:
La dernière édition de nos perspectives énergétiques est sans équivoque: même en incluant les réglementations sur l'électricité propre et sur les véhicules zéro émission, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ou GES, au Canada par rapport au niveau de 2005 sera au mieux de 14 % en 2030 et de 25 % en 2040, ce qui est très loin des objectifs légaux de 40 à 45 % pour 2030 et de 50 % pour 2050.
Ces résultats n'étaient pas une surprise pour nous, parce qu'en 2021, nous avions déjà publié un rapport qui montrait le gouffre entre les transformations nécessaires sur le terrain et les mesures déployées.
Plusieurs raisons expliquent cette situation.
Premièrement, à l'exception de la réglementation sur les émissions fugitives et des deux autres déjà mentionnées, les mesures déployées ne sont ni transformatrices ni structurantes.
Deuxièmement, l'opposition ralentit considérablement l'élaboration de mesures appropriées. Elle s'est enfoncée dans un déni quant à la nécessité de réussir la transition énergétique.
Troisièmement, les provinces ont adopté une attitude très attentiste. Elles n'ont déployé presque aucune mesure structurante pour vraiment faire avancer les initiatives liées à la décarbonation.
Quatrièmement, le marché du carbone industriel ne permet pas de réduire les émissions dans le secteur.
Dans notre bulle nord-américaine, l'échec du Canada peut sembler sans importance. Or, c'est faux. Pendant que le Canada fait du surplace, nos compétiteurs se transforment. Ils atteignent et dépassent leurs objectifs ambitieux, et ils utilisent la transition énergétique pour moderniser leur économie, développer de nouvelles technologies plus performantes et déployer des produits à grande valeur ajoutée.
Ces efforts, menés par la Chine, les pays de la communauté européenne et quelques autres pays, s'appuient sur une électrification massive, qui favorise des technologies de pointe en transport, en chauffage et dans l'industrie, des technologies qui peuvent plus facilement intégrer des approches de contrôle sophistiquées, de plus en plus pilotées par l'intelligence artificielle.
Ainsi, entre 2005 et aujourd'hui, la part de l'électricité dans l'énergie finale consommée par la Chine est passée de 15 % à ̱plus de 30 %. Pendant la même période, la part de l'électricité dans l'économie canadienne est restée constante, soit autour de 23 %. En d'autres mots, alors que la Chine adopte rapidement des technologies plus performantes, le Canada continue de prétendre que rien ne bouge, et il compte sur des façons de faire d'hier pour assurer sa place dans l'économie mondiale.
Or, les transformations liées à l'électricité s'accélèrent en s'appuyant sur ses succès récents, des succès qu'on ignore et qu'on ne veut pas voir au Canada.
Par conséquent, le Canada perd du terrain sur une base quotidienne. Il ne développe pas la propriété intellectuelle associée aux technologies les plus modernes et ne construit pas de savoir-faire dans ce domaine. Ainsi, son industrie perd en compétitivité, ce qui le force à établir des barrières insurmontables pour empêcher de meilleurs produits, tels que les véhicules électriques chinois, de jeter à terre son industrie, qui tarde à se moderniser.
Compte tenu de l'impossibilité évidente pour le Canada d'atteindre ses objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il faut changer de stratégie, comme nous l'expliquons dans certains de nos rapports, que j'enverrai au Comité.
Tout d'abord, il faut considérer la politique climatique comme une politique industrielle et économique, et non comme une politique environnementale.
Il faut cesser de compter les tonnes d'émissions de GES pour plutôt miser sur des transformations en profondeur dans divers secteurs. Celles-ci comprennent l'électrification du transport des personnes et d'une bonne partie du transport des marchandises; le déploiement massif de thermopompes dans les secteurs du bâtiment ainsi que les secteurs manufacturier et industriel; et le déploiement à grande échelle de solutions de captage et de séquestration de CO2.
Tout cela doit être appuyé non seulement par un rehaussement majeur et rapide de la production et de la distribution d'électricité propre, mais aussi par une vision qui va intégrer ces transformations dans les grandes perturbations technologiques de l'heure, telles que l'automatisation et l'intelligence artificielle.
