:
Je déclare la séance ouverte.
Je vous souhaite la bienvenue à la 20e réunion du Comité permanent des langues officielles.
J'aimerais informer les collègues, les médias et les autres personnes du fait que l'on n'a pas le droit de prendre de photos ni de faire des enregistrements pendant que la réunion est en cours.
Conformément à l'ordre de renvoi du 26 janvier 2026, nous nous réunissons aujourd'hui pour étudier le certificat de nomination de Kelly Burke au poste de commissaire aux langues officielles.
J'aimerais maintenant souhaiter la bienvenue à Mme Burke.
Madame Burke, vous aurez cinq minutes pour prononcer votre allocution d'ouverture. Ensuite, nous procéderons à une période de questions et réponses avec les membres du Comité.
Chers collègues, avant de passer à la présentation de Mme Burke, j'aimerais juste vous dire que j'aimerais réserver à peu près dix minutes à la fin de notre rencontre pour que nous discutions de la façon dont nous allons procéder pour cette étude.
Madame Burke, vous avez la parole pour cinq minutes.
:
Merci, monsieur le président.
Bonjour.
Mesdames et messieurs les députés, membres du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes, bonjour.
Je vous remercie de m'avoir invitée à témoigner devant vous aujourd'hui.
C'est un honneur et un privilège de pouvoir vous présenter mon parcours, mes motivations et la vision que je souhaite mettre au service du Canada à titre de commissaire aux langues officielles.
L'entrée en vigueur, en juin 2023, de la Loi sur les langues officielles modernisée marque un moment charnière dans l'histoire linguistique de notre pays.
Cette réforme ambitieuse appelle un leadership solide, une compréhension fine des enjeux et une capacité démontrée à travailler de façon collaborative avec les institutions fédérales, les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi qu'avec les communautés linguistiques partout au pays.
[Traduction]
Il est important pour la personne qui occupe le poste de commissaire de promouvoir un bilinguisme moderne, affirmé et inclusif qui renforce la démocratie, qui autonomise les communautés et qui assure l'avenir linguistique du Canada pour les générations à venir. Je suis prête à assumer cette responsabilité avec rigueur, détermination et un profond sens du devoir.
[Français]
La mission du commissaire aux langues officielles est essentielle à la vitalité de nos communautés linguistiques dans un Canada officiellement bilingue. Elle vise notamment à assurer le respect du français et de l'anglais, à protéger et renforcer la place du français au Canada et à soutenir le développement et la vitalité des communautés.
Ces objectifs ne sont pas abstraits pour moi. Ils sont au cœur de mon identité, de mon parcours professionnel et de mes engagements depuis plus de 25 ans.
Je suis née et j'ai grandi dans une grande famille profondément enracinée dans les deux cultures visées par la Loi sur les langues officielles. Mes parents, grands-parents et arrière-grands-parents — francophones, anglophones et bilingues — m'ont transmis, de génération en génération, une valorisation sincère des deux langues officielles.
Bien avant l'adoption de la Loi, en 1969, mes parents avaient fait le choix réfléchi de m'inscrire dans des écoles de langue française. J'y ai poursuivi mes études de la maternelle à la fin du secondaire, à Cornwall, en Ontario. Cette exposition précoce aux langues officielles a façonné ma compréhension intime du bilinguisme canadien vécu au quotidien.
Cette compréhension s'est rapidement traduite en engagement concret. En début de carrière, j'ai enseigné le français à des centaines d'élèves dans des écoles d'immersion situées dans plusieurs régions de l'Ontario. J'y ai constaté, sur le terrain, l'importance fondamentale de l'accès à une éducation de qualité en français, tant pour les francophones que pour les apprenants du français langue seconde.
[Traduction]
Quand j'étais enseignante, rien ne m'apportait plus de satisfaction que la fierté, l'espoir et l'immense gratitude des parents — pour la plupart anglophones — dont les enfants apprenaient le français dans ma classe, acquérant ainsi les connaissances et les compétences qui leur permettraient de participer pleinement à la société canadienne bilingue.
[Français]
Par la suite, à titre de juriste, de sous-ministre adjointe au ministère des Affaires francophones et de commissaire aux services en français, j'ai contribué directement à l'avancement des droits linguistiques, en collaboration avec des partenaires anglophones et francophones de partout au pays.
Ces fonctions m'ont permis de naviguer dans les différents régimes linguistiques du pays et de constater à quel point leur coexistence harmonieuse repose sur une collaboration intergouvernementale soutenue, structurée et orientée vers des résultats concrets.
