J’ouvre maintenant la séance.
Bienvenue à la réunion numéro 16 du Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration de la Chambre des communes.
La réunion d’aujourd’hui se déroule sous forme hybride. Dans le premier groupe, nous avons deux témoins qui comparaissent par vidéoconférence et une qui est ici en personne.
Pour garantir le bon déroulement de la réunion, j’aimerais transmettre certaines consignes aux témoins, puis je transmettrai certaines consignes à tout le monde.
Si vous participez par vidéoconférence, cliquez sur l’icône du microphone pour activer votre micro. Veuillez vous mettre en sourdine lorsque vous ne parlez pas. En ce qui concerne l’interprétation, pour ceux qui sont sur Zoom vous avez le choix, au bas de votre écran, entre le parquet, l'anglais ou le français. Pour ceux qui sont dans la salle, vous pouvez utiliser l'écouteur et choisir le canal désiré.
Vous aurez tous cinq minutes pour faire vos déclarations liminaires. Je vais vous faire signe ou vous dire « Il vous reste une minute » quand il vous restera une minute. Quand votre temps sera écoulé, je vais simplement vous dire que votre temps est écoulé et le microphone se désactivera.
Pour les gens présents dans la salle, y compris les membres du Comité, veuillez toujours attendre que je vous nomme avant de parler. Je vous rappelle aussi d'éviter de parler en même temps pour ne pas compliquer la tâche des interprètes. Je vous rappelle que toutes observations doivent être adressées à la présidence.
Enfin, chers députés, veuillez lever la main si vous souhaitez intervenir. Le greffier et moi-même ferons de notre mieux pour maintenir l'ordre de parole.
Sur ce, conformément au paragraphe 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le 16 septembre, le Comité reprend son étude sur le système d'immigration canadien.
J'aimerais accueillir officiellement nos témoins à la réunion d'aujourd'hui.
Accueillons par vidéoconférence M. David Thomas, avocat, à titre personnel. Bienvenue, monsieur Thomas.
Accueillons aussi par vidéoconférence M. Alfred Lam, directeur exécutif du Centre for Immigrant and Community Services. Bienvenue, monsieur Lam.
J'aimerais accueillir chaleureusement Mme Anita Stellinga, directrice générale de COSTI Immigrant Services, qui est avec nous en personne.
Bienvenue. Merci d'être ici en personne aujourd'hui.
Vous aurez tous cinq minutes pour faire vos déclarations préliminaires, puis nous passerons aux questions.
Commençons par M. Thomas, qui a cinq minutes.
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J'aimerais dire pour commencer que je suis avocat à Vancouver depuis 1989. Pendant 25 ans, j'ai été un avocat bien connu, spécialisé en droit de l'immigration; je m'occupais surtout des travailleurs qualifiés et des gens d'affaires immigrants et j'aidais les employeurs canadiens qui souhaitaient embaucher des ressortissants étrangers. En 2014, ma carrière a dévié quand j'ai déménagé à Ottawa, pour sept ans, pour occuper le poste de président du Tribunal canadien des droits de la personne. À mon retour à Vancouver, en 2021, j'ai travaillé trois ans pour le Collège des consultants en immigration et en citoyenneté, l'organisme de réglementation des consultants en immigration du Canada. J'étais coprésident de son tribunal disciplinaire, où je traitais les plaintes relatives aux fraudes en matière d'immigration et aux cas d'inconduite des consultants.
Je suis sur le terrain depuis longtemps, et j'ai tout vu; des bonnes choses, des mauvaises choses et des choses horribles. Vos autres témoins vous ont beaucoup parlé des points positifs, et il y en a beaucoup; mais aujourd'hui, je vais vous parler des mauvaises choses et des choses horribles, parce que vous devez savoir cela.
Commençons par les travailleurs étrangers temporaires et la fraude et les abus liés aux études d'impact sur le marché du travail, les EIMT. C'est un document clé qui permet à un travailleur étranger d'obtenir un permis de travail et, souvent, la résidence permanente. Les EIMT sont si importantes qu'il y a un marché noir pour elles. Les gens paieront des dizaines de milliers de dollars pour une EIMT qui leur permettra d'obtenir un emploi médiocre dans l'objectif d'obtenir la résidence permanente.
Je vous encourage à lire la décision disciplinaire que j'ai rendue l'année passée dans l'affaire Bharowal. Des jeunes hommes de l'Inde payaient 40 000 $ pour obtenir une EIMT et travailler comme chauffeur de camion pour un employeur qui ne possédait aucun camion. Ils étaient des sous-traitants et ils n'étaient payés que 10 $ l'heure. Quand ils se sont plaints, leur consultant les a menacés d'expulsion, donc ils ont continué de travailler dans des conditions semblables à celles des esclaves jusqu'à l'obtention de leur résidence permanente. Ce genre de fraude touchant les EIMT est omniprésente et se fait à grande échelle.
Le prochain point, c'est la vérification par la police et la vérification des antécédents par le Service canadien du renseignement de sécurité, le SCRS. Les vérifications par la police, dans certains pays, ne valent pas cher, et nous devons cesser de nous raconter des histoires. Le ministre des Affaires étrangères de l'Inde a prévenu publiquement le Canada, disant qu'il accueillait de grands criminels de son pays.
Je vous encourage à lire un article que j'ai écrit plus tôt cette année pour l'Institut Macdonald-Laurier au sujet de la vérification par le SCRS des antécédents des immigrants prospectifs soupçonnés de terrorisme ou d'appartenance au crime organisé. Dans une décision étrange rendue par le Tribunal des droits de la personne, où j'ai travaillé, on a conclu pour une raison ou une autre que la vérification des antécédents par le SCRS « n'est pas une question de sécurité nationale » et qu'ordonner une telle vérification expose les agents d'immigration à une plainte liée aux droits de la personne.
Le prochain point concerne le mouvement récent visant à prioriser les immigrants francophones; il faut réexaminer la question. Dans le système Entrée express, on priorise tellement les francophones qu'ils prennent la place des travailleurs de la santé dans le processus de sélection. Les avocats et les consultants spécialisés en immigration encouragent maintenant leurs clients à suivre des cours de français pour améliorer leurs chances. Le système Entrée express a été conçu pour accueillir des gens qui possédaient des compétences professionnelles utiles, mais, avec tout le respect que je dois à mes amis francophones, en quoi la maîtrise du français est-elle une compétence professionnelle utile, surtout dans des endroits comme l'Ouest canadien? Nous savons tous que la plupart de ces immigrants francophones viennent de pays en développement et ne possèdent peut-être pas d'autres compétences professionnelles utiles pour garantir leur réussite au Canada.
