Bonjour à tous.
[Français]
Bienvenue à la 17e réunion du Comité permanent de l'accès à l'information, de la protection des renseignements personnels et de l'éthique de la Chambre des communes.
Conformément à l'article 108(3)h) du Règlement, à la motion adoptée par le Comité le mercredi 17 septembre et à l'ordre de renvoi du 28 octobre, le Comité reprend son examen de la Loi sur les conflits d'intérêts.
[Traduction]
J'aimerais souhaiter la bienvenue à notre témoin d'aujourd'hui.
Nous accueillons M. Marc-André Blanchard, chef de cabinet du .
Monsieur Blanchard, je crois comprendre que vous souhaitez disposer de huit minutes pour vous adresser au Comité. Je vais donc vous accorder ce temps de parole.
Allez‑y, monsieur. Veuillez commencer.
:
Merci, monsieur le président.
Je vous remercie de me donner l'occasion de comparaître devant vous aujourd'hui pour discuter de mes responsabilités en tant que chef de cabinet du premier ministre et, surtout, en tant qu'administrateur du mécanisme de vérification convenu entre le et le Commissariat aux conflits d'intérêts et à l'éthique.
[Traduction]
En avril dernier, le a été élu dans un contexte d'instabilité économique, de réalignement géopolitique et de pression croissante sur les institutions démocratiques. Les Canadiens ont choisi Mark Carney en raison de sa grande expérience dans les secteurs public et privé. En fait, ils ne l'ont pas élu malgré sa vaste expérience dans le secteur privé, mais précisément pour cette raison. Les Canadiens ont compris que si nous voulons bâtir une économie plus forte et plus résiliente — digne d'être la plus forte du G7 —, cette expérience n'est pas facultative. Elle est fondamentale.
La confiance du public est une condition essentielle au succès du gouvernement. Au cœur de ce lien de confiance se trouvent les normes éthiques élevées que le a fixées pour lui-même et pour tous ceux qui travaillent avec lui dans son cabinet et dans l'ensemble du gouvernement. Pour préserver la confiance des Canadiens, il faut notamment veiller à ce que le filtre anti-conflits d'intérêts, sur lequel le premier ministre et le commissaire à l'éthique se sont entendus, soit mis en œuvre, en péchant toujours par excès de prudence. En tant qu'administrateur du filtre, l'une de mes principales fonctions consiste précisément à m'assurer que le premier ministre ne se trouve pas en situation de conflit d'intérêts.
[Français]
Comme vous le savez, le filtre anti-conflits d'intérêts est une mesure de conformité élaborée sous la direction du commissaire à l'éthique, conformément aux exigences de la Loi sur les conflits d'intérêts. L'objectif fondamental du filtre est de prévenir les conflits d'intérêts. Il sert de mécanisme pour déceler, signaler et rediriger les questions qui entrent dans les catégories établies par le commissaire à l'éthique. Il s'agit d'un mécanisme administratif et procédural fondé sur les principes de transparence et d'intégrité énoncés dans la Loi.
Les filtres anti-conflits d'intérêts sont fréquemment utilisés dans les milieux juridiques et commerciaux, et ils constituent aussi un moyen efficace de gérer les conflits potentiels pour les personnes œuvrant au sein du gouvernement.
[Traduction]
En reconnaissant le caractère raisonnable de l'application de filtres anti-conflits d'intérêts au sein du gouvernement, la Cour d'appel fédérale a confirmé ceci:
Cette pratique consistant à divulguer publiquement les conflits d'intérêts éventuels de chaque titulaire de charge publique avant que ne survienne une situation problématique m'apparaît comme un moyen éminemment raisonnable d'assurer la réalisation de l'objet de la Loi [...]
Le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique a déterminé que le recours à une fiducie sans droit de regard et la mise en place d'un filtre anti-conflits d'intérêts constituaient la mesure appropriée pour le . Lors de sa comparution devant vous, le commissaire à l'éthique a confirmé que le premier ministre s'était dessaisi de tous ses intérêts en les plaçant dans une fiducie sans droit de regard.
Il a ajouté:
[Pour] éviter une situation où il prendrait une décision sachant que cela augmenterait la valeur d'une des compagnies dont il s'est dessaisi. [...] nous avons établi ce filtre.
C'est dans ce contexte que le premier ministre et le commissaire ont convenu de mettre en place un filtre à titre de mesure de conformité préventive. Le greffier du Conseil privé et moi-même, en tant que chef de cabinet du premier ministre, sommes les administrateurs du filtre.
À ce sujet, j'aimerais vous lire ce que le commissaire a dit à ce comité en réponse à une question de M. Cooper.
Le commissaire a dit:
Il faut être pragmatiques. Tout ce qui est présenté au premier ministre pour qu'il prenne une décision passe par l'un ou l'autre de ces deux hommes, ou les deux. Ce sont, dans les faits, les principaux responsables de déterminer ce qui se retrouve sur son bureau et ce dont il s'occupe. Il est donc logique que ce soit eux qui s'assurent qu'il ne se mêle pas de ce genre de choses.
Il est important de souligner que mon rôle consiste avant tout à prévenir les conflits d'intérêts. J'assume la responsabilité d'administrer le filtre avec le plus grand sérieux.
[Français]
Dans la pratique, le Bureau du Conseil privé et le Cabinet du premier ministre communiquent constamment entre eux. Même si certaines réunions ou certains événements peuvent être planifiés sans la participation directe du Conseil privé, aucune politique officielle ni aucune décision gouvernementale ne peut être adoptée sans la participation de la fonction publique et du bras politique.
Le filtre est administré au quotidien par le Bureau du Conseil privé. Lorsqu'un ministère ou un organisme prépare une note, une proposition de politique, une mise à jour ou tout autre document destiné au premier ministre, ce document est d'abord évalué à l'aide de l'outil d'évaluation mis au point par le Conseil privé avec l'aide du commissaire à l'éthique. Cet outil permet de déterminer si le filtre peut s'appliquer.
