait à des appels au sujet des personnes sans logement dans la circonscription. Il finit par les connaître et par connaître leur histoire, car ces situations se produisent fréquemment. Il se retrouve à prendre en charge la même personne encore et encore. Il m'a dit que le plus dur, c'est de savoir qu'il ne peut rien faire d'autre que de les déposer aux urgences, et que, la plupart du temps, ils n'y entrent même pas. Ils s'en vont, tout simplement.
Madame Boileau, comment votre municipalité coordonne‑t‑elle ses efforts avec les fournisseurs de logements, les refuges, les services de santé et les partenaires autochtones pour créer un système d'intervention plus intégré en matière d'itinérance?
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C'est l'un des domaines où nous avons constaté le plus de progrès, malgré des ressources limitées et des taux croissants d'itinérance. Ce sont des taux que nous n'arrivons pas à suivre, compte tenu des ressources que nous recevons.
Comme je le disais, nous avons réussi à très bien coordonner l'action entre les partenaires communautaires. Que l'on considère qu'il s'agit d'un héritage de la pandémie de COVID ou d'une réponse à la crise et simplement d'une nécessité, nous avons assuré une bien meilleure coordination et essayé d'éliminer les cloisonnements entre les partenaires communautaires.
Nous constatons une collaboration entre les services grâce à l'équipe mobile d'intervention d'urgence, qui repose sur un partenariat entre le service de police de Timmins, l'hôpital de Timmins et celle du district. Nous avons nos services de proximité dirigés par des Autochtones qui travaillent en partenariat avec l'équipe chargée du logement, au sein de notre conseil d'administration pour les services sociaux. Nous avons la patrouille de protection contre les incendies, qui est un excellent exemple de soutien par les pairs et d'aide à l'orientation.
À l'heure actuelle, je dirais, encore une fois, que c'est ce qui fait défaut. C'est vraiment un travail mené par la communauté. Très honnêtement, on s'est tous réunis pour collaborer à une candidature pour un Carrefour d'aide aux sans-abri et de lutte contre les dépendances, ou carrefour HART, ici en Ontario. La province a décidé de tout miser là‑dessus. Nous avons été obligés de nous rassembler et de travailler ensemble.
Malheureusement, nous n'avons pas bénéficié de l'une des annonces de financement du carrefour HART ici à Timmins, mais nous n'avons pas jeté l'éponge. Nous restons à la table ensemble et nous continuons de travailler pour trouver une solution à long terme.
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Nous reprenons nos travaux.
Chers collègues, nous allons commencer la deuxième heure de la réunion d'aujourd'hui. Nous allons passer à notre étude sur les mises en chantier.
J'aimerais souhaiter la bienvenue à nos témoins de ce matin. Les deux comparaissent dans la salle.
Nous accueillons Mme Carolyn Whitzman, chercheuse principale sur le logement, University of Toronto School of Cities.
Bienvenue, madame Whitzman. Vous avez déjà comparu devant le Comité.
Nous recevons M. Tony Irwin, président et chef de la direction de Logement Locatif Canada.
Bienvenue.
Chacun d'entre vous dispose de cinq minutes pour faire une déclaration préliminaire.
Nous allons commencer par Mme Whitzman.
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Merci, monsieur le président.
[Français]
Bonjour à tous.
[Traduction]
Je vous remercie de m'accueillir.
Je vais commencer par trois éléments, qui ne sont pas des baguettes magiques, mais qui pourraient avoir leur importance.
Premièrement, la prochaine stratégie nationale sur le logement devrait fixer des objectifs fondés sur les achèvements de logements abordables, tant sur le marché que hors marché, plutôt que sur les mises en chantier. Cela fait suite à certains des témoignages que vous avez entendus au cours de la dernière heure.
Deuxièmement, la prochaine stratégie nationale sur le logement devrait adopter une définition unique du « logement abordable », fondée sur les tranches de revenu médian des ménages par région, applicable à l'ensemble de ses programmes. Les personnes à revenu moyen ont besoin d'interventions différentes des personnes à faible revenu.
