:
J'ouvre maintenant la séance.
Bienvenue à la neuvième réunion du Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes.
Le Comité se réunit dans le cadre de son étude sur la prévention du suicide chez les anciens combattants.
[Traduction]
Avant que nous accueillions nos témoins, j'aimerais adresser un avertissement aux personnes qui nous regardent. Nous allons discuter d'expériences liées au suicide et au deuil. Cela pourrait déclencher des réactions chez les téléspectateurs ayant vécu des expériences similaires.
Si vous vous sentez bouleversé ou avez besoin d'aide, veuillez en informer notre greffier. Pour tous les témoins et les députés, il est important de reconnaître qu'il s'agit de discussions difficiles. De plus, si vous, les témoins, ne vous sentez pas à l'aise à un moment donné, veuillez nous en faire part. Nous pouvons suspendre la séance pour vous.
J'aimerais faire quelques observations à l'intention des témoins et des députés, en particulier ceux qui assistent à la réunion à distance.
Veuillez attendre que je vous nomme avant de prendre la parole. Pour les personnes qui sont sur Zoom, cliquez sur l'icône du microphone pour activer votre micro, et veuillez le mettre en sourdine lorsque vous n'avez pas la parole.
Pour ceux qui sont sur Zoom, au bas de votre écran, vous pouvez sélectionner le canal approprié pour l'interprétation: parquet, anglais ou français. Pour ceux qui sont dans la salle, vous pouvez utiliser l'oreillette et sélectionner le canal désiré.
[Français]
Je vous rappelle que toutes les observations faites par les députés et les témoins doivent être adressées à la présidence.
J'aimerais maintenant souhaiter la bienvenue aux témoins.
Parmi nous en personne, nous avons la caporale à la retraite Christine Gauthier, à qui je souhaite la bienvenue et que je remercie pour son service militaire.
[Traduction]
Nous accueillons également Mme Kelsie Sheren, experte en résilience mentale.
[Français]
Vous disposerez de cinq minutes chacune pour faire votre allocution, après quoi nous procéderons à une période de questions qui vous seront posées par les membres du Comité.
Madame Gauthier, vous avez la parole pour cinq minutes.
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Merci, madame la présidente.
J'aimerais commencer par dire que c'est ma deuxième comparution devant votre comité. J'y suis venue en décembre 2022. Je gagnerais donc du temps si je n'avais pas à me présenter de nouveau. Je ne sais pas si vous tenez à ce que je vous présente tous mes états de service, mais j'ai servi pendant 10 ans, de 1988 à 1998. Depuis, j'ai une incapacité totale et permanente, selon ce qui a été déclaré. Cela dit, j'aimerais vraiment prendre le temps qui m'est donné aujourd'hui pour raconter ce qui se passe dans le présent. Je ne veux pas être quelqu'un qui revient sans cesse sur le passé. Je veux aller de l'avant et j'aimerais qu'on m'en donne l'occasion.
La dernière fois que j'ai témoigné devant votre comité, j'avais apporté deux valises comme celle-ci. Cette fois-ci, j'en ai apporté juste une, mais ce n'est pas parce que la situation s'est améliorée. C'est parce que j'ai seulement apporté les dossiers des trois dernières années qui n'ont toujours pas été réglés.
Ceux qui connaissent mon histoire savent que ça a pris cinq ans, après en avoir obtenu l'autorisation, avant qu'un ascenseur soit installé chez moi, et ce n'est pas encore fini. Anciens Combattants Canada, ou ACC, ne m'a pas encore remboursé les sommes que j'ai versées au complet à l'entrepreneur. Le dossier que j'ai ici avec moi ne représente que la dernière année de la saga de l'ascenseur.
Les délais de traitement d'ACC sont interminables. Je dois sans cesse recommencer les démarches avec ACC et tous les sous-traitants qu'il engage, comme la Croix bleue et Lifemark. Je ne peux même pas vous décrire le fardeau que ça représente. Cette tâche est difficile autant pour nous, qui avons à l'assumer, que pour tous ceux qui sont impliqués. En effet, il y a des gens là-dedans qui font des efforts pour nous aider, mais qui ont les mains liées.
La semaine passée, nous avons eu une rencontre multidisciplinaire avec sept personnes du milieu des soins de santé. Je me présente devant vous aujourd'hui en sachant que, la semaine prochaine, je vais devoir décider si je veux me faire traiter à la kétamine ou par électrochocs. Je me fais dire que j'ai trop de résistance et que je devrais me faire mettre dans un fauteuil électrique. C'est la conversation que j'ai eue la semaine passée. Je vais devoir fournir des réponses la semaine prochaine, sinon on va fermer mon dossier au service de psychiatrie de l'Hôpital Sainte‑Anne.
Je suis venue ici et, dès le début, j'ai demandé de l'aide. L'aide, nous ne la recevons pas. Chaque fois que vous pensez nous aider ou que vous nous dites que vous allez nous aider, puis que vous nous jetez une pelletée de terre de plus sur la tête, ça ne fait que nous ensevelir de plus en plus.
J'aimerais maintenant parler de l'accès à l'information.
[Traduction]
M. Richards m'a demandé, lors de notre dernière visite, de demander à obtenir mon dossier aux archives. Je l'ai fait avec Joël à ce moment‑là. Je n'ai encore rien reçu de leur part. C'est là où j'en suis.
Je regarde toutes les personnes présentes autour de la table. Les personnes qui étaient ici la dernière fois ne sont pas revenues. Rien ne se produit.
J'ai envoyé une lettre à l'ancienne ministre, , lorsqu'elle est entrée en fonction. Je n'ai jamais reçu de réponse, et je sais que je n'en recevrai pas, puisqu'elle ne représente plus le ministère.
Je suis désolée. Je dois lire mes notes en français et en anglais, puis traduire.
J'ai ici le dossier qui concerne toutes mes invalidités, dont j'ai parlé à ma dernière visite, pour lesquelles les demandes n'ont pas encore été traitées, depuis 1998. Ils ne cessent de renvoyer certaines d'entre elles en disant qu'elles ne contiennent pas les bons termes médicaux, mais ce n'est pas moi qui donne les termes médicaux. Toutes ces demandes ont été renvoyées. J'ai apporté seulement celles de l'an dernier.
Je suis ici encore une fois. Je vais simplement vous adresser un appel du fond du cœur, car je ne sais plus quoi dire que je n'ai pas déjà dit. Je veux simplement vivre. Je veux simplement pouvoir mener mes activités quotidiennes, ce que je ne peux plus faire. Ces cinq années d'attente pour l'ascenseur m'ont causé tellement de blessures que j'attends maintenant six opérations chirurgicales aux deux bras: les deux coudes, les épaules et les poignets.
Après un an d'attente, j'ai appris la semaine dernière que, selon eux, les risques et les avantages des chirurgies ne sont peut-être pas très bons parce que je vieillis — comme vous tous — à chaque minute qui passe, et encore plus avec tout ce que j'ai à gérer.
J'ai acheté une balle au magasin à un dollar pour m'aider à soulager la pression sur mon coude lorsque je suis allongée. Quand je dis que je fais tous les efforts possibles pour trouver l'équipement minimal et le soutien dont j'ai besoin pour passer à travers...
Je vous invite tous à venir constater les choses par vous-mêmes. Vous pourrez voir tout cela, si vous le souhaitez.
Je voudrais prendre le temps de répondre à vos questions. Vous avez mes coordonnées... Je serai disponible pour vous rencontrer à tout moment. Je ne suis pas la seule à être touchée dans cette affaire. Mon conjoint est avec moi. Nous sommes ensemble depuis 30 ans. C'est un vétéran lui aussi, et il vit exactement la même chose.
Je suis désolée; je ne voulais pas être émotive, mais je suis exaspérée, fatiguée et sur le point d'exploser. Je ne sais pas ce que je peux vous dire d'autre.
J'aimerais répondre à toutes vos questions.
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Bonjour, mesdames et messieurs.
Je ne sais pas si vous savez qui je suis, mais j'espère qu'à la fin de mon témoignage, vous vous en souviendrez. Je sais qu'il est facile d'oublier qui nous sommes, alors voyons si vous pourrez vous en souvenir.
J'ai servi mon pays à l'âge de 18 ans. Je suis partie à la guerre pour vous, une guerre qui, je le sais aujourd'hui, comme beaucoup d'entre nous le savent, était fondée sur des mensonges. J'ai enterré des amis sous le même drapeau qui flotte dans cette salle, et j'ai vu ce même drapeau être brûlé à l'extérieur de ces murs tandis que vous restiez tous silencieux, qualifiant cela de liberté, alors que nous savons tous qu'il s'agit de terrorisme.
Voici la vérité: le Canada ne comptabilise pas les suicides des anciens combattants. Vous ne l'avez jamais fait. Si vous ne nous comptez pas, vous n'avez pas à admettre que vous nous avez laissés tomber. Chaque jour depuis l'Afghanistan, un autre ancien combattant canadien se suicide — parfois deux, parfois plus, mais vous ne le savez pas —, et le gouvernement du Canada refuse toujours d'en faire le suivi, de le publier ou d'y faire face. Vous vous cachez derrière une étude de 2016 qui est dépassée, et cela ne suffit pas. C'est de la lâcheté.
