Bienvenue à la 15e réunion du Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes.
La réunion d'aujourd'hui se déroule sous forme hybride, conformément au Règlement. Des députés sont présents dans la salle et d'autres participent à distance au moyen de l'application Zoom.
J'aimerais faire quelques observations à l'intention des députés et des témoins.
Veuillez attendre que je vous nomme avant de prendre la parole. Si vous participez par Zoom, vous pouvez cliquer sur l'icône du microphone pour activer votre micro. Veuillez le désactiver lorsque vous ne parlez pas.
Pour ce qui est de l'interprétation sur Zoom, vous pouvez sélectionner le canal approprié en bas de votre écran: français, anglais ou parquet. Les personnes qui sont dans la salle peuvent utiliser leurs oreillettes. Vous savez tous quoi faire pour protéger nos interprètes.
Si vous souhaitez prendre la parole, veuillez lever la main. Si vous participez sur Zoom, veuillez utiliser la fonction « Lever la main ».
Toutes les remarques doivent être adressées à la présidence.
Merci de votre coopération.
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le lundi 15 septembre 2025, le Comité reprend son étude sur l'article 810 du Code criminel et la sécurité des femmes.
Avant d'accueillir nos témoins, j'aimerais vous avertir que nous allons discuter de la violence faite aux femmes. Les sujets abordés peuvent déclencher des réactions chez les personnes qui nous regardent qui ont vécu des expériences similaires. Si des participants se sentent bouleversés ou s'ils ont besoin d'aide, je les prie de s'adresser à la greffière. Il est important que tous les témoins et tous les députés soient conscients que ces discussions sont difficiles, alors faisons preuve de compassion dans nos échanges.
J'aimerais maintenant souhaiter la bienvenue aux témoins qui participent à la réunion par vidéoconférence.
[Français]
D'abord, nous recevons des représentantes de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, soit Manon Monastesse, directrice générale, et Julie St‑Pierre Gaudreault, conseillère, Enjeux politiques.
[Traduction]
Une autre témoin est en route.
[Français]
Nous allons commencer par les déclarations préliminaires.
Je passe donc la parole aux représentantes de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes. Vous disposez de cinq minutes.
Je vais présenter brièvement la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes. Il s'agit d'une association provinciale regroupant 37 organismes membres, qui représentent tant des maisons d'hébergement de première étape, c'est-à-dire d'urgence, que des maisons de deuxième étape, c'est-à-dire de transition.
La particularité des maisons d'hébergement membres, c'est qu'elles ont vraiment une approche féministe intersectionnelle. Cela signifie qu'elles vont accompagner des femmes ayant vécu toute forme de violence sur le continuum des violences, à savoir des violences entre partenaires intimes, de la violence familiale, de l'exploitation sexuelle ou de la traite de personnes.
À titre informatif, en 2024, les maisons membres ont accompagné 2 500 femmes et environ 1 500 enfants, ce qui représente environ 40 000 appels sur la ligne téléphonique 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Aujourd'hui, nous voulons traiter la question de l'article 810 du Code criminel, c'est-à-dire la question de l'engagement à ne pas troubler l'ordre public.
Sur le terrain, les maisons qui accompagnent des femmes ont particulièrement remarqué des problèmes liés au non-respect des conditions, donc à la violation de l'article 811 du Code criminel, qui ne sont pas du tout traités de la même manière que la plupart des infractions criminelles.
Selon nous, c'est une des questions les plus problématiques. Il y a une augmentation préoccupante des violations de conditions, particulièrement au Québec, où il y a eu 11 877 cas liés au non-respect des conditions en 2024.
Je parle seulement des cas liés au non-respect des conditions répertoriées. Il s'agit donc de la pointe de l'iceberg. En effet, il s'agit de tout ce qui a été reconnu par des policiers et qui a fait l'objet d'un rapport. Cependant, plusieurs policiers ne vont pas prendre en compte les cas liés au non-respect des conditions, soit les violations à l'article 811. On peut comparer ce chiffre de 11 000 à une donnée de 2018, selon laquelle environ 4 000 cas liés au non-respect des conditions étaient répertoriés. On voit donc que cela a augmenté de manière importante dans les dernières années.
Sur le terrain, nous remarquons surtout que les services policiers refusent parfois de recevoir les dénonciations de violations de conditions. Cette tendance est variable selon la région où se trouvent les services policiers. Ces refus dépendent donc non seulement des régions, mais aussi des ressources disponibles au sein même des services de police. Voilà un des problèmes.
Plusieurs maisons nous ont aussi mentionné une pratique selon laquelle des policiers encouragent les femmes victimes de violences qui craignent pour leur sécurité à entreprendre elles-mêmes les démarches pour obtenir l'engagement en vertu de l'article 810, au lieu de laisser les services de police mener ces démarches eux-mêmes.
Il faut comprendre que, quand les policiers entreprennent eux-mêmes les démarches, ils évaluent le dossier et déterminent s'il y a un problème quant à la sécurité pour les femmes victimes. Le processus est beaucoup plus simple et davantage reconnu sur le plan judiciaire. Cela a donc des répercussions sur le parcours de la femme victime. De plus, cela contribue à décharger la femme de la charge administrative de déposer un recours en justice sur la base de l'article 810.
C'est ce qui met fin à ma partie.
Madame Monastesse, je vais vous laisser conclure la présentation.
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Je vais rebondir sur ce que madame St‑Pierre Gaudreault a dit quant à la question du non-respect des conditions qui est prévu à l'article 810. Quand les conditions prévues à l'article 810 ne sont pas respectées, ce qui est déjà une infraction criminelle en soi, l'article 811 devrait automatiquement être appliqué. Or, on peut constater qu'il est très peu appliqué.
Le dernier rapport d'évaluation de la dangerosité par les policiers et le rapport du Bureau du coroner du Québec nous indiquent que tous les cas que nous avons étudiés présentaient des antécédents de violence conjugale, judiciarisée ou non, envers la partenaire actuelle. On indique aussi que plus du tiers des situations présentaient déjà une violation des ordonnances répertoriée, déclarée et retenue.
La procédure en cas de non-respect des conditions est un problème majeur dans les pratiques policières. En contexte de violence conjugale et de violences faites aux femmes, c'est vraiment critique. Par exemple, une femme a été tuée par son conjoint, alors que, pendant 20 ans, il n'avait pas respecté les conditions à 16 reprises. Il y a donc vraiment un problème majeur quant aux pratiques policières.
Il faut appliquer les outils déjà présents, notamment l'article 811. Les cas de non-respect des conditions devraient automatiquement constituer une infraction criminelle donnant lieu à la détention du contrevenant.
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Merci beaucoup, madame Monastesse.
Je vous remercie toutes les deux d'être des nôtres cet après-midi et de vous être rendues disponibles.
Madame Monastesse, je vais rebondir sur l'information très précise que vous nous avez donnée sur le non-respect des conditions.
Il n'y a pas si longtemps, à QUB radio, vous avez dit que vous faites ce métier d'accompagnement des femmes violentées depuis 30 ans. Vous voyez régulièrement des cas de non-respect de conditions.
Cela dit, nous avons l'impression que le nombre de cas est exponentiel et que la gestion s'est relâchée. Il semble que ces cas constituent la norme et que c'est un peu banalisé. Vous donniez l'exemple d'une situation où il y a eu 93 violations des conditions prévues à l'article 810.
Selon vous, à quel moment devrait-on faire intervenir la loi?
Que faudrait-il faire quand c'est le cas?
Comment peut-on en arriver à une situation où il y a 93 occurrences de non-respect des conditions?
