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Bonjour. Je déclare la séance ouverte.
Je souhaite la bienvenue à Mme Goodridge, qui se joint à nous aujourd'hui. Je souhaite également la bienvenue à M. Dhaliwal. Vous avez évidemment beaucoup manqué au Comité. Nous avons donc décidé que nous voulions vous revoir, alors merci de vous joindre à nous.
Bienvenue à la 14e réunion du Comité permanent de la citoyenneté et de l'immigration de la Chambre des communes. La réunion d'aujourd'hui se déroule en format hybride.
Permettez-moi pour commencer de formuler quelques consignes à l'intention des témoins et de nos membres.
Pour ceux qui sont avec nous sur Zoom, veuillez cliquer sur l'icône du microphone pour activer ce dernier et le désactiver lorsque vous ne parlez pas. Vous pouvez sélectionner le canal d'interprétation approprié au bas de votre écran: parquet, anglais ou français. Avant de prendre la parole, veuillez attendre que je vous désigne par votre nom.
Je vous rappelle que vous devez éviter de parler tous en même temps, car cela rend les choses très difficiles pour nos interprètes. Cela complique leur travail. Bien sûr, assurez-vous que toutes vos interventions sont adressées à la présidence.
Pour les membres présents dans la salle, veuillez lever la main si vous souhaitez prendre la parole. Le greffier et moi-même ferons de notre mieux pour gérer l'ordre des interventions.
Je vous avertirai également une minute avant la fin de votre temps de parole. Cela vaut aussi bien pour les membres du Comité que pour nos témoins. Je vous remercie d'avance de votre coopération.
Cela étant dit, conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le 16 septembre 2025, le Comité reprend son étude sur le système d'immigration canadien.
[Français]
Je voudrais maintenant souhaiter la bienvenue à nos témoins, qui participeront à notre table ronde par vidéoconférence. De l'Accueil francophone du Manitoba, nous recevons la directrice générale, Bintou Sako. De l'Éducation internationale, nous recevons Lysiane van der Knaap, qui est également directrice générale. Nous recevons aussi Jérôme Carette, directeur des services éducatifs adultes, du Centre de services scolaire du Lac‑Saint‑Jean. Enfin, d'Éducation internationale nous recevons Odile René, conseillère réglementée en immigration pour étudiants étrangers.
Madame Sacko, nous allons commencer par vous. La parole est à vous pour cinq minutes.
Madame la présidente, honorables membres du Comité, j'aimerais vous remercier de me donner l'occasion, ce matin, de faire une présentation au nom de l'Accueil francophone du Manitoba.
Je m'appelle Bintou Sacko et je suis la directrice de l'Accueil francophone, depuis sa création, en décembre 2003.
Si nous avons fait beaucoup de chemin depuis plus de 20 ans, nous nous trouvons aujourd'hui devant un certain paradoxe. D'un côté, le gouvernement fédéral a envoyé un signal positif et clair en augmentant la cible d'immigration pour les années à venir, visant 10 % d'ici 2027. De l'autre côté, cet objectif s'annonce dans un contexte de baisse des niveaux généraux d'immigration au Canada. Cela soulève une question cruciale: comment pouvons-nous accueillir plus de francophones de manière durable, si les moyens pour le faire ne suivent pas? L'augmentation de la cible est un engagement que nous saluons, mais elle doit être accompagnée d'investissements pour soutenir l'accueil, l'intégration et la rétention de ces personnes au cœur de nos communautés. Sans cela, l'objectif restera un paradoxe, une promesse vide.
Pour illustrer ces enjeux, je vais aborder quatre thèmes: les niveaux d'immigration, le système d'asile, le processus d'immigration et les stratégies que nous devons mettre en place.
Premièrement, en ce qui concerne les niveaux d'immigration, la FCFA, soit la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, a raison de noter que le gouvernement fédéral reste conséquent avec son engagement. L'augmentation des cibles en pourcentage permet de stabiliser le nombre d'immigrants d'expression française à environ 30 000 par an, malgré la diminution de la cible globale. Il s'agit d'une protection essentielle pour inverser le déclin démographique de nos communautés.