Le prochain point concerne les programmes d'immigration régionaux, qui octroient la résidence permanente aux étrangers s'ils promettent d'habiter dans la province de Québec ou dans une autre province, et le nouveau Programme pilote d'immigration dans les communautés rurales. Tous ces programmes de destination sont une perte de temps et ils le seront tant que vous ne ferez rien pour appliquer l'exigence d'habiter en région après l'arrivée. Ces programmes sont activement présentés comme un moyen détourné d'entrer au Canada. Il faut soit délivrer des visas conditionnels, soit invoquer la disposition de dérogation, mais il faut faire quelque chose. Sinon, nous devrions cesser de perdre notre temps avec ces programmes de destination.
Le prochain point, c'est la fraude en matière de citoyenneté. Le problème est beaucoup plus important que vous ne le pensez. Nous devons mettre un terme à la fraude et nous devons cesser d'octroyer la citoyenneté canadienne si librement et en fonction de seuils si bas. Je vous en prie, faites que les cérémonies de prestation du serment de citoyenneté se déroulent obligatoirement en personne. Avons-nous tant banalisé notre citoyenneté que nous sommes satisfaits que la cérémonie se déroule en ligne? Une personne peut suivre tout le processus d'immigration, présenter ses demandes de résidence temporaire et de résidence permanente, et maintenant participer à la cérémonie de citoyenneté sans jamais rencontrer un seul représentant du Canada.
Mon dernier point, c'est la crise de fertilité au Canada. C'est pire que jamais. L'immigration devait régler le problème. Je travaille dans ce domaine depuis plus d'une génération, et je dois être honnête et demander: est‑ce que l'immigration massive a amélioré ou empiré les choses pour les jeunes qui envisagent de fonder une famille? Nous accueillons des gens plus rapidement que nous pouvons leur construire un logement, donc bien entendu, les coûts ont augmenté. Nous devons avoir une conversation honnête à ce sujet.
C'est ma courte liste. Je serai ravi de répondre à vos questions.
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Merci, madame la présidente.
Bon après-midi à tous.
Je m'appelle Alfred Lam. Je suis directeur exécutif du Centre for Immigrant and Community Services. Je suis aussi président du conseil d'administration du Ontario Council for Agencies Serving Immigrants et je siège au Conseil national de l'établissement et de l'intégration. De plus, je suis aussi coprésident de la table d'inclusion des nouveaux arrivants de la municipalité régionale de York. C'est un honneur d'être invité à comparaître devant le Comité aujourd'hui.
Un bon processus d'immigration a besoin de deux choses. Premièrement, il doit encourager les immigrants à venir au Canada, et deuxièmement, il doit encourager les immigrants à y rester. Malheureusement, les processus d'immigration actuels du Canada échouent sur les deux tableaux. Pour encourager les immigrants à venir ici, nous devons nous rappeler que les immigrants peuvent choisir où ils veulent aller. Si nous voulons que davantage de personnes choisissent de venir au Canada, nous devons avoir un processus d'immigration équitable, constant et prévisible, et dont la voie vers la résidence permanente est claire pour tous les migrants.
Au lieu de cela, à l'heure actuelle, nous avons plutôt un système alambiqué, avec de multiples voies d'accès selon la population, qui sont une source de confusion, et dont les règles changent sans préavis. Nous nous retrouvons avec des dizaines de milliers de personnes en proie à l'incertitude, qui font la file sans savoir combien de temps elles devront attendre.
Selon une histoire publiée par CBC le mois passé, le temps de traitement des demandes d'immigration au Canada a atteint 50 ans pour certains programmes de résidence permanente; 50 ans. Nous avons des nouveaux arrivants de Hong Kong qui arrivent au pays par la voie d'accès pour les résidents de Hong Kong et qui doivent maintenant attendre presque 10 ans.
Chaque jour, notre personnel travaille avec des gens qui ont des compétences dont le Canada a désespérément besoin, mais qui vivent dans l'incertitude créée par notre processus d'immigration. Ils sont nombreux à dire qu'ils regrettent d'être venus. Le Canada a besoin d'un processus d'immigration qui honore nos promesses et nos engagements humanitaires internationaux. C'est notre obligation morale. Ce n'est qu'en étant transparent, équitable et constant que notre processus d'immigration encouragera les immigrants à venir au Canada.
Pour encourager les immigrants à rester au Canada, notre pays a besoin d'un processus d'immigration qui s'inscrit dans la vision du Canada que nous essayons de bâtir. Si l'immigration est primordiale pour l'avenir du Canada, du pays, du point de vue de l'économie et de la population, notre processus d'immigration ne peut pas fonctionner en vase clos.
Plutôt que d'envisager l'immigration à travers le prisme des pénuries en ne pensant qu'à la pression qu'exercera l'immigration sur notre capacité en tant que pays, nous devons inscrire l'immigration dans une vision stratégique plus large pour bâtir l'avenir du Canada et augmenter la capacité de notre économie, rehausser notre productivité, renforcer notre système de santé, construire des logements et des infrastructures, etc.
Nous avons besoin d'un processus d'immigration qui non seulement invite les gens à venir, mais leur propose une vision qui les encourage à rester et à construire un pays qui leur appartient, et qui appartient aussi à leurs générations futures, et où leur prospérité deviendra la réussite du pays. Nous avons besoin d'un processus d'immigration qui attire et offre ce qu'il y a de mieux dans le monde ainsi que des voies d'accès claires permettant aux immigrants d'utiliser leurs compétences et leurs habiletés pour construire l'avenir du Canada.
Nous avons plutôt un processus d'immigration qui multiplie lui-même les obstacles empêchant les immigrants qualifiés de contribuer à cette vision. Nous dissimulons des pratiques racistes en prétextant contrôler les compétences professionnelles. Nous prônons la protection des meilleures occasions pour « nos citoyens ». Nous finissons par avoir des exigences absurdes, comme réclamer que les diplômés en médecine à l'étranger aient fréquenté l'école secondaire en Ontario deux ans pour que leurs titres de compétence soient reconnus.
Ce n'est pas une vision du Canada qui attirerait les meilleurs au monde. Contrairement à l'opinion publique, le problème, ce n'est pas que nous avons trop d'immigrants. Le problème, c'est que nous avons une vision trop étroite du Canada.
Pour finir, j'aimerais présenter deux recommandations au Comité.
