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Merci beaucoup, madame la présidente.
Je remercie mes collègues d'avoir accepté que nous puissions discuter de cette motion importante en séance publique.
Je rappelle les faits.
Nous avons commencé une étude sur la sécurité des femmes au regard du Code criminel, plus précisément de son article 810, et des modifications législatives découlant de l'adoption des projets de loi et à la Chambre des communes.
Dans le cadre de cette étude, nous avons tous et toutes convenu que nous voulions recevoir et entendre le et le . Cette demande n'était pas frivole. Elle était justifiée par l'incontournable apport que pouvaient fournir ces deux ministres à l'étude de notre comité. Cet apport est important pour notre analyse, parce que nous allons formuler des recommandations qui pourraient changer un certain nombre de choses, notamment dans le Code criminel.
Nous avons tenté à plusieurs reprises de convaincre le ministre de la Justice et le ministre de la Sécurité publique de venir nous rencontrer. Je sais que nos collègues libéraux vont tenter d'amoindrir le choc en disant qu'ils n'ont pas tout à fait refusé. Or, le fait est qu'ils ont refusé de venir nous rencontrer dans le cadre de cette étude, point barre. S'il y en a qui pensent que de venir au mois de janvier ou de février peut faire la même chose, c'est faux. Nous avons terminé l'étude. Nous avons entendu tous les témoins et reçu tous les mémoires. Nous sommes rendus à l'étape de donner des directives aux analystes. Ce ne sera plus le temps, en janvier ou en février, de recevoir des ministres.
Ai-je besoin de rappeler que le ministre de la Justice lui-même parle d'une hausse de l'incidence de la criminalité d'environ 41 %? Ce n'est pas Dominique Vien qui le dit, ni les membres du Comité. C'est le ministre de la Justice lui-même qui l'a dit, il y a deux semaines à peine.
Ce que nous demandons, ce n'est pas la mer à boire. Nous demandons aux ministres de venir s'asseoir ici une heure. Une heure, ce n'est pas beaucoup dans un agenda. Nous pouvons concéder que les ministres sont très occupés. J'ai moi-même occupé un poste de ministre pendant longtemps, alors je sais ce que c'est. Or, dans ce cas-ci, nous avons demandé à des ministres de venir s'asseoir avec nous à ce comité, pour nous faire part de leur expérience et pour entendre ce que nous avons à leur dire en vue d'améliorer le sort et la sécurité des femmes. Je ne peux pas croire qu'ils n'aient pas trouvé une heure de leur temps pour venir nous rencontrer. Je le répète, s'ils viennent au mois de janvier ou de février, ce sera trop tard, l'étude sera terminée.
Donc, voici la motion que je propose aujourd'hui. J'en ai donné avis il y a plusieurs jours, et même quelques semaines. Alors, tout le monde a pu en prendre connaissance. La motion est la suivante:
Étant donné que Gary Anandasangaree, ministre de la Sécurité publique, et le ministre de la Justice, Sean Fraser, ont reçu deux invitations distinctes du Comité et ont refusé de comparaître, le Comité exprime sa déception à l'égard des ministres et demande que leur refus de rendre des comptes aux parlementaires et aux Canadiens soit signalé à la Chambre.
Merci.
Je tiens à remercier ma collègue d'essayer de conclure l'étude que nous sommes en train de mener.
Je suis nouvelle ici. L'étude devait durer cinq jours. Nous sommes rendus au quatrième jour, parce que des témoins n'ont pas été… Nous n'avons reçu qu'un seul témoin. Nous essayons de reporter leur comparution. Pouvons-nous modifier la durée de l'étude?
J'ai eu connaissance de la correspondance avec les cabinets des deux ministres, et j'ai essayé, avec la greffière, de trouver des dates qui conviendraient. Je sais que le a comparu devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale le 9 octobre, puis de nouveau le 23 octobre. Il a ensuite comparu devant le Comité permanent des affaires autochtones et du Nord le 5 novembre, puis il est retourné devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale le 6 novembre pour deux heures. Il était déjà pris aux dates qui auraient pu nous convenir.
Nous voulons que les ministres viennent. Aucune communication ne fait part de refus catégorique. Il était plutôt question de dates différentes, et je sais que la greffière… Je leur demanderais probablement de bien vouloir nous expliquer pourquoi ils ont convenu, dans une des lettres, d'une date dans la deuxième moitié de janvier ou en février. Ils n'ont jamais indiqué ne pas vouloir répondre. En fait, après avoir entendu parler de la situation il y a quelques semaines, j'ai très rapidement communiqué avec mon collègue de la Nouvelle-Écosse, le . Il a dit qu'il allait venir, mais que les dates n'étaient pas encore fixées. Il n'a jamais dit qu'il ne prévoyait pas venir.
Je suis nouvelle, et je pense qu'il s'agit d'une étude de grande envergure. Nous avons dû rajuster un peu nos attentes concernant l'échéancier. Pourrions-nous le modifier, en collaboration avec les ministres? Au lieu d'avoir… il faut que ce soit fait en temps opportun. Je pense que la correspondance entre la greffière et l'un des cabinets des ministres indiquait qu'il pensait venir d'ici le 13 février ou quelque chose du genre. Ce serait probablement une bonne façon d'entendre les ministres, une chose que nous voulions tous au départ. Il faudrait ajuster l'échéancier de quelques semaines, car il s'agit d'une étude importante.
Pouvons-nous plutôt reporter les instructions de rédaction que nous allions donner aujourd'hui? Je pense que cela est également lié à une discussion sur… Je sais que d'autres comités — parce que je siège à deux comités et demi en ce moment —, mènent des études simultanées pour accommoder de telles situations, et ce, avant même que l'hiver ne devienne mauvais, pour ceux qui veulent comparaître en personne.
À mon avis, si nous examinions la suggestion… Beaucoup d'excellentes motions ont été déposées. Pouvons-nous mener des études simultanées pour combler certaines séances afin de recevoir les témoins que nous voulons vraiment entendre — les deux ministres dont on parle dans l'amendement? C'est ce que je voulais dire en ce qui concerne des études simultanées — changer le calendrier pour leur permettre de venir.
Ce n'est pas comme s'ils avaient… Ils n'ont pas dit non. Nous avons des lettres qui démontrent que leurs cabinets n'ont pas dit non, ils n'ont pas dit qu'ils ne voulaient pas venir nous voir. Ils disent plutôt avoir parlé avec la greffière et que les dates ne correspondaient simplement pas à l'échéancier de l'étude. C'est de cela que je voulais discuter.
J'ai déjà été enseignante, et il faut être prête à changer nos plans. Si nous examinions la possibilité de modifier le calendrier pour permettre aux ministres… Ce ne sont que les dates que j'ai trouvées très rapidement au sujet du et qui correspondaient au créneau horaire de notre comité. Je pense qu'il y a moyen de travailler tous ensemble pour adapter le calendrier afin d'entendre les témoignages auxquels nous tenons vraiment.
Cela dit, si nous allons de l'avant avec la motion et que nous ne voulons pas parler de modifier le calendrier ou l'échéancier, puis‑je proposer des amendements?
On peut y lire: « Étant donné que , ministre de la Sécurité publique, et le ministre de la Justice, , ont reçu deux invitations distinctes du Comité ». Puis‑je, s'il vous plaît, supprimer le mot « deux » pour que la phrase se lise comme suit: « ont reçu des invitations distinctes du Comité »?
De plus, j'enlèverais « et ont refusé de comparaître », parce qu'ils n'ont jamais refusé de comparaître. Tout était une question d'horaire.
Je conserverais donc « le Comité exprime sa déception à l'égard des ministres » et j'arrêterais là. Je supprimerais tout le reste.
J'apporterai quelques précisions. L'étude était censée durer cinq réunions. La motion d'étude demandait expressément la comparution du et du . Vous vous souvenez peut-être qu'au départ, le ministre de la Justice a dit qu'il ne viendrait pas, mais qu'il enverrait des fonctionnaires de son ministère. Le ministre de la Sécurité publique a dit qu'il ne viendrait pas, mais que nous pourrions recevoir les fonctionnaires de son ministère. Le Comité a ensuite écrit une deuxième lettre au ministre de la Sécurité publique pour préciser les domaines qui seraient importants. Évidemment, avec un féminicide tous les deux jours et une augmentation de 76 % des agressions sexuelles, on pense au ministre de la Justice, qui s'occupe du Code criminel, et au ministre Anandasangaree, responsable de la sécurité publique.
Par la suite, le nous a fait savoir qu'il viendrait la première semaine de décembre. Cela aurait bien cadré avec l'échéancier de l'étude, mais je l'ai rencontré jeudi, et il m'a dit qu'il ne pourrait pas venir avant la nouvelle année, alors que l'étude serait terminée.
Nous discutons maintenant d'un amendement de Mme Fancy visant à supprimer le chiffre « deux », à supprimer « ont refusé de comparaître », et à conclure en disant simplement que le Comité exprime sa déception à l’égard des ministres.
Madame Nathan, vous êtes la prochaine sur la liste.
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Merci, madame la présidente.
Comme vous le dites toujours — pour vous citer —, nous sommes maîtres de notre comité. Nous pouvons faire ce que nous voulons. À la lumière de cela et de ce que Mme Fancy a dit, il faut se rappeler qu'il s'agit d'une étude importante. Il y a des projets de loi à la Chambre des communes qui portent précisément sur le sujet que nous étudions. Il serait impératif que nous entendions les ministres.
L'attente serait tellement longue. Février semble bien loin. Nous ne siégerons pas pendant six semaines. Si nous siégions, nous trouverions probablement un moment plus convenable. Nous pourrions faire une autre étude entretemps. Nous pourrions toujours faire cela. Nous n'avons même pas pu entendre la moitié des témoins. Je ne pense pas que cette étude ait vraiment reçu le traitement qu'elle mérite, même de la part des témoins, parce que nous n'avons pas pu entendre la moitié d'entre eux, en raison de difficultés techniques. Il serait peut-être utile de recevoir quelques témoins de plus, ou même de faire revenir ceux qui n'ont pas été en mesure de répondre aux questions. Lorsque nous entendrons les ministres, nous pourrons peut-être consacrer des plages horaires à certains témoins afin que le rapport soit plus étoffé.
Nous pouvons rédiger le rapport n'importe quand. Nous n'avons pas à le rédiger dans l'urgence. C'est une étude qui est censée guider notre système. Je suis d'accord avec les amendements de Mme Fancy, mais j'ai aussi l'impression que beaucoup de ces choses ne sont pas nécessaires. Nous pourrions peut-être suspendre l'étude pour l'instant et commencer autre chose. Ensuite, ce sera le temps de recevoir les ministres. Nous pourrons les entendre, terminer l'étude et examiner les deux rapports plus tard.
C'est ce que je propose. Sinon, nous allons perdre beaucoup de temps inutilement à la Chambre et partout ailleurs, alors que nous pourrions faire du bon travail. Je ne veux pas que le Comité permanent de la condition féminine devienne un comité très partisan. Nous faisons du bon travail pour la population canadienne, et il est de notre devoir de trouver des solutions.
Merci.
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Merci, madame la présidente.