Cependant, il ne faut pas s'y tromper: la stabilisation du nombre de nouveaux arrivants francophones ne suffit pas. Une étude de la FCFA a démontré qu'il nous fallait une proportion minimale de 12 % pour y arriver. À deux ans de l'atteinte de la cible de 10 % et avec plusieurs années de retard cumulées, nous sommes loin du compte.
De plus, le défi est double. Les programmes cruciaux sont déjà sous-financés et limités géographiquement. Augmenter le pourcentage de la cible sans augmenter les ressources pour le recrutement, c'est comme élargir une porte d'entrée sans agrandir le vestibule. On invite les gens sans augmenter la capacité d'accueil.
Deuxièmement, il y a la question du système d'asile. À cette pression s'ajoute une nouvelle réalité: l'augmentation fulgurante du nombre de demandeurs d'asile francophones dans nos communautés, notamment au Manitoba. Ce phénomène est une conséquence directe des changements récents dans les politiques ailleurs au pays.
Ces personnes arrivent souvent dans une situation d'extrême vulnérabilité et se tournent vers nos organismes, qui sont en première ligne. Or aucun financement additionnel ou dédié n'est prévu pour répondre à cette demande croissante et spécifique. Nos structures d'accueil sont débordées et forcées de faire plus avec les mêmes moyens. Cela met en péril la qualité des services d'accueil pour les nouveaux arrivants.
Troisièmement, il y a le processus d'immigration. Le parcours des immigrants en milieu minoritaire, une fois qu'ils sont sur place, est semé d'embûches. Ils sont confrontés à un double défi. D'abord, il y a le défi de la langue. Même en étant francophones, beaucoup d'entre eux doivent faire une mise à niveau linguistique pour s'adapter à notre contexte. Ces formations doivent être financées, non seulement pour l'apprentissage de l'anglais, mais aussi pour une mise à niveau du français dans le contexte professionnel canadien.
Ensuite, il y a le défi lié à l'intégration. Si les services d'établissements, gérés par et pour les francophones, ne sont pas mieux financés. L'intégration prend plus de temps, ce qui provoque un découragement et une dépendance prolongée. Le risque est immense: quand un nouvel arrivant ne trouve pas le soutien nécessaire au sein de la francophonie, il risque de s'assimiler et de s'éloigner de la communauté, souvent sans s'en rendre compte. Nous faisons tout le travail préliminaire de recrutement pour ensuite les perdre. C'est un échec pour eux et pour nous.
Quatrièmement, nous proposons des stratégies et des recommandations. Devant ces défis, des solutions concrètes et urgentes s'imposent. Il faut financer pleinement les programmes comme Destination Canada et élargir leur portée pour atteindre le vaste bassin de talents francophones dans le monde. La cible ne sera atteinte que si nous nous donnons les moyens d'y arriver.
Il est également impératif d'allouer un financement direct, stable et adéquat aux services d'établissements francophones, en allouant une enveloppe spécifique pour répondre à l'afflux des demandeurs d'asile. Nous demandons que ces services soient gérés par des organisations francophones pour aider précisément les immigrants francophones.
Enfin, nous devons nous assurer que les programmes qui fonctionnent et qui accordent des points supplémentaires aux francophones, comme le système Entrée Express, sont protégés et pérennisés.
En conclusion, l'engagement du gouvernement est un premier pas, mais, pour que les chiffres deviennent des visages intégrés et épanouis dans nos communautés, il faut passer de l'ambition à l'action. Donnons-nous les moyens de nos ambitions. Investissons dans nos structures d'accueil pour assurer non seulement l'avenir de ces nouveaux arrivants, mais aussi la vitalité et la pérennité de la francophonie canadienne.
Je vous remercie.
Mesdames et messieurs les députés, je vous remercie de nous recevoir. Je vais parler au nom des trois personnes qui représentent Éducation internationale.
Éducation internationale est une coopérative qui regroupe les centres de services scolaires et les commissions scolaires du Québec, c'est-à-dire les institutions publiques qui offrent des formations professionnelles sur leur territoire respectif. Notre coopérative travaille avec ces établissements afin d'attirer des élèves internationaux pour suivre des formations professionnelles.