Premièrement, j'implore le gouvernement canadien de mettre sur pied un programme large et complet de régularisation du statut des immigrants. C'est le moyen le plus rapide d'éliminer les arriérés actuels et de permettre aux gens de commencer à vivre et à contribuer à notre société. Cela reconnaîtrait également la contribution de dizaines de milliers de travailleurs sans papier qui contribuent déjà à notre économie.
Deuxièmement, nous avons besoin d'un processus de reconnaissance des qualifications et des compétences qui soit conforme à des procédures clairement définies, y compris les coûts que cela suppose et les échéances. Selon les dernières recherches, sur les 16 professions ayant le plus besoin de talents, dix ont des taux de départ supérieurs à la moyenne chez les immigrants récents.
Sur ce, je remercie le Comité de m'avoir donné l'occasion de m'exprimer.
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Merci de me donner l'occasion de vous parler aujourd'hui. Je m'appelle Anita Stellinga. Je suis directrice générale de COSTI Immigrant Services. COSTI est un organisme communautaire d'établissement qui aide les immigrants, les réfugiés et les personnes vulnérables depuis plus de 70 ans. Notre mission est simple, mais importante: s'assurer que tous les nouveaux arrivants, peu importe les obstacles linguistiques ou culturels, peuvent mettre à profit leurs compétences, en développer des nouvelles et participer pleinement à la vie canadienne.
Le secteur de soutien aux immigrants et réfugiés est une infrastructure essentielle à la réussite du Canada. L'immigration n'est pas seulement une politique sociale, c'est un impératif économique. Les projets d'intérêt national sont présentés comme des investissements dans l'économie, et il doit en être de même pour le secteur de l'établissement des immigrants. Ce secteur veille à ce que les nouveaux arrivants s'intègrent rapidement, trouvent un logement, obtiennent un emploi stable et contribuent à la prospérité du Canada. Toutefois, malgré ce rôle essentiel, partout au pays, on demande aux agences d'en faire plus avec moins.
Les réductions de financement annoncées par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada en 2024 ont déjà eu des effets importants et mesurables. Selon un rapport à venir demandé par l'organisme Centraide du Grand Toronto, l'OCASI et la Ville de Toronto, les organismes s'attendent à ce que des programmes ferment, et plus de la moitié prévoient des délais d'attente plus longs pour les clients. Ces coupures ne sont pas sans conséquence. Elles se traduisent par moins de cours de langue, moins d'aide à l'emploi et moins de possibilités de réussite pour les nouveaux arrivants.
Les conséquences sont claires. La perte de programmes spécialisés comme la formation linguistique avancée en milieu de travail et la reconnaissance rapide des qualifications et des titres de compétences limite la capacité des nouveaux arrivants à travailler et à contribuer. Les cycles de financement à court terme et les changements de politique soudains déstabilisent le secteur, obligeant le gouvernement et les organismes à prendre des mesures réactives et à courte vue, alors qu'ils pourraient adopter des solutions stratégiques à long terme. La réduction du cycle de financement de l'IRCC de cinq à trois ans et la baisse continue du financement ont affaibli la capacité de service et rendu la planification presque impossible.
Un investissement de base stable et durable est essentiel. Pour protéger le système canadien d'immigration et d'accueil des réfugiés, le gouvernement fédéral doit s'engager à faire des investissements qui reflètent les coûts opérationnels réels et tiennent compte de la complexité de la clientèle. Rétablir la stabilité permettra aux organismes de répondre aux besoins des clients, de maintenir la qualité des services et de s'assurer que les immigrants peuvent contribuer pleinement à l'économie et à la vie sociale du Canada.
De plus, en tant qu'intendant du système d'immigration du Canada, le gouvernement fédéral doit montrer la voie avec des politiques fondées sur les données probantes qui renforcent la prospérité et la cohésion sociale, tout en contrant activement les discours nuisibles qui déforment le rôle de l'immigration dans la réussite du Canada.
Je tiens également à vous faire part de deux préoccupations. Le nouveau plan d'immigration limite l'accès des migrants économiques aux services d'établissement. Il suppose des besoins peu complexes et désavantage de manière disproportionnée les femmes, qui attendent souvent avant de recourir aux services en raison de leurs obligations familiales. Deuxièmement, le budget fédéral prévoit couper l'aide au logement pour les demandeurs d'asile après mars 2027, ce qui révèle un changement inquiétant par rapport aux obligations humanitaires du Canada. La fin du programme d'aide au logement provisoire est très préoccupante. Même s'ils sont moins nombreux, les demandeurs d'asile auront besoin d'un logement et de soutien. Les données historiques montrent que 70 % des demandeurs d'asile réussissent et deviennent des résidents permanents; il est donc contre-productif de retarder leur intégration.
COSTI est l'un des principaux fournisseurs de services d'hébergement et de soutien aux réfugiés, et il est connu pour ses programmes peu coûteux. Si le financement fédéral pour l'aide au logement n'est pas renouvelé, les demandeurs d'asile seront redirigés vers le réseau général de refuges, qui est déjà saturé et est mal équipé pour répondre à leurs besoins spécifiques, ce qui créera une pression systémique et compromettra l'engagement du Canada envers la protection des réfugiés.
Pour finir, la politique d'immigration du Canada ne peut pas réussir sans un solide secteur de l'établissement. Grâce à notre travail, nous produisons des résultats en matière de capital humain qui rendent possibles les objectifs économiques. Les stratégies doivent être axées sur la croissance et le renforcement des capacités, et non pas sur des mesures réactives à courte vue. Les aspirations, les talents et les compétences des nouveaux arrivants sont essentiels à un Canada inclusif et prospère, ce qui nous permettra à tous de réussir, de contribuer pleinement et de construire la vie sociale et économique de notre pays.
Merci.
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Bonjour, madame la présidente.
Je vais parler des niveaux d'immigration. Bien que nous puissions comprendre l'importance de la surveillance des niveaux d'immigration dans toutes les sociétés — et les mesures visant à réduire les niveaux d'immigration sont importantes dans tous les pays —, nous estimons que le Canada est un vaste pays qui dépend des immigrants à tous les égards pour maintenir la main-d'œuvre, l'économie et la démographie du pays.
Je rencontre de nombreux travailleurs migrants. Nous comprenons que l'agriculture a évolué et s'est développée au fil du temps, et que l'on a élargi le programme des travailleurs étrangers temporaires pour épauler les serres dans d'autres régions du pays. C'est très important.