À notre retour, nous avons été négligés, confrontés à la bureaucratie et à la trahison, et lorsque les anciens combattants demandent de l'aide, ce gouvernement envoie des enquêteurs, pas des guérisseurs. Nous sommes suivis, surveillés, drogués sans être traités, et lorsque cela ne fonctionne pas, notre système nous offre la mort.
J'ai contribué à révéler l'affaire dans mon émission lorsque le ministère des Anciens Combattants a commencé à proposer l'aide médicale à mourir à cette charmante dame ici. Vous avez dit que cela avait cessé. Voici un fait intéressant: ce n'est pas le cas. Vous continuez à proposer l'aide médicale à mourir, à conclure des ententes de non-divulgations et à verser des montants pour nous faire taire. Je sais que c'est un fait, car bien des gens m'en parlent en privé. Plus de 20 anciens combattants m'ont confirmé qu'on leur avait proposé l'aide médicale à mourir, et il y en a d'autres. J'en ai la preuve. Proposer la mort à ceux que vous avez envoyés à la guerre, c'est de la pourriture morale, celle qui gangrène ce gouvernement. C'est une trahison de la pire espèce.
Proposer l'aide médicale à mourir à des personnes souffrant de stress post-traumatique est complètement fou. Des études montrent que 46 % des personnes souffrant de stress post-traumatique ont des pensées suicidaires et que 19 % tentent de se suicider sans même qu'on le leur propose... C'est beaucoup plus facile de leur tendre une carotte, n'est‑ce pas?
Voyez-vous, vous n'avez pas vraiment besoin de leur offrir une aiguille, un paralysant ou un médicament qui remplit leurs poumons pendant qu'ils se noient dans leur propre liquide corporel. Vous pouvez simplement leur offrir de l'aide. Au lieu de cela, vous menacez de nous retirer nos prestations si nous nous exprimons. Je le sais parce que vous envoyez des détectives privés me suivre partout et que vous me menacez par courriel. Votre propre député et votre propre premier ministre l'ont fait. Je le sais parce que j'en ai également la preuve écrite.
Votre silence à notre égard n'apporte que de la bureaucratie et de la peur. Votre ... Ouf. C'est une potiche sans aucune crédibilité qui bloque les anciens combattants en ligne pour avoir dit la vérité. Je le sais aussi parce qu'elle m'a demandé de poser avec elle pour une photo. Quand j'ai refusé, elle a commencé à bloquer mes publications sur les réseaux sociaux parce que je dénonçais son comportement hypocrite. Les dirigeants faibles comme Jill McKnight engendrent des gestionnaires de cas qui pensent pouvoir tout se permettre, et même nous offrir de mourir. L'une des raisons pour lesquelles je dis cela avec tant d'assurance est que je viens de donner une conférence de presse ce matin sur l'aide médicale à mourir et l'élargissement que vous souhaitez tous mettre en place.
Parallèlement — c'est vraiment intéressant —, la sénatrice Pamela Wallin, de la Saskatchewan, organise ce soir une réunion secrète — à laquelle vous pouvez tous participer — entre des députés et des sénateurs et Mourir dans la dignité, l'organisation pro-euthanasie financée par le gouvernement canadien, afin de faire pression sur le gouvernement pour qu'il continue à promouvoir la mort comme solution pour les personnes handicapées, les sans-abri, les personnes atteintes de maladie mentale et les anciens combattants. La sénatrice qui dit se soucier de la vie des anciens combattants a bâti une plateforme politique sur notre dos, et aujourd'hui, elle exerce des pressions dans une autre pièce pour nous tuer.
On ne répare pas un système défaillant en euthanasiant des gens. Alors que vous financez la mort et continuerez de l'élargir en 2027, vous refusez des traitements qui sauvent des vies. Il existe, je ne sais pas, la thérapie assistée par les psychédéliques, prenons celle‑là, pour laquelle il existe une étude évaluée par des pairs et un traitement éprouvé pour traiter l'état de stress post-traumatique et la dépression. D'autres pays non seulement l'étudient, mais l'utilisent aussi avec succès, tandis que le Canada continue de la bureaucratiser. Je le sais parce que je suis la seule personne dans l'histoire du Canada à avoir reçu légalement de la psilocybine à des fins médicales hors du cadre d'un essai clinique. Avant que ma demande soit approuvée, Santé Canada m'a proposé une thérapie par électrochocs — et je suis vraiment désolée qu'ils vous aient proposé cela; ne le faites surtout pas.
Il existe d'autres solutions, alors réfléchissez‑y. Ce gouvernement préfère électrocuter le cerveau d'une personne qui a subi un traumatisme crânien plutôt que de me proposer l'utilisation d'une plante.
L'une des raisons pour lesquelles je suis en vie, et la seule raison pour laquelle je suis en vie, c'est qu'Apex Labs s'est battu pour obtenir l'accès à ce programme spécial extrêmement difficile. Ce n'est pas grâce à ce gouvernement; en fait, il a fait tout ce qu'il pouvait pour m'en empêcher. Tous les traitements qui m'ont aidé provenaient de l'extérieur du Canada, à l'exception de celui du Dr Greg Passey, à Vancouver, et ont été payés par des organismes américains comme Heroic Hearts Project et Defenders of Freedom, ainsi que par des donateurs privés, et non par ce gouvernement.
Pendant qu'on distribue des opioïdes dans des distributeurs automatiques en prétendant aider, nous supplions le gouvernement de nous offrir des solutions réelles, mais il refuse d'en fournir.
C'est à cela que ressemble la trahison. Vous dépensez 32 milliards de dollars par an pour des programmes destinés aux Autochtones et aux anciens combattants, mais cet argent ne parvient jamais aux personnes qui en ont besoin. Il se perd dans des comités comme celui‑ci, pour de la paperasserie et des séances de photos. Pendant ce temps, un demi-milliard de dollars est consacré à des guerres à l'étranger, alors que les soldats canadiens qui ont combattu ne peuvent pas bénéficier de soins de base.
Soyons radicalement honnêtes, d'accord? Cette salle, cette audience, c'est du théâtre, et vous le savez tous, parce que quelque part dans ce pays, ce pays qui ressemblait au Canada, qui agissait, sentait, parlait et marchait comme le Canada, un ancien combattant ne survivra pas jusqu'au matin. Une famille perdra un être cher, un enfant grandira sans son parent, et le vide que ces anciens combattants laisseront ne sera jamais comblé.
Ce ne sera pas parce qu'ils étaient faibles et qu'ils n'ont pas essayé chaque minute de leur vie de simplement continuer à respirer. Ce sera parce que ce pays qui les a envoyés à la guerre et qui continue d'envoyer des enfants à la guerre en s'appuyant sur des mensonges refuse de s'occuper d'eux, et ce sera votre faute. Le sang sera sur vos mains, pas sur les miennes cette fois‑ci. Je dirai à tous ceux qui me demanderont mon avis, s'ils veulent s'enrôler: « Ne le faites pas; ils vous laisseront mourir et enjamberont votre corps pour donner à un immigrant les avantages pour lesquels vous vous êtes battu toute votre carrière. »
Les anciens combattants ne demandent pas la pitié. Nous exigeons la responsabilité. Dénombrez chaque décès. Publiez les données. Mettez fin à la politique visant à proposer l'aide médicale à mourir. Avons-nous perdu la tête? Financez les traitements qui fonctionnent. Formez de véritables gestionnaires de cas qui parlent anglais et comprennent ce que nous vivons. Cessez de vendre nos soins à des compagnies d'assurance comme Manulife, car vous avez fait cela aussi.
Vous nous qualifiez de héros quand cela vous arrange et de terroristes quand nous nous exprimons. Ce n'est pas du leadership. C'est une honte. Nous avons été formés pour nous battre pour ce pays et nous sommes maintenant obligés de nous battre contre lui simplement pour rester en vie après l'avoir servi.
Oui, je vis avec un syndrome de stress post-traumatique, un traumatisme cérébral, un trouble dépressif majeur, une perte auditive et une dépression résistante au traitement, mais je suis toujours là, et je passerai le reste de ma vie à dénoncer les échecs de ce gouvernement jusqu'à ce que plus aucun ancien combattant et plus aucune personne dans ce pays ne considère l'aide médicale à mourir comme une issue, jamais. Si vous nous ignorez après aujourd'hui, tous les suicides qui suivront vous seront imputables, car ce que vous refusez d'affronter, vous choisissez de le permettre.
Financez les vraies solutions. Cessez de privilégier les médicaments et la mort plutôt que la guérison et l'humanité.
Nous avons un principe, dans l'armée: nous ne laissons jamais personne derrière. Il est temps que le gouvernement commence à appliquer ce principe.
Merci.
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Je vous remercie, et je vous présente toutes mes excuses. L'informatique m'a joué de vilains tours aujourd'hui.