Pour ce faire, nous avons besoin de cerner les technologies où le Canada peut encore se faire une place, en laissant entrer les autres sans réticence. Une telle approche demande des actions proactives et directrices de la part des gouvernements.
Le Canada n'est pas assuré d'un avenir riche et prospère. Il peut sombrer dans l'insignifiance en continuant de défendre des recettes dépassées, ou il peut choisir de s'intégrer dans les transformations économiques mondiales.
Merci.
:
Monsieur le président, messieurs et mesdames les députés, merci beaucoup de nous recevoir dans le cadre de vos travaux.
[Traduction]
Je précise aux traducteurs que je vais alterner entre le français et l'anglais.
Je dirige le Réseau action climat Canada, une coalition qui regroupe plus de 180 organisations, qui ne proviennent pas uniquement du secteur environnemental. Cette coalition compte également des syndicats des secteurs privé et public, ainsi que des Premières Nations de tout le pays.
Aujourd'hui, j'aimerais parler de compétitivité. En 2025, la compétitivité exige de veiller à ce que les travailleurs, les industries et les citoyens canadiens soient pleinement outillés et bien positionnés pour prospérer sur les marchés mondiaux qui, comme l'a dit M. Mousseau, s'orientent vers les technologies de l'avenir.
Nous n'avons pas à renoncer à nos engagements climatiques, y compris à nos objectifs pour 2030 et 2035, pour que le Canada reste compétitif. Les États-Unis ont peut-être capitulé devant les intérêts des lobbyistes et des dirigeants du secteur pétrolier et gazier. Peut-être que le président Trump s'accroche aux technologies du passé et cherche à intimider le monde pour le rendre encore plus dépendant des combustibles fossiles volatils, mais il serait très imprudent pour le Canada de suivre son exemple.
Nous devrions plutôt nous intéresser à la direction prise par la majorité des pays, qui développent les énergies renouvelables et les technologies électriques. L'Union européenne, notre deuxième marché commercial en importance, dispose d'un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières qui sera pleinement mis en œuvre en 2026, et qui cible déjà certains secteurs clés de notre économie. La Chine est en train de rapidement s'imposer dans des secteurs industriels clés, comme les véhicules électriques, les batteries et l’énergie solaire photovoltaïque, qui connaissent un essor fulgurant à travers le monde.
[Français]
Pour que nous saisissions ce potentiel économique, nous devons redoubler d'ardeur pour atteindre nos cibles plutôt que de fragiliser ces dernières. Les entreprises, les secteurs de l'industrie, ont besoin de certitude plutôt que d'instabilité accrue.
Le plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Canada nous permet d'avoir une direction claire pour l'ensemble de l'économie et pour chacun de ses secteurs. Cela nous permettra d'augmenter notre performance en matière d'innovation et d'augmenter nos exportations dans des secteurs à haute valeur ajoutée plutôt que de perpétuer un positionnement que j'appellerais franchement de type « colonie-comptoir » dans une Amérique du Nord de plus en plus sous-performante.
Les données les plus récentes sur les émissions de gaz à effet de serre brossent un portrait très clair: nous ne sommes pas sur la bonne voie. Les émissions de GES stagnent au Canada à cause de l'augmentation des émissions provenant du secteur pétrolier et gazier, et ce, alors que d'autres secteurs de l'économie font leur effort. Par exemple, on observe une réduction des gaz à effet de serre dans les secteurs du bâtiment, de l'électricité et de l'industrie lourde.
Mathématiquement, nous ne pouvons pas tirer des mégatonnes de GES de notre chapeau. Il ne peut donc pas y avoir de recul sur le plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier sans mettre en avant une solution de rechange, qui nous permettra de rattraper le retard que ce secteur impose à tous les Canadiens et à toutes les Canadiennes ainsi qu'au monde.