L'octroi à la ministre de vastes pouvoirs lui permettant de bloquer ou d'annuler des groupes entiers de demandes afin de prolonger les délais de traitement crée de l'incertitude du fait des retards et des malentendus. C'est préjudiciable, et cela prive les demandeurs de la possibilité d'être entendus. C'est également préjudiciable parce que cela crée de l'incertitude et va à l'encontre des principes internationaux et canadiens relatifs à la loi et à l'équité procédurale.
Nous craignons que cette possibilité de prolonger le délai de traitement et de réduire les niveaux d'immigration ait un effet significatif sur les travailleurs étrangers temporaires. Un grand nombre de travailleurs au Canada cherchent des moyens pour rester temporairement dans le pays. Ils sont ici depuis longtemps et ont présenté une demande pour obtenir un statut. Nous avons constaté que cette réduction du nombre ou réduction des niveaux d'immigration peut toucher certains groupes démographiques, surtout ceux qui font partie du programme des travailleurs étrangers temporaires de diverses origines, en particulier d'Amérique latine, des Caraïbes et d'autres pays asiatiques.
Nous dirions que, du point de vue politique, les mesures visant à réduire les niveaux d'immigration pourraient être plus viables dans des pays à très forte population. Cependant, elles ne conviennent pas au Canada, en raison des répercussions qu'elles auront sur les travailleurs étrangers temporaires qualifiés, entre autres catégories de demandeurs dans le pays.
Tout type de réduction des niveaux d'immigration ira à l'encontre du droit des réfugiés et de l'immigration, surtout la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son protocole de 1967. La Cour suprême a rendu de nombreux arrêts importants qui mettent l'accent sur l'impact du droit international et du droit interne, surtout dans le contexte des droits de la personne.
L'article intitulé « l'application nationale du droit international au Canada », indique ceci; je traduis:
Mais la Cour suprême du Canada a instauré cette tradition en insistant sur le fait que le droit international fait partie du contexte dans lequel les lois nationales du Canada sont promulguées.
Par exemple, dans la célèbre affaire Baker c. Canada, la Cour suprême a souligné que les tribunaux doivent tenir compte des règlements du droit international, surtout en ce qui concerne les droits de la personne, et l'administration doit agir conformément à ces normes.
De plus, la Cour suprême a souligné que, même si le Canada doit se conformer aux droits internationaux, le gouvernement doit veiller à ce que les droits des personnes au Canada soient respectés et défendus.
Pour conclure, nous tenons à souligner que la réduction de ces niveaux et la prolongation des délais de traitement affaibliront l'application régulière de la loi et la supervision indépendante. Tout élargissement des pouvoirs d'annulation d'IRCC, l'application de règles rigides en matière de documentation et l'élargissement du partage des données, surtout avec l'ASFC, entraîneront des refus injustifiés, auront de lourdes conséquences sur les groupes vulnérables et entraîneront un risque accru de refoulement.
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Merci, mesdames et messieurs.
Je m'appelle Alexander Brown, et je suis le directeur de la Coalition nationale des citoyens, qui est l'un des groupes de défense à but non lucratif pionniers du Canada.
Aujourd'hui, il y a peu de questions qui animent davantage les Canadiens que l'immigration, un système qui a fonctionné de manière quasi parfaite dans les années 2010. Pour David Coletto d'Abacus Data, il s'agit actuellement du quatrième sujet de préoccupation financière en importance pour les jeunes Canadiens et du sixième pour l'ensemble de la population.
Dans une récente étude d'Environics, une majorité des Canadiens continuent de dire qu'il y a beaucoup trop d'immigrants. Ceux qui expriment un tel point de vue sont de plus en plus nombreux à pointer du doigt la mauvaise gestion du gouvernement comme étant le problème dans ce dossier. Dans un récent sondage Léger, la plupart des immigrants veulent qu'il y ait moins de 300 000 immigrants par an. C'est moins que ce qui est énoncé dans le budget.
Il est facile de comprendre pourquoi cette préoccupation persiste. Notre plan d'immigration révisé ne résout pas un problème soudain de surcapacité. Nous avons un immense territoire, mais manquons de services de base. L'année dernière, 500 000 Canadiens ont quitté les urgences sans avoir reçu de soins. Ces données proviennent de l'émission Marketplace, diffusée par la CBC. Cela représente de 5 à 15 % de l'ensemble des personnes qui se présentent aux urgences.
Un Canadien sur cinq n'a pas de médecin de famille, d'après le dernier sondage Angus Reid. C'est une préoccupation majeure pour l'Association canadienne du cancer, qui a participé à ce sondage. Dans une autre analyse récente, le groupe de réflexion Second Street révèle que 23 000 Canadiens dans le Nord sont décédés alors qu'ils étaient sur une liste d'attente, l'année dernière.
Selon Statistique Canada, le taux de chômage chez les jeunes a atteint 15 % en septembre. C'est le taux le plus élevé depuis 2010, à l'exception des années marquées par la pandémie. À Toronto, pendant l'été, le taux de chômage chez les jeunes a dépassé 20 %.
Selon la Société canadienne d'hypothèques et de logement, 2025 est sur le point d'enregistrer son niveau le plus bas depuis 30 ans au chapitre des mises en chantier.
Je commence par des faits et des chiffres — c'est ce que tous les experts compétents disent —, parce que nous devons éviter les facteurs d'exclusion et les excuses. Nous devons régler ce problème. Pour reprendre une phrase tirée d'un excellent article de Jamie Sarkonak, « fermer les robinets ne suffira pas à faire disparaître l'inondation dans le sous-sol ». Tout ce que nous avons fait, c'est fermer les robinets.
En ce qui concerne les programmes des travailleurs étrangers temporaires et la mobilité internationale, l'expert en immigration, M. Michael Bonner — il a déjà comparu devant le Comité et il a à une certaine époque travaillé sur ce dossier sous Stephen Harper et Jason Kenney — et moi‑même avons dit dans The Hub « il ne serait pas faux de considérer ces programmes comme des subventions gouvernementales à l'origine de distorsions ou comme une aide sociale destinée à des entreprises non productives ». Les effets nuisent de manière disproportionnée aux jeunes Canadiens, qui sont exclus du marché du travail, étant donné que les travailleurs temporaires gagnent dans leur grande majorité moins que le salaire médian, mais on nous rabâche sans cesse qu'il y a des pénuries de main-d'œuvre et que les Canadiens refusent de faire certains métiers.