Quelqu'un, quelque part, ne fait pas son boulot correctement.
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L'article 810 est un ordre de garder la paix. Il n'entraîne donc pas un casier judiciaire. Ça veut dire que, si on n'applique pas l'article 811, ça ne sert absolument à rien, parce qu'il faut recommencer. On a vu des femmes invoquer à plusieurs reprises l'application de l'article 810 sans que le non-respect des conditions ait été pris en compte et qu'il y ait une application de l'article 811.
Fondamentalement, l'article 810 devrait être appliqué avec parcimonie. On parle de situations extrêmement graves, souvent de tentatives de meurtre, de menaces de mort. Pourquoi appliquer l'article 810?
On le voit ici, au Québec, où il y a, dans certaines régions, une très bonne collaboration entre les procureurs et les policiers. On y applique très peu l'article 810 en contexte de violence conjugale, parce que les accusations sont très graves. Les autorités devraient davantage présenter les cas devant le tribunal au lieu d'appliquer l'article 810.
Selon nous, l'application de l'article 810 est extrêmement dangereuse, parce que ça crée une fausse sécurité. Cela donne un faux sentiment de sécurité aux victimes. Il faut aussi considérer toute la question de la formation et de la prise en compte, dans les pratiques policières, des drapeaux rouges qui se lèvent dans une situation donnée. Ça s'applique aussi aux procureurs, parce que ce sont eux qui décident de dire s'ils vont...
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Avant de passer à autre chose, madame Monastesse, je veux revenir sur un élément que vous avez mentionné. Nous comprenons très bien que vous favorisiez l'application de l'article 811. Selon vous, il faut utiliser l'article 810 avec parcimonie, parce que ça donne un faux sentiment de sécurité.
D'abord, merci beaucoup, madame St‑Pierre Gaudreault et madame Monastesse, d'être avec nous, aujourd'hui.
Vous avez dit qu'il fallait bien appliquer la loi et donner plus d'outils. Je résume. Cependant, vous avez aussi parlé de la question du contrôle coercitif. Notre étude porte aujourd'hui sur l'article 810, mais nous cherchons aussi des moyens de donner plus d'outils pour être capables d'être plus efficaces par rapport aux victimes.
En quoi la criminalisation du contrôle coercitif donnerait-elle plus d'outils aux intervenants pour qu'ils soient capables, justement, d'agir plus rapidement et plus efficacement?
Pour bien comprendre les contextes dans lesquels on utilise souvent l'article 810 du Code criminel et pourquoi c'est devenu aussi fréquent, il faut d'abord savoir que c'est parfois une solution de rechange au fait de devoir recourir au système de justice. Actuellement, on constate que les victimes ne se sentent pas appuyées lorsqu'elles passent par le système de justice.
Il faut assurément mettre des mesures en place pour mieux comprendre le cycle de la violence, les dynamiques du contrôle coercitif, les facteurs de vulnérabilité qui sont propres à certaines femmes. Celles-ci peuvent venir de communautés marginalisées. Je pense notamment aux femmes immigrantes, aux femmes autochtones et aux femmes racialisées. Il faut donc faire comprendre la réalité de ces femmes dans le système de justice.
La criminalisation du contrôle coercitif peut permettre de mieux comprendre des comportements précis, où la violence se manifeste par des gestes qui sont multiples et répétés. Il y a aussi une panoplie de mesures à mettre en place pour mieux protéger les victimes et adapter davantage le système de justice aux besoins de toutes les femmes qui sont victimes de violence.
C'est parce que de nombreuses femmes croient qu'elles ne sont pas entendues dans le système de justice que l’on voit une augmentation du recours à l'article 810 du Code criminel.
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Vous avez aussi parlé de formation. Ça accompagnera également la criminalisation du contrôle coercitif.
Je vous amène ailleurs, parce que nous cherchons d'autres solutions. Nous voulons savoir comment nous pouvons redonner confiance aux victimes.
Nous avons déposé un projet de loi qui porte sur l'encadrement de l'arrêt Jordan. Le fait que des procès sont avortés en raison des délais et de l'inefficacité du système judiciaire décourage les victimes.
Aujourd'hui, j'ai commencé à lire le rapport intitulé « Repenser la justice pour les survivant.e.s de violence sexuelle: une enquête systémique », publié par le Bureau de l'ombudsman fédéral des victimes d'actes criminels.
Parmi les sujets du rapport d'enquête, on peut lire, au point 2, ce qui suit concernant l'arrêt Jordan:
« Je ne pense pas qu’il y ait quelque chose de pire pour une victime que de voir un procès suspendu. »
L’arrêt R c. Jordan a créé un régime assorti de délais précis qui protègent le droit de l’accusé à un procès dans un délai raisonnable. Il a entraîné des conséquences dévastatrices inattendues pour les survivantes et leurs familles. Les accusations graves d’agression sexuelle, même contre des enfants, sont suspendues, parfois après que les survivant.e.s ont déjà subi des contre-interrogatoires douloureux ou la divulgation de dossiers privés.
L’approche actuelle à l’égard de l’arrêt R c. Jordan compromet l’accès à la justice, viole les droits des victimes d’actes criminels et mine la confiance du public dans le système judiciaire au Canada.
Que pensez-vous de l'idée d'encadrer l'arrêt Jordan?
Cela pourrait-il rétablir l'efficacité du système et, surtout, redonner confiance aux victimes?
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Une solution à cette question de l'arrêt Jordan consiste à créer des équipes spécialisées au sein même du système de justice.
Au Québec, on est en train de mettre en place des tribunaux spécialisés, qui sont composés d'équipes spécialisées comprenant des policiers, des procureurs, des greffiers et des juges. Ce n'est pas encore parfait, mais les choses s'améliorent.
Je crois qu'il faut, au sein même du système de justice, des équipes spécialisées qui feront en sorte que les victimes soient bien entendues. Puisqu'il s'agit d'équipes spécialisées qui ne feraient que cela toute la journée, le processus judiciaire devrait être accéléré, en principe. C'est le cas en Australie, où les causes sont présentées devant les tribunaux dans un délai de seulement cinq semaines.
On sait que, au Canada, il y a de très longs délais. D'ailleurs, l'arrêt Jordan visait à régler ce problème. Cependant, cela ne semble pas avoir été très efficace. Effectivement, des victimes ont été extrêmement déçues, et leur sécurité a été mise en danger.
Au Québec, il y a eu une situation où l'arrêt Jordan avait été ordonné et où le contrevenant, quelques semaines plus tard, a menacé son ex‑conjointe avec une arme à feu. Cet arrêt a effectivement eu des conséquences importantes.
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Merci, madame la présidente.
Merci à tout le monde de m'accueillir à ce comité.
Avant mon arrivée au Parlement, j'étais procureur de la Couronne. Je connais très bien l'article 810. En fait, j'aimerais dire quelques mots sur le sujet. L'article 810 ne protège plus les femmes. À mon avis, il ne protège plus les victimes de violence entre partenaires intimes. Pour les gens qui ne le savent pas, concernant cet article, il n'est pas question d'une infraction criminelle, mais d'une allégation selon laquelle quelqu'un craint quelqu'un d'autre. Il faut passer par les tribunaux comme pour n'importe quelle autre accusation. Cela veut dire qu'il y a divulgation, contre-interrogatoire et tout le reste.
En Colombie-Britannique, nous avons une disposition dans la Family Law Act, la loi sur le droit de la famille. Elle permet à toute personne ayant des craintes fondées sur des motifs raisonnables de faire une demande dite ex parte à un tribunal, c'est‑à‑dire sans préavis. La victime peut littéralement se présenter devant le tribunal et expliquer pourquoi elle a peur, puis l'individu dont elle a peur reçoit une copie de l'ordonnance. Il peut contester l'ordonnance. Le non-respect de cette ordonnance constitue une infraction criminelle. Il faut une journée pour obtenir cette ordonnance.