Troisièmement, le gouvernement fédéral devrait mettre en œuvre des programmes visant à atteindre un objectif annuel de construction ou d'acquisition de 200 000 logements abordables hors marché; la moitié de ces logements devraient être très abordables et destinés aux ménages à très faible et faible revenu. L'objectif ultime devrait être que 20 % de l'ensemble du parc immobilier soit constitué de logements hors marché.
Je suis autrice du livre Home Truths: Fixing Canada's Housing Crisis et j'ai récemment travaillé pour la défenseure fédérale du logement à propos d'une approche fondée sur les droits pour l'évaluation des besoins en matière de logement.
J'aimerais commencer par le titre de cette étude. Les indicateurs devraient porter sur les achèvements de logements plutôt que sur les mises en chantier. Personne ne peut habiter un chantier de construction, et trop de projets au Canada sont paralysés. C'est un point sur lequel mon collègue serait certainement d'accord.
Malgré une intervention fédérale accrue en matière de logement depuis la Stratégie nationale sur le logement de 2017, les tendances de construction ne reflètent tout simplement pas l'urgence de la situation. De 2023 à 2025, la Société canadienne d'hypothèques et de logement, ou SCHL, a cessé de faire le suivi des achèvements; toutefois, on observe qu'il y a eu moins de mises en chantier en 2025 qu'en 2022, et moins en 2022 qu'en 1972, il y a 50 ans, alors que le Canada comptait deux fois moins d'habitants qu'aujourd'hui et que les familles étaient plus nombreuses.
Au cours des huit dernières années, la Stratégie nationale sur le logement a mobilisé plus de 110 milliards de dollars, principalement en soutien aux promoteurs du marché. Elle n'a atteint que moins de 10 % de ses objectifs en matière d'achèvements de logements. Depuis 2017, seulement 3 % des quelque 18 000 logements locatifs achevés dans le cadre du Programme de prêts pour la construction d'appartements, un programme de 55 milliards de dollars, étaient réellement abordables pour les ménages à faible revenu les plus susceptibles d'avoir des besoins en logement. Ces unités étaient en grande partie des studios, inadéquats pour les couples et les familles.
Ce qui est encore plus préoccupant que la faiblesse des taux d'achèvement est la détérioration des résultats en matière de logement. Je pense que vous l'avez entendu au cours de la dernière heure. À tous égards, qu'il s'agisse de l'abordabilité de l'accession à la propriété pour les ménages à revenu moyen, de l'abordabilité pour les locataires à faible revenu ou de l'itinérance, le Canada traverse une crise du logement. Au Canada, le multiple médian pour l'accession à la propriété est maintenant presque deux fois supérieur au seuil d'abordabilité. Il est trois fois plus élevé à Toronto et quatre fois plus élevé à Vancouver.
Chercher à ramener les prix de l'immobilier à la moitié ou au quart de leurs niveaux actuels sur une courte période, par exemple en une décennie, risquerait de provoquer une perturbation économique majeure et ne permettrait certainement pas de doubler l'offre de logements, comme le recommande la SCHL. À Toronto, par exemple, où les prix des copropriétés ont chuté de 18 % depuis 2022 et où les volumes de ventes ont reculé de 95 % par rapport à 2021, aucun nouveau projet de copropriété n'a été enregistré au premier trimestre de 2026.
Les deux principaux objectifs de la Stratégie nationale sur le logement étaient de réduire les besoins impérieux en matière de logement de 530 000 ménages et de réduire l'itinérance chronique de 50 %. Or, le Bureau du directeur parlementaire du budget prévoit que les besoins en matière de logement sont passés de 1,7 million de ménages en 2016 à 2,6 millions de ménages lors du recensement de 2026. De plus, entre 2018 et 2022, l'itinérance chronique a doublé.
Il n'y a qu'une seule façon de combler ces besoins de base: investir dans des logements abordables hors marché et à dividendes limités.
Il y a trois choses que le gouvernement fédéral doit faire.
