Bienvenue à la 18e réunion du Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes.
Conformément au Règlement, la réunion d'aujourd'hui se déroule sous forme hybride. Certains députés sont présents dans la salle et d'autres participent à distance au moyen de l'application Zoom.
J'aimerais formuler quelques observations à l'intention des députés et des témoins. Veuillez attendre que je vous nomme avant de prendre la parole. Puisque tout le monde est dans la pièce, levez la main si vous voulez parler. Je vous rappelle que tous les commentaires doivent être adressés à la présidence. Merci de votre coopération.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le lundi 15 septembre 2025, le Comité reprend son étude sur l'idéologie antiféministe.
Avant d'accueillir nos témoins, j'aimerais vous avertir que nous allons discuter de thèmes et d'expériences en lien avec l'idéologie antiféministe. Les sujets abordés peuvent déclencher des réactions chez les personnes qui nous regardent et qui ont vécu des expériences similaires. Si les participants se sentent bouleversés ou s'ils ont besoin d'aide, je les prie de s'adresser à la greffière. Il est important que tous les témoins et tous les députés soient conscients que ces discussions sont difficiles. Nous devrons donc nous efforcer de faire preuve de compassion dans nos échanges.
J'aimerais maintenant souhaiter la bienvenue aux témoins.
[Français]
Nous recevons Mme Marie‑Eve Carignan, qui est professeure titulaire au Département de communication de l'Université de Sherbrooke, ainsi que cotitulaire et directrice du Pôle médias de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violents.
[Traduction]
Nous recevons également Liza Lorenzetti, professeure agrégée à la faculté de travail social de l'Université de Calgary.
[Français]
Nous commençons par les déclarations préliminaires.
Madame Carignan, vous avez la parole pour cinq minutes.
:
Merci, madame la présidente.
Chers membres du Comité, je vous remercie de m'avoir invitée à témoigner et à prendre la parole aujourd'hui.
J'aimerais prononcer brièvement quelques mots sur nos travaux à la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violents en lien avec l'antiféminisme, parler du rôle des médias et présenter quelques recommandations que je pourrais vous suggérer pour les travaux du Comité.
La Chaire UNESCO‑PREV s'intéresse à l'antiféminisme, qui est un contre-mouvement d'opposition au mouvement féministe associé largement à l'androsphère. Cette dernière comprend diverses communautés antiféministes, telles que les Men's rights activists, les Pickup artists, les Men Going Their Own Way ou les incels, pour n'en nommer que quelques-uns.
La Chaire s'intéresse à ces groupes pour plusieurs raisons. D'abord, les communautés de l'androsphère promeuvent des discours qui sont parfois très haineux, violents et qui peuvent conduire au viol, au suicide, au meurtre, à une montée de l'intolérance, à une détérioration du vivre-ensemble et à des actes de terrorisme.
Quelques-unes de nos activités de recherche nous permettent précisément de travailler sur le sujet de l'antiféminisme. Depuis quelques années, la Chaire a notamment mis en place une veille en ligne. Nous avons donc une douzaine d'auxiliaires de recherche qui travaillent chaque semaine à suivre les différentes communautés ainsi que le lien entre les influenceurs et les différents discours qui sont propagés en vue de pouvoir les prévenir, informer nos partenaires, travailler en prévention et faire de la recherche-action appliquée à ces enjeux.
Nous travaillons aussi à mieux comprendre les différentes initiatives internationales de prévention des discours haineux envers notamment les communautés LGBTQ+, puisqu'on observe un lien entre les discours anti-LGBTQ+ et les discours antiféministes.
La Chaire est aussi appelée à donner beaucoup de conférences et de formations à des associations, des syndicats et des organisations qui nous parlent de leurs préoccupations sur différents sujets, notamment de la montée de l'antiféminisme. Nous essayons de les outiller afin qu'ils puissent mieux faire face à ces phénomènes.
Mon collègue David Morin vous a mentionné lundi dernier que nous avions présenté une étude dans laquelle nous proposions aux répondants l'énoncé voulant que le féminisme soit une stratégie visant à permettre aux femmes de contrôler la société. Nous avons observé une adhésion particulièrement forte chez les jeunes hommes anglophones. Ces résultats sont confirmés par plusieurs autres études. D'ailleurs, encore cette semaine, Sidaction a publié les résultats d'une étude menée en France qui montre que les jeunes hommes sont très influencés par l'androsphère et les discours en ligne d'influenceurs.
Je veux mettre en lumière un autre élément qui ressort de cette étude. Si nous voyons que le nombre de répondants qui sont d'accord avec l'énoncé est assez stable, nous remarquons que le nombre d'hésitants est en hausse. En effet, le nombre de personnes qui hésitent devant l'énoncé voulant que le féminisme soit une stratégie pour contrôler est passé de 6,7 % à 11 % chez nos répondants. Ces résultats s'inscrivent dans une tendance générale à la méfiance envers les institutions officielles et à une hésitation devant ces discours de désinformation, qui montre qu'il faut prévenir un basculement potentiel vers la désinformation chez les publics.
Les réseaux sociaux numériques sont particulièrement importants pour diffuser ces discours et donner de la visibilité à des influenceurs qui militent pour des notions de masculinité hautement performatives et extrémistes et qui promeuvent des idées régressives et sexistes. Les réseaux sociaux numériques créent des communautés qui renforcent les croyances et les perceptions antiféministes, qui peuvent se partager des idées, des discours, se donner des façons d'agir et donc renforcer leurs croyances.
On sait que les jeunes sont exposés largement à ces influenceurs. NETendances a signalé que 60 % des jeunes suivent au moins un influenceur en ligne. Les idées extrêmes qui appartenaient auparavant à des communautés marginales sont maintenant véhiculées sur des plateformes grand public et s'inscrivent dans une tendance dominante.
Compte tenu de ces discours, les médias traditionnels ont aussi un rôle vraiment important à jouer, parce qu'ils peuvent mettre en lumière ces problèmes sociaux, informer les populations, la société, les décideurs politiques et les parents du problème.
