:
Bonjour mesdames et messieurs les membres du Comité.
[Français]
Bonjour à tous.
[Traduction]
Nous avons le quorum, nous allons amorcer la 20e réunion du Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées.
Conformément à la motion adoptée le 18 septembre 2025, le Comité se réunit concernant la définition du terme « travail » et l'usage de l'article 107 dans le Code canadien du travail.
La réunion d'aujourd'hui se déroule en format hybride, conformément au Règlement de la Chambre. Les membres comparaissent dans la salle ainsi que virtuellement.
Avant de commencer, j'aimerais passer en revue quelques règles.
Vous avez l'option de participer dans la langue officielle de votre choix. Pour les personnes dans la salle, je vous demanderais de vous familiariser avec l'oreillette et de sélectionner le canal qui vous fournira l'interprétation de votre choix. Si vous comparaissez virtuellement, cliquez sur l'icône en forme de globe, au bas de votre écran, et choisissez la langue officielle de votre choix. S'il y a un problème avec l'interprétation, veuillez me le faire savoir, et nous suspendrons la séance le temps de régler le problème.
Veuillez mettre vos appareils en mode silencieux et ne pas tapoter la perche du micro, car cela peut causer des problèmes de santé aux interprètes. Veuillez attendre que je vous nomme avant de parler.
Pendant la première heure, aujourd'hui, nous accueillons M. Pascal Chan, vice-président de la Chambre de commerce du Canada...
C'est pour donner avis de cette motion. N'est‑ce pas?
[Français]
Oui? D'accord.
[Traduction]
Merci. Nous poursuivons.
Nous accueillons M. Pascal Chan, vice-président, Politique stratégique et chaînes d'approvisionnement de la Chambre de commerce du Canada. Nous accueillons M. Daniel Safayeni, président et directeur général; et M. Chistopher Pigott, associé, Fasken Martineau DuMoulin S.E.N.C.R.L. des Employeurs des transports et communications de régie fédérale. Nous accueillons M. David‑Alexandre Leblanc, directeur adjoint, Section des négociations, Alliance de la Fonction publique du Canada, du Syndicat des employé‑e‑s de la Sécurité et de la Justice.
Chacun de vous aura cinq minutes pour présenter sa déclaration préliminaire, et nous passerons ensuite aux questions.
Nous commencerons par M. Chan pour cinq minutes.
Monsieur Chan, vous avez la parole.
:
Merci, monsieur le président.
[Traduction]
Je m'appelle Pascal Chan. Je suis le vice-président de la politique stratégique et des chaînes d'approvisionnement à la Chambre de commerce du Canada, qui est le réseau d'entreprises le plus important et le plus actif du Canada, représentant plus de 400 chambres de commerce dans tout le pays ainsi que 200 000 entreprises toutes tailles confondues dans tous les secteurs et dans toutes les régions du pays; nous travaillons à créer les conditions propices à notre réussite collective.
[Français]
Je tiens tout d'abord à remercier les membres du Comité d'avoir entrepris cette importante étude et de m'avoir invité à y participer en tant que témoin.
À la Chambre de commerce du Canada, nous consacrons beaucoup de temps aux questions relatives à la croissance économique, à la productivité et à la compétitivité du Canada dans l'économie mondiale. Ça commence par notre capacité à nous reconnaître.
Tout d'abord, nous sommes une nation commerçante. Selon la Banque mondiale, le commerce international représente les deux tiers du PIB du Canada. Il est donc indispensable de disposer de chaînes d'approvisionnement fiables.
[Traduction]
Cela dit, la liste des défis qui ont un impact sur nos chaînes d'approvisionnement, mais qui échappent à notre contrôle, ne cesse de s'allonger: la pandémie de la COVID‑19, les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les feux de forêt et les inondations, l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les attaques contre les navires marchands dans la mer Rouge et la sécheresse historique dans le canal de Panama. Le prochain obstacle n'est sûrement pas loin.
Ici, chez nous, on pourrait penser que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger notre capacité de faire du commerce, mais ce serait une erreur. L'analyse des données d'Emploi et Développement social Canada réalisée par notre laboratoire de données sur les entreprises a révélé que, en 2023, nous avons perdu le plus grand nombre de jours ouvrables en raison d'interruptions de travail depuis 1986.
L'année dernière, le réseau ferroviaire canadien s'est retrouvé paralysé, puis, plus tard, nos plus grands ports de la côte Est et de la côte Ouest ont fermé en même temps. En repensant à ces deux ou trois dernières années, on peut ajouter les terminaux céréaliers de Vancouver, la Voie maritime du Saint‑Laurent, deux grandes compagnies aériennes et les ports de la Colombie‑Britannique, encore une fois, ainsi qu'un mandat de grève largement approuvé pour les agents des services frontaliers du Canada.
Au bout du compte, on a vraiment l'impression que nous en sommes arrivés à afficher ouvertement notre indifférence quant à la survie des entreprises et au versement des salaires dont dépendent les travailleurs canadiens pour subvenir aux besoins de leur famille. Cela n'est pas passé inaperçu. Les Canadiens sont inquiets.
Selon un récent sondage de Nanos Research, les Canadiens sont 11 fois plus susceptibles de dire que le gouvernement fédéral ne fait pas grand-chose pour assurer la stabilité de la main-d'œuvre et la fiabilité de la chaîne d'approvisionnement essentielle de notre pays, tandis que la majorité des personnes interrogées se dit également inquiète des répercussions des conflits de travail sur l'abordabilité et la disponibilité des biens.
De plus, l'Enquête canadienne sur la situation des entreprises réalisée par Statistique Canada révèle que, au deuxième trimestre, les exportateurs, qui font habituellement partie des entreprises les plus optimistes, ont pris du retard par rapport à d'autres entreprises, et cet avantage a complètement disparu. La baisse reflète les perturbations de la chaîne d'approvisionnement, les inquiétudes quant aux droits de douane, les coûts élevés et le ralentissement de la demande.
La Banque du Canada a souligné le besoin urgent d'augmenter la productivité, et a fait remarquer dans son évaluation que le Canada a conclu des accords commerciaux qui lui accordent un meilleur accès aux marchés mondiaux que n'importe quel autre pays du monde. Cet accès s'accompagne de possibilités, et le monde a de plus en plus besoin de ce que le Canada peut offrir. Nous avons les ressources nécessaires pour répondre à la demande mondiale en matière de produits alimentaires et de sécurité énergétique, mais nous risquons de rater cette occasion si nous n'agissons pas de toute urgence.
[Français]
Étant donné notre situation actuelle, on ne peut pas tenir pour acquis le libre-échange avec les États‑Unis. Le a déclaré son objectif de doubler nos exportations vers les pays autres que les États‑Unis...
:
Étant donné notre situation actuelle, on ne peut pas tenir pour acquis le libre-échange avec les États‑Unis. Le premier ministre a déclaré son objectif de doubler nos exportations vers des pays autres que les États‑Unis, au cours de la prochaine décennie.