Je tiens à dire que je suis d'accord avec ma collègue, Mme Vien, et que j'appuie sa motion. Il est très important que les ministres comparaissent devant notre comité en temps opportun, lorsque nous discutons de sujets préoccupants. Nous sommes en situation de crise. Le temps presse. Nous avons entendu des témoins parler de graves problèmes et des conséquences négatives qu'ils ont sur leur vie. Des femmes sont assassinées. Les ministres doivent se pencher sur les sérieuses préoccupations relatives à la sécurité et à l'article 810. On ne peut plus attendre.
Dans ma collectivité de Cambridge, les gens veulent des réponses. Ils veulent entendre les ministres, et pas dans quelques mois. Combien d'autres femmes seront assassinées au cours des prochaines semaines avant que les ministres nous disent ce qu'ils vont faire et qu'ils répondent à nos questions? Lorsque des vies sont en jeu, les retards sont inacceptables. Les ministres doivent venir, répondre aux questions et rendre des comptes, non seulement au Parlement, mais aussi à la population canadienne.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
J'ai quelques préoccupations.
D'abord et avant tout, je comprends l'importance de l'étude, l'importance pour le gouvernement de lutter contre la violence fondée sur le sexe et le rôle du Comité de formuler des recommandations — d'écouter les déclarations des experts et de formuler des recommandations auxquelles le gouvernement pourra, espérons‑le, réfléchir et donner suite, éventuellement.
Cette motion… Je vais prendre un peu de recul avant d'en parler. La réunion à huis clos était excellente. Nous avions une bonne discussion. Nous avons pris près d'une demi-heure pour passer en réunion publique. Je suis certaine que nous aurions pu avoir exactement la même conversation à huis clos. Je vais laisser les gens déduire où tout cela va nous mener. Je suis d'accord avec Mme Nathan pour dire qu'il est préférable que les choses demeurent non partisanes et que notre discussion soit collégiale.
En ce qui concerne les amendements proposés, il y a deux choses que j'aimerais clarifier avec la greffière, si cela est possible. Avant que je poursuive mes observations, est‑ce que la greffière pourrait confirmer le nombre d'invitations envoyées et si les ministres ont refusé expressément de comparaître devant le Comité?
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À titre de précision, madame la présidente, lorsque ces invitations ont été envoyées — et encore une fois, il s'agit de communications entre la greffière et le ministre, alors je ne les ai pas vues —, les ministres ont-ils carrément refusé d'assister aux réunions, ou essayaient-ils de déterminer quand ils pourraient venir? Y a‑t‑il eu des échanges au sujet des dates proposées?
Comme Mme Fancy l'a souligné, le a comparu devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale le 9 octobre, de nouveau le 23 octobre, devant le Comité permanent des affaires autochtones et du Nord le 5 novembre, et devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale le 6 novembre, pour deux heures.
La raison pour laquelle je dis cela, c'est que la motion semble blâmer les ministres d'avoir refusé de comparaître. Je me demande s'il s'agit d'un refus ou si nous discutons essentiellement d'une question de conflit d'horaire depuis maintenant plus d'une heure.
Je crois comprendre — et je suis sûre que la greffière se fera un plaisir de clarifier les choses également — que les ministres ont accepté de comparaître devant le Comité au début de la nouvelle année, et j'espère que la greffière nous éclairera à ce sujet.
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Je vous en suis très reconnaissante, madame la présidente.
D'après ce que j'ai compris, plus tôt aujourd'hui — je ne sais pas si j'ai le droit de le dire publiquement, parce que nous sommes en public —, vous avez dit que vous aviez eu une rencontre avec le ministre, qui vous a dit qu'il serait prêt à venir au début de la nouvelle année, en fonction de son emploi du temps.
Je ne comprends pas pourquoi cette motion est nécessaire, quand nous savons qu'il ne s'agit pas d'un refus de comparaître, mais d'un problème d'horaire, car nous sommes en concurrence avec d'autres comités pour le temps des ministres. Mme Vien a indiqué plus tôt que l'étude était terminée. Je crois comprendre, comme l'a dit Mme Fancy, que la greffière a envoyé une invitation et que le ministre l'a acceptée en disant que, oui, il sera heureux de comparaître au début de la nouvelle année.
Si l'étude est terminée, pourquoi continuons-nous à les inviter à son sujet? De plus, si l'étude n'est pas terminée et que nous prévoyons encore du temps pour eux, quel est le but de cette motion?
Le libellé actuel, avec les amendements, dit qu'ils: « ont reçu deux invitations distinctes du comité et [...] le comité exprime sa déception à l'égard des ministres ». Je ne comprends tout simplement pas le but de cette motion. Je pensais que le but de ce comité était de terminer le rapport.
Même si leurs témoignages sont précieux et qu'ils doivent rendre des comptes, les ministres ne sont pas les seuls à définir la forme que prendront les rapports de notre comité. Nous avons entendu de nombreux experts et de nombreux témoignages, en ligne, en personne, par écrit, pour que les gens puissent donner leur avis.
Nous essayons de faire avancer les choses. Comme vous le savez, madame la présidente, il y a beaucoup d'enjeux dont nous aurions pu discuter et dont nous devrions discuter normalement. Au lieu de cela, nous passons maintenant une heure à débattre d'une motion... Je ne comprends toujours pas le but de cette motion. Comme mentionné, les ministres — les deux — n'ont pas refusé de comparaître, mais on parle ici de « leur refus de rendre des comptes aux parlementaires ».
En tant que comité, nous sommes les maîtres de notre propre domaine. Nous déterminons comment nous allons faire avancer les choses. Quand on sait que les ministres sont sollicités par tous les comités, n'y a‑t‑il pas une autre solution?
Madame la présidente, j'ai siégé à de nombreux comités par le passé. Il y a eu des occasions où, si un témoin ou un ministre n'était pas disponible, nous avons continué de faire avancer l'étude, ou nous avons entrepris une autre étude en attente jusqu'à ce que ce ministre ou ce témoin, quel qu'il soit, puisse venir.
Cela n'empêche pas les analystes de commencer leurs rapports ou de continuer leur travail. Cela n'empêche pas le Comité de poursuivre ses travaux.
Comme nous sommes passés d'une excellente et saine discussion à huis clos sur tout le merveilleux travail que nous, le comité de la condition féminine, voulons faire, à une discussion publique d'une demi-heure, pour découvrir qu'il y a des affirmations erronées dans cette motion, que nous essayons maintenant de corriger par les amendements que Mme Fancy a très judicieusement proposés, je me demande vraiment pourquoi nous sommes ici. Je pensais que le comité de la condition féminine était censé être un comité de collaboration.
Je suis désolée. Je suis encore nouvelle ici. Je suis encore en train d'apprendre.
Je pense qu'il est possible pour nous de mettre de côté cette motion et de nous mettre au travail pour accomplir ce que nous voulons vraiment accomplir, au lieu de procéder à des manœuvres politiques, ce qui, à mon avis, n'est pas digne de ce comité. Je sais que je suis entourée de femmes fantastiques qui font un excellent travail et qui se soucient vraiment des questions dont nous parlons au quotidien et à chaque réunion du Comité.
Par conséquent, j'appuie les amendements proposés par Mme Fancy. Cependant, je m'oppose au fond de la motion comme telle.
Je vais m'arrêter ici, madame la présidente, mais je me réserve le droit de revenir à la charge au besoin.
Merci.
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Merci, madame la présidente.
J'aurais aimé que nous recevions l'amendement proposé par Mme Fancy afin de pouvoir l'analyser. Je veux simplement m'assurer de bien saisir l'amendement proposé par les libéraux, car l'enjeu est quand même sérieux.
Dans plusieurs comités, on constate effectivement que les ministres n'acceptent pas toujours les invitations. On pourrait trouver ça répréhensible. Cependant, je veux bien comprendre l'amendement de Mme Fancy. On veut bien tenir un débat, mais on ne veut pas des procédures à outrance, non plus.
En ce moment, j'essaie de me faire une tête sur cet amendement. On mentionne qu'on devra peut-être attendre en janvier, mais j'aimerais bien saisir l'amendement de Mme Fancy.
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Merci, madame la présidente.
Je tiens à préciser quelque chose, parce que cela devient un peu hors de contrôle pour moi. Je vous demande un peu d'indulgence.
N'oublions pas ce chiffre: une augmentation de 76 % de la violence faite aux femmes.
Jeudi dernier, j'ai eu l'honneur et le plaisir d'assister à une réunion du comité de la justice, où nous avons entendu plusieurs témoins qui ont exprimé leur déception au sujet du temps qu'il a fallu aux libéraux pour répondre aux préoccupations d'une témoin. Cette témoin a communiqué avec tous les partis. Le seul parti qui lui a répondu dans les 48 heures a été le Parti conservateur. Le NPD n'a pas répondu du tout. Le Parti libéral a mis sept mois à répondre. Ils lui ont répondu sept mois plus tard et l'ont aiguillée vers un député. Ce député, dont le nom a été mentionné au comité de la justice, n'a absolument rien fait.
Cette personne a même peur de vivre dans notre pays. Elle vient ici pour témoigner, sous protection, et elle n'obtient absolument aucun résultat.
Des femmes meurent. La priorité de cette étude est de sauver la vie de femmes. Les ministres sont responsables et doivent nous rendre des comptes. C'est une question sérieuse, mesdames et messieurs.
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Bienvenue à la reprise de la réunion.
Conformément au Règlement, nous commençons notre étude sur l'idéologie antiféministe.
J'aimerais faire quelques rappels à l'intention des membres du Comité et des témoins. Vous pouvez choisir la langue de votre choix sur vos écouteurs. Si vous avez besoin d'aide, faites simplement un signe à nos techniciens. Vous pouvez choisir l'anglais, le français ou le parquet.
Veuillez attendre que je vous nomme avant de prendre la parole, et si vous souhaitez prendre la parole, levez la main. Tous les commentaires doivent être adressés à la présidence.
Je vous ferai signe lorsqu'il vous restera une minute pour terminer votre déclaration préliminaire. Lorsqu'il vous restera 30 secondes, je vous montrerai le carton rouge et je vous demanderai gentiment de conclure. Chacun de nos témoins disposera de cinq minutes pour faire sa déclaration.
Avant de présenter nos témoins, je tiens à faire un traumavertissement. Nous allons discuter de sujets et d'expériences liés à l'idéologie antiféministe. Cela peut être un élément déclencheur pour les personnes qui ont vécu des expériences similaires. Si des personnes se sentent bouleversées ou ont besoin d'aide, veuillez en informer la greffière.
Je mentionne à l'intention des témoins et des députés qu'il est important d'être conscient que ce sont des discussions difficiles, alors faisons preuve de compassion dans nos propos.
J'aimerais maintenant souhaiter la bienvenue à nos témoins: M. Dan Irving, professeur agrégé; Jake Stika, directeur général, à Next Gen Men; et Jennifer Quaglietta, cheffe de la direction et registraire, à Professional Engineers Ontario.
En tant que femme ingénieure, je tiens à souhaiter tout particulièrement la bienvenue à une femme ingénieure.
Commençons par M. Irving, pour cinq minutes.