[Traduction]
Elles m'ont également permis d'acquérir une compréhension approfondie des difficultés rencontrées par les membres des communautés linguistiques minoritaires ainsi que des leviers institutionnels nécessaires pour y remédier efficacement. Je suis déterminée à travailler en partenariat avec les communautés anglophones et francophones, les gouvernements et les acteurs institutionnels pour renforcer la vitalité linguistique partout au pays.
[Français]
Comme vous, je suis convaincue que nos langues officielles sont au cœur de l'identité canadienne, de notre souveraineté culturelle et économique, ainsi que de l'unité nationale qu'il nous appartient de préserver.
La mise en œuvre rigoureuse de la Loi sur les langues officielles modernisée est essentielle pour assurer la pérennité de ce régime linguistique unique au monde.
[Traduction]
J'aspire à promouvoir un Canada bilingue, où l'égalité réelle entre nos langues officielles est pleinement atteinte.
[Français]
J'espère pouvoir compter sur votre appui et recevoir l'honneur de cette nomination. Si la responsabilité m'est confiée, je l'assumerai avec intégrité et engagement ainsi qu'avec une profonde fierté de servir le Canada et ses deux langues officielles.
Merci.
:
Merci, monsieur le président.
Je remercie Mme Burke d'être des nôtres.
Vous savez, lorsqu'on nomme une personne à un poste de commissaire, c'est important de connaître ce qu'elle a dans les tripes et ce qu'elle a fait dans le passé. On dit souvent que le passé est garant de l'avenir.
En premier lieu, j'aimerais que vous me parliez de votre expérience lors des cinq dernières années.
Qu'est-ce que vous avez fait? Je ne veux pas avoir votre curriculum vitæ au complet. Je veux savoir quel a été votre emploi du temps dans les cinq dernières années.
:
Dans les cinq dernières années, j'étais d'abord commissaire aux services en français, dans la province de l'Ontario. Comme vous le savez, c'était lors d'une transition assez importante, c'est-à-dire lorsque le gouvernement a décidé de fermer les portes du commissaire aux services en français lorsqu'il était un membre indépendant de l'Assemblée.
Pendant cette période, j'ai remis les pendules à l'heure et j'ai bâti une belle équipe, qui a réussi à accomplir son mandat tel que le prescrit la Loi sur les services en français, c'est-à-dire améliorer les services dans la province.
Par la suite, j'ai travaillé à l'Université Western, où j'ai occupé un poste de haute direction. Pendant cette expérience, j'ai aussi poursuivi des études intenses en médiation. J'avais déjà de l'expérience en médiation, mais je voulais connaître davantage les concepts. Je pense que cette expérience va très bien me servir, compte tenu des nouveaux pouvoirs du commissaire dans le domaine de la médiation.
:
Nous reparlerons de ces nouveaux pouvoirs du commissaire qui sont prévus dans la nouvelle Loi.
Madame Burke, j'aimerais que vous soyez plus précise, parce qu'il y a un éléphant dans la pièce. Nous savons que vous avez quitté vos fonctions en tant que commissaire aux services en français. Vous aviez perdu un peu d'autonomie, d'indépendance par le fait que le gouvernement de l'Ontario avait pris des mesures différentes, des orientations différentes.
Comment s'est passé votre départ? Qu'est-ce qui est arrivé? Selon moi, selon la lecture que j'en fais, vous avez claqué la porte.
Je vous donne l'occasion de nous expliquer ce qui est arrivé.
:
Je vous remercie de la question.
Sans nécessairement mentionner toutes les choses différentes dans la nouvelle version de la Loi, je peux dire que, premièrement, il y a une reconnaissance explicite du déclin du français au Québec.
Deuxièmement, il y a de nouvelles obligations linguistiques pour les entreprises privées. La mise en vigueur des dispositions sur les entreprises privées sera une belle possibilité d'accroître davantage la présence francophone au Québec.
Troisièmement, le commissaire aux langues officielles a des pouvoirs accrus au Québec.
Quatrièmement, les institutions fédérales doivent évaluer les conséquences de leurs décisions sur le français au Québec.
Voilà quatre exemples. Si on m'accorde ce poste, au fur et à mesure de mon travail au bureau, et grâce à l'expertise qui s'y trouve, nous pourrons développer plus de réponses à vos questions à ce sujet.