Il faut axer le financement sur les besoins de la majorité des Canadiens. Le gouvernement fédéral devrait concentrer son financement à faible intérêt sur des projets entièrement abordables pour la majorité des Canadiens. Les Canadiens à revenu très faible ou médian représentent 60 % des ménages et la totalité des personnes vivant dans des logements inabordables. En d'autres mots, il faut viser des loyers ne dépassant pas 2 500 $ par mois et des maisons dont le prix d'achat ne dépasse pas 254 000 $. C'est à la baisse dans des marchés comme Gander, où les revenus sont plus faibles, et à la hausse dans des marchés comme Victoria, où les revenus sont plus élevés.
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Merci, monsieur le président et mesdames et messieurs les membres du Comité, de me donner l'occasion d'être ici aujourd'hui.
Je m'appelle Tony Irwin. Je suis président et chef de la direction de Logement locatif Canada. J'ai eu le plaisir de m'adresser au Comité en avril, aux côtés de Mme Whitzman, en fait, au sujet du projet de loi . Cette expérience n'est pas nouvelle pour nous. On est déjà passé à la télévision. Le Comité pourrait partir en tournée. Je ne sais pas trop qui voudrait acheter des billets, mais on pourrait essayer d'en vendre quelques-uns.
Des voix: Oh, oh!
Tony Irwin: Je suis heureux d'avoir l'occasion de revenir ici aujourd'hui.
Les membres de Logement locatif Canada construisent, possèdent et gèrent des logements où des millions de Canadiens s'épanouissent, élèvent leurs enfants, travaillent, étudient et contribuent à leur collectivité. Un secteur robuste du logement permet aux Canadiens d'avoir accès à un logement adapté à leurs besoins à différentes étapes de leur vie. Les étudiants, les nouveaux arrivants, les travailleurs à revenu moyen, les aînés et les personnes qui épargnent pour acheter une première maison comptent tous sur le logement locatif. Pour de nombreux Canadiens, la location n'est pas une transition temporaire, c'est le type de logement qui répond le mieux à leurs besoins.
Les logements construits pour la location sont étroitement liés au reste du secteur. Lorsque l'offre locative est limitée, des tensions apparaissent sur l'ensemble du marché. Il devient plus difficile pour les locataires de trouver un logement abordable. La mobilité devient plus compliquée pour les familles. Les logements hors marché subissent une pression supplémentaire alors qu'ils devraient être offerts en priorité à ceux qui en ont le plus besoin. C'est pourquoi les logements construits pour la location doivent demeurer un élément central du programme fédéral en matière de logement.
Au cours des dernières décennies, la construction de logements locatifs n'a pas toujours bénéficié des politiques et des conditions d'investissement nécessaires pour se développer à l'échelle dont le Canada a besoin. Dans les années 1970 et 1980, le Canada construisait un grand nombre de logements locatifs. Depuis, l'évolution de l'économie, ainsi que la hausse des coûts, des taxes, des redevances municipales, des conditions de financement et des délais d'approbation ont rendu beaucoup plus difficile la réalisation de nombreux projets locatifs.
Il est bien démontré que le Canada connaît un ralentissement de la construction domiciliaire dans de nombreuses régions du pays. De nos jours, les gens me disent souvent que le logement locatif est une lueur d'espoir et ils font référence aux mises en chantier pour appuyer ce point. Par exemple, dans la région du Grand Toronto et de Hamilton, près de 10 000 logements locatifs ont été mis en chantier en 2025, une augmentation de 42 % par rapport à 2024 et le total annuel le plus élevé depuis les années 1970. Cependant, ces données ne reflètent pas nécessairement ce que nos membres constatent sur le terrain. C'est pourquoi d'autres personnes vous ont déjà dit que le calcul des mises en chantier devrait être lié au début physique de la construction. Attendre qu'un projet dépasse le niveau du sol peut occulter des mois, voire plus d'une année, de véritable activité de construction, en particulier dans le cadre de grands projets locatifs avec des fondations importantes ou des travaux souterrains.