Il ne faut pas être un génie pour comprendre que le recours à une main-d'œuvre étrangère et les difficultés à employer les jeunes Canadiens sont les deux côtés déplaisants d'une même médaille. Les travailleurs étrangers sont plus coopératifs, parce qu'ils sont liés à leur employeur comme des serfs et se butent à des obstacles pour faire partie des syndicats. Ce n'est pas pour rien que les Nations unies ont qualifié notre abus de ces programmes comme une forme d'esclavage moderne. Dans cette situation grotesque, notre population nationale est en difficulté.
S'il y a des jeunes dans votre vie, ou si vous parlez à des étudiants qui viennent vous voir sur la Colline, sachez qu'ils envoient des centaines de curriculum vitae et n'arrivent à rien pour l'instant. Cela signifie qu'ils s'assurent un revenu stable plus tard, qu'ils ont un mode de vie en dessous de la moyenne, ou qu'ils ont des enfants plus tard. Ils n'ont pas les moyens d'acquérir une maison ou de verser une mise de fonds. Nous prolongeons leur adolescence, et c'est en grande partie parce que nous avons dépassé nos objectifs au chapitre d'afflux migratoire en 2021, ce qui nous a permis d'augmenter le nombre, mais pas notre productivité.
Voici ce que demande la Coalition nationale des citoyens dans sa campagne « Canadians for responsible immigration », les Canadiens pour une immigration responsable :
Supprimer le programme des travailleurs étrangers temporaires pour tous, sauf pour les postes les plus difficiles à pourvoir. Je crois comprendre que les travailleurs agricoles saisonniers, les travailleurs de la construction et les ingénieurs sont importants. Si vous en avez besoin, bien sûr.
Ajouter des mesures de protection pour bloquer l'explosion des usines à diplôme — comme après 2020 — pour que cela ne se reproduise pas.
Combler les lacunes du système d'octroi de l'asile. Le système est hors de contrôle.
Réduire davantage les objectifs en matière de résidence permanente, renforcer les politiques d'expulsion, accorder la priorité aux étudiants prometteurs et réformer le système de points.
Je vais conclure très rapidement en disant ceci. Notre système d'immigration n'a jamais été défini par notre lobby du milieu des affaires. Quand on va chez un coiffeur et qu'on lui demande si on a besoin d'une coupe de cheveux, que voulez-vous qu'il dise? Pour ceux qui vous disent en ce moment même qu'ils veulent revenir au projet ambitieux de ces dernières années, ou qu'ils veulent amnistier le plus possible de personnes arrivées au cours de la COVID, je vous implore de leur dire non. Dites non aux étudiants et aux diplômés qui envoient des centaines de CV. Dites non aux 15 étudiants étrangers à qui on a menti et qui vivent dans un sous-sol et qui partagent une seule salle de bain.
Les Canadiens vous disent qu'ils veulent davantage de changements pour parvenir à une immigration responsable. Ils veulent de meilleurs objectifs et une stratégie de sortie claire pour ceux qui sont sur le point de prendre fin. Allons-nous les écouter?
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Mesdames et messieurs, je vous remercie de m'avoir invité à comparaître devant vous.
Je suis ici pour représenter le Groupe Proco ainsi qu'Alliage 02, un regroupement de 300 entreprises manufacturières du Saguenay—Lac‑Saint‑Jean, une région qui compte 280 000 habitants à 250 kilomètres au nord de la ville de Québec.
Mon objectif est clair: démontrer l'importance des travailleurs étrangers temporaires pour le secteur manufacturier canadien, particulièrement en région, et expliquer les répercussions économiques négatives majeures des nouvelles mesures de restriction qui les concernent actuellement.
Le Groupe Proco est une entreprise de construction fondée à Saint‑Nazaire il y a plus de 40 ans. Nous regroupons quatre sociétés spécialisées dans la fabrication et l'installation de structures d'acier. Aujourd'hui, nous comptons autour de 500 employés et réalisons un chiffre d'affaires de 163 millions de dollars.
Nos projets couvrent des infrastructures publiques et industrielles partout au Canada: ponts, ports, centrales hydroélectriques, bâtiments et mines, du Québec jusqu'au Nunavut. Nous avons investi plus de 18 millions de dollars en immobilisation, automatisation et robotisation au cours des quatre dernières années. Nous prévoyons investir encore 10 millions de dollars supplémentaires si la situation de la main-d'œuvre se stabilise.
Ces investissements sont impossibles à réaliser dans les conditions actuelles, puisque nous perdons de la main-d'œuvre qui travaille dans nos usines. En effet, le taux de chômage au Québec est parmi les plus bas au Canada, et celui du Saguenay—Lac‑Saint‑Jean est encore plus bas, soit autour de 4 %. Le taux de chômage des soudeurs dans notre région est pratiquement à 0 %.
Nous avons évidemment épuisé toutes les ressources locales avant de recourir à l'immigration. Au Saguenay—Lac‑Saint‑Jean, la pénurie de main-d'œuvre spécialisée est bien réelle. Selon un sondage récent, plus de 160 entreprises de la région emploient actuellement 2 372 travailleurs étrangers temporaires, ou TET.
Plus de 500 d'entre eux devront quitter le pays en raison des nouvelles règles. Depuis 2019, nous avons recruté 77 TET, dont 60 qui sont actuellement avec nous. Ils gagnent de 26,75 $ à 38 $ de l'heure. Nous avons investi plus de 1,2 million de dollars dans leur accueil: le logement, la formation et l'intégration. Pour nous, les TET représentent actuellement 47 % de notre capacité de production, c'est-à-dire 45 soudeurs sur 95. En janvier 2025, nous avons déjà dû renoncer à 17 TET. Les nouvelles règles nous en feront perdre 30 de plus dans les deux prochaines années. Ces pertes sont impossibles à combler localement.
Dans son plus récent budget, le gouvernement fédéral mentionne qu'il tiendra compte des industries essentielles, comme la construction, et des réalités régionales. À ce jour, rien n'est fait pour nous, pour les manufacturiers, et nous subissons déjà des pertes. Les conséquences sont majeures: perte de capacité de production, augmentation des coûts de fabrication, perte de contrats de construction stratégiques qui sont maintenant traités à l'étranger, suspension de nos investissements, faute d'opérateurs disponibles, perte d'expertise. Au bout du compte, ce sera la perte d'emplois de nos travailleurs canadiens.
Pourquoi les TET sont-ils essentiels? Leur productivité est exceptionnelle. Chez Proco, chaque employé génère 340 000 $ de vente annuellement, soit sept fois le produit intérieur brut, ou PIB, moyen par personne au Québec. Sans eux, il est impossible d'exploiter nos deux usines.
