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Je vous souhaite la bienvenue à la 18
e réunion du Comité permanent des langues officielles.
Conformément à l'article 108(3)f) du Règlement et à la motion adoptée le 23 octobre 2025, nous nous réunissons aujourd’hui pour terminer notre étude sur l'usage du français dans les communications gouvernementales et les institutions fédérales.
J'aimerais maintenant souhaiter la bienvenue aux témoins.
Premièrement, nous recevons l'honorable Marc Miller, ministre de l'Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles.
Soyez le bienvenu, monsieur le ministre.
Deuxièmement, du ministère du Patrimoine canadien, nous accueillons Francis Bilodeau, sous-ministre; Julie Boyer, sous-ministre adjointe, Langues officielles, patrimoine et régions; Sarah Boily, directrice générale, Langues officielles.
Monsieur le ministre, vous avez cinq minutes pour prononcer votre allocution d'ouverture. Ensuite, il y aura une période de questions et de réponses avec les membres du Comité.
La parole est à vous, monsieur le ministre.
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Merci, monsieur le président.
Chers membres du Comité, bonjour.
[Traduction]
Bon après-midi.
J'aimerais d'abord souligner que nous sommes réunis sur le territoire traditionnel du peuple algonquin anishinabe.
[Français]
Je suis vraiment heureux d’être ici, parmi vous. Je connais certains d'entre vous depuis fort longtemps. Dans mon rôle, assez nouveau, de ministre de l'Identité et de la Culture canadiennes et de ministre responsable des Langues officielles, il s'agit de ma première comparution, et je présume qu'il ne s'agira pas de la dernière. Je vous remercie de cet accueil.
La culture est un pilier de notre identité commune, une source de fierté et un moteur essentiel de notre économie. Dans un monde en profonde transformation, il est plus important que jamais de protéger et de promouvoir ce qui nous définit comme Canadiennes et comme Canadiens. Or, au cœur de notre identité se trouvent les langues officielles. Leur vitalité est indissociable d'un Canada fort, uni et résilient.
Ici, en Ontario, nous en avons eu un bel exemple cet automne lors de la célébration du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien. Cet événement nous a rappelé à quel point la francophonie et nos deux langues officielles font partie intégrante de notre passé, de notre présent et, bien évidemment, de notre avenir.
Au Canada, la francophonie, c'est bien plus qu'une langue. C'est une histoire, c'est une culture et c'est une force qui nous distingue en Amérique du Nord. Notre gouvernement en est pleinement conscient, et mon rôle, comme ministre, est de promouvoir ce qui nourrit l'identité canadienne et la fierté collective des Canadiennes et des Canadiens.
[Traduction]
Dans sa lettre de mandat, le a établi plusieurs priorités pour notre gouvernement afin de défendre notre souveraineté, de renforcer notre pays sur la scène internationale et de créer un Canada digne de nos enfants et de nos petits-enfants. Ces derniers mois, nous avons montré par nos actions que nous prenons cette mission au sérieux.
En novembre, au moyen du budget de 2025, nous avons renforcé notre engagement à protéger ce qui rend le Canada unique et ce qui unit la population canadienne.
[Français]
En novembre, nous avons également déposé au Parlement l'avant-projet de règlement sur les sanctions administratives pécuniaires afin que les gens qui voyagent au Canada puissent recevoir des services en français et en anglais partout et en tout temps.
Lundi dernier, le gouvernement a déposé le certificat de nomination de la prochaine commissaire, Me Kelly Burke. J'ai eu l'occasion de lui parler et je suis convaincu qu'elle pourra être une commissaire à la hauteur de toutes les attentes des deux communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Chacune de ces étapes représente un pas de plus vers une véritable égalité entre nos deux langues officielles, un objectif auquel notre gouvernement travaille activement depuis maintenant 10 ans. Nous sommes fiers d'encourager ce bilinguisme à l'échelle du pays.
[Traduction]
Par ailleurs, notre gouvernement est déterminé à créer un milieu de travail où les fonctionnaires sont libres de choisir de travailler en français ou en anglais et d'être supervisés dans la langue officielle de leur choix.
[Français]
Dans les communications émises par le gouvernement fédéral, nous veillons à ce que toute la population canadienne comprenne les annonces importantes et les communiqués importants. C'est pourquoi chaque communiqué de presse est disponible dans les deux langues officielles. Le processus de modernisation du régime des langues officielles n'a pas abouti avec la sanction royale de la Loi sur les langues officielles modernisée. Il n'aboutira pas non plus lors du dépôt des décrets mettant en œuvre les règlements. Non, les changements que nous souhaitons toutes et tous voir, soit la valorisation du français et l'égalité réelle entre les deux langues officielles, prendront du temps.