On ne peut pas prendre de décision en matière de logement en se fondant sur des données et des hypothèses qui ne reflètent pas pleinement ce qui se passe en temps réel. Pour les fournisseurs de logements locatifs, les prêteurs et les investisseurs, chaque projet repose sur la même question fondamentale: peut‑on financer, construire et exploiter cet immeuble à long terme? C'est pourquoi la viabilité des projets doit demeurer au cœur de la politique fédérale en matière de logement.
Logement locatif Canada appuie les mesures stratégiques du gouvernement fédéral, y compris l'accélération de l'octroi de plus de 7 milliards de dollars du Programme de prêts pour la construction d'appartements, ou PPCA, de la SCHL afin de soutenir jusqu'à 16 500 nouveaux logements locatifs; les réformes de l'assurance hypothécaire visant à débloquer le financement pour des logements de trois à huit logements, y compris des logements locatifs à plus petite échelle; le Programme Canada-Ontario de réduction des redevances municipales d'aménagement; l'allégement de la TPS pour les nouveaux logements locatifs; et le lancement de Maisons Canada. Ce sont des mesures positives, pratiques et axées sur l'offre.
Nos membres nous ont directement fait savoir que des outils comme APH Select et le PPCA ont considérablement contribué à faire avancer les projets de logements locatifs en améliorant l'accès au financement et en renforçant leur viabilité économique. Ces outils sont importants en raison du rôle essentiel qu'ils jouent dans la décision d'aller de l'avant ou non avec un projet locatif.
Alors que le gouvernement fédéral met en œuvre le programme Maisons Canada, il sera important de veiller à ce que les rôles de chacun restent clairement définis au sein du secteur du logement. Maisons Canada peut apporter une contribution importante au logement hors marché et communautaire, tandis que la SCHL devrait rester un partenaire financier clé pour les logements locatifs construits sur le marché privé.
Le gouvernement fédéral a pris des mesures importantes. Mon message aujourd'hui est que l'orientation stratégique est encourageante et que des améliorations pratiques peuvent contribuer à transformer cet élan en un plus grand nombre de logements. Le critère d'évaluation de la politique fédérale en matière de logement devrait être le suivant: permet-elle à de bons projets de se matérialiser et soutient-elle toute la gamme de logements dont les Canadiens ont besoin? On devrait tous aspirer à un secteur du logement où les partenaires publics, sans but lucratif et privés sont chacun en mesure de faire ce qu'ils font le mieux. Le Canada a besoin que toutes les formes de logement soient livrées plus rapidement, grâce à une meilleure coordination et des politiques qui assurent la viabilité des projets.
Logement locatif Canada est prêt à continuer de travailler de façon productive avec les gouvernements, la SCHL, les municipalités et tous les partenaires du secteur du logement au pays pour aider à transformer l'élan politique en logements dans lesquels les Canadiens pourront habiter.
Merci.
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Pour ce qui est des raisons pour lesquelles les projets sont au point mort, je suis d'accord avec une grande partie de ce que Mme Whitzman a dit, sinon la totalité.
Lorsque je parle à nos membres, les mêmes difficultés reviennent au sujet des coûts de construction, qui ont connu une forte volatilité. Par ailleurs, les coûts et les frais administratifs ont fait l'objet de nombreuses discussions. J'en ai parlé à certains d'entre vous en dehors du Comité.
Le nombre de variables… Il y a quelques années, des projets ont été lancés, puis la conjoncture économique a évolué, ou ils étaient bien avancés dans le processus de développement et avaient peut-être démarré, mais les conditions économiques, les taux d'intérêt et d'autres facteurs dont on parle ont ensuite changé.
Lorsque l'on se lance dans un projet d'envergure qui a pris plusieurs années à mettre sur pied, que l'on a dépensé des millions de dollars pour en arriver là, et que la conjoncture économique change, cela a bel et bien un effet en temps réel sur la manière dont le projet peut progresser. On ne peut pas nécessairement prévoir ces choses, mais elles ont une incidence sur la capacité pour un projet d'aller de l'avant. Cela a certainement été le cas ces dernières années et continue de l'être.