S'il est essentiel d'accélérer notre capacité à mettre en place des projets d'infrastructure tout en favorisant le commerce, il est tout aussi crucial de convaincre nos partenaires internationaux que nous sommes en mesure, dans le sens très littéral, « de livrer la marchandise ».
Le commerce est une question de confiance. Si les entreprises canadiennes ne peuvent pas acheminer leurs produits vers les marchés internationaux, nous risquons de perdre l'accès à ces marchés, tout en compromettant nos efforts pour diversifier nos relations commerciales.
Le gouvernement devrait modifier le Code canadien du travail, afin de fournir de nouveaux outils pour régler les différends pour toutes les infrastructures commerciales sous réglementation fédérale, ainsi que donner au cabinet fédéral le pouvoir d'agir lorsque les négociations collectives ont échoué.
Je vous remercie, encore une fois, de m'avoir invité ici, au Comité, et de vos efforts visant à bâtir une nation prospère pour tous les Canadiens.
Je répondrai à vos questions avec plaisir.
:
Bonjour, monsieur le président et membres du Comité.
Je m'appelle Daniel Safayeni. Je suis le président et directeur général des Employeurs des transports et communications de régie fédérale, ETCRF. M. Christopher Pigott, associé chez Fasken Martineau DuMoulin et conseiller juridique d'ETCRF, m'accompagne. Il parlera tout à l'heure des aspects juridiques du droit de grève et de l'usage de l'article 107.
J'aimerais tous vous remercier de nous avoir invités à participer à votre étude.
À titre d'information, ETCRF représente les employeurs du secteur privé sous réglementation fédérale: les grandes compagnies ferroviaires, les ports, les sociétés de messagerie et de logistique, les secteurs bancaire et financier et les compagnies aériennes, tous assujettis au Code canadien du travail. Ensemble, ces secteurs comptent pour plus de 543 milliards de dollars par an, soit environ 16,5 % du PIB. Ils emploient plus de 2,1 millions de Canadiens. Cela représente 12 % de la main-d'œuvre nationale, dont les salaires sont en moyenne 45 % plus élevés que la moyenne nationale. Autrement dit, il s'agit de certains des meilleurs emplois du pays.
Ces employeurs sont les moteurs de l'économie canadienne, qui assurent le transport de nos marchandises, des personnes, de nos capitaux, de notre énergie et de nos informations. Ensemble, ils forment les piliers de nos chaînes d'approvisionnement nationale et internationale. En résumé, tous les autres secteurs de l'économie dépendent de leur fiabilité. Dans l'environnement géopolitique et commercial instable d'aujourd'hui, la stabilité et la fiabilité sont des conditions préalables à l'investissement. L'incertitude en matière de main-d'œuvre menace non seulement les activités nationales, mais également la crédibilité du Canada en tant que partenaire économique de confiance.
Le gouvernement fédéral a établi des priorités pour bâtir l'avenir du pays et un plan de réforme économique ambitieux, lequel dépend fortement des secteurs sous réglementation fédérale; pourtant, ces secteurs demeurent très inhibés par un cadre de négociation collective qui n'a tout simplement pas évolué avec son temps. Les réformes ont été essentiellement ponctuelles, fragmentaires et motivées par des considérations politiques, et ont entraîné de la rigidité, des inefficacités opérationnelles et des coûts élevés qui ont fini par ralentir la création d'emplois et les investissements. C'est pourquoi nous apprécions beaucoup l'attention que porte le Comité à ces questions.
J'aimerais commencer par parler de quelques éléments importants.
Premièrement, les employeurs croient en la négociation collective et au droit de grève comme étant des aspects fondamentaux d'un régime de travail sain. Nous croyons que les conventions les meilleures et les plus durables sont celles qui sont négociées librement par les parties autour d'une table.
Deuxièmement, l'arbitrage est une mesure de dernier recours, et non pas une issue stratégique ou privilégiée. Les employeurs ne souhaitent pas que le gouvernement intervienne pour sauver les négociations ou fasse traîner les choses pour forcer une intervention. Les employeurs souhaitent que les conventions soient conclues dans le cadre de négociations de bonne foi. Personne ne souhaite qu'une tierce partie, qui ne comprend peut-être pas l'entreprise ou l'environnement de travail, intervienne et rédige sa convention collective.
Troisièmement, quand des secteurs d'importance nationale sont en jeu, le cadre doit être un filet de sécurité crédible qui protège l'intérêt public général. Comme le Comité l'a entendu dire, la plupart des conflits de travail régis par la réglementation fédérale sont réglés sans arrêt de travail. Le problème tient au fait qu'un petit nombre de conflits survient dans des secteurs où les perturbations peuvent se répercuter sur l'ensemble des chaînes d'approvisionnement et entraîner des coûts pour les autres travailleurs, les entreprises et les collectivités. Dans ces circonstances rares, mais lourdes de conséquences, le gouvernement a besoin de mettre en place un cadre moderne et équilibré qui permet aux parties de poursuivre les négociations, qui respecte le droit de grève et protège l'économie quand les chaînes d'approvisionnement nationales et les systèmes essentiels sont menacés.
Sur ce, je vais céder la parole à mon collègue, M. Pigott, qui parlera davantage du droit de grève et de l'usage de l'article 107 du Code.
Dans l'état actuel des choses, dans sa jurisprudence, la Cour suprême du Canada a très clairement précisé que le droit de grève n'est pas absolu. En fait, les tribunaux canadiens ont toujours conclu que les restrictions gouvernementales imposées aux activités de grève peuvent être constitutionnelles, quand les parties sont dans une impasse et que des négociations subséquentes seraient inutiles et, ensuite, quand le droit de grève est remplacé par un processus d'arbitrage des différends juste et équilibré. En fin de compte, la Charte autorise le gouvernement canadien à intervenir dans les différends liés aux négociations collectives pour sortir de l'impasse et mettre fin aux effets préjudiciables des arrêts de travail.
Récemment, la Cour supérieure de justice de l'Ontario a rendu plusieurs arrêts qui confirment ces principes. Dans l'affaire SEFPO, la Cour a conclu que les mesures de retour au travail qui ont mis fin à une grève légale ne porteraient pas atteinte à la liberté d'association si une négociation collective entre les parties était dans l'impasse et qu'il n'y avait aucun espoir de parvenir à une convention collective négociée.
Dans une autre affaire de 2024 concernant l'arrêt de travail de Postes Canada en 2018, la Cour de l'Ontario a conclu que la loi sur le retour au travail était une limite raisonnable aux droits de la Charte, parce qu'elle établissait un processus d'arbitrage des différends juste et équilibré pour régler le différend dans la négociation de la convention collective.