[Traduction]
Rome ne s'est pas fait en un jour; le changement que nous cherchons à mettre en œuvre au pays ne s'opérera pas non plus du jour au lendemain.
[Français]
Le changement que nous cherchons à mettre en œuvre est un changement de culture. Nous avons besoin de continuer à valoriser le français au sein de nos équipes, pendant nos rencontres et dans nos interactions avec le public. Nous devons enfin parler des langues officielles comme d'une richesse commune qui appartient autant aux communautés de langue officielle en situation minoritaire qu'à l'ensemble de la population canadienne, car en défendant et en promouvant nos langues, nous investissons directement dans la vitalité de nos communautés et donc dans la prospérité de notre beau pays.
Je vous remercie.
:
Merci, monsieur le président.
Monsieur le ministre, je vous remercie d'être là.
Je remercie les fonctionnaires qui l'accompagnent.
Monsieur le ministre, vous savez que, dans un comité, le temps de parole est très court, alors il se peut que je vous interrompe si le contenu de votre réponse ne me satisfait pas. J'aime mieux vous le dire à l'avance.
Je vous annonce que ce ne sera pas votre dernière visite au Comité permanent des langues officielles parce que j'ai proposé au président, lors des travaux du Comité, de vous recevoir pendant deux heures. La première heure était censée être réservée à la présentation de votre lettre de mandat, et la deuxième heure devait être consacrée au sujet d'aujourd'hui. Malheureusement, votre agenda ne vous permettait pas de comparaître pendant deux heures, mais je vous assure que vous serez invité de nouveau, et très bientôt, je l'espère, pour nous parler de votre lettre de mandat.
Comme vous le savez, monsieur le ministre, vous êtes ici en raison, entre autres choses, d'un article de Radio‑Canada sur l'utilisation assez minime du français par votre , ce qui, selon nous, est un indicateur important de la volonté de votre gouvernement de saupoudrer un peu le français et de donner l'illusion que le français, l'une des deux langues officielles, est utilisé de façon équitable. Ce n'est pas ma lecture.
Monsieur le ministre, vous êtes en poste depuis décembre. Pouvez-vous me dire ce qui a été fait par vous ou par votre prédécesseur, M. Guilbeault, à la suite de la correspondance du Conseil privé? Qu'est-ce qui a été fait par le ministre du Patrimoine, qui est notamment responsable des langues officielles, pour faire augmenter l'utilisation du français, tant par le premier ministre que dans tous les ministères et organismes gouvernementaux fédéraux?
:
On voit les millions de dollars qui sont donnés, chaque année, aux groupes de pression anglophones qui, justement, vont traiter tous ceux qui défendent le français de xénophobes ou d'identitaires, comme vous l'avez fait. Du côté francophone, au Québec, il n'y a pas un sou pour aider les organismes francophones. C'est ça qui est vraiment injuste.
De plus, les droits linguistiques des anglophones ont toujours été respectés. Ce que je veux dire, c'est qu'au départ, les écoles primaires et secondaires anglophones étaient surfinancées. Ça s'est résorbé. On peut toujours argumenter que c'est encore le cas, mais, depuis 1973, il y a eu un changement, et c'est réparti plus également. Quant aux cégeps anglophones, ils sont financés deux fois plus que ne le justifie le poids démographique des anglophones, et dans le cas des universités anglophones, c'est trois ou quatre fois plus. C'est ce que je veux dire. Le financement des établissements anglophones est de beaucoup supérieur.
Dans le reste du Canada, les universités francophones sont sous-financées par rapport au poids démographique des anglophones. Des représentants de collèges francophones venus témoigner dans le contexte du continuum d'éducation nous ont dit qu'ils n'avaient pas assez d'écoles ou qu'elles étaient vétustes, entre autres choses. Il y a vraiment deux poids, deux mesures. Je considère que la Loi sur les langues officielles modernisée a adopté plusieurs positions asymétriques favorables au français au Québec, mais il n'y a rien eu de changé.
Un point de vue exprimé par des gens de votre gouvernement, y compris des dirigeants, suscite de vives préoccupations. Trudeau, par exemple, a affirmé que le Canada est un État postnational dépourvu d'identité profonde.
Beaucoup de Canadiens sentent que notre histoire est dévalorisée. Nombre de statues ont été déboulonnées sous le gouvernement libéral. On pourrait aussi parler du grand manque de respect et de l'hostilité que les libéraux — particulièrement vous, monsieur le ministre — ont manifestés envers les gens de toutes les confessions, en dénigrant leurs croyances et leurs textes sacrés, et en cherchant à les museler.