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Je suis désolé de ne pas répondre en français, monsieur Villeneuve, mais j'utilise beaucoup de jargon, et il est plus facile pour moi de le faire en anglais.
Une caractéristique très importante des promoteurs hors marché, c'est qu'ils opèrent avec une plus petite marge et beaucoup moins de capital. Le gouvernement fédéral est souvent le dernier bailleur de fonds à se joindre au projet. Il faut attendre les approbations municipales. Il faut attendre les autres sources de financement. Je ne connais aucun projet sans but lucratif qui ait compté moins de quatre bailleurs de fonds. Le gouvernement fédéral, d'abord par l'entremise de la SCHL et maintenant par l'entremise de Maisons Canada, semble être le dernier à assumer le risque.
Lors de la dernière séance, on a entendu parler de l'importance de la continuité du financement fédéral pour des programmes comme Vers un chez‑soi. Le manque de continuité a posé problème, et le fait est que le gouvernement fédéral est le dernier intervenant, alors qu'il devrait être le premier. Il y a tellement d'exemples de promoteurs qui ont investi 1 million de dollars en coûts d'avant-projet — et cela vaut tant pour un promoteur hors marché que du marché — qui sont ensuite laissés dans l'incertitude parce que l'entente qu'ils avaient conclue avec le gouvernement fédéral ne reflète plus les réalités actuelles du secteur de la construction.
Il est vraiment essentiel d'accélérer le processus et que le gouvernement fédéral soit celui qui assume la plus grande part des risques. C'est la seule façon de débloquer des capitaux privés, certainement pour les logements hors marché et, je suppose, pour ceux du marché également.
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C'est une excellente question.
Il est vraiment important de n'avoir qu'une seule et simple définition de l'abordabilité, parce que très souvent, avec le bricolage de différents programmes, on finit par devoir faire des calculs très complexes pour concilier les différentes définitions.
Il est très important d'avoir des cibles et des objectifs globaux, comme mettre fin à l'itinérance d'ici telle date, répondre aux besoins en logements locatifs pour les personnes à faible revenu d'ici telle date, et veiller à ce qu'il y ait un logement abordable pour tous les Canadiens d'ici telle autre date. Le seul ordre de gouvernement capable d'y parvenir est le gouvernement fédéral.
Ensuite, il y a la question de savoir quelle marge de manœuvre devrait être accordée aux gouvernements provinciaux, territoriaux et municipaux. Je partage en grande partie les propos tenus au cours de l'heure précédente au sujet de l'innovation et des différences entre le logement en milieu rural et le logement en milieu urbain, mais les résultats et les objectifs doivent être clairs. C'est sur cette base que devrait reposer tout accord entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux et territoriaux ou les administrations municipales et régionales.
On veut que l'itinérance diminue de 20 % au cours des cinq prochaines années. On conçoit une solution, on fait le suivi chaque année et on rend des comptes. Je crois beaucoup à la souplesse dans l'exécution des programmes et à la clarté absolue, qui fait franchement défaut au gouvernement fédéral, sur ce que l'on entend par logement abordable et sur ce qui serait nécessaire pour créer le genre de Canada que l'on souhaite tous en matière de réduction, d'année en année, de l'itinérance et du stress lié au logement.
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Merci beaucoup, monsieur Irwin et madame Whitzman, d'être des nôtres pour discuter d'un sujet qui est au cœur d'un besoin central de tout individu, soit être capable d'avoir un toit sur la tête et de se loger convenablement.
Vous avez beaucoup évoqué de chiffres tous les deux.
Madame Whitzman, je vais revenir à un des chiffres que vous avez donnés.
Vous avez parlé de l'objectif de 20 % lié aux logements hors marché. Les médias rapportent un nombre record d'évictions ou de gens qui se ramassent à la rue, particulièrement des aînés dont le revenu fixe n'arrive plus à absorber la hausse de loyer.