:
Dans la nouvelle version de la Loi, on peut lire ceci:
2 La présente loi a pour objet:
a) d’assurer le respect du français et de l’anglais à titre de langues officielles du Canada, leur égalité de statut et l’égalité de droits et privilèges quant à leur usage [...];
b) d’appuyer le développement des minorités francophones et anglophones en vue de les protéger, tout en tenant compte du fait qu’elles ont des besoins différents;
b.1) de favoriser, au sein de la société canadienne, la progression vers l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais, en tenant compte du fait que le français est en situation minoritaire au Canada et en Amérique du Nord [...] et qu'il existe une diversité de régimes linguistiques provinciaux et territoriaux qui contribuent à cette progression dans la société canadienne, notamment la Charte de la langue française du Québec [...];
b.2) de favoriser l’existence d’un foyer francophone majoritaire dans un Québec où l’avenir du français est assuré;
Je ne nommerai pas toutes les mesures positives, mais on parle notamment de « la nécessité de protéger et promouvoir le français dans chaque province et territoire, compte tenu du fait que cette langue est en situation minoritaire [...] ».
Nous, au Bloc québécois, ainsi que les ministres libéraux, nous avons souvent répété qu'il y a une nécessité de protéger le français pas seulement à l'extérieur du Québec, mais aussi au Québec.
Selon vous, quelles mesures positives devraient être prises pour le français au Québec?
:
Le règlement est très vague. Nous avons vu le nouveau règlement, alors ce n'est pas ça qui va venir changer la tendance quant à la question du français au Québec.
Des avocats qui ont comparu devant le Comité ont même dit qu'en ce moment, le gouvernement est en infraction avec sa propre loi. En effet, il a fait des consultations sans aucune participation des francophones au Québec, ou alors vraiment de façon très marginale. C'est même moi qui ai incité certains groupes à y aller. C'est un mauvais départ.
Quand des témoins, comme le ou le , viennent ici, ils patinent beaucoup.
Allez-vous essayer de faire en sorte que la Loi soit vraiment respectée à cet égard?
:
Les plus grands défis consistent évidemment à déterminer les moyens par lesquels les ministères peuvent satisfaire aux obligations qui découlent de la Loi sur les services en français. Une de mes tâches principales était de trouver des solutions avec les ministères.
Il y avait quatre grandes catégories de possibilités.
Premièrement, il est question de volonté. Devais-je persuader les ministères de trouver les solutions à des questions de non-conformité? La volonté était-elle là? La volonté était là ou elle ne l'était pas. Quand elle n'était pas là, c'était un défi.
Deuxièmement, il était question du pouvoir. C'était la plus grande catégorie de défi. Le gouvernement avait-il le pouvoir de faire les choses? Les ministères avaient-ils les outils afin d'offrir activement le service? Une partie de cet élément du défi était d'accompagner les ministères pour trouver des moyens d'offrir le service dans la province de façon générale.
Troisièmement, il était question du devoir. Souvent, c'était difficile de savoir si les gens reconnaissaient le devoir qu'ils avaient de se conformer aux exigences de la Loi. Le devoir pouvait être moral ou légal. Souvent, la Loi sur les services en français était limitée concernant le devoir, mais il y avait un devoir en vertu de la Loi. Pour ma part, j'insistais sur une norme d'équivalence, mais elle n'était pas nécessairement reflétée noir sur blanc dans la Loi. Ainsi, le devoir était difficile à trouver.
Quatrièmement, il était question du savoir-faire. Comment les ministères pouvaient-ils s'aventurer vers des solutions? Souvent, la commissaire devait les accompagner pour trouver des solutions et apporter le savoir-faire quant à la prestation de services.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Je vous remercie, maître Burke, d'être avec nous aujourd'hui.
À cette table, il y a des personnes qui représentent toutes les communautés ciblées par la Loi sur les langues officielles. Il y a des francophones hors Québec, des francophones du Québec, le président qui est un anglophone de l'extérieur du Québec et moi qui suis un anglophone du Québec. J'imagine que nous allons tous poser des questions à propos de nos communautés respectives.
[Traduction]
Au cours des deux dernières décennies, le poste de commissaire a été occupé tour à tour par un francophone de l'extérieur du Québec et un anglophone du Québec. Cette fois‑ci, nous n'aurons pas un Anglo-Québécois, mais un anglophone ou
[Français]
un francophile de l'extérieur du Québec.
[Traduction]
Comment allez-vous donner suite aux préoccupations de la communauté anglophone du Québec à ce sujet?
Reconnaissez-vous être tout aussi déterminée à répondre aux préoccupations des Anglo-Québécois qu'à celles des francophones hors Québec et au Québec? Allez-vous rencontrer les groupes anglophones du Québec le plus rapidement possible pour établir cette relation?
:
Je commencerai par dire que je suis une francophone, mais aussi une anglophone de l'Ontario, et que j'ai eu la chance de vivre directement à la frontière du Québec, en Ontario, où l'usage des deux langues était encouragé. Je continue de reconnaître pleinement les communautés minoritaires du Québec et de l'Ontario.