Ces conclusions sont cohérentes avec l'arrêt de la Cour suprême dans l'affaire de la Fédération du travail de la Saskatchewan, dans laquelle la Cour suprême a déclaré que, bien qu'une interdiction totale et permanente d'un mouvement de grève puisse porter atteinte à la liberté d'association, une telle interdiction pourrait être considérée comme une limite raisonnable lorsque le droit de grève est remplacé par un mécanisme efficace de règlement des différends.
Merci.
Bonjour, monsieur le président et membres du Comité.
Je m'appelle David Neufeld, et je suis le président national du Syndicat des employé‑e‑s de la Sécurité et de la Justice. Je suis heureux d'être ici et de participer à votre étude sur la définition du terme « travail » et l'usage de l'article 107 dans le Code canadien du travail. M. David‑Alexandre Leblanc, directeur adjoint de la Section des négociations de l'Alliance de la Fonction publique du Canada m'accompagne aujourd'hui.
Le Syndicat des employé‑e‑s de la Sécurité et de la Justice, le SESJ, est l'un des nombreux syndicats qui font partie de l'Alliance de la Fonction publique du Canada, l'AFPC. L'AFPC représente près de 240 000 travailleurs qui vivent et qui travaillent dans toutes les provinces et dans tous les territoires du Canada. Le SESJ représente plus de 19 000 membres dans 18 ministères fédéraux à l'échelle du pays, et ses membres font également partie de l'AFPC, qui agit à titre d'agent négociateur de nos membres.
Le SESJ relève du mandat des ministères de la Sécurité publique et de la Justice. Les deux plus grands organismes du SESJ sont le Service correctionnel du Canada et la Gendarmerie royale du Canada, la GRC. Les membres du SESJ font partie d'un large éventail de groupes professionnels au sein de la fonction publique fédérale. Cela comprend les services administratifs, les manœuvres et hommes de métier, les services hospitaliers, le traitement des données et la réadaptation et la réinsertion sociale des délinquants se trouvant dans le système correctionnel fédéral. Ils sont également les piliers opérationnels de la GRC.
J'aimerais commencer par dire que seuls certains articles du Code canadien du travail s'appliquent au travail des membres du SESJ, nous ne serions donc pas touchés par l'ordonnance prévue à l'article 107. Cependant, cette question a des répercussions plus larges pour les 173 unités de négociation et pour les quelque 13 000 membres que représente l'AFPC qui sont protégés par le Code canadien du travail, ainsi que pour les droits à la négociation collective des travailleurs dans tout le pays.
Soyons clairs: personne ne prend à la légère la décision de faire la grève. Les travailleurs sont pleinement conscients des conséquences de faire la grève et des véritables répercussions que cela aura sur leur gagne-pain, leur famille et leur collectivité. Les grèves sont considérées comme un dernier recours et ont seulement lieu après que les membres du syndicat arrivent à la décision qu'il n'y aura pas de progrès à la table des négociations. La grève est considérée comme l'instrument le plus puissant dont disposent les travailleurs pour maintenir un équilibre des pouvoirs avec leur employeur, et il est extrêmement important de respecter ce droit constitutionnel.
C'est pourquoi l'usage accru et soudain de l'article 107 est inquiétant. Même si l'article 107 existe depuis 1984, il a rarement été utilisé. Cependant, au cours des deux dernières années seulement, le gouvernement fédéral l'a utilisé huit fois, souvent pour forcer les travailleurs à quitter les piquets de grève quelques jours, voire quelques heures après le début de l'arrêt de travail. Cette tendance alarmante mine le droit constitutionnel des travailleurs de faire la grève, et soulève de réelles inquiétudes quant au fait que les employeurs des secteurs sous réglementation fédérale ne participeront pas de manière constructive au processus de négociation, sachant que le gouvernement fédéral interviendra pour mettre fin à l'arrêt de travail.
En fait, nous voyons des employeurs demander proactivement au gouvernement fédéral d'utiliser ses pouvoirs au titre de l'article 107, avant même que les travailleurs n'aient fait la grève. Nous croyons que le gouvernement fédéral a récemment utilisé ses pouvoirs au titre de l'article 107 de manière à fixer des limites déraisonnables et potentiellement inconstitutionnelles au droit de grève des travailleurs et qu'il n'est plus adapté à son objectif.
Il est temps que l'article 107 soit supprimé du Code canadien du travail. Avec l'AFPC, nous demandons au gouvernement de présenter son propre projet de loi ou d'appuyer le projet de loi actuel qui prévoit la suppression de l'article 107 du Code canadien du travail. Le NPD a déjà présenté le projet de loi , qui prévoit la suppression de l'article 107. Si le gouvernement est convaincu que les meilleurs accords sont conclus à la table des négociations, et nous entendons cela tout le temps, il doit alors laisser les négociations se dérouler sans intervenir dans le processus. Il peut témoigner de son engagement à protéger les droits constitutionnels des travailleurs en abrogeant l'article 107.
Il faut envoyer un message aux employeurs. Le rôle du gouvernement n'est pas de les sortir des négociations difficiles.
Merci.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie nos invités d'être venus témoigner en personne aujourd'hui et de toute la préparation que cela implique. C'est très utile.
[Traduction]
Je commencerai par M. Safayeni.
Vous avez plus tôt dit que l'ETCRF, l'ensemble du secteur et tous les employés, contribuent à hauteur de 16,5 % au PIB en ce qui concerne le secteur concerné. Vous avez parlé de 2,1 millions d'emplois.
Pourriez-vous nous dire combien d'emplois indirects sont concernés par ces 2,1 millions d'emplois directs? Je sais que vous n'avez probablement pas de chiffres, mais, par exemple, pour chaque cargaison de céréales transportée par voie ferroviaire, il y a des agriculteurs et des personnes qui récoltent ces céréales. Quelles sont les conséquences indirectes de cela? Pourriez-vous nous en parler un peu plus?
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie l'ensemble des témoins d'être parmi nous aujourd'hui.
Évidemment, nous avons aujourd'hui un bon exemple des pôles entre lesquels évolue le débat, ce qui crée vraiment une discussion intéressante.
Madame et messieurs les témoins, nous nous faisons un peu les avocats du diable, en tant qu'élus, lorsque nous vous posons des questions, parce que nous comprenons, d'une part, l'importance du libre droit à la négociation, mais aussi, d'autre part, celle de la fiabilité de la chaîne d'approvisionnement, de la concurrence et de la productivité. Cela nous place dans une situation parfois inconfortable, mais je pense que les discussions difficiles sont celles qui sont les plus fructueuses.
Cela dit, vous avez évoqué un thème visé par notre étude et dont nous n'avons pas tellement parlé jusqu'à maintenant, c'est-à-dire la définition du terme « travail ». Il serait donc intéressant d'entendre chacun d'entre vous à ce sujet.
M. Neufeld a déjà parlé de cette définition dans le contexte des agents de bord, mais je m'adresse à vous tous, chers témoins.
Pouvez-vous nous dire, de façon générale, ce que vous pensez d'une telle définition et de son absence dans la partie III du Code canadien du travail?