Nous sommes loin de l'atteinte de nos objectifs. Les dernières modélisations de l'Institut climatique du Canada nous montrent que, si la tendance se maintient, nous réduirons nos émissions de GES d'environ 20 à 25 % d'ici 2030, alors que la cible prévue dans la loi est une réduction de 45 %. En ce moment, nous n'avons vraiment pas le luxe de reculer quant aux politiques.
[Traduction]
Le Plan de réduction des émissions n'est pas qu'une obligation légale que nous nous sommes collectivement imposée. Il est essentiel à la planification de l'avenir du Canada et à sa compétitivité, non seulement en cette période difficile sans précédent, mais aussi à long terme. Notre pays est confronté à des turbulences géopolitiques et à une grande incertitude économique. C'est pourquoi le Réseau action climat Canada espère que les députés de tous les partis, au sein de ce comité et ailleurs, ainsi que les décideurs politiques de toutes les administrations, contribueront à protéger le Canada contre le risque qu'il soit laissé pour compte sur des marchés mondiaux en rapide évolution. Nous espérons également qu'ils saisiront l'occasion qui s'offre à nous de transformer notre économie pour le mieux, d'une manière qui profite aux citoyens, aux travailleurs, aux industries et à la planète.
Merci beaucoup.
Je m'appelle Simon Donner. Je suis professeur à l'Université de la Colombie-Britannique et climatologue. Je suis également coprésident du Groupe consultatif pour la carboneutralité du Canada. Je me joins à vous aujourd'hui depuis Vancouver, ville située sur les territoires traditionnels non cédés des nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh.
Le Groupe consultatif pour la carboneutralité a pour mandat de fournir à la ministre de l'Environnement et du Changement climatique des avis indépendants sur les pistes les plus susceptibles de permettre au Canada d'atteindre la carboneutralité d'ici 2050, ainsi que des conseils sur l'établissement d'objectifs intermédiaires de réduction des émissions.
Il est assez ironique que nous nous réunissions précisément aujourd'hui pour discuter du plan de réduction des émissions pour 2030. C'est aujourd'hui le Yom Kippour, le jour du grand pardon pour les Juifs. C'est un jour où nous sommes censés jeûner afin de réfléchir, de nous repentir de nos péchés et d'en tirer des leçons pour la nouvelle année.
Le plan de réduction des émissions pour 2030 est le programme de mesures climatiques le plus complet de l'histoire du Canada. Cependant, il n'est pas suffisant pour atteindre l'objectif de réduction des émissions fixé pour 2030, et plusieurs de ses éléments clés ont désormais été annulés ou sont menacés.
En 2021, notre organisme a fourni des conseils sectoriels à l'appui du plan. Ces conseils figurent dans l'annexe du plan lui‑même. L'année dernière, à la demande de la ministre, nous avons également fourni des conseils sur la manière de combler l'écart entre le plan et l'objectif du Canada pour 2030. Nous avons également mené récemment des recherches complémentaires sur les moyens de collaborer avec les provinces afin de débloquer des investissements et de réduire les émissions.
La lecture de l'ensemble de nos travaux m'a permis de dégager trois conclusions pertinentes. La première est que le plan initial de réduction des émissions était insuffisant pour atteindre l'objectif fixé pour 2030. Les modèles élaborés par le gouvernement lui‑même indiquaient que le plan permettrait, au mieux, d'atteindre une réduction de 36 % d'ici 2030. Cette analyse suppose que tous les éléments du plan soient pleinement mis en œuvre et fonctionnent exactement comme prévu. Ce résultat ne pouvait être interprété que comme la limite théorique des réductions d'émissions possibles, et non comme le résultat probable du plan.
La deuxième conclusion principale est que les efforts déployés pour la mise en œuvre du plan sont insuffisants, ce qui éloigne encore davantage le Canada de l'objectif fixé pour 2030. En 2024, nous avons rédigé un rapport intitulé « Combler l'écart », dans lequel nous avons formulé des recommandations à l'intention de la ministre et suggéré une série de mesures à prendre afin d'atteindre les objectifs de réduction des émissions fixés. Nous avons notamment suggéré la mise en œuvre de mesures qui avaient été annoncées, mais qui ne s'étaient pas concrétisées. Il s'agissait notamment de l'application du Règlement sur l'électricité propre et du renforcement du système de tarification industrielle, qui ne fonctionnait pas comme prévu, ainsi que de la garantie de la réduction des émissions du secteur pétrolier et gazier, qui est responsable d'environ 30 % des émissions du Canada.