Juste après que vous avez fait ces commentaires à titre de président, le vous a nommé ministre, et il a changé le titre du poste de ministre du Patrimoine et ministre responsable des Langues officielles à ministre de l'Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles.
Les conservateurs croient à l'histoire et à la culture canadiennes. Pourquoi le ministre et, par extension, le semblent-ils déterminés à rabaisser le patrimoine, la culture, la foi et les croyances de la population canadienne?
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Sans ajouter de commentaire au débat précédent, je dirais qu'il est clair que le Plan d'action, comme vous le savez très bien, touche aussi des institutions fédérales, donc l'usage du français. On parle de 19 partenaires fédéraux qui doivent répondre aux 82 initiatives et les prendre en considération. De ces initiatives, 49 sont des initiatives historiques, tandis que les autres sont nouvelles.
Pour ce qui est de l'évaluation, on ne peut évidemment pas réparer et rectifier ce qu'on ne peut pas mesurer.
Le ministère du Patrimoine canadien a mis en place plusieurs mesures pour évaluer les retombées des plans d'action. Dans le cadre du bilan de mi-parcours, des consultations avec des instances publiques et les intervenants clés viennent de se terminer. Je crois qu'il sera publié ce printemps, en 2026. De plus, une évaluation sera faite, c'est-à-dire un audit horizontal, conformément aux exigences contenues dans la politique gérée par la trésorerie.
Dans ce contexte, on voit plusieurs résultats, dont plusieurs éléments liés au financement. D'abord, à peu près 63 millions de dollars sont accordés au fonctionnement des organismes communautaires. Ensuite, 22 établissements postsecondaires offrent 1 200 programmes en français sinon bilingues, et sept établissements postsecondaires ont des programmes de formation de ressources humaines bilingues dans le domaine de la santé. Finalement, 50 millions de dollars sont accordés à la création d'un réseau d'intervenants dans le secteur de la petite enfance, et à la mise en œuvre des initiatives dans les communautés. Ce financement est très important, surtout pour les petites communautés.
Tantôt, vous avez donné quelques exemples et nous pourrons y revenir, mais j'aimerais qu'on me transmette éventuellement les données. Moi, je procède selon les données qui proviennent des Comptes publics du Canada. On a trouvé d'autres façons d'aller chercher des données, mais ça ne changera pas fondamentalement les choses.
Il reste que l'appui du gouvernement fédéral en matière de langue officielle au Québec est essentiellement pour promouvoir l'anglais. Cet appui est donné à des groupes militant pour l'anglais. Il est certain qu'aucun groupe militant pour le français ne reçoit un sou du fédéral. C'est pour ça que je trouve qu'au moment où le français est menacé plus que jamais et où la nouvelle version de la Loi sur les langues officielles comporte certains changements, je pense qu'il serait fondamental que le gouvernement fédéral change sa façon de faire les choses.
Revenons à l'usage du français. Selon l'Office québécois de la langue française, de tous les milieux de travail au Québec, comme les banques, les commerces, etc., c'est l'administration publique fédérale qui utilise le moins le français comme langue commune. C'est certain que ça n'aide pas la situation du français.
Qu'en pensez-vous? Y a-t-il moyen de changer ça?
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Premièrement, nous pouvons tous faire mieux.
C'est sûr que la nouvelle version de la Loi sur les langues officielles a changé la donne en ce qui a trait aux institutions réglementées par le fédéral.
Monsieur Beaulieu, si votre souci n'est pas de viser indûment la communauté anglophone au Québec, mais plutôt de trouver une équité, alors je suis de votre côté et nous pouvons vous donner des chiffres à l'appui. Toutefois, il faut quand même garder une vue d'ensemble en regardant, par exemple, le règlement global avec Québec, qu'on a conclu juste avant les élections, en vertu duquel des fonds sont versés au Québec et acheminés aux organisations francophones.
Comme il reste très peu de temps, je vais conclure en disant que la nouvelle version de la Loi sur les langues officielles nous donne ces outils et que nous pouvons tous faire mieux.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Monsieur le ministre, je veux revenir sur ce que vous avez dit d'entrée de jeu, concernant la facilité ou le manque de facilité que les gens peuvent avoir avec les langues. Depuis que je suis arrivé ici, à Ottawa, je me suis mis aussi à l'apprentissage de l'anglais. Je n'ai pas de facilité avec les langues. Je fais donc partie de ceux-là. Cependant, je suis très étonné et vraiment heureux de voir que plusieurs de mes confrères et consœurs de partout au Canada viennent me voir pour me demander de leur parler en français. Ils suivent des cours de français et font de l'immersion en français. Je sens vraiment, chez eux, une volonté d'apprendre le français.
