[Français]
Bienvenue à la 10e réunion du Comité permanent de la santé de la Chambre des communes.
Nous reconnaissons que nous nous réunissons sur le territoire traditionnel non cédé de la nation anishinabe algonquine.
[Traduction]
La réunion d'aujourd'hui se déroulera sous forme hybride, conformément au Règlement.
Je tiens à rappeler aux participants les consignes habituelles. Veuillez attendre que je vous nomme avant de prendre la parole. Je prie les personnes qui participent par vidéoconférence de mettre leur micro en sourdine lorsqu'elles ne parlent pas. Si vous cliquez sur l'icône du microphone, vous pouvez activer l'interprétation et choisir le son du parquet ou l'interprétation en français ou en anglais. Vous verrez cette icône sur votre écran.
Toutes les observations doivent être adressées à la présidence. Je prie les députés présents dans la salle de lever la main lorsqu'ils souhaitent prendre la parole. La greffière et moi-même ferons de notre mieux pour vous voir rapidement et vous donner la parole dans l'ordre. Je vais gérer l'ordre des interventions.
Je vous informe également que je vous donnerai un premier avertissement une minute avant la fin de votre intervention, puis un deuxième avertissement 30 secondes avant la fin de votre intervention pour vous inviter à conclure vos propos.
Conformément à la motion adoptée le mardi 23 septembre 2025, le Comité reprend son étude sur les effets de la politique d'immigration sur les soins de santé et les défis d'intégration des professionnels de la santé formés à l'étranger.
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Est‑ce que tout le monde est d'accord?
(La motion est adoptée.)
La présidente: Il y a consentement unanime. Nous pouvons donc poursuivre.
Je souhaite la bienvenue à nos témoins.
Nous accueillons M. Martin Johansen, maire de la Ville d'Oliver; et Mme Jodi Hall, première directrice générale de l'Association canadienne des soins de longue durée, qui se joint à nous virtuellement.
Vous disposez de cinq minutes pour faire votre déclaration préliminaire.
Nous entendrons d'abord le maire Johansen.
Monsieur le maire, je vous avertirai une première fois une minute avant la fin de la période de cinq minutes, puis une deuxième fois 30 secondes avant la fin de cette période pour que vous puissiez conclure. Si vous ne parvenez pas à dire tout ce que vous voulez dire pendant votre déclaration préliminaire, je suis certaine que vous pourrez le faire en répondant aux questions des membres du Comité.
Veuillez commencer, monsieur Johansen. Vous disposez de cinq minutes.
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Bonjour, madame la présidente. Bonjour aux membres du Comité. Je suis ravi d'être ici aujourd'hui.
Je m'appelle Martin Johansen. Je suis maire de la Ville de Oliver. Je suis également président du district hospitalier régional d'Okanagan-Similkameen, ainsi que vice-président de la SOS Health Care Society — « SOS » signifie South Okanagan Similkameen, ou Okanagan-Sud-Similkameen. Je suis membre du conseil d'administration du comité de direction du SOS PCN, le réseau de santé primaire de SOS.
Mon travail dans le secteur de la santé a commencé lorsque j'ai été élu maire en 2018 et il a évolué au fil du temps. En effet, mon rôle s'est accru en raison des fermetures fréquentes de l'hôpital général d'Okanagan-Sud — 30 fermetures jusqu'à maintenant cette année. Compte tenu du nombre de patients qui n'ont pas de médecin, que l'on estime à 4 500 dans l'Okanagan-Sud — c'est‑à‑dire la région d'Oliver et d'Osoyoos —, notre population a toujours de la difficulté à consulter un médecin en temps opportun et à accéder aux services de santé essentiels.
Les collectivités rurales de l'Okanagan-Sud, notamment celles de Princeton, d'Osoyoos, de Keremeos et d'Oliver, ont de plus en plus de difficulté à recruter des médecins de famille et à les inciter à rester. Malgré une forte collaboration à l'échelle locale, la prestation de soins primaires à long terme est limitée par des lacunes au chapitre de la formation, des suppléants et des infrastructures communautaires, comme le logement et les services de garde d'enfants, qui sont nécessaires pour attirer des prestataires de soins et les inciter à rester.
La charge de travail associée à la pratique en milieu rural complique encore davantage le maintien en poste et le recrutement de prestataires de soins de santé. Dans les petites villes, un seul médecin peut être amené à s'occuper des urgences, des soins maternels, des soins de longue durée et des patients des cliniques, en ne bénéficiant que d'un soutien limité. Pour gérer la charge de travail excessive, le manque d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée et les problèmes de santé mentale liés à l'épuisement professionnel, les prestataires réduisent leur niveau de service, par exemple en renonçant à leurs droits hospitaliers ou en partant vers des collectivités urbaines.
Malheureusement, la fermeture de services d'urgence devient la norme dans les collectivités rurales. Plus tôt cette année, la fermeture d'un service des urgences à Delta a suscité un tollé. Une intervention immédiate du gouvernement provincial a été réclamée. Cependant, les quelques centaines de fermetures de services d'urgence qui surviennent dans les collectivités rurales au cours de l'année ne font même plus les manchettes.
Existe‑t‑il une solution? Il n'y a certes pas de solution miracle qui permettra de résoudre les problèmes de recrutement et de maintien en poste de prestataires du jour au lendemain. Cependant, il devient de plus en plus évident que l'on peut pallier le manque de ressources en soins de santé en faisant appel à des résidents, à des médecins diplômés à l'étranger, à des Canadiens qui étudient à l'étranger et à des professionnels de la santé formés à l'étranger qui vivent au Canada, mais qui n'exercent pas leur profession. Ces professionnels souhaitent exercer leur profession au Canada et sont prêts et disposés à s'installer dans des collectivités rurales, où l'on a désespérément besoin d'eux.