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Merci, madame la présidente, de m'avoir invité à témoigner devant le comité parlementaire chargé d'enquêter sur l'idéologie antiféministe et ses répercussions sur la santé mentale des jeunes.
Ce n'est pas un hasard si cette récente itération de ressac antiféministe ou de l'idéologie antiféministe fait suite au succès du mouvement Idle No More en 2012, du mouvement #MoiAussi, du mouvement Black Lives Matter en 2016, et de l'adoption du projet de loi en 2017. Les féministes antiracistes, les militantes autochtones, les féministes noires et les féministes queer et trans ont gagné du terrain sur le plan politique grâce à nos contestations du colonialisme, de la brutalité policière, des violences sexistes et sexuelles et de la haine anti-trans.
En tant que professeur agrégé qui enseigne la théorie féministe, il est important pour moi de souligner que le féminisme va bien au‑delà du sexe, du genre et de la sexualité. Ses courants critiques, qui ne peuvent pas être séparés de la pratique féministe que je viens de décrire, utilisent l'analyse intersectionnelle pour comprendre comment l'oppression structurelle enracinée dans le capitalisme, le colonialisme, le nationalisme et l'hétéropatriarcat est étroitement liée au sexe et au genre pour opprimer tous les membres de la société, quoique de manière différente.
Les théories féministes, y compris le féminisme autochtone, le féminisme des femmes de couleur, le transféminisme et le féminisme socialiste, constituent une menace pour ceux qui sont investis dans des systèmes de pouvoir hégémoniques. Les discours antiféministes sont conservateurs. Ils sont une réaction au travail accompli par le féminisme critique pour créer des espaces personnels, intellectuels, politiques et sociaux qui habilitent les jeunes en permettant, par exemple, à un jeune transgenre ou non binaire de comprendre qu'il n'est pas pervers, malade ou confus — mais plutôt que la société coloniale occidentale est ancrée dans une binarité sexe-genre, et que l'Occident ne peut pas compter au‑delà de deux —; en favorisant l'établissement de liens entre les jeunes Autochtones et les jeunes Noirs fondés sur leurs histoires communes de dépossession, d'esclavage et d'aliénation, encore à l'origine de la violence contre ces deux communautés aujourd'hui; ou en encourageant un jeune homme blanc cisgenre à exprimer ses angoisses, ses peurs et sa tristesse et en l'aidant à comprendre que les tenants des formes naturalisées de masculinité gouvernent en s'assurant que personne ne puisse jamais être à la hauteur.
De plus, les féministes critiques jouent aussi un rôle important en encourageant les jeunes à réfléchir collectivement, au‑delà des différences, pour lutter contre les systèmes oppressifs, et à participer à des activités qui créent un monde ou des espaces plus équitables, démocratiques et socialement justes où ils peuvent aller à l'école, travailler et se réunir.
J'ai souvent demandé à mes étudiants dans les cours sur la sexualité quelle valeur ils accordent à l'étude de la sexualité et aux études sur le genre. Une étudiante m'a répondu: « Ces cours nous gardent en vie », un sentiment partagé avec enthousiasme par ses pairs.
À l'instar d'une hydre à têtes multiples, l'idéologie antiféministe comporte de nombreuses facettes et les groupes particuliers qui y adhèrent vont des conservateurs antiféministes radicaux de droite à des groupes d'extrême droite, en passant par des groupes fascistes et extrémistes de droite et des acteurs religieux de droite. En créant des catégories « nous contre eux », les idéologues antiféministes, souvent partisans du populisme de droite, prétendent que les hommes, les personnes hétérosexuelles, les personnes blanches de la classe ouvrière ou de la classe moyenne et les femmes — lorsque cela fait leur affaire — sont menacés par les personnes trans et non binaires, la communauté 2SLGBTIAQ+, les immigrants et les féministes.
En se réclamant du bon sens et souvent en dépeignant les populations marginalisées comme des élites qui reçoivent une attention et des droits particuliers, ces idéologues mobilisent le discours politique en l'alimentant à l'aune de l'anxiété, du ressentiment, de la colère et de la peur pour protéger la famille nucléaire hétérosexuelle, les Canadiens blancs, les femmes et les enfants.
Je veux mentionner deux éléments importants concernant les répercussions de l'idéologie antiféministe sur la santé mentale et le bien-être des jeunes au Canada.
Le premier concerne l'idéologie anti-genre, qui a commencé à se manifester en 2016 en réponse au projet de loi .
De nombreux arguments envoient le message aux enfants et aux jeunes transgenres et non binaires qu'ils ne sont pas vrais, compte tenu des discours essentialistes et déterministes biologiques qui reposent sur le sexe. Le fait de ne pas respecter leur nom et leur pronom à l'école leur fait comprendre qu'ils ne sont pas valorisés. Cela crée de la honte. Cela crée des obstacles à leur éducation. Cela suscite chez eux la peur que leurs parents le découvrent à la maison, et la maison, pour de nombreux Canadiens, n'est pas un endroit sûr.
Dans les 30 secondes qu'il me reste, j'aimerais parler de la manosphère numérique dans laquelle de nombreux jeunes hommes sont empêtrés, et qui contribue à leur anxiété et leur dépression. Elle alimente et nourrit la misogynie, ainsi que le racisme et l'homophobie...
Monsieur Irving, je vais essayer de reprendre là où vous vous êtes arrêté.
Bonjour, mesdames et messieurs les membres du Comité. Je vous remercie de m'avoir invité à prendre la parole aujourd'hui.
Je m'appelle Jake Stika. Je suis cofondateur et directeur général de Next Gen Men, une organisation canadienne qui travaille avec les garçons et les hommes depuis 11 ans. Ce que je veux dire aujourd'hui n'est pas théorique. Mon témoignage découle de milliers de conversations directes avec des jeunes partout au pays.
Je veux commencer par vous parler d'un garçon de 13 ans qui a récemment envoyé un message à l'un de nos employés. Il aimait une fille qui ne l'aimait pas en retour. Il était convaincu que quelque chose clochait chez lui, qu'il n'était pas assez beau, assez drôle ou assez intéressant. Lorsque notre employé a essayé de le rassurer, il leur a dit: « Ne me racontez pas d'histoires. » Ce qui a frappé mon collègue, ce n'est pas seulement sa certitude qu'il n'était pas adéquat. En fait, ils ne pouvaient même pas avoir de conversation, parce qu'ils partaient de deux points de vue différents. Une semaine plus tard, il a envoyé un autre message à 1 heure du matin, le jour de son anniversaire: « Je viens de passer les 45 premières minutes de mon anniversaire à pleurer. Je ne veux pas qu'on me voie ainsi. J'ai l'impression qu'on rirait de moi si je m'exprime. » Ce jeune est frappé par une double crise: il était convaincu qu'il n'était pas assez bon, et tout aussi convaincu qu'il ne pouvait parler à personne de sa douleur.
C'est là que l'idéologie antiféministe trouve une ouverture. Il est essentiel de comprendre qu'elle ne commence pas nécessairement par cibler les femmes, mais plutôt les garçons eux-mêmes. Je paraphrase la militante universitaire bell hooks: le premier acte de violence du patriarcat ne vise pas les femmes, mais les garçons eux-mêmes. Si les garçons ne réussissent pas à se paralyser émotionnellement, ils seront accueillis par un groupe d'hommes patriarcaux qui le feront à leur place. Lorsque les garçons apprennent qu'ils ne peuvent pas exprimer la peur, la tristesse ou la vulnérabilité sans être perçus comme inférieurs aux hommes, ils apprennent à se couper de leur propre humanité.
Dans cet état affaibli, le message patriarcal s'infiltre: « Tu n'es pas assez bon. Tu n'es pas assez viril. Tu es faible. » Les sentiments d'insécurité normaux que chaque jeune vit deviennent une crise d'identité masculine. Les jeunes transforment en armes la peur d'être perçus comme des personnes féminines ou faibles — des qualités que notre société a longtemps dévalorisées. Disons les choses simplement: c'est de la misogynie. En enseignant aux garçons que le féminin est faible, on les entraîne à le détester en soi et à le punir chez les autres. Ce n'est qu'après avoir convaincu les garçons qu'ils sont inadéquats que les influenceurs leur offrent une solution, qu'il s'agisse de suppléments, ce qui mène à la montée de la dysmorphie corporelle, qu'il s'agisse de stratagèmes pour devenir riche rapidement, de spéculations menant au jeu ou à la fraude dans les cryptomonnaies, ou qu'il s'agisse d'une vision du monde qui rabaisse les femmes pour faire en sorte que les hommes se sentent puissants.
Bien que nous parlions souvent des influenceurs en ligne, ces messages ne restent pas sur les écrans. Ils sont renforcés dans les vestiaires par des entraîneurs qui se moquent de tout ce qui est mou. Ils viennent d'oncles à des soupers de famille qui partagent leur vision du monde sur la façon dont les hommes devraient se comporter. Ils se propagent de pair‑à‑pair lorsqu'un garçon s'enfonce et ramène ces idées à son groupe, s'il en a un. Il est vrai que les algorithmes alimentent ce phénomène, mais les dommages sont faits dans les lieux du quotidien où les garçons apprennent ce que signifie être un homme.
C'est important, car on ne peut pas lutter efficacement contre les attitudes antiféministes à l'égard des femmes sans s'attaquer aux messages sous-jacents de l'inadéquation masculine. Lorsque nous nous concentrons uniquement sur la misogynie, nous passons à côté du fondement sur lequel elle repose.
La bonne nouvelle, c'est que les garçons et les jeunes hommes sont avides de modèles différents. Ils veulent la permission d'être des personnes à part entière. Ils veulent savoir que la force peut inclure la gentillesse, qu'être un homme ne signifie pas rejeter tout ce qui est féminin et que leur valeur ne se mesure pas à la domination des autres. Notre travail montre que lorsque vous créez des espaces où les jeunes hommes peuvent parler honnêtement de leurs difficultés, que vous leur donnez un langage pour décrire leurs émotions et que vous leur montrez que la véritable force comprend la vulnérabilité, ils prennent les devants. Ce n'est pas parce que nous abaissons les normes, mais que nous les élevons de manière à inclure toute la gamme des capacités humaines.
La solution nécessite trois choses: premièrement, une éducation aux médias qui aide les jeunes à reconnaître lorsqu'on leur vend un sentiment d'incompétence ou lorsqu'une personne profite de leur douleur; deuxièmement, une éducation qui remet directement en question le fait que féminité rime avec faiblesse; et troisièmement, des modèles positifs de masculinité qui n'exigent pas de rabaisser qui que ce soit, qu'ils peuvent voir et côtoyer au quotidien.
Je vous remercie d'avoir entrepris cette étude. Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
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Bonjour, mesdames et messieurs les membres du Comité permanent de la condition féminine.
Je suis à la fois honorée et touchée de m'adresser à vous aujourd'hui. Je suis également très consciente du fait que nous ne sommes qu'à 10 jours de la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes.