Cependant, ils doivent le faire de la bonne façon, notamment en donnant de la visibilité aux experts qui s'intéressent au sujet et en étant très prudents dans la mise en scène d'influenceurs qui veulent gagner de la visibilité et de la crédibilité dans les médias traditionnels et en évitant de mettre en lumière des discours qui risquent de devenir très acceptables et de s'inscrire dans une tendance dominante. Ils doivent aussi trouver les bons termes, puisqu'on observe toute une évolution dans le discours journalistique sur, par exemple, la façon de parler des drames familiaux que nous qualifions aujourd'hui de féminicides, puisque ce sont des meurtres qui ciblent des femmes parce qu'elles sont des femmes.
Il y a donc toute une réflexion à faire, qui m'amène à vous proposer les recommandations suivantes.
D'abord, il faut mieux financer les médias traditionnels afin qu'ils puissent mieux traiter des sujets, mais il faut aussi former les journalistes pour qu'ils puissent mieux couvrir ces enjeux.
Ensuite, il faut encadrer les discours haineux en ligne, protéger les jeunes des effets pervers des réseaux sociaux numériques, miser aussi sur la prévention, notamment par l'inoculation psychologique et la démystification préventive.
Nous pourrons en reparler, mais il faut prévenir en amont les discours pour mieux y faire face. Il faut inclure aussi les notions d'égalité hommes-femmes et outiller les enseignants pour les aider à gérer ces discours.
Enfin, je crois que c'est vraiment important de financer la recherche pour faire de la veille en ligne, comme le fait notre équipe, et analyser les discours de ces écosystèmes.
Merci beaucoup.
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Merci beaucoup de m'avoir invitée.
Je suis une occupante d'origine italienne née sur les terres du peuple Kanien'kehá:ka, les Mohawks. Depuis 30 ans, je vis sur les territoires traditionnels des Pieds-Noirs et des nations du Traité no 7, et je reconnais les premiers gardiens de cette terre.
J'ai l'honneur de comparaître sur le territoire des Anishinabe, dont l'initiative de l'homme bienveillant, enracinée dans les enseignements des sept grands-pères, est un exemple inspirant d'engagement masculin dans la prévention de la violence et un plan directeur dont nous pouvons tous nous inspirer. Le cœur de mon travail repose sur la lutte contre les séquelles persistantes du colonialisme, du patriarcat et des systèmes racisés qui façonnent les enjeux sociaux auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui. Je suis ici avec le soutien de ma communauté.
L'idéologie antiféministe n'est pas une nouveauté. L'un des moments marquants de ma vie a été le 6 décembre 1989. J'étais alors étudiante à l'Université McGill. Ce jour‑là, 14 femmes à l'École Polytechnique de l'Université de Montréal ont été séparées des hommes et assassinées, car la société permettait — et c'est encore le cas aujourd'hui — le ressentiment envers les femmes, la mise en avant de la victimisation des hommes malgré la hausse des taux de violence conjugale et sexuelle envers les femmes et les filles, et l'approbation de manière quasi sectaire de l'autoritarisme masculin.
J'ai fait partie des personnes qui ont repris possession du campus, malgré les menaces de danger. Cependant, comme beaucoup d'occupants, je n'étais pas au courant que des milliers de femmes et de filles autochtones et de personnes bispirituelles disparues ou assassinées ne reçoivent ni justice, ni attention médiatique, ni reconnaissance que leur vie compte. Ces expériences m'ont fait comprendre que la misogynie et le colonialisme peuvent être utilisés comme des armes.
L'antiféminisme a toujours inclus des idéologies racistes, homophobes, transphobes et coloniales ainsi que des interprétations théocratiques rigides des rôles genrés. Aujourd'hui, ces phénomènes prennent encore plus d'importance chez nos jeunes en raison de l'insécurité économique, de la crise climatique, de la polarisation politique et de l'univers numérique, où la misogynie génère d'énormes profits. Ce sont les jeunes, en particulier les jeunes hommes qui se sentent déconnectés, non représentés ou anxieux face à l'avenir, qui sont ciblés.
En tant que professeure à l'université et mentore, je suis témoin de l'anxiété et du sentiment de désespoir de la génération Z chez mes étudiants. La profondeur de ces sentiments est reflétée dans les mots de mon fils de 17 ans, qui m'a dit que les jeunes se tournent vers les écrans parce que le monde réel est terrifiant. Cette crainte est soulignée dans l'étude canadienne de Galway et Field sur les jeunes et l'anxiété climatique; 73 % estiment que l'avenir est « effrayant » et près de la moitié sont d'avis que « l'humanité est condamnée ».
Avec l'augmentation du chômage chez les jeunes, qui s'élève maintenant à près de 15 %, une étude récente d'Ipsos montre que 80 % des jeunes Canadiens estiment qu'être propriétaire d'une maison est réservé aux riches. En tant qu'adultes plus âgés, nous devons nous demander ce que nous faisons pour créer des espaces d'espoir, de compassion, d'équité, de responsabilité relationnelle et de possibilités, particulièrement pour les jeunes marginalisés.
Au cours de mes 35 années de travail social consacrées au soutien des femmes et des enfants touchés par la violence conjugale, la guerre, le racisme systémique et le dénuement économique, j'ai constaté que l'idéologie antiféministe est profondément ancrée dans des structures qui entravent le bien-être économique, imposent des tropes de genre, contrôlent la diversité de genre et entérinent la violence. Notamment, la forme la plus répandue et la moins abordée, comme je l'ai dit, vise les femmes et les filles autochtones ainsi que les personnes bispirituelles. L'absence de progrès par rapport aux 231 appels à la justice touche non seulement les jeunes autochtones, mais aussi les jeunes non autochtones, et nous avons quelques recommandations à ce sujet.
Ma recherche principale sur la prévention porte sur des groupes communautaires, culturellement éloquents, dirigés par des pairs, qui intègrent le bien-être comme approche visant à prévenir la violence dans les programmes avec les hommes, les femmes et les familles. Cette recherche intersectionnelle, menée conjointement avec des communautés ethnoculturelles, repose sur les forces communautaires.
En 2020, nous avons lancé la communauté de pratique internationale Transforming Masculinities, qui est désormais présente dans 11 régions. Elle souligne la nécessité de recourir à des solutions communautaires globales, ancrées dans les cultures; les avantages de la participation des jeunes en encourageant la paternité et en fournissant des modèles; et la nécessité de s'attaquer aux problèmes systémiques et non seulement aux comportements individuels.