Je vous parle de mon expérience personnelle. Comme gouvernement, vous l'avez dit, on doit améliorer des choses. Je pense que les choses ne sont pas parfaites tout le temps. Cependant, quand on a la volonté de changer les choses, les choses vont changer.
Je me sens assez interpellé, par extension, par les médias locaux. Les médias locaux nous permettent de nous informer en français, et ce, d'un bout à l'autre du pays. Ils contribuent à la vitalité de la langue dans l'espace public.
Pouvez-vous nous parler des efforts que notre gouvernement a faits pour renforcer la capacité des médias locaux et des radios communautaires? C'est extrêmement important pour la francophonie.
:
Merci, monsieur le président.
Mesdames et messieurs les députés, je vous remercie.
Je veux d'abord souligner la présence de mon collègue, Me Marc Barbeau, qui est vice-président général, chef des affaires juridiques et secrétaire général d'Air Canada, en plus d'enseigner à la Faculté de droit de l'Université McGill depuis 30 ans. Autrement dit, Me Barbeau est un homme occupé.
[Traduction]
Je remercie l'ensemble des membres du Comité de nous avoir invités à témoigner aujourd'hui.
[Français]
Air Canada dessert 50 aéroports, au Canada et près de 150 autres dans le monde. Nous exploitons environ 1 000 vols par jour sur plus de 400 trajets et transportons 50 millions de passagers par année.
[Traduction]
Nous sommes fiers de relier le Canada au monde.
[Français]
Air Canada remplit ses obligations linguistiques dans le contexte d'une opération complexe et unique. En moyenne, le parcours de chaque passager comprend de cinq à six points de contact avec notre personnel, soit l'achat des billets, l'enregistrement, l'accueil à l'aéroport, l'embarquement, le Service en vol et la collecte des bagages. Les langues officielles sont présentes à chacune de ces étapes. Leur utilisation et leur promotion font partie intégrante de nos valeurs et de nos priorités. Plus particulièrement, lors de chaque vol désigné bilingue, les employés sont affectés à servir les clients dans la langue officielle de leur choix. En fait, le personnel est bilingue à bord de tous les vols d'Air Canada.
Air Canada est pleinement engagée et a mis en œuvre une série d'initiatives pour améliorer sa prestation de services dans les deux langues officielles. Nous avons notamment donné la priorité au recrutement d'employés bilingues à l'échelle du pays. Aujourd'hui, près de 50 % de nos employés qui servent le public voyageur sont reconnus bilingues, et environ 65 % d'entre eux ont la capacité de s'exprimer dans les deux langues officielles. Ensuite, nous avons instauré des mesures de sensibilisation et de formation pour nos employés. Finalement, nous avons formé un comité de gestion des langues officielles pour l'intégration de notre plan d'action.
Le commissaire aux langues officielles revoit régulièrement les activités d'Air Canada et reçoit aussi les plaintes des passagers. Or, sans en minimiser l'importance, le nombre de ces plaintes demeure limité, considérant l'ampleur de nos exploitations. En 2024‑2025, par exemple, 85 plaintes ont visé Air Canada alors que nous avons transporté près de 50 millions de passagers. Ce nombre témoigne de notre volonté et de nos efforts soutenus. Au total, le commissaire a reçu 1 200 plaintes cette année-là. Comme vous le savez, Air Canada est soumise à des obligations qui ne s'appliquent à aucun autre transporteur aérien ni à aucune autre entreprise privée qui sert le grand public.
Si ce régime pouvait se justifier lors de sa privatisation en 1989, alors qu'Air Canada détenait plus de 80 % du marché intérieur, la réalité est aujourd'hui bien différente: notre part du marché intérieur est d'environ 40 %.
WestJet dessert toutes les provinces et détient près de 35 % du marché intérieur. Porter Airlines dessert également toutes les provinces et représente, par exemple, ici à Ottawa, environ 35 % de la capacité. Il s'agit d'un aéroport important pour la communauté francophone. Enfin, près de 70 transporteurs étrangers desservent le Canada sans être assujettis à des obligations en matière de services en français.
La Loi sur l'usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale, ou LUFEP, prévoit que des obligations s'appliqueront à d'autres transporteurs. Par souci d'uniformité, les recours doivent être les mêmes.