En tant que première femme à occuper le double rôle de cheffe de la direction et registraire du plus grand organisme de réglementation des ingénieurs au Canada, je suis profondément consciente de l'événement tragique qui a ébranlé notre pays il y a 36 ans, ainsi que du lien qu'il a avec la profession d'ingénieur. Comme nous le savons tous, le 6 décembre 1989, un homme armé est entré dans une classe de génie mécanique à l'École Polytechnique de Montréal. Après avoir séparé les femmes des hommes, il a ouvert le feu. Quatorze femmes ont été tuées ce jour‑là parce qu'elles étaient des femmes et aussi parce que la plupart d'entre elles aspiraient à devenir ingénieures.
Cette journée tragique aurait dû être un tournant pour la communauté des ingénieurs. La tragédie a certainement obligé la profession à remédier avec honnêteté et détermination à son déséquilibre de longue date entre les sexes. Depuis 1989, il y a effectivement eu des progrès. Le nombre de femmes inscrites à des programmes postsecondaires en génie a augmenté, tout comme le nombre de femmes dans la profession d'ingénieur. Pourtant, malgré une augmentation constante de la représentation des femmes, les progrès vers la parité hommes-femmes sont lents. À ce jour, les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes dans les carrières liées aux sciences et aux mathématiques. Au Canada, les femmes représentent moins du quart des personnes employées dans les carrières en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques, ou STIM, et seulement 13 % de tous les ingénieurs agréés au pays sont des femmes. En Ontario, ce chiffre est légèrement plus élevé, soit 14,5 %.
En août dernier, j'ai eu l'occasion de parler avec des filles du camp en STIM en 8e année de mon parcours en ingénierie et de l'avenir passionnant et enrichissant que les sciences, la technologie, l'ingénierie, les arts et les mathématiques peuvent offrir. Cela nous a rappelé avec force que, pour favoriser une profession plus inclusive, il faut commencer par des moments comme ceux‑là.
Inspirer la prochaine génération commence bien avant l'université ou l'obtention du permis d'exercice. Tout commence par la façon dont nous mobilisons les jeunes élèves, en particulier les filles, dans les domaines des STIM. À l'âge de six ans, les filles associent déjà l'intelligence aux garçons, ce qui les décourage à poursuivre des professions ambitieuses comme l'ingénierie. Cependant, des recherches comme celle de l'Université du Wisconsin sont sans équivoque: la réussite en mathématiques est façonnée par la culture, et non par le sexe. Les filles ont le même potentiel que les garçons. Le véritable défi consiste à bâtir un monde qui leur montre qu'elles peuvent y arriver.
En tant qu'organisme de réglementation du génie en Ontario, Professional Engineers Ontario, ou PEO, a la responsabilité de promouvoir une profession qui reflète la diversité du public qu'elle sert. Il est essentiel de créer des parcours qui accueillent tout le monde en ingénierie pour bâtir une profession innovante, résiliente et digne de confiance aux yeux de la société.
Grâce à notre code de lutte contre le racisme et d'équité, nous éliminons les obstacles pour les communautés marginalisées en ingénierie, y compris non seulement les femmes, mais aussi les Noirs, les Autochtones et d'autres populations. Nous élaborons des stratégies précises pour lutter contre la discrimination systémique qui touche les personnes en fonction de l'identité de genre, y compris les femmes, les personnes bispirituelles, les personnes intersexuées, les transgenres et les personnes à genre variable.
Dans le cadre d'un audit de notre processus d'agrément, nous avons appris que les exigences en matière d'expérience, le manque de soutien et le manque relatif de modèles féminins constituent des obstacles importants qui empêchent les femmes d'obtenir un permis et de rester dans la profession. Cependant, je tiens à souligner que la présidente de ce comité est elle-même un puissant modèle en matière d'ingénierie, une ingénieure agréée qui a travaillé dans la profession pendant plus de deux décennies avant de devenir la première ingénieure élue au Parlement.
Si nous voulons que nos futurs titulaires de permis reflètent à la fois l'Ontario et la société canadienne, nous devons veiller à éliminer tout obstacle systémique à l'entrée et au maintien en poste. La profession elle-même doit également veiller à ce que des modèles féminins forts soient visibles et célébrés dans tous les aspects de la profession et de son travail.
À l'échelle nationale, PEO participe activement au groupe de travail sur l'inclusion d'Ingénieurs Canada. En collaboration avec nos collègues de partout au pays, nous définissons ce que signifie vraiment une profession inclusive dans le contexte actuel. Ce groupe de travail aidera à clarifier le rôle que jouent les organismes de réglementation pour que cela devienne une réalité.
Nous ne sous-estimons pas le défi qui nous attend. L'an dernier, seulement 20 % des nouveaux ingénieurs agréés en Ontario s'identifiaient comme des femmes. Nous sommes encore loin d'atteindre notre objectif de parité, mais je suis encouragée de savoir qu'au cours des trois dernières années, nous avons accordé des permis à plus de femmes qu'à tout autre moment de l'histoire de PEO.
Il a fallu une perte dévastatrice et tragique pour faire connaître les difficultés au sein de notre profession. Peu importe le temps qui passe, le massacre du 6 décembre 1989 à Montréal est toujours difficile à supporter. Alors que nous nous préparons à honorer la mémoire des 14 femmes qui sont mortes ce jour‑là, j'espère que nous créerons une profession dont elles auraient été fières.
Merci beaucoup du temps que vous m'avez accordé.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Je remercie tous les témoins de s'être rendus disponibles aujourd'hui. Nous avions toutes hâte de travailler sur le sujet à l'étude aujourd'hui. Nous sommes donc contentes d'accueillir des gens qui y ont beaucoup réfléchi.
Monsieur Stika, vous avez dit quelque chose qui m'a fait un peu sursauter: la source de l'antiféminisme n'est pas la misogynie, mais bien la personne elle-même, c'est-à-dire le garçon ou l'homme qui souffre et qui n'arrive pas à s'identifier aux modèles proposés, qui véhiculent des idées selon lesquelles il ne faut pas pleurer parce que c'est trop faible, ou encore qu'on n'est pas assez viril, entre autres. Tout ça crée de l'insécurité.
Pourtant, ces discours ne datent pas d'hier. Mon père, qui a 89 ans, vit encore selon ces schèmes et ces paradigmes. Il reste qu'on a l'impression que cet antiféminisme est relativement nouveau.
Ces idées, à savoir qu'il faut être viril et qu'il ne faut pas pleurer, existent depuis longtemps, non?
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Diriez-vous que nous sommes aux prises avec un fléau?
Je ne veux pas non plus utiliser des mots trop forts ni être alarmiste. Cela dit, est-ce une crise qui se dessine? Est-ce quelque chose qui nous dépasse? Nous ne voyons peut-être que la pointe de l'iceberg.
De votre côté, vous voyez des jeunes et vous parlez avec eux. Voyez-vous beaucoup de ces cas? Quelle représentation doit-on se faire des jeunes en ce qui concerne l'antiféminisme?
D'ailleurs, soit dit en passant, le téléroman le plus populaire actuellement au Québec est en train de développer une histoire autour de l'antiféminisme. Même dans le divertissement, dans les médias et dans les œuvres de fiction, on parle de ce phénomène.
Est-ce plus gros que ce qu'on pense?
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Merci beaucoup, monsieur Stika.
Madame Quaglietta, vous dites qu'on n'a pas atteint la parité. Ça, c'est certain. Même au Parlement, nous n'avons pas la parité.
Sommes-nous devant un mythe autour du fait que l'antiféminisme est très préoccupant si, effectivement, les femmes n'atteignent pas la parité? Qu'est-ce qui se passe?
J'aurais envie de vous poser la même question que celle que j'ai posée à votre confrère. Est-ce que nous sommes devant quelque chose dont on n'imagine même pas l'ampleur, ou est-ce que nous nous énervons un peu pour rien? Quelle est la situation, actuellement?
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Je vous remercie beaucoup de m'accueillir au Comité.
Je remercie également les témoins.
Comme vous l'avez déjà dit, le sujet à l'étude est vraiment d'une grande sensibilité, et il exige des données et une meilleure compréhension. Je dois dire que, il y a un an et demi, j'étais ambassadrice à l'Organisation de coopération et de développement économiques, où le phénomène de l'antiféminisme était à l'étude. Des données provenant de la Belgique et de la France ont confirmé la présence de ce phénomène. Il n'est donc pas unique au Canada, mais il est partout en Occident. Les pays en développement nous ont souhaité un bon retour parmi eux, parce que c'est leur réalité. Il existe donc une réalité mondiale qui doit tenir compte de ces modèles.
Je vais tirer profit des propos de M. Stika pour m'adresser à M. Irving.
Il est évident qu'il existe des modèles patriarcaux. Il semble y avoir une quête chez les hommes, qui se demandent comment assumer leur côté féminin et en être fiers.
Quant à l'anxiété dont vous avez parlé, provient-elle seulement du fait d'avoir différents modèles de masculinité ou s'agit-il d'une combinaison de facteurs anxiogènes? Avez-vous des données à ce sujet?
De fait, le phénomène de l'antiféminisme est apparu après la pandémie de COVID‑19.
Les changements climatiques, qui ont des répercussions sur tout le monde, comme on le constate, peuvent aussi être une source d'angoisse.
N'oublions pas non plus l'anxiété liée au langage et à la réalité de la transformation numérique de notre société. Les gens se rendent compte que leur emploi n'est pas garanti à vie.
À cela s'ajoute le questionnement sur l'identité comme jeune garçon ou comme adulte mâle qui doit s'affirmer par rapport à ça.
Existe-t-il des études qui démontrent un lien entre la montée de l'anxiété et la réalité de ce masculinisme qui revient en force?
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Merci. Ça m'amène à poser une question à M. Stika.
Parmi les solutions que vous proposez, vous avez parlé de littératie numérique. C'est effectivement un phénomène qui touche les réseaux sociaux. À cet égard, savez-vous si on a des données en ce qui concerne les jeunes, d'une part, mais aussi les moins jeunes, d'autre part? En effet, la masculinité toxique ne touche pas seulement les jeunes. Cela dit, a-t-on des données indiquant dans quelle proportion les jeunes utilisent encore les médias traditionnels, par rapport à la proportion de jeunes qui sont sur les plateformes de médias sociaux et qui se tiennent simplement au courant de l'actualité en regardant ce qui se passe?
A-t-on des données permettant de savoir quelle utilisation des médias contribue à cette masculinité plus toxique? Si on veut faire de la littératie numérique, il importe de savoir où entrer en contact avec les gens, étant donné qu'il y a différentes façons de communiquer aujourd'hui.
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Il y a certainement des données à ce sujet. J’essaie simplement de réfléchir à l’aspect intergénérationnel. Les sources d’anxiété sont très différentes.
Lorsque nous parlons du suicide chez les hommes au Canada, la grande majorité d’entre eux ont entre 55 et 65 ans. Ce sont des hommes qui avaient une conception de la masculinité, qui en sont aux dernières étapes de leur vie, et peut-être à leur deuxième ou troisième relation importante. Ils sont peut-être brouillés avec leurs enfants. Leur milieu de travail essaie de les pousser à quitter. C’est une forme d’anxiété.
Il y a de l’espoir du côté de la génération intermédiaire, je pense. Cette génération de pères est trois fois plus engagée que toute génération précédente, ce qui est prometteur. Ils agissent en l’absence de modèles, de sorte qu’ils peuvent commettre des erreurs en cours de route. Il faudra attendre 18 ans pour voir quel genre de jeunes cette génération va élever.