Il faut parfois jusqu'à un an pour obtenir un engagement de ne pas troubler l'ordre public en vertu de l'article 810 et il n'est valable que pour un an. Parfois, les gens disent: « Mais je me suis bien comporté pendant un an. Pourquoi m'imposer cela? » Je pense que c'est une question dont nous devrions discuter. Je connais bien le sujet en raison de mon parcours, mais aussi parce que ma femme est avocate. Elle aide les femmes victimes de violence conjugale. Elle dit exactement la même chose que vous.
Je suis désolé de parler autant, mais je tiens vraiment à le dire. On ne fait même plus quoi que ce soit en cas de manquement. Il fut un temps où le non-respect d'une ordonnance de non-communication dans un contexte de violence entre partenaires intimes était considéré comme le manquement le plus grave à une condition de libération sous caution. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Des personnes sont victimes de manquements et il y a si peu de ressources que la police ne peut pas intervenir ou ne le fait pas et les victimes sont laissées dans l'ignorance.
J'aurais beaucoup plus à dire sur la violence conjugale et la loi de Bailey, mais je m'arrêterai là et j'aimerais savoir ce que vous en pensez, s'il vous plaît.
Merci.
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Je vous remercie beaucoup d'avoir bien expliqué ces problèmes.
Effectivement, c'est pour cette raison que nous avons beaucoup de réticence par rapport à l'article 810 du Code criminel. Comme vous l'avez dit, il s'agit d'un engagement à garder la paix. Il faudrait avoir le même genre de disposition que celle adoptée en Colombie‑Britannique, qui est plus efficace. D'ailleurs, je vous remercie de l'avoir mentionné.
La question tourne toujours autour du non-respect des conditions, c'est-à-dire que, si le Code criminel n'est pas appliqué, cet article ne vaut absolument rien pour la sécurité des femmes. D'autant plus que, lorsqu'on présente l'article 810 aux femmes victimes de violence, elles ont l'impression d'être en sécurité. Elles croient que c'est un filet de sécurité et qu'il y aura des conséquences en cas de non-respect des conditions. Comme vous l'avez mentionné, ce n'est absolument pas le cas. C'est de moins en moins le cas.
La réponse des policiers qui évaluent les cas liés au non-respect des conditions, au lieu d'appliquer la loi et de procéder à l'application de l'article 811, est quand même aussi très contestable. Ils disent qu'ils devraient arrêter tous les contrevenants, puisque la plupart d'entre eux, et ceux que nous voyons aussi, ne respectent pas automatiquement les ordonnances de garder la paix ni les conditions établies en vertu de l'article 810.
C'est dans la nature même de ces contrevenants de ne pas respecter ces conditions, de ne pas accepter cet encadrement, parce qu'ils veulent avoir un contrôle absolu sur leur ex‑conjointe. Comme ils n'acceptent pas ces conditions, ils ne les respectent pas. C'est quasiment un état de fait.
Il faudrait avoir des mesures beaucoup plus solides que l'article 810. À notre avis, on ne devrait pas appliquer cette disposition dans un contexte de violence conjugale. Les procureurs devraient procéder à des accusations, parce que ce sont souvent des infractions graves.
Selon ce que je comprends, et vous l'avez encore mieux expliqué, dans le cas d'infractions graves, on ne devrait pas appliquer l'article 810.
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L'application de l'article 811 du Code criminel permet d'avoir automatiquement un arrêt d'agir. Le contrevenant va être incarcéré et traduit en justice, non seulement pour les infractions de base, comme les tentatives de meurtre, mais également pour tous les cas de non-respect des conditions. C'est donc une façon efficace d'assurer le filet de sécurité pour les victimes et leurs enfants. Il ne faut pas les oublier non plus.
Il est extrêmement préoccupant de constater, dans l'étude post mortem des homicides en contexte de violence conjugale, basée notamment sur les rapports de coroners et les dossiers des services policiers, qu'il y avait des antécédents de violence conjugale dans tous les cas. De plus, nous voyons des cas où une ordonnance avait été prise en vertu de l'article 810. Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'il survienne des féminicides et des filicides, même si une telle ordonnance avait été prise? C'est vraiment un problème majeur.
D'abord, était-ce vraiment efficace d'utiliser l'article 810 au lieu de déposer des accusations relatives à d'autres infractions, qui sont généralement très graves? Tout est dans l'évaluation qui a mené à la décision d'utiliser l'article 810. Les procureurs vont souvent dire qu'il est préférable d'utiliser l'article 810, parce que la victime ne veut plus témoigner.
Cependant, existait-il d'autres solutions? L'article 810 devrait être utilisé avec parcimonie. Si on l'utilise, l'article 811 doit être appliqué systématiquement afin qu'on puisse procéder à des poursuites judiciaires.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Encore une fois, merci beaucoup, mesdames, d'être là aujourd'hui. Votre témoignage est très éclairant.
Nous comprenons que la question du faux sentiment de sécurité à l'égard de l'article 810 est préoccupante et qu'il faut chercher d'autres solutions. Vous avez parlé de l'article 811, mais vous avez aussi parlé de transparence et de collecte de données, dont il est également question dans le rapport de l'ombudsman.
Au sujet des données et de la responsabilité, le rapport de l'ombudsman mentionne, au point 10: « La collecte de données doit être améliorée, et nous devons collecter des données de façon constante. Il est difficile d'identifier les lacunes sans données fiables. » C'est donc très important.
Qu'auriez-vous à ajouter là-dessus?
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Nous avons certainement observé une augmentation de la violence. Comme moi, vous avez probablement vu les derniers cas de féminicides qui ont eu lieu au Québec. En 2024, il y a eu 25 féminicides, et cette année, je pense qu'il y en a eu 16 jusqu'à maintenant. Dans les derniers cas, les agresseurs avaient un lourd passé judiciaire.
Si nous sommes venues ici, aujourd'hui, c'était surtout pour parler de l'évaluation de la dangerosité des contrevenants ainsi que de la prise en charge directe par les services policiers et tous les professionnels qui entrent en contact avec les personnes victimes de violence. C'est l'une de nos principales préoccupations. Selon nous, il y a un problème lié à l'évaluation de la dangerosité.
Par ailleurs, dans le rapport que nous vous avons soumis avant notre comparution, en plus de l'évaluation de la dangerosité des contrevenants, nous recommandons le recours au bracelet électronique de géolocalisation. Cela devrait être systématique dans les cas à haut risque. Cette pratique a été appliquée au Québec. Ce n'est pas une panacée et cela peut effectivement créer un faux sentiment de sécurité, mais les cas à haut risque doivent être mieux évalués. De plus, des mesures concrètes doivent être mises en place pour protéger les femmes victimes et mieux encadrer les agresseurs.
Madame Monastesse, je vous laisse la parole.
J'ai trouvé particulièrement intéressant ce que vous avez dit au sujet des évaluations du risque, car j'ai présenté un projet de loi d'initiative parlementaire intitulé « loi Bailey », le projet de loi .
Je vois que vous acquiescez. Le connaissez-vous?
Une voix: Oui.