Je tiens à vous remercier sincèrement, madame la présidente, ainsi que les membres du Comité, pour votre invitation à comparaître à titre de témoin. Si je témoigne devant vous aujourd'hui, c'est en raison du suicide de mon fils, le caporal Stuart Langridge, mais aussi des problèmes auxquels il a été confronté parce qu'il a reçu des soins médicaux inadéquats relativement à un trouble de stress post-traumatique.
Lorsque j'ai rencontré ma défunte épouse, Sheila, Stuart avait six ans. Avec le temps, nous avons développé une véritable relation père-fils. Son père biologique est mort. À l'âge de 10 ans, Stuart a visité une exposition des forces armées à la Pacific National Exhibition. Il est revenu à la maison avec une photo instantanée prise à l'intérieur d'un véhicule blindé. Il portait un casque et arborait un large sourire. Il a su dès lors qu'il voulait être un soldat. Il a joint le corps de cadets à l'âge de 12 ans, et à 17 ans, il est devenu réserviste dans le British Columbia Regiment. Il s'est porté volontaire à trois reprises pour faire partie de la garde d'honneur et se tenir debout avec son fusil pendant la veille lors du jour du Souvenir.
À 20 ans, Stuart a joint la force régulière et a été transféré à Edmonton dans l'unité Lord Strathcona's Horse. Il a combattu des incendies de forêt. Il a été déployé en Bosnie et en Afghanistan. Il apparaît dans le documentaire sur les militaires Truth, Duty, Valour. Il a obtenu le poste de tireur dans l'un des quatre équipages de char envoyés pour concourir contre les troupes américaines.
En Afghanistan, il faisait de la reconnaissance et passait la majorité de son temps en dehors du périmètre de sécurité, dans les montagnes. Il faisait de la surveillance pour les troupes. Il a reçu un médaillon du commandant, et on disait de lui qu'il s'acquittait de son service militaire avec sérieux. Il était un soldat exemplaire, et dans sa dernière évaluation de rendement, il arrivait au premier rang parmi ses pairs dans les recommandations de promotion.
Il était sous traitement médical et censé être sous surveillance étroite à cause d'un risque de suicide lorsqu'il s'est pendu dans une salle de caserne à la BFC Edmonton. La mort de Stuart a été dévastatrice, d'autant plus qu'elle aurait vraisemblablement pu être évitée. Si nous nous attendions à de mauvaises nouvelles pendant ses déploiements, nous le pensions en sécurité depuis qu'il était de retour au pays. J'ai prononcé son oraison funèbre le jour de son 29e anniversaire.
Une année auparavant, Stuart suivait des formations pour obtenir une promotion lorsqu'il a admis dans un questionnaire qu'il souffrait de douleurs à la poitrine. Il a été immédiatement rapatrié à Edmonton, et il a commencé un traitement à l'unité médicale de la base. On a prescrit à Stuart un cocktail de médicaments, mais son état n'a fait que s'aggraver. Il a tenté de se suicider à cinq reprises. Souffrant de terreurs et de sueurs nocturnes, il a commencé à se médicamenter avec de l'alcool et de la marijuana. La reconnaissance de la marijuana comme traitement depuis a été une étonnante ironie du sort. En désespoir de cause, Stuart a demandé d'être hospitalisé dans un hôpital psychiatrique. Nous avons été soulagés lorsqu'il a décidé de chercher de l'aide professionnelle, mais nous comprenons maintenant qu'en faisant cela, il est passé outre les médecins de la base et a usurpé leur rôle.
À la fin de son internement de 30 jours, Stuart a demandé d'être immédiatement admis dans un programme de traitement. On lui a plutôt ordonné de revenir sur la base. Un conseiller a appelé Sheila et lui a garanti que Stuart était sous surveillance tous les jours, 24 heures par jour, et qu'il était en sécurité. Il devait vivre dans la salle des contrevenants, garder sa porte ouverte et se présenter toutes les deux heures. C'était une version spéciale de la discipline à laquelle sont soumis les contrevenants; c'était humiliant pour lui. Étonnamment, ces restrictions devaient permettre à Stuart, selon son dossier, de « mériter » d'autres traitements.
À la mort de Stuart, la décision de refuser son admission au programme de traitement avait déjà été prise. Nous croyons que Stuart l'a appris et que cela a précipité sa mort le lendemain. Dans le mot qu'il a laissé à sa famille, il s'excusait de ne plus pouvoir supporter la douleur. L'accès à un traitement médical ne devrait pas se mériter. C'est le droit de tout soldat.
Une commission d'enquête à la base a conclu que Stuart ne pouvait pas avoir développé un trouble de stress post-traumatique en patrouillant en Afghanistan. Le psychologue qui a fait passer des tests à Stuart n'a pas été appelé à témoigner. Il avait fait un diagnostic provisoire de trouble de stress post-traumatique et avait recommandé que des médecins revoient celui‑ci. Le contrat du médecin a pris fin, et je n'ai pas pu trouver la moindre indication dans le dossier médical de Stuart qu'un suivi avait été fait. Stuart avait aussi passé des tests à l'hôpital psychiatrique qui pointaient vers un diagnostic de trouble de stress post-traumatique. L'équipe de soins de Stuart a placé la barre pour mesurer l'efficacité du traitement très bas. Voici comment nous mesurons cette efficacité: notre fils est mort.
À l'époque, les Forces armées canadiennes ont nié publiquement l'existence d'un problème de suicide. La culture d'alors était de ne pas se conduire en mauviette. Les personnes souffrant d'un trouble de stress post-traumatique étaient qualifiées de « malade imaginaire », de « comédien » et de « raté ».
Après que nous avons exprimé publiquement nos préoccupations, Stuart a reçu à titre posthume la Médaille du sacrifice, et la cause de sa mort a été attribuée aux services qu'il a rendus au Canada.
Au cours des années qui ont suivi, Sheila et moi avons été soutenus par la communauté des vétérans. Sur la recommandation de ses membres, Sheila a reçu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, et nous avons tous deux été reçus dans l'Ordre de Saint-George.
Le trouble de stress post-traumatique est une blessure bien réelle, comme le montrent maintenant les scintigraphies du cerveau. Une discipline informelle n'était pas un substitut à de vrais soins médicaux. Il est réconfortant de voir que depuis la mort de Stuart, il y a eu un changement de paradigme complet en ce qui a trait à la reconnaissance et au traitement du trouble de stress post-traumatique. Les vétérans, grâce au pouvoir de leur réseau et à votre travail, ont fait évoluer les choses. Tous les vétérans ont servi leur pays, mais nous en avons trop demandé à certains d'entre eux.
Les préjugés entourant le trouble de stress post-traumatique ont été un frein à l'obtention de traitement pour bon nombre. Ils ont souvent empêché ou retardé les demandes d'aide. Le nombre effarant de victimes a toutefois mis en évidence le problème et mobilisé des ressources et de l'expertise. Toutefois, une forme de préjugé demeure. On fait la distinction entre les militaires tombés en raison de blessures physiques et ceux tombés en raison de blessures psychologiques. Si un militaire meurt outremer, même par suicide, on honore sa mémoire comme soldat tué au champ d'honneur. Par contre, s'il se suicide plus tard parce qu'il est revenu hanté par la guerre, il tombe dans l'oubli. Son nom n'apparaît sur aucun des monuments commémoratifs en granit.
Lorsqu'on a demandé à Sheila de déposer la couronne de la Mère de la Croix d'argent à Victoria, un officier des affaires publiques a dit à un journaliste qu'elle ne méritait pas cet honneur, et il a calomnié notre famille. Le journaliste rapporte aussi avoir été averti que s'il n'arrêtait pas d'écrire au sujet de Langridge, il n'obtiendrait plus jamais d'entrevues avec le chef d'état-major de la défense. Nous avons été surpris d'apprendre que l'armée menait activement une campagne de dénigrement en coulisse parce que nous avions parlé.
Depuis l'Afghanistan, bien des choses ont été faites à l'égard des traumatismes liés au stress opérationnel, mais je crois que nous devrions faire un pas de plus. Tous ceux tombés au champ d'honneur portaient le même uniforme et ils ont pris les mêmes risques. Leur mémoire devrait être honorée. Par osmose, ce système à deux niveaux stigmatise les victimes d'un trouble de stress post-traumatique qui meurent au Canada.
Je suis conscient que cette préoccupation dépasse la portée des travaux du comité, mais j'espère que vous ferez la lumière sur cette disparité et que vous entreprendrez et mènerez des discussions sur ce sujet.
Le matin suivant l'appel nous informant de la mort de Stuart, j'ai serré Sheila dans mes bras pendant qu'elle pleurait. Je lui ai dit: « Il faut que quelque chose de positif ressorte de tout ceci, sinon, Stuart sera mort pour rien. » J'espère sincèrement que notre intervention publique a aidé d'autres victimes par la suite.
J'ai récemment lu un feuillet de renseignements des forces armées de l'Australie au sujet du suicide des vétérans. Les chiffres dans ce pays sont également troublants. Pour paraphraser, chaque statistique représente une vie qui a été consacrée à un moment donné au service de ce pays. Ces personnes méritent mieux qu'une commémoration. Elles méritent un système qui fonctionne.
Je vous remercie sincèrement de soutenir les vétérans.