Je sais que vous avez parlé de beaucoup de moyens, mais j'aimerais y revenir. On voit souvent cet objectif de 20 % de logements hors marché comme une façon de s'attaquer à ce qu'on appelle la marchandisation du logement. D'ailleurs, plusieurs organismes le demandent.
Pourriez-vous résumer les principales mesures que nous devrions prendre afin d'atteindre cet objectif de 20 % lié aux logements hors marché?
Pourriez-vous revenir sur ces pistes de solution?
Selon moi, cela se trouve pas mal au cœur des problèmes liés au logement, en ce moment.
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Merci, madame Larouche.
[Traduction]
C'est vraiment important de s'inspirer des pays qui obtiennent de meilleurs résultats que le Canada. Je pense entre autres à la France.
En 2000, il y a 26 ans, le gouvernement français a demandé aux municipalités d'atteindre une cible de 20 % de logements hors marché. Évidemment, des instruments financiers ont été mis en place pour les nouvelles constructions, les rénovations et les acquisitions.
Depuis, la proportion de logements hors marché en France a plus que doublé; elle est passée de 9 % à plus de 18 %. À Paris, ce taux avoisine 25 %, en partie parce que cette ville, qui est la plus chère en France, s'est fixé volontairement une cible de 30 %.
Ces cibles sont restées les mêmes en dépit des différents gouvernements qui se sont succédé. Les méthodes de financement n'ont pas changé non plus. Pour moi, c'est cela, une orientation claire.
Quant aux résultats obtenus, 15 % des locataires à faible revenu habitent encore un logement inabordable, ce qui est beaucoup trop. Or, au Canada, ce taux est supérieur à 75 %. Cet écart démontre que les cibles précises, les définitions claires et les programmes solides font une grande différence à l'échelle nationale.
:
À propos de certains des politiques et des programmes déjà en place dont nous avons parlé, comme pour tous les programmes gouvernementaux, il faut avant tout les regarder franchir la ligne d'arrivée, en répertorier tous les détails et voir comment ils fonctionnent dans la réalité.
Une des choses que nous avons recensées est l'annonce récente sur les droits d'aménagement entre le gouvernement fédéral et la province de l'Ontario. Je sais que d'autres annonces récentes ont été faites avec le gouvernement du Québec sur des programmes un peu différents, mais qui proviennent de la même enveloppe de financement. Il faut attendre que les programmes soient éprouvés pour avoir une idée de ce que sera leur efficacité.
En Ontario, les municipalités doivent adhérer au programme. Elles ont un échéancier très serré pour le faire. Nous espérons qu'elles seront en mesure... Nous pouvons dire, je crois, qu'une fois certains de ces programmes en place, la balle est vraiment dans le camp des municipalités, mais aussi de ceux qui construisent des logements locatifs. Il faut passer à l'action, nous retrousser les manches et, espérons‑le, contribuer à ces scénarios qui consistent à trouver des projets viables, à travailler avec nos différents partenaires et à lancer les travaux.
Souvent, il faut attendre que les programmes soient mis en œuvre pour évaluer leur efficacité. Sur certaines des choses les plus récentes dont j'ai parlé, il faudra laisser s'écouler du temps pour prendre la pleine mesure de leur efficacité, mais je suis optimiste.
Mme Whitzman a parlé des droits d'aménagement et du fait que la croissance doit payer pour la croissance. Je suis d'accord avec elle, mais je pense que bon nombre d'entre nous reconnaissent que la formule, son fonctionnement, bon ou mauvais, ou sa structure l'ont empêchée de bien fonctionner pendant un certain temps.
Il faut proposer des moyens différents et créatifs pour bâtir et financer une infrastructure sans entraîner de coûts faramineux pour les administrations municipales, qui ne peuvent peut-être pas affronter la tempête. Il faut trouver des moyens d'y arriver qui fonctionnent pour tout le monde, qui nous aident réellement à construire les logements dont les Canadiens ont besoin, qui respectent les différents budgets et qui sont abordables pour une plus grande tranche de la population que dans l'état actuel des choses.
Par votre entremise, monsieur le président, je remercie M. Irwin et Mme Whitzman.