Nous avons ensuite recommandé un ensemble restreint de mesures supplémentaires susceptibles de combler l'écart entre les réductions d'émissions modélisées et l'objectif réel pour 2030. Ces mesures comprenaient le renforcement du règlement sur le méthane issu du pétrole et du gaz et la promotion de modes de transport à faibles émissions.
Le gouvernement n'a pour l'instant appliqué aucune de ces recommandations. Au contraire, certaines mesures prévues dans le Plan de réduction des émissions, comme celle relative au prix du carbone pour les consommateurs, ont été annulées. Le sort d'autres mesures, comme la norme relative à la disponibilité des véhicules électriques et celles liées au secteur pétrolier et gazier, est incertain.
Notre troisième conclusion, qui découle de recherches plus récentes, est qu'il est très clair qu'une bonne politique climatique constitue également une bonne politique économique. Les investissements dans la croissance propre au Canada sont essentiellement freinés par l'incertitude qui entoure les politiques climatiques et le chevauchement des règlements. Le fait de supprimer ou d'affaiblir les politiques climatiques sans avoir négocié avec les provinces un plan visant à renforcer d'autres mesures ne fera que compromettre davantage la croissance propre en augmentant l'incertitude des investisseurs.
Notre dernière étude, menée en collaboration avec l'Institut climatique du Canada, réitère les mesures que le gouvernement pourrait prendre immédiatement pour débloquer les investissements et remettre la politique climatique sur la bonne voie. Elles consistent notamment à renforcer le système de tarification industrielle et le système de marché du carbone. Elles comprennent également l'élaboration d'accords de mise en œuvre plus responsables et plus transparents avec les provinces, ainsi que la mise en œuvre de mesures faciles à réaliser, comme la réglementation sur le méthane et les incitatifs à l'installation de pompes à chaleur pour les ménages à faible revenu.
Mais surtout, ces dernières recherches nous rappellent que la politique climatique n'est pas un luxe que l'on peut mettre de côté en période de crise. Il s'agit d'un investissement dans notre résilience, notre sécurité et notre puissance économique à long terme. Aujourd'hui, la question qui se pose au Canada n'est pas de choisir entre protéger l'environnement ou protéger l'économie, mais plutôt de savoir si nous avons la sagesse nécessaire pour investir dès aujourd'hui dans les politiques et les infrastructures qui permettront de bâtir les industries à faibles émissions de carbone de demain et de contribuer à notre prospérité à long terme.
Merci.
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Monsieur Donner, voulez-vous répondre?
[Français]
Comme le disait M. Donner, l'idée est de faire des investissements à long terme qui vont nécessairement changer les secteurs dans lesquels nous sommes concurrentiels.
Il est donc possible que certains secteurs de l'économie qui, par coïncidence, sont responsables de la plus large part de nos émissions de gaz à effet de serre, comme les secteurs pétrolier et gazier, et qui, à long terme, en raison de la demande mondiale...
:
Je vous remercie, mais ce n'était pas tout à fait la question que je vous ai posée.
Pendant la campagne, nous avons frappé à beaucoup de portes, et bon nombre de gens m'ont parlé des prix de l'énergie, des prix de l'essence, des prix des denrées alimentaires, du coût de la vie et du nombre de personnes qui font du bénévolat dans des banques alimentaires en ce moment.
Pensez-vous que certaines des politiques mises en œuvre au cours des 10 dernières années ont contribué à cette situation? Pensez-vous qu'elles auraient pu être mieux conçues de manière à donner des résultats concrets en matière d'environnement? Je vais compléter cette idée: maintenant que vous avez vu le nouveau gouvernement dévoiler certaines de ses nouvelles politiques, pouvez-vous nous donner votre avis à leur sujet et au sujet de leur incidence sur notre politique économique et environnementale?