Je vais maintenant citer le commissaire aux langues officielles:
C’est donc dire que le public qu’elles desservent et les employés qui y travaillent auront des droits, voire des recours, différents selon le cas. Les Canadiens et Canadiennes se retrouveront, en fin de compte, dans un environnement linguistique fragmenté et parfois incohérent [...]
Une plus grande harmonisation est de mise.
[Traduction]
Le règlement n'égalisera pas les règles du jeu, au contraire; il ne garantira pas que les Canadiens pourront être servis dans la langue de leur choix.
[Français]
Nous remarquons aussi que le gouvernement s'exempte de ces sanctions, même si plusieurs de ses entités jouent un rôle important dans la prestation de services aux voyageurs, comme l'ACSTA, soit l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien, l'Agence des services frontaliers du Canada ou l'Office des transports du Canada.
Or, comme le commissaire l'a également soulevé, il existe en droit fédéral de nombreux exemples de sanctions pécuniaires applicables au gouvernement, directement ou à ses organismes, en matière d'environnement ou de sécurité, par exemple.
En ce qui concerne les amendes, je veux assurer au Comité que notre engagement envers les langues officielles est réel, qu'il fait partie de notre culture depuis longtemps et qu'il ne repose pas sur la possibilité d'une sanction financière.
Toutefois, la somme de 50 000 $ par infraction pourrait représenter un montant vraiment considérable pour une entreprise qui transporte 50 millions de passagers par année à bord de plus de 400 000 vols. Je le répète: aucun autre transporteur aérien ne sera assujetti à ces sanctions.
En conclusion, nous appuyons toute mesure visant à valoriser le français et à en assurer l'essor. Toutefois, les sanctions pécuniaires n'aideront pas à surmonter les enjeux liés à l'offre des services dans les deux langues, comme la disponibilité de main-d'œuvre bilingue à l'échelle du pays.
Cela dit, si cette mesure était mise en application, elle devrait s'appliquer à toutes les entreprises et tous les organismes, incluant ceux relevant du gouvernement, qui doivent rendre des services en français aux voyageurs, soit en vertu de la Loi sur les langues officielles, soit la LLO, ou de la Loi sur l'usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale, soit la LUFEP.
Je vous remercie de votre écoute. Nous sommes disponibles pour répondre à vos questions.
Merci.
:
Merci, monsieur le président.
Messieurs Barbeau et Rheault, je vous remercie de vous prêter à cet exercice. Je pense que c'est important.
Je dois noter qu'Air Canada ne s'est jamais défilée lorsqu'elle a été invitée au Comité permanent des langues officielles. C'est tout à votre honneur.
Maintenant, monsieur Rheault, j'ai écouté ce que vous avez dit et, honnêtement, quand j'ai reçu l'avis de convocation, je me suis demandé pourquoi Air Canada venait témoigner ici. Il est question de sanctions administratives. Entendons-nous bien, en fait, il s'agit d'amendes. On dirait que le gouvernement veut confirmer auprès de l'une des quatre organisations qui sont identifiées dans le projet du règlement que ce qu'il propose est correct.
Je regrette, mais le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Pour juger si c'est adéquat, je pense qu'on aurait dû consulter des juristes ou des citoyens plutôt qu'une organisation qui aurait potentiellement à payer des amendes.
Je trouve ça plutôt étrange, et je pense que c'est le Parti libéral qui vous a invité ici. Je vous remercie d'être là, mais comment expliquez-vous ça?
:
Je remercie le député de ses commentaires.
Nous sommes présents aujourd'hui parce que nous avons été convoqués. Je ne sais pas exactement comment fonctionnent les convocations, mais, quand on est convoqué, habituellement, on se présente.
Nous sommes aussi présents parce que nous pensons que nous avons un point de vue important à donner sur cette question, qui est très importante pour le pays, et pour soulever le fait, monsieur Godin, que ce qui est étrange — nous sommes d'accord avec le commissaire à cet égard —, c'est que le nouveau règlement s'appliquerait à un nombre très limité d'entités offrant des services aux voyageurs. Ainsi, si une approche ou une mesure est indiquée ou efficace, elle devrait s'appliquer à toutes les entreprises et à tous les organismes œuvrant dans le transport, notamment à ceux qui relèvent du gouvernement. En fait, le gouvernement devrait servir d'exemple, alors que, aujourd'hui, il s'exempte.
:
Vous avez raison, monsieur Rheault.
Nous venons de rencontrer le , et il n'est pas capable de dire qui sera responsable de mettre en application l'usage du français dans la machine gouvernementale ou auprès du bureau du premier ministre. Nous avons donc tout un problème. Vous avez raison.