Les responsables de la gouvernance du Conseil privé procèdent ensuite à une vérification diligente, examinent l'analyse et s'assurent que toutes les informations pertinentes ont été prises en compte. Leur recommandation est soumise au greffier du Conseil privé pour examen et approbation. Une fois que le greffier a confirmé sa position, son bureau me la transmet pour examen et accord. Lorsque les deux administrateurs sont d'accord, la décision est renvoyée aux responsables de la gouvernance du Conseil privé pour continuer la mise en œuvre.
[Traduction]
À l'heure actuelle, toutes les recommandations de la fonction publique ont été confirmées par le greffier et moi-même.
Si les conclusions négatives et que le filtre ne s'applique pas, les ministères et les organismes n'ont aucune autre mesure à prendre. Dans le cas où les conclusions sont positives, les ministères doivent clairement indiquer que les documents sont visés par le filtre. Ces documents ne sont pas montrés au et ne font pas l'objet de discussions avec lui. Le filtre est appliqué à titre préventif. Dès que l'analyse indique qu'il pourrait y avoir un facteur déclencheur, l'accès est restreint en attendant la décision finale des administrateurs.
[Français]
Je tiens à souligner que le système actuellement en place pour éviter que le premier ministre se trouve en situation de conflit d'intérêts est l'un des plus complets et des plus rigoureux que j'ai connus au cours de ma carrière. Il est proactif et préventif et, surtout, il est extrêmement rigoureux, en raison du niveau élevé de sensibilisation au sein du gouvernement.
Merci, monsieur le président. Je suis prêt à répondre aux questions.
:
Je vous renvoie à une déclaration qu'a faite Nigel Wright devant ce comité. Nigel Wright était le chef de cabinet du premier ministre Harper.
Des mesures similaires ont été appliquées dans son cas. Il a dû se défaire de ses actifs en les plaçant dans une fiducie sans droit de regard. Quarante entreprises ont été examinées dans ce contexte. Il s'agissait de mesures similaires à celles dont nous parlons ici.
À l'époque, M. Wright, qui était devenu chef de cabinet du premier ministre Harper, a parlé de sa fiducie sans droit de regard. Il a déclaré: « [l]a fiducie sans droit de regard correspond à une formule qui a été créée et rédigée par la commissaire [...] à l'éthique », comme dans le cas de l'actuel . Il a déclaré:
J'ai transféré tous mes biens contrôlés dans une fiducie sans droit de regard à la fin du mois d'octobre. C'est le fiduciaire sans droit de regard qui en est maintenant légalement propriétaire, et je ne dois communiquer d'aucune façon que ce soit — aucune directive, aucun avis, aucun renseignement au sujet de ces actifs. Je ne sais pas et je ne saurai pas en quoi ils consistent. Une fois tous les trimestres, on m'informera de la valeur de ces actifs.
Il a dit:
Il y a un lien direct entre la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique et le fiduciaire sans droit de regard de façon à ce que le Commissariat à l'éthique puisse savoir ce qui se passe, mais la fiducie sans droit de regard vise à ce que mes investissements contrôlés soient gérés par une tierce partie sans instruction ni surveillance de ma part.
C'est exactement le même genre de situation que celle du .
:
Si vous me le permettez, monsieur, je comprends que la situation puisse être similaire, mais le chef de cabinet du premier ministre n'est pas le . Il n'a pas le pouvoir de prendre des décisions et n'a pas autant d'influence que le premier ministre.
La situation semble également différente, car dans le contexte des investissements de Brookfield dans tous les domaines où le gouvernement engage des dépenses publiques importantes, qu'il s'agisse de l'intelligence artificielle, des logements modulaires ou des thermopompes, les paiements futurs du dépendent du rendement de Brookfield. Ce n'est pas quelque chose qui va être vendu par le fiduciaire; c'est quelque chose qui est entré et qui va sortir de la même manière.
Le sait quels ont été les investissements de Brookfield lorsqu'il était président de Brookfield Asset Management. Il a créé les fonds dont il va tirer profit en fonction de leur rendement. Les Canadiens ne savent rien des décisions prises par le premier ministre et de leur incidence sur sa potentielle rémunération future. C'est ce manque de transparence qui suscite des préoccupations.
Ma recommandation... Je ne soulève pas un problème sans proposer de solution. Ne pensez-vous pas que, dans cette situation, les Canadiens pourraient davantage croire que les décisions ne sont pas prises dans un but de réaliser des gains financiers personnels si toute personne occupant le poste de premier ministre se départissait de ses actifs en les vendant avant de prendre des décisions, au lieu de les placer dans une fiducie sans droit de regard où elle pourrait toujours savoir ce qu'elle y a investi?
:
C'est exact. En fait, il y a sept questions qui servent à nous orienter. L'objectif est de prendre nos décisions selon une approche rigoureuse et systématique.
Quand on parle de mesures en matière d'éthique, il est important de s'assurer que les gens concernés restent informés et sensibilisés aux mesures qui sont en place, et je vois le rôle que je dois jouer à cet égard. Je parle notamment des sous-ministres des ministères concernés, des sous-ministres associés, de la direction de ces ministères et du personnel politique.
Par ailleurs, il faut s'assurer qu'il y a une façon de relever et de rediriger les questions qui correspondent aux six catégories de l'outil d'évaluation. Évidemment, il faut s'assurer de tenir des registres appropriés et, tout au long de ce processus, d'obtenir les conseils du Commissariat aux conflits d'intérêts et à l'éthique et de travailler de concert avec lui.
:
Merci, monsieur le président.
Bienvenue, monsieur Blanchard. Je suis heureux de vous rencontrer. C'est toujours intéressant de rencontrer un chef de cabinet. D'ailleurs, je vois que nous avons un auditoire, aujourd'hui, ça ne doit pas être pour rien. Il est toujours pertinent de rencontrer un chef de cabinet, quand on est un député.