Voici des priorités à examiner: accroître les ressources pour évaluer les candidats en temps utile, enrichir les programmes de formation et simplifier le processus de reconnaissance des titres de compétence. En outre, je pense que la solution doit consister en partie à faire en sorte que les professionnels en question s'installent dans les collectivités où les besoins sont les plus importants.
Le système de santé est soumis à de fortes pressions et je pense que les collectivités rurales sont confrontées à certaines des plus grandes difficultés que connaît le pays. Le vieillissement de la population et la complexité croissante des problèmes médicaux, la charge administrative qui pèse sur les médecins et la difficulté d'obtenir des soins en temps opportun font que l'état de santé de certains habitants s'aggrave et que leurs maladies évoluent à un stade avancé.
Je vous remercie de m'avoir invité à témoigner aujourd'hui. Je répondrai volontiers aux questions des membres du Comité.
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Merci, madame la présidente. Merci aux membres du Comité.
Je vous remercie de me donner l'occasion de comparaître devant vous aujourd'hui pour discuter du secteur des soins de longue durée au Canada et, plus particulièrement, des difficultés auxquelles il est confronté en raison de la pénurie de main-d'œuvre et des possibilités que nous voyons dans le cadre de la politique d'immigration.
L'Association canadienne des soins de longue durée agit en tant que porte-parole du secteur des soins de longue durée au Canada. Elle a pour vision un système durable qui offre des soins de longue durée de qualité à tous et qui permet aux résidants de vivre et de vieillir dans la dignité.
Je voudrais prendre un moment pour remercier sincèrement le personnel de première ligne et les responsables des soins de longue durée qui continuent d'offrir chaque jour des soins et un soutien attentionnés aux résidants et à leurs familles, malgré les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Aujourd'hui, j'aimerais vous parler de la situation actuelle des soins de longue durée et souligner les possibilités d'amélioration particulières qu'offre l'immigration.
À l'heure actuelle, on estime que le nombre de places en établissement de soins de longue durée devra presque doubler d'ici 2035 et que la population canadienne âgée de 85 ans et plus devrait doubler d'ici 2040. Les listes d'attente pour obtenir une place dans un établissement de soins de longue durée atteignent des niveaux records et de nombreuses personnes attendent dans des lits d'hôpital. Cette situation a des conséquences directes sur l'ensemble du système de santé, car la capacité des hôpitaux est limitée, ce qui entraîne souvent l'annulation d'opérations chirurgicales et des retards dans les soins en raison du manque de lits disponibles.
Selon Statistique Canada, près de 25 000 postes étaient vacants dans le secteur des soins de longue durée au troisième trimestre de l'année dernière. Des efforts sont actuellement déployés à l'échelle nationale pour améliorer la collecte de données sur les effectifs dans le secteur des soins de longue durée, ce qui facilitera la planification à long terme et la mise en place de solutions nationales. Cependant, nous avons besoin de main-d'œuvre dès maintenant.
Actuellement, de nombreux fournisseurs de soins de santé formés à l'étranger commencent leur carrière au Canada en tant que préposés aux bénéficiaires dans des établissements de soins de longue durée, tout en suivant les processus de reconnaissance des titres de compétences étrangers. Souvent, des fournisseurs de soins de longue durée offrent un soutien important à ces personnes qui s'installent au Canada, notamment en les aidant à trouver un logement, un moyen de transport et des services de garde d'enfants et en les accompagnant dans le processus de reconnaissance des titres de compétences, en grande partie avec leurs propres ressources.
Le programme du Projet pilote sur la voie d'accès à la mobilité économique suscite un grand intérêt. Il permet d'accueillir au Canada des réfugiés qualifiés pour travailler dans des établissements de soins de longue durée. Toutefois, les délais de traitement sont importants et les coûts rendent la tâche difficile pour de nombreux employeurs du secteur.
Des programmes comme celui des travailleurs étrangers temporaires jouent un rôle déterminant pour résoudre une grande partie des pénuries de main-d'œuvre. Cependant, de récentes modifications qui ont été apportées au Programme des travailleurs étrangers temporaires, notamment les nouvelles exigences en matière d'étude d'impact sur le marché du travail, ont créé des fardeaux administratif et financier importants pour les employeurs, qui doivent suivre le même processus pour chaque travailleur étranger temporaire tous les 12 mois. Pourtant, l'étude d'impact sur le marché du travail vise à évaluer l'impact sur le marché du travail et la pénurie dans le secteur des soins de longue durée est déjà évidente et bien connue à l'échelle nationale.
Cela dit, il existe des possibilités de renforcer la main-d'œuvre dans le secteur des soins de longue durée grâce à des politiques d'immigration ciblées. Nous demandons que les voies d'accès à l'immigration soient élargies et simplifiées, par exemple par la création d'un projet pilote axé sur les soins de santé pour les soins de longue durée. Le projet pourrait s'appuyer sur les points forts du Programme pilote d'immigration des aides de soins à domicile et du Programme d'immigration au Canada atlantique et sur les enseignements qui en ont été tirés.
Par ailleurs, nous demandons la création d'un permis de travail propre au secteur des soins de santé pour lequel une étude d'impact sur le marché du travail ne serait pas nécessaire. À titre d'exemple, le permis de travail pour le programme Mobilité francophone est un modèle qui a fait ses preuves et qui répond au grand intérêt du Canada pour le soutien aux communautés de langue officielle en situation minoritaire. Le même cadre réglementaire pourrait s'appliquer aux soins de santé, un autre secteur d'intérêt national.
Il faut prioriser le traitement des dossiers d'immigration dans tous les programmes pour les personnes qui travaillent déjà dans le secteur des soins de longue durée, ou qui s'engagent à y travailler, tout en réduisant le fardeau administratif pour les employeurs du secteur.