Frank Caputo: Ce projet de loi se veut une réponse au meurtre de Bailey McCourt. J'ai été très déçu du ton adopté par les libéraux à la Chambre des communes, car le projet de loi prévoit une évaluation du risque à n'importe quelle étape de la procédure. À l'heure actuelle, une personne ne peut être traduite en justice que lorsqu'elle enfreint les conditions. Le projet de loi C‑225 permettrait à une victime de demander une évaluation du risque à n'importe quel moment de la procédure. Autrement dit, la personne n'a pas enfreint la loi, mais il y a des signaux d'alarme.
Encore une fois, je constate que quatre députées libérales sont présentes dans la salle. Je les invite instamment à parler à leurs collègues du caractère fallacieux de la position qu'ils ont adoptée.
J'aimerais vous soumettre cette idée concernant l'évaluation du risque et dire à quel point c'est important. Je serais ravi de connaître votre opinion sur le projet de loi .
Merci.
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Merci, madame la présidente.
Je vous remercie, mesdames St‑Pierre Gaudreault et Monastesse. Malheureusement, notre collègue M. Caputo va devoir réécouter votre réponse, madame Monastesse, parce qu'il avait un échange qui le passionnait avec quelqu'un d'autre et il n'écoutait pas votre réponse.
Nous avons besoin de votre expertise parce que, dans la lutte contre les violences faites aux femmes, les trois paliers de gouvernement doivent répondre de leurs rôles. Évidemment, au niveau fédéral, on peut agir quant au Code criminel.
En ce qui concerne la mise en application des lois, vous avez toutes les deux mentionné à plusieurs reprises que c'est là que le bât blesse.
Quel rôle le fédéral pourrait-il jouer, à votre avis?
Vous avez dit toutes les deux que la loi est là. Elle est peut-être imparfaite — à vous de nous le dire —, mais les outils sont là. On dirait qu'on ne les utilise peut-être pas à leur plein potentiel.
Je vais commencer par vous, madame St‑Pierre Gaudreault. Je vais vous inviter ensuite à faire d'autres commentaires, madame Monastesse.
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Bien entendu, nous étions conscientes que nous venions ici pour discuter de l'article 810 et de son application. La plupart des défis concernent l'application sur le plan policier. On sait que c'est un problème provincial, mais il reste qu'il y a des mesures concrètes que le gouvernement fédéral peut prendre pour modifier certaines conditions liées à l'article 810.
Comme je l'ai mentionné un peu plus tôt, cela pourrait consister à prévoir des articles précis quant au contexte de la violence conjugale et familiale. C'est faisable du côté fédéral. Prévoir des conditions précises, cela veut dire aussi les nommer de manière concrète. Cela peut être une interdiction de contact ou une interdiction de possession d'arme, par exemple. On sait que la possession directe d'arme ou même l'accès à une arme à feu au domicile est l'un des facteurs pouvant permettre de conclure qu'il s'agit d'un cas à haut risque de féminicide.
Certaines conditions peuvent donc être établies pour mieux protéger les femmes victimes et pour mieux définir le niveau de dangerosité. Une fois que ces conditions sont mises en place et nettement liées à un contexte précis de violence familiale, de violence conjugale ou de violence faite aux femmes au sens large, il sera beaucoup plus facile pour les forces policières d'en assurer la conformité en cas de non-respect des conditions.
Il va certainement falloir prévoir l'arrimage de ces mesures avec les provinces et territoires ainsi que de la formation afin de s'assurer qu'elles sont appliquées de manière uniforme partout au pays.
C'est quand même une première étape, et sa réalisation dépend du gouvernement fédéral.
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Comme le Code criminel relève de la compétence fédérale, ça prend un meilleur arrimage avec les provinces et les territoires quant à son application. Nos collègues des maisons d'hébergement de partout au Canada et nous-mêmes voyons que l'application du Code criminel est à géométrie très variable d'un océan à l'autre.
Par exemple, il y a des choses qui se font au Québec, mais pas ailleurs. Je pense plus particulièrement à l'évaluation des risques, qui est possible dans certaines provinces, mais pas nécessairement au Québec. C'est un problème majeur.
Nous avons souvent demandé au gouvernement fédéral de jouer un rôle de leadership. Il faudrait qu'il tienne des discussions beaucoup plus soutenues avec les provinces et les territoires sur la question de l'application du Code criminel dans les provinces et les territoires pour que les victimes puissent se fier à une certaine harmonisation des pratiques policières.
Nous soutenons fortement la proposition voulant que le fédéral joue un rôle de leadership et que des discussions bilatérales soient menées sur l'application du Code criminel.
Comme le disait très bien Mme St‑Pierre Gaudreault, nous voulons également qu'un suivi soit fait sur le plan de la documentation. Il faut avoir accès à des statistiques. C'est un problème. Pour améliorer le système de justice, il faut améliorer l'application du Code criminel. C'est une mesure centrale, voire cruciale.
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J'aimerais maintenant souhaiter la bienvenue aux témoins de notre second groupe.
Nous accueillons Mme Hilda Anderson-Pyrz, qui représente l'organisation National Family and Survivors Circle Inc. J'espère que j'ai bien prononcé votre nom.
Nous recevons également M. Brian Sauvé, président de la Fédération de la police nationale. Puis, deux représentantes de Rebâtir participent par vidéoconférence. Il s'agit de Mme Marie-Claude Richer, avocate et directrice de l'organisme, et de Mme Catherine Ahélo, avocate.
Je veux informer les personnes qui sont sur Zoom qu'elles ont le choix, au bas de leur écran, entre l'interprétation en anglais ou en français ou le son du parquet, qui vous donne les deux. Veuillez attendre que je vous nomme avant de prendre la parole et si vous pouviez désactiver votre micro lorsque vous ne parlez pas, ce serait formidable.
Pour ce qui est des personnes qui sont dans la salle, vous savez ce que vous devez faire.
Nous allons tout d'abord écouter les déclarations préliminaires de cinq minutes. Je vais vous aider. Lorsqu'il vous restera une minute, je vous l'indiquerai en vous montrant le carton jaune, et lorsqu'il ne vous restera plus que 30 secondes, ce sera le carton rouge, comme au soccer. Je vous le signalerai gentiment lorsque votre temps sera écoulé, afin que nous puissions vous poser des questions.
Nous allons commencer avec Mme Hilda Anderson-Pyrz, qui dispose de cinq minutes.
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Merci, madame la présidente. Je remercie également les membres du Comité.
Je m'appelle Hilda Anderson-Pyrz. Je suis présidente de National Family and Survivors Circle Inc., une organisation dirigée par des Autochtones et fondée sur les distinctions. Elle représente les familles de femmes, de filles, de personnes aux deux esprits et de personnes de diverses identités de genre autochtones disparues et assassinées, ainsi que des personnes qui ont survécu à la violence fondée sur le genre et la race.
Je rends hommage aux femmes, aux filles et aux personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones qui ont disparu ou dont la vie a été fauchée beaucoup trop tôt, ainsi qu'à celles qui ont été victimes de violence.
Je parle des réalités que vivent des femmes et des personnes de diverses identités de genre autochtones partout au pays, des réalités qui sont façonnées par le racisme systémique, la violence coloniale et les lacunes chroniques dans les services de police, les services correctionnels et les tribunaux.
Ces lacunes sont encore plus importantes dans les collectivités rurales, éloignées et du Nord, mais elles existent partout. L'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées l'a clairement démontré. La violence à laquelle sont confrontées les femmes autochtones n'est ni accidentelle ni isolée. Elle est structurelle. C'est le fondement des appels à la justice 1.1, 1.7 et 1.10, qui décrivent les obligations fondamentales des gouvernements d'assurer la sécurité. Ces appels fondamentaux sous-tendent toutes les réformes dont je vais parler aujourd'hui.