L'été dernier, nous avons étudié la situation des hommes de la génération Z. Pour ce faire, nous avons mené un sondage à petite échelle en Alberta, principalement auprès d'hommes de cette province. Le sondage a été mené conjointement avec Charles Panabaker, étudiant en travail social. Certains résultats sont dignes de mention: 54 % des répondants reçoivent des messages sur le genre principalement en ligne, mais moins de 10 % estiment que les influenceurs sont leur principale ressource; 80 % déclarent avoir des modèles positifs, mais seulement 25 % ont quelqu'un à qui parler de leurs difficultés; seulement 42 % — et c'est un constat important — soutiennent l'égalité des genres et seulement 46 % croient en la création d'espaces sécuritaires pour les femmes; et 83 % disent que les questions de genre sont trop politisées.
Ces résultats indiquent un manque de connexion, d'appartenance, de représentation et de responsabilisation qui peut accroître la vulnérabilité à la misogynie numérique, aux discours extrémistes et à l'idéologie antiféministe qui existent dans la sphère masculiniste, et qui sont amplifiés par des influenceurs qui, en réalité, tirent profit du système capitaliste en misant sur la peur et la polarisation.
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Merci, madame la présidente.
Je vous remercie, mesdames Carignan et Lorenzetti, d'être avec nous.
J'ai envie de creuser un peu ce sillon. L'étude dont nous sommes saisis émane d'une motion que j'ai déposée. Cet été, j'ai eu un échange avec une enseignante du secondaire qui m'a confié avec effroi qu'elle avait eu plus d'une conversation avec des étudiantes de première et de deuxième année du secondaire. Ces jeunes filles de 13 ou 14 ans lui ont confié qu'elles ne voyaient pas la pertinence de poursuivre leurs études puisqu'elles allaient être vouées à élever leurs enfants. L'enseignante les a questionnées en leur demandant quelle en était la raison et s'il s'agissait d'un projet identitaire. Les jeunes filles avaient une voix chorale en répondant que ce serait plus simple.
Est-ce qu'on commence à comprendre un peu?
On a parlé évidemment dans ce comité de l'impact que cette tendance antiféministe avait chez les jeunes hommes. On a parlé des groupes LGBTQ+, qui en subissent aussi les conséquences.
Qu'est-ce que ça crée chez les jeunes femmes, la montée de ce mouvement, madame Carignan?
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Merci beaucoup. Je vais répondre en anglais, parce que ce sera un peu plus facile pour moi.
[Traduction]
Je crois que nous devons créer des mesures de protection en ligne. La loi sur les préjudices en ligne, c'est‑à‑dire le projet de loi qui a été présenté, n'a pas encore été finalisée et adoptée. Nous devons établir des mesures de protection. Nous devons créer des politiques.
De même, quelles autres solutions offrons-nous aux jeunes? Tout le monde est occupé. Tout le monde gagne de l'argent. Les parents en ont plein les bras. Par ailleurs, les jeunes passent de plus en plus de temps en ligne. Je pense que le groupe des adolescents y consacre neuf heures. Vous avez sûrement lu cela dans les statistiques. Quelles solutions de rechange offrons-nous?
Je pense que le gouvernement devrait jouer un rôle de leadership pour dire qu'il y a des possibilités ici, qu'il y a de la positivité, qu'il y a une communauté et qu'il y a des choses que les jeunes peuvent faire et bâtir et desquelles ils peuvent faire partie en dehors de l'environnement en ligne. On ne va pas leur interdire l'accès en ligne. Cela n'arrivera pas, mais en même temps, quelles solutions de rechange positives leur offrons-nous?
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Tous ces genres de discours relayés dans les médias grand public normalisent des discours qui ne devraient pas l'être. Parfois, ça rend acceptables des discours qui ne le sont pas. On observe ce phénomène sur différents sujets.
Nous travaillons sur différents extrémismes et nous nous sommes intéressés au discours sur le grand remplacement. Nous constatons que, à force de parler dans les médias traditionnels de l'immigration comme si c'était une stratégie visant à remplacer les Blancs, c'est comme si ce discours, qui était auparavant marginal et relevait de la théorie du complot, est maintenant normalisé comme un débat de société.
C'est donc la même chose pour les discours antiféministes. Quand on s'autorise à insulter, de façon décomplexée, les femmes et les journalistes dans les médias traditionnels, cela rend la chose beaucoup plus acceptable, ou, du moins, crée la perception d'une normalisation sociale.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Mesdames les témoins, je vous remercie beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. Vos témoignages confirment par des chiffres et des faits à quel point le problème est majeur.
Madame Carignan, en tant que bachelière en études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke — c'est mon alma mater —, je suis très intéressée par vos travaux. Cependant, je trouve la situation extrêmement inquiétante.
Je vais poser des questions complémentaires à celles qui ont déjà été posées.
D'abord, votre collègue M. Morin a parlé de guerre des sexes.
À l'émission Tout le monde en parle, nous avons vu des influenceurs, mais, en contrepartie, nous avons aussi vu des « épouses traditionnelles », ce qui a beaucoup fait jaser.
Nous avons eu à ce moment-là une belle démonstration du phénomène, complémentaire à votre discours, des femmes qui appuient ces mouvements antiféministes, masculinistes. D'ailleurs, c'était correct de le montrer.
Pouvez-vous nous parler davantage du mouvement du mâle alpha?
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C'est cela. En fait, il y a de moins en moins de ressources dans les médias, notamment les médias communautaires, qui ont parfois un seul journaliste.
Ce que je veux dire, c'est qu'ils ne peuvent pas faire du travail d'enquête, traiter des problèmes de fond en trouvant les bons experts, en expliquant bien les problèmes pour la population. La façon de traiter les problèmes et de faire des choix quant aux mots utilisés, c'est vraiment important. Pour ce faire, ça prend des ressources, ça prend du financement pour les médias traditionnels.
C'est très préoccupant. Beaucoup de gens continuent de s'informer sur les plateformes des réseaux sociaux qui, eux, véhiculent la désinformation. Comment peut-on combattre ça, quand il y a des plateformes qui ne véhiculent plus d'information?
Le Centre d'études sur les médias a diffusé les résultats du Digital News Report, qui montre qu'une portion importante de Canadiens continue de s'informer sur les plateformes des réseaux sociaux, notamment Facebook et Instagram. Même si, en ce moment, ces plateformes ne diffusent plus de nouvelles provenant des médias, les gens continuent d'y aller pour s'informer.