Ensuite, nous pensons aux jeunes. Ils savent ce que sont le consentement, les identités trans et toutes ces choses. Une auteure du nom de Ruth Whippman a écrit l’an dernier un livre intitulé Boy Mom. Elle y a créé l’expression « masculinité impossible ». Dans le sillage du mouvement #MoiAussi, les garçons comprennent ces choses, mais ensuite, pour revenir à votre point sur les discours en ligne, ils entendent tous ces propos hypermasculins, impitoyables de richesse et se font arnaquer. Ils regardent cela et se disent: « Je ne peux pas être les deux en même temps », alors leurs sources d’angoisse sont différentes.
L’Internet fait partie de l’existence des jeunes, d’une façon ou d’une autre. Comment pouvons-nous aller à la rencontre de ces jeunes là où ils se trouvent, et comment pouvons-nous aussi les aider à favoriser les relations hors ligne?
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Je tenais vraiment à faire cette étude en collaboration avec mes collègues libéraux. En fait, elle découle d'une des motions que j'avais proposées au début de la session. Je voulais me pencher sur la façon dont le système de justice traite les victimes de violence, mais aussi sur les façons dont on peut améliorer la prévention. Selon moi, réfléchir sur la montée du mouvement antiféministe en fait partie.
Comme l'a mentionné Mme Quaglietta, l'événement de 1989 au Québec a été un moment marquant pour la montée de l'antiféminisme. Je me rappelle encore la première allocution que j'ai faite à la Chambre, en 2019: c'était pour souligner le 30e anniversaire de la tragédie de Polytechnique. La lettre coup de poing de Marc Lépine résume bien cette pensée antiféministe et misogyne, cette masculinité qui craint l'évolution de la place des femmes dans la société. Quand on relit cette lettre, ça fait mal au ventre et au cœur.
Depuis, j'ai eu l'occasion de voir la pièce de théâtre documentaire intitulée Projet Polytechnique, qui explique la montée du mouvement antiféministe et masculiniste. Il y a aussi eu le documentaire Alphas.
Par ailleurs, au cours de la dernière législature, le Comité permanent de la sécurité publique et nationale a fait une étude sur l'extrémisme violent, et le mouvement antiféministe et masculiniste en faisait partie.
Lorsque je suis allée assister à la pièce de théâtre Projet Polytechnique, à la fin, il y a eu une discussion. Je pense que des professeurs de cégep avaient imposé à leurs élèves d'aller voir cette pièce. Un des auteurs a demandé si certains connaissaient Andrew Tate, et la majorité de ces jeunes cégépiens, mal à l'aise, avaient levé la main.
Excusez-moi de cette mise en bouche un peu longue. J'en arrive maintenant à mes questions.
D'abord, ces influenceurs occupent-ils une place importante dans ce mouvement?
Je vous laisse répondre tous les trois à cette question.
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Je vous remercie, madame la présidente.
Je tiens à remercier les témoins d'être ici aujourd'hui. Il s'agit d'une étude qui, selon moi, fait l'unanimité et qui est importante pour nous tous. Je vous remercie beaucoup.
J'aimerais d'abord m'adresser à Mme Quaglietta.
À titre de présidente-directrice générale de l'Ordre des ingénieurs de l'Ontario, vous avez mené des initiatives visant à promouvoir l'équité, la diversité et l'inclusion. Avez-vous observé une résistance de la part d'employés masculins qui se sont sentis exclus ou désavantagés par ces programmes?
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Ma prochaine question s'adresse à M. Jake Stika.
Je suis récemment allée à un concours de chefs italiens. Dans ma circonscription, ils se réunissent une fois par année, et tous les chefs experts viennent d'Italie. C'était un événement italien, car je suis Italienne. J'ai eu l'occasion de parler à l'un des chefs. Il m'a dit qu'il s'était toujours intéressé à la cuisine parce qu'il avait été élevé par sa mère et sa grand-mère — son père était mort à la guerre — et que c'était acceptable là‑bas.
Lorsqu'il est arrivé ici, jeune homme, on ne lui a pas dit que s'il faisait la cuisine, c'était un travail de femme. Il m'a dit que dans ce domaine, il y a beaucoup plus d'hommes qui sont d'excellents chefs, dont mon frère. Il a épousé une belle jeune femme originaire du Nord de l'Italie, et elle adore le fait qu'il s'occupe de toute la cuisine.
Pensez-vous que nous nous sommes éloignés de cette façon de penser? Considérons-nous maintenant que c'est tout à fait acceptable et que ce n'est pas vraiment un domaine réservé aux femmes? Qu'en pensez-vous?
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Il y a quelques semaines, j'ai eu la chance de participer au Forum mondial de Reykjavik, où a été présenté l'indice mondial des idées sur le leadership lié au genre. Un aspect qui n'a pas été abordé dans la discussion, mais que nous avions vu dans l'aperçu, concernait les préjugés dans le secteur. Je ne peux pas les nommer de mémoire, mais il existe encore des notions liées au « travail des hommes » et au « travail des femmes ».
Nous avons des initiatives dans les domaines des sciences, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques qui visent à ce que les femmes et les filles soient représentées dans la sécurité économique et les occasions qui existent dans ces domaines, mais il nous manque une conversation parallèle. Richard Reeves a appelé cela le mouvement HEAL pour la santé, l'éducation, les arts et l'alphabétisation. Comment faire pour que les hommes s'intéressent également à ces domaines?
Dans le cadre de nos efforts pour atteindre une égalité ou une parité véritable entre les sexes, lorsque les hommes quittent un milieu, ils doivent également être invités à entrer dans un nouveau domaine où il existe des occasions et de nouvelles possibilités pour eux.
Pour répondre à votre question sur le métier de chef cuisinier ou sur la cuisine en général, cela dépend en grande partie du niveau de performance. Le fait de simplement faire la cuisine peut faire l'objet d'une certaine stigmatisation, mais devenir chef cuisinier demeure une aspiration. C'est la raison pour laquelle nous observons cette situation. De même, de nombreux discours au sujet des hommes affirment qu'ils doivent être au sommet, qu'ils doivent être PDG ou pilotes, c'est‑à‑dire occuper une fonction dominante et pas nécessairement un rôle de soutien.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie les témoins de leur présence. Nous disposons de moins d'une heure avec eux, mais, dès le départ, leurs présentations de grande qualité nous ont donné tellement d'informations riches et pertinentes.
Je suis en train de terminer la lecture de Notes on Being a Man, de Scott Galloway, alors j'aimerais prendre un moment pour parler de la thématique du rejet, qui me semble être une pierre vraiment intéressante à retourner.
Cet auteur présente l'expérience du rejet d'un point de vue genré. Ses écrits démontrent qu'en situation de rejet, la femme — parlons avec des biais — a tendance à s'entourer, à se tourner vers les personnes avec qui elle entretient des amitiés, et peut-être même vers ses collègues de travail, et à embrasser ses passions, tandis que l'homme aurait tendance à s'isoler.
J'aimerais vous entendre parler de la notion d'auto-isolement et de vulnérabilité en cas de souffrance et de détresse. Est-ce que ça ne deviendrait pas un terreau fertile pour emprunter des chemins peut-être moins lumineux?
Docteur Irving, vous pouvez vous prononcer en premier.
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Je dirais que oui. Par contre, on ne peut pas non plus demander au gouvernement fédéral de tout faire. Cependant, nous entretenons d'excellentes relations de travail avec le ministère des Femmes et de l'Égalité des genres, et il faut donc continuer à le soutenir, car c'est un ministère qui comprend les réalités sexospécifiques vécues par les gens.
De plus, nous voyons le budget qui vient d'être publié et tous les investissements réalisés dans des secteurs à prédominance masculine. Ce sont également d'excellents points de départ pour ces discussions, qu'il s'agisse de la défense ou de l'industrie.
Comment pouvons-nous aider les pères à s'améliorer et à participer plus activement à la maison, afin de créer des parcours de réussite? En effet, l'équité à la maison augmente les possibilités d'équité sur le lieu de travail, et cela permet d'attirer davantage de leaders.
Les possibilités sont nombreuses.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Je remercie encore les trois témoins de leurs témoignages tellement éclairants.
J'aimerais revenir sur certaines idées que j'avais exposées lors de l'étude sur l'extrémisme violent menée par le Comité permanent de la sécurité publique et nationale.
Vous en avez un peu parlé, monsieur Irving, mais je voudrais revenir sur le sujet. Les périodes de crise, comme celle de la COVID‑19, ont-elles ou non des conséquences sur l'isolement des hommes qui adoptent ce genre de politique? Quelle place ces crises occupent-elles dans le développement des idées masculinistes et antiféministes?
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Je vous remercie, madame la présidente.
Je tiens à remercier les témoins d'être ici aujourd'hui. Comme je l'ai déjà dit, c'est un sujet très important.
Nous n'avons pas beaucoup de temps et je vais donc passer directement aux questions. J'aimerais poser ma première question à Mme Quaglietta.
Tout d'abord, je tiens à vous remercier de tout le travail que vous accomplissez pour représenter les femmes dans le domaine de l'ingénierie. Comme vous le savez, l'obtention d'un permis est la première étape pour travailler comme ingénieure.
Comme l'ingénierie est une profession qui exige souvent de travailler dans des environnements complexes, des chantiers de construction, des installations industrielles et d'autres lieux à risque élevé, ces milieux peuvent présenter des défis particuliers en matière de sécurité et de respect, surtout pour les femmes. Cela pourrait être l'un des facteurs qui dissuadent les femmes de se lancer dans l'ingénierie. Les organismes de réglementation ont un rôle essentiel à jouer pour établir des normes et assurer la reddition de comptes. Dans cette optique, quel rôle les organismes de réglementation comme l'Ordre des ingénieurs de l'Ontario peuvent‑ils jouer pour garantir que les femmes seront respectées et en sécurité dans ces milieux? Quels mécanismes de reddition de comptes sont prévus en cas de conflits potentiels?
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L'organisme prend un certain nombre de mesures externes pour créer un environnement où chacun se sent à sa place. Nous examinons actuellement toutes nos normes et nos lignes directrices, ainsi que celles à venir, dans une optique d'équité. Il y a deux ans, nous avons été le premier organisme de réglementation à éliminer l'exigence relative à l'expérience acquise au Canada, notamment pour soutenir les ingénieurs formés à l'étranger qui ont acquis leur expérience ailleurs.
En ce qui concerne le milieu de travail, je reviens à l'audit sur l'égalité entre les sexes que nous avons mené et dans le cadre duquel des chercheurs ont interrogé 374 femmes qui ont suivi le processus d'octroi de permis. Il s'agit en réalité d'un appel lancé aux employeurs pour qu'ils veillent à ce que les femmes soient soutenues tout au long du processus d'obtention de leur permis et qu'elles aient accès à des modèles de rôle et à des personnes occupant des postes techniques pour les aider et les encadrer, non seulement pour les encourager à postuler à des emplois plus techniques, mais aussi pour s'assurer qu'elles connaissent le processus et qu'elles aient accès aux soutiens, aux ressources et à la formation professionnelle nécessaires pour poursuivre dans cette voie.