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Merci, madame la présidente.
Je remercie les témoins de leurs témoignages et de leur service.
Le but de cette étude est d'examiner le suicide chez les vétérans et d'essayer de recueillir des données probantes afin de formuler des recommandations pour le prévenir. Une bonne partie des témoignages que nous avons entendus, du moins une partie, portait sur l'aide médicale à mourir. Ce n'est pas directement lié à cette étude, mais certaines des choses qui ont été dites dans les déclarations préliminaires sont effectivement extrêmement graves et extrêmement troublantes, alors j'aimerais d'abord en parler. J'espère pouvoir consacrer la majeure partie de mes six minutes au sujet de l'étude.
Nous savons — ce qui a été prouvé et corroboré —, qu'un employé du ministère des Anciens Combattants a agi de façon inappropriée en s'occupant des clients, des anciens combattants, et de leur dossier en ce qui concerne l'aide médicale à mourir. Au moment où cela a été révélé, le ministre MacAulay a comparu devant le Comité. Il a présenté ses excuses les plus sincères. Il a imploré toute personne qui avait des renseignements sur tout autre cas de les présenter afin qu'une enquête approfondie soit menée.
Je suis ici aujourd'hui pour répéter cette demande. Je peux vous assurer que le fait de conseiller l'aide médicale à mourir ne fait pas partie du mandat d'Anciens Combattants Canada. Cela ne fait pas partie du mandat des gestionnaires de cas. Cela ne fait partie du mandat d'aucune des équipes concernées. S'il y a des preuves à l'appui de ce qui a été dit aujourd'hui, la question doit être soulevée, elle doit faire l'objet d'une enquête et elle doit être réglée, car nous le devons aux vétérans, nous le devons aux employés d'Anciens Combattants et nous le devons à la communauté des vétérans. Je demande que nous menions une enquête sur les renseignements qui ont été fournis ici aujourd'hui. Nous voulons les corroborer, si c'est possible. S'il vous plaît, présentez ces cas pour que cela puisse se faire. Je vous en prie.
Les politiques d'Anciens Combattants ont été mises à jour et ces changements sont entrés en vigueur le 23 août 2022, directement en raison de l'employé dont j'ai parlé. L'équipe des services aux vétérans, les gestionnaires de cas, les agents des services aux vétérans et les gestionnaires de l'équipe des services aux vétérans n'ont pas le mandat de discuter de quoi que ce soit lié à l'aide médicale à mourir avec les vétérans, ni de fournir des conseils là-dessus ou d'en faire la suggestion aux vétérans. Ce service ne fait pas partie de la gamme offerte par Anciens Combattants Canada. Quand un vétéran demande des conseils ou de l'aide pour accéder à l'aide médicale à mourir, ou qu'il en parle dans une conversation, les employés d'Anciens Combattants Canada doivent l'aiguiller vers son médecin traitant ou à son professionnel de la santé, car cela ne fait pas partie du mandat d'Anciens Combattants Canada.
Nous nous rendons compte, comme tous les Canadiens, je pense, que l'aide médicale à mourir est quelque chose de profondément personnel. C'est quelque chose de profondément personnel pour tous ceux qui envisagent cette option et leurs proches, et en fin de compte, pour leur médecin...
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Il y a une personne ici qui peut tenter d'avoir un peu d'espoir.
Je vais revenir sur les propos qui ont été tenus d'entrée de jeu. En effet, tout est éphémère du côté des élus, parce que tout repart après une élection générale. Je suis nouvelle au Comité, mais j'assure quand même la continuité de ce qu'avait mis en place le député de mon parti qui m'a précédée à ce comité, soit Luc Desilets.
Cela dit, je pense qu'il est important de se rappeler une chose. Quand on est élu, on veut faire un bon travail. On veut laisser sa marque, mais, surtout, on veut se faire réélire. Alors, on a des choix à faire et des gestes à poser. Or, dépendamment de l'endroit où on se situe, il est évident que la joute parlementaire prend très souvent le dessus sur les valeurs d'un élu. C'est une réalité. On dit que notre démocratie a ses faiblesses. À cet égard, vous êtes des victimes de la faiblesse de la démocratie, du fait qu'on ne met pas à l'avant-plan l'individu qu'on était quand on a été élu. Pourquoi? Parfois, je me pose la question.
Dans la vie, quand une personne chérit quelqu'un, que ce soit ses amis ou ses enfants, elle les estime. Or, estimer quelqu'un, c'est lui donner des soins, l'accompagner, mais aussi le comprendre. Les plus belles réalisations de ma vie, je les ai eues quand j'ai osé faire de l'observation directe et aller voir ce qui se passait vraiment. Non, je n'irai pas sur le terrain à proprement parler, mais ça prend une curiosité. Il faut aussi avoir le goût d'essayer de comprendre la réalité de chacun.
Avec tout ça vient la nécessité de faire certaines demandes, de donner certaines choses et de faire face à la réalité. Il faut accepter la réalité, même lorsqu'on observe des failles aussi incroyables. J'ai parlé avec des vétérans dans ma circonscription, et ils m'ont dit qu'il y avait potentiellement 22 suicides par jour. J'ai trouvé ça renversant. Ce sont peut-être les chiffres d'il y a 10 ans.
Avez-vous des statistiques actuelles sur le nombre de suicides par jour?
En ce moment, on est pris dans un système. Le budget fédéral sera présenté prochainement, soit le 4 novembre, et notre intérêt est de savoir ce qui va se passer. On veut augmenter les fonds consacrés à la défense nationale, mais une majorité de gens sont en situation de souffrance.
Dans votre cas, on vous a incités à servir dans les Forces en vous promettant non seulement qu'on vous en serait reconnaissant, mais aussi qu'on vous accompagnerait jusqu'à la fin de vos jours. Or, ce n'est pas ce qui se passe. Qu'est-ce qui se passe quand votre service militaire est terminé? Il se passe des histoires comme celles que vous nous décrivez. Vous devenez des victimes, parce qu'à un moment donné on a décidé que, une fois leur service militaire accompli, on allait ramener ces gens dans leur propre système.
Moi, je ne serai jamais au pouvoir, parce que mes intérêts sont centrés sur les gens du Québec, même si ça sert l'ensemble des Canadiens, évidemment. Cela dit, une chose me frustre beaucoup. Je me rends compte qu'on met beaucoup d'énergie pour gagner la sympathie des gens en ce qui concerne des services qui ne relèvent même pas des champs de compétence du gouvernement fédéral, comme les médicaments et les soins de santé. Cependant, quand les gens arrivent au point où ils en ont besoin, il y a une brèche dans la continuité des services, alors que, techniquement, ça ne devrait absolument pas être le cas. Un délai de traitement de cinq ans, ça n'a aucun sens. Ce n'est pas normal qu'on soit obligé d'aller à l'émission Lagacé le matin, sur les ondes du 98,5 à Montréal, afin d'expliquer où la situation en est rendue, pour que, tout d'un coup, les choses se mettent en branle.
C'est donc un cri du cœur que je lance. Sachez que nous avons tous un bon fond, mais que nous sommes pris dans un système et que nous sommes malheureusement victimes d'impuissance.
Je termine là-dessus, mais j'y reviendrai plus tard, parce que je veux entendre vos commentaires sur ce que je viens de dire.
La situation est gênante.
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Je suis désolé. C'est une question difficile.
Je pense que tout le monde dans la salle sait, intuitivement ou pour l'avoir vécu directement, que notre système n'est pas parfait. Nous échouons encore. La fragilité humaine est toujours présente. Cependant, c'est le jour et la nuit lorsqu'on compare le traitement offert aux victimes du TSPT il y a 17 ans à celui offert aujourd'hui, parce qu'à l'époque, non seulement on ignorait ce problème, on niait même son existence.
Il y a encore beaucoup à faire, comme l'ont dit les Australiens, pour nos anciens combattants. Dans le cadre de mon expérience personnelle, nous avons créé des liens d'amitié. Nous avons reçu du soutien et de l'aide de la communauté des anciens combattants. La plupart d'entre eux ont le cœur sur la main. Il n'y a pas de meilleures personnes, et ils auront toujours mon respect et mon amour. Ils méritent tellement plus.
Je ne connais pas assez bien le système pour entrer dans les subtilités et dire quelles parties doivent être modifiées ou améliorées. Cependant, je tiens à souligner qu'il y a quelques années, l'armée américaine a financé une recherche dans les universités californiennes. L'une des conclusions de l'analyse des scintigraphies du cerveau des victimes de TSPT était que leur cerveau avait généralement rétréci de 10 % et que l'hippocampe, qui contrôle les impulsions et tout le reste, s'était atrophié. Bien sûr, des militaires se mettaient dans le pétrin pour des comportements impulsifs. Cela faisait partie des conséquences de leur blessure. On a dit qu'ils avaient un problème de discipline, mais ce problème n'allait pas être réglé ou n'aurait pas dû être traité comme un problème de discipline.