J'ai l'impression encore une fois que nous bouclons la boucle. Il me reste des questions que je n'ai pas eu le temps de vous poser la dernière fois. Je voudrais vous en poser quelques-unes et aborder également les mises en chantier.
Madame Whitzman, vous consacrez plusieurs pages aux logements intermédiaires dans votre livre Home Truths. J'aimerais aujourd'hui arrimer ce concept à deux réalités démographiques.
Une bonne part de notre conversation sur le logement se concentre sur les régions urbaines. Comme défenseure des intérêts des régions rurales, j'aimerais savoir quelles sont les difficultés particulières liées aux logements intermédiaires dans les petites villes et les villages ou collectivités rurales.
Selon vous, quelles politiques fédérales pourraient répondre à ces besoins uniques? À propos de Maisons Canada, les petites localités étaient quelque peu sceptiques par rapport aux exclusions ou au niveau d'attention qu'elles allaient recevoir. Existe‑t‑il des politiques que nous pourrions utiliser pour soutenir certains villages et certaines localités rurales?
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Merci, monsieur le président.
Je remercie encore les deux témoins d'être avec nous pour cette étude importante.
Madame Whitzman, vous avez parlé de quelque chose d'important, soit le respect des disparités et des réalités régionales. Au Québec, c'est particulier, parce qu'en matière de logement, nous avons la Société d'habitation du Québec, ou SHQ. Si le Bloc québécois appuie Maisons Canada, c'est parce que la SHQ aura le dernier mot, car c'est l'organisme qui connaît le mieux les réalités du terrain. Ça se fera donc en collaboration avec le Québec.
Vous avez aussi parlé de la Mission Unitaînés. Il y a de la construction de ce type de logements dans ma circonscription, soit Shefford. C'est vrai que c'est un modèle différent.
Il y a aussi la collaboration avec les organismes communautaires. Dans ma circonscription, l'organisme Holocie contribue vraiment à faire valoir le logement social et communautaire. Je parle de logements sociaux et communautaires parce que, au Québec, la question de l'abordabilité se pose. Vous en avez parlé, et beaucoup de témoins avant vous l'ont fait. C'est extrêmement difficile de parler d'abordabilité quand il n'y a pas de définition claire de ce qu'elle doit être. On peut faire dire n'importe quoi à ce mot.
Serait-il important de revenir à une définition qui utiliserait l'expression « logement social et communautaire » plutôt que l'expression « logement abordable »?
Ce serait pour faire respecter le fait que les Canadiens et les Québécois ne consacrent pas plus de 30 % de leur revenu au logement. C'est un aspect majeur.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Madame Whitzman, je vais commencer par vous. J'ai examiné trois programmes. L'initiative Financement de la construction de logements locatifs, créée en 2017, est devenue le Programme de prêts pour la construction d'appartements, doté d'un budget de 55 milliards de dollars. Le Fonds national de co‑investissement pour le logement, lancé en mai 2018, est devenu le Fonds pour le logement abordable, doté de 15 milliards de dollars. L'Initiative pour la création rapide de logements, lancée en octobre 2020, avait un budget de 4 milliards de dollars.
Si je fais le total, cela représente 74 milliards de dollars et un peu plus de 59 000 logements créés. Cela représente une moyenne de 1 250 000 $ dépensés par le gouvernement fédéral, ou du moins prévus au budget, par logement.
Nous avons maintenant Maisons Canada, avec un objectif extrêmement ambitieux de 500 000 logements par année et un budget de 13 milliards de dollars.
Nous n'arrivons pas vraiment à des résultats.
Quel est le principal problème des diverses initiatives fédérales en matière de construction de logements lancées au cours des 11 dernières années?
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Avec tout le respect que je vous dois, monsieur McKenzie, je pense que vous devriez discuter avec votre collègue, Mme Goodridge. Les efforts que nous avons faits ne fonctionnent pas très bien. Il est temps de repartir à zéro, c'est certain. Ce que la SCHL ou la Société immobilière du Canada faisaient dans le passé est insuffisant.