Ayant travaillé dans ce domaine pendant de nombreuses années, je pense que la plupart des progrès se forgent grâce au maintien d'une alliance et d'une relation très étroites avec les communautés de tout le pays, en particulier la communauté anglophone du Québec.
Le Québec est au cœur de la richesse linguistique de notre pays, tant du point de vue des francophones — puisqu'on y trouve la plus grande population francophone au pays— que du point de vue des anglophones. La plus grande communauté linguistique en situation minoritaire au Canada est la communauté anglophone du Québec.
J'ai très hâte d'en apprendre davantage sur cette communauté. J'apporte la perspective d'une anglophone de l'Ontario, mais aussi celle d'une personne qui est à la fois anglophone et francophone, chose que je me réjouis de mettre à contribution. Il me tarde également de découvrir tout ce que j'aurai l'occasion d'apprendre au fil de mes rencontres avec les citoyens de votre région.
Je veux maintenant parler des droits à l'instruction dans la langue de la minorité, prévus à l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.
Comme vous le savez sans doute, le Québec a adopté le projet de loi 40, qui aurait essentiellement aboli les commissions scolaires. La communauté anglophone s'est battue devant les tribunaux, et la Cour supérieure du Québec et la Cour d'appel du Québec ont conclu que la loi 40 du Québec contrevenait à l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.
Le Québec a maintenant demandé l'autorisation d'interjeter appel devant la Cour suprême. Notre dernier commissaire aux langues officielles, M. Raymond Théberge, a vivement critiqué le gouvernement du Québec pour son projet de démantèlement des commissions scolaires anglophones. En 2024, lors d'une conférence sur l'éducation en langue anglaise au Québec, il a déclaré: « Il faut vous battre pour conserver vos écoles et vos commissions scolaires. » Il a ajouté que son bureau participerait à la contestation judiciaire du projet visant à abolir les commissions scolaires. Il a affirmé: « Oui, l'affaire se retrouvera devant la Cour suprême du Canada, et nous serons là pour défendre l'article 23 à chaque occasion », en faisant référence à l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.
Pourriez-vous rassurer les Anglo-Québécois en leur disant que vous partagez cette volonté de défendre leurs commissions scolaires et leurs autres institutions, y compris l'article 23, devant la Cour suprême? Cela touchera, bien sûr, non seulement les commissions scolaires anglophones du Québec, mais aussi les autres provinces qui cherchent peut-être à démanteler les conseils scolaires de la minorité linguistique.
Je vous dirai rapidement qu'au Québec, les cégeps et les universités constituent l'un des problèmes. Le gouvernement du Québec a tenté de limiter un peu les dégâts, et l'un des grands progrès qu'il y a eu concerne les enfants de la Loi 101, soit le fait que les enfants d'immigrants fréquentent les écoles françaises.
Presque la moitié des allophones qui ont fréquenté l'école française vont aux cégeps anglais. Le gouvernement a toujours financé deux fois plus les cégeps anglophones par rapport au poids démographique des anglophones. Les universités, c'est presque trois fois plus, et le gouvernement fédéral surfinance encore plus les cégeps.
Avez-vous l'intention de vous ingérer dans ce débat ou allez-vous laisser le Québec gérer la question de l'enseignement postsecondaire?
:
Le bilinguisme est au cœur de l'identité canadienne. Comme je l'ai mentionné lors de mes propos antérieurs, c'est un des quatre piliers de l'identité canadienne. Il est donc essentiel que nous préservions cette richesse partout au pays. Pour ce faire, il faut revenir à la question de la priorité, qui est vraiment de bien comprendre les communautés, de même que leurs frustrations par rapport à la situation dans laquelle elles se trouvent partout au pays.
J'apporte une perspective ontarienne, comme je l'ai déjà mentionné. Je veux être à l'écoute et être présente pour en apprendre davantage sur la question des vulnérabilités dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Au Québec, on a parlé justement antérieurement des questions d'identité, d'appartenance, et on parle de plus en plus des questions de déséquilibre socio-économique. Les mêmes choses s'appliquent dans les communautés francophones de langue officielle en situation minoritaire dans les autres régions du pays.
La priorité est donc vraiment de transformer les réalités des communautés de langues officielles en situation minoritaire en recommandations pour qu'on ait des résultats concrets, pour améliorer le sort des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Je pense insister sur des gestes concrets et soutenus de la part du gouvernement, qui doit introduire des mécanismes par le truchement du financement, de programmes ou autres qui vont permettre aux communautés de s'épanouir davantage. Une des plus grandes priorités est donc liée aux communautés elles-mêmes.