Or, qu'ont-ils en ligne? Ils ont des influenceurs, notamment des influenceurs antiféministes qui diffusent de l'information. Une partie de la population confond ce qui est disponible comme contenu en ligne avec de l'information professionnelle.
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C'est important, parce que les discours haineux en ligne peuvent pousser à l'acte violent par la suite. Ces discours portent atteinte à d'autres droits et libertés prévus dans la Charte canadienne des droits et libertés. On doit donc protéger les droits et les libertés de la personne.
Pour ce faire, ces discours doivent être encadrés, un peu comme les médias le sont, car ils ne doivent pas diffamer ni porter atteinte à d'autres droits. Le fait de laisser en ligne des contenus qui portent atteinte aux droits de la personne est très problématique. Il faut encadrer très fortement les discours haineux en ligne. Il y a également les discours violents, qui peuvent conduire à des passages à l'acte en dehors des réseaux sociaux. Je crois qu'il faut réfléchir à la façon d'encadrer ces contenus-là.
La désinformation, c'est complexe à encadrer, puisque la vérité peut changer nos connaissances. Par contre, il n'y a aucun doute qu'il est très facile d'encadrer des contenus haineux et violents, des contenus qui visent les jeunes, et notamment de la cyberpornographie en ligne. Il y a des contenus qu'on peut plus facilement encadrer et qu'on devrait encadrer sans hésitation.
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Il est certain que les mouvements exploitent l'anxiété, le sentiment d'insécurité quant à l'avenir et l'idée selon laquelle l'humanité est condamnée, dont j'ai parlé plus tôt. Les jeunes se demandent ce qu'ils devraient faire.
Il est intéressant de discuter avec certains de mes jeunes étudiants, car le mouvement des femmes traditionnelles est naturellement, à mes yeux, un mouvement antiféministe. C'est antiféministe, haineux, etc. Certaines jeunes femmes me disent que c'est le cas, mais qu'elles sont dépassées, épuisées. Elles ne savent pas à quoi consacrer leur énergie. Elles disposent donc d'une option. C'est une option pour les femmes.
Je pense que la crise économique qui touche profondément les jeunes fait partie de la solution. On ne peut pas la séparer de la solution, car plus les femmes ont d'options, moins elles sont susceptibles de s'engager dans une relation qui ne leur donnera pas de voix.
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Je pense qu'un grand nombre d'études ont été menées à ce sujet. Ce n'est pas mon domaine de recherche, mais j'ai remarqué les produits qui sont vendus en ligne. On utilise l'insécurité des jeunes hommes comme une arme pour les pousser à dépenser de l'argent. En tant que femme dans la cinquantaine, ce n'est pas quelque chose de nouveau pour moi. C'est une réalité pour les femmes depuis très longtemps.
Combien d'argent pouvez-vous dépenser? Il y a le mouvement « looksmaxxing ». Comment obtenir un rendez-vous? Comment être une personne recherchée par les femmes? Il y a une association entre le mouvement « looksmaxxing », la vente du bien-être masculin sous quelque forme que ce soit — parfois sous forme de poudres de protéines ou de diverses autres activités que les hommes doivent faire, comme les routines de conditionnement physique — et le dénigrement des femmes. C'est là où se trouve le problème. Les routines de conditionnement physique et le bien-être ne sont pas de mauvaises choses. Nous en avons tous besoin, mais il y a un lien entre ces aspects et la domination. Le problème réside dans la domination.
C'est pourquoi certains hommes, surtout les jeunes, consultent ces sites Web. Ils veulent s'améliorer. Ils cherchent une raison d'être ou souhaitent se mettre en forme. Petit à petit, on voit qu'ils se trouvent dans cette soi‑disant sphère masculiniste, où des idéologies très problématiques sont associées à leur bien-être. Pour atteindre le bien-être, ils doivent dominer, et c'est là le problème.
Je pourrai fournir certaines études plus tard, si vous le désirez.
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C'est la même chose, puisque des influenceurs ont été mis de l'avant et qu'on voit, dans le documentaire, des liens vers leurs pages de réseaux sociaux. Forcément, ça a mis en lumière ces influenceurs. Voilà tout le problème.
On doit trouver le juste équilibre dans la façon de traiter ces enjeux sociaux. Ils sont hyper importants, et on doit les traiter. Cependant, on doit le faire en évitant de donner la parole à des gens qui veulent faire percer de tels discours auprès du grand public et qui veulent faire accepter ou banaliser des idées qu'on ne devrait pas normaliser.
Je pense que c'est là que la ligne est parfois très mince. Le sujet du documentaire Alphas était très pertinent, et il devait être abordé, tout comme les documentaires de Mme Clermont‑Dion, par exemple. Cependant, on voit la différence entre un documentaire mettant en lumière des experts et des personnes qui subissent, et un documentaire mettant en lumière des influenceurs qui cherchent un écho.
Je crois que c'est là qu'on doit avoir une réflexion sur le rôle des médias et sur les pratiques journalistiques. On le voit très bien quand on compare ces deux styles de documentaires. Les journalistes sont importants, mais il faut trouver la bonne façon de traiter le sujet.
Je crois que c'est un bon exemple.
Mme Ménard a dit tantôt que des politiciens tenaient parfois des discours un peu grossiers envers les femmes. Je crois que l'un des rôles des politiciens est de donner l'exemple. En effet, si on adopte ou qu'on banalise des discours violents ou des discours haineux envers les minorités de genre, envers les femmes ou envers des groupes ethniques, on banalise aussi un enjeu de société. Les politiciens doivent avoir un langage respectueux, et ils ne doivent pas banaliser la violence et les agressions.
Les politiciens doivent aussi dénoncer les contenus haineux et violents, parce que, évidemment, ils y sont eux-mêmes exposés. Plusieurs de mes collègues ont travaillé sur le cyberharcèlement envers les élus, un phénomène hyper préoccupant. On voit que ce type de harcèlement est aussi genré. On doit dénoncer le fait qu'il y a des contenus très genrés et haineux envers les politiciens sur les réseaux sociaux.