Notre objectif d'aujourd'hui est double. D'une part, nous voulons faire connaître aux parlementaires ici présents la formation professionnelle au Québec, un système unique au pays. D'autre part, nous plaidons pour plus d'équité et de cohérence quant aux choix faits par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, ou IRCC, depuis un peu plus d'un an en ce qui concerne les étudiants étrangers au Canada.
Le réseau public de la formation professionnelle au Québec est constitué de 174 centres de formation qui offrent plus de 200 programmes dans 21 secteurs à environ 130 000 élèves sur l'ensemble du territoire du Québec. La formation professionnelle est un pilier du système éducatif québécois. Elle existe pour répondre aux besoins de main-d'œuvre de métiers spécialisés. Elle consiste en des formations courtes, pratiques et adaptées aux besoins du marché du travail. Nous voulons une adéquation entre la formation et l'emploi.
Selon des données publiées par le ministère de l'Emploi du Québec, 80 % des programmes de formation professionnelle mènent à des métiers en déficit de main-d'œuvre. Une proportion importante des professions les plus touchées par des pénuries persistantes relève directement de la formation professionnelle, notamment les professions de préposé aux bénéficiaires, de machiniste et de soudeur, ainsi que les métiers de la construction et les cuisiniers.
Au cours des dernières années, la formation professionnelle au Québec n'accueillait pas plus de 1 % des étudiants étrangers du Canada. En 2024, il y avait un total de 10 000 élèves internationaux dans le réseau public, ce qui en a fait une année record. Entre 3 000 et 4 000 de ces étudiants, environ, étaient répartis dans 138 établissements situés à l'extérieur de Montréal, ce qui représentait une moyenne d'environ 25 étudiants par établissement. En comparaison avec d'autres établissements de formation, notamment l'Université de Toronto qui comptait 27 000 étudiants étrangers pour une seule et même année, ce sont de très petits nombres. Bien qu'ils soient présents en petit nombre dans nos établissements, les élèves internationaux permettent de compléter des cohortes et de maintenir l'offre de formation pour les Québécois qui souhaitent suivre une formation.
Après leur formation, les élèves québécois et les élèves internationaux occupent des emplois en forte demande dans leur communauté. Le taux de placement de plusieurs programmes est de 100 %.
Pourtant, malgré ces faits, les règles actuelles d'immigration étouffent la capacité des centres de formation d'attirer des élèves internationaux. Depuis le 1er novembre 2024, l'imposition d'un critère d'admissibilité basé sur le domaine d'étude qui donne accès au permis de travail postdiplôme, ou PTPD, fait que seulement 55 programmes sont admissibles au PTPD, alors qu'avant, il y en avait 142. Selon les informations communiquées par IRCC, cette liste pourrait être réduite à 35 programmes au début de l'année 2026. Parmi les programmes non admissibles, plus de 40 mènent à des métiers pour lesquels un besoin de main-d'œuvre est documenté.
IRCC indique que la mesure restrictive concernant le permis de travail postdiplôme a été décidée en fonction des données disponibles sur le marché du travail. Pourtant, l'ensemble des diplômes universitaires sont admissibles au PTPD. Il est difficile de croire que l'ensemble des programmes universitaires affichent des taux de placement supérieurs à ceux des programmes de formation professionnelle comme celui de préposé aux bénéficiaires ou de mécanicien.
L'augmentation des dépenses en défense et dans l'industrie navale combinée aux trois grands projets annoncés par le gouvernement Carney pour le Québec crée une demande importante pour des métiers issus de la formation professionnelle. Sans ajustement des politiques migratoires pour la formation professionnelle, le Canada va avoir de la difficulté à réaliser ses projets stratégiques.