:
Les questions les plus pressantes en ce moment sont liées, je crois, à l'univers numérique.
Ce que je vois de plus en plus, c'est que l'univers numérique offre des plateformes tous les jours, et que l'offre se fait principalement en anglais. Ce que je constate, c'est que l'univers numérique est beaucoup axé sur l'anglais. Lorsqu'on utilise ces plateformes, on s'aperçoit qu'il y a très peu de français.
Une priorité pour la ou le commissaire, à son entrée en fonction, serait de lancer un genre d'état des lieux pour en apprendre davantage sur l'ampleur de la situation. Je crois que les communautés de langue officielle en situation minoritaire devront de plus en plus faire face à ce grand défi de l'anglicisation de l'univers numérique, qui est consulté tous les jours, sept jours par semaine. Ça m'inquiète.
:
Ce serait à évaluer avec le temps. De façon très générale, je pense qu'il faut évaluer comment ces plateformes influent sur l'égalité réelle que vise la Loi sur les langues officielles.
Comme vous le savez, c'est la Loi qui détermine ce que le ou la commissaire peut faire. On peut lancer des enquêtes, on peut faire plein de choses, mais, au bout du compte, il faut déterminer comment l'univers numérique influe sur les efforts qu'on met en place pour réaliser l'objectif de la Loi, soit l'égalité réelle. Il faut étudier la question de plus en plus.
À ce point-ci, je n'ai pas toutes les réponses, malheureusement, mais je souhaite bien pouvoir contribuer à résoudre ce problème dans les prochains mois.
:
D'abord, le rôle essentiel d'un agent du Parlement est de maintenir une indépendance. J'ai pu le faire lorsque j'étais commissaire aux services en français. Il faut exercer ses pouvoirs dans un environnement impartial tout en étant très pragmatique. La confidentialité est également très importante.
L'indépendance ne signifie pas l'isolement. Je vois là-dedans des possibilités d'interagir malgré la politique qui touche l'environnement dans lequel nous travaillons. Il faut, cependant, que la commissaire puisse prendre un recul, communiquer clairement ses attentes de façon très objective, maintenir des relations très constructives avec les parlementaires et le grand public. Ça exige de sa part de mener des enquêtes solides, impartiales et rapides. Je crois que tout ça ensemble permet à la commissaire, comme agente du Parlement, d'accomplir ses fonctions, sans s'ingérer dans la politique du jour.
La commissaire ne doit pas se laisser influencer par le cycle médiatique, et elle doit maintenir une distance afin d'établir une crédibilité dans son rôle comme agente du Parlement.
:
Pour réussir en tant que commissaire, il faut gagner en crédibilité, et l'une des façons d'y parvenir consiste à aider les communautés à trouver des solutions concrètes à des questions très complexes.
Au terme de mon mandat, j'espère avoir acquis de la crédibilité auprès de toutes les communautés du pays, en démontrant ma capacité à obtenir des résultats, de manière très équitable et impartiale, et à aider le Canada à devenir encore plus bilingue qu'il ne l'est aujourd'hui.
Voilà ce qui constitue, à mes yeux, une grande réalisation et une réussite dans une fonction qui, je le sais, sera exigeante, mais chaque effort consacré à la protection de notre identité en vaudra la peine.
:
Oui, il y a un déclin, mais j'ai bon espoir que nous pourrons y remédier. À mon avis, nous avons tous un rôle à jouer. Nous avons tous la responsabilité collective de veiller à ce que le déclin soit freiné afin que nous puissions renouveler et rétablir le poids démographique tel qu'il était en 1971. Je crois que c'est vers cela que nous nous dirigeons tous, du moins dans l'optique de solidifier notre francophonie et notre bilinguisme partout au pays.
À vrai dire, je pense que le bilinguisme est plus important aujourd'hui qu'à tout autre moment de notre histoire. Face aux diverses forces géopolitiques en jeu, le Canada se doit de demeurer un pays séparé et distinct. Je crois que notre bilinguisme y contribue.
Quel rôle peut jouer le commissaire? Bien sûr, il s'agit d'exercer tous les pouvoirs que lui confère la nouvelle Loi. Ces pouvoirs sont, à mon avis, les bienvenus. Il incombe au commissaire de veiller à ce que nous utilisions des pratiques exemplaires afin qu'elles puissent être administrées dans le respect de l'esprit de la Loi, c'est‑à‑dire pour assurer la conformité, et non pour punir.