Nous sommes dans une région stratégique pour le Canada. Nous y retrouvons des projets militaires, des ports en eau profonde, des projets d'hydroélectricité, d'aluminerie, de mines, de terres rares. Pourtant, les règles imposées depuis un an, déjà, sont un frein majeur à notre capacité à répondre à la demande. Encore pire, la notion d'un haut salaire réduit actuellement notre compétitivité par rapport aux fabricants internationaux. Le résultat, c'est que des projets locaux sont maintenant traités à l'étranger.
Voici nos recommandations pour préserver la compétitivité manufacturière du Canada. Il faut rétablir régionalement les conditions du programme simplifié, accorder des permis de travail de trois ans pour plus de prévisibilité pour les entrepreneurs, adapter les seuils salariaux au coût de la vie régionale, introduire immédiatement une clause de droits acquis pour les travailleurs étrangers déjà en poste et donner la priorité aux secteurs manufacturiers desservant la construction.
En conclusion, les TET, pour l'instant, sont une solution indispensable au contexte de pénurie de main-d'œuvre régionale. Ils sont un catalyseur économique. Une immigration économique structurée, régionalisée et prévisible est essentielle pour la compétitivité manufacturière du Canada. Sans cela, nous perdrons des investissements, des emplois et notre capacité à mener à bien des projets stratégiques.
Je le répète: les nouvelles mesures fédérales concernant les TET réduisent les capacités manufacturières du Canada et touchent déjà des centaines d'entreprises régionales.
Puisqu'il me reste un peu de temps de parole, j'en profiterais pour inviter M. Brown à venir au Lac‑Saint‑Jean pour voir les travailleurs étrangers temporaires qui sont dans nos usines et voir les conditions dans lesquelles ils travaillent.
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Merci, monsieur Toupin.
Je remercie les témoins de leur témoignage.
Madame la présidente, je vais prendre le reste de mon temps de parole pour proposer une motion. Puisqu'elle est liée à l'étude qu'on fait présentement, elle peut être débattue dès maintenant.
Je vais vous la lire. Les interprètes l'ont déjà reçue.
Étant donné que le Comité étudie présentement le système d’immigration canadien, il est proposé qu’une réunion additionnelle portant sur l’« Opération citoyenneté », une manœuvre bureaucratique dont l’objectif était d’accélérer le traitement des demandes de citoyenneté dans les mois précédant le référendum de 1995, se tienne le 9 décembre 2025; que soient invités aux fins de cette réunion l’ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien, le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration de l’époque, Sergio Marchi, ainsi que le sous-ministre de l’époque Peter Harder; que cette réunion dure deux heures et que le Comité fasse rapport à la Chambre de ses conclusions.
Je vais faire distribuer le texte de la motion aux membres du Comité.
Maintenant, je vais vous expliquer pourquoi je la dépose. Je sais que je suis le seul indépendantiste au Comité et que je suis entouré de fédéralistes. Toutefois, une nouvelle a fait la une du Journal de Montréal la semaine passée et a été reprise par d'autres médias par la suite. Elle portait sur des affirmations de l'ancien ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Sergio Marchi, faites lors d'une entrevue qu'il a donnée au Journal de Montréal la semaine dernière. Il a dit: « Je me souviens que Jean m’ait dit: “Écoute, je sais que nous avons toujours des arriérés des demandes de citoyenneté, mais fais de ton mieux pour les faire avancer parce que le référendum approche et les gens veulent voter”. Donc il a clairement encouragé ça. »
Sergio Marchi a même affirmé que cette manœuvre avait eu une incidence sur le résultat très serré. Je le cite encore: « Cela a-t-il fait une différence? Oui. Était-ce en faveur du Canada? Oui. Dans quelle mesure? Je n’en ai aucune idée. Je pense que personne ne peut vraiment le savoir. »
Je fais appel à votre sens du devoir. Le Comité mène présentement une étude sur le processus d'immigration. Or, on a entendu, de la bouche d'un ancien ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, que le système d'immigration avait été utilisé à des fins politiques pour faire de l'ingérence dans une élection référendaire au Québec. Si on ne veut pas que ça se reproduise, il faut faire la lumière sur ce qui s'est passé en 1995.
Je sais que cette motion arrive comme un cheveu sur la soupe et que vous n'aviez pas prévu ça, mais je me sentais incapable de ne pas la proposer. J'ai bien l'impression que je serai le seul à voter pour cette motion. Cependant, je vous assure que ça a fait les nouvelles partout au Québec. C'est assez inusité qu'un ancien ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration dise que le premier ministre de l'époque lui a demandé d'accélérer le traitement des demandes d'immigration pour faire de l'ingérence dans une élection. Je pense qu'on doit avoir des explications de la part de ces gens. Je sais qu'ils sont assez facilement joignables puisqu'on les voit souvent sur la place publique.
Je pense qu'il faut inviter M. Marchi, celui qui a dit ça au Journal de Montréal. Évidemment, il faut aussi inviter M. Chrétien. De plus, il faut inviter M. Harder, qui était le sous-ministre, nommé par Jean Chrétien, pour fusionner les ministères de l'Immigration et de la Citoyenneté afin d'en faire un seul. Il a été sous-ministre de ce ministère jusqu'en — ça doit être un pur hasard — novembre 1995. De surcroît, M. Harder a été l'un des premiers sénateurs à être nommés par M. Trudeau dans la première série de nominations en 2016.
Bref, voilà la motion que je propose, madame la présidente. Je pense qu'on pourrait la mettre aux voix assez rapidement. Je ne me fais pas d'idée sur le résultat du vote. Par contre, si on veut continuer d'entendre les témoins, on en aura peut-être la chance si on vote rapidement. Sinon, je pense que le débat est lancé.
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Merci, madame la présidente.
Nous avons eu, je crois, un ensemble très productif de séances, et bien sûr, je tiens à ce que cela se poursuive. Nous venons tout juste de nous dispenser de la présence des témoins, des témoins utiles qui contribuaient beaucoup à notre étude. Certes, ils ont apporté un certain nombre d'arguments au compte rendu aujourd'hui, mais ils auraient pu en ajouter encore davantage.