Les ordonnances en vertu de l'article 810 visent à protéger les personnes survivantes, mais pour bon nombre d'entre elles, cette protection n'existe que sur papier. Des personnes survivantes racontent que la police ne les a pas prises au sérieux, qu'on a minimisé ce qu'elles ont vécu devant les tribunaux ou qu'on leur a tenu des propos racistes et culpabilisants. Ces expériences enfreignent les principes énoncés dans l'appel à la justice 5.4, qui demande que les interventions de la police et du système de justice tiennent compte des traumatismes, qu'elles soient adaptées à la culture et qu'elles soient exemptes de préjugés.
Même lorsqu'un engagement de ne pas troubler l'ordre public est imposé, l'efficacité de cette mesure dépend entièrement de son application. Le Bureau de l'enquêteur correctionnel a relevé des lacunes chroniques en matière de communication, des plans de libération inadéquats, ainsi que l'absence de notification aux personnes survivantes. C'est en raison de ces failles que l'appel à la justice 9.1 demande que l'information soit communiquée en temps opportun, de manière fiable et selon une approche axée sur les personnes survivantes. S'il n'y a pas de systèmes efficaces pour les appuyer, les engagements de ne pas troubler l'ordre public deviennent un outil symbolique plutôt que protecteur.
L'affaire Shawn Lamb a donné un signal clair. La récente libération d'office de Shawn Lamb, qui a plaidé coupable du meurtre de deux femmes autochtones à Winnipeg, montre ce qui se passe lorsque les systèmes s'appuient sur des conditions sur papier, mais manquent de moyens d'application et de surveillance efficaces. Bien que l'on ait estimé qu'il présentait un risque élevé de violence conjugale et de récidive sexuelle, M. Lamb a été libéré dans la collectivité. Les survivantes et les familles ont exprimé leur peur et leur colère, à juste titre.
Cette affaire met en évidence de graves lacunes sur le plan de l'application des conditions, de la communication entre les organismes du système de justice, de la notification aux personnes survivantes et de la préparation des collectivités. Ce sont précisément les questions soulignées dans l'appel à la justice 16.27, qui demande une véritable responsabilisation des services de police, des services correctionnels et des tribunaux, ainsi que dans l'appel à la justice 1.10, qui réclame des systèmes transparents et coordonnés qui protègent les personnes survivantes et ne les mettent pas en danger.
Des personnes survivantes nous ont répété maintes fois ce qui était nécessaire pour garantir une véritable sécurité. Chacun de ces besoins est directement lié aux appels à la justice. Elles nous disent que pour assurer la sécurité, il faut d'abord un soutien global dirigé par les Autochtones et fondé sur les distinctions, ce qui correspond exactement à ce que l'appel à la justice 5.1 demande aux gouvernements de fournir. Elles nous disent que les interventions de la police et du système de justice doivent être adaptées à la culture et tenir compte des traumatismes, afin que le racisme, les stéréotypes et les attitudes méprisantes ne les exposent pas davantage à des risques. Cela correspond directement à l'appel à la justice 5.4.
De plus, les personnes survivantes ont besoin de recevoir en temps voulu des renseignements fiables, notamment en ce qui concerne les libérations, les violations et les changements dans les conditions. Il s'agit là d'une exigence fondamentale de l'appel à la justice 9.1. Elles ont besoin que les services de police, les services correctionnels et les tribunaux rendent véritablement des comptes, de sorte qu'aucun système et aucune institution ne puisse continuer à les laisser tomber sans subir de conséquences. Cela découle directement de l'appel à la justice 16.27. Elles nous rappellent qu'assurer la sécurité doit également inclure la guérison et la réadaptation de ceux qui causent du tort, ce qui est clairement énoncé dans les appels à la justice 7.1 et 7.3.
Tous ces besoins reposent sur les principes fondamentaux des droits de la personne décrits dans les appels à la justice 1.1, 1.7 et 1.10.
Je propose cinq priorités.
La première consiste à prendre en compte le contrôle coercitif et les comportements préjudiciables. Il faut élargir la portée de l'article 810 afin qu'il couvre le contrôle coercitif, la traque, la violence facilitée par la technologie et les situations où une escalade n'a pas encore mené à une agression physique.
La deuxième consiste à améliorer les capacités d'application de la loi et de maintien de l'ordre en créant des unités spécialisées en matière de la violence entre partenaires intimes au service des collectivités autochtones, en fixant des normes minimales en matière de dotation en personnel pour les détachements éloignés et en rendant obligatoire la formation sur le contrôle coercitif et la violence coloniale.
La troisième consiste à améliorer le partage de renseignements et les avis aux survivants en mettant en place un système de partage des renseignements intégré et en temps réel entre la police, les tribunaux, les services correctionnels, les services de libération conditionnelle, les gouvernements autochtones et les prestataires de services, avec des avis envoyés automatiquement aux survivants en cas de libération, de violation ou de changement aux conditions de libération.
La quatrième consiste à réduire le fardeau qui incombe aux personnes survivantes en autorisant les demandes d'ordonnance par des tiers de confiance, à assurer le financement d'un service d'accompagnateur autochtone devant les tribunaux et de défenseur des droits des personnes survivantes, en fournissant une aide juridique et en offrant des soutiens au transport et à l'accessibilité dans les régions éloignées.
La cinquième consiste à disposer de données et d'exercer une surveillance dirigée par les Autochtones en collectant des données fondées sur les distinctions sur les ordonnances, les violations et les résultats sous la direction d'organismes autochtones qui adhèrent aux principes de PCAP, et en utilisant ces données pour établir des normes nationales et exiger une reddition de comptes.
En conclusion, il ne s'agit pas simplement de modifier un article du Code criminel. Il s'agit de transformer les systèmes qui continuent à abandonner les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones. Les engagements de ne pas troubler l'ordre public ne suffisent pas à créer un milieu sécuritaire, car ce sont les systèmes fondés sur les droits, ancrés dans la collectivité et dirigés par des Autochtones qui permettent de créer un milieu sécuritaire.
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Je vous remercie, madame la présidente.
Je remercie les membres du Comité de m'avoir invité à comparaître.
Je m'appelle Brian Sauvé, et je suis sergent à la GRC et président de la Fédération de la police nationale, un syndicat qui représente environ 20 000 de nos membres à l'échelle du Canada.
La sécurité des femmes, en particulier face à la violence entre partenaires intimes, reste l'un des défis les plus urgents et persistants auxquels fait face notre pays. Malgré des efforts continus et la sensibilisation de la population, trop de femmes continuent de vivre dans la peur ou perdent la vie aux mains d'un partenaire ou d'un ancien partenaire.
Selon Statistique Canada, en 2022, plus de 117 000 victimes de violence entre partenaires intimes ont été signalées à la police. Près de huit victimes sur dix étaient des femmes et des filles. Les femmes sont touchées de manière disproportionnée par les formes les plus graves de cette violence, à des taux trois fois plus élevés que les hommes.
L'article 810 du Code criminel joue un rôle essentiel. En effet, il permet aux forces de l'ordre et aux tribunaux d'agir avant que les préjudices ne soient causés en imposant des conditions telles que des ordonnances de non-communication ou des conditions et restrictions géographiques. Ces engagements de ne pas troubler l'ordre public peuvent littéralement sauver des vies, surtout lorsqu'ils sont appuyés par une application et un suivi cohérents.