J'entrevois pour nous une période riche en possibilités. Au fil des décennies, les commissaires qui se sont succédé ont établi des fondations très solides sur lesquelles nous pouvons nous appuyer. Aujourd'hui, le commissaire a l'occasion de jouer un rôle déterminant pour veiller à ce que nous puissions renforcer encore plus notre bilinguisme à l'avenir. Selon moi, il est essentiel de cerner les secteurs clés. La Loi parle d'éducation, de santé, de culture, de justice, d'immigration et d'emploi. Je pense que nous pouvons contribuer à tous ces domaines pour faire en sorte que notre bilinguisme soit encore plus renforcé qu'il ne l'est aujourd'hui.
:
La réalité des francophones en Ontario est renforcée par le fait que nous avons des structures importantes dans la province, qui protègent le français. Cela dit, il faut que le français soit toujours une priorité. C'est ce que j'ai fait valoir auprès du gouvernement de l'Ontario à chaque occasion. Je soulignais qu'il y avait plusieurs priorités et que le français était une priorité parmi tant d'autres.
Le sort des communautés de langue officielle en situation minoritaire en Ontario dépend d'un gouvernement qui décide si, oui ou non, ça demeure une priorité. J'ai insisté pour que ça le soit. Les communautés, ainsi que le commissaire et le ministère des Affaires francophones, à l'appui de celles-ci, doivent déployer des efforts concrets au quotidien pour renforcer la position des francophones dans la province de l'Ontario.
Comme je l'ai mentionné, nous avons une richesse énorme, en Ontario, du côté francophone. La contribution de la communauté francophone est également énorme. Il faut davantage mettre en relief ce que nous avons accompli et protéger ces acquis. Il ne faut jamais lâcher prise, en Ontario. J'encourage chacun et chacune des francophones dans la province de l'Ontario à continuer de le faire.
Je suis très motivée par le fait que, dans les dernières années, deux communautés ont obtenu une désignation en vertu de la Loi sur les services en français. Je me suis impliquée de façon très proactive en ce qui concerne la région de Markham, et j'ai célébré la désignation de Sarnia, ville où j'ai enseigné quelques années en début de carrière.
J'encouragerais la communauté francophone à proposer d'autres milieux qui devraient être désignés en vertu de la Loi. Ça va renforcer davantage le français dans la province.
:
D'accord, ça me rassure.
Je reviens aux langues officielles. Lors de l'étude du projet de loi sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles, un des problèmes que nous avions soulevés, avec d'autres membres du Comité, c'est qu'on avait de la difficulté à imposer au gouvernement fédéral et à tous les ministères la prise de mesures pour respecter, protéger et promouvoir les deux langues officielles. De plus, il était proposé que le gouvernement, dans son entièreté, y compris le Conseil privé et tous les ministères, devrait imposer une obligation de résultat pour améliorer l'utilisation de la langue officielle la plus vulnérable des deux, soit le français.
Puisque vous dites avoir pris connaissance de la Loi, selon vous, qui devrait être responsable de l'appliquer et d'imposer une obligation de résultat, au sein du gouvernement fédéral?
J'espère que les libéraux l'ont inscrit dans la Loi, parce que c'est un des problèmes majeurs qui ont été soulevés.
:
Merci, monsieur le président.
Maître Burke, c'est un plaisir de faire votre connaissance et d'entendre vos commentaires. Il y a tellement de questions qui me viennent en tête, mais je vous soumets la première.
Nous avons beaucoup parlé de l'histoire et de ce qui s'est passé dans le passé. Je vais donc me tourner vers l'avenir, parce que nous devons bâtir notre Canada fort, et ce, avec nos deux langues officielles et nos deux communautés.
Quels sont, selon vous, les changements dans notre environnement géopolitique et canadien qui auront des répercussions sur notre capacité à renforcer nos deux langues officielles? Est-ce qu'il y a des leviers ou est-ce qu'il y a des freins?
:
C'est une question intéressante. Je n'ai pas la réponse exacte.
Cependant, je peux vous dire que, dans cet environnement qui mijote beaucoup — c'est ainsi non seulement au Canada, mais partout ailleurs —, ce que je trouve essentiel, c'est d'avoir un respect entre les provinces, un respect de nos langues officielles et un respect des différences qui existent partout au pays et qui contribuent à notre richesse. Non seulement les langues officielles nous présentent des possibilités sur le plan culturel et identitaire, mais, du côté économique, du côté personnel et du côté professionnel, ça nous permet de nous distinguer des autres. Tant que nous pouvons trouver le respect mutuel partout au pays par l'entremise de nos langues officielles, il y a peut-être des possibilités de traiter des plus grands problèmes qui nous entourent, surtout du côté géopolitique.