En conclusion, nous comprenons que l'on doit trouver un équilibre entre de nombreuses priorités dans le système d'immigration canadien. Cependant, il est essentiel que nous préservions et renforcions ce qui fonctionne, en particulier dans les programmes qui permettent aux établissements de soins de longue durée de recruter des travailleurs essentiels et de les maintenir en poste.
Pour illustrer mon propos, je vais vous donner un exemple de ce qui se passe actuellement sur le terrain. Une fournisseuse de soins de longue durée formée à l'étranger qui a acquis six années d'expérience aux Philippines a commencé à travailler dans un établissement de soins de longue durée à l'Île‑du‑Prince‑Édouard en novembre 2024 grâce à un permis de travail ouvert. Son permis a expiré en juillet 2025, tandis que sa demande dans le cadre du Programme d'immigration au Canada atlantique était toujours en cours de traitement. Malheureusement, son permis de travail ouvert n'a pas été renouvelé et elle se prépare maintenant à retourner aux Philippines, bien qu'un poste à temps plein soit offert.
C'est précisément le genre de situation que nous devons éviter. Si nous voulons un système de soins de longue durée qui soit viable, nous devons veiller à ce que la politique d'immigration aide les établissements de soins de longue durée à combler leurs besoins de main-d'œuvre — plutôt que de les en empêcher.
Je vous remercie encore une fois de m'avoir donné l'occasion de m'adresser à vous aujourd'hui.
L'une de mes frustrations est la suivante: j'ai un permis de pratique au Manitoba; j'ai également eu un permis de pratique en Ontario pendant quelques années. Il faut passer à travers tout le processus de demande de permis et payer des frais. Aujourd'hui, ce permis coûte 2 500 $ par année. Je pourrais passer de Winnipeg, au Manitoba, à Kenora, en Ontario, où il y a souvent des pénuries. Je pourrais traverser la frontière pendant quelques jours et faire des quarts de travail, mais il faudrait que je conserve un permis de l'Ontario. Si je voulais venir pratiquer quelques jours à Oliver, tout d'abord, je devrais demander un permis de la Colombie-Britannique, puis payer des frais annuels.
Est‑ce qu'un système pancanadien de permis d'exercice, ou un système quelconque où mes titres de compétence seraient reconnus dans une autre province, même si c'était sur une base saisonnière, aiderait les collectivités comme la vôtre?
Madame Hall, merci beaucoup d'être venue.
Dans le cadre de mon travail aux urgences, je constate également les problèmes liés au manque de place en soins de longue durée. Nous avons beaucoup de patients qui se retrouvent à l'urgence parce qu'ils ne peuvent tout simplement plus demeurer à la maison. Ils ne souffrent pas d'une maladie aiguë, alors l'hôpital ne les admettra pas, parce qu'ils ne sont pas malades, mais nous devons leur trouver un endroit où aller. Ils passent souvent plus d'une semaine sur une civière dans un couloir, à l'urgence, jusqu'à ce que nous puissions leur trouver un lit. Nous avons aussi fait face à des difficultés, car notre gouvernement provincial a fermé trois hôpitaux à Winnipeg il y a quelques années et a également annulé une expansion de 6 milliards de dollars dans les soins de longue durée, et nous en ressentons encore les effets aujourd'hui.
Vous avez parlé de la reconnaissance des titres de compétence. Je vous pose la même question que j'ai posée à M. Johansen. Un système qui permettrait la libre circulation des travailleurs, qui leur permettrait de se déplacer d'une province à l'autre, plutôt que d'avoir à demander un permis dans chaque province…? Serait‑il utile qu'il y ait un permis reconnu partout au Canada? Croyez-vous que cela réglerait vos problèmes de dotation?
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Merci, madame la présidente.
Il est assez décourageant d'entendre parler de la réalité que vivent chaque jour les provinces et le Québec ainsi que des défis qu'elles doivent relever.
On se pose des questions sur la capacité des provinces à répondre aux besoins, mais il faut aussi prendre en compte l'état actuel des choses, notamment en ce qui concerne le recrutement et la rétention de la main-d'œuvre ainsi que le sous-financement chronique du secteur de la santé.
Le sous-financement dure depuis des années. Il n'a pas été corrigé lors du dernier front commun des provinces, qui demandaient au fédéral de faire passer sa contribution aux dépenses en santé à 35 % plutôt qu'à 21 %. Cela aiderait énormément, entre autres choses, à la rétention de la main-d'œuvre.
Madame Hall, je ne sais pas comment cela est vécu chez vous, mais, chez nous, il existe beaucoup de problèmes liés à la rétention de la main-d'œuvre, notamment de personnel infirmier.
On a vu apparaître le phénomène des agences privées. Elles doivent leur existence au fait que, dans le réseau public, les infirmières n'ont plus d'environnement de qualité au travail. Elles préfèrent donc perdre des avantages sociaux et du salaire afin de pouvoir exercer leur profession de façon décente.
Comment cela se passe-t-il chez vous?
:
Au Québec, les agences ont fait notamment leur apparition dans le secteur des soins infirmiers. C'est beaucoup en lien avec l'obligation, ou l'intention, du gouvernement en matière de soins de santé. En tout cas, je ne pense pas qu'un gouvernement ou un premier ministre de quelque province que ce soit veuille créer des problèmes en santé. Habituellement, ils veulent les résoudre avec l'argent, les moyens et les ressources dont ils disposent.
On demandait aux infirmières et aux infirmiers de travailler des heures supplémentaires, sans pour autant leur donner la possibilité de refuser. Il s'agissait donc d'heures supplémentaires obligatoires.
Cela a créé un phénomène particulier au Québec. Les professionnels de la santé ont senti qu'ils mettaient la vie de la population en danger. Après avoir travaillé 18 heures consécutives, ils sentaient qu'ils pouvaient faire des erreurs et qu'ils ne pourraient plus assurer la sécurité des patients.