La preuve, c'est qu'à la fin du mois de septembre 2024, Éducation internationale a réalisé un sondage auprès des centres de formation professionnelle pour connaître les retombées de la mesure concernant le permis de travail postdiplôme sur leurs capacités d'attirer des candidats internationaux. Parmi les personnes interrogées, 44 % ont observé une baisse de fréquentation de 50 % ou plus à la rentrée de 2025 par rapport à la même date de l'année précédente. Vingt établissements de formation nous ont rapporté devoir annuler ou reporter 77 cohortes au cours de l'année scolaire. Dans l'ensemble du Québec, ce nombre est encore plus élevé. Les répondants nous ont rapporté que plusieurs programmes sont fragilisés par la baisse de fréquentation des élèves internationaux. Certains sont directement liés aux investissements du gouvernement fédéral actuel, notamment les programmes d'arpentage et de mécanique de véhicules routiers lourds.
Nous sommes ici aujourd'hui pour plaider pour une reconnaissance pleine et entière de la formation professionnelle par le gouvernement du Canada dans les choix qu'il fait en matière d'immigration. Nous demandons qu'IRCC rétablisse l'accès au permis de travail postdiplôme pour les programmes de formation professionnelle qui répondent à de réels besoins sur le marché du travail.
Les élèves internationaux arrivent en petit nombre et sont répartis dans plus de 150 établissements partout dans la province. Ils sont essentiels au maintien d'une offre de formation partout au Québec. Ils répondent aussi à des besoins de main-d'œuvre importants, notamment pour réaliser les grands projets structurants pour le Canada.
Sans rectifications, ce sont des milliers de postes qui vont rester vacants.
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Merci, madame la présidente.
Les observations de Mme van der Knaap m'ont particulièrement intéressé. Je voudrais revenir là‑dessus, mais si vous me le permettez, j'aimerais d'abord vous donner un aperçu de ce qui se passe dans ma région, la région de Niagara.
Comme vous le savez peut-être, le Niagara College est l'un des collèges les plus réputés au Canada. Compte tenu des changements apportés au programme, l'une des choses que j'ai entendu dire au cours des derniers mois, c'est que, par le passé, les étudiants étrangers qui venaient au Canada pour suivre un programme de trois ans, par exemple, pouvaient généralement obtenir un permis de travail pour faire un stage postuniversitaire au Canada.
En ce qui concerne les changements mis en place par le gouvernement — corrigez-moi si je me trompe, madame van der Knaap —, si vous allez à l'université et que vous obtenez un diplôme général en philosophie ou en anthropologie, vous avez plus de chances d'obtenir un permis de travail en sortant de l'université qu'en sortant d'une école professionnelle. Au Niagara College, par exemple, nous avons un cours de cuisine de calibre mondial. Il y a un cours en distillerie, un cours sur le brassage ainsi qu'un cours d'hôtellerie et de restauration qui répond aux besoins d'une bonne partie de la région de Niagara. Vous avez mentionné que l'acceptation des étudiants doit également être fondée sur une analyse du marché du travail ou sur une analyse régionale. Cependant, les changements qui ont eu lieu — et vous voudrez peut-être nous faire part de vos observations à ce sujet — ont eu une incidence disproportionnée sur ceux qui se lancent dans les métiers spécialisés. Le Canada a vraiment besoin de ces travailleurs, mais nous ne leur donnons pas la possibilité de travailler ici. Êtes-vous d'accord avec cela?
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Le Centre de services scolaire du Lac‑Saint‑Jean est situé à Alma, au Lac‑Saint‑Jean, à environ 200 kilomètres au nord de Québec. Notre centre de formation professionnelle offre exactement 15 programmes de formation professionnelle.
Au cours des deux dernières années, nous avons observé une diminution du nombre d'admissions d'élèves internationaux. En 2023‑2024, nous avions 70 nouvelles inscriptions, alors qu'en 2024‑2025, nous en avions 55. Cette année, nous en sommes à 29.
Comme Mme van der Knaap le mentionnait, ce ne sont pas des nombres astronomiques. Nous ne sommes pas un très grand centre de services scolaire, mais nous vivons la même réalité que partout ailleurs. Tantôt, nous parlions des 174 centres de formation professionnelle dans la province. Cette situation touche toute la province.
Pourtant, si nous nous penchons sur l'ensemble de nos 15 programmes, les taux de placement sont presque de 100 %. La diminution du nombre d'élèves signifie que nous ne sommes tout simplement plus capables de fournir les diplômés nécessaires pour répondre aux besoins du marché du travail.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie tous les témoins d'être des nôtres aujourd'hui.