Je suis désolé. J'appuie entièrement ce que disent vos témoins et les efforts qu'ils déploient, ainsi que toutes les autres personnes qui se sont manifestées pour aider à faire avancer les choses. Je remercie le Comité et tous ceux qui ont contribué au soutien des anciens combattants. Ils méritent vraiment qu'on les aide. Ce n'est pas un cadeau qu'on leur fait en tant qu'organisme de bienfaisance. Ils méritent toutes les aides médicales et toutes les autres formes d'aide possibles qu'ils reçoivent.
Je vous remercie de la question.
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Je sais que nous avons très peu de temps, mais c'est très simple. Il y a deux ans, j'ai mené une étude sur les traitements émergents pour les anciens combattants et les premiers intervenants. Vous avez dit que vous alliez nous donner du financement pour la recherche sur la psychothérapie axée sur les drogues psychédéliques. Vous avez dit que nous avions la preuve qu'il fallait. Donnez-nous ce financement.
L'étape suivante consiste à mettre fin au contrat avec Manuvie. Mettez‑y fin complètement. Il faut arrêter de nous affecter des gestionnaires de cas qui ne parlent pas anglais. Je n'exagère pas et je ne plaisante pas. Nous ne répondrons pas à leurs appels. Ils sont extrêmement provocateurs. Il faut arrêter de prescrire trop de médicaments. La kétamine ne fonctionne pas à long terme.
Je vais vite parce que nous n'avons pas le temps.
Il faut commencer à se pencher sur des choses comme la condition physique, la communauté, le régime alimentaire et l'exercice physique. Arrêtez de prescrire des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, ou ISRS. Ils sont dommageables. Une bonne santé est deux fois plus bénéfique que les ISRS. Arrêtez de nous donner un médicament à prendre le matin et le soir. Arrêtez de nous dire que nous sommes des menteurs. Arrêtez de nous dire que ce que nous disons ne se produit pas, parce que nous pouvons le prouver. De plus, arrêtez de nous dire que nous devons cesser de prier d'une certaine façon lors de nos cérémonies du jour du Souvenir.
Dans notre communauté, ces choses sont importantes, mais notre communauté est brisée lorsque vous nous dites que nous ne pouvons pas nous exprimer à voix haute. Nous avons de vraies solutions. Vous ne nous écoutez pas.
Ne me dites pas que vous n'avez pas d'argent. Vous venez de donner 189 millions de dollars à des entreprises appartenant à des Noirs. Vous avez donné 500 millions de dollars à l'Ukraine. Vous avez donné 100 millions de dollars de plus ailleurs, et vous cachez plus d'impôts par l'entremise de notre . Je vous dis qu'il y a de l'argent.
Nous voulons nous aider nous-mêmes. Nos propres organismes de bienfaisance le font. Mon entreprise contribue à le faire. Elle comble les lacunes que vous n'avez pas comblées. Nous avons les solutions. Vous nous liez les mains, vous nous attachez des briques aux pieds et vous nous jetez dans l'océan en disant: « Nous n'avons pas la solution. » Ce sont des mensonges. Ce sont des excuses. Nous avons les solutions.
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Il y a consentement unanime.
Merci, monsieur Clark.
Avant de présenter notre deuxième groupe de témoins, j'aimerais faire une mise en garde à l'intention des gens qui suivent nos délibérations. Nous allons discuter d'expériences liées au suicide et au deuil, qui peuvent être un élément déclencheur pour des personnes ayant vécu une expérience semblable. Pour tous les témoins et tous les députés, il est important de reconnaître que ce sont des discussions difficiles.
Je m'adresse maintenant à nos témoins: si, à un moment donné, vous ne vous sentez pas à l'aise, veuillez nous en faire part. Nous pouvons suspendre la séance pour vous.
J'aimerais maintenant présenter notre prochain groupe de témoins.
Nous accueillons M. Kenneth Bennett, adjudant à la retraite, qui comparaît à titre personnel.
Bienvenue.
Nous accueillons aussi M. Brendan Hynes, qui comparaît également à titre personnel.
Merci beaucoup, monsieur, d'être ici. Je vous remercie pour votre service.
De la United Federation of Canadian Veterans, nous accueillons Mme Diane Rose, défenseure de soutien par les pairs.
Chaque témoin disposera de cinq minutes pour faire sa présentation. À la fin des 15 minutes, nous donnerons la parole à nos députés. Les membres du comité ont approuvé à l'unanimité de prolonger la réunion de 15 minutes. J'espère que nos témoins seront disponibles. Les députés peuvent être disponibles, mais vous êtes nos invités aujourd'hui, alors je veux m'assurer que vous serez présents pour les 15 minutes supplémentaires.
Merci beaucoup de votre disponibilité.
Monsieur Bennett, nous allons commencer par vous. Vous avez la parole pour cinq minutes.
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J'ai passé près de 28 ans dans les Forces armées canadiennes. J'ai commencé dans l'armée, puis j'ai consacré la majeure partie de ma carrière à la Force aérienne. Durant une petite période, 30 mois, j'ai été affecté à des navires où je m'occupais des hélicoptères Sea King. Par conséquent, j'ai touché aux trois éléments des Forces armées canadiennes. Je suis père de deux enfants. J'ai aussi six petits-enfants et un arrière-petit-enfant.
J'ai été bouleversé lorsque j'ai lu le courriel d'appel aux volontaires pour venir témoigner au sujet du suicide chez les anciens combattants et les membres actifs. Si j'ai été bouleversé, c'est parce que je suis l'une de ces personnes et que je n'ai jamais raconté mon histoire — ni à mon psychiatre, même s'il a diagnostiqué mon trouble de stress post-traumatique, ni à ma famille. Mon épouse est mon pilier. Elle m'attend dans le corridor parce qu'elle ne veut pas entendre mon témoignage.
Au cours de ma carrière, plusieurs des personnes qui ont travaillé avec moi ou qui travaillaient sous mon autorité se sont suicidées ou ont tenté de le faire — il y en a beaucoup trop. J'étais très sportif au début de ma carrière et j'ai côtoyé des athlètes extraordinaires qui étaient pères de famille. Après avoir vu ou vécu trop de choses difficiles, ils se sont suicidés. Je ne comprenais pas pourquoi à l'époque et je ne comprends toujours pas aujourd'hui, même si je suis comme eux.
Je n'ai pas fait de tentative de suicide, mais je savais comment j'allais m'y prendre. J'y avais réfléchi. Je suis très reconnaissant pour ma culture autochtone qui m'a aidé à guérir et pour le soutien de ma communauté. Je ne peux pas parler de ma famille, car elle n'était pas au courant de mes idées suicidaires — même si elle savait pour mon diagnostic de trouble de stress post-traumatique.
J'ai vu des collègues et des gens que j'ai connus tout au long de ma carrière devenir dépendants de différentes drogues comme solution pour se soigner. Je crois que si on aidait un soldat à se sevrer du fentanyl et qu'on lui donnait de la marijuana à la place... Toutefois, bon nombre des soldats à qui on a prescrit de la marijuana n'en avaient jamais consommé auparavant et ils ne peuvent plus s'en passer. Certains doivent en consommer toute la journée. La marijuana n'a pas réglé le problème; elle l'a atténué, peut-être. C'est seulement mon opinion, ce que je ressens personnellement. C'est un métier difficile. Je pense que nous méritons plus d'aide et plus d'information pendant nos années de service parce que nous traversons tant de situations tragiques auxquelles nous ne sommes pas préparés. Nous sommes confrontés aux préjugés de gens qui disent: « Eh bien, il — ou elle — a été retiré du jeu parce que c'est un guerrier affaibli ou qu'il n'a pas le cœur de continuer. » Nos collègues et nos supérieurs ne comprennent absolument pas.
Je crois qu'il existe des préjugés par rapport à tout cela, et que seul le dialogue pourrait nous permettre de trouver une meilleure solution. Nous n'arrêterons peut-être pas cette vague de suicides, mais nous pouvons la freiner. Si nous arrivons à sauver une seule vie, nous pourrions peut-être en sauver 100 autres. Toutefois, nous devons arrêter de croire que le désespoir peut être guéri avec de l'argent et de la drogue, parce que les chiffres augmentent, surtout dans les collectivités des Premières Nations ou autochtones.
Merci.
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Je vais procéder rapidement parce que je suis un moulin à paroles et que je n'ai pas beaucoup de temps.
Je vais vous donner quelques chiffres.
Cent cinquante-huit, c'est le nombre de soldats canadiens qui ont été tués en Afghanistan. Neuf années, c'est le temps qui s'est écoulé pour atteindre 158 suicides chez les militaires actifs.
Bien sûr, nous n'avons aucune donnée sur le taux de suicide des anciens combattants parce qu'il n'y a pas de chiffres fiables au Canada. Cependant, on estime que le nombre de suicides chez les anciens combattants est une fois et demie à deux fois plus élevé que dans la population civile. Pourtant, par rapport à la population civile, les militaires ont accès à un dépistage, à une stabilité financière, à un emploi, à des soins médicaux, à un réseau de pairs et à des services de santé mentale. Les taux de toxicomanie sont même inférieurs que dans la population civile. Tous ces éléments sont des facteurs associés à la crise de santé mentale et au suicide. Ne me dites pas qu'il n'y a pas de crise.