Ces contenus sont également dirigés vers les scientifiques. Je reçois des commentaires très différents des commentaires reçus par mes collègues masculins, malheureusement. Il faut donc dénoncer ça pour faire prendre conscience à la société que les institutions n'acceptent pas ce genre de discours.
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J'ai mentionné plus tôt une étude de Sidaction réalisée en France au mois de novembre. Cette étude montre que les jeunes de moins de 18 ans sont largement exposés aux influenceurs en ligne qui ont des discours antiféministes. Ils en suivent plusieurs, et ils sont très clairement atteints par ces discours.
On voit aussi, dans nos données, que les jeunes fréquentent largement les réseaux sociaux numériques. De plus, plusieurs études au Canada montrent que les jeunes suivent des influenceurs en ligne et que les influenceurs ciblent les jeunes.
Il y a donc des communautés d'influenceurs qui ciblent les jeunes et qui leur font subir du cyberharcèlement. Ils peuvent les amener à commettre des crimes violents, à commettre des gestes violents envers des animaux, à s'automutiler ou, parfois, à se suicider. Il y a des mouvements qui ciblent les jeunes en ligne. On pense au réseau 764, par exemple, qui vise vraiment les jeunes. Si on n'intervient pas sur les contenus haineux et violents en ligne, on met nos jeunes à risque. On voit qu'il y a une augmentation des activités de ces groupes. Il y a eu des arrestations dernièrement, notamment à Halifax.
Il y a vraiment des contenus qui ciblent les jeunes. C'est pourquoi les contenus violents et haineux en ligne sont une préoccupation pour l'ensemble de la société, mais particulièrement pour les jeunes, qui sont vulnérables et qui n'ont pas toujours un esprit critique ou les ressources pour savoir ce qu'ils doivent faire par rapport à des menaces. Ces groupes ont très bien compris comment menacer les jeunes, les intimider et leur faire peur pour les pousser à agir et à commettre des actes de violence contre eux-mêmes ou contre leurs proches.
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Nous sommes de retour pour entendre notre deuxième groupe de témoins.
Est‑ce que tout le monde pourrait revenir à la table? Merci beaucoup.
Passons aux témoins de notre deuxième groupe.
Nous recevons Michael Kehler de la chaire de recherche Études sur la masculinité dans l'éducation de la Werklund School of Education de l'Université de Calgary. Bienvenue, monsieur.
Nous recevons également Sue Bookchin, directrice générale de Be the Peace Institute, par vidéoconférence.
Je vous rappelle que vous devez adresser vos remarques à la présidence et attendre que je vous nomme avant de prendre la parole.
Chacun de vous disposera de cinq minutes pour formuler ses observations liminaires. Je serai d'une grande aide. Quand il vous restera une minute, je vous montrerai le carton jaune. Quand il vous restera 30 secondes, je vous montrerai le carton rouge, puis je vous dirai gentiment: « Votre temps est écoulé ».
Nous allons commencer avec vous, monsieur Kehler. Vous disposez de cinq minutes.
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Je remercie le Comité de m'avoir invité à témoigner et à parler de l'idéologie antiféministe.
Je suis honoré de discuter avec vous d'un sujet qui a profondément marqué ma vie et motivé mes travaux de recherche, à savoir l'intersection entre la masculinité et l'idéologie antiféministe. Je vous parle aujourd'hui en tant que chercheur dont les travaux sur la masculinité s'étendent sur 25 ans. De même, je m'adresse à vous en tant que père, fils et frère qui a directement subi l'effet dévastateur des pressions liées au genre qui touchent les garçons et les hommes dans nos relations genrées.
Mon père est décédé quand j'avais six ans. Ma mère a élevé quatre garçons. Quand j'avais 18 ans, mon frère aîné était en deuxième année du programme de commerce à l'Université Queen's. Il a mis fin à ses jours à 20 ans. Mon père s'est également suicidé. J'ai été témoin de la masculinité et de l'impact dommageable que des versions étroites et restrictives de la masculinité peuvent avoir et ont à ce moment critique, alors que nous nous penchons sur l'idéologie antiféministe.
Mes recherches portent sur la masculinité, le pouvoir et l'interaction genrée entre les jeunes, les enseignants et le programme que nous enseignons, tant à l'école que dans nos facultés d'éducation. En bref, mes travaux portent sur les garçons, les hommes et les enjeux et incluent, sans s'y limiter, l'homophobie, la violence fondée sur le genre, l'alliance inclusive, la santé mentale, la formation des enseignants et les hommes comme agents de changement. Les études que j'ai menées examinent le contexte socioculturel dans lequel les garçons et les hommes « agissent » en garçons, c'est‑à‑dire les façons dont les garçons et les hommes interprètent et expriment leur masculinité non pas à cause de leur biologie, mais en raison de leur choix.
En 2018, l'American Psychological Association a mis à jour ses lignes directrices pour tenir compte d'un corpus croissant d'études révélant que la masculinité n'est pas déterminée par la biologie, mais bien construite socialement, c'est‑à‑dire que les garçons et les hommes sont façonnés par les environnements et les pressions qui les entourent. Le problème n'est pas simplement que les garçons agissent comme des garçons.
Les garçons et les hommes gèrent et négocient des structures de pouvoir entre eux, qui déterminent les formes de masculinité qui sont saluées, valorisées et validées et les attitudes et comportements associés aux hommes qui sont rejetés, marginalisés et ostracisés.
Les hommes et les garçons veulent être intégrés au groupe des « garçons ». Ils veulent être acceptés. Les hommes et les garçons sont motivés par la peur de ne pas être perçus comme de vrais hommes. On parle ici des insécurités des hommes et de l'incapacité de ces derniers à composer avec des versions restrictives de la masculinité.
L'idéologie antiféministe n'est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, ce sont l'ampleur, les espaces et les lieux où se manifeste de plus en plus l'expression ouverte et publique des opinions antiféministes avec un degré d'arrogance que nous n'avions pas observé depuis longtemps. On constate une augmentation du nombre de garçons et d'hommes dont les opinions, les attitudes et les croyances associées à la masculinité s'enracinent et se répandent dans nos classes, sur les terrains de jeux, dans les vestiaires, dans les établissements sportifs et, oui, sur Internet et dans la sphère masculiniste.