Je voudrais commencer par vous poser des questions, madame Sacko.
Vous avez récemment témoigné au Comité permanent des langues officielles. Vous avez aussi mentionné plusieurs difficultés auxquelles les étudiants faisaient face, notamment la faible capacité des consultants et des agents de visa en Afrique francophone, ce qui induit un nombre élevé de refus arbitraires.
Que recommandez-vous pour lever ces barrières, notamment les barrières systémiques?
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Comme je l'ai mentionné tout à l'heure, la diminution du nombre d'élèves étrangers a atteint plus de 50 % sur deux ans. Il faut comprendre que, pour notre organisation, ils représentaient, l'an dernier, à peine 14 % de tous nos élèves inscrits. Il ne s'agit donc pas de cohortes complètes d'élèves étrangers, mais ce sont des élèves dont la présence est cruciale. Non seulement cette diminution limite le nombre de diplômés que nous pouvons former et qui fournit une main-d'œuvre à nos entreprises régionales, mais aussi, dans certains cas, elle limite aussi notre capacité à offrir certains programmes, qui sont, je ne dirais pas compromis, mais sur le point de l'être. Je pense notamment à notre programme d'usinage. L'an dernier, presque le quart des élèves de ce programme provenaient de l'étranger.
La présence de ces élèves dans nos programmes nous permet de délivrer des diplômes et de fournir une main-d'œuvre. Par contre, sans ces élèves, nous ne serions peut-être pas en mesure d'offrir certains programmes à nos cohortes, pour des raisons financières. Cette année, en raison de la diminution du nombre d'élèves étrangers, quelques-uns de nos programmes, dont ceux d'usinage, d'assistance technique en pharmacie et d'infographie, se trouvent dans un état plus précaire.
Parfois, le neuvième ou le dixième élève étranger est celui qui nous permet d'offrir un programme. Autrement, en raison des critères de financement, nous offririons le programme à perte. Nous pourrions le faire pendant un an, mais pas à long terme. Ce n'est pas un modèle viable.
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Je pourrais vous donner quelques statistiques globales, mais aussi quelques exemples régionaux concrets.
Si je me base sur des études récentes de l'Institut de la statistique du Québec, presque 80 % des postes vacants du marché du travail relèvent de la formation professionnelle. Comme je le mentionnais tout à l'heure, les taux de placement sont pratiquement de 100 % dans tous nos programmes. Nous peinons donc à répondre aux besoins des entreprises, et ce, peu importe le programme visé.
Je vais vous donner quelques exemples concrets. Parmi les 15 programmes de formation que nous offrons, il y en a un qui permet de devenir préposé aux bénéficiaires. Lors des dernières rencontres que nous avons eues avec des représentants du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay—Lac‑Saint‑Jean, le CIUSS, on nous a carrément dit que si, demain matin, nous étions en mesure de lui fournir tous nos finissants d'un seul coup, il lui en faudrait le double. C'est un exemple très concret.
La durée de la formation de préposé aux bénéficiaires est de 705 heures et mène à un diplôme d'études professionnelles, ou DEP. Cependant, comme la durée de la formation est de moins de 900 heures, ce programme ne mène pas au permis de travail postdiplôme. Ainsi, l'étudiant étranger qui veut poursuivre son parcours scolaire en travaillant dans une organisation doit suivre un très long chemin administratif avec un permis de travail fermé. C'est aussi un exemple très concret. Cette restriction de 900 heures a un effet direct sur notre capacité à fournir de la main-d'œuvre aux entreprises de services de notre région.
Je pourrais changer de secteur et vous parler du soudage. Proco, un fleuron régional qui a un chiffre d'affaires de 170 millions de dollars, emploie une centaine de soudeurs. Encore là, notre capacité à fournir de la main-d'œuvre est insuffisante.
Au cours des dernières années, des restrictions ont été imposées concernant le permis de travail postdiplôme. Dans le contexte du soudage, les permis de travail ouverts aux conjoints ont été touchés. Cette possibilité existe encore pour les conjoints des étudiants à la maîtrise et au doctorat, mais pas pour les conjoints des étudiants au DEP.