Zéro, c'est le nombre d'hôpitaux pour les anciens combattants et les militaires au Canada. Pas un seul. Il y a des cliniques — ouvertes seulement de 10 h à 15 h —, et c'est tout.
Zéro, c'est aussi le nombre de scintigraphies cérébrales que j'ai subies auprès d'un fournisseur de services aux anciens combattants, même si j'ai été libéré de l'armée en raison de lésions cérébrales traumatiques. Dieu merci, il y a des organisations comme Project Trauma Support and Concussion Legacy Foundation Canada. Combien de membres sont traités pour des blessures de stress post-traumatique — ce n'est pas un trouble, c'est une blessure —, mais ne font jamais l'objet d'une enquête pour lésion cérébrale traumatique? Nous faisons de la sensibilisation à ce sujet depuis 2009.
Le temps d'attente pour le traitement des demandes à Anciens Combattants Canada était de deux à trois mois en 2006. Aujourd'hui, le temps d'attente est un an et demi, malgré une meilleure technologie, plus d'études, plus de ministères et plus d'employés.
Une, c'est le nombre de fois où je me suis présenté dans un centre médical local des Forces armées canadiennes pour obtenir des soins d'urgence en santé mentale parce que j'étais suicidaire. Soit dit en passant, le centre était fermé, mais il y avait une belle note sur la porte avec un numéro me disant de rentrer chez moi et de le composer. Ce n'est vraiment pas utile.
Zéro, c'est le nombre de suppléments et de médicaments nootropiques éprouvés prescrits aux anciens combattants souffrant de lésions cérébrales traumatiques ou de trouble de stress post-traumatique. Pas un seul. Ironiquement, 90 est le nombre de grammes de marijuana par mois auxquels un ancien combattant est admissible sans qu'aucune question ne lui soit posée, malgré que la science ait prouvé l'incidence de cette substance sur le dysfonctionnement du système nerveux. Bonne chance pour ceux qui souhaitent obtenir des drogues psychédéliques à des fins thérapeutiques avec des séances de counselling, une combinaison qui s'est avérée bénéfique pour ceux qui souffrent à la fois de lésions cérébrales traumatiques et de trouble de stress post-traumatique. Les anciens combattants sont laissés à eux-mêmes. Leur seule option est d'être parrainés par un organisme de bienfaisance américain, comme l'ont été certains de nos membres de la force d'opérations spéciales qui ont reçu un billet d'avion pour les États‑Unis.
Sept, c'est le nombre d'organes administratifs à travers lesquels les vétérans doivent se frayer un chemin pour obtenir une couverture médicale et des services de réadaptation ou d'éducation. C'est un fiasco. Tout devrait relever d'Anciens Combattants Canada. Arrêtez de constamment déplacer les programmes et les services sous différentes enveloppes budgétaires.
Trois, c'est le nombre d'entités avec lesquelles les anciens combattants doivent se débattre en ce qui concerne leur rémunération. Encore une fois, les choses ne devraient pas être si complexes. Il ne devrait y avoir qu'une seule entité.
Soixante-quatre, c'est le pourcentage de mon salaire qui m'est réellement versé, mais quatre-vingt-dix est le pourcentage de mon salaire que le gouvernement prétend que je reçois.
Mon nom est Brendan Hynes. J'ai servi notre pays pendant 5 ans en tant que réserviste et 26 ans en tant que membre à temps plein. J'ai été spécialiste en neutralisation d'engins explosifs improvisés et instructeur d'opérations d'ouverture de brèches auprès des génies de combat et des membres des opérations spéciales. Mon exposition à la surpression induite par les explosifs m'a causé une lésion cérébrale traumatique. J'ai été libéré de l'armée pour des raisons médicales, même si Anciens Combattants Canada a indiqué une encéphalopathie traumatique chronique, une maladie qui, étrangement, peut être diagnostiquée seulement après le décès du patient.
Malgré une kyrielle de petites blessures, ma lésion cérébrale est la pire. Elle a changé ma vie et a essayé de me la voler. J'avais tellement de difficulté à garder mon équilibre que je devais m'asseoir dans la douche pour ne pas tomber. Je ne pouvais pas fermer les yeux sans tomber. J'ai des maux de tête tous les jours depuis plusieurs années. Je me réveille souvent avec la sensation d'avoir les facultés affaiblies sans avoir consommé une seule goutte d'alcool. Si je fais des efforts trop soutenus ou si je néglige mon sommeil, mon régime alimentaire et mes habitudes de vie, mes symptômes réapparaissent.
Le pire, ce sont les répercussions sur ma santé mentale. J'ai passé des années dans un état stoïque. Je ressentais rarement des émotions et, quand je ressentais quelque chose, c'était généralement de la frustration ou de la colère. Je paniquais facilement. Je faisais de l'insomnie et, quand j'arrivais à m'endormir, mon sommeil était agité. J'ai parfois agi de façon imprudente juste pour voir si j'allais ressentir quelque chose. Je le pouvais rarement. J'étais dysfonctionnel à la fois au travail et à la maison. J'ai souffert de crises de panique.
En 2019, j'ai emmené mes petites filles faire des achats de Noël. Je me suis forcé à supporter toutes ces heures dans un centre commercial achalandé jusqu'à finalement retourner dans la voiture pour rentrer à la maison. Toute la journée, j'ai réfléchi à ce que j'avais l'impression de devoir faire.
Sur le chemin du retour, mes filles chantaient des chansons de Noël sur la banquette arrière. Des larmes coulaient sur mon visage pendant que je tenais le volant. Je pensais à la façon dont je les laisserais tomber et à quel point elles allaient me manquer. J'avais un plan pour m'enlever la vie et le faire de manière à éviter une scène d'horreur à ma famille. J'avais même pensé laisser des directives au service 911 pour récupérer le corps.
Pour ceux d'entre vous qui n'ont pas vécu cela, c'est de la folie, de la pure folie — et je suis d'accord, ce l'était — mais à ce moment de douleur et de panique, c'était la seule façon d'arrêter d'être blessé et confus. Je croyais et j'espérais que ce serait comme un sommeil profond.
Je remercie les membres de ce comité du temps qu'ils consacrent à cette question. Vous avez été témoins de la colère et de la frustration des anciens combattants. Cette colère et cette frustration sont justifiées dans tous leurs aspects. Nous nous sommes réunis, nous avons échangé, nous nous sommes informés et nous avons plaidé pour un meilleur traitement des lésions cérébrales, pour des soins en matière de santé mentale et pour un système simplifié et cohérent. Que nous avez-vous donné en retour? Vous avez appliqué des pansements bureaucratiques bidon et sans substance. Le système n'a pas été amélioré et la navigation à l'intérieur de ce dernier n'est pas plus facile qu'avant.
Vos militaires et vos anciens combattants doivent composer avec un certain degré d'abandon qui engendre plus de pertes humaines et plus de problèmes de santé mentale que tous les traumatismes qu'ils ont pu subir à l'étranger. Ce n'est pas ce que nous voyons et ce que nous faisons. Le problème, c'est le manque d'aide à la guérison, le manque de fiabilité et l'absence d'un plan de traitement cohérent.
Nous continuons d'essayer d'appliquer la méthode routinière consistant à évaluer les blessures, les émotions, la douleur et le renoncement. Vous ne pouvez pas appliquer d'unité de mesure à ces choses. Nous avons besoin de lignes directrices et, pour un changement rafraîchissant, d'un peu de bon sens et peut-être d'un peu de compassion, de quelques installations, de réponses claires et d'une voie claire.
Nous avons été envoyés au combat pour vous défendre, mais une fois rentrés, nous voilà obligés de nous battre contre ceux‑là mêmes qui nous avaient envoyés là‑bas. C'est une question de responsabilité et d'obligations redditionnelles.
Donnez aux membres une ligne où ils pourront téléphoner en cas de besoin, où quelqu'un sera en mesure de répondre à leurs questions sur la solde et les soins de santé. Donnez-leur cela au lieu d'un numéro où quelqu'un leur proposera d'envisager l'aide médicale à mourir ou les aiguillera sur une autre bureaucratie.
Nous ne pouvons pas mettre fin à cette situation en nous contentant de nous pencher sur Anciens Combattants Canada. Cependant, si vous, les personnes élues pour servir votre nation, décidez de privilégier l'action et le leadership plutôt que de simplement conclure une énième réunion de comité interminable et myope avec des platitudes optimistes, alors nous pourrons amorcer un changement. Il reste que c'est un film que nous avons suffisamment vu.
Il n'est pas surprenant que nous perdions tant de personnes en cours de route, car peu de combats sont gagnés en solo. Alors, s'il vous plaît, ne le faites pas pour moi, mais pour ceux qui viendront après moi, ceux qui ont servi avec moi et ceux que nous avons perdus en cours de route: pour une fois, soyez nos alliés.
J'attends avec impatience vos questions, mais j'en ai moi-même quelques-unes à vous poser. Je me demande quelle a été la logique derrière l'application de programmes tels que ceux de Manulife et de Partenaires des services de réadaptation aux vétérans canadiens à ce système. Pourquoi avoir fait cela plutôt que de coordonner le système par l'intermédiaire du ministère des Anciens Combattants?