Je prends acte de l'argument avancé par notre collègue, à savoir qu'il s'agit d'une étude portant de façon générale sur le système d'immigration. Toutefois, il sait très bien que le fait de regarder le passé n'est pas la même chose que de regarder le présent et l'avenir. Si nous souhaitons participer de manière productive à une discussion au sujet de l'immigration, c'est exactement ce que nous devrions faire: examiner le présent et l'avenir. Avec tout le respect que je vous dois, ce n'est pas ce que fait la motion. Je ne suis pas certain de savoir quelle est l'intention de proposer une motion qui vise à réexaminer une chose qui a fait l'objet de moults débats au fil du temps. Nous avons ici une occasion, comme je l'ai dit, d'écouter véritablement les témoins, les témoins experts qui veulent un meilleur système d'immigration. Notre camp a été très clair en disant que les réformes sont nécessaires, des réformes qui font avancer le système vers la durabilité, la responsabilité et une priorité économique. Cela est et doit être l'objectif. Je ne vois pas de quelle manière la motion y parvient.
Notre collègue est un député d'expérience. Il est membre du Comité depuis longtemps. J'ai beaucoup de respect pour lui. Il peut présenter toutes les motions qu'il désire. Il a le droit de le faire, mais en réalité, je ne vois rien dans la motion qui traite du système d'immigration actuel ou de l'avenir.
Il me sourit, car il sait que j'ai raison. Il a proposé une motion qui ne parle pas de l'avenir du système, mais je sais qu'il a de nombreuses idées sur la manière de créer un meilleur système. J'ose espérer que les membres, s'ils entendent présenter des motions au Comité, le feront d'une manière qui permet précisément d'atteindre cet objectif.
Aujourd'hui, par exemple, on a soulevé un certain nombre d'arguments. Permettez-moi de commencer, par courtoisie — et je ne le dis pas tout à fait avec sarcasme — par M. Toupin. Je crois qu'il a été invité par M. Brunelle-Duceppe. Nous l'avons entendu évoquer, avec son approche très nuancée et sa compréhension de la question des travailleurs étrangers temporaires, leur caractère absolument indispensable — je pense qu'il a utilisé le mot « indispensable » — pour l'économie de la province de Québec, en l'occurrence, et pour la région particulière d'où il provient.
Madame la présidente, c'est là la source de ma déception. Il était prévu, comme vous le savez, que je sois le prochain à poser des questions. J'espérais le questionner au sujet de l'importance du programme des travailleurs étrangers temporaires et de l'adoption d'une approche nuancée à l'égard de la question, en examinant la situation du point de vue régional. Bien que nous ayons entendu aujourd'hui le point de vue de la province de Québec, je voulais questionner le témoin au sujet de son réseau et des personnes avec lesquelles il pourrait avoir des pourparlers à propos de ce même programme dans différentes régions du pays. Une personne occupant un tel poste aurait, évidemment, des liens avec des personnes œuvrant dans des industries semblables dans différentes régions du Canada. Je voulais savoir ce qu'ils pensaient du programme des travailleurs étrangers temporaires et des types de réformes qui seraient nécessaires. Certes, certaines réformes seraient nécessaires.
Nous n'avons été en mesure d'entendre rien de tout cela aujourd'hui, madame la présidente. Je veux dire que, pour ma part, je n'ai même pas pu poser de questions — comme c'est pourtant mon droit en tant que député — afin de comprendre cela et de saisir la conversation qui se déroule à l'extérieur du Québec et dans le reste du pays. Je pense que c'est un élément très important.
De même, la question de l'emploi des jeunes, ou du chômage des jeunes, le cas échéant, a été soulevée. C'est également essentiel. Afin de mieux comprendre la manière dont les arguments sont formulés concernant le chômage chez les jeunes et le lien que le programme des travailleurs étrangers temporaires peut avoir — ou, en fait, ne pas avoir — avec le chômage des jeunes, j'avais l'intention de poser des questions à ce sujet. Je pense que c'est M. Brown qui a soulevé cette question, et il l'a fait dans ses articles qui se trouvent en ligne.
Il y a un débat à savoir si le programme est responsable. Je rappelle aux collègues que, si vous regardez le programme des travailleurs étrangers temporaires, 1 % de la main-d'œuvre du Canada — 1 % des travailleurs canadiens — se trouve ici en vertu de ce programme. Cela pourrait expliquer, d'une certaine manière, le chômage chez les jeunes, ou alors ce serait l'état de l'économie.
Je ne nie pas que le chômage des jeunes soit un véritable problème. Les chiffres ne mentent pas. C'est une période très difficile pour les jeunes dans toutes les régions du pays. Non seulement j'en suis certain, mais les économistes continuent de nous dire que la véritable cause de ce problème est, de bien des façons, l'anxiété liée à l'économie. Les entreprises hésitent à embaucher à cause de ce qui ressort de nos relations avec les États-Unis. Nous devons non seulement nous concentrer sur cette relation, mais aussi étendre nos relations et regarder au‑delà de la relation canado-américaine, qui, comme le premier ministre l'a très bien formulé, a changé à jamais. C'est pourquoi nous nous concentrons enfin sur les ressources et la gestion appropriée des ressources, où l'on exporte vers de nouveaux marchés, en Asie et ailleurs.
Les collègues pourraient bientôt m'accuser d'être hors sujet, madame la présidente, alors je vais revenir à la priorité économique, qui est absolument liée à la question de l'immigration. Alors que notre gouvernement adopte un nouveau programme visant à garantir une réussite et la viabilité continues du pays, sur le plan économique, l'immigration doit être au cœur de ce que nous entreprenons.
J'insiste pour dire que nous avons là une occasion, chers collègues, de contribuer à cette discussion continue. Oui, elle pourrait parfois tendre vers un débat, ce qui est parfaitement raisonnable. Certains éléments avancés par M. Brunelle-Duceppe au Comité m'ont convaincu, alors que d'autres, moins. Je peux dire la même chose des collègues conservateurs. Nous sommes dans des camps différents, mais très souvent, ils ont été fort réfléchis et ont posé des questions intéressantes. Depuis que nous avons commencé, nous avons entretenu une relation très cordiale, madame la présidente.
Notre première réunion a eu lieu, en fait, en juin. Les réunions les plus substantielles ont lieu depuis septembre, mais à moins que ma mémoire me joue des tours, je crois qu'il s'agit de la première obstruction — comme certains l'appelleraient. Pour ma part, je parlerais plutôt d'une discussion sur la direction que nous devons prendre. C'est une chose que nous n'avons jamais faite au Comité.
Je suis surpris — et j'utilise ce mot délibérément — parce que mon ami de l'autre côté n'aime pas les surprises, comme il me l'a toujours répété. Il m'a aussi dit qu'il n'y a aucune garantie, et je le reconnais. Je suis véritablement surpris aujourd'hui que, avec son propre témoin dans la salle, nous décidions de nous engager dans cette voie.