Procédons de gauche à droite, en commençant par M. Neufeld, qui sera suivi de M. Chan, Safayeni, Pigott et Leblanc.

:
Selon mon expérience, le dialogue est important. En parlant de gouvernement, je salue l'annonce de la faite récemment concernant la formation d'une table tripartite officielle qui réunit dans la même salle des représentants des syndicats, du milieu des affaires et du gouvernement pour discuter de ces questions. Au cours des 10 dernières années, cela n'a pas nécessairement été le cas. Un certain nombre de changements ponctuels apportés au Code canadien du travail n'ont pas vraiment été réalisés en tenant compte pleinement de la perspective du milieu des affaires. Il en résulte un système moins agile et peu moderne. Cela ne tient pas non plus compte du fait que le Code canadien du travail a été essentiellement érigé après la guerre. Il n'envisageait pas de chaîne d'approvisionnement intégrée et mondialisée. C'est pourquoi, lorsque M. Chan évoque les énormes répercussions économiques, le système n'est pas vraiment conçu pour les gérer et les traiter d'une manière équitable et équilibrée.
Encore une fois, je dois dénoncer ce genre de choses. Nous continuons d'entendre que les employeurs ne font pas preuve de bonne foi et que l'inflation et les salaires ne sont pas équitables pour le travailleur. D'accord, eh bien, une grève des pilotes est sur le point d'être enclenchée à Air Transat. Des négociations à ce sujet ont cours depuis janvier de l'an dernier. Cela fait près de 12 mois. Les pilotes se sont vu offrir une augmentation salariale de 60 % sur cinq ans, la majorité de celle‑ci étant versée dans l'année, et 90 % de la convention collective a fait l'objet d'un accord. Il n'y a pas d'autre partie avec qui négocier à l'heure actuelle, et c'est pourquoi je me demande d'où provient cette idée.
Je le mentionne, parce que les liens avec votre question sont importants pour ce qui est d'avoir un dialogue et un espace nous permettant d'examiner, en nous fondant sur des données probantes, les aspects du Code qui fonctionnent et ceux qui doivent être modernisés. Ainsi, nous pourrons éviter le type de conflit qui s'amorce dans un coin du pays, mais se répercute très rapidement, a d'énormes effets rebonds et finit par tenir toute l'économie en otage.
On a demandé plus tôt à quel moment on décidait que les dommages économiques étaient suffisants. Nous n'avons pas obtenu de réponse à cette question.
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Bien sûr. Je vous remercie de la question.
J'ai mentionné, tout d'abord, qu'ils sentent que le gouvernement n'en fait pas assez à cause de la liste de graves conflits de travail qui ont eu une incidence sur notre économie. De plus, l'un des rôles de la Chambre est celui de réunir. Nous parlons de 200 000 entreprises environ, mais aussi de toutes les associations industrielles qui représentent l'ensemble des secteurs du milieu des affaires.
Au cours des, disons, deux dernières années et demie, nous avons adressé un certain nombre de lettres à la ministre afin de soulever des préoccupations au sujet de ces conflits de travail à venir. Elles ont été signées par environ 115 associations industrielles de tous horizons et par environ 125 chambres de commerce. Certaines d'entre elles sont même représentées dans cette salle: la Chambre de commerce de Balfour and District, la Chambre de commerce régionale de Cold Lake, la Chambre de commerce de Fort McMurray, la Chambre de commerce de Sherwood Park and District et la Chambre de commerce de l'Atlantique.
Encore une fois, dans les collectivités représentées par les députés siégeant autour de la table ici, on a de sérieuses préoccupations par rapport à ce que ces conflits de travail font, non seulement dans le secteur des transports, mais aussi dans l'ensemble de l'économie et dans toutes les régions du Canada où le déplacement de ces biens est extrêmement important pour leur survie.
:
Merci, monsieur le président. Je rêvais d'avoir encore six minutes.
Puisque je n'ai pas beaucoup de temps, les témoins pourront me fournir une réponse plus détaillée par écrit après la réunion s'ils le souhaitent.
M. Neufeld a parlé de la nécessité de faire une réforme structurelle, et M. Safayeni a dit que des changements ad hoc avaient été faits et qu'il fallait moderniser le système. Je ne veux pas leur mettre des mots dans la bouche, mais cela semble dépasser la portée de l'article 107.
Alors, que suggèrent-ils?
M. Safayeni a parlé de bonne foi. Moi, je n'évalue pas la bonne foi d'une partie ou d'une autre ni le bien-fondé des demandes des deux parties lors des négociations de convention collective. Cependant, nous voulons que ces négociations fonctionnent bien, c'est-à-dire rapidement et à la satisfaction de toutes les parties. Je suis certain qu'il en va de même pour les témoins.
Si nous devons apporter des modifications à d'autres dispositions, lesquelles nous suggèrent-ils d'apporter? Sur quelles parties du Code canadien du travail nous suggèrent-ils de nous concentrer plus particulièrement?
Je sais que la réponse à cette question pourrait être très longue. Je demande donc aux témoins de nous faire parvenir leurs réponses par écrit s'ils le souhaitent. Ce serait pertinent pour les travaux du Comité.
Par votre entremise, monsieur le président, je tiens à remercier tous les témoins d'être ici en personne. Tout comme mes collègues, je suis heureuse que tout le monde soit présent en personne, car cela crée une ambiance plus collégiale.
Revenons sur ce que ma collègue essayait de faire avec sa série de questions, mais j'aimerais les reformuler en ce qui concerne l'investissement de notre gouvernement dans l'expansion.
Ma première question s'adresse à M. Chan.
En ce qui concerne le budget fédéral, y compris les investissements majeurs dans les infrastructures et les corridors commerciaux... Je viens du Canada atlantique, ce qui fait de moi un point de contact en matière de commerce aux échelons national, régional et international. Pensez-vous que le fait de clarifier la définition du travail permettrait d'améliorer la certitude pour les employeurs qui envisagent des investissements dans les régions de l'Atlantique?
:
Mesdames et messieurs, je vous souhaite à nouveau la bienvenue pour la deuxième heure de la réunion numéro 20 du Comité.
Voici les témoins qui comparaissent.
Dans la salle, nous accueillons Mme Gesualdi-Fecteau, professeure à l'Université de Montréal, qui comparaît à titre personnel. En ligne, nous recevons M. Wesley Lesosky, président, Division transport aérien du Syndicat canadien de la fonction publique. Nous avons M. Pedro Antunes, économiste en chef du Conference Board du Canada, par vidéoconférence.
Avant de commencer, vous avez l'option de choisir de participer dans la langue officielle de votre choix. Veuillez prendre connaissance du canal qui vous fournit cette interprétation. De plus, en cas d'interruption des services d'interprétation, veuillez m'en faire part, et nous suspendrons les travaux le temps de corriger le problème.
De plus, veuillez attendre que je vous nomme avant de prendre la parole.
:
Merci, monsieur le président.