La série récente Adolescence diffusée sur Netflix offre un aperçu des enjeux intersectionnels que nous constatons lorsque nous réfléchissons à l'idéologie antiféministe. La sphère masculiniste, qui consiste en de nombreux espaces en ligne qui encouragent et véhiculent des croyances et attitudes antiféministes, est un autre espace numérique où l'idéologie antiféministe n'est pas contrôlée, portée par une politique d'extrême droite affirmant que les hommes et les garçons doivent reprendre le pouvoir et affirmer leur domination et leur contrôle.
Nous devons perturber, remettre en question et interroger ces pressions visant à endosser, à respecter et à exercer une masculinité dominante. Ce faisant, nous devons aussi reconnaître que les hommes et les garçons ont le pouvoir d'être différents des autres garçons.
Les influenceurs masculinistes d'Internet font la promotion de la haine, de la domination et de la violence et encouragent les hommes à reprendre et à réaffirmer le discours de la masculinité dominante. Les messages d'extrême droite antiféministes selon lesquels les hommes sont laissés pour compte à cause des femmes et des minorités creusent encore davantage le fossé idéologique entre les sexes et blâment les femmes et l'égalité des genres comme source de tout mal.
Dans le cadre de cette conversation cruciale sur l'idéologie antiféministe, nous devons prendre conscience de l'effet préjudiciable de l'encouragement de la haine et de la discrimination chez les garçons et les hommes. Nous devons être conscients du pouvoir de ces attitudes et comportements chez les hommes et les garçons qui semblent tenter de récupérer le privilège masculin jugé revenir de plein droit aux hommes.
Je vous remercie.
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Bonjour, et merci beaucoup.
Je suis la directrice générale d'un organisme à but non lucratif situé en Nouvelle‑Écosse, en milieu rural qui est entièrement voué à mettre fin à la violence fondée sur le genre et à démanteler les forces systémiques et sociales qui font qu'elles perdurent.
J'aimerais parler de la convergence de certaines forces qui, selon moi, rendent les jeunes particulièrement vulnérables en ces temps polarisants: la violence et l'exploitation sexualisées; la disponibilité de la pornographie en ligne; des idéologies extrémistes hautement misogynes et inextricablement liées à la violence fondée sur le genre et aux pertes massives; et l'univers en ligne comme principal vecteur de ces dynamiques. Une perspective genrée est nécessaire parce que les filles et les jeunes de genres divers sont les plus à risque de subir des préjudices, et ces préjudices sont commis principalement, mais pas exclusivement, par des hommes conditionnés à la normalisation de la violence misogyne.
Dans son rapport final, la Commission des pertes massives de la Nouvelle‑Écosse a évoqué que les opinions stéréotypées de la masculinité et les perceptions de menaces à la masculinité étaient fortement liées à la violence fondée sur le genre et la violence de masse commises par les hommes. La misogynie est un trait commun chez les auteurs de violences de masse, entre autres facteurs de causalité. Des opinions antiféministes et extrémistes sont exprimées dans leurs écrits, manifestes ou activités en ligne, et les caractéristiques du mouvement des célibataires involontaires, dont on a parlé, incluent la haine explicite à l'égard des femmes et la croyance que celles‑ci ne méritent ni respect, ni sécurité, ni égalité. Le mouvement repose sur la suprématie masculine, et les Nations unies décrivent la misogynie comme une porte d'entrée vers d'autres formes d'extrémisme.
La sphère masculiniste — on en a également parlé dans les espaces en ligne — est un moyen de manipuler les jeunes hommes pour qu'ils adhèrent à ces idéologies. On entend parler d'une épidémie de solitude et d'isolement, particulièrement chez les garçons, et à mesure que les attentes liées aux rôles selon le genre évoluent vers une amélioration de l'égalité et de la représentation des femmes, les garçons et les jeunes hommes essaient de trouver leur place. Ils peuvent donc se retrouver dans des espaces en ligne à la recherche d'un sentiment de communauté et d'appartenance, où ils rencontrent des influenceurs sur les réseaux sociaux comme Andrew Tate et ses opinions extrêmes misogynes et hypermasculines; des discours haineux; de la violence et de l'exploitation sexuelles; et des idéologies d'extrême droite. Andrew Tate compte des millions d'abonnés, principalement de jeunes hommes et garçons. D'après un récent communiqué de presse du Service canadien du renseignement de sécurité, il est de plus en plus vrai que les enfants et les jeunes sont entraînés dans la violence, motivée par des idéologies et des visions du monde extrêmes, et ce phénomène est accéléré par la technologie et les plateformes en ligne.
Selon le récent rapport de l'organisme White Ribbon, Boys are at Risk, 75 à 95 % des enseignants et des professionnels de la jeunesse ont remarqué l'expression d'idéologies radicales par des garçons et des hommes. Ils s'inquiètent du contenu nuisible en ligne ciblant les jeunes garçons, et ils ont été témoins de comportements misogynes en classe.
En Nouvelle‑Écosse, la vérificatrice générale a publié un rapport sur la violence dans les écoles de la province. Elle a constaté une augmentation de 60 % de la violence au cours des sept dernières années, ce qui a des conséquences graves et durables. À ma connaissance, le rapport n'était pas fondé sur une approche sexospécifique, mais la violence sous forme d'intimidation, de cyberintimidation et de comportements discriminatoires mène à une augmentation spectaculaire de l'absentéisme et de l'évitement scolaire dans tout le Canada. Encore une fois, ces effets viennent s'ajouter à l'isolement et à l'anxiété des jeunes, qui peuvent se tourner vers les espaces en ligne et le jeu vidéo pour obtenir un sentiment de communauté, où les algorithmes les entraînent profondément dans ce genre d'idéologies extrémistes.
Dans le livre Génération anxieuse, l'auteur Jonathan Haidt parle de la détérioration de la santé mentale des adolescents, principalement depuis l'intégration du téléphone dans l'enfance. Les taux de dépression, d'anxiété, d'automutilation et de suicide ont fortement augmenté au cours de la dernière décennie, à l'ère des téléphones intelligents, des médias sociaux et des grandes entreprises technologiques, qui ont une incidence sur le développement social et neurologique de nos enfants.