Encore là, c'est un frein, et ça explique la diminution du nombre d'étudiants étrangers inscrits à nos programmes. De plus, ça diminue grandement notre capacité à fournir des soudeurs qualifiés aux entreprises régionales comme Proco.
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Si nous voulons que ça fonctionne, tant pour les étudiants étrangers que pour les organisations et la communauté, il faut mettre en place des services.
C'est un choix que notre organisation a fait. Il faut dire que nous sommes un petit centre de services scolaire. Conjointement avec le centre de services scolaire voisin, le Pays‑des‑Bleuets, nous avons mis en place une structure d'accueil.
Les étudiants internationaux ne font pas que s'inscrire chez nous. Nous les accompagnons avant leur arrivée. Parfois, nous les accueillons à l'aéroport. Nous les aidons aussi à trouver un logement, à bien s'intégrer dans leur milieu, à se sentir inclus dans notre organisation.
Ça fait vraiment toute la différence. Je le mentionne parce qu'on ne parle pas de chiffres astronomiques pour de petits centres de service scolaires.
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En fait, ici, aujourd'hui, nous vous faisons la même recommandation qu'à la Commission des relations avec les citoyens, au Québec. Nous souhaitons que la formation professionnelle soit reconnue comme un secteur d'enseignement tout aussi important que l'enseignement supérieur. On a besoin d'ingénieurs et de médecins au Québec et au Canada, oui, mais comment fait-on fonctionner un hôpital sans les infirmières auxiliaires et les préposés aux bénéficiaires? Comment fait-on fonctionner une usine ou construit-on des brise-glaces sans les mécaniciens, les machinistes et les soudeurs? La formation professionnelle est un palier essentiel de l'enseignement et de la formation.
Par ailleurs, la formation professionnelle existe pour répondre aux besoins du marché du travail. Nous visons une adéquation parfaite entre la formation et l'emploi, comme je l'ai dit. S'il n'y a pas certains besoins sur le marché du travail, nous n'offrons pas de programme dans certains domaines. Autrement dit, nous enseignons les compétences dont on a besoin, et nous souhaitons que le nombre de personnes que nous formons corresponde au nombre de travailleurs recherchés dans les différentes régions.
Comme il y a 174 centres de formation professionnelle au Québec, ils adaptent leur offre de programmes aux besoins de main-d'œuvre dans leur région, selon un système de carte. Par exemple, il n'y a pas de formation dans les métiers miniers à Montréal, mais il y en a en Abitibi, dans la région de la Côte‑Nord et à Chibougamau, là où sont situées les mines.
Par ailleurs, les centres de formation professionnelle vont combler des cohortes avec des étudiants étrangers. Il y a environ 130 000 étudiants en formation professionnelle au Québec, dont 6 000 ou 7 000 viennent de l'étranger, selon l'année. Or les besoins du marché du travail sont plus grands que cela. On avait fixé des cibles pour augmenter considérablement le nombre d'étudiants en formation professionnelle, mais il était très difficile de les atteindre sans les étudiants étrangers. Comme les efforts du gouvernement du Québec pour attirer des étudiants québécois dans les programmes de formation professionnelle n'étaient pas suffisants, on est allé chercher des étudiants étrangers pour compléter les cohortes. De plus, comme le disait mon collègue M. Carette, les taux de placement sont très élevés. C'est vrai au Lac‑Saint‑Jean, et ce l'est aussi dans d'autres régions.
J'aimerais vous mentionner quelques besoins du marché du travail qui relèvent de la formation professionnelle. En construction, par exemple, on aura besoin de 16 000 nouveaux travailleurs par année jusqu'en 2030, pour atteindre le nombre de 80 000 travailleurs. Dans l'industrie navale, qui est située le long du fleuve Saint‑Laurent, 2 000 emplois sont prévus pour la construction de brise-glaces. On parle de soudeurs et de mécaniciens industriels, entre autres. Hydro‑Québec, pour les grands chantiers, aura besoin de 35 000 travailleurs d'ici 2035. Ce sont beaucoup de métiers qui relèvent de la formation professionnelle.