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Je vous remercie de vos réponses.
Je nous vois bien suivre la voie du Venezuela. J'en conviens tout à fait.
J'ai pris note du fait que le gouvernement a annoncé des plans visant à mettre en œuvre une stratégie d'incitatifs concurrentiels en matière de carbone. La raison pour laquelle il dévoilerait une telle stratégie semble nous porter uniquement à croire que nous sommes devenus moins concurrentiels.
Je vais vous poser une question similaire, qui concerne le lien entre la politique économique et la politique environnementale.
Vous dites que les politiques environnementales mises en œuvre au cours des 10 dernières années ont échoué, et je suis d'accord avec vous, mais ont-elles également eu des conséquences économiques désastreuses pour les Canadiens de l'ensemble du pays, et avons-nous donc besoin d'une stratégie d'incitatifs concurrentiels pour tenter de nous remettre sur la bonne voie?
:
Merci, monsieur le président.
Je vous remercie tous les trois de vous être joints à nous aujourd'hui et d'avoir apporté votre témoignage.
Je vais commencer par interroger M. Donner.
Je vous remercie d'avoir mentionné le territoire dont je suis originaire, c'est‑à‑dire celui de la nation Musqueam, où se trouvent actuellement mon fils et ma fille. Personnellement, je trouve que ce sujet est très important pour eux, car mon fils entrera à l'université l'année prochaine et fera bientôt son entrée sur le marché du travail, mais ce sujet est aussi important pour eux et leur avenir.
Pourriez-vous nous expliquer pourquoi la tarification du carbone pour les industries est essentielle pour que le Canada puisse à la fois protéger l'environnement et devenir une superpuissance énergétique?
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D'accord. Je vais poursuivre mes propos.
Nous avons mené des recherches en collaboration avec l'Institut climatique du Canada. L'une des conclusions qui ressort clairement, c'est que le système de tarification du carbone pour les industries pourrait être le moteur de la politique climatique du Canada en matière de réduction substantielle des émissions.
L'aspect le plus important du système de tarification du carbone pour les industries, c'est qu'il peut vous aider à préparer l'économie de demain, car il encourage les entreprises et les industries à investir premièrement dans des technologies qui permettent de réduire les émissions, mais aussi dans de nouveaux secteurs de croissance et de nouvelles technologies propres, qui émettent moins de gaz à effet de serre dans la pratique.
Il existe de nombreux exemples où, grâce au système de tarification du carbone pour les industries, vous pourriez créer des mesures d'incitation. Cela inciterait notamment les entreprises et les industries canadiennes à élaborer des technologies qui englobent le captage et le stockage du carbone et qui sont commercialisables à l'extérieur du Canada.
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Merci, monsieur le président.
Madame Brouillette, depuis l'arrivée du gouvernement Carney, nous avons essentiellement vu l'abandon de la tarification du carbone; le projet de loi visant à autoriser, par exemple, des projets majeurs liés au gaz naturel liquéfié, ou GNL; et l'abandon ou le report de la loi zéro émission, qui devait forcer la mise en place de véhicules électriques. De plus, il y a eu un recul quant aux thermopompes et aux subventions relatives à l'efficacité énergétique.
Nous constatons que le gouvernement ne s'engage plus à respecter sa cible de réduction des gaz à effet de serre pour 2030.
Faites-vous le même constat, soit qu'il n'y a que des reculs sur le plan climatique depuis l'arrivée de ?
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Je vous remercie de la question.
Nous attendons que le gouvernement affiche ses couleurs quant à son plan. Nous avons entendu parler d'une stratégie sur la compétitivité climatique, et nous avons très hâte d'en prendre connaissance.
Cela dit, étant donné que nous ne sommes pas sur la bonne voie pour atteindre nos objectifs ayant trait à la réduction des gaz à effet de serre d'ici 2030, je dirais que ces reculs sont inquiétants. On supprime une politique sans proposer de solution de rechange. Sur le plan mathématique, comme je le disais plus tôt, nous ne pouvons pas sortir des mégatonnes de GES de notre chapeau.