On a donc constaté que cela engendrait du stress. On a vu des infirmiers et des infirmières avoir de sérieux problèmes de santé mentale. Ils vivaient sous pression, ils sentaient qu'ils ne pouvaient pas donner les meilleurs soins possibles aux patients.
La seule chose qu'on avait à leur offrir, c'était de leur refuser de rentrer chez eux. On a alors vu apparaître le phénomène des agences. Elles sont apparues comme de petits champignons. Ces agences recrutaient du personnel et enlevaient au système public des ressources humaines pour les réinsérer dans le réseau de la santé dans des conditions très différentes.
Est-ce que je me trompe? Vivez-vous la même chose dans votre milieu?
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Merci, madame la présidente.
Madame Hall, je vous remercie de vous joindre à nous virtuellement aujourd'hui.
Lors d'une séance d'information en février 2025, votre organisation a noté une pénurie de personnel dans les établissements de soins de longue durée. On y cite Statistique Canada qui parle d'environ 25 000 postes vacants dans le secteur des soins de longue durée. Vous recommandez notamment de « veiller à ce que la planification des ressources humaines en santé tienne spécifiquement compte des soins de longue durée et soit intégrée à la planification sectorielle de la main-d'œuvre de la santé ».
Dans cette optique, le ministère fédéral de l'Immigration a‑t‑il consulté l'Association canadienne des soins de longue durée au sujet du plan d'immigration fédéral de cette année, oui ou non?
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Merci, madame la présidente.
Madame Hall, plusieurs témoins nous ont dit que, pour les professionnels formés à l'étranger, il y a un problème d'arrimage entre les exigences d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et les critères que l'on demande de satisfaire d'une profession à l'autre.
Pour régler ce problème, certains nous ont suggéré de mettre en place un processus d'accompagnement pour ce qu'ils appellent la navigation parmi les règles pour que ces personnes puissent exercer leur profession.
Ils ont aussi dit que les règles comportaient des incohérences.
Que proposeriez-vous pour régler ces problèmes?
:
Oui. Je dois dire que c'est l'un des plus beaux endroits au Canada. L'Okanagan-Sud est une région très touristique.
L'hôpital est situé à moins de 30 minutes de la frontière. Nous avons récemment accueilli plusieurs diplômés de facultés internationales de médecine. Ce sont soit des Canadiens formés à l'étranger, soit des immigrants dont la demande d'immigration a été approuvée en raison de leur formation. Ils nous ont dit que s'il fallait déménager dans une région rurale du Canada pour exercer la médecine, ils le feraient, mais il y a des goulots d'étranglement et des lourdeurs administratives.
Compte tenu des difficultés que vous décrivez pour recruter des médecins dans des endroits comme l'Okanagan-Sud, êtes-vous frustré par le fait que, selon le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, il y a actuellement au Canada au moins 13 000 médecins formés à l'étranger, y compris de nombreux Canadiens, qui ne sont pas autorisés à travailler comme médecins?
:
Ce serait un objectif facilement réalisable. Dans le cas des personnes qui vivent déjà au Canada, nous n'avons pas à nous soucier du processus d'immigration; il suffit de vérifier leurs titres de compétences et de les faire travailler.
Je sais que la Colombie-Britannique a lancé une campagne de marketing de 5 millions de dollars qui vise également à attirer des médecins de l'étranger. Certains des problèmes là‑bas... D'après les discussions que j'ai eues avec la ministre provinciale de la Santé, le plus grand obstacle au recrutement de médecins de l'autre côté de la frontière n'est pas l'attribution de licence, mais l'obtention d'un permis de travail et le processus d'immigration. Nous avons des médecins qui sont au pays, mais que nous ne pouvons pas faire travailler. Nous avons des médecins à l'étranger qui se heurtent également à certains obstacles. On a déjà dit aujourd'hui que l'un des obstacles répétitifs et chronophages est l'évaluation d'impact sur le marché du travail, qui exige que les employeurs prouvent que le poste vacant doit être pourvu par un travailleur étranger.
Je sais que je me suis un peu éloigné du sujet en parlant des médecins qui viennent de l'extérieur de la province, mais il y a une solution simple, ou une occasion à saisir. Étant donné la crise qui frappe nos soins de santé, une exemption pourrait être accordée à ce secteur.
:
Sur le plan personnel, c'est un domaine de travail extrêmement attrayant. Je trouve que c'est très concret et réfléchi. Je pense que le secteur attire une certaine cohorte de fournisseurs de soins de santé qui souhaitent établir une relation à long terme avec les résidents des foyers.
Cela dit, d'autres défis se présentent lorsqu'il faut travailler en situation de pénurie. Les établissements font tout ce qu'ils peuvent pour les éviter, car il peut être incroyablement difficile de répondre aux besoins des résidents lorsqu'il manque de personnel. Comme je l'ai dit plus tôt, c'est souvent là que nous voyons le recours aux solutions à court terme des agences. Nous consacrons beaucoup d'énergie à gérer la concurrence et à fournir le meilleur milieu de travail possible, avec un soutien en santé mentale pour assurer le maintien en poste. Nous dialoguons avec le personnel de première ligne pour qu'il se sente soutenu et ait l'impression que son travail compte vraiment. Ce sont des décisions stratégiques qui sont prises et des efforts qui sont déployés.
En ce qui concerne les possibilités d'immigration, les employeurs du secteur des soins de longue durée jouent un rôle important en accueillant de nombreux nouveaux arrivants sur le marché du travail d'une manière qui les aide à se sentir connectés et soutenus et, en fin de compte, à conserver leur emploi dans l'établissement.
Avant de présenter les témoins, je tiens à vous rappeler quelques détails d'ordre administratif.