La plupart des témoignages que nous avons entendus concernaient principalement l'article 107 du Code canadien du travail et son effet perturbateur sur les relations de travail. Aujourd'hui, je vais me concentrer sur autre chose, un autre élément clé de l'étude du Comité, soit la définition de « travail ».
Le temps de travail a été la question centrale dans plusieurs conflits de travail récents dans le secteur privé sous réglementation fédérale. Ce que je vais faire valoir, aujourd'hui, c'est que la définition même de « travail » doit être comprise comme la définition de ce qu'est le temps de travail.
Comment pouvons-nous réduire la probabilité que des conflits de ce genre se produisent tout en garantissant des conditions équitables dans tous les secteurs et dans tous les milieux de travail? Je crois qu'il est essentiel d'envisager d'apporter des modifications réglementaires à la partie III du Code canadien du travail pour préciser ce que « travail » veut dire.
Nous l'avons vu dans le secteur ferroviaire. Nous l'avons vu chez Air Canada. Les employés d'Air Canada ne sont pas rémunérés pour une part importante de leur travail, et les agents de bord demandent à être rémunérés pour le temps passé au sol. Je crois que si une solution peut et doit être trouvée à la table de négociation, nous devons penser à la manière dont les dispositions de la partie III du Code canadien du travail pourraient ménager une transition et nous éviter ce genre de situations.
Je tiens à vous rappeler que les normes du travail jouent un rôle essentiel pour garantir un niveau minimal de droits et que la partie III du Code canadien du travail établit les normes minimales du travail dans les lieux de travail du secteur privé sous réglementation fédérale.
Encore une fois, à titre de rappel, la partie III du Code est entrée en vigueur en 1965. Aucune mise à jour importante n'a été apportée jusqu'à ce qu'un examen complet, effectué en 2017, entraîne une série de modifications. Certaines questions sont restées en suspens, et, en 2019, le gouvernement a mis sur pied un comité indépendant d'experts sur les normes du travail fédérales modernes pour étudier cinq questions complexes concernant l'évolution du monde du travail, mener des consultations et fournir des conseils.
J'ai eu le privilège de siéger au comité d'experts avec six autres experts. Dans le cadre de notre travail, nous avons mené des recherches approfondies et avons consulté plus de 140 organisations et particuliers partout au Canada. Le rapport a été publié en décembre 2019. L'une des principales questions — et j'insiste là‑dessus — dont le comité a traité était la fonction clé des normes du travail prescrites par la loi, à savoir délimiter ce qui relève du travail et ce qui n'en relève pas et redéfinir ce qu'est le temps de travail, ce qu'est le travail et ce qui doit être rémunéré en tant que travail.
La partie III du Code, dans sa version actuelle — même après la publication du rapport en décembre 2019 —, ne prévoit pas de protection législative pour les employés qui sont tenus de rester disponibles pour répondre à d'éventuelles demandes de travail de leur employeur.
Selon les interprétations, politiques et guides du Programme du travail concernant les normes, le temps de disponibilité n'est pas considéré comme du travail. Un employé qui n'est pas tenu d'accomplir des tâches, même s'il doit rester disponible, n'a pas droit à une indemnisation. Pendant la ronde de questions, je peux vous parler de ce que nous avons entendu pendant nos consultations à ce sujet.
L'une des recommandations clés du comité d'experts, la recommandation 16, était d'inclure dans la partie III du Code canadien du travail une définition de ce que constitue « être réputé être au travail ». La recommandation se lit comme suit:
La détermination des circonstances dans lesquelles les employés sont réputés être au travail, peu importe le lieu de travail, permet à ceux‑ci d'être rémunérés pour tout le temps passé au travail à la demande de l'employeur.
Je poursuis ma lecture:
La définition devrait reposer sur le principe selon lequel le travail comprend le moment où un employé travaille à la demande de l'employeur, que celui‑ci soit à son lieu de travail ou à l'extérieur de celui‑ci. Les employés doivent être réputés être au travail « lorsqu'ils fournissent des services exigés ou autorisés par l'employeur ».
Nous appelons souvent cela le temps « en disponibilité ». Les compagnies aériennes parlent de « temps au sol », et la partie III ne traite pas de ce temps, sauf quand l'employé est appelé à travailler. À ce moment‑là, si l'employé est appelé à travailler et doit se rendre à son lieu de travail, il sera rémunéré pour trois heures, mais les périodes de disponibilité, pendant lesquelles il se trouve entre deux moments où il travaille, ne sont pas rémunérées.
Je pourrais y revenir, mais d'autres provinces canadiennes ont réglementé cette question. Il y a d'autres exemples en Europe, comme en France, où cela s'appelle l'astreinte. Nous croyons que cette recommandation est très claire et très simple.
Même si d'autres recommandations du Comité d'experts ont été mises en œuvre — et je pense ici au salaire minimum —, la définition de ce que constitue « être réputé être au travail » est encore en suspens.
Je vais m'arrêter ici. Je voudrais revenir, pendant la période de questions, comme mon collègue d'ETCRF l'a mentionné, à l'approche fragmentaire pour modifier la partie III. Je crois que c'est important. Nous pourrions y revenir.
Merci beaucoup.
Merci, monsieur le président et merci aux membres du Comité. Merci de l'invitation, et je m'excuse de ne pas être là en personne.
Je m'appelle Wesley Lesosky. Je suis agent de bord depuis plus de 25 ans, et je suis fier de représenter 10 500 agents de bord d'Air Canada et d'Air Canada Rouge en tant que président de la composante Air Canada du Syndicat canadien de la fonction publique. Je suis également fier d'être président de la Division transport aérien du SCFP, qui représente à l'échelle du Canada 20 000 agents de bord de 11 compagnies aériennes, en autres WestJet, Air Transat, Porter, PAL et Flair.
L'étude dont le Comité est saisi aujourd'hui va au cœur même de l'équité au travail.
Chaque jour, dans l'ensemble du secteur aérien, les agents de bord travaillent des heures qui ne sont pas rémunérées, allant des contrôles de sécurité obligatoires à l'embarquement des passagers, en passant par les urgences à bord et les séances d'information obligatoires de Transports Canada, les vérifications de sécurité et les contrôles avant et après le vol. Ce sont des tâches essentielles pour la sécurité demandées par l'employeur, qui devraient, selon toute définition raisonnable, être considérées comme un travail rémunéré. Toutefois, puisque le Code canadien du travail ne prévoit pas de définition de « travail », les compagnies aériennes utilisent un système fondé sur le temps cale à cale, et, par conséquent, nous sommes rémunérés uniquement du refoulement jusqu'à l'atterrissage. Nous travaillons donc de 10 à 12 heures et sommes seulement payés pour cinq à huit heures.