Hier, j'ai posé une question à M. Sabia à propos du projet de loi sur la mise en œuvre du budget, qui a été déposé avant-hier à la Chambre. Je lui disais qu'il y avait des crédits d'impôt pour les centrales nucléaires de petite taille, mais il m'a répondu que non. Quoi qu'en pense M. Sabia, à la page 91, il y a un crédit d'impôt qui existait depuis deux ans, mais qui ne s'appliquait pas aux petites centrales nucléaires. Ce que le projet de loi C‑15 vient faire précisément, c'est introduire un crédit d'impôt pour les petites centrales nucléaires. De plus, à la page 120, il y a un nouveau crédit d'impôt pour l'électricité propre, lequel s'appliquera lui aussi aux centrales nucléaires.
Dans ce domaine, il y a cinq acteurs qui commercialisent l'énergie nucléaire, et l'un d'entre eux est Westinghouse, qui appartient à Brookfield. Dans votre outil, que j'ai consulté hier, on indique à la page 3 que ceux qui doivent l'appliquer devraient porter une attention particulière à Westinghouse.
Est-ce que le a été impliqué dans cette décision? Avez-vous appliqué le filtre?
:
Le greffier du Conseil privé m'a dit que c'était une décision de portée générale et que, parce que c'était une décision de portée générale, le filtre ne s'appliquait pas.
Dans votre document, à la page 5, on peut lire la définition de « portée générale ». Il est écrit: « Si la décision ou la discussion concerne un groupe indéterminé de personnes ou de sociétés, la question est donc de portée générale. » Or, je ne pense pas que cinq joueurs constituent un groupe indéterminé. Je peux même vous les nommer: NuScale Power, Westinghouse, General Electric Hitachi, AtkinsRéalis et TechnicAtome. À la page 6 de votre document, quand il s'agit de voir si la discussion s'applique à une vaste catégorie, on dit ceci: « Si la décision ou la discussion s'applique à un petit groupe, alors la question ne s'applique pas à une vaste catégorie. » Il y a donc là un problème.
Pourquoi n'avez-vous pas appliqué le filtre?
:
Merci, monsieur le président.
Merci, monsieur Blanchard.
Les conflits d'intérêts de M. Carney concernant Brookfield sont considérables, selon toute norme objective. C'est pourquoi le commissaire à l'éthique a jugé bon d'imposer des mesures de conformité spéciales, notamment le filtre anti-conflits d'intérêts que vous administrez avec M. Sabia, qui vise, bien sûr, 103 entreprises, dont la plupart sont liées à Brookfield.
Lors de sa comparution devant notre comité hier, M. Sabia a indiqué que le commissaire à l'éthique avait personnellement dit à M. Carney qu'il ne devait pas rencontrer Brookfield. Pourtant, le 11 août, un mois seulement après la mise en place du filtre anti-conflits d'intérêts, M. Carney s'est entretenu et a pris des photos avec Sam Pollock, qui est nul autre que le PDG de Brookfield Infrastructure et qui, comme par hasard, siégeait au conseil d'administration de Brookfield Asset Management lorsque M. Carney en était le président. Nous avons ici le commissaire à l'éthique qui dit à M. Carney de ne pas rencontrer Brookfield et un mois plus tard, M. Carney fait exactement cela.
Comment expliquez-vous cette situation, monsieur Blanchard?
:
Monsieur Blanchard, on a expressément demandé au de ne pas rencontrer Brookfield et pourtant, le voilà qui rencontre Brookfield.
Revenons au 30 avril, deux jours seulement après les élections fédérales. Selon le rapport mensuel de communication du Registre des lobbyistes, a été approché directement par NorthRiver Midstream Incorporated. Selon le Registre des lobbyistes, la société mère de NorthRiver Midstream Incorporated est nulle autre que Brookfield.
Une fois de plus, le rencontre directement Brookfield, qui fait du lobbying auprès de lui, cette fois‑ci au sujet de la politique énergétique, et une fois de plus, il ne respecte pas l'esprit du filtre anti-conflits d'intérêts.
:
Lorsqu'il s'agit d'une question de portée générale, cela s'applique en fait à tous les Canadiens, à tous les contribuables ou à tous les particuliers. C'est la définition très vaste de cette notion. Si vous consultez le document — l'outil d'évaluation qui a été fourni hier —, vous trouverez les outils et les questions préliminaires qui sont posées dans ce contexte.
S'il s'agit d'une question de portée générale et que la réponse est affirmative, alors il n'est pas nécessaire de recourir au filtre et aucune autre analyse n'est requise.
Si la réponse est négative, nous passons à la question suivante, qui consiste à déterminer si, dans le cas où elle n'est pas de portée générale, la question s'applique à une vaste catégorie. Si c'est le cas, alors nous faisons une analyse pour déterminer si la société concernée a un intérêt ou un avantage disproportionné dans ce contexte.
:
Le travail quotidien lié à cet outil d'évaluation est principalement effectué par la sous-greffière du Conseil privé, qui est responsable de la gouvernance. Son bureau consulte régulièrement le bureau du commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique.
De notre côté, sur le plan politique, c'est la raison pour laquelle j'étais très heureux de répondre à la question de M. Cooper. Dans le cas de la réunion à Londres dont il a parlé, nous avions vérifié chacun des invités et déterminé s'ils étaient visés par un filtre ou non. La réponse était non, car aucun d'entre eux n'avait de liens avec Brookfield, et nous avons ensuite discuté de ces questions avec le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique. C'est de cette façon que les choses fonctionnent.
Dans le contexte des réunions, c'est plutôt dans la sphère politique que nous menons peut-être, car c'est là que la demande ou l'organisation de réunions s'effectue. Ensuite, la décision en matière de politique est en grande partie prise sous la direction de la sous-greffière du Conseil privé responsable de la gouvernance.
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur Blanchard, compte tenu des particularités objectives du passé du et de sa charge actuelle, mon but, dans le cadre de cet examen de la Loi sur les conflits d'intérêts, est de rétablir la confiance des gens envers les institutions démocratiques en mettant en place des règles différenciées pour le premier ministre et les ministres. Pour les députés, c'est déjà fait. M. Sabia était d'accord sur cela. Il en a déjà fait l'apologie pendant sa carrière.