Madame la présidente, vous me connaissez depuis longtemps. Vous savez que les travaux du Comité sont très importants pour moi, comme ils le sont pour nous tous. Lorsque nous avons été élus pour la première fois en 2015, j'ai demandé conseil par rapport à ce qu'un nouveau député devrait faire. Je me rappelle qu'un certain nombre des députés les plus expérimentés dans notre camp et du côté conservateur ont dit que le travail d'un député comporte vraiment deux volets, l'un axé sur l'électorat et l'autre, sur le rôle parlementaire.
En ce qui concerne le rôle parlementaire, les travaux du Comité sont la fonction plus importante que les députés peuvent réaliser sur la Colline. Vous avez la possibilité, si vous le souhaitez, d'inviter des témoins, de les questionner, de recueillir leur témoignage, de l'intégrer dans un rapport et, espérons‑le, de faire en sorte que ce rapport éclaire l'élaboration du projet de loi.
Nous avons examiné le projet de loi et travaillé très bien ensemble, je crois. Aujourd'hui, c'est un peu comme une aberration. Peut-être que M. Brunelle-Duceppe penserait également que, si nous pouvons reporter la discussion à une réunion subséquente, des conversations pourront avoir lieu entre-temps quant à la manière de composer correctement avec une motion surprise comme celle‑ci, et nous pourrons retourner aux très bonnes relations que nous entretenons.
Encore une fois, nous avons abordé non pas un seul important projet de loi, mais bien deux. Nous avons abordé le projet de loi , ainsi que le projet de loi .
Certes, l'étude article par article a eu lieu au Comité de la sécurité publique, mais nous avons fourni des recommandations, et je peux vous dire à quel point elles ont été bien reçues au Comité de la sécurité publique. Elles ont été extrêmement bien reçues, et nos collègues ont beaucoup aimé le travail que nous avons réalisé. En fait, un collègue m'a dit à quel point la relation entre les partis au Comité de l'immigration devait être bonne pour que nous proposions autant de recommandations de fond qui ont certainement éclairé la compréhension des aspects du projet de loi liés à l'immigration. Nous pouvons poursuivre ce type de relation. Nous pouvons continuer d'adopter ce type d'approche collégiale à l'étude de l'immigration.
Au lieu de cela, nous sommes saisis d'une motion qui se penche sur des événements survenus en 1995. En 1995, madame la présidente, j'étais en huitième année. Je ne suis pas certain de savoir ce que les autres collègues faisaient.
En ce qui concerne la pertinence, on pourrait me questionner encore à ce sujet. J'attends qu'on le fasse, mais la question n'a pas encore été posée. Je vais donc m'en tenir au sujet. En ce qui concerne la pertinence, nous devons nous pencher sur les défis de l'heure et sur ceux de l'avenir. Je ne vois pas cela dans la motion.
Bon, mon collègue est très passionné par les questions qui figurent dans la motion. Encore une fois, c'est son droit. Je n'ai pas de problème avec cela, mais il existe de nombreuses façons de donner suite à ces questions. Il pourrait se lever à la Chambre des communes et y aller de déclaration en déclaration pour attirer l'attention sur cette question. J'ai déjà parlé de surprises; voilà une autre surprise pour moi. Je sais que le Bloc a soulevé cette question à la Chambre des communes pendant la période de questions, je pense, à trois ou quatre occasions, ainsi que pas plus tard que la semaine dernière. Il veut maintenant en débattre au Comité de l'immigration.
Encore une fois, je rappelle à mes collègues, et je crois que… Je sais que les députés conservateurs pensent comme moi, tout comme M. Brunelle-Duceppe. Je veux être juste. De toutes les choses que nous pourrions faire, examiner des questions pour lesquelles nous avons déjà posé des questions et obtenu des réponses, pour utiliser cette expression, à la Chambre des communes… Laissons cela à la Chambre des communes.
Au Comité, nous devrions discuter de ce qui a été convenu, il y a maintenant des mois, j'imagine, lorsque pour la première fois… Cela ne fait peut-être pas des mois, madame la présidente, mais cela fait au moins des semaines que nous avons accepté pour la première fois la motion de Mme Rempel Garner, qui est une motion très large. Il n'y a aucun doute à ce sujet. Je me rappelle que, lorsqu'elle a été évoquée pour la première fois, il y a eu quelques questions quant au fait de savoir si les libéraux l'appuieraient. J'ai dit que oui, nous devrions le faire, bien sûr, car cela permettrait un examen du système d'immigration dans son ensemble.
Ce que nous ne savions pas alors — et je m'en veux peut-être un peu maintenant — c'est que nous aurions pu la modifier pour qu'elle porte uniquement sur les enjeux actuels et futurs. Mais, comme on dit, il n'y a pas de faits dans l'avenir. Comment aurais‑je pu savoir que, vers la fin d'une réunion très importante, comme celle que nous avons eue aujourd'hui, nous discuterions soudainement d'une motion qui traite de questions survenues il y a 30 ans? C'était il y a 30 ans, chers collègues.
Je ne suis pas certain de savoir en quoi cela sert nos électeurs. Cela ne sert pas nos électeurs. Peut-être que M. Brunelle-Duceppe a un avis à ce sujet. Je pense qu'il le présentera probablement sous peu.
Je n'entends pas ce que M. Brunelle-Duceppe dit. Est-ce qu'il dit qu'il souhaite laisser tomber la séance d'aujourd'hui et tenir, d'ici la prochaine réunion, une discussion à propos de ce qu'il a soulevé?
Ce n'est pas ce que je comprends, alors je vais poursuivre.
Nous aurions pu la modifier à l'époque, mais je voulais, en toute bonne foi, que notre camp soutienne une étude générale, qui, oui, a été présentée sous forme d'une motion sur l'immigration. Très bien. Tout se passait si bien. Je ne sais pas où cela va nous mener, mais je suis certain que nous pourrons surmonter cela. Je pense que la relation est assez forte entre les collègues du Comité pour que nous surmontions cela. Je ne comprends juste pas comment, vers la fin d'une réunion qui m'a vraiment aidé à comprendre beaucoup mieux l'état des choses et leur évolution, nous nous retrouvons soudain à dévier pour parler, encore une fois, d'événements qui se sont produits lorsque j'avais environ 12 ou 13 ans.
Madame la présidente, je pense qu'il y a d'autres collègues sur la liste. Je crois qu'on m'envoie un signal. Il y a des discussions qui se passent là‑bas. Je vais continuer, parce qu'elles pourraient se révéler utiles.
En fait, je vois des mains se serrer. Je vais m'arrêter ici et voir où tout cela s'en va.