Cependant, comme nos membres le constatent tous les jours, la loi à elle seule ne peut protéger les victimes. L'efficacité de l'article 810 et des réformes connexes comme les projets de loi et dépend de ressources adéquates, de communications en temps opportun et d'une application coordonnée. Sans ces éléments, même les meilleures lois risquent d'être insuffisantes. Nous sommes heureux que le gouvernement se soit engagé à présenter cette année un projet de loi visant à lutter plus efficacement contre la violence entre partenaires intimes, et nous encourageons la tenue de véritables consultations avec les forces de l'ordre et les personnes survivantes dans le cadre de ce processus, afin de garantir que l'intention du projet de loi se traduise par des mesures de protection concrètes.
Selon l'expérience de nos membres, il faudrait apporter des améliorations dans les trois domaines suivants.
Tout d'abord, il faut investir dans des systèmes de surveillance et de conformité plus efficaces. Si l'article 810 donne aux tribunaux les outils nécessaires pour établir des conditions, le succès de cette mesure dépend de la manière dont ces conditions sont suivies et appliquées. À l'heure actuelle, il n'existe pas de bases de données nationales uniques qui permettent de suivre les engagements de ne pas troubler l'ordre public ou les conditions connexes prévus à l'article 810. Les provinces et les territoires doivent investir dans des systèmes de surveillance modernes qui permettent à la police de suivre la conformité en temps réel.
Le Tableau de bord pour le respect des conditions de mise en liberté sous caution de l'Ontario est un excellent exemple d'un tel système. En effet, il permet aux agents de connaître rapidement le statut et les conditions de mise en liberté sous caution d'une personne, et il devrait bientôt viser aussi les auteurs de violence entre partenaires intimes. Ce type de système favorise la reddition de comptes et permet de réagir plus rapidement en cas de violation. Les autres provinces devraient s'inspirer du modèle de l'Ontario à titre de pratique exemplaire en intégrant la surveillance électronique prévue dans le projet de loi . L'intégration de ces systèmes à l'échelle nationale permettrait de renforcer l'application de la loi et de protéger les victimes, peu importe le territoire de compétence.
Deuxièmement, il faut moderniser les lois sur la protection de la vie privée pour permettre le partage de renseignements. On ne peut pas compter seulement sur les moyens technologiques pour exercer une surveillance et appliquer la loi de manière efficace. Il faut aussi avoir la capacité de partager des données de manière sécuritaire et uniforme.
Actuellement, les lois canadiennes sur la protection de la vie privée limitent la manière dont les renseignements sur les délinquants peuvent être partagés entre les services de police et les provinces et territoires. Pour protéger véritablement les femmes et les enfants, les gouvernements devraient revoir et mettre à jour leurs cadres de protection de la vie privée, afin de garantir que les renseignements essentiels sur les personnes à risque élevé puissent suivre ces personnes d'une province et d'un territoire à l'autre. Cela peut et doit être fait tout en protégeant adéquatement les renseignements personnels.
Des systèmes interexploitables modernes et des lois en matière de protection de la vie privée mises à jour permettront à l'article 810 d'atteindre son objectif préventif en garantissant que, quel que soit l'endroit où se rend un délinquant, la police et les victimes en sont informées, ce qui permet de mieux protéger les victimes.
Troisièmement, il faut se pencher sur les ressources et les capacités. Les membres de la GRC s'efforcent de faire respecter les ordonnances de non-communication, d'en vérifier le respect et d'intervenir en cas de violation. La charge de travail de nos membres est élevée, surtout dans les régions rurales et éloignées où un détachement peut compter seulement deux membres pour un territoire qui s'étend sur des centaines de kilomètres. Lorsqu'une violation se produit et que l'intervention est retardée parce qu'il n'y a tout simplement pas suffisamment de policiers, le sentiment de sécurité des victimes s'érode rapidement.
Même si le taux d'homicides au Canada a diminué en 2024, le nombre de femmes tuées par leur partenaire intime a augmenté. De plus, la proportion de femmes dont le décès a été causé par un conjoint ou un partenaire intime est passée de 32 % en 2023 à 42 % en 2024, une proportion environ sept fois plus élevée que chez les hommes.
Ce ne sont pas que des chiffres. Ces données rappellent cruellement que sans un investissement soutenu dans les ressources et les soutiens aux victimes, les femmes et les enfants canadiens continueront d'en payer le prix.
Je vous remercie. Je répondrai volontiers à vos questions.
Je m'appelle Marie‑Claude Richer. Je suis avocate et directrice de Rebâtir. Pendant 47 ans, j'ai été l'amie de Lisette Corbeil, qui a été victime d'un féminicide en 2021. Si ce geste fatal a été le premier acte de violence physique commis à son égard, elle était cependant victime de contrôle coercitif depuis plusieurs années. Elle avait dit craindre pour sa sécurité aux policiers, quelques semaines avant son meurtre. À aucun moment, on ne lui a proposé de déposer une demande en vertu de l'article 810 du Code criminel.
Je suis accompagnée de Me Catherine Ahélo, avocate spécialisée en droit criminel chez Rebâtir. Au Québec, nous sommes d'ailleurs le seul bureau d'avocats-criminalistes qui conseille uniquement les victimes.
Rebâtir est né le 21 septembre 2021. Notre mandat est d'offrir quatre heures de consultation juridique gratuite à toutes les personnes victimes de violence conjugale et de violence sexuelle, partout au Québec et dans toutes les sphères du droit.
La position que nous exprimons aujourd'hui se base sur l'expérience de plus de 22 000 victimes que nous avons aidées et sur plus de 93 000 consultations juridiques offertes.
Parmi ces victimes, 93 % sont des femmes. Nous connaissons les besoins des victimes en ce qui touche la nécessité d'être mieux protégées par les lois fédérales. C'est pourquoi nous réitérons que, au Canada, il est urgent de reconnaître le contrôle coercitif comme un acte criminel.
En plus d'avoir un effet dissuasif, cette reconnaissance permettrait aux policiers ainsi qu'au poursuivant d'exposer ce continuum d'acte privatif de liberté comme preuve devant les tribunaux. Les juges auraient ainsi une vision plus juste de la situation, et ils pourraient prendre des décisions éclairées. Ils ne peuvent pas le faire présentement, puisqu'ils n'ont qu'une image d'un film qui dure souvent depuis longtemps.
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Les ordonnances prévues à l'article 810 et aux dispositions suivantes ont un objectif préventif.
Or, en pratique, ce type d'ordonnance dans un contexte de violence conjugale est utilisé, dans la presque totalité des cas, afin de régler un dossier dans lequel des accusations ont déjà été déposées. L'accusé sera donc acquitté de l'infraction criminelle, en échange d'un tel engagement.
Dans les faits, une personne victime qui désire utiliser l'article 810 à titre préventif va rencontrer des obstacles majeurs, ce qui rend pratiquement impossible ou inefficace la possibilité de recourir à cette mesure.
La victime qui sollicitera les policiers afin d'utiliser l'article 810 se fera trop souvent répondre que, s'il n'y a pas d'infraction criminelle dans sa trame factuelle, ils ne peuvent pas soumettre une demande d'utilisation de l'article 810 au Directeur des poursuites criminelles et pénales, ou DPCP, et ce, malgré la présence de facteurs de risque homicidaire.
Dans ce cas, elle devra faire sa demande seule, directement au palais de justice. Elle pourrait être représentée par un avocat, mais ce service n'est pas couvert par l'aide juridique. Une grande majorité des personnes victimes n'ont pas les moyens de payer les honoraires d'un avocat. Le fait de devoir se représenter seule contre l'auteur de l'acte de violence constitue un empêchement majeur pour ce type de mesure préventive.