Si on prend en compte ces heures non rémunérées, on voit que beaucoup d'employés se retrouvent sous le salaire minimum fédéral et, souvent, sous le seuil de la pauvreté. Les agents de bord qui travaillent à temps plein eux-mêmes gagnent souvent seulement 26 000 $ par année, ce qui est insuffisant pour payer un loyer dans des villes comme Toronto, Calgary, Montréal et Vancouver, où habitent la majorité de nos membres. Nous essayons de régler ce problème depuis des années.
En 2023, nous avons commencé à faire pression sur le gouvernement fédéral au moyen de la campagne « Le travail non payé, c'est du vol » du SCFP. Nous avons manifesté dans tout le pays. Nous avons présenté à la Chambre des communes une pétition de 17 000 signatures. En 2024, nous avons rencontré des députés de tous les partis pour discuter du problème d'abus du travail non rémunéré dans notre secteur. Les partis de l'opposition ont proposé les projets de loi et , qui étaient largement soutenus, mais qui sont tombés à l'eau en raison de l'élection de 2025.
Le gouvernement fédéral a répété pendant des années que la question du travail non rémunéré devrait être réglée à la table de négociation. De bonne foi, nous avons respecté cette demande. Au cours du printemps et de l'été, nous avons présenté plusieurs propositions à Air Canada pendant les négociations: le paiement intégral des heures travaillées, les ajustements salariaux internes, une indemnisation pour les jours de travail travaillés et des compléments de salaire forfaitaires.
Air Canada les a toutes rejetées, souvent après quelques minutes. Pourquoi? Parce que les responsables ne voyaient aucune raison de négocier, car ils comptaient sur une intervention fédérale pour les secourir. Le PDG d'Air Canada, Michael Rousseau, l'a déclaré publiquement.
Quelques heures après que nous avons déclenché une grève légale, le gouvernement a invoqué l'article 107 et nous a retiré notre seul moyen de pression, à la demande d'Air Canada. Grâce au courage de nos membres, qui ont maintenu la grève, et malgré tous les efforts déployés par Air Canada et ses représentants au sein du gouvernement fédéral, nous avons obligé notre employeur à revenir à la table des négociations. Nous avons réalisé des progrès partiels quant au travail non rémunéré dans notre nouveau contrat, mais, pour atteindre ce résultat, il a fallu perturber grandement le public, et les relations de travail ont été gravement touchées.
Cela met en lumière le problème fondamental. Si les députés retiennent une chose, j'espère que c'est que les travailleurs ne devraient pas avoir à négocier pour obtenir le droit d'être rémunérés pour leur temps de travail. Cela devrait être le strict minimum.
Notre syndicat participe à l'examen industriel sur le travail non rémunéré lancé par la , et nous avons hâte de voir les résultats. Toutefois, comprenez‑moi bien. Les agents de bord du Canada n'ont pas besoin d'une enquête pour savoir que leur travail n'est pas rémunéré. Nous le constatons chaque jour que nous travaillons. Nous pourrions tout aussi bien mener une enquête pour savoir si le ciel est bleu. Je veux aussi être clair sur le fait que ce problème ne concerne pas uniquement Air Canada et qu'il n'est pas près de disparaître. Demandez ce qu'en pensent les agents de bord de WestJet. Porter, Pascan et PAL, qui négocient de nouveaux contrats présentement.
Quand les agents de bord sont contraints de travailler sans être rémunérés, c'est un abus de leur temps, de leur formation approfondie et de leur dignité. C'est aussi une question de sécurité publique, parce que des membres de l'équipage sous-payés et épuisés, ce n'est pas ce que veulent les passagers dans une situation d'urgence. Le Parlement a le pouvoir — et la responsabilité — de régler ce problème.
Nous demandons au Parlement d'agir immédiatement et de prendre les trois mesures suivantes:
Premièrement, il faut définir le « travail » dans la partie III du Code canadien du travail. Il faut indiquer clairement que toutes les heures travaillées pour l'employeur — avant, pendant et après les vols —, y compris l'embarquement, le débarquement, les retards et les formations obligatoires — constituent du temps de travail rémunéré.
Deuxièmement, il faut que toutes ces heures soient rémunérées au taux régulier de l'employé. Fini les « demi-taux » pour les tâches au sol et les formations obligatoires, surtout quand ces tâches sont essentielles à la sécurité.
Troisièmement, il faut cesser d'utiliser de manière abusive l'article 107 pour imposer de manière unilatérale l'arbitrage exécutoire dans des litiges comme le nôtre. Chaque fois que l'article 107 est utilisé, il porte atteinte au droit constitutionnel des travailleurs de faire la grève et indique aux employeurs qu'ils peuvent ignorer des questions fondamentales pendant les négociations.
Personne ne devrait travailler gratuitement au Canada en 2025. Nous exhortons le Comité à recommander des modifications immédiates du Code canadien du travail pour mettre fin au travail non rémunéré et rétablir l'équité dans les milieux de travail fédéraux.
Merci beaucoup.
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Merci, monsieur le président, et merci aux membres du Comité, de me donner l'occasion de témoigner.
Je ne suis pas spécialiste du droit du travail, et je n'ai pas mené de recherche concernant directement l'article 107 du Code canadien du travail. Je me suis fait une opinion en examinant les répercussions économiques des perturbations importantes du travail, y compris les arrêts de travail dans les chemins de fer et les ports. J'aimerais présenter quelques considérations d'ordre économique qui, selon moi, sont pertinentes pour l'étude du Comité.
Je crois que le problème tient à la forte concentration du marché pour beaucoup d'exploitants indépendants dans ce pays. Cela rend l'économie vulnérable aux arrêts de travail. L'économie canadienne est importante et diversifiée, mais de nombreuses industries clés demeurent très concentrées, c'est‑à‑dire qu'un petit nombre d'entreprises contrôlent de grandes parts de la capacité nationale. Cela comprend des secteurs comme le transport — nous en avons parlé —, les télécommunications, la transformation alimentaire et la vente au détail d'aliments, et certaines industries du secteur primaire. Une forte concentration chez un seul exploitant amplifie l'impact économique de toute perturbation majeure. Quand une entreprise dominante est confrontée à un arrêt de travail, les répercussions ne se limitent plus à l'entreprise et à ses employés; c'est l'ensemble des chaînes d'approvisionnement qui sont touchées.
Selon moi, le problème réside dans le pouvoir du marché. Le Canada a un problème de compétitivité. Nous avons beaucoup entendu parler récemment du fait que le problème de productivité au Canada découle de deux choses: le manque d'investissements — privés — et le manque de compétitivité. C'est un problème bien connu au Canada. Lorsque le pouvoir du marché est concentré, les arrêts de travail peuvent avoir des effets immédiats et disproportionnés.