Comme vous le savez, la deuxième étude que nous allons mener porte sur les problèmes liés aux antimicrobiens, proposée par M. Thériault. Nous devons soumettre les listes de témoins pour cette étude au plus tard le jeudi 6 novembre, à 16 heures. Ensuite, l'étude suivante serait celle de Mme Chi, le jeudi 13 novembre, sur la souveraineté pharmaceutique. Nous avons besoin des listes de témoins d'ici le 13 novembre, qui est la semaine de congé, au plus tard à 16 heures.
Je vous prie de préparer ces listes, chers collègues, afin que nous puissions avancer sans perdre de temps.
Oui, allez‑y, monsieur Mazier.
:
J'aimerais que l'on maintienne la date fixée, et vous pourrez toujours proposer d'autres témoins par la suite. Merci.
D'accord, je vais donc maintenant présenter nos témoins pour aujourd'hui.
De l'Alberta International Medical Graduate Association, nous recevons Deidre Lake, directrice générale. À titre personnel, nous accueillons la Dre Shazeen Suleman, professeure agrégée de clinique à l'Université Stanford. De la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et infirmiers, nous accueillons Linda Silas, présidente, et Baljinder Singh, membre, Comité consultatif des infirmières et infirmiers formés à l'étranger.
Nous allons commencer. Voici comment nous allons fonctionner. Chaque groupe disposera de cinq minutes — pas chaque personne, mais chaque groupe. Je vous indiquerai lorsqu'il vous restera une minute, puis 30 secondes, pour que vous puissiez conclure. Nous passerons ensuite aux questions des membres du Comité.
Je vais d'abord donner la parole à Mme Lake. Vous avez droit à un maximum de cinq minutes.
Je suis la directrice générale de l'Alberta International Medical Graduate Association. Nous sommes au service des médecins formés à l'étranger partout au Canada en leur offrant de l'orientation ainsi que des programmes et des services pour leur intégration réussie au sein du personnel de la santé. Nous sommes pour ainsi dire un guichet unique pour chaque étape du processus d'obtention d'un permis d'exercice par toutes les voies d'accès au Canada.
Il est primordial que les candidats aient accès aux bonnes mesures de soutien au moment où ils en ont besoin. Notre travail est rendu possible grâce au financement des gouvernements du Canada et de l'Alberta. Nous avons actuellement un bassin de 3 800 membres actifs qui cherchent à obtenir un permis d'exercice ou à faire carrière dans le domaine de la santé. Nous croyons que chaque médecin formé à l'étranger mérite une évaluation juste de ses compétences et de ses connaissances. Je suis convaincue qu'il est possible de mettre en place un processus national permettant d'effectuer rapidement l'arrimage entre les compétences de ces médecins et les besoins en main-d'œuvre.
Une approche éprouvée, utilisée par certaines provinces, est celle de l'évaluation de la capacité à exercer. Dans le cadre de cette voie d'accès, les médecins formés à l'étranger font l'objet d'une évaluation clinique, tout en travaillant en vertu d'un permis provisoire, en vue de déterminer s'ils sont capables d'exercer leur profession de manière indépendante. Les médecins formés à l'étranger qui ne satisfont pas aux critères d'admissibilité ou qui y satisfont, mais ont cessé d'exercer leur profession pendant trois ans ou plus, n'ont pour seules options que de retourner dans leur pays d'origine pour pratiquer de façon indépendante et acquérir une nouvelle expérience récente ou de se livrer concurrence pour le nombre limité de places en résidence dans le cadre du Service canadien de jumelage des résidents.
L'an dernier, 95 % des diplômés en médecine formés au Canada ont bénéficié d'un jumelage en résidence et ont pu s'inscrire à n'importe quel programme de leur choix. En revanche, les médecins formés à l'étranger n'ont pas la possibilité de choisir. Ainsi, en raison du manque de places en résidence, seulement 48 % des médecins formés à l'étranger ont eu droit à un jumelage. En Alberta, les médecins formés à l'étranger doivent faire la preuve d'une présence physique pendant une période donnée. L'Ontario a récemment limité ses places en résidence aux médecins formés à l'étranger qui ont fréquenté l'école secondaire pendant deux ans ou plus dans la province.
Ces restrictions empêchent les médecins formés à l'étranger de soutenir la concurrence à armes égales. Si nous sommes en quête d'excellence, pourquoi ne laissons-nous pas tous les médecins formés à l'étranger admissibles se livrer concurrence pour l'ensemble des places en résidence qui sont offertes? Pourquoi imposer d'autres limites à un groupe qui a déjà des possibilités restreintes au départ, alors même que nous avons besoin de médecins?
Après 20 années de travail avec des médecins formés à l'étranger, je pourrais vous raconter bien des histoires sur la façon dont les coûts liés au permis d'exercice, les évaluations redondantes et répétitives, et les obstacles administratifs aussi inutiles que rigides ont fait en sorte que de nombreux médecins expérimentés n'ont même pas pu se présenter pour une évaluation.
L'un de mes plus récents chauffeurs Uber était un médecin réfugié en provenance de l'Afghanistan. Il ne cherche pas à obtenir un permis d'exercice, mais il se demande bien pourquoi il est jugé dangereux qu'il administre des vaccins. Un médecin de l'Inde, qui a travaillé pendant plusieurs années en Afrique du Sud, a été embauché par la municipalité de Vegreville, en Alberta, mais il a connu des difficultés techniques lors de son examen à distance sur la prise de décisions concernant le traitement. Une interruption du service Internet et la règle « un examen par année civile » ont fait en sorte qu'il ne pouvait reprendre l'examen qu'un an plus tard. Non seulement a‑t‑il a perdu son emploi, mais les patients de Vegreville n'ont pas eu accès à un médecin jusqu'à ce qu'on lui trouve un remplaçant.
Cette année, une quarantaine de nos membres se sont vu refuser la possibilité de poser leur candidature pour une place en résidence en Alberta parce qu'aucune option n'est offerte pour reconsidérer les candidatures qui auraient dû être retenues au départ. Encore une fois, c'est le processus qui prime sur les personnes, et des candidats de qualité ne peuvent même pas concourir.