Nous sommes donc très impatients de voir quelles politiques seront mises en place par le gouvernement pour atteindre les objectifs prévus dans la législation en matière de climat.
Ma prochaine question s'adresse aux trois témoins.
La Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité prévoit une cible sur la réduction des GES d'ici 2026, qui est une réduction de 20 % par rapport aux niveaux de 2005.
De toute évidence, selon ce que j'entends de votre part, le gouvernement ne sera pas en mesure de respecter cet objectif.
Pouvez-vous le confirmer?
Pouvez-vous aussi expliquer à quoi sert cette loi sur la carboneutralité si nous n'avons aucune certitude et si elle permet au gouvernement de ne pas atteindre sa cible?
Existe-t-il des exemples dans le monde de lois plus robustes, qui auraient pu forcer le gouvernement du Canada à respecter ses cibles, chose qu'il ne fait pas, actuellement?
D'abord, il y a des pays qui progressent. Ces pays se sont donné des cibles très strictes. Ils progressent et atteignent leurs cibles. Certains les dépassent. En Europe, c'est le cas pour le Royaume‑Uni et l'Allemagne, par exemple. Il n'est donc pas impossible d'atteindre nos cibles.
Pour ce faire, il faut mettre en place des transformations structurantes. C'est le défi que nous devons surmonter. On ne peut pas effectuer des modifications à la marge. Par exemple, dans l'approche concernant les thermopompes, plutôt que de structurer la baisse des prix au moment de l'installation, de structurer la volonté d'installation et d'interdire le gaz naturel dans les nouveaux bâtiments, on a opté pour des subventions coûteuses. Or, celles-ci ne créent pas vraiment d'emballement pour ce qui est de nous amener, de manière irréversible, à intégrer les thermopompes et à abandonner l'utilisation du gaz naturel et des autres combustibles fossiles dans les bâtiments.
C'est ce type d'approche qu'il faut adopter, et il faut faire une croix sur les objectifs de 2026, de 2030 et probablement de 2035 pour recadrer notre approche et atteindre nos cibles de 2050.
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Sur le plan mathématique, les reculs font en sorte que nous érodons notre capacité d'atteindre nos cibles non seulement pour 2030, mais aussi pour 2035.
Dans le secteur pétrolier et gazier, les émissions de GES continuent d'augmenter, alors que les autres secteurs de l'économie mettent la main à la pâte. La mesure qui nous aurait permis d'atteindre nos objectifs et qui peut encore nous permettre d'y arriver, c'est le plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier. La mise en œuvre de cette mesure a pris du retard, et il y a maintenant de l'incertitude à cet égard. Il s'agit d'un aspect essentiel.
Mes collègues ont mentionné l'importance de renforcer notre système de tarification du carbone industriel et de combler les lacunes importantes qui s'y trouvent. Le manque à gagner est bien documenté à ce sujet. Sur le plan de la compétitivité climatique, c'est une occasion importante à saisir.
Je souligne également que la mise au point des règlements sur le méthane est presque terminée. Encore une fois, la réduction des émissions de méthane est un levier extrêmement efficace et peu coûteux, et nous ne devrions pas nous en priver.
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Oui. Il s'agissait d'un phénomène transitoire et temporaire. Ce n'était pas vraiment un phénomène systémique. C'est simplement la nature des marchés énergétiques à l'échelle mondiale.
J'aimerais interroger un autre témoin.
Monsieur Donner, l'organisme consultatif a précédemment déclaré que le Canada devait adopter un objectif de réduction des émissions de 55 % d'ici 2035. Cependant, le gouvernement n'a réussi à réduire les émissions que de 8,5 % par rapport aux niveaux de 2005.
Vous avez déclaré que vous continuiez à croire que tel était l'objectif, mais qu'en est‑il exactement, compte tenu du fait que le gouvernement n'atteindra même pas un quart de cet objectif d'ici 2035, alors que seulement cinq années nous séparent de l'échéance?