On parle peu de la pornographie en ligne. Elle prend en otage le cerveau des enfants. Ce qu'on appelait autrefois la pornographie explicite est désormais normalisé. Ce contenu est intrinsèquement misogyne et extrêmement violent envers les femmes. Les hommes et les femmes apprennent à accepter cette mauvaise conduite normalisée. Elle change leur cerveau. Elle combine l'activité sexuelle et la violence et elle prépare les jeunes à être désensibilisés à la violence sexualisée. Des prédateurs rôdent également sur ces sites. On parle d'urgence de santé publique.
L'industrie de la pornographie représente plusieurs milliards de dollars. Lors d'une grande conférence de pédiatrie organisée par l'hôpital Izaak Walton Killam, j'ai été horrifiée par les statistiques alarmantes concernant la violence sexualisée entre enfants. La dépendance des ados...
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Je remercie beaucoup les deux témoins d'être des nôtres.
Monsieur Kehler, l'antiféminisme existe depuis quand même un certain temps.
Comment se fait-il que, au cours des 10 ou 15 dernières années, l'antiféminisme ait pris une telle ampleur?
Comme le dit l'expression québécoise, « le pain a pris ». Cette espèce d'antiféministe a pris forme chez les garçons et les jeunes hommes.
L'explique-t-on uniquement par un plus grand accès à Internet et par une multiplication des plateformes?
Y a-t-il d'autres explications à ce phénomène?
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Je vais être honnête avec vous. Pendant toutes les réunions qui ont porté sur cette étude, j'étais un peu perplexe. Ce que je vois encore et encore, d'une manière plus inconsciente, ce sont des témoins et des experts qui trouvent des excuses plutôt que de parler des responsabilités. Ils attribuent le phénomène aux médias sociaux, à l'endoctrinement, au mouvement des célibataires involontaires et au mouvement Men going their own way. Il y a toujours une raison. Où est la responsabilisation?
Monsieur Kehler, pensez-vous que les femmes, qui subissent de la violence depuis des générations — depuis la nuit des temps, je dirais —, ont le même levier, la même capacité à être des victimes? Disons-nous plutôt tout à coup, avec la naissance de ce mouvement et le fait que nous sommes si éveillés à bien des égards, que nos garçons et nos hommes sont en fait les victimes, que ce sont eux qui sont endoctrinés?
Pouvez-vous commenter là‑dessus, s'il vous plaît? Dites‑moi comment on peut aider à régler ce problème.
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C'était une question magnifique et chargée. Je vais essayer d'y répondre.
Je pense que ce que nous devons faire — et j'ai essayé de le dire dans ma déclaration liminaire — c'est reconnaître que les garçons et les hommes ont le pouvoir et le contrôle. Ils ont le pouvoir de changer leurs attitudes et comportements. Ils sont responsables de leurs gestes et nous devons être très prudents pour ne pas les laisser être simplement des garçons. À bien des égards, ce que nous devons faire, c'est d'engager des conversations avec les garçons. Si cela crée un malaise, eh bien, il y aura un malaise. Ils doivent l'accepter et comprendre à quel point cela crée un malaise pour les autres.
J'espère que je réponds à votre question. Je pense qu'en tant qu'éducateurs, enseignants et parents, nous avons la responsabilité de démontrer ce qu'est le respect. Nous avons la responsabilité de faire preuve d'équité en classe.
J'étais récemment dans une classe quand un jeune m'a décrit un incident d'intimidation survenu dans un vestiaire; un autre enfant a été frappé avec des balles et des remarques homophobes lui ont été adressées. Après cette discussion, l'enfant qui était dans la même pièce est venu me chercher et m'a dit: « Michael, c'est à moi qu'on a lancé la balle. C'est moi qui ai été ostracisé. » Il m'a dit qu'il m'était reconnaissant d'avoir reconnu l'existence du type d'intimidation qui a lieu dans nos écoles et dans les vestiaires.
Ce que je vous dis, c'est que cet enfant, pour moi, était ouvert et a reconnu la situation. Il s'est identifié lui‑même dans ce contexte. Ce que j'ai vu et ce que je sais, en tant qu'enseignant d'anglais au secondaire — j'en étais un auparavant —, chercheur et parent, c'est la capacité que nous avons de mobiliser les jeunes pour qu'ils assument la responsabilité de leurs gestes et de ce qu'ils font.
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Monsieur Kehler, j'ai trois frères. Je suis la seule fille de ma famille et j'ai aussi trois neveux. Le bon sens, c'est qu'on ne fait pas de mal à quelqu'un. Dans ma famille, c'est ainsi. J'ai eu des combats de lutte avec mes frères sans problème. Dans ma famille, on ne considère pas le genre comme un facteur de différenciation.
Je comprends l'idée de cette approche de bon sens en classe, dans notre façon de fonctionner en tant que société. Toutefois, quand nous créons, comme nous l'avons fait ces 100 dernières années, un club réservé aux hommes... et maintenant, au fil des décennies, nous avons vu le mouvement #MoiAussi, les dossiers Epstein, le mouvement Men going their own way et les célibataires involontaires. Je ne pense pas que ces phénomènes soient nouveaux. Je pense qu'ils commencent simplement à être mis en lumière et qu'on dit maintenant qu'ils existent.
Selon vous, que pouvons-nous faire, en tant que société et en tant que gouvernement, pour lutter contre la mentalité de club réservé aux hommes afin d'assurer l'égalité des chances pour tous?
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Je ne suis pas certaine que j'emploierais le terme « efficace ». Il s'agit d'un problème complexe et redoutable, et bon nombre d'organisations communautaires et de partenariats tentent de trouver des moyens de s'y attaquer.
Récemment, en Nouvelle‑Écosse, un nouveau programme d'études a été adopté pour les élèves du primaire à la 12e année, et il y a un plus grand nombre d'initiatives dans les universités sur la prévention de la violence et les relations saines.
Il faudra du temps non seulement pour intégrer ces initiatives à tous les niveaux scolaires de façon adaptée au développement, mais aussi pour former les enseignants afin qu'ils se sentent à l'aise avec la matière. Ce genre de travail est souvent confié à un enseignant qui a du temps dans son horaire, plutôt qu'à des personnes spécialement formées pour mobiliser les jeunes à certaines conversations très sensibles.
Il y a aussi une initiative ici appelée « GuysWork ». Elle offre un forum au sein duquel les garçons peuvent discuter, pendant l'école, de questions liées à la masculinité et d'enjeux qui peuvent souvent être normalisés. Ce projet semble prometteur.