Il existe plusieurs intervenants dans le secteur — par exemple les employeurs, les établissements d'enseignement et nous tous, à titre personnel — qui peuvent aider les femmes à progresser, en particulier dans les carrières liées aux sciences, à la technologie, à l'ingénierie et aux mathématiques.
Je vais m'arrêter ici.
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J'aimerais seulement ajouter quelque chose. Nous travaillons beaucoup avec des éducateurs, des entraîneurs et des intervenants des services à la jeunesse, mais nous travaillons également dans des industries à prédominance masculine comme celles du pétrole et du gaz, de la construction, des mines, etc. Il semble que bon nombre de ces organisations font appel à nous parce qu'elles veulent accroître la diversité de genre et la représentation des femmes au sein de leurs effectifs.
Nous avons toutefois constaté que ces milieux ne sont pas non plus propices au bien-être des hommes qui y travaillent. Il y a beaucoup de rivalités interpersonnelles, de domination, de problèmes de toxicomanie, d'isolement et d'autres problèmes de ce genre. Lorsque des femmes entrent dans un tel milieu de travail, elles subissent elles aussi les conséquences de cette situation.
Pour répondre à votre question concernant les possibilités qu'offrent les projets de pipelines, je pense que c'est l'occasion de créer de meilleurs lieux de travail pour tous afin de favoriser la diversité et une meilleure représentation et d'encourager les hommes à prendre davantage soin de leur santé mentale et de leur bien-être, à prendre des congés parentaux et à être des membres actifs de la collectivité. Tout cela fait partie du même ensemble.
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Merci, madame la présidente.
Merci beaucoup à tous d'être venus en personne pour témoigner. Je vous en suis très reconnaissante.
C'est un sujet important pour nous. Il est également lié à d'autres questions que nous étudions.
Monsieur Irving, de plus en plus, nous voyons des dirigeants politiques de nombreux pays s'inspirer de discours masculinistes dans leurs messages politiques. Par exemple, certains chefs de parti parlent de l'horloge biologique des femmes ou réclament un renforcement des lois sur les armes à feu. Il peut aussi s'agir de questions de sécurité ou d'autre chose.
Selon vous, en quoi ce type de discours aggrave‑t‑il la situation des femmes et des filles? Comment contribue‑t‑il à renforcer l'écosystème dans lequel prospèrent les idéologies antiféministes?
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Nous reprenons avec notre deuxième groupe de témoins.
Je leur souhaite la bienvenue.
J'ai quelques instructions à vous donner. Si vous êtes sur Zoom et que vous souhaitez choisir une langue d'interprétation, que ce soit le français ou l'anglais, ou si vous voulez sélectionner le parquet, qui vous donne les deux, vous trouverez cette option en bas de votre écran. Cela ressemble à un petit globe terrestre. Si vous souhaitez prendre la parole, veuillez utiliser la fonction « lever la main ». Tous les commentaires doivent être adressés à la présidence.
Chacun d'entre vous disposera de cinq minutes.
Nous accueillons Mme Lisa Pigeau, directrice des relations intergouvernementales de l'organisme Les Femmes Michif Otipemisiwak; et M. Jean‑Michaël Dubé‑Rousseau, directeur général de Partage au Masculin. Bienvenue.
Nous entendrons tout d'abord Mme Pigeau.
La parole est à vous pour cinq minutes.
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Madame la présidente, je vous remercie de me donner l'occasion de m'adresser au Comité aujourd'hui.
Avant de commencer, je tiens à souligner que je me joins à vous aujourd'hui depuis Spencerville, en Ontario, sur le territoire non cédé et non abandonné du peuple anishinabe. Je rends également hommage à la relation durable que les nations haudenosaunee et huronne-wendat entretiennent avec cette terre.
En tant qu'Autochtone qui vit et qui travaille ici, je considère cette reconnaissance comme un appel à agir, et pas seulement à s'exprimer. Elle me rappelle que je dois soutenir les droits des Autochtones, renforcer les relations communautaires et contribuer aux efforts visant à protéger nos terres, nos familles et les générations à venir. La réconciliation nous invite à nous mobiliser, à remettre en question les systèmes qui causent des torts et à contribuer à la création d'espaces où les Autochtones se font entendre et où ils sont en sécurité et respectés. Je suis heureuse d'être ici et je reste déterminée à assumer de telles responsabilités de manière constructive.
Je m'appelle Lisa Pigeau. Je suis directrice des relations intergouvernementales au sein de l'organisme Les Femmes Michif Otipemisiwak, le porte-parole national des femmes, des filles, des personnes aux deux esprits et des personnes de diverses identités de genre métisses. Notre travail s'appuie sur notre culture, notre communauté, ainsi que sur les droits et le bien-être des femmes métisses dans l'ensemble de la patrie.
Nous constatons que les idées qui vont à l'encontre de l'égalité des genres sont de plus en plus présentes. Les gens parlent souvent d'idéologie antiféministe pour désigner ce phénomène, qui peut se manifester de manière calme et polie, mais aussi de manière ouvertement hostile. Quelle qu'en soit la forme, le message sous-jacent est le même. On dit aux femmes, aux filles, aux personnes aux deux esprits et aux personnes de diverses identités de genre de s'attendre à moins à divers égards, qu'il s'agisse de la sécurité, du droit de parole, des choix ou du leadership.
Le féminisme n'a jamais eu pour but de priver les hommes de quoi que ce soit. Il n'est pas fondé sur la haine. Il ne s'agit pas de dominer ou de créer de nouvelles hiérarchies. Le féminisme est simplement une question d'équité et de dignité. Il s'agit de la liberté de faire des choix, de créer des possibilités et d'élever nos enfants dans des collectivités où chaque personne est valorisée. Lorsque les femmes et les personnes de diverses identités de genre sont plus en sécurité et plus fortes, leur famille et leur collectivité sont également plus en sécurité et plus fortes. Ce n'est pas une compétition.
Pour les femmes métisses, c'est une situation qui leur est très familière. Bien avant que les systèmes coloniaux ne perturbent nos communautés, elles assumaient d'énormes responsabilités. Elles géraient les routes commerciales, transmettaient leurs connaissances, enseignaient leur langue, s'occupaient des enfants de toutes les cultures, appuyaient la gouvernance et contribuaient à façonner la diplomatie. Leur leadership faisait partie intégrante de la vie quotidienne.
À leur arrivée, les systèmes coloniaux ont imposé des idées strictes sur le genre et le contrôle. Ils ont tenté de réduire les femmes au silence et d'effacer les rôles qu'elles avaient qui permettaient aux communautés métisses de maintenir leur équilibre et de demeurer prospères.
Certains des messages antiféministes que nous entendons aujourd'hui rappellent ces anciens systèmes. Nous entendons des gens dire que la lutte pour l'égalité des sexes est allée trop loin ou que parler de sexisme, de racisme ou de violence coloniale crée en quelque sorte des divisions. Nous entendons des arguments selon lesquels parler de son identité, de sa langue ou de son expérience est nuisible. Cependant, dire la vérité sur nos vies ne crée pas de divisions. C'est clarifier les choses. C'est un acte de guérison. Si nous ne pouvons pas dénoncer des préjudices, nous ne pouvons pas les réparer.
L'intersectionnalité est un facteur important. Une femme métisse qui vit dans une collectivité du Nord n'est pas confrontée au sexisme de la même manière qu'une jeune mère qui vit dans un centre urbain. Une jeune personne aux deux esprits subit des pressions que d'autres ne verront peut-être jamais. Une femme qui vit avec un handicap ou qui porte le poids d'un traumatisme intergénérationnel suit un chemin façonné par des forces que la plupart des gens ne voient pas. Souvent, dans le discours antiféministe, on prétend que ces différences n'existent pas, mais dans nos communautés, nous savons que ce n'est pas vrai. Nous savons que le pouvoir, le contrôle et la discrimination s'exercent différemment selon qui vous êtes et où vous vous situez.
Avoir le choix est un élément central de l'autonomisation — le choix de s'exprimer librement, de participer aux décisions, de s'épanouir sans crainte en fonction de ses talents, de sa culture et de ses responsabilités. C'est ainsi que l'égalité se manifeste dans la vie.
Les femmes métisses ont la mémoire longue. Nous savons que lorsque les femmes sont écartées des rôles de premier plan, c'est toute la communauté qui en pâtit. Nous savons que lorsque les femmes s'épanouissent, tout le monde s'épanouit. Lorsque les personnes aux deux esprits et les personnes de diverses identités de genre sont accueillies et respectées, notre cercle devient plus fort. C'est ce que nos ancêtres avaient compris. Ils vivaient en accordant de l'importance à l'équilibre et aux relations.
À l'heure où nous sommes confrontés à la montée de l'idéologie antiféministe, nous devons rester fidèles à notre identité métisse. Nous devons nous exprimer clairement lorsque la misogynie nous porte préjudice. Nous devons remettre en question l'idée selon laquelle l'égalité est une menace. Notre travail ne consiste pas à prendre le pouvoir à qui que ce soit. Il s'agit de bâtir des communautés dans lesquelles chaque personne peut s'épanouir, jouer un rôle de premier plan et vivre à l'abri de la violence.
C'est ainsi que nous rendons hommage à nos ancêtres et que nous protégeons les prochaines générations — en choisissant l'égalité et le respect et en nous soutenant mutuellement.
Merci, madame la présidente.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Je vous remercie d'avoir invité Partage au Masculin à prendre position sur la montée des discours antiféministes.
Je suis directeur général de Partage au Masculin depuis deux ans, mais ça fait 10 ans que je travaille pour l'organisme, que mon père a fondé il y a 30 ans. Toute ma vie, j'ai grandi en voyant cet homme travailler avec beaucoup d'acharnement et se battre pour que les hommes aient une place où parler de leurs émotions, où montrer leur souffrance et où demander de l'aide quand ils traversent une période difficile. Pour sa part, ma mère a travaillé dans une maison pour femmes victimes de violence conjugale pendant plusieurs années. Je me souviens que je trouvais toujours ça très beau de les entendre parler. Tous deux travaillaient à faire avancer la cause de l'égalité, mais auprès de clientèles différentes.
Partage au Masculin a toujours été une histoire où les hommes ont le droit de demander de l'aide et où les femmes ne sont pas nos ennemies, mais plutôt nos alliées. En effet, il faut travailler ensemble pour réussir à mieux vivre ensemble en société. Par exemple, nous invitons souvent les gens de la maison pour femmes victimes de violence conjugale de notre secteur à venir présenter ses services et à parler de la réalité de ces femmes aux hommes qui consultent Partage au Masculin, parce que nous trouvons ça important.
Être ici et avoir la chance de parler de tout ça représente beaucoup pour moi. Au fil des années où j'ai travaillé à Partage au Masculin, j'ai pu voir que les mentalités ont évolué. Aujourd'hui, c'est plus accepté qu'un homme aille chercher de l'aide quand il en a besoin. Les gars ne s'en cachent plus. Ils en parlent autour d'eux, alors c'est positif. La mentalité peut-être plus traditionnelle qui s'observait dans ma région, Chaudière‑Appalaches, n'est plus aussi présente qu'elle l'était autrefois.