L'étude que vous menez est cruciale. Nous devons éliminer les obstacles systémiques, passer d'une approche d'exclusion à une démarche d'inclusion, et simplifier les processus afin de permettre aux médecins formés à l'étranger de faire plus rapidement la preuve de leurs compétences. Cela signifie qu'il faut évaluer les médecins formés à l'étranger avant leur arrivée au pays ou dès qu'ils arrivent, déterminer le champ de pratique qui correspond à leur formation et à leur expérience, et faire en sorte qu'ils puissent répondre à nos besoins en main-d'œuvre dans le domaine de la santé.
Nous devons mieux faire pour déterminer qui est en mesure d'accéder directement à la pratique indépendante et qui a besoin d'une formation en résidence partielle ou complète. Il faut augmenter le nombre de pays approuvés en fondant nos décisions sur des données probantes, éliminer la redondance pour ceux qui présentent une demande au Service canadien de jumelage des résidents et offrir des possibilités de transition pour veiller à ce que les médecins formés à l'étranger bénéficient du soutien nécessaire pour travailler à leur plein potentiel et pour que l'on puisse déployer des médecins là où on en a besoin, dans notre intérêt à tous.
Merci.
[Français]
Bonjour, madame la présidente.
[Traduction]
Merci au Comité de nous permettre de comparaître aujourd'hui. Je suis désolée de ne pouvoir être présente sur place.
Comme on vous l'a indiqué, je m'appelle Linda Silas. Je suis infirmière autorisée, fière Néo-Brunswickoise et présidente de la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et d'infirmiers. Nous représentons plus de 250 000 infirmières et infirmiers de première ligne et étudiants et étudiantes en sciences infirmières.
Permettez-moi de commencer par deux vérités toutes simples. Tout d'abord, le recrutement d'infirmières et d'infirmiers formés à l'étranger doit toujours se faire de manière éthique, dans le respect des relations du Canada avec les pays concernés. Deuxièmement, il est clair que les infirmières et infirmiers formés à l'étranger sont confrontés à de sérieux défis au Canada. Seuls 42 % des immigrants travaillant au Canada et titulaires d'un diplôme en soins infirmiers occupent actuellement un poste d'infirmier ou d'infirmière.
Au début de l'année, notre syndicat a publié, en partenariat avec World Education Services, un rapport complet sur les expériences des infirmières et infirmiers formés à l'étranger. Je pense d'ailleurs que vous en avez tous reçu une copie. Ce rapport est le fruit d'ateliers organisés avec des infirmières et infirmiers formés à l'étranger de toutes les régions du pays et d'une analyse complète du milieu. Le rapport a permis de cerner les obstacles auxquels les infirmières et infirmiers formés à l'étranger sont confrontés depuis des années, soulignant notamment la fragmentation des systèmes de délivrance de permis, les frais élevés, les stages cliniques non rémunérés, le manque de mentorat, le manque de soutien en milieu de travail et la discrimination.
Alors même que l'on recense au Canada des dizaines de milliers de postes vacants en soins infirmiers, nous devons trouver un moyen de mieux soutenir l'intégration des infirmières et infirmiers formés à l'étranger. Notre rapport souscrit à cette volonté et formule de nombreuses recommandations en ce sens. J'en citerai trois.
Premièrement, il faut créer un organisme multipartite de collaboration pour contribuer à l'élaboration de stratégies, à la planification et à la coordination des efforts pour que les infirmières et infirmiers formés à l'étranger soient autorisés à pratiquer et intégrés au système en bénéficiant des mesures de soutien nécessaires. Nous pensons que cette tâche devrait être confiée à Santé Canada. Deuxièmement, il faudrait uniformiser le processus d'accréditation des infirmières et infirmiers formés à l'étranger dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada. Troisièmement, il convient de mettre en place des programmes de mentorat et de lutte contre les préjugés afin de garantir que, une fois leur permis obtenu, les infirmières et infirmiers soient bien accueillis et restent dans la profession.
Avant d'aller plus loin, j'aimerais vous présenter Baljinder Singh, membre de notre comité consultatif pour notre récent rapport, qui va nous faire part de son expérience.
:
Madame la présidente et distingués membres du Comité, je vous remercie de m'avoir invité à contribuer à cette importante discussion.
Je m'appelle Baljinder Singh. Je suis un infirmier autorisé formé à l'étranger, et je suis membre du Comité consultatif pour les infirmières et infirmiers formés à l'étranger de la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et infirmiers, et ancien membre du Syndicat des infirmières et infirmiers de la Nouvelle-Écosse. Je travaille actuellement comme chargé de cours à l'École des sciences infirmières de l'Université Dalhousie, à Yarmouth, en Nouvelle-Écosse.
Je suis né en Inde et je suis arrivé au Canada en avril 2017 avec plusieurs années d'expérience en soins infirmiers cliniques et un profond désir de continuer à travailler dans le domaine des soins de santé. Cependant, le retour à ma profession au Canada a été loin d'être facile.
Comme beaucoup d'infirmières et d'infirmiers formés à l'étranger, j'ai dû faire face à des obstacles importants, y compris des exigences de pratique récente, de longs délais de traitement, un manque d'orientation claire et des difficultés financières. Pendant cette période, j'ai dû accepter divers emplois loin de ma profession d'infirmier pour subvenir aux besoins de ma famille. J'ai travaillé au PFK, sur des quais de chargement, comme chauffeur pour Uber, puis comme préposé aux bénéficiaires. Il m'a fallu sept ans pour être autorisé à travailler comme infirmier. J'ai dû obtenir un permis d'exercice aux États-Unis avant que l'on m'en délivre enfin un au Canada.