Je pense qu'en ce moment, avec les crises auxquelles nous sommes confrontés, qu'il s'agisse de la guerre commerciale menée par le président Trump, des effets de plus en plus dévastateurs et fréquents des changements climatiques — y compris l'été déchirant que nous venons de vivre, où des milliers de Canadiens ont été déplacés, et où des gens ont suffoqué dans les villes à cause de la fumée — ou de la crise du coût de la vie que nous ressentons tous, tout se recoupe. Comme on l'a dit plus tôt, l'inflation que l'on observe est systémique. Elle est engendrée par un système énergétique très volatil, axé sur les combustibles fossiles. À l'heure où nous souhaitons transformer notre économie et cherchons à réduire notre dépendance aux exportations vers les États-Unis — dont le pétrole et le gaz représentent un pourcentage important —, nous pouvons, entre autres possibilités, investir dans des secteurs moins sensibles à la volatilité, comme les énergies renouvelables ou les technologies électriques. Le soleil et le vent ne peuvent être contrôlés par un leader mondial belliqueux. Ces énergies sont également beaucoup plus abordables. Les technologies comme les thermopompes, l'efficacité énergétique, une meilleure isolation, les véhicules électriques, les vélos électriques, etc., coûtent moins cher et peuvent nous aider à faire face à la crise du coût de la vie.
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Si vous me le permettez, cette électrification requiert une approche industrielle concrète, ce qui signifie que nous devons structurer le secteur des services de façon à faire baisser les prix.
Nous avons besoin de stratégies concrètes. On peut diminuer les prix en effectuant plus d'installations, et en ciblant ou en modifiant la réglementation lorsque cela est nécessaire. Nous pouvons faire baisser le prix des thermopompes. Elles devraient être beaucoup moins chères qu'elles ne le sont aujourd'hui. Partout dans le monde, l'électrification est d'ailleurs un moyen de réduire le coût de ces services, car elle requiert beaucoup moins d'énergie et permet d'avoir un bien meilleur contrôle et d'améliorer la qualité des services, comme vous le disiez.
Il en va de même pour les voitures. Nous ne pouvons pas que bannir la voiture la moins chère; il nous faut aussi voir comment nous pouvons tirer parti de cette situation pour avancer. De plus, nous devons adopter d'autres technologies, notamment dans le secteur du transport lourd.
Je dirais qu'il faut mettre de côté le pétrole et le gaz et veiller à réorienter l'usage et le service tout en augmentant la production d'électricité. Ce faisant, nous atteindrons notre but plus efficacement.
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Merci, monsieur le président.
Madame Brouillette, que pensez-vous de la loi découlant du projet de loi ?
Des projets approuvés par le gouvernement ont été désignés comme étant d'intérêt national. Par exemple, au Québec, un projet de GNL permettrait de doubler la production de gaz naturel liquéfié et son exportation.
Selon vous, cela est-il un bon projet sur le plan de la compétitivité climatique?
Je cite aussi le projet de Pathways Alliance sur la séquestration et la capture du carbone. Ce projet, porté par de grandes pétrolières, est notamment financé par le gouvernement à hauteur de milliards de dollars par année.
Selon vous, ces deux projets dits d'intérêt national cadrent-ils avec le genre de virage que nous voulons faire?
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Les environnementalistes veulent bâtir. Il y a des choses qu'on doit bâtir pour transformer notre économie. C'est ce dont nous discutons depuis tantôt à ce comité. Cependant, on veut bâtir les bonnes choses de la bonne façon.
Malheureusement, le projet de loi semble sous-entendre que seuls les efforts concertés des premiers ministres provinciaux et territoriaux ainsi que de certains présidents-directeurs généraux nous permettront d'accélérer la construction des infrastructures. Pourtant, la littérature et l'expérience nous montrent que c'est en consultant les communautés, en travaillant avec ces dernières et en respectant les droits et la souveraineté des peuples autochtones que nous connaîtrons le succès.