C'est le gouvernement qui nous a envoyés au combat. Il est de son devoir de prendre soin de ceux qui y sont allés. Ce que nous avons dit, c'est « me voici; envoyez-moi là‑bas ». Alors, expliquez-moi comment nous avons pu attribuer un contrat sans appel d'offres à la famille Loblaw pour mettre en place l'entité Partenaires des services de réadaptation aux vétérans canadiens, qui force les anciens combattants à se coltiner avec des milliers et des milliers de pages supplémentaires de tracasseries administratives.
Que Dieu bénisse nos anciens combattants, nos soldats tombés au combat et leurs familles. J'ai eu la chance de pouvoir m'appuyer sur les épaules de héros.
Merci.
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Il est difficile de prendre la parole après cela.
Madame la présidente, membres du Comité, bonjour. Je m'appelle Diane Rose. Je suis directrice du programme sur les traumatismes sexuels de la United Federation of Canadian Veterans. Je suis la fondatrice de Canadian Survivors of MST, un groupe de soutien par les pairs et de défense des droits qui est actif depuis plus de 15 ans. Ensemble, nos réseaux représentent la voix de plus de 8 000 anciens combattants et de nombreux autres organismes. La United Federation of Canadian Veterans — la Fédération — vient en aide à tous les anciens combattants dans le besoin. Elle existe pour donner une voix à ceux qui sont réduits au silence ou laissés pour compte.
La plupart de nos activités sont discrètes, voire invisibles. Nous aidons les anciens combattants à rester en vie un jour de plus, mais tous les anciens combattants n'y arrivent pas toujours. Nous connaissons déjà les statistiques. Les anciennes combattantes courent un risque de suicide plus élevé que leurs semblables masculins et que les femmes civiles. Les hommes anciens combattants courent un risque plus élevé que les hommes civils. Cela étant dit, au lieu de vous donner d'autres chiffres, je vais vous faire part de mon expérience personnelle.
Trop souvent, nous n'apprenons une nouvelle perte que lorsque nous reconnaissons le nom de quelqu'un dans les nécrologies. Il y a moins d'un mois, une vétérane a été retrouvée morte dans les bois, à quelques kilomètres d'une base où elle avait travaillé autrefois. Elle aimait son travail, mais cela a changé lorsqu'elle s'est fait violer par un collègue. Le traumatisme qui a suivi et la façon dont elle a été traitée par l'armée par la suite l'ont contrainte à se faire réformer pour des raisons médicales. Lorsqu'elle a quitté l'armée, elle n'avait pas de logement stable, pas de soutien familial et aucun gestionnaire de cas à Anciens Combattants Canada. Un an et demi plus tard, elle est morte seule. Elle n'avait que 35 ans. C'est moi qui ai identifié son corps.
J'ai entendu des chercheurs financés par le gouvernement dire qu'il est impossible de se promener dans la rue et de tomber sur une vétérane qui a connu l'itinérance. Pourtant, c'est bel et bien ce que nous faisons. L'un de nos membres l'a vue assise devant un restaurant Tim Hortons. Au lieu de poursuivre mon chemin, je me suis arrêtée et je me suis assise. Je lui ai parlé et je lui ai donné ma carte de visite. Lorsque la police a retrouvé son corps, la carte était toujours dans sa poche. Elle n'est pas morte parce qu'elle était faible. Elle est morte parce qu'un système qui n'avait pas été conçu pour elle l'avait rendue invisible.
Lorsque les anciens combattants demandent de l'aide, on leur répond trop souvent: « Voici un numéro 1‑800 où vous pouvez appeler ». Le problème, c'est que lorsque vous êtes au bout du rouleau, vous n'avez pas besoin d'un numéro où l'on vous mettra en attente. Vous avez besoin d'un être humain: « Restez en ligne. J'arrive. »
Les membres de la Fédération font ce genre de travail tous les jours en tant que bénévoles. Ils font des heures de route, ils dépensent leur propre argent et ils répondent tard dans la nuit aux messages de personnes qui pensent ne pas pouvoir tenir jusqu'au matin. Nous ne le faisons pas pour obtenir des récompenses ou des subventions, mais bien parce qu'on nous a appris qu'il ne faut pas abandonner les gens.
En première ligne, nous voyons trop de programmes de soutien qui sont encore conçus par des civils ou des officiers supérieurs masculins et qui partent du principe que tous les anciens combattants en situation de crise sont des hommes, alors qu'ils sont de plus en nombreux à ne pas être des hommes. Lorsqu'elles sont appelées à dire la vérité sur ce qui se passe, les femmes aux grades subalternes affirmeront qu'elles sont encore régulièrement confrontées à des manipulations psychologiques et à des politiques qui ne sont pas adaptées à leur situation. Le silence institutionnel les rend invisibles, et l'invisibilité tue. La prévention du suicide ne concerne pas seulement la santé mentale. Elle a beaucoup à voir avec la confiance, la transition et l'appartenance. Les anciens combattants ont besoin de soins adaptés aux traumatismes et à la violence, de soins qui tiennent compte des genres, et non de formulaires, de délais et de listes d'attente supplémentaires.
Le message que la Fédération livre aujourd'hui au Comité est simple: nous pouvons faire mieux et nous devons faire mieux. De nombreuses solutions existent déjà dans vos propres rapports. Plus jamais invisibles. Les expériences des vétéranes canadiennes a été présenté le 12 juin 2024. Nous demandons au gouvernement de mettre en œuvre ses 42 recommandations, en particulier celles qui concernent l'itinérance, les traumatismes sexuels et les soins de santé adaptés aux femmes.
Lorsqu'un ancien combattant se suicide, ce n'est pas parce qu'un système a échoué, mais bien parce que tous les systèmes ont échoué. La Gendarmerie royale du Canada, le ministère de la Défense nationale, les Forces armées canadiennes, Anciens Combattants Canada et les services de soutien communautaires doivent tous assumer la responsabilité de ces échecs. J'espère qu'un jour, Anciens Combattants Canada aura évolué vers un système axé sur les anciens combattants et non sur les bureaucrates. Peut-être qu'à ce moment‑là, nous cesserons de lire autant de nécrologies de personnes qui n'auraient pas dû mourir.
J'ai plusieurs autres rcommandations dont je serai heureusede vous faire part lors de la période de questions. Merci de m'avoir écoutée et merci d'accorder à cette question tout le sérieux qu'elle mérite.
J'ai la liste de nos 10 principales recommandations.
Très rapidement, l'une d'elles consiste à demander à Anciens Combattants Canada de faire la promotion de la liste des affections secondaires. Les anciens combattants ne devraient pas avoir à deviner quelles affections découlent de leur service. La transparence permettrait de gagner du temps, de réduire le stress et de sauver des vies.
Il faut donner les coudées franches au Conseil des vétéranes et le financer correctement. Laissez les femmes qui nous représentent nous parler réellement. La confiance ne peut pas se développer dans le silence.
Il faut rendre obligatoires les unités de transition pour toutes les libérations. La prévention du suicide commence avant la libération, pas après la mise au placard de l'uniforme.
Il faut amener Anciens Combattants Canada à « parler vétéran ». La communication militaire peut sembler brusque ou émotionnelle. Ne confondez pas mon traumatisme avec mon attitude.
Il faut exiger des premiers secours en santé mentale revus et corrigés par des vétérans, plutôt que ce que l'on obtient de ces étudiants du niveau universitaire qui ne savent pas de quoi ils parlent. Chaque membre du personnel d'Anciens Combattants Canada devrait savoir comment réagir de façon appropriée et sécuritaire lorsqu'un vétéran dit qu'il ne va pas bien.
Anciens Combattants Canada devrait dire la vérité sur les temps d'attente. Aussi, il faut comptez à partir du jour où un vétéran fait sa demande, et non à partir du moment où Anciens Combattants Canada termine le traitement. L'honnêteté renforce la confiance.
Il faut intégrer le traumatisme sexuel militaire au processus de transition. Le traumatisme sexuel militaire doit être une partie intégrante de chaque examen de transition, et non une considération secondaire.
Il faut tenir compte de la santé des vétéranes dans les politiques. Le corps des femmes, leur douleur et leurs réactions aux traumatismes sont différents de ceux des hommes. Les soins de santé doivent tenir compte de cette réalité.
Il faut créer des programmes de rétablissement sécuritaires réservés aux femmes, avec un personnel qualifié et des normes nationales. Les établissements mixtes n'ont pas réussi à protéger les anciennes combattantes. La sécurité doit passer avant tout.
J'ai beaucoup à dire à ce sujet.
Il faut lancer un examen indépendant au sujet de l'efficacité du Centre de soutien et de ressources sur l'inconduite sexuelle pour les anciens combattants. Le gouvernement doit à tout le moins remplir l'annexe « L » du Recours collectif relatif à l’inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes et au ministère de la Défense nationale, et donner suite aux recommandations du rapport Plus jamais invisibles. Le gouvernement a accepté ces deux mesures. Commencez à les mettre en œuvre avant que d'autres vétéranes ne meurent dans l'intervalle.