Malgré ces difficultés, je suis fier d'annoncer qu'avec le soutien de la Régie de la santé de la Nouvelle-Écosse, j'ai réussi à obtenir mon accréditation en tant qu'infirmier autorisé en avril 2023.
Merci beaucoup de m'avoir consacré du temps et permis de raconter mon histoire.
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Merci, madame la présidente.
Je suis heureuse d'être des vôtres et de pouvoir prendre la parole devant tous les membres du Comité. Les opinions que j'exprime aujourd'hui sont les miennes et ne représentent pas celles de l'Université Stanford ni de toute autre organisation.
Je vais prendre quelques secondes pour vous parler de mon parcours. Je suis pédiatre. Je viens de Cambridge, en Ontario, et mes parents sont venus au Canada à titre de réfugiés. Comme on vient de vous le dire, je suis professeure agrégée à Stanford, mais je suis également scientifique affilié au centre MAP pour des solutions de santé en milieu urbain de l'Hôpital St. Michael's de Toronto, où j'ai pratiqué et enseigné la médecine avant de déménager à Stanford il y a trois ans. C'est aussi là que j'ai mis sur pied la clinique Compass, qui s'occupe des enfants et des jeunes vivant en marge de la société, y compris les enfants handicapés et les enfants réfugiés, immigrants et autochtones. En tant que clinicienne-chercheuse, je dirige un laboratoire qui conçoit et met à l'essai des interventions auprès de ces enfants et de leurs familles afin de réduire les disparités en matière de santé.
Il y a trois points dont je souhaite vous faire part aujourd'hui. Premièrement, je vous demande de ne jamais oublier qu'aucun enfant ne choisit d'être un immigrant ou un réfugié. Ce sont des choix qui sont faits pour eux. En 2036, près de la moitié des enfants du Canada seront des immigrants de première ou de deuxième génération qui devront composer avec les conséquences de décisions prises par des adultes.
Deuxièmement, en tant que pédiatre canadienne, je dois, tout comme vous, travailler suivant les modalités établies par la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant, qui a été ratifiée par le Canada en 1991. Cette convention reconnaît sans équivoque les droits de tous les enfants qui vivent au Canada, quel que soit leur lieu de résidence ou leur statut d'immigration, et surtout le fait qu'ils ont tous droit à des soins de santé. Pourtant, de nombreux enfants au Canada n'ont pas un accès fiable à de tels soins et aux programmes visant à les garder en santé. Il s'agit notamment d'enfants qui vivent en milieu rural ou éloigné, dont beaucoup sont autochtones, et qui peuvent devoir prendre plusieurs vols simplement pour se rendre à un établissement de santé. Il s'agit aussi d'enfants ayant des troubles du développement qui attendent des années pour accéder aux thérapies spécialisées dont ils ont besoin. Il y a également les enfants qui ne peuvent pas avoir accès à l'Allocation canadienne pour enfants ou qui sont séparés de leurs parents, même s'ils sont eux-mêmes citoyens de ce pays.
Il faut aussi souligner la situation des enfants réfugiés qui ne peuvent pas trouver de fournisseur de soins qui accepte des patients dans le cadre du Programme fédéral de santé intérimaire. Lorsque nous avons sondé tous les pédiatres au Canada, moins du quart d'entre eux connaissaient ce programme, et seulement 16 % savaient comment l'utiliser. Par conséquent, de nombreuses personnes qui pourraient en bénéficier ne savent pas comment s'y prendre et attendent que leur état se détériore gravement avant d'obtenir des soins. Ces gens‑là se retrouvent alors dans nos salles d'urgence au titre d'un problème de santé qui aurait pu être évité.
Cela m'amène à mon troisième et dernier point. En tant que signataire de la Convention des Nations unies, le Canada a l'obligation de veiller à ce que tous les enfants vivant sur son territoire profitent du même niveau d'accès à des soins de santé de qualité, indépendamment de l'endroit où ils résident ou du statut d'immigration de leurs parents. Nous pouvons tirer des leçons de la province de Québec, qui a étendu la couverture de l'assurance publique à tous les enfants qui y vivent, indépendamment du statut d'immigration de leurs parents, en vertu du projet de loi 83. Dans toutes les autres provinces, ces enfants n'ont pas accès à des soins.
Pour un pédiatre, il est aussi inacceptable que désolant de voir des enfants souffrir. Notre système défaillant est préjudiciable pour tous les enfants du Canada et, ce faisant, pour l'avenir de notre pays. Ayant exercé aux États-Unis et au Canada, en milieu urbain comme en secteur rural, je suis honteuse de devoir vous avouer que j'ai pu fournir de meilleurs soins aux enfants et aux jeunes immigrants aux États-Unis que je ne pourrai jamais le faire au Canada, et ce, grâce à un meilleur accès aux programmes publics d'assurance-maladie et à des processus plus faciles pour l'intégration des professionnels de la santé formés à l'étranger.
Il ne fait aucun doute qu'il y a une pénurie de fournisseurs de soins primaires dans notre pays. Permettre aux cliniciens qualifiés formés à l'étranger, y compris aux Canadiens qui rentrent au pays, de pratiquer au Canada est certes une piste de solution intéressante à ce chapitre.
J'ai dit que j'avais trois points dont je voulais traiter, mais j'aimerais en ajouter un quatrième. Les enfants des réfugiés et des immigrants sont comme moi. Ils sont fiers d'être canadiens et déterminés à faire du Canada un pays encore meilleur pour tous ceux qui y vivent. Nous devons leur offrir l'occasion de le faire.
Je vous remercie de votre attention.
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C'est une bonne question.