Je voulais apporter cette précision parce que mon but n'est pas de prendre en défaut M. Carney. Mon but est d'examiner la situation actuelle, qui est inusitée. Rarement a-t-on vu un greffier du Conseil privé se départir de ses actions pour protéger son premier ministre et pour appliquer un filtre anti-conflits d'intérêts. Il est important de le dire, entendons-nous là-dessus.
Maintenant, je vais vous poser la question que j'ai posée à M. Sabia hier: savez-vous ce qu'il y a dans la fiducie sans droit de regard du premier ministre?
:
Je n'ai pas besoin de cette partie de la réponse. Mon temps de parole s'écoule et je veux parler d'autre chose.
Hier, j'ai demandé à M. Sabia s'il estimait avoir besoin de rendre des comptes au commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique dans le cadre de la mise en œuvre du filtre anti-conflits d'intérêts. Il m'a répondu que non, puisqu'il collaborait de façon quotidienne avec le commissaire.
Gérer les intérêts du premier ministre a l'air pas mal compliqué si on doit être en contact quotidiennement avec le commissaire. N'aurait-il pas été plus simple que se départisse de ses actions de Brookfield, comme l'a fait M. Sabia? C'est son choix, mais n'aurait-il pas été plus simple de faire cela? Dans le cadre de notre étude, nous allons examiner ce critère.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Bonjour, monsieur Blanchard. Merci d'être avec nous aujourd'hui.
J'aimerais aborder le sujet plus largement, parce que nous avons surtout discuté des détails et de l'analyse des choses très particulières. En fait, j'aimerais revenir à l'étape précédente. Tout le monde qui s'est présenté devant le Comité nous a dit de nous assurer que les institutions regagnent la confiance du public. On nous a dit que la démocratie est sous pression et que les gens n'ont plus confiance. M. Sabia nous l'a dit lui aussi, et vous nous l'avez dit d'entrée de jeu aujourd'hui.
La première chose très simple à faire en situation de crise est de faire preuve de transparence. On en a beaucoup parlé ici. La deuxième chose à faire est de corriger à l'extrême la situation. Il faut alors pencher tout à fait de l'autre côté. À cet égard, vous nous avez parlé d'un équilibre. Pensez-vous qu'il est important pour la population de sentir que nous avons corrigé à l'extrême une situation et avons fait des efforts afin de regagner la confiance du public?
:
La population perd confiance en nos institutions. Chaque fois que nous posons des questions, on nous parle de la virgule et du point dans la Loi sur les conflits d'intérêts. Or les gens n'ont pas confiance. Vous avez dit tantôt que le but était de s'assurer que le n'a pas de conflits d'intérêts. Toutefois, j'ai plutôt l'impression que le but est que la population regagne sa confiance envers nos institutions. Nous avons beau tous nous trouver bons ici, mais nous aurons un problème si les gens perdent confiance en nous, parce que nos actions leur font perdre confiance en nos institutions. Nous sommes ici pour représenter la population.
M. Sabia est venu témoigner hier. Il a dit que, dans le but d'être honorable dans le cadre de son travail et de s'assurer de ne pas se mettre dans une mauvaise situation, il a vendu ses parts. Tout le monde était d'accord pour dire qu'il a fait la bonne chose.
Dans votre discours d'ouverture, vous nous avez présenté le comme le chevalier vertueux qui s'est lancé en politique pour sauver notre pays. Si c'était si important, pourquoi n'a-t-il pas reconnu que la situation était exceptionnelle et qu'il devait prendre des mesures exceptionnelles, c'est-à-dire qu'il devait vendre ses parts? Pourquoi avoir laissé notre gouvernement, vous-même, M. Sabia et toute l'organisation subir cette pression? Pourquoi laisser le public se dire qu'il est en train de s'enrichir?
:
Merci, monsieur le président.
Merci, monsieur Blanchard, d'être avec nous.
Mes questions viseront davantage à vulgariser les choses pour les citoyens et les citoyennes qui nous écoutent. L'objectif est de les aider à mieux comprendre cette question de filtre anti-conflits d'intérêts et son application. Cela est très important pour nous, parce qu'il s'agit de maintenir la confiance des citoyens et des citoyennes.
En employant un langage plus simple, pouvez-vous nous dire comment on établit qu'il est nécessaire d'appliquer un filtre anti-conflits d'intérêts à un dossier en particulier?
Quelles sont les étapes à suivre?
:
Avant d'appliquer un filtre anti-conflits d'intérêts, il faut procéder à une analyse. Nous nous adressons aux ministères et aux organismes visés pour obtenir des renseignements contextuels sur les sociétés assujetties au filtre, c'est-à-dire celles mentionnées à l'annexe A.
Nous étudions les différents secteurs de l'économie, et, si nous repérons des secteurs où ces compagnies sont plus actives, nous y accordons une attention particulière. Nous disposons d'une liste de questions, d'une espèce de prisme décisionnel que nous appliquons à la situation en question.
C'est tout d'abord le ministère qui tire une conclusion. Celle-ci fait ensuite l'objet de discussions au Bureau du Conseil privé. Le greffier du Conseil privé prend alors une décision basée sur ces faits et sur la recommandation de la sous-secrétaire à la gouvernance, cette dernière ayant eu des discussions avec le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique.
:
Ma prochaine question est peut-être de nature plus personnelle.
Vous avez été représentant du Canada auprès des Nations unies, vice-président exécutif à la CDPQ et chef de CDPQ mondial. Vous aviez la responsabilité de plusieurs régions, dont les États‑Unis, l'Amérique latine, l'Europe et l'Asie‑Pacifique. Vous avez aussi été président-directeur général chez McCarthy Tétrault, qui est vraiment un grand cabinet d'avocats.
Pouvez-vous nous parler de vos activités passées et des domaines dans lesquels vous avez dû renforcer l'indépendance?
Comment agissez-vous par rapport à la gouvernance tout en étant indépendant?
:
Je vous remercie beaucoup.