De plus, le rôle des hommes évolue. Les pères ne sont plus simplement des pourvoyeurs; ils s'impliquent davantage dans la vie de leurs enfants, ils s'ouvrent émotionnellement à leurs conjointes, à leurs amis, et même à leurs enfants, et ils ont un rôle d'éducateur.
Ce qui me fâche beaucoup dans la montée de ce masculinisme toxique, c'est que c'est comme si nous revenions en arrière, aux premières années durant lesquelles mon père bâtissait Partage au Masculin. On a mentionné Andrew Tate, mais combien d'autres influenceurs vont directement à la rencontre de nos jeunes pour leur vendre une fausse réalité? On leur jette de la poudre aux yeux. On les manipule au moment où ils sont en pleine construction de leur identité. On les interpelle en leur disant que, s'ils veulent avoir du succès, plaire aux filles et régler tous les problèmes dans leur vie, ils n'ont qu'à se ranger du bord qu'on leur propose et à écouter ce qu'on leur dit, car on va leur montrer comment faire tout ça et tout va bien aller. On les attire par de belles paroles et on leur fait miroiter toutes ces choses. Plus ils sont plongés là-dedans, plus ça devient sournois et toxique, et plus on leur met dans la tête que, si ça ne va pas bien dans leur vie et qu'ils se sont fait rejeter, c'est la faute des femmes.
Ce n'est même pas un retour à une masculinité traditionnelle, à proprement parler, car nos pères et nos grands-pères ne détestaient pas les femmes. Oui, ils avaient de la misère à parler de leurs émotions, à communiquer et à demander de l'aide. Oui, il y avait des rôles très traditionnels. Quand ils rentraient à la maison, ils n'aidaient pas à préparer le souper et à faire le ménage. Toutefois, ils ne détestaient pas les femmes et ils n'avaient pas ces discours antiféministes. Les masculinistes d'aujourd'hui, au nom d'un retour vers quelque chose de traditionnel, vont dire à d'autres que ce sont vraiment les femmes qui sont la cause de tous leurs problèmes.
Je trouve ça vraiment déplorable. J'aimerais qu'il y ait plus de contre-discours pour s'opposer à tous ces influenceurs, car je trouve que ça manque. Que ce soit dans les réseaux sociaux, dans nos écoles ou ailleurs, j'ai l'impression que, d'un côté, plein d'influenceurs viennent parler aux jeunes pour les emmener là-dedans et pour leur monter la tête. De l'autre côté, quand je regarde ce qui existe pour aller à la rencontre de ces jeunes et leur dire qu'il existe autre chose, que ce n'est pas vrai, qu'il faut faire attention et qu'il faut développer un sens critique, j'ai l'impression qu'il n'y a rien, du moins dans ma région. Alors, il faut faire quelque chose pour corriger ça.
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Je pense que la Beauce a toujours été très traditionnelle, comme vous l'avez dit: les hommes sont forts et vaillants, ils ne montrent pas qu'ils souffrent et ils continuent à avancer. Personnellement, j'ai quand même vu une évolution au fil des années. Au début, les gars de la Beauce qui venaient à notre organisme se dépêchaient au moment d'entrer sur les lieux et au moment d'en sortir. À l'époque, même si les gens fumaient plus qu'aujourd'hui, ils ne sortaient pas pour aller fumer quand on faisait une activité de groupe, de peur qu'on les voie sous la pancarte de Partage au Masculin.
Aujourd'hui, les hommes de 35 à 55 ans n'ont plus peur de ça. Ils en jasent autour d'eux, ils en jasent après nos rencontres, ils restent dans le stationnement et ce n'est pas grave. Ils reviennent nous voir et nous disent qu'ils ont parlé à leurs collègues de travail de leurs rencontres à Partage au Masculin et que ces derniers sont contents pour eux. Il y a encore ce truc d'être très gars, très viril, mais je trouve que cette mentalité change, même en Beauce. Les entrepreneurs veulent aussi aider leurs employés.
Par contre, je pense que ce sont les plus jeunes qui adhèrent davantage aux discours de masculinité toxique de ces influenceurs.
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Pourtant, ça devrait partir de là. Il faut aller voir les jeunes et leur parler.
Je vais poser une hypothèse. Je ne dis pas qu'elle est vraie, mais vous me direz ce que vous en pensez.
Je suis la maman d'un garçon de 29 ans. Quand les enfants viennent au monde, ils sont avec leur mère. Quand ils entrent à la garderie, ils sont avec une éducatrice. Disons-le, il n'y a pas d'hommes qui travaillent dans les garderies. Quand ils entrent à l'école primaire, il y a à peu près juste des femmes qui enseignent. Tantôt, quelqu'un a donné des explications d'ordre économique, mais il s'agit à peu près juste de femmes. Quand ces enfants arrivent à l'école secondaire, il y a un petit peu d'hommes qui leur enseignent. Au cégep et à l'université, il y en a davantage. Il y a donc tout un parcours où les enfants n'ont pas de visages masculins significatifs et positifs. Ils sont constamment en présence de femmes.
Je pose mon hypothèse. Il n'y a plus de lieux de rencontre comme autrefois pour les gars. À l'époque, les gars allaient à la brasserie ou à la taverne, mais on dirait que c'est moins présent. Je me souviens que mon fils, à l'école, devait se mettre en rang. Les petits gars aiment se coltailler, mais ils n'avaient pas le droit de le faire. Est-ce qu'on n'est pas allé un peu dans un extrême, de l'autre côté, où il n'y a pas assez d'hommes et de visages significatifs pour les gars?
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Merci, madame la présidente.
Je vous remercie de votre participation.
Excusez-moi, je vais vous parler en anglais.
[Traduction]
Monsieur Dubé‑Rousseau, je ne sais pas si vous avez entendu les témoignages précédents de MM. Irving et Stika au sujet de la masculinité toxique et des répercussions du colonialisme. Si vous le permettez, j'aimerais vous demander quelle a été, selon vous, l'incidence du colonialisme et quel est le lien, lorsque nous parlons des communautés autochtones, des communautés minoritaires et de la suprématie blanche.
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Je ne peux pas me prononcer sur le colonialisme en soi.
En ce qui a trait à l'intersectionnalité, c'est sûr que, plus une personne vit diverses réalités, plus elles se cumulent et ajoutent une certaine pression.
Je ne sais pas si ça peut aider à répondre à votre question, mais j'ai vraiment l'impression que les discours antiféministes font appel aux codes de la masculinité traditionnelle pour attirer les jeunes hommes et les amener graduellement à s'enraciner plus profondément dans ces discours haineux ou antiféministes. Ça commence de façon tellement simple. Par exemple, on interpelle les jeunes en leur demandant s'ils veulent avoir du succès dans leur entreprise. C'est quelque chose de très traditionnellement masculin. On les interpelle aussi en leur demandant s'ils veulent plaire aux filles. Ça aussi, c'est quelque chose de très traditionnellement masculin.
On se défend en prétendant qu'on ne dit pas aux filles qu'elles doivent rester à la maison, mais plutôt que c'est leur choix. On essaie d'être beau et gentil et de faire appel aux vieux codes en disant qu'il faut retourner aux belles valeurs familiales d'avant. On dit que c'était tellement mieux avant. C'était beau, c'était simple, ça fonctionnait. Les familles étaient unies.
À mes yeux, ce n'est qu'une illusion qu'on propose. C'est un mirage. Ce sont des choses auxquelles on ne peut pas dire non. Si on demande à des gens s'ils sont contre les belles valeurs familiales, ils répondront que non, ils ne sont pas contre ça. Sont-ils contre le fait qu'un homme peut avoir du succès dans son entreprise? Non, ils ne sont pas contre ça, c'est bien sûr. Une fois qu'on les a accrochés avec ces idées, on les amène plus profondément dans l'idéologie antiféministe.
Je ne sais pas si ça répond à votre question, mais je ne pense pas avoir l'expertise pour donner une autre réponse que celle-là.
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Merci. Je vous remercie de la question.
Les idées antiféministes amènent souvent les gens à être réticents quant aux efforts déployés en faveur de l'équité et de l'égalité entre les genres. Elles ont une influence lorsqu'il s'agit de décider de soutenir ou non les programmes destinés aux femmes et aux personnes de diverses identités de genre et elles alimentent les discours des gens qui minimisent la violence fondée sur le genre en disant que c'est exagéré ou politique. Il en résulte que les mesures sont freinées et que des décisions de financement discriminatoires sont prises. Par exemple, lorsque les gouvernements cessent de parler clairement d'inégalités, les préjugés nuisibles s'installent plus facilement.
Quand on regarde... Les gens peuvent penser que la diversité, l'équité et l'inclusion sont préjudiciables. C'est en fait tout le contraire. Ce qui est préjudiciable, c'est de ne pas tenir compte de la diversité, de l'équité et de l'inclusion dans tous les aspects des politiques publiques et des programmes et dans les décisions gouvernementales. Sous le dernier gouvernement, on a entendu des gens manifester leur soutien à l'égard d'une analyse comparative entre les sexes. Tout notre travail s'appuie sur une perspective métisse, sexospécifique et intersectionnelle qui respecte clairement les différents parcours de chaque personne.
Je veux simplement revenir à votre question précédente sur les effets de la colonisation et...
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Encore une fois, nous nous rendons compte que cette étude sera riche, et je remercie les deux témoins d'y contribuer.
Monsieur Dubé‑Rousseau, je vais vous poser une question, mais je vais commencer par saluer votre organisme, Partage au Masculin. Il me fait beaucoup penser à la Ressource pour hommes de la Haute‑Yamaska, dans Shefford, une Maison Oxygène qui a une mission tout à fait semblable à la vôtre. J'ai eu l'occasion de m'y rendre et d'échanger avec des hommes qui utilisent ces ressources, et j'ai vu à quel point elles étaient utiles pour les accompagner dans des périodes difficiles. On se rend compte que c'est moins évident pour les hommes d'aller chercher de l'aide. Il faut que ces maisons travaillent fort pour se faire connaître des hommes qui pourraient en avoir besoin.
Par ailleurs, vous avez parlé de l'importance d'avoir des modèles masculins positifs. M. Stika, dans le groupe de témoins précédent, parlait de l'importance du financement des arts et de la musique. Ça passe beaucoup par là. En ce moment, on entend beaucoup parler de la série Bellefleur, qui porte sur la masculinité positive. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de la voir, mais c'est une série qui veut des hommes sains et authentiques, loin des clichés masculins qu'on dit traditionnels. Elle aborde la vulnérabilité, la fraternité et la force des amitiés, tout en déconstruisant les stéréotypes masculins.
M. Stika suggérait, entre autres, de financer davantage les arts et la musique. Comment croyez-vous que ça pourrait contribuer à promouvoir des modèles positifs et à repositionner cette question de la masculinité?