D'autre part, M. Carette a aussi parlé des préposés aux bénéficiaires. Au Québec, il en manque 6 000. Il faut permettre à des étudiants étrangers de venir suivre une formation et de travailler. Il y a aussi le secteur de l'aérospatiale, autour de Montréal, qui doit pourvoir 40 000 postes d'ici 10 ans. Je pourrais continuer longtemps.
Alors, on a besoin de l'apport de la formation professionnelle. Ce que nous demandons ici, aujourd'hui, à l'instar du plaidoyer que nous avons présenté en commission parlementaire, à Québec, c'est que l'on reconnaisse le rôle stratégique de la formation professionnelle. On se soucie également de la capacité des immigrants à travailler en français, mais, une fois qu'ils ont suivi leur formation, ils sont francisés et ils sont capables de travailler en français partout.
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Je vous remercie beaucoup de votre question.
En effet, ces cibles sont très importantes parce qu'il s'agit de la vitalité de la communauté francophone à l'extérieur du Québec.
J'ai abordé, plus tôt, la question de l'insécurité linguistique et le fait que ces cibles ont justement été décidées pour répondre à une question démographique qui est en baisse. La communauté se mobilise, développe beaucoup de capacités pour permettre aux personnes qui entrent dans nos communautés d'être très bien accueillies et très bien accompagnées, afin qu'elles puissent s'intégrer et rester. Quand ces personnes ne restent pas dans la communauté, c'est comme si l'effort investi à leur arrivée était perdu.
Évidemment, selon nous, l'augmentation des cibles doit aussi s'accompagner d'une augmentation de ressources. En effet, il est important que le gouvernement ait une vue d'ensemble de l'immigration francophone, y compris des étudiants étrangers francophones, des immigrants économiques, des réfugiés francophones qui arrivent, des demandeurs d'asile, comme je l'ai évoqué tout à l'heure, ainsi que des travailleurs temporaires en dehors du Québec. Il faut investir suffisamment d'argent pour que l'accompagnement et l'intégration de ces immigrants dans la communauté se passent très bien. C'est important. Les cibles ne permettront pas à la communauté francophone d'atteindre les 12 %, mais c'est quand même une avancée extrêmement importante pour nos communautés francophones à l'extérieur du Québec.
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Nous ne nous soucions pas tant du mieux-être d'Éducation internationale que de celui du réseau de la formation professionnelle et du milieu de l'emploi.
Je commencerais par mener des consultations, mais 24 heures ne suffiraient probablement pas. En fait, il faut rétablir un équilibre en évaluant les besoins du marché du travail et la situation dans les établissements d'enseignement.
Je ne peux pas parler de la situation dans les autres provinces, mais je peux parler du système éducatif québécois. Il faut évaluer ses besoins à la fois en matière d'innovation et de main-d'œuvre. Actuellement, il y a un déséquilibre qui avantage les établissements d'enseignement supérieur, surtout au niveau universitaire. Il faudrait procéder d'une façon plus chirurgicale, en ciblant les besoins, en changeant le critère d'admissibilité au permis de travail postdiplôme, afin qu'il y ait un champ plus large pour la formation professionnelle, et en se débarrassant du critère de 900 heures, qui nous semble très arbitraire.
La formation de préposé aux bénéficiaires, par exemple, dure moins de 900 heures, et pourtant, c'est l'un des métiers où les travailleurs sont les plus recherchés. Il y a aussi beaucoup de métiers de la construction qui requièrent une formation de moins de 900 heures, et il manque énormément de travailleurs dans ce domaine. Il faudrait donc revoir ces critères afin qu'ils soient moins arbitraires et qu'ils se basent sur les données du marché du travail.
Par ailleurs, nous avons vu d'autres incohérences en lien avec les choix qui sont faits. Par exemple, pourquoi avantage-t-on les étudiants à la maîtrise ou au doctorat par rapport aux étudiants en formation professionnelle relativement au permis de travail ouvert?