Je vous suis très reconnaissant de votre témoignage aujourd'hui, monsieur.
Je comprends que la politique et les affaires peuvent parfois ne pas faire bon ménage, et le but des évaluations de l'éthique, des normes en matière d'éthique et de la Loi sur les conflits d'intérêts est d'essayer de garantir que l'intérêt public est servi de la meilleure façon possible, comme vous le savez bien, et que les fonctionnaires fassent leur travail avec intégrité.
Certains commentaires ont été faits au sujet de M. Wright. Je l'ai connu pendant longtemps. C'était l'une des personnes les plus éthiques que nous connaissions. La société qu'il représentait avait un champ d'activité beaucoup plus restreint que celle dont vient M. Carney, qui a un champ d'activité très vaste qui touche divers secteurs d'un bout à l'autre du pays. Je pense que les normes qui s'appliquent dans le cas d'un premier ministre qui prend des décisions sont très différentes de celles qui s'appliquent dans le cas d'un conseiller très haut placé qui donne des conseils.
Aux États-Unis, on attend des titulaires de charges publiques qu'ils obligent leurs fonctionnaires à vendre tous leurs intérêts et qu'ils leur offrent un transfert en franchise d'impôt très avantageux, afin d'éliminer tout soupçon de conflit d'intérêts, et c'est ce qu'a fait le greffier du Conseil privé. Il est toutefois évident que le envisageait quelque chose de différent pour sa propre situation.
Dans le contexte de la distinction entre le processus officiel et le processus informel d'application de filtres, le Comité s'efforce d'aller au fond des choses pour déterminer où s'arrête l'application générale et où commence un intérêt disproportionné.
Je dis ce qui suit avec beaucoup d'affection pour les personnes qui occupent leurs fonctions, mais M. Sabia, , et vous, monsieur Blanchard, connaissez toutes les mêmes personnes. Vous venez du milieu de l'investissement. Vous avez beaucoup d'amis en commun.
Qui vérifie qui, dans ce cas‑ci?
:
Je vous suis reconnaissant de l'expérience et de la contribution que vous apportez à la discussion.
[Français]
Excusez-moi. J'ai essayé de parler en français, mais je ne parle qu'un petit peu cette langue.
[Traduction]
Je m'excuse auprès de l'interprétation. Qui vérifie qui entre vous quatre?
Je comprends que vous pensez tous les quatre servir l'intérêt public. Vous venez de très haut pour servir la population canadienne. Nous devrions vous en être reconnaissants, mais le milieu des institutions d'investissement est très petit. Ces institutions mènent toutes leurs activités dans de grands secteurs qui sont essentiels à la réussite des travailleurs canadiens.
Entre vous, qui vérifie qui?
:
Duff Conacher, le dirigeant de Démocratie en surveillance, a déclaré que le actuel était potentiellement le premier ministre ayant le plus de conflits d'intérêts dans l'histoire du Canada. En effet, il fait face à plus de 100 conflits d'intérêts dans chacune de ses décisions, que ce soit en privé, au sein du Cabinet, lors de réunions avec des fonctionnaires ou dans le cadre de ses obligations de rendre des comptes au public.
Tous les commissaires qui ont comparu devant le Comité se sont plaints que le gouvernement ne leur avait pas fourni suffisamment de ressources pour faire leur travail. Une atmosphère d'incertitude et de corruption entoure le et les décisions importantes qu'il doit prendre, que ce soit en matière d'énergies renouvelables, de logement, d'énergie ou d'infrastructure, autant de domaines desquels il ne s'est pas retiré et pour lesquels nous ne sommes pas convaincus qu'il fait preuve de transparence.
Essaie‑t‑il d'avoir le beurre et l'argent du beurre ou sommes-nous inutilement préoccupés au sujet de la question de savoir qui vérifie qui, quoi, où et ce qui est écouté, sans offrir la transparence à laquelle les Canadiens ont droit?
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je vous remercie beaucoup, monsieur Blanchard, d'être avec nous aujourd'hui. Je vous suis très reconnaissant de prendre le temps de bien répondre à nos questions.
Vous avez parlé de Nigel Wright plus tôt. Il a comparu devant ce comité alors qu'il était chef de cabinet de Stephen Harper. Vous avez parlé du filtre anti-conflits d'intérêts qui a été appliqué à son égard.
En réponse à mes collègues de l'autre côté, vous avez dit à quelques reprises que la situation de M. Wright était comparable à celle du premier ministre Carney.
Pouvez-vous nous dire en quoi consistent les similarités dans ces deux cas?
:
Dans ce contexte-là, on parlait de la compagnie Onex, qui avait des ramifications importantes dans l'économie canadienne. M. Wright était un cadre supérieur dans cette compagnie. La situation le concernant était semblable à celle dont nous discutons présentement, à savoir qu'il y avait eu un dessaisissement des actifs dans une fiducie sans droit de regard.
À la suite de discussions tenues avec la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique de l'époque, on avait convenu de mettre en place un mur éthique qui, de mémoire, touchait une quarantaine de compagnies évoluant dans quatre ou cinq secteurs de l'économie.
C'est un peu le même genre de mesures qui sont mises en place. Personnellement, j'ai beaucoup de respect pour Nigel Wright et ce qu'il a fait. Dans le contexte en question, il défendait ce processus. Il estimait que cela était acceptable et normal dans les circonstances.
Ce que je dis, c'est que l'on peut faire un parallèle avec la situation de .
C'est la raison pour laquelle j'ai fait allusion au jugement de la Cour d'appel fédérale. Ce qui est intéressant, c'est que nous pourrions avoir un système de récusation qui est plus curatif que préventif, à certains égards.
Dans le présent contexte, il y a eu un dessaisissement. Le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique et le ont convenu d'en faire davantage et de s'assurer d'aller au‑delà du dessaisissement. On a dressé une liste des compagnies que connaissait le premier ministre. Cette liste figure à l'annexe A.