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Je pense qu'il faut donner aux jeunes hommes plus de manières de venir exprimer leurs émotions ou leur masculinité. Il faut qu'on leur offre de la place pour ça. Sans que ces hommes commencent pour autant à exprimer leur masculinité, on peut partir de la base et les aider à exprimer leurs émotions. Il faut donner de la place aux hommes pour parler de ce qu'ils vivent et montrer leur vulnérabilité. Pour beaucoup d'hommes qui viennent nous voir à Partage au Masculin, jeunes et moins jeunes, c'est la première fois de leur vie qu'ils ont l'occasion de s'ouvrir à ce sujet et qu'ils ont un endroit pour le faire. Cet endroit, ça peut être dans leur cercle d'amis, dans leur famille ou dans leur milieu de travail. Ils peuvent aussi s'ouvrir au moyen d'un mode d'expression, par exemple la musique. Ils n'ont jamais eu d'endroit pour venir dire que, au-delà du fait qu'ils étaient fâchés, ils avaient vécu des moments difficiles et avaient eu de la peine. On passe souvent d'autres choses à travers la colère. On sait que, pour bien des hommes, la colère devient le vecteur pour exprimer d'autres émotions, comme la tristesse, un sentiment de trahison ou de la souffrance.
Alors oui, je pense que les écoles doivent offrir à nos jeunes hommes d'autres moyens de s'exprimer. On doit valoriser, de manière plus générale, le fait qu'ils ont le droit de parler de leurs émotions et leur donner la place pour exprimer ce qu'ils vivent et ce qu'ils pensent, plutôt que de les rejeter et de les voir se refermer.
Tout à l'heure, j'ai entendu quelque chose que j'ai bien aimé: si on ne va pas parler à ces jeunes, si on ne les écoute pas, les influenceurs antiféministes, eux, le feront. Ils les écouteront, leur répondront, leur parleront et leur permettront de s'exprimer. C'est pour cette raison qu'on doit utiliser des moyens directs, comme la relation d'aide, les groupes de discussion, les présentations de services ou les activités dans les écoles, pour aller chercher les jeunes là où ils sont. Si on peut aller à la rencontre des hommes adultes dans leur milieu pour leur donner l'occasion de s'exprimer et que ça fonctionne bien pour eux, c'est sûr que ça va bien fonctionner aussi pour les adolescents. Si on ne le fait pas, les influenceurs en ligne le feront. Ils vont aller dans les forums de discussion, dans les commentaires sous les vidéos, sur TikTok; ils vont aller partout où se trouvent les jeunes et ils vont leur parler.
Il faut donc offrir aux jeunes hommes un endroit pour s'exprimer, que ce soit un organisme comme Partage au Masculin, un organisme pour jeunes ou dans le cadre d'activités offertes à l'école. C'est important.
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Je vais faire un peu de chauvinisme et vous inviter à regarder
Bellefleur, une série signée Sarah‑Maude Beauchesne, qui est originaire de Granby, et Nicola Morel. Nous nous en reparlerons.
À propos de moyens positifs, je tiens aussi à souligner que l'Auberge sous mon toit, une ressource située dans Shefford qui vient aussi en aide aux hommes, a réalisé un balado dans lequel on interroge des hommes afin d'essayer de susciter des changements positifs. Il comprend de beaux témoignages d'hommes qui disent à quel point le fait d'aller chercher de l'aide les a aidés à s'en sortir. Certains balados comme celui-là sont très positifs.
J'espère que nous pourrons nous en reparler dans un prochain tour.
Maintenant, j'aimerais profiter de la minute qu'il me reste pour m'adresser rapidement à vous, madame Pigeau.
Dans une réponse précédente, vous avez parlé de la place que peut avoir l'analyse selon le genre pour les communautés autochtones. Je sais qu'hier, un de mes collègues était au Comité permanent des comptes publics, qui faisait une étude de suivi à propos d'un rapport qui avait été déposé par la vérificatrice générale à la suite d'un audit visant à déterminer si le gouvernement avait mis en application l'Analyse comparative entre les sexes Plus, soit l'ACS Plus. Parlez-vous bien de cette analyse?
Pouvez-vous nous dire, en 30 secondes, à quel point il est important de bien appliquer l'ACS Plus pour que l'ensemble des mesures gouvernementales favorisent l'équité entre hommes et femmes?
Je tiens également à dire à nos témoins que s'ils souhaitent communiquer d'autres renseignements au Comité — des données ou des réponses à des questions auxquelles ils n'ont pas pu répondre —, ils peuvent les envoyer à la greffière, et nous serons heureuses de les recevoir.
Nous avons maintenant le temps pour environ une demi-série de questions, car une veillée a lieu ce soir en mémoire des victimes de la fusillade à l'École polytechnique.
Je pense que nous allons commencer par Mme Cody, qui dispose de cinq minutes.
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Merci à tous les témoins de leur présence.
J'aimerais adresser ma première question à M. Dubé-Rousseau.
Je vous remercie d'être des nôtres.
Le terme « antiféminisme » revient de plus en plus souvent dans le débat public, mais il n'est pas clairement défini. Les étiquettes lancées à tout‑va peuvent influer sur la façon dont les hommes se perçoivent et interagissent avec les femmes. Ces discours peuvent aussi avoir une incidence sur la santé mentale et les relations. Il est important de comprendre ce que ce terme signifie concrètement si nous voulons nous assurer que les discussions demeurent respectueuses et axées sur des solutions.
Selon vous, faudrait‑il une définition claire? En l'absence d'une telle définition, que signifie l'antiféminisme dans le contexte de votre travail, et comment ce terme influence‑t‑il, d'après vous, la perception ou le comportement des hommes envers les femmes?
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Je ne sais pas si je suis le bon expert pour proposer une bonne définition de l'antiféminisme. Je trouve que des personnes beaucoup plus intelligentes que moi, qui ont fait de plus grandes études que moi sur le sujet, ont proposé de très bonnes définitions de l'antiféminisme. C'est sûr qu'on se doit de le définir. Cela dit, il faut faire attention, car c'est le genre de terme qui, s'il est mal défini, peut être mal perçu par des hommes qui se sentent déjà rejetés par les services ou qui sentent que l'aide disponible ne leur est pas destinée.
Je vais prendre le temps de bien répondre à la question.
Par exemple, quand des maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale font des présentations dans des écoles, on dirait parfois que des hommes ont l'impression que les services n'existent pas pour eux et qu'on aide juste les femmes, alors que c'est faux.
J'aimerais tellement ça que les...
Pouvez-vous me reposer votre question? J'ai vraiment l'impression d'être en train de me perdre.
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Je n'ai pas les statistiques sous la main, mais je sais qu'elles démontrent qu'aujourd'hui encore, il y a environ trois fois plus de suicides chez les hommes que chez les femmes. Quant aux moyens utilisés, les hommes ont tendance à utiliser davantage des armes à feu, qui sont une option beaucoup plus létale pour s'enlever la vie, alors que les femmes vont davantage utiliser des médicaments.
C'est sûr que le fait que ce soit encore difficile pour un homme de demander de l'aide et de s'ouvrir à propos de ce qu'il vit influe sur les taux de suicide. Par exemple, quand la femme s'approche du gouffre, elle a davantage tendance à aller chercher de l'aide. Avant de s'y rendre, elle en parle davantage à ses amis ou à des membres de sa famille. Elle leur dit que ça ne va pas bien et ils peuvent alors la guider vers des ressources d'aide. Au contraire, l'homme plus traditionnel qui éprouve de la détresse a tendance à se refermer et à vouloir à tout prix s'en sortir tout seul. Lorsque ça ne fonctionne pas, il voit ça comme un gros échec. Il se dit qu'il a raté sa vie, qu'il n'est pas un vrai homme et, à ce compte, il se demande s'il mérite de vivre. Ensuite, il va faire une tentative de suicide, ou il va demander de l'aide alors qu'il est très près de passer à l'acte.
Donc, oui, les statistiques sur le suicide montrent qu'aujourd'hui encore, de trois à quatre fois plus d'hommes, dépendamment de la tranche d'âge, vont s'enlever la vie. Il ne faut pas continuer le discours de la masculinité toxique, dans lequel on encourage les hommes à avoir du succès et on leur dit qu'il faut qu'ils réussissent autant en entreprise qu'auprès des femmes. Ce qu'on leur vend, c'est un idéal inatteignable. Quand ils voient que ça ne fonctionne pas, ils vont avoir encore plus tendance à se refermer et à se voir comme des hommes ratés qui ont échoué et qui ont manqué leur vie. Ils risquent alors davantage de s'enlever la vie.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Je remercie les témoins. C'est une très belle discussion.
Madame Pigeau, je vais vous reposer la question que ma collègue vous a posée sur les conséquences de la colonisation, puisque vous n'avez pas eu l'occasion de finir d'y répondre. J'aimerais vous entendre nous en parler davantage, d'une part.
D'autre part, vous pourrez compléter vos commentaires en nous parlant de la réalité des Métis et des communautés autochtones, où la relation de pouvoir a changé de mains. On est davantage dans une logique de victime, étant donné tout ce qu'on a vécu.
Que devons-nous apprendre de cette réalité? Selon leur discours actuel, ces hommes sont des victimes. Alors, comment pouvons-nous rétablir la situation? Qu'est-ce que vous avez appris qui pourrait nous aider à faire face à toute cette masculinité toxique de manière plus globale?
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La colonisation a été bien étudiée et bien documentée. Ses répercussions sont omniprésentes. Elles touchent tous les aspects de notre vie en tant que Métis, dans mon cas, et plus particulièrement en tant que femmes métisses, en nous dépouillant de nos rôles traditionnels et en transformant la société dominante que nous formions autrefois au Canada en un peuple soumis et exposé au génocide et à tout le reste.
Nous avons vu ce mot employé principalement dans le cadre des travaux réalisés pour l'enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées et les personnes 2ELGBTQQIA+. À la lumière de ces recommandations et de notre rapport subséquent, « Weaving Miskotahâ » — « miskotahâ » signifie « changement » —, nous avons formulé 62 appels à l'action propres aux Métis qui portent sur la façon dont la colonisation a eu une incidence sur notre sécurité, notre éducation, nos emplois ainsi que notre place et notre rôle dans le leadership, dans la gouvernance et dans tous les autres aspects. Je peux certainement fournir ce rapport au Comité.
Je tiens à réitérer un point que j'ai soulevé dans mon intervention. Le féminisme ne vise pas à nier les besoins et le rôle des hommes dans nos communautés. Nous avons tous des rôles très importants, et ces rôles sont complémentaires. C'est vraiment ce que la colonisation a détruit : l'idée de travailler ensemble, et non pas les uns contre les autres. Pour moi, c'est cela, le féminisme. Il s'agit d'honorer chaque membre de notre communauté. La colonisation a complètement effacé cette idéologie. Il a fallu plusieurs centaines d'années pour détruire ce concept, mais au sein de l'organisme Les Femmes Michif Otipemisiwak, nous travaillons chaque jour à le reconstruire. Voilà la réalité métisse, en particulier pour les femmes métisses.
Je veux aussi revenir sur la question précédente posée à mon collègue au sujet du suicide. Ce qui nous manque dans notre communauté, ce sont des données propres aux Métis et désagrégées pour pouvoir aller de l'avant et comprendre pleinement le problème et le concept. Nous devons vraiment nous concentrer sur les données.
Merci.