Dans le projet de règlement, sous la rubrique « Désignation » et l'entête « Sociétés d'État et personnes morales », on trouve « Air Canada; » — votre compagnie est mentionnée dans la loi —, « les administrations aéroportuaires désignées au sens du paragraphe 2(1) de la Loi relative aux cessions d'aéroports; », « Marine Atlantique S.C.C.; » et « VIA Rail Canada inc. ».
Le contribuable canadien qui tient aux deux langues officielles et qui tient à faire en sorte qu'on utilise davantage le français, l'une des deux langues officielles qui est en déclin, ne peut-il être servi dans le respect de la Loi sur les langues officielles que par ces quatre entités?
:
Monsieur Rheault, je vais calculer le nombre de pages de ce règlement.
Je veux rappeler aux gens qui nous écoutent ou qui vont lire ce qu'on appelle communément « les bleus », soit le verbatim, que la Loi sur les langues officielles a été sanctionnée le 20 juin 2023.
On a accouché de ce règlement à la fin de la session parlementaire précédente de l'année passée, vers le début de décembre. Je trouve étrange qu'on accouche de ça.
Vous, monsieur Rheault, si vous pouviez nous aider à être meilleurs... Chez Air Canada, je sens vraiment que vous faites des efforts. Honnêtement, je suis un utilisateur de vos services et ça me fait toujours plaisir lorsqu'un agent de bord vient me voir près des portes de secours pour me demander si je veux avoir les consignes en français ou en anglais. La majorité dit le vouloir en anglais. Moi, le détestable, je dis que je les veux en français. Or, dans 95 % des cas, les gens parlent français. Ils sont capables de me donner les consignes en français. Si ce n'est pas le cas, on me dit que je peux aller voir quelqu'un d'autre. À ce moment-là, je leur dis que ce n'est pas nécessaire. Tant que quelqu'un d'autre dans l'avion peut me parler en français, si j'ai besoin d'informations ou d'instructions pour des mesures de sécurité, le français est toujours là. C'est tout à votre honneur. Continuez dans cette voie, parce que vous savez qu'il faut continuellement rappeler le règlement.
Cela dit, comment pourrait-on s'améliorer encore? Aidez-nous.
Nous allons déposer des recommandations pour l'analyse de ce règlement. Si vous n'avez pas la réponse aujourd'hui, pouvez-vous nous fournir des pistes de solutions, des suggestions d'amendements au règlement ou d'ajouts de nouveaux articles? Nous vous en serions grandement reconnaissants.
:
Je vais rebondir sur ce que vous venez de mentionner.
En effet, notre gouvernement dit présentement qu'il faut contrôler ce qu'on peut contrôler. D'accord. Au fond, vous êtes l'un des fleurons des entreprises. C'est pour cette raison qu'il y en a quatre au départ qui sont ciblées.
Air Canada a le mot « Canada » dans le nom de son entreprise. Dans un contexte où on doit être de plus en plus fièrement Québécois, mais aussi fièrement Canadien, vous avez un avantage concurrentiel en ayant le mot « Canada » présentement dans votre nom.
Ce faisant, en ce qui concerne cette logique de valorisation, ne devez-vous pas renforcer cette culture, ces valeurs? Dans les services, il ne faudrait pas que ce soit par contrainte qu'on ait les deux langues officielles ou que ce soit pour le plaisir de répondre à un francophone. Il faudrait plutôt que le français soit encore plus en évidence dès le premier contact pour valoriser nos deux langues officielles auprès de tous les voyageurs qui viennent au Canada ou que vous emmenez à l'extérieur.
N'est-ce pas là une occasion pour votre entreprise de se différencier de la concurrence, justement, et de voir ça comme un risque et comme des coûts, puisque vous êtes déjà très performants?
:
Je comprends votre argument, mais je répète que votre entreprise se nomme Air Canada.
Le gouvernement a toujours été sensible au développement d'Air Canada, à son positionnement, et, bien sûr, à l'environnement concurrentiel dans lequel nous sommes. Ce faisant, nous avons reçu les représentants de la FCFA, soit la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, au Comité, en décembre. Ils nous ont parlé du plafond lié aux sanctions. En fait, ils voulaient qu'il soit encore plus élevé.
J'ai deux questions à vous poser.
Je comprends l'impact que peuvent avoir plusieurs pénalités s'élevant à 50 000 $ chacune. Compte tenu du fait que vous êtes déjà bien outillé pour répondre à cet élément et de l'exemple dont vous pouvez donner — nous en sommes sans doute à la première étape présentement —, à quel montant devraient se chiffrer les sanctions?