De plus, lorsque l'auteur de l'acte de violence se fait signifier la demande d'utilisation de l'article 810, aucun filet de sécurité ne sera mis en place pendant les procédures judiciaires. Plusieurs semaines, voire quelques mois, peuvent s'écouler entre la signification des procédures et l'audience sur la demande d'utilisation de l'article 810. Sachant que la réception des procédures judiciaires peut accroître le risque homicidaire, cette absence de conditions pendant les procédures et ce long délai constituent un autre empêchement majeur pour la sécurité des personnes victimes.
La durée maximale de 12 mois pour ce qui est d'une ordonnance prise en vertu de l'article 810 n'est pas suffisamment longue pour protéger adéquatement les personnes victimes dans un contexte conjugal.
Certaines modifications proposées dans le projet de loi nous semblent très prometteuses. Il est effectivement essentiel que tout meurtre de partenaires intimes, incluant les féminicides, soit assimilé à un meurtre au premier degré, comme le sont notamment les meurtres d'agents de police dans l'exercice de leurs fonctions.
Nous croyons également qu'il est essentiel d'encadrer le pouvoir discrétionnaire de remise en liberté que détiennent les policiers. Nous sommes favorables à la proposition d'ajouter au Code criminel l'article 499.1, mais nous croyons que la liste d'infractions contre un partenaire intime est trop limitée. La proposition actuelle met de côté plusieurs infractions fréquentes dans le contexte de la violence conjugale.
Par ailleurs, le fait de restreindre l'application de l'article 499.1 dans le cas où, juste avant l'arrestation, la personne était en liberté suivant une ordonnance de remise en liberté nous semble problématique. L'utilisation du terme « immédiatement » est vague et imprécise, et elle n'englobe pas les situations où les cas de non-respect des conditions peuvent survenir longtemps après l'imposition de telles conditions. De plus, il est essentiel que cette mesure puisse également s'appliquer lorsque la personne est soumise à des conditions dans le cadre d'une promesse policière.
Finalement, nous ne pouvons qu'être d'accord sur la proposition d'accorder au tribunal le pouvoir d'ordonner la réalisation d'une évaluation du risque de récidive à tout stade des procédures. Actuellement, au Québec, nous avons la possibilité de faire une évaluation de la dangerosité au stade de l'enquête pour la remise en liberté, mais ça nécessite le consentement de l'accusé. Cela limite grandement l'efficacité d'une telle mesure.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Je remercie tous les témoins de s'être rendus disponibles, aujourd'hui.
Nous avons entendu dire beaucoup de choses, et cela nous donne matière à réflexion. Ça allait vite, alors il est possible que nous revenions sur certaines questions. Je sentais que, pour les témoins, c'était un peu une course contre la montre.
Je voudrais juste vous rassurer, madame Ahélo. Notre collègue Frank Caputo est un ancien procureur de la Couronne. Il était ici pendant la première heure de la réunion. C'est lui qui a déposé le projet de loi . Mes collègues pourront me le dire, si je me trompe, mais il y a deux choses à signaler dans le projet de loi. Premièrement, une demande d'évaluation pourra être demandée et exigée en tout temps. Le juge aura ce pouvoir. Deuxièmement, le crime commis par un partenaire intime deviendrait un crime au premier degré. Voilà pour la petite nouvelle du jour.
Madame Richer, nous avons reçu cette semaine Mme Karine Gagnon, du Réseau des Centres d'aide aux victimes d'actes criminels, ou CAVAC. Lors de la première heure de cette réunion, nos deux invitées ont été assez sévères à l'égard de l'article 810 et du non-respect des conditions. Elles disaient qu'elles n'en pouvaient plus du non-respect des conditions et du fait que ça ne se réglait pas. Elles ont aussi été un peu sévères à l'égard de la police. D'ailleurs, je reviendrai là-dessus lorsque je m'adresserai à M. Sauvé.
Les témoins ont dit que, à défaut d'avoir mieux, on utilise l'article 810. On sait qu'il y a des délais, qu'on manque de personnel et qu'on peut au moins faire une intervention immédiate. Toutefois, selon les témoins de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, cet article n'est pas adapté à la réalité sur le terrain et ce n'est pas la bonne mesure à utiliser.
Aujourd'hui, ces témoins nous ont fourni plein de points de vue sur la violence exercée au quotidien contre des femmes. Nous avons aussi hérité des projets de loi et . Nous pensons que cela a eu des répercussions qui ont entraîné une augmentation de la violence. Nous n'en démordons pas ici.
Partagez-vous le point de vue de Karine Gagnon, selon lequel on se tourne vers l'article 810, alors que ce n'est pas le bon outil? Elle pense que ce n'est pas ce vers quoi on devrait se tourner normalement. On utilise cette disposition, parce qu'on n'a pas assez de temps pour en prendre d'autres.
En fait, ce dont les personnes victimes sur le terrain ont vraiment besoin, c'est qu'il y ait une arrestation et une détention lorsqu'elles dénoncent un non-respect des conditions. Cela permettrait éventuellement d'appliquer les mesures qui existent lorsque les personnes comparaissent à titre de détenues. Il s'agit d'un point central pour ce qui est d'assurer la sécurité des victimes.
Actuellement, les femmes victimes prennent leur courage à deux mains pour dénoncer des infractions criminelles. Des conditions sont imposées à l'auteur de la violence. Il se produit un non‑respect des conditions, et lorsqu'elles font une dénonciation par la suite, on ne les écoute pas. Le dossier est soumis par sommation, et il n'y a pas d'arrêt d'agir pour l'auteur de la violence, l'accusé.
Les personnes victimes perdent confiance dans le système de justice. Cela les décourage, et elles hésitent à aller de l'avant.
De plus, le fait de devoir éventuellement aller témoigner dans le cadre du dossier principal les démotive. À mon avis, c'est le principal problème des personnes victimes en ce moment.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie beaucoup les quatre témoins, qui représentent trois associations, de leur participation à cette étude aujourd'hui. C'est extrêmement éclairant. Cela arrive dans une semaine où nous entendons beaucoup parler de la question des crimes commis dans un contexte conjugal.
Il y a une question que j'aurais aimé poser, tout à l'heure, aux représentantes de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, mais j'ai manqué de temps. Je vais donc me tourner vers les représentantes de Rebâtir.
Comme d'autres témoins, vous avez parlé de l'importance de la criminalisation du contrôle coercitif pour élargir notre vision des violences fondées sur le genre. Cette semaine, j'ai entendu parler de l'Institut Écho, qui offre des formations dans divers milieux pour éclairer les gens au sujet du contrôle coercitif et les aider à en reconnaître les signes.
En avez-vous entendu parler?
C'est bien de criminaliser le contrôle coercitif, mais en quoi le fait d'offrir de la formation pourrait-il aider les victimes?
Dans le cadre de cette étude, nous parlons du système de justice et de l'article 810. On nous a dit que celui-ci était plus ou moins efficace.
En quoi le fait de s'attaquer au contrôle coercitif pourrait-il contribuer à pallier l'inefficacité de l'article 810?
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L'Institut Écho est une initiative du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale au Québec.
Il a déjà formé plus de 20 000 acteurs judiciaires au Québec sur le contrôle coercitif. Évidemment, nous voulons la criminalisation du contrôle coercitif, mais nous savons que, pour pouvoir bien le dépister, il faut comprendre en quoi cela consiste.
C'est pour cela que cet institut a été mis en place. Il s'agit d'un outil complémentaire. Il vise à informer les gens de divers milieux, que ce soit dans le domaine judiciaire, dans le domaine de la santé et des services sociaux, dans le domaine communautaire ou dans le domaine policier.