L'autre chose qui, selon moi, est importante, c'est le transport. Nous nous sommes occupés de certains des arrêts de travail survenus en 2024 dans les chemins de fer et les ports, mais une attention particulière doit être portée au transport. Le secteur du transport n'est pas un secteur comme les autres. C'est la colonne vertébrale de l'économie canadienne. Il représente environ 30 % de notre PIB, et je tiens à vous rappeler que le PIB correspond aux revenus que nous tirons des activités économiques. Par conséquent, 30 % des revenus perçus par les travailleurs et les entreprises sont directement liés aux exportations. Cela veut dire qu'une part importante de la production canadienne doit traverser physiquement des frontières pour atteindre les marchés. Si nous ajoutons le commerce interprovincial et interrégional, la dépendance est encore plus importante. La majorité des marchandises produites au Canada doivent parcourir de longues distances au moins une fois avant d'atteindre les consommateurs, les chaînes d'approvisionnement ou les marchés internationaux.
L'autre chose qui est importante — et cela était très évident pendant la grève ferroviaire de 2024 —, c'est l'incidence à long terme sur l'attractivité des investissements. Encore une fois, je reviens à notre problème de productivité, c'est‑à‑dire que nous devons attirer les investissements privés au Canada. Cela ne donne pas vraiment une bonne image de nous quand il y a des goulots d'étranglement ou des problèmes à livrer nos produits sur le marché. Quand les arrêts de travail perturbent les corridors de transport, les ports et les réseaux ferroviaires, il n'y a pas que des retards temporaires; cela montre aux investisseurs du monde entier que l'infrastructure critique du Canada pourrait ne pas être fiable.
Encore une fois, en 2024, beaucoup de mesures ont été prises en prévision de la possibilité que la grève ferroviaire se propage vers d'autres ports; les activités sont demeurées au sud de la frontière plutôt que de venir de notre côté, et c'est un risque pour la réputation qui peut nuire aux efforts que nous déployons pour attirer des capitaux vers les projets liés aux ressources naturelles, à la fabrication, aux technologies propres et à une foule d'autres choses.
Je vais m'arrêter là. Merci.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
J'aimerais d'abord m'adresser à M. Lesosky.
Monsieur Lesosky, je vous remercie d'être ici. Merci pour votre déclaration liminaire. J'ai été particulièrement touché par « nous pourrions tout aussi bien mener une enquête pour savoir si le ciel est bleu », la prétendue enquête sur le travail non rémunéré.
La a comparu devant le Comité, et j'ai tenté de lui faire dire si, pendant les cinq réunions que vous avez eues avec elle avant qu'elle invoque l'article 107 pour vous forcer à reprendre le travail conformément à la convention collective existante, vous lui aviez signalé que vos membres effectuaient un travail non rémunéré. Elle a refusé de répondre à la question, ce que j'ai trouvé curieux.
Les députés libéraux du Comité utilisent cet argument, et j'aimerais connaître votre avis à ce sujet. Ils l'utilisent dans presque toutes leurs questions. Il s'agit d'« allégations » de travail non rémunéré. En réalité, ils affirment que vous ne faites que de présenter des allégations de travail non rémunéré et qu'il ne s'agit pas d'un fait, mais d'une allégation. Qu'en pensez-vous?
Cela détériore la relation avec l'employeur. Cela détériore les relations de travail. Cela détériore la confiance des membres envers l'employeur. Cela met tout en péril. Après avoir passé des années à bâtir une relation avec Air Canada au point où nous avions des discussions hebdomadaires... Depuis la grève, nous n'avons pas eu de discussion, mis à part celles prévues par le contrat, comme les réunions syndicales-patronales au siège social.
Cela met tout en péril, car vous avez un tiers qui intervient dans le processus et qui se range du côté d'une des parties. Cela nuit aux relations de travail, et vous devez tout recommencer. Pour quelqu'un dans ma position, qui est ici depuis huit ans, c'est très problématique. Cela va à contre-courant de l'objectif même d'un comité patronal-syndical, alors que tous devraient travailler de concert pour aller dans la même direction.
Évidemment, nous ne serons jamais d'accord sur tout, mais c'est à cela que servent les dispositions des conventions collectives, les dispositions relatives aux griefs et les autres. À mon avis, l'article 107 nuit clairement aux relations de travail entre les deux groupes.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je remercie les témoins de leur temps et de leur préparation pour la rencontre.
[Traduction]
Tout d'abord, je tiens à dire que nous prenons très au sérieux les enjeux soulevés concernant la rémunération des agents de bord sur l'absence de rémunération pour certaines heures travaillées. Nous savons que, dans la réalité, ce n'est pas tout noir ou tout blanc. Étant donné que les députés d'en face tentent de présenter cela comme si c'était tout noir ou tout blanc, nous avons demandé une enquête, et nous attendons les résultats avec impatience.
Je suis offusquée également quand les députés laissent entendre que le gouvernement ne fait rien pour que ces négociations aboutissent et que nous attendons simplement d'intervenir. Je pense que nous avons des choses bien plus importantes à faire de notre temps et de notre argent que d'intervenir. Nous aimerions que les choses se règlent à la table de négociation, mais il faut tenir compte des répercussions économiques de certaines de ces grèves.
J'aimerais m'adresser un instant au représentant du Conference Board.
En fait, les deux grands acteurs, le CN et le CPKC, représentent environ 90 % du trafic ferroviaire au Canada. Bien sûr, le trafic ferroviaire a une incidence sur tous les autres aspects du secteur des transports. L'industrie ferroviaire emploie environ 42 000 personnes. Si l'on considère les marges du secteur des transports, elles sont assez faibles, et c'est là la valeur économique qui revient à l'industrie ferroviaire elle-même.
Ce qui est beaucoup plus répandu, ce sont les répercussions de l'arrêt de nos activités commerciales. Les lignes ferroviaires transportent chaque jour pour environ 1 milliard de dollars de marchandises. Ce chiffre provient, là encore, de l'Association des chemins de fer du Canada.
Nous en avons examiné les implications économiques en 2024. La grève ferroviaire a eu lieu pendant l'été, en août 2024, je crois. Nous avions prévu qu'elle durerait deux semaines et qu'elle entraînerait pour l'économie des pertes de 3 milliards de dollars. Je n'ai pas les chiffres par région, mais je les ai pour l'économie nationale. Une perte de 3 milliards de dollars de PIB n'est certainement pas négligeable, surtout pour quelque chose qui ne dure que deux semaines.
Pour vous donner une idée des répercussions disproportionnées en dehors du secteur ferroviaire lui-même, c'est d'environ 10 à 1. En d'autres termes, la perte d'un dollar du PIB dans le secteur ferroviaire entraînerait une perte 10 fois supérieure dans le reste de l'économie.
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Je vous remercie de votre question.
Premièrement, je pense que l'ensemble des juristes du travail vous diront que des définitions claires créent plus de certitude et moins de judiciarisation. J'insiste là-dessus. Le risque est que des définitions pas suffisamment claires judiciarisent les relations de travail et nous mènent à ce qu'on a connu au cours des récents conflits de travail, notamment chez Air Canada, à savoir à une crispation des relations de travail dans le contexte d'une négociation collective.