On a aussi mis en place une mesure préventive pour faire en sorte que le premier ministre ne se trouve pas en situation de conflit d'intérêts. C'est important non seulement pour le premier ministre, mais aussi pour l'institution qu'il représente et pour le gouvernement. Le but est d'assurer le succès du gouvernement.
:
Il faut être capable de prévenir, il faut voir venir les décisions, il faut anticiper certaines rencontres si l'on veut s'assurer de ne pas être en situation de conflit d'intérêts.
C'est la raison pour laquelle le premier ministre et le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique ont mandaté, d'un commun accord, le greffier du Conseil privé et le chef de cabinet du pour accomplir ce travail.
Selon moi, ce sont les individus qui, au bout du compte, changent les choses par la rigueur qu'ils s'imposent. C'est lorsque des règles sont établies en matière d'éthique et que les individus s'y conforment que les résultats escomptés sont atteints.
Si vous êtes dans une situation où il manque un de ces éléments, vous n'arriverez pas au bon résultat.
:
Merci, monsieur le président.
Hier, M. Sabia parlait de collaboration au quotidien. Aujourd'hui, vous parlez de relations fréquentes.
La reddition de comptes consiste-t-elle, pour vous, à demander constamment au commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique si vous êtes dans le droit chemin?
En ce sens, le commissaire ou son bureau participent-ils à l'administration du filtre?
:
Cela me dérange un peu, et ça me chicote depuis tantôt.
Hier, j'ai demandé à M. Sabia de quelle manière on pourrait rendre le processus encore plus rigoureux — car je pense qu'il doit l'être. J'avais aussi posé la question au commissaire, et ce n'était toujours pas clair. Je vous pose donc la même question aujourd'hui.
Vous avez parlé de Nigel Wright, mais il n'était pas premier ministre à l'époque où vous avez évoqué sa situation. Quand le sait qu'un ministre siégeant au Conseil des ministres peut se trouver dans une situation où il y a apparence de conflit d'intérêts, il est capable de gérer la situation. Ce n'est pas le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique qui va gérer cela.
Cela dit, qui va gérer une telle situation quand il s'agit du premier ministre?
Toutes les mesures dont nous parlons depuis tantôt sont en place.
Quand j'ai demandé au commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique si la reddition de comptes devrait passer par son bureau, il m'a répondu ceci: « Je ne peux pas être à la fois juge et partie prenante. Si mon bureau participe à l'administration du filtre, c'est moi qui dois prendre une décision en cas de conflit d'intérêts. »
En un sens, malgré le processus, ce n'est pas tout le monde qui maîtrise cette proximité et cet outil, si on se fie à la complexité de l'administration du filtre dont nous entendons parler.
Je pense qu'il y a des failles. Pour y remédier, vous demandez au commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique si vous êtes dans le droit chemin. Dans le fond, c'est comme si le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique faisait partie de votre équipe à temps plein pour pouvoir administrer quelque chose de rigoureux, n'est-ce pas?
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Monsieur Blanchard, tantôt, vous avez dit que vous aviez rarement vu une structure aussi solide malgré vos nombreuses années d'expérience. Vous avez été à la tête de plusieurs organisations, tout comme M. Sabia. Hier, je n'ai pas manqué de dire à ce dernier qu'il avait été l'équivalent du dans plusieurs organisations.
La Caisse de dépôt et placement du Québec dont vous avez été directeur présentait-elle le même genre de structure?
Les employés relevant directement de la direction avaient-ils le devoir de s'assurer que leur directeur ne faisait pas de faux pas?
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Nous avons déjà entendu ce genre de réponse.
Comme vous l'avez dit tantôt, nous analysons souvent le moment présent. Présentement, nous faisons tout pour nous assurer que les Canadiens sont protégés. Nous sommes tous vertueux. M. Carney s'impose lui-même des standards par la vertu.
Toutefois, le rôle du Comité est d'envisager l'avenir. Nous voulons nous assurer que, dans l'avenir, nos lois seront capables de soutenir d'autres personnes que vous, M. Sabia et . Nous voulons nous assurer que l'avenir est bien planifié et que nous avons une structure efficace.
On nous dit souvent qu'on a besoin de plus de gens de l'envergure de M. Carney. Cependant, il faut aussi nous assurer que nous n'attirions pas les mauvaises personnes. M. Wernick nous disait que la politique est très temporaire dans la vie de quelqu'un.
Pour la première fois de notre histoire, nous avons un premier ministre qui vient d'un secteur privé comprenant de nombreuses ramifications. Nous ne savons pas combien de temps il va rester, mais il est sûr que, quand il va retourner dans le secteur privé après avoir été premier ministre, il pourra utiliser ce poste pour en tirer un avantage. Notre travail est donc de nous assurer que ça ne devient pas récurrent.
Croyez-vous que, présentement, notre structure attire uniquement les bonnes personnes, ou y a-t-il tellement de lacunes dans notre législation que ça attire aussi les mauvaises personnes?
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Qu'est-ce que ça change à la question que je vous pose?
Ce que je dis, c'est que je veux m'assurer que l'on attire les bonnes personnes dans l'avenir. Je ne fais pas l'analyse complète de . Je veux m'assurer que la structure actuelle est capable d'accueillir et de surveiller d'une bonne manière des gens qui auraient un jour l'intention de faire comme lui, mais avec de mauvaises intentions.
Admettons qu'on donne au premier ministre les meilleures intentions du monde. Cependant, prenons le cas d'un premier ministre mal intentionné, qui fait ses propres règles, qui a le plein pouvoir de décider de renvoyer des gens s'il n'est pas content.
La population peut-elle être rassurée dans ce contexte?
Le Registre des lobbyistes du gouvernement fédéral indique que, du 10 juillet jusqu'à aujourd'hui, 2 600 lobbyistes ont été enregistrés pour faire du lobbying, rien que pour le bureau du premier ministre.
De plus, 950 communications ont été enregistrées entre des lobbyistes et des responsables du bureau du premier ministre, et 75 communications ont été enregistrées entre des lobbyistes et .