Merci.
C'est Mme Rose qui l'a mentionné ici, mais lorsque nous recevions le premier groupe d'experts, quelqu'un — je crois que c'était Mme Gauthier — a dit exactement la même chose: quand on sert dans l'armée, on ne laisse personne derrière soi.
Bien sûr, dans les deux cas, cette déclaration sous-entendait que notre gouvernement avait demandé à chacun d'entre vous, et à tous ceux qui, comme vous, sont des anciens combattants ici au Canada, d'aller servir notre pays. Vous l'avez fait de votre plein gré. Vous vouliez le faire et vous étiez fiers de le faire, mais ensuite, le gouvernement n'a pas respecté sa part du marché. Le gouvernement n'est pas là pour vous servir alors que vous en avez besoin.
Cela m'attriste, et le fait d'entendre le genre de choses qu'on nous rapporte aujourd'hui m'attriste encore plus.
Monsieur Hynes, j'aimerais commencer par vous.
Vous avez mentionné les temps d'attente. En 2006, ils étaient d'environ de deux à trois mois, et je crois que vous avez dit qu'ils étaient maintenant d'environ d'un à deux ans...
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Ils sont très facilement d'un an et demi à deux ans maintenant. J'ai entendu certains anciens combattants dire qu'ils avaient des problèmes qui persistaient au‑delà de cette période.
Une partie de la difficulté réside dans le fait que, lorsque vous faites une demande, ce n'est pas le bon sens qui dicte la procédure. Par exemple, si j'ai eu la hanche fracturée, ils ne pensent pas que je pourrais avoir des problèmes au bas du dos ou aux genoux. Si j'ai perdu la partie inférieure de ma jambe, ils ne pensent pas que j'aurai peut-être besoin d'un autre type de chaussures.
Il faut alors passer par le processus de demande auprès d'Anciens Combattants Canada pour chaque affection consécutive à la blessure initiale. Cela se traduit par d'énormes difficultés supplémentaires.
Lorsque le médecin m'a dit qu'il recommandait ma libération pour raisons médicales, j'ai demandé conseil à d'autres personnes qui avaient vécu la même chose. Je leur ai demandé: « Qu'est‑ce que je vais faire? ». Ils m'ont répondu: « Ne t'inquiète pas. Ton nouveau travail à temps plein, c'est ta libération pour raisons médicales. » Et comme de fait, il y a beaucoup de paperasse, de rendez-vous et d'appels téléphoniques.
Je dois être très honnête avec vous, monsieur: cela a vraiment eu un impact, surtout pour moi. Je peux être très coriace quand on me force à l'être. Je suis têtu. Un de mes psychologues m'a dit un jour que j'avais un niveau de détermination malsain, ce qui est génial. C'est ce qui m'a permis d'arriver là où j'en suis dans ma carrière, dont je suis très, très fier.
Cependant, cela m'a également conduit à un point où je me suis rendu compte que ce système était si pénible et si difficile pour ma santé mentale que je m'en suis éloigné pendant près d'un an.
Je ne suis pas la personne la plus connectée au monde. Je fais ce que je peux pour défendre cette cause. J'encourage les anciens combattants à rester en contact avec leurs camarades.
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Merci beaucoup, madame la présidente.
Tout d'abord, j'aimerais vous dire que j'entends ce que vous nous dites. Je le reconnais quand vous dites, entre autres, que la colère que vous vivez est justifiée. Comme je l'ai mentionné pendant l'heure précédente, quand on apprécie et chérit quelqu'un, on s'en occupe.
Madame Rose, vous démontrez que non seulement vous estimez vos consœurs et ex-consœurs, mais vous agissez directement, aussi. Je vous en remercie.
Je vous dis ça en connaissance de cause puisque, au début de ma carrière, j'étais intervenante en prévention du suicide. J'intervenais aussi auprès de gens aux prises avec des problèmes de toxicomanie. À l'époque, j'étais de ceux qui offraient des services de première ligne. Les gens ont besoin qu'on leur réponde au moment où ils sont prêts à divulguer ce qu'ils vivent. Ça peut être n'importe où et n'importe quand.
Or, ce que j'entends de votre part, ce sont des problèmes liés à la sous-traitance et à l'utilisation de médicaments. On a trop recours aux psychotropes. C'est comme si on étouffe.
J'aimerais connaître l'ensemble de vos recommandations.
Monsieur Bennett, voulez-vous ajouter quelques éléments qui sont cruciaux pour changer la façon dont on agit avec des militaires comme vous pendant et après leur service?
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Merci, madame la présidente.
Je vais commencer par quelques observations parce que je sais qu'il y a de nouveaux visages et que tous les témoins ne sont peut-être pas au courant...
Mon parcours ressemble à celui de beaucoup d'entre vous. J'ai passé 25 ans dans les Forces armées canadiennes au sein du Royal Canadian Regiment en tant qu'officier d'infanterie. J'ai participé à deux missions en Bosnie, deux en Afghanistan et une en Irak. Je ne vais pas vous remercier pour votre service. Je sais que vous êtes appréciés. Je vous dis merci. Je vous remercie de votre engagement, d'avoir dit la vérité à ceux qui sont au pouvoir, d'être ici et de nous faire part de vos histoires.
À la suite de la plupart des témoignages que j'ai entendus aujourd'hui, je ne suis ni déçu ni choqué, contrairement à certains de mes collègues. Je suis furieux parce qu'il est frustrant que nous n'ayons pas encore résolu ce problème.
Je vais vous poser une série de questions. Elles sont toutes assez simples et peuvent être répondues par oui ou par non.
Selon moi, ce qui ressort de tous les témoignages entendus aujourd'hui, c'est qu'il y a trois aspects sur lesquels il faut travailler. Je vous demande simplement de me dire si vous êtes d'accord ou non, et si vous n'êtes pas d'accord, de m'expliquer pourquoi.
D'abord, le soutien apporté par Anciens Combattants Canada est trop bureaucratique pour les vétérans.
Ensuite, nous sommes confrontés à un manque de données ou de suivi concernant les anciens combattants dans tout le pays, à tous les ordres de gouvernement, je dirais.
Enfin, nous avons besoin d'un système, en particulier en matière de services en santé mentale, qui soit mieux adapté aux anciens combattants. Même si la santé mentale touche tous les segments de la société — tout le monde a des défis à relever —, il faudrait tout de même adapter l'approche à leur situation.
C'est ma première question: ces trois affirmations vous semblent-elles exactes?
La deuxième question que je souhaite poser comporte deux volets. Croyez-vous que le gouvernement du Canada et notre pays ont l'obligation sacrée de prendre soin des anciens combattants et de leur famille tout au long de leur vie en leur permettant de maintenir une qualité de vie à la hauteur des sacrifices qu'ils ont consentis pour le Canada? Êtes-vous d'accord sur ce point? Le gouvernement du Canada respecte‑t‑il actuellement cet engagement?
Enfin, nous avons entendu vos témoignages ici, ce qui a été phénoménal... Il n'y a pas que les personnes dans cette salle qui pourraient témoigner. Il y a littéralement des milliers d'anciens combattants à l'échelle du pays qui pourraient le faire. Pensez-vous qu'il serait utile, comme l'a dit M. Hynes, d'humaniser cette étude, de faire comprendre aux gens l'impact du suicide et les défis auxquels les anciens combattants sont confrontés en invitant davantage de témoins à venir raconter leur histoire?
Voilà mes trois questions. Je vous demanderais d'y répondre à tour de rôle. Si vous souhaitez que je répète l'une d'entre elles, je le ferai.
Commençons par M. Bennett.
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Nous n'avons pas de statistiques ou de chiffres précis.
Quand quelqu'un m'appelle à trois heures du matin depuis la Base des Forces canadiennes de Petawawa pour me dire qu'une femme vient d'être violée sur le terrain et qu'ils ont besoin d'aide, ils ne s'adressent pas à la chaîne de commandement, ni au système médical, ni à qui que ce soit d'autre.
J'ai reçu cet appel. J'ai dû conduire la femme jusqu'à l'hôpital Royal à Ottawa pour qu'elle puisse obtenir de l'aide.
Le mot d'ordre est « Ne le dites à personne ». Elles me disent « Je ne veux pas vivre ce que vous avez vécu », et je leur réponds « Ne le signalez pas ».
Je l'entends régulièrement. « Si je n'avais été que violée, je m'en serais sortie », mais c'est tout ce qui s'est passé après qui a posé problème. Ce sont les aspects systémiques auxquels nous avons dû faire face qui ont causé les problèmes: le traumatisme lié au refuge et le traumatisme moral.
Quand je répète sans cesse « Arrêtez de faire cela », je ne sais pas...
Je connais des femmes qui ont été renvoyées de l'armée parce qu'elles jouaient au baseball. « Tu dois être lesbienne, et on va te violer pour te rendre hétéro. »
C'est le genre de choses que j'entends régulièrement. Je l'entends aujourd'hui. Je trouvais que c'était inacceptable il y a 20 ans. Pourquoi est‑ce que je l'entends encore aujourd'hui?