Il a été question de moderniser le processus d'évaluation. On demande, par exemple, des évaluations davantage centrées sur les compétences. Prenons le cas d'un urologue. À l'heure actuelle, les spécialistes doivent passer la partie un de l'examen qualificatif, ce qui les oblige à réétudier tous les champs de la médecine, alors qu'ils ne sont peut-être pas habilités à exercer dans les domaines qui ne sont pas le leur. Pour ces médecins, cela ralentit le processus d'évaluation. On comprend donc l'importance de tenir compte de leurs compétences individuelles. Il convient en effet d'avoir les bons outils pour évaluer leurs compétences et leur formation et veiller à la sécurité des patients.
Il y a bien des choses qu'on pourrait changer au CaRMS aussi. Certains doivent y faire une demande tous les ans et produire chaque fois les mêmes documents. Ils doivent passer un examen d'anglais, par exemple, tous les deux ans, et un test de leurs caractéristiques personnelles chaque année. Ils doivent passer trois évaluations s'ils font une demande en médecine familiale, et ce, dans la mesure où il reste des places. Les contrôles se répètent donc d'une année à l'autre, ce qui n'allège pas le processus et décourage certains d'entre eux de continuer à faire des demandes.
La crise des soins de santé ne s'arrête pas aux frontières. Une spécialiste des soins de longue durée, Jodi Hall, témoignait pendant la première partie de la réunion. La crise frappe les soins de longue durée, mais aussi les hôpitaux et les communautés.
La charge de travail et l'environnement de travail sont cruciaux. Il faut changer notre culture des soins de santé parce que les infirmières, les médecins et les autres professionnels de la santé quittent le navire. Ils s'en vont. Seulement en soins infirmiers, Statistique Canada rapporte 30 000 postes vacants. Certains quarts de travail sont vides en raison de cette pénurie. Il faudrait environ 60 000 nouvelles infirmières demain matin pour pourvoir les postes en question, et je suis certaine que des statistiques pourraient être invoquées pour les médecins et les autres professionnels des soins de santé.
À propos du personnel infirmier diplômé à l'étranger, comme je l'ai mentionné dans ma déclaration liminaire, 42 % de ces titulaires de diplôme en soins infirmiers qui se trouvent au Canada ne travaillent pas. C'est complètement absurde. Je ne suis pas une experte de la réglementation, mais je connais très bien les problèmes du milieu de travail, et je sais que le milieu a besoin de ces infirmières. Il faut donc trouver des moyens de régulariser leur situation beaucoup plus vite et de les accueillir dans les communautés.
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Merci, madame la présidente.
Monsieur Singh, je voudrais vous dire que je suis totalement ébloui par votre parcours. Votre détermination et votre persévérance témoignent assurément de votre excellence dans l'exercice de votre profession. On dit que cette profession est une vocation, et vous en êtes la preuve. Je suis ravi de voir qu'il y a des gens de votre qualité au sein de la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et infirmiers.
Cela étant dit, je vais maintenant m'adresser à Mme Silas.
Madame Silas, vous avez parlé un peu de l'importance du mentorat pour assurer un accueil dans les milieux. Selon Catherine Gail Montgomery, qui est la directrice scientifique de l'équipe intitulée « Migration et ethnicité dans les interventions en santé et en services sociaux », la reconnaissance des diplômes et des acquis est certainement un défi. Elle dit aussi qu'il y a surtout un défi concernant l'intégration dans les milieux de vie une fois que cela est fait, parce qu'il y a des obstacles possiblement systémiques.
Quelles sont vos observations là-dessus?
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Merci, monsieur Thériault.
Vous avez touché juste. Quand on parle de mentorat, on parle automatiquement de mentorat clinique. Il s'agit d'aider les gens à s'adapter à leur milieu dans les hôpitaux et les foyers de soins. Cependant, notre personnel formé à l'étranger a aussi besoin d'un mentorat culturel.
Comme vous le savez, je viens d'une région très rurale du Nouveau‑Brunswick, où il est très difficile pour quelqu'un qui a été formé à l'étranger de travailler dans un hôpital. Cela prend non seulement un mentorat clinique, mais aussi un mentorat culturel. C'est ce qui fait que les personnes restent.
Par exemple, il y a des usines de poisson, dans ma région, où il y a beaucoup d'immigrants du Mexique. On a donc bâti des restaurants et des épiceries qui offrent des spécialités mexicaines, et les personnes restent. On doit penser de la même manière dans toutes nos communautés et dans tous nos domaines de travail.
Plusieurs témoins sont venus nous parler de la difficulté liée au recrutement de personnel infirmier. Cela fait 30 ans que j'entends parler de la question de la reconnaissance des diplômes. Des gens ont vécu des drames humains parce qu'on n'a pas été assez rapide pour les intégrer. Aujourd'hui, il y a une pénurie de main-d'œuvre, et on se décide finalement à agir. Là-dessus, je trouve qu'on a raté le coche.
Au sujet du recrutement dans le domaine des soins infirmiers, on entend dire qu'il est plus difficile de former des étudiantes et des étudiants. En tout cas, c'était le cas au Québec il y a à peine cinq ans.
Est-ce que cette tendance se poursuit?
Que faut-il faire pour retenir la main-d'œuvre? Les conditions de travail se sont tellement détériorées.
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Merci encore, monsieur Thériault.
Dans les écoles de soins infirmiers, nous n'entendons pas parler de difficultés quant au recrutement d'étudiants. Le problème, c'est qu'après la remise du diplôme, ils ne veulent pas travailler à temps plein. Ils acceptent des postes occasionnels ou à temps partiel, parce que la dotation en personnel est problématique et qu'il y a une surcharge de travail.
On assigne trop de patients aux infirmières et infirmiers. Ils ne peuvent pas faire un bon travail, alors ils partent. De plus, il n'y a aucune flexibilité.
C'est pour ça que nous encourageons les gouvernements à réglementer le nombre de patients par infirmière ou infirmier, au Québec et partout ailleurs au Canada. Les infirmières ou les infirmiers qui travaillent dans une spécialité vont alors savoir de combien de patients ils peuvent prendre soin de façon scientifiquement sécuritaire.