La formation peut les aider à bien comprendre en quoi consiste le contrôle coercitif. Lorsque ce type de comportement sera criminalisé, toutes ces personnes pourront le détecter. Elles seront en mesure de constituer un dossier adéquat pour que le procureur de la Couronne soit en mesure d'entamer une poursuite et qu'on puisse se rendre devant le tribunal. C'est la fonction de l'Institut Écho.
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Pendant la relâche parlementaire, j'ai rencontré une députée qui a travaillé, à Québec, à la production du rapport « Rebâtir la confiance ». Elle m'a dit qu'on pouvait faire beaucoup de choses. Ce qui complique la situation, c'est que le Code criminel relève du fédéral, et l'application de la justice, de Québec. On entend aussi dire beaucoup de choses sur ce qui se fait en Ontario et en Colombie-Britannique.
Il faut quand même rappeler que ce rapport a donné lieu à la mise en place de tribunaux spécialisés et du bracelet antirapprochement. Il a aussi mené à des innovations.
Au sujet de la criminalisation du contrôle coercitif, cette députée m'a dit qu'elle ne pouvait rien faire de plus dans ce dossier et que la balle était dans notre camp. Elle ne comprenait pas que le fédéral traîne encore les pieds à ce sujet. Je lui ai rappelé, entre autres choses, que le projet de loi était mort au Feuilleton lors du déclenchement de la dernière élection.
Elle nous demande de reprendre le bâton du pèlerin et de nous pencher à nouveau sur la criminalisation du contrôle coercitif pour compléter le rapport et le travail qui se fait à Québec.
Vous avez aussi parlé de l'accompagnement des victimes. Aujourd'hui, sort justement le rapport du Bureau de l'ombudsman fédéral des victimes d'actes criminels, intitulé « Repenser la justice pour les survivant.e.s de violence sexuelle: une enquête systémique ».
Ce rapport est intéressant. En le feuilletant, je me suis arrêtée au point 6 de la section « Sujets de notre rapport d'enquête », à la rubrique intitulée « Déclaration de la victime, services correctionnels et libération conditionnelle ». On peut lire que « [l]es survivant.e.s ont souvent peu d'informations sur leurs droits pendant et après la condamnation. Ils ne savent pas qu'ils doivent s'inscrire auprès du Service correctionnel du Canada [...] ou de la Commission des libérations conditionnelles du Canada [...] pour obtenir de l'information sur les délinquants sous responsabilité fédérale. »
Les témoins du groupe précédent nous ont parlé de l'importance de l'échange et du transfert d'information.
Que pensez-vous de cette affirmation contenue dans ce rapport?
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Pour répondre à votre première question, non, nous n'avons certainement pas les ressources nécessaires. Je ne pense pas que nos tribunaux, nos shérifs, nos services de probation et nos commissions de libération conditionnelle disposent des ressources nécessaires pour appliquer la loi de manière adéquate lorsqu'il s'agit de ces infractions.
En ce qui concerne l'article 810 et les dispositifs de surveillance GPS, je pense que nous devons mettre à profit ces technologies. Je pense que nous devons déterminer comment nous pouvons faire mieux, que ce soit en matière de mise en liberté provisoire par voie judiciaire, de mise en liberté sous caution, de suivi après la libération sous caution ou de l'application de l'article 810 après avoir obtenu le consentement, et que nous devons trouver une façon de nous assurer que les délinquants potentiels ou réels respectent ces conditions, afin de ne pas nous retrouver dans une situation où nous arrêtons sans cesse la même personne.
Peut-être que si on avait accès au partage de renseignements entre les provinces et territoires au sujet des personnes qui ont enfreint les conditions de leur libération, un juge de Calgary saurait qu'un délinquant a violé, à Vancouver, ses conditions de mise en liberté à plusieurs reprises et qu'il a obtenu une suspension des procédures pour ces violations, afin de plaider coupable à une accusation sur un fait matériel précis. À l'heure actuelle, les juges ne connaissent pas ces détails, car au lieu de partager ces renseignements, on les conserve dans la base de données du tribunal.
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C'est très lié à la réforme de la mise en liberté sous caution.
Par exemple, si la GRC, en tant qu'organisme national, a affaire à une personne accusée de violence familiale, peu importe qu'il s'agisse de voies de fait ou de voies de fait causant des lésions corporelles, cette personne est assujettie à des conditions. Si la personne ne respecte pas son engagement à 5, 8, 10 ou 12 reprises avant son procès, l'expérience nous a appris qu'un plaidoyer ou un verdict de culpabilité pour des accusations graves de voies de fait ou de voies de fait causant des lésions corporelles aboutira probablement à une suspension de l'instance pour tous ces manquements ou toutes ces violations de son engagement.
Ensuite, l'agresseur purge sa peine: probation dans la collectivité, peine en milieu carcéral de ressort provincial, ou parfois fédéral, selon la gravité de l'infraction. Lorsqu'il sort de prison, s'il récidive dans une autre province ou un autre territoire — par exemple, si la première infraction a eu lieu à Calgary et la deuxième a lieu à Regina —, le procureur ou le juge qui instruit la deuxième infraction n'est pas au courant du fait qu'il n'a pas respecté l'engagement relativement à la première infraction, parce que l'information se trouve dans la base de données des tribunaux provinciaux et n'est pas communiquée à l'autre province.
Ces renseignements peuvent être très importants pour un agent de police qui prépare un dossier pour le ministère public au sujet d'une mise en liberté sous caution, et très importants aussi pour un juge de paix ou un juge qui entend l'enquête sur le cautionnement et un procureur de la Couronne qui présente l'argument. Le fait de ne pas avoir ces renseignements les rend aveugles.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Madame Anderson‑Pyrz, dans vos remarques préliminaires, vous avez bien expliqué les problèmes qui touchent plus particulièrement les femmes et les filles autochtones. Vous avez parlé de l'importance des appels à la justice.
On y fait allusion, d'une certaine façon, dans le rapport de l'ombudsman qui a été publié aujourd'hui. Au point 1, à la rubrique « Signalement et enquêtes, il est écrit: « Les survivantes des collectivités rurales, éloignées et nordiques ont décrit d'autres obstacles au signalement. De même, les survivant.e.s autochtones, noirs, 2ELGBTQIA+ et les survivant.e.s handicapé.e.s se heurtent à des obstacles supplémentaires et intersectionnels au signalement. »
Quelle est votre réaction par rapport à cela?
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D'abord et avant tout, nous savons que dans les régions éloignées et isolées, il n'y a pas l'infrastructure nécessaire pour soutenir la technologie. C'est un grave problème, car si cette infrastructure était en place, nous pourrions sauver des vies.
Quand on pense au phénomène de la porte tournante et au fait que beaucoup d'agents inexpérimentés travaillent dans des collectivités éloignées et isolées, même si les femmes essaient d'obtenir des ordonnances de protection... Bien souvent, il n'y a pas d'agent de la GRC dans la collectivité pour faire respecter l'ordonnance, ce qui, en fin de compte, expose les femmes autochtones à un risque accru de continuer à subir de la violence ou d'être victime d'un homicide.
Par conséquent, il est vraiment essentiel de se pencher sur cette question et d'examiner vraiment... Il y a beaucoup de discussions sur les champs de compétence, et c'est crucial également, parce que les communautés des Premières Nations sont sous réglementation fédérale, mais elles font aussi partie intégrante de la province, ce qui rend la situation très complexe. Je pense qu'il faut vraiment se pencher sur les ressources et sur le fait que les femmes autochtones sont constamment laissées pour compte dans ces communautés. Je pense qu'il est essentiel de répondre aux appels à la justice à cet égard pour vraiment les protéger et, en fin de compte, les garder en vie.