Je pense qu'il s'agit d'un changement générationnel. Certaines forces ciblant nos jeunes de part et d'autre créent, de par leur nature, une dépendance. C'est ce que font les algorithmes en ligne.
Il existe aussi un programme appelé « Caring Dads », qui travaille avec des hommes ayant des enfants pour que ces derniers apprennent à devenir de meilleurs pères.
Il y a beaucoup d'initiatives. Je trouve toutefois que nous n'avons pas beaucoup d'études longitudinales. Si nous avions un programme dans les écoles du primaire à la 6e année, disons, comment pourrions-nous suivre ces enfants tout au long de leur adolescence pour voir si le programme a eu une incidence sur eux?
Nous essayons un grand nombre de choses différentes, mais je ne pense pas que nous disposions de beaucoup de bonnes données ni de recherches à long terme sur ce qui fonctionne.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Monsieur Kehler, moi aussi, j'ai été très touchée de votre témoignage. Vous avez eu l'occasion d'exprimer à quel point ce problème est important. Il faut se préoccuper de cette question et voir quelles sont les causes de cette montée de l'antiféminisme pour ne pas que ça devienne une guerre des sexes, tant pour les femmes victimes que pour les hommes. Il faut absolument le voir de cette façon.
Malheureusement, nous voyons que notre dernière rencontre pour cette étude aura lieu la semaine prochaine. Après avoir écouté les témoignages aujourd'hui, je pense qu'il y aurait lieu de prolonger cette étude. Je pense que nous pourrions parvenir à un terrain d'entente.
Pour mon dernier tour de questions, madame la présidente, j'aimerais proposer une motion. Nous pourrons, bien sûr, discuter, échanger et trouver une voie ensemble pour simplement poursuivre cette étude. On se rend compte que lorsqu'on va en profondeur avec des témoins, on pense à d'autres témoins qu'on aimerait faire venir pour aborder d'autres questions.
Ma motion est ainsi rédigée:
Que le Comité ajoute trois rencontres supplémentaires à l'étude en cours sur l'antiféminisme, afin de permettre l'audition de témoins additionnels et l'approfondissement des enjeux soulevés;
Que ces rencontres soient programmées à la prochaine occasion disponible dans le calendrier du Comité;
Que le greffier prenne les mesures nécessaires pour inviter les témoins et organiser les séances.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Mes collègues et moi apprécions énormément l'étude que nous menons présentement. Je pense que c'est assez évident que nous sommes très engagés.
Par contre, beaucoup d'autres études et beaucoup d'autres motions sont en attente.
Nous voyons mal, madame la présidente, comment nous pourrions inscrire ces deux ou trois prochaines rencontres dans un calendrier qui est déjà très serré.
Nous étions aussi dans l'attente de la comparution de deux ministres, qui ne sont jamais venus. Il faut faire avancer les travaux. Pour ces raisons, malheureusement, de notre côté, nous serions en désaccord sur cette motion.
Compte tenu des témoignages que nous avons entendus et les mémoires qui vont nous être transmis, il nous semble que nous devrions avoir une bonne vue d'ensemble pour rédiger un rapport cohérent et intéressant.
Nous comprenons le fait que la motion a été déposée. Toutefois, compte tenu du délai et du temps qui nous est imparti à ce comité, je ne pense pas que nous ayons le temps de prolonger cette étude.
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Je remercie ma collègue de la suggestion. Cette étude me passionne, et le sujet m'affole. Plus j'en apprends, plus je me rends compte qu'on doit continuer de creuser cette question. Ce sujet a des ramifications dans l'ensemble des études auxquelles on semble s'intéresser au sein de ce comité.
J'adhère complètement à la pensée de ma collègue Mme Vien, à savoir qu'il y a énormément de pain sur la planche. Par contre, il demeure que cette étude est importante, selon moi. J'ai l'impression qu'on en comprend d'autres.
Je suis en faveur de la motion que ma collègue Mme Larouche vient de déposer. Je suis très sensible aussi au fait que nous avons beaucoup de travail devant nous. Nous sommes ambitieux dans ce comité, et c'est une de nos qualités, je pense. Toutefois, j'ai l'impression que, parfois, on ouvre quelque chose pour découvrir à quel point on n'en connaît pas tant que cela.
Cette étude n'a pas beaucoup de précédents. Selon ce qui a été étudié dans les derniers parlements, je pense qu'on ouvre un nouveau chapitre. En ce sens, je suis en faveur de prolonger cette étude, alors que le sujet est encore frais dans notre mémoire. Nous sommes dans la foulée de quelque chose. Il me semble que, quatre rencontres, c'est bien court pour continuer d'approfondir ce sujet.
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En fait, je viens de réfléchir à un avantage en ce qui concerne le calendrier. Nous aurons une rencontre en sous-comité la semaine prochaine pour débattre des prochaines études. Nous savons que celle-ci va se terminer. Toutefois, nous nous retrouverions à étudier deux rapports à notre retour en janvier, alors que nous pourrions étudier un rapport à la fois. Je pense que nous pouvons tout à fait donner des instructions pour le rapport sur l'article 810.
Au retour des Fêtes, nous pourrions tenir une réunion avec des témoins pour mener une étude en parallèle. Ensuite, nous pourrions tenir une autre réunion en fonction de notre horaire.
Nous pourrions établir un calendrier pour continuer l'étude sur l'article 810. Nous pourrions aussi terminer la présente étude pour éviter d'avoir à étudier deux rapports en même temps. Si nous donnons deux instructions pour le rapport, mercredi, nous allons nous retrouver à étudier deux rapports en même temps au retour des Fêtes.
À la limite, nous pourrions terminer une étude et étudier le rapport d'une autre étude déjà terminée. Nous pourrions alterner, en quelque sorte, entre les deux études. Je vois mal comment nous pourrions étudier deux rapports en même temps, à notre retour. En procédant ainsi, cela nous permettrait d'étudier un seul rapport à la fois, c'est-à-dire celui sur l'article 810, tout en terminant les travaux d'une autre étude.
Ensuite, nous pourrions terminer le rapport relatif à l'étude sur l'antiféminisme et, peut-être même, commencer une autre étude qui serait adoptée lors de la réunion du Sous-comité la semaine prochaine.