:
D'abord, il faut motiver l'exercice des droits linguistiques et insister pour que les services soient rendus et pour que les francophones puissent jouer un rôle important.
Cela dit, ce qui compte de plus en plus parmi les grandes priorités du Canada pour l'avenir, c'est l'immigration francophone. Il faut que nous ayons les outils à notre disposition pour bien intégrer les nouveaux arrivants. Il faut veiller non seulement à ce qu'ils puissent s'intégrer à l'école et au travail, mais aussi à ce qu'ils puissent vivre et s'épanouir en communauté.
Alors, pour ce qui est de l'avenir, je vois qu'il y a des possibilités de ce côté. Les francophones doivent davantage faire valoir les grandes contributions qu'ils ont apportées dans les années passées et qu'ils apporteront dans les années à venir. Les francophones ont beaucoup de contributions à apporter dans chaque région du pays, mais, souvent, il faut une motivation pour le faire.
Ça veut dire qu'il faut se rencontrer et discuter du bien-fondé de l'approche qu'on peut prendre afin de permettre aux francophones de sentir qu'il y a une identité, une appartenance et un avenir auxquels ils peuvent s'identifier.
Comme je l'ai dit, je n'ai pas toutes les réponses aux questions, mais il y a matière à réflexion, et je suis là avec vous qui songez aux grands défis qui nous attendent.
:
Il faut encourager les jeunes à poursuivre des études en langue française et à continuer leurs études en langue française après le secondaire. Pour ce faire, il faut démontrer à ces jeunes les avantages d'une éducation en langue française. Par exemple, ça permet de travailler en français et en anglais. Alors, je crois qu'auprès des jeunes, il faut faire un travail supplémentaire pour les persuader en démontrant, à l'aide de preuves concrètes, qu'il y a de meilleures possibilités d'emploi lorsque ces gens sont capables de travailler dans les deux langues officielles, et particulièrement en français.
Il y a aussi le financement. Évidemment, le financement est à la base de la survie des établissements postsecondaires, voire de tout établissement. Il faut continuer à persuader les gouvernements d'accorder aux établissements un financement qui va permettre la survie des programmes en français dans les établissements.
Vous avez donné l'exemple de l'Université Laurentienne. Ce sont des questions financières qui ont motivé la gestion supérieure à décider de la façon d'aborder le problème. La première chose a été des coupes dans les programmes, et en français également. Il faut éviter à tout prix que nos programmes soient coupés.
Ça veut donc dire qu'un financement doit être accordé de la part du gouvernement. D'ailleurs, le gouvernement doit reconnaître les grands avantages qu'une population francophone et anglophone peut offrir à la société canadienne. Il faut beaucoup mettre l'accent là-dessus.
:
C'est une question qui se rattache beaucoup à la Constitution canadienne. Vous savez que le bilinguisme au Nouveau‑Brunswick est prévu dans la Constitution canadienne.
Qu'est-ce que ça prendrait en Ontario? Je ne le sais pas. Cependant, du côté pratico-pratique, oublions la question du bilinguisme officiel en Ontario. Ce que nous visons, au moyen du régime linguistique que nous avons dans la province, c'est vraiment l'égalité. C'est ce que j'ai beaucoup visé lorsque j'étais commissaire aux services en français: l'égalité, et sans délai. Ça m'a très bien servie.
Je vous donne un exemple très concret. En Ontario, avant que j'intervienne, les alertes Amber et les alertes d'urgence étaient en anglais uniquement. J'ai fait valoir qu'il fallait que ça change parce que, surtout pendant la pandémie, il y avait un manquement sur le plan des services en français. L'équivalence n'était pas présente dans la province de l'Ontario, malgré le fait que ce n'est pas une province officiellement bilingue.
Ce que j'ai constaté — c'est une pratique que j'emploie maintenant en tout temps —, c'est que j'ai pu travailler avec le sous-ministre en question et lui demander, d'une part, s'il reconnaissait qu'il y avait un problème. Il m'a répondu:
[Traduction]
« Kelly, nous devons faire mieux. »
[Français]
Donc, parfois, ça prend...
:
J'ai eu du mordant dans le passé. Je souhaite bien pouvoir avoir du mordant dans l'avenir aussi.
Oui, vous avez raison. Selon le rapport annuel du commissaire sortant, 22 % des plaintes sont liées à la langue de travail et 66 % sont liées à la prestation de services et aux communications.
Ce que je vise précisément, ce sont les causes, et elles sont multiples: manque de planification, leadership, résistance, insécurité linguistique, ressources manquantes, surveillance. Ce qu'il faut vraiment, c'est un changement de culture au sein des institutions fédérales. Il faut responsabiliser l'appareil fédéral. Il faut intégrer les droits linguistiques dans les systèmes de gouvernance. La nouvelle version de la Loi sur les langues officielles va permettre, je pense, de faire des gains de ce côté.