À la suite de toutes ces communications avec des lobbyistes, des échanges ont suivi entre le personnel du bureau du premier ministre et le premier ministre.
Après leurs discussions avec des lobbyistes, comment les membres du personnel du bureau du premier ministre sont-ils surveillés? Leurs communications sont-elles surveillées?
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Vous me dites qu'il connaît ses obligations. Or, votre logique aurait dû s'appliquer de la même manière lorsque vous avez dit qu'il fallait qu'il y ait une fiducie sans droit de regard. Vous auriez pu dire qu'on n'avait pas besoin d'une fiducie sans droit de regard, étant donné que, puisqu'il connaît ses obligations, il ne serait jamais en conflit d'intérêts. Cette logique que vous me servez ici devrait s'appliquer de la même manière.
Je regrette, mais, même si on interdit des rencontres, le premier ministre peut prendre son téléphone cellulaire. Il faut dire qu'il vient d'un réseau qui fait l'affaire de tout le monde, dans la situation dans laquelle nous sommes. Dites-moi au moins que vous le surveillez pour ça, que vous lui avez dit de faire attention à ça. Ce que vous me dites, c'est que ce n'est pas nécessaire, parce qu'il sait ce qu'il y a à faire.
Trouvez-vous ça vraiment responsable de la part d'un gestionnaire d'un filtre anti-conflits d'intérêts?
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Vous avez utilisé l'expression « l'une des meilleures ». Mais j'aimerais savoir si nous pouvons l'améliorer. Je pense que le Canada a l'occasion... Et c'est l'étude que mène actuellement le Comité, car nous nous demandons s'il est possible d'améliorer le système dont nous disposons. Nous voulons savoir s'il y a des préoccupations ou des lacunes et si certains éléments minent la confiance des Canadiens envers nos institutions démocratiques. Nous avons l'occasion d'améliorer le processus. Cela ne constitue pas nécessairement une accusation contre , mais une telle occasion est-elle à notre portée?
Je vous remercie de vos références aux utilisations antérieures du processus et à la décision de la Cour fédérale. C'est un contexte important qui sert à éclairer les témoignages sur lesquels le Comité se fondera pour présenter ses recommandations à la Chambre, mais est‑ce bien la meilleure façon de procéder? Si un premier ministre... Si détient des biens contrôlés, même s'ils sont placés dans une fiducie sans droit de regard, et s'il sait ce qu'il a investi dans des fonds dont il pourrait tirer profit, grâce aux intérêts versés à l'avenir, et que les décisions prises par lui et son gouvernement améliorent ce portefeuille, les Canadiens comprennent qu'il va tirer profit des décisions qu'il prend. S'il détient ces actifs, il continue de profiter d'un avantage financier potentiel.
Ne serait‑il pas plus transparent, plus simple et plus efficace pour renforcer la confiance des Canadiens envers le processus d'exiger des premiers ministres et des chefs de parti, y compris le , qu'ils vendent tous leurs biens contrôlés? Ensuite, s'il y a des investissements à effectuer, on pourrait discuter de la possibilité de les confier à un fiduciaire, mais peut-être qu'ils ne devraient pas détenir des biens contrôlés pendant leur mandat. Cela ne permettrait‑il pas, tout simplement, d'éliminer le risque et, par conséquent, de renforcer et d'améliorer la confiance des Canadiens?
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Merci, monsieur le président.
Merci, monsieur Blanchard, d'être ici. Je suis sûr que vous auriez fait un usage plus productif de votre temps si vous n'étiez pas ici pendant ces deux heures, à juger ce que j'ai entendu jusqu'à présent.
Je vais commencer par une chose que M. Cooper a dite. Il a d'abord dit que les conflits d'intérêts de sont vastes, puis il a terminé en demandant s'il ne vaudrait pas mieux que le premier ministre suive simplement l'avis du commissaire. À votre avis, et de l'avis des autres personnes qui ont participé à ce processus, le premier ministre a‑t‑il suivi les conseils du commissaire et suivi les règles?
M. Majumdar a laissé entendre qu'il y a un « nuage d'incertitude » et de conflits. Je dirais que ce n'est pas vrai. En réalité, il y a plutôt une pluie d'allégations. L'objectif initial de notre étude était fondé sur des principes. Il s'agissait d'examiner la Loi sur les conflits d'intérêts, y compris les règles sur les conflits d'intérêts. C'était une approche noble et fondée sur des principes à l'égard de ce que nous devrions faire en tant que députés.
Cependant, le renvoi de la Chambre des communes propose plutôt d'examiner l'ampleur sans précédent des intérêts du dans des sociétés et des actions. Je ne sais pas ce que le mot « sans précédent » signifie ici. Si vous parlez d'un premier ministre qui a réussi… Je ne comprends pas.
Ce que je vous dis, et j'aimerais savoir si vous êtes d'accord ou non, c'est qu'il s'agit d'un exercice purement politique. Notre comité devrait examiner la Loi sur les conflits d'intérêts, et non pas poser toutes sortes de questions au sujet du ou de tout autre député dans l'espoir de marquer des points politiques, ce qui n'a pas fonctionné.
Êtes-vous d'accord?
Je vais terminer avec ce qui suit. Vous avez été PDG de McCarthy, l'un des plus grands cabinets d'avocats, sinon le plus grand, au Canada.
Étant moi-même avocat, je comprends que les conflits d'intérêts sont importants. En tant que PDG d'une entreprise multinationale et multiprovinciale, vous étiez en excellente position pour examiner les dispositions relatives aux conflits d'intérêts dans votre bureau. Si vous vous étiez trompé, vous auriez été poursuivi ou sanctionné par le barreau, alors la dernière chose que vous voudriez faire dans ce poste, ou en tant que chef de cabinet du , c'est de vous retrouver dans cette situation.
N'est‑ce pas, monsieur?
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Attendez un instant. Nous n'avons pas d'interprétation, alors j'ai arrêté le chronomètre.
[Français]
Si je parle en français, entendez-vous l'interprétation?
[Traduction]
D'accord, l'interprétation est revenue.