Ensuite, je souhaiterais que les agents d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, ou IRCC, connaissent la formation professionnelle. Comme elle est de niveau secondaire et qu'elle diffère un peu du reste de l'écosystème canadien, il y a beaucoup d'erreurs administratives. Certains candidats étrangers répondent à tous les critères d'admissibilité, mais ils voient leur demande de permis d'études refusée, simplement parce que les agents qui traitent leur demande comprennent mal ce qu'est la formation professionnelle.
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Oui, probablement. On entend beaucoup dire que les étudiants étrangers au Canada exercent une pression sur la disponibilité des logements. On sait qu'il y a une pénurie de logements à plusieurs endroits. Cependant, en même temps, on a besoin de travailleurs pour construire ces logements, et les travailleurs qui sont sur les chantiers de construction sont surtout des diplômés de la formation professionnelle. Ils peuvent donc contribuer à régler le problème. Malheureusement, il y a des obstacles qui les en empêche, car toutes les formations ne durent pas 900 heures et qui donnent accès au permis de travail postdiplôme.
Encore une fois, au Québec, on parle d'un petit nombre d'étudiants étrangers. Le plus grand nombre qu'on a vu dans une année est 10 000. Sinon, il s'agit de 6 000 ou 7 000 étudiants étrangers, dont la très grande majorité est répartie dans 138 établissements à l'extérieur de Montréal. À Alma, comme M. Carette l'a dit, on est capable d'accompagner les 70 ou 100 étudiants qui arrivent et de leur trouver un logement. Ce n'est pas un très grand nombre, si on le compare à ceux des établissements beaucoup plus grands qui accueillent des milliers d'étudiants, ce qui peut exercer une pression sur certaines communautés. Cela n'a rien à voir avec le nombre d'étudiants étrangers que nous accueillons.
Bien sûr, il faut considérer la capacité d'accueil, mais il ne faut pas seulement voir l'arbre; il faut regarder la forêt pour savoir où se trouve réellement le problème.
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Je ne peux pas parler pour l'ensemble de la province, mais je peux donner un exemple concret de la région du Saguenay—Lac‑Saint‑Jean.
Nous nous étions dotés de mécanismes pour nous assurer, comme je le mentionnais, de bien accueillir et de favoriser l'inclusion des étudiants étrangers. Une des premières étapes a consisté à nous fixer des cibles nous-mêmes. Nous nous étions fixé un chiffre d'environ 20 % d'étudiants étrangers dans nos programmes, en nous disant que nous voulions que l'accueil se passe bien et que nous puissions mener les étudiants à la délivrance de diplômes. Nous voulions pouvoir mettre en œuvre un accompagnement sur le plan de la démarche d'immigration, mais aussi pour l'arrivée à l'aéroport, la recherche de logement et les difficultés d'adaptation culturelle qu'il peut y avoir en cours de route.
La limite que nous nous étions fixée, il y a deux ans, était de 20 %, mais, l'an dernier, nous avons atteint 14 % d'étudiants étrangers, et, cette année, nous n'atteindrons pas 10 %. C'est donc vraiment plus bas que la capacité d'accueil théorique que nous nous étions fixée.
[Traduction]
Merci beaucoup, madame Sacko.
Merci, madame Sodhi.
Je vais passer à M. Menegakis dans une minute, mais j'aimerais d'abord revenir sur une question que M. Ma a posée.
Madame van der Knaap, on vous a demandé si nous devrions veiller à répondre aux besoins en main-d'œuvre des provinces. Vous avez dit que vous étiez tout à fait d'accord avec cela.
Croyez-vous que les données dont nous disposons au sujet des compétences et de la main-d'œuvre locales et régionales — non seulement au Québec, mais dans tout le pays — sont suffisantes? Croyez-vous que nous disposons de données suffisantes et facilement accessibles?
Il semble que ce soit unanime.
C'est une excellente proposition, monsieur Menegakis. Je vous en remercie.
Je voudrais terminer le présent segment en remerciant nos invités pour leurs excellents témoignages.
Je tiens aussi à remercier tous mes collègues des très bonnes questions qu'ils ont posées à nos témoins.
Nous allons suspendre nos travaux pendant environ cinq minutes afin de prendre officiellement congé de nos témoins, puis nous nous réunirons à huis clos pour discuter des affaires du Comité.
[La séance se poursuit à huis clos.]