De mon point de vue, il ne s'agit pas ici de définir un concept saugrenu sur le plan du droit du travail. La définition de ce qui est considéré comme du temps de travail est un concept connu et reconnu depuis 100 ans, tant sur le plan du droit international du travail que dans les lois entourant le travail. Selon moi, insérer une définition dans le Code canadien du travail induirait plus de certitudes.
Je vous renvoie aux recommandations 16 et les suivantes du rapport de 2019 émis par le comité d'experts. Selon moi, elles sont très claires. Ces recommandations avaient été faites dans un contexte où nous devions nous prononcer sur le droit à la déconnexion, ce qui est tout autre chose. Nos travaux, nos consultations, nos analyses et nos analyses des plaintes portées aux relations du travail nous ont permis de conclure que le problème n'en était pas un de droit à la déconnexion, mais un problème de définition de ce qui est considéré comme du temps de travail. L'absence de définition légale causait des problèmes. J'insiste sur ce point.
Chers membres du Comité, je vous propose de retourner vers ces recommandations qui avaient été discutées à l'époque avec la ministre Tassi et auxquelles, à ce jour, on n'a pas encore donné suite, contrairement à d'autres recommandations, comme l'établissement d'un salaire fédéral minimum, qui ont été suivies et adoptées au cours des dernières années.
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Merci, monsieur le président.
Merci aux témoins d'être présents aujourd'hui.
J'aimerais seulement préciser, pour le bénéfice de mon bon ami, mon collègue M. Seeback — qui, je sais, est avocat —, que, quand je parle d'« allégations », je m'improvise avocate, parce que, quand je me réincarnerai dans ma prochaine vie, je pense que j'aimerais être avocate. Par conséquent, puisque nous savons qu'une enquête est en cours et que nous n'avons pas encore reçu les résultats, je parle d'« allégations » en essayant de passer pour une avocate. Je ne veux en aucun cas être irrespectueuse d'une façon ou d'une autre envers un travailleur, quel qu'il soit, au Canada. Quand je dis que chaque travailleur canadien devrait être payé, ce ne sont pas des paroles en l'air; je ne voulais pas manquer de respect quand j'ai parlé d'« allégations ».
Ma question s'adresse à M. Antunes. Dans votre témoignage, vous avez dit que « l'économie canadienne est importante et diversifiée ». Vous m'avez aussi surprise quand vous avez dit que, quand une entreprise dominante fait face à un arrêt de travail, ce n'est plus un enjeu qui concerne seulement l'entreprise et ses employés, puisque cet arrêt a des conséquences économiques importantes. Je sais que je paraphrase, mais je crois que c'est ce que vous vouliez dire dans votre témoignage.
Je sais que vous avez analysé la façon dont l'incertitude influence les décisions des investisseurs. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que recherchent les investisseurs potentiels quand ils envisagent d'entrer sur le marché canadien?
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C'est une question très vaste.
Évidemment, le Canada a fait face à de nombreux défis. C'est une préoccupation d'ordre national, qui ne touche pas seulement notre organisation. De nombreux économistes l'ont dit. Le Canada accuse du retard en ce qui concerne les investissements privés en tant que part du PIB. L'investissement privé est le moteur de notre capacité de production dans l'avenir, mais nous accusons du retard par rapport aux États-Unis, à la France, à l'Allemagne et à beaucoup d'autres pays qui font partie de l'OCDE. Je pense que l'enjeu est multiple, mais j'espère que nous pourrons régler cela au moyen du processus de vérification et en ayant de la certitude à cet égard.
Nous avons eu nombre d'exemples par le passé qui ne nous montrent pas sous notre meilleur jour. Prenez TMX, par exemple, quand le gouvernement a dû acheter le pipeline et qu'il y a eu des dépassements de coûts. Même quand le gouvernement a essayé de construire le pipeline, le processus a été long. Cela ne nous donne pas une belle image. Il a été question des grèves dans le secteur ferroviaire dans tous les bulletins de nouvelles aux États-Unis et au Canada. Les entreprises des deux côtés de la frontière cherchaient des solutions pour éviter d'être prises avec un produit à la frontière, rappelez-vous. Cela a eu beaucoup de répercussions négatives, à grande échelle. La façon dont le reste du monde nous perçoit et notre capacité de mener efficacement des projets à terme dans ce pays... Notre dépendance aux réseaux de transport, surtout, est très important quand il s'agit d'attirer des investissements dans ce pays.
Cela dit, il y a d'autres enjeux. Nous pouvons parler des taxes et impôts. Nous pouvons parler des problèmes que nous cause actuellement la guerre commerciale avec les États-Unis. Toutefois, ce sont également des enjeux importants.
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Merci, monsieur le président.
Madame Gesualdi‑Fecteau, je reviens vers vous.
Il me semble qu'il doit bien y avoir un consensus entre les experts quant à la définition du travail dont nous pourrions nous inspirer. Je parle des experts, parce que vous avez participé à un comité. Ce peut aussi être des experts nationaux ou internationaux, c'est-à-dire un noyau dur.
Par exemple, vous avez mentionné le Manitoba, la Saskatchewan et le Québec. Vous avez aussi parlé de temps d'astreinte en France.
Un consensus se dégage-t-il relativement à la définition du travail? Savez-vous si certains pays ou États ont reculé par rapport à la définition et s'ils ont décidé de l'enlever à un certain moment?
Je sais que l'idée de définir la question du travail est assez nouvelle, même si ça aurait pu être fait il y a 100 ans.
Bref, je vous écoute. Si, toutefois, vous n'avez pas suffisamment de temps pour répondre, je vous inviterai à envoyer par écrit plus d'information au Comité.
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Encore une fois, je ne sais pas si c'est la définition du mot « travail » qu'il faut aborder ici, même si c'est un sujet en lui-même, ou plutôt la question de ce qu'est du temps de travail, ce que signifie « être réputé au travail ».
Je vais donner les trois exemples canadiens pour les fins de la discussion.
Les lois du Manitoba, du Québec et de la Saskatchewan ont une définition d'un employé réputé être au « travail ». Les définitions ont été captées dans ces trois lois. Ainsi, quand une personne doit être sur les lieux du travail et qu'elle doit attendre que du travail lui soit assigné, la personne est considérée comme étant au travail et doit être rémunérée. C'est ce que la loi prévoit essentiellement au Manitoba, en Saskatchewan et au Québec. Je souligne le fait que, sur le plan de leur cadre législatif, ces trois provinces sont assez différentes quant à la portée des protections, mais elles ont fait ces trois choix.
En France, on a légiféré sur une notion qui est « la période d'astreinte », et cette notion va encore plus loin. Par exemple, lorsqu'une personne est chez elle et qu'elle doit attendre que l'employeur lui assigne possiblement du travail, il faut la rémunérer, peut-être pas en lui versant son plein salaire, mais en lui accordant une compensation pour cette période d'astreinte. Il y a donc différentes solutions sur la façon de rémunérer durant des périodes d'astreinte, mais il faut envisager cela comme étant du travail.