Comme certains le mentionnaient, le montant des sanctions devrait être plus élevé, vu que vous avez déjà une bonne prestation de ce côté. Ça ne devrait donc pas vous préoccuper.
:
Je reviens au premier aspect de votre question.
D'abord, notre taux de conformité est très élevé: nous faisons beaucoup d'efforts. Au lieu de pénaliser une entreprise qui n'est pas parfaite, on devrait commencer par regarder quelles obligations les autres entreprises pourraient avoir.
Pour ce qui est du montant des sanctions, la loi prévoyait 25 000 $. Ça a été doublé dans le règlement. Comme je l'ai dit dans mon mot d'ouverture, ça peut être très significatif si on transporte 50 millions de passagers par année, si on a 400 000 vols par année. Oui, ce montant peut devenir significatif. Dans le cas de certains trajets, ça peut entraîner des coûts plus importants.
Nous avons un programme de conformité, et nous allons tout faire pour éviter les amendes. Autrement dit, nous ne cherchons pas à en avoir. Pour nous, payer des amendes parce que nous ne nous conformons pas aux obligations n'est pas un modèle d'affaires. J'ai entendu des commentaires en ce sens, et je veux seulement clarifier une chose. Notre modèle d'affaires ne comprend aucune sorte d'obligation réglementaire.
Je me demande si Me Barbeau veut ajouter quelque chose.
:
Je vous remercie de votre question.
Nous avons entamé un processus de francisation de façon volontaire parce que, évidemment, nous étions dans une situation particulière, contrairement aux autres entreprises de compétence fédérale présentes au Québec, qui n'ont pas encore d'obligations linguistiques. Dans notre cas, nous avons un cadre qui s'applique, soit la Loi sur les langues officielles, et celle-ci prévoit l'égalité des deux langues, alors que la Charte de la langue française prévoit la prédominance du français.
Alors, nous nous sommes inscrits de façon volontaire, étant entendu que, s'il y avait une incompatibilité entre les régimes, le régime fédéral s'appliquerait. Le meilleur exemple est l'affichage. Au Québec, on sait que le français doit être prédominant dans l'affichage, mais, chez Air Canada, tant dans nos installations qu'à l'extérieur, c'est l'égalité des deux langues.
:
Monsieur Rheault, j'ai dit que je n'aborderais pas une certaine question, mais j'ai retrouvé mon exemple.
En 2023, Jean‑Pierre Beaudoin, un homme d'affaires, voyageait en classe affaires, si je ne m'abuse, et, après s'être installé, il a constaté que l'agente de bord ne parlait pas un mot de français. M. Beaudoin a demandé d'être servi en français, mais celle-ci a refusé en disant qu'elle ne parlait pas français. Il a insisté et elle est revenue avec un agent de sécurité. Pourtant, il y avait d'autres agents de bord qui parlaient français, mais, supposément, ils ne pouvaient pas le servir. On lui a donné le choix entre sortir de l'avion et accepter d'être servi en anglais.
À votre niveau, vous n'en avez peut-être pas eu connaissance, mais je pense que ça mériterait une sanction, parce que c'est vraiment inacceptable.
:
C'est une bonne question.
Dans le cas de chacune des plaintes, nous regardons ce que c'est, nous regardons les circonstances, comme le vol et l'aéroport en question, et nous cherchons à identifier les employés impliqués. À ce moment-là, la plainte est transmise aux superviseurs et les employés sont rencontrés. Nous essayons d'avoir aussi la version des faits des employés.
C'est sûr qu'il y a des plaintes un peu plus subjectives. Par exemple, quand il y a une interaction entre un client et un passager, il est parfois difficile pour l'employé de s'en souvenir, parce que nos employés servent des centaines de personnes par jour, d'autant plus que nous recevons parfois la plainte trois ou quatre mois plus tard.
Par contre, certaines plaintes peuvent être plus objectives. Oui, c'est arrivé que des traductions soient mal faites ou qu'elles ne soient pas faites en même temps, ou que des systèmes fonctionnent mal dans les deux langues officielles. Nous remédions à ces situations le plus rapidement possible.
Bonjour, messieurs.
Tout d'abord, je reconnais que des efforts ont été faits.
Je vous le dis franchement, je fais partie des gens qui ont déjà porté plainte contre Air Canada, parce qu'on ne me servait pas en français. J'ai eu l'occasion de voyager avec Air Canada à quelques reprises au cours de la dernière année, et tout s'est très bien passé, donc on voit qu'il y a une amélioration.