Cela dit, je suis tout à fait d'accord avec vous: il faut recommencer à zéro. Je proposerais, comme je l'ai dit dans mon exposé, de commencer par des objectifs très clairs, à savoir que nous mettrons fin à l'itinérance à une date précise, que nous aurons des logements adéquats pour tout le monde d'ici telle date. À cela s'ajoutent des définitions très claires pour la suite des choses. Cela comprend l'aide pour le logement social, tout en reconnaissant que même avec le taux le plus élevé imaginable, soit 20 % — comparativement à 4 % actuellement —, 80 à 96 % des logements locatifs seraient toujours fournis par le marché privé. En outre, les ententes doivent être beaucoup plus exhaustives.
Il n'y a pas de baguette magique. Il n'y a pas une seule mesure simple. Quand on regarde les initiatives qui ont fonctionné dans d'autres pays, cela commence par des objectifs clairs, des définitions claires, des mécanismes de financement clairs et des objectifs clairs pour les niveaux de gouvernement inférieurs.
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Je pense que le financement garanti à long terme, qui était, franchement, la sauce secrète ou la baguette magique du milieu des années 1960 jusqu'au milieu des années 1980, disons, est extrêmement important. Si je devais mentionner une chose qui doit changer, ce serait le financement à long terme à un taux le plus bas possible.
Pourquoi cela n'a‑t‑il pas fonctionné? Eh bien, les choses ont dérapé au début des années 1980, lorsque les taux d'intérêt ont commencé à augmenter et que le gouvernement fédéral a paniqué parce qu'il était lié à de nombreuses ententes de financement à long terme et à faible taux pour les logements sociaux.
Même si c'est renouvelable pour cinq ans, etc. — je suis désolée, mais je suis une passionnée de finances, alors j'ai tendance à entrer dans les détails —, il faut un volet de financement clair et un leadership fédéral pour les coûts d'immobilisations de ce genre. Il faut des mesures d'aide pour les coûts de fonctionnement et de l'aide au loyer venant des provinces. Il faut des mesures pour accélérer le processus d'approbation des municipalités. Chacun a son rôle à jouer.
Je suis tout à fait d'accord pour dire que le leadership et la coordination à l'échelle locale sont essentiels, mais il faut aussi du leadership à l'échelon national. Étant donné que je comparais aujourd'hui devant une entité nationale, je demande un leadership national.
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Dans le contexte actuel, le mécanisme existant pour les droits d'aménagement ne fonctionne pas. Il faut donc réfléchir à une nouvelle approche pour le financement des infrastructures liées à l'aménagement et au logement. Les municipalités n'ont qu'un nombre limité d'outils pour générer des recettes, et elles sont dépassées par la situation.
Vous avez mentionné que les taux d'intérêt étaient différents il y a quelques décennies. Évidemment, les droits d'aménagement étaient loin d'avoir la même incidence il y a plusieurs décennies, et parfois, ils n'existaient même pas. L'incidence sur les coûts de construction n'était pas la même. Quand le coût de construction d'un appartement est de 900 000 $ à Toronto ou de 700 000 $ à Ottawa, nous avons un problème. Ce n'est pas le seul, mais je pense que c'est un problème considérable.
Quant à l'amortissement des coûts sur la durée de vie de l'infrastructure, on construit dans le sol des canalisations dont la vie utile sera de 30, 40 ou 50 ans. Actuellement, les droits d'aménagement sont payés à l'avance. Il faut examiner comment mieux amortir les coûts, comment mieux les financer et déterminer qui en est responsable, en fin de compte. Nous n'avons pas assez de temps pour en discuter aujourd'hui.
Je pense qu'il est juste de dire que cela ne peut pas uniquement incomber à la municipalité. Les promoteurs feront leur part. Nous ne cherchons pas à nous soustraire à nos obligations. Si l'on veut construire plus de logements et avoir des logements plus abordables, on ne peut pas continuer à faire les choses comme on l'a toujours fait. Il faut faire les choses différemment, un point c'est tout.