Les langues officielles doivent être à la base des priorités, parmi toutes les priorités qu'a le gouvernement, en tout temps. Le gouvernement doit toutefois se doter d'outils. Ce que je vois de plus en plus, c'est que oui, souvent, la motivation est là, mais il y a un manque d'outils. C'est là que la commissaire peut jouer un rôle important pour introduire des possibilités pour qu'il y ait des outils pour assurer une meilleure conformité. C'est ce que j'ai fait en Ontario, justement.
Comme vous l'avez mentionné, le poids démographique de la population francophone, de la population du Québec, est en déclin par rapport à l'ensemble du pays. Cela s'explique, en grande partie, par l'immigration dans les grands centres urbains: Vancouver, Toronto, Calgary, Edmonton et ailleurs. Le français arrive très loin dans la liste des langues parlées.
Je viens de vérifier sur ChatGPT pendant que nous parlions, et dans la région de Vancouver, l'anglais est la principale langue d'usage pour 66 % de la population, suivi du mandarin, du pendjabi, du cantonais, du tagalog, du coréen, de l'espagnol et du farsi. Lors du dernier recensement, seulement 0,03 % des résidants ont déclaré parler français à la maison dans la région métropolitaine de Vancouver.
Qu'est‑ce que cela implique pour la langue française et son importance dans le cadre de vos fonctions?
Certains craignent que le gouvernement actuel ne soit pas aussi passionné par le Canada francophone. Par exemple, même le titre du ministre du Patrimoine, de la Culture et des Langues officielles a été remplacé par « ministre de l'Identité et de la Culture et ministre responsable des Langues officielles ». Nous avons l'impression que le gouvernement libéral cherche à minimiser l'importance de notre histoire et de nos figures historiques, sous prétexte que nous vivons dans un « État postnational ».
En tant que député conservateur, je reconnais l'importance de notre histoire, y compris la place du français. Le a récemment déclaré, dans un discours prononcé à Québec, que la naissance du Canada remontait à la victoire des Anglais sur les plaines d'Abraham. J'ai été professeur d'histoire. Cette affirmation me semble tout à fait inexacte sur le plan historique. Même le mot « Canadien » puise ses racines dans la langue française.
Pouvez-vous comprendre pourquoi de nombreux Québécois et francophones hors Québec s'inquiètent de l'engagement réel du gouvernement libéral envers la langue française?
:
Je crois que ça concerne l'approche. Ce que j'ai constaté en entrant en fonction, c'est que, en grande partie, une volonté existe au sein des gouvernements pour faire la bonne chose. Ce sont les mots que j'ai employés régulièrement. Souvent, je déterminais quel était le devoir qui existait en vertu de la loi, selon ma lecture et mon interprétation de la loi. Ce qu'il y a comme défi, et qui est un défi au fédéral également, c'est la question de la capacité et du pouvoir de le faire.
Ce que j'ai souvent fait en Ontario, c'est que j'ai entamé la conversation avec les personnes qui voulaient trouver des solutions, mais qui n'avaient pas nécessairement la capacité de mettre en place les solutions dans l'environnement de travail. Il a fallu que j'influence le gouvernement, au moyen de recommandations, pour des ressources supplémentaires. Par exemple, la capacité est souvent liée aux ressources. Il faut avoir le financement nécessaire pour que les programmes puissent offrir des services en français.
Le savoir-faire n'était pas nécessairement évident. J'ai donc mis au point une boussole linguistique dans la province afin de mettre des outils à la disposition de tous les bureaux de la fonction publique ontarienne. Ça a permis une autoévaluation pour déterminer si, oui ou non, on répondait aux exigences de la loi.
:
Je suis vraiment impressionné. Merci beaucoup.
Ça conclut notre conversation avec Mme Burke.
Madame Burke, je vous remercie d'avoir été des nôtres aujourd'hui. C'est une conversation très importante. Nous pourrions continuer de vous poser des questions pendant des heures et des heures, j'en suis certain. Vous avez été ici pendant presque deux heures. Nous vous sommes reconnaissants du temps que vous avez passé avec nous.
Je vais suspendre la réunion avant qu'elle ne continue à huis clos.
Je remercie les visiteurs, y inclus les membres de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada qui étaient des nôtres aujourd'hui. Malheureusement, je vais devoir leur demander de sortir de la salle pendant la suspension.
Merci.
[La séance se poursuit à huis clos.]