Lorsque les représentants de la FCFA ont comparu devant le Comité, en décembre, ils ont parlé du plafond des sanctions, dont on parle depuis tantôt. Ils voulaient qu'il soit plus élevé. Ma collègue a posé une question à ce sujet, et j'en ai une autre.
Comment voyez-vous le régime de sanctions administratives pécuniaires qu'instaure ce règlement?
D'abord, pour ce qui est de la façon dont nous voyons le régime, il faut savoir qu'il est connu ailleurs. Il existe dans d'autres lois fédérales et provinciales. Alors, sur le plan juridique, ce n'est pas un nouveau régime comme tel. Ça a été rodé dans d'autres territoires. Comme c'est un régime de sanctions administratives, il n'est pas judiciarisé, c'est-à-dire qu'on ne va pas en cour. Il est administré par le commissaire aux langues officielles.
Ensuite, parmi les moyens de défense des personnes morales désignées, dont nous faisons partie, la loi a retiré celui qui est fondé sur la diligence raisonnable. À la moindre violation de la loi, nous ne serions pas en mesure de faire valoir les efforts que nous avons déployés pour éviter une telle violation.
En vertu de la Charte de la langue française, en passant, ce moyen de défense existe. C'est un régime semblable, mais différent à certains égards.
Alors, dès qu'une violation de la loi est constatée, on passe à l'étape de la sanction. Dans le règlement, il y a des critères qui établissent les choses en vertu desquelles une sanction peut être appliquée. Ensuite, il y a des facteurs qui peuvent influer sur le montant de la sanction, comme les efforts déployés pour corriger la situation, la nature de l'infraction, etc. Ce n'est donc pas automatiquement 25 000 $, comme ce que la loi prévoyait, ou 50 000 $. Il va falloir que le commissaire dise qu'il a constaté une infraction et qu'il explique les raisons pour lesquelles il demande qu'une amende de 1 000 $, 2 000 $ ou 5 000 $, par exemple, soit imposée. Il faudra voir, à l'essai, ce que ça va donner.
Cela devrait-il être un plafond de 25 000 $, comme dans la loi, un plafond de 50 000 $, comme dans le règlement, ou autre chose? Ça rejoint un peu la question qu'on a posée plus tôt. En quelque sorte, vous avez l'occasion de voir, à l'essai, comment ça va fonctionner, et de voir, avec le commissaire, si ça donne les résultats que vous souhaitez.
Comme l'a dit mon collègue, de notre côté, nous espérons ne jamais nous retrouver dans une situation où nous devons faire face à une infraction ou pire encore, à une sanction.
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Je vous remercie de votre question.
Selon ma lecture du règlement, il n'y a pas de limites à la capacité de donner plusieurs amendes, pour autant qu'il y ait des infractions distinctes. Pour une même infraction, évidemment, il y aura une seule mesure. S'il y a plusieurs infractions, ça peut donner lieu à plusieurs mesures, et ce sera au commissaire de décider, théoriquement, s'il y aura plusieurs amendes. Ce sera à lui de décider comment il va administrer ça.
Quant à la lourdeur ou à la longueur du processus, comme je l'ai mentionné, c'est un régime qui est rodé. C'est mon impression, mais, encore une fois, je ne suis pas dans la peau des décideurs. C'est une façon de faire qui est rodée ailleurs dans l'appareil gouvernemental fédéral, et ailleurs au Canada. Je pense que le commissaire pourrait tirer des leçons de ce qui se fait ailleurs et connaître les expertises des autres, mais ce sera à lui de décider comment il va gérer ça.
Je vous remercie, monsieur Rheault et monsieur Barbeau, de votre présence aujourd'hui.
Je pense que l'objectif de cette rencontre est justement d'entendre divers intervenants qui seront touchés par la mise en œuvre du règlement. Ça nous aide aussi à mieux faire notre travail lorsque vient le temps de faire des recommandations, à mieux comprendre comment les personnes concernées réagissent au règlement et comment celui-ci va affecter leurs activités ou leurs façons de faire.
Dans votre intervention, vous avez mentionné que vous allez tout faire pour éviter de payer des amendes et que vous aviez déjà mis en place différentes mesures de conformité dans l'optique d'une amélioration continue.
Le but premier de l'imposition d'une sanction n'est pas de punir, mais plutôt de favoriser le respect de la Loi sur les langues officielles.
Êtes-vous d'accord pour dire que le simple fait de mettre en place un régime de sanctions administratives incite à une meilleure conformité?