Le projet de loi nous offre la possibilité d'améliorer les choses en définissant plus précisément la question de l'intérêt national. La Loi contient une disposition qui nous permettrait de le faire. Selon nous, il est essentiel que l'harmonisation de nos cibles en matière de lutte contre les changements climatiques en fasse partie.
J'aimerais être très claire sur le fait que le gaz naturel liquéfié et son exportation planifiée ne sont pas bénéfiques pour le climat. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement du Québec.
On n'y voit aucun avantage parce que le méthane est un gaz extrêmement puissant. L'idée de réduire les émissions de gaz à effet de serre en remplaçant le charbon ne tient tout simplement pas la route sur le plan de la science et des mathématiques.
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Je pense qu'il faut d'abord préciser que dans le cadre de la stratégie canadienne, nous avons fait valoir, et j'ai fait valoir, l'importance — les données le montrent — et la valeur potentielle du système de tarification du carbone pour les industries. Ce système est un moyen d'inciter les entreprises à investir dans la technologie. L'un n'exclut pas l'autre. D'ailleurs, c'est un peu l'objectif d'un système de tarification du carbone pour les industries.
Lorsque j'ai déclaré que nous devions nous aligner sur nos partenaires commerciaux, je voulais dire — et je pense que c'est vraiment important — qu'alors que nous fixons nos objectifs à long terme, nous devons nous intéresser à ce que fait le reste du monde, et pas seulement à ce qui se passe aux États-Unis. Nous sommes au dernier rang, parmi les pays du G7, en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
À l'heure où l'on réfléchit à la transformation de notre économie et à l'électrification dans le cadre de l'expansion des énergies propres que l'on observe dans le monde entier, il faut non seulement s'intéresser aux États-Unis, mais aussi regarder ce que font nos partenaires commerciaux ailleurs dans le monde, et c'est ce que semble vouloir faire le gouvernement. Il est important de prêter attention à la baisse des coûts liée au déploiement massif des énergies propres partout dans le monde, à l'électrification des véhicules dans d'autres régions du monde, y compris dans certaines régions de l'Amérique du Nord. Cela fait partie de ce qui motive et sous-tend nos conseils.
Malheureusement, comme on l'a dit précédemment, il y a un recul dans plusieurs provinces ou territoires, y compris le Québec.
Le Québec n'est pas en bonne voie pour ce qui est d'atteindre son objectif pour 2030. C'est très inquiétant, parce que le Québec était un précurseur à l'échelle nationale sur la question climatique, car il s'était doté d'une stratégie industrielle basée sur l'hydroélectricité.
Au Canada, comme l'environnement et les questions d'ordre énergétique sont une compétence partagée, il faut s'appuyer sur un travail d'équipe, comme je le disais plus tôt.
Il est donc important que tous mettent la main à la pâte, tant à l'échelon provincial que fédéral.
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Je vous en serais reconnaissant.
Le Canada a déposé sa contribution déterminée au niveau national pour 2035. Depuis son entrée au pouvoir, le gouvernement Carney a reculé sur plusieurs mesures, y compris après le dépôt de cette contribution.
Selon vous, en vue de l'Accord de Paris, le Canada devrait-il revoir cela? À la prochaine COP30, il doit présenter une nouvelle contribution déterminée au niveau national.
Êtes-vous d'accord sur le fait que le gouvernement ne financera plus la présence de représentants des partis de l'opposition à la COP30?
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Je vais parler des contributions déterminées au niveau national pour les années 2030 et 2035. Sur le plan scientifique et sur celui de l'équité, quelle est la juste part du Canada à l'effort mondial visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C?
Au Réseau action climat Canada, nous avons évalué que les contributions du Canada étaient trop basses dans les deux cas. D'ailleurs, la semaine dernière, à l'Assemblée générale des Nations unies tenue à New York, des pays ont déposé leur prochaine contribution.
À notre avis, la cible de 2035, notamment, est extrêmement faible. Le fait d'ajouter davantage d'incertitude par rapport à celle-ci fait en sorte que plusieurs se demandent si le Canada est encore engagé dans la lutte contre les changements climatiques.