Je vais vous demander de poser la question une fois de plus.
Je vais vous demander de répondre, monsieur Blanchard. Lorsque M. Blanchard commencera à répondre, je vais démarrer le chronomètre.
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D'accord, je comprends.
D'après les témoignages que nous avons entendus, comme celui de Nigel Wright, le fait est qu'on ne sait pas ce qu'il y a dans la fiducie. Des témoins, comme le professeur de l'Université York, a parlé d'un titulaire de charge publique qui a appris après avoir quitté son poste qu'il y avait eu des décisions d'investissement avec lesquelles il n'était pas d'accord et qu'il était déçu, mais qu'il n'avait pas été tenu au courant. C'est justement là le but.
L'autre point, c'est qu'il semble que le processus se fasse à l'aveugle des deux côtés, d'une certaine façon, parce que le lui-même ne gère pas le filtre anti-conflits d'intérêts que vous nous avez décrit. En fait, ce filtre est administré par vous et le greffier du Conseil privé et supervisé par le commissaire à l'éthique.
Est‑ce exact?
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Merci, monsieur le président.
Le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique veut introduire dans la Loi sur les conflits d'intérêts la notion d'apparence de conflit d'intérêts. Je sais que vous n'avez pas voulu vous embarquer dans ce raisonnement tout à l'heure, au début de nos échanges. Je vous soumets néanmoins que, à mon avis, des situations comme celles que nous connaissons avec le feraient l'objet d'une surveillance plus efficace ou seraient soumises à des mesures beaucoup plus proactives que ce n'est le cas à l'heure actuelle.
D'ailleurs, toujours dans ma réflexion au sujet du plus haut degré d'exemplarité et de transparence pour un premier ministre, je vous soumets l'exemple de Paul Martin, qui a mis en place la commission Gomery sur le scandale des commandites libérales. Il semblait avoir des critères pas mal plus élevés que ceux de : quand il était ministre, il avait gardé sa compagnie de bateaux, mais, quand il est devenu premier ministre, il l'a vendue.
Ça revient à ma première question, qui est aussi la première question que j'ai posée à M. Sabia hier: votre vie ne serait-elle pas plus simple si M. Carney avait été aussi exemplaire que M. Martin?
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Avec du temps pour une réponse, je vous l'assure.
Ma question à la fin de ma dernière intervention concernait l'amélioration de la loi, le renforcement de la confiance que les Canadiens peuvent avoir envers elle et la simplification, pour ainsi dire, en demandant aux premiers ministres de vendre tous leurs biens contrôlés avant de prendre des décisions.
La difficulté dans ce cas précis, c'est qu'il y a des choses dont le fiduciaire ne peut pas se départir, tel que l'intérêt passif auquel le a droit en raison du rendement de certains des actifs de Brookfield placés dans la fiducie sans droit de regard. Même si l'on fait abstraction de ce qu'a dit le commissaire à l'éthique — qu'il y a souvent très peu de mouvement dans ces fiducies et que certaines choses seront simplement gérées, mais ne seront pas vendues —, pensez-vous que…?
Vous avez dit aimer le système et croire qu'il est efficace. Je comprends.
Pensez-vous que ce serait une amélioration par rapport au système actuel si les premiers ministres vendaient leurs biens contrôlés avant de prendre des décisions?
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur Blanchard, la loi vise explicitement, entre autres choses, à encourager les personnes expérimentées et compétentes à poser leur candidature à des charges publiques et à accepter ces postes, en plus de faciliter les échanges entre le secteur privé et le secteur public. C'est au cœur même... c'est l'objectif même de la Loi sur les conflits d'intérêts et du régime.
Hier, M. Sabia nous a également dit qu'il était d'avis qu'il s'agissait d'un objectif important, non seulement pour les députés et les élus, mais aussi pour le recrutement de personnes qui assumeront des rôles non partisans dans la fonction publique, et ce, aux plus hauts échelons.
D'après votre vaste expérience dans le secteur privé et maintenant dans le secteur public, pensez-vous qu'il s'agit là d'un objectif important de la loi? En quoi contribue‑t‑il à encourager des personnes de divers horizons et du secteur privé à répondre à l'appel et à mener une carrière dans la fonction publique?
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C'est une très bonne question.
Si vous me le permettez, en tant que personne qui croit qu'une carrière dans la fonction publique est la plus belle façon de servir son pays — et je le crois profondément —, je tiens à féliciter et à remercier tous les députés autour de la table de leur service. Vous accomplissez un travail difficile. Il est exigeant, mais si important, et je pense qu'il va devenir encore plus important.
Nous traversons une période historique et sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, comme l'a dit le greffier hier. Cela dit, il faut prendre d'importantes décisions. De plus en plus, la fonction publique et le secteur public doivent travailler avec le secteur privé et toutes les parties prenantes pour prendre des décisions qui permettront de faire avancer les choses et de livrer la marchandise.
À mon avis, nos institutions doivent d'abord et avant tout se concentrer sur leur capacité de fournir aux citoyens ce dont ils ont besoin dans ce contexte. Ce qui compte, c'est d'offrir des services aux citoyens. L'incapacité apparente de répondre aux besoins des citoyens est la plus grande menace qui pèse sur nos institutions. Voilà pourquoi, quelle que soit votre conclusion, monsieur le président, dans le cadre des travaux du Comité, vous devez veiller à encourager l'interchangeabilité et à faire en sorte qu'il y en ait plus que moins.
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Merci, monsieur Blanchard.
Merci, madame Church.
Monsieur Blanchard, au nom du Comité, je tiens à vous remercier du temps que vous nous avez consacré aujourd'hui. Je sais qu'il a fallu changer l'horaire, mais nous y sommes arrivés.
Je tiens également à remercier la greffière. Je sais, madame Vohl, que l'organisation de cette réunion n'a pas été chose facile. Je vous suis reconnaissant de tous les efforts que vous avez déployés pour que tout le monde, dont les techniciens, soit ici.
Il n'y a pas d'autres points à l'ordre du jour.
La séance est levée.