:
J'ouvre maintenant la séance.
Bienvenue à la 19e réunion du Comité permanent de la santé de la Chambre des communes.
[Traduction]
Nous reconnaissons que nous nous réunissons sur le territoire non cédé du peuple algonquin anishinabe.
La réunion d'aujourd'hui se déroule de façon hybride conformément au Règlement.
Je tiens à rappeler les points suivants aux participants.
Avant de parler, veuillez attendre que je vous donne la parole en vous appelant par votre nom. Pour ceux qui participent virtuellement, veuillez cliquer sur l'icône du microphone pour activer votre micro et désactiver le son quand vous ne parlez pas. Au bas de votre écran, vous pouvez sélectionner le canal d'interprétation qui vous convient: parquet, anglais ou français. Je vous rappelle que tous les commentaires doivent être faits par l'entremise de la présidence.
Pour les députés qui sont dans la salle, vous connaissez les règles. N'oubliez pas ce petit autocollant où poser votre cellulaire afin de ne pas causer d'incidents acoustiques aux interprètes.
La greffière et moi allons essayer de gérer l'ordre des interventions. Si vous avez quelque chose à dire, levez la main, et espérons que nous la verrons en premier.
Si le Comité le veut bien, je vais inviter la greffière à procéder à l'élection du deuxième vice-président avant de poursuivre notre étude sur la résistance aux antimicrobiens.
Des députés: D'accord.
:
Conformément à l'article 108(2) du Règlement et à la motion adoptée par le Comité le mardi 23 septembre 2025, le Comité reprend son étude sur la résistance aux antimicrobiens.
Je souhaite la bienvenue à nos témoins.
À titre personnel, nous accueillons la Dre Dao Nguyen, professeure au Centre de résistance aux antimicrobiens de l'Université McGill, ainsi que le Dr Joseph Rubin, professeur de microbiologie vétérinaire au Western College of Veterinary Medicine de l'Université de la Saskatchewan et le Dr Scott Weese, professeur à l'Université de Guelph et directeur du Centre for Public Health and Zoonoses.
Nous accueillons aussi M. David Wiens, directeur, et M. Scott Ross, directeur général, de la Fédération canadienne de l'agriculture. Nous avons aussi avec nous, par vidéoconférence, M. René Roy, président, et le Dr Egan Brockhoff, vétérinaire en chef, du Conseil canadien du porc, ainsi que la Dre Tracy Fisher, de l'Association canadienne des médecins vétérinaires.
Docteure Fisher et docteur Brockhoff, bienvenue. Vous participez en virtuel. Je ne sais pas si vous avez entendu l'introduction, quand j'ai indiqué où cliquer pour activer et désactiver votre micro. Vous pourrez aussi cliquer sur le petit globe terrestre pour écouter l'interprétation. Merci.
Nous allons commencer. Voici comment nous allons procéder. Je vais accorder cinq minutes à chacun des témoins et à une personne de chaque organisme. Je surveillerai le temps de parole au chronomètre. Quand il vous restera environ une minute, je vais littéralement vous crier « Une minute », puis je vous donnerai 30 secondes pour conclure. Si vous ne pouvez pas terminer tout ce que vous avez à dire, ne vous inquiétez pas. Vous pourrez reprendre les points que vous vouliez aborder pendant la période des questions et réponses.
Je vais commencer par la Dre Dao Nguyen, professeure au Centre de résistance aux antimicrobiens de l'Université McGill.
Docteure Nguyen, vous avez la parole pour cinq minutes.
:
Bonjour, madame la présidente et membres du Comité. Je vous remercie de me donner l'occasion de vous parler aujourd'hui de la résistance aux antimicrobiens, ou RAM.
Je m'appelle Dao Nguyen. Je travaille comme médecin à l'hôpital universitaire principal de McGill. Je suis aussi professeure de médecine et chercheuse en microbiologie dans le domaine des infections bactériennes difficiles à traiter. J'ai fondé et je dirige le Centre de RAM de l'Université McGill ainsi qu'un réseau québécois sur la RAM, dont je dirige les activités visant à structurer et à mobiliser un écosystème de recherche multisectoriel sur la RAM. Ce réseau réunit plus de 150 chercheurs au Québec. Nous collaborons avec le gouvernement ainsi qu'avec des partenaires privés et publics dans les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale.
Comme le Comité tient sa cinquième séance sur la RAM, vous avez sans doute déjà entendu beaucoup de statistiques à ce sujet, alors je ne les répéterai pas. Le plan d'action pancanadien, le rapport du Conseil des académies canadiennes sur la RAM et de nombreux autres rapports publiés ailleurs au monde présentent tous les données qui soulignent que la RAM est une pandémie silencieuse qui menace la sécurité et la santé de la population, des systèmes de santé et plus encore.
Je tiens cependant à attirer votre attention sur quelques réalités actuelles concernant la RAM et les soins de santé des humains au Canada.
Premièrement, tous les médecins, ainsi que les dentistes et les pharmaciens, prescrivent des antibiotiques. Ces médicaments servent non seulement à traiter les infections, mais à prévenir les complications infectieuses résultant de traitements, comme la chimiothérapie, et d'interventions chirurgicales. Cependant, avec l'émergence de bactéries résistantes aux médicaments, et surtout aux carbapénèmes, les antibiotiques puissants de dernier recours, les médecins ne disposent que de peu d'options, voire aucune, pour traiter ces infections de façon efficace et sûre.
Deuxièmement, pour traiter le bon patient avec le bon médicament au bon moment, les fournisseurs de soins doivent recevoir les données diagnostiques en temps opportun. Traitent-ils une infection bactérienne? De quelle bactérie s'agit‑il? Résiste‑t‑elle aux médicaments? Avec les tests diagnostiques actuels, il faut de trois à cinq jours pour obtenir une réponse, s'il y en a une. Les antibiotiques sont le plus souvent utilisés de manière empirique, ce qui signifie, en jargon médical, « au petit bonheur la chance ».
Troisièmement, les bacilles très inquiétants du genre Enterobacter, qui résistent aux carbapénènes, par exemple, ont déjà atteint des niveaux de 70 à 80 % dans certaines régions du monde. Au Canada, bien que les taux soient encore faibles en comparaison, ils augmentent de façon exponentielle malgré les programmes de surveillance, de prévention et de contrôle des infections déjà en place.
La crise de la résistance aux antimicrobiens frappe à nos portes, et nous ne sommes pas équipés pour y faire face. Nous avons désespérément besoin de nouvelles solutions.
Nous devons préserver les antibiotiques existants, mais il nous faudrait aussi de nouveaux traitements. Nous avons besoin de tests diagnostiques plus rapides pour prescrire les antibiotiques adéquats et efficaces. Nous avons besoin de systèmes de surveillance plus complets et suffisamment rapides pour suivre la propagation des bactéries résistantes aux médicaments chez les humains, chez les animaux et dans l'environnement, et pour orienter les mesures à prendre.
Je tiens donc à souligner que, pour faire face à la crise de la RAM, il est essentiel d'effectuer de la recherche et des innovations stratégiques et collaboratives.
Premièrement, la recherche universitaire est une source importante d'innovation, qu'il s'agisse de découvertes ou de création d'entreprises dérivées. Les chercheurs jouent un rôle essentiel pour nous aider à comprendre les problèmes liés à la RAM et pour orienter les interventions efficaces. Les chercheurs canadiens possèdent des atouts et une expertise remarquable sur lesquels nous pouvons nous appuyer.
Deuxièmement, nous devrions constituer des équipes qui transcendent les disciplines et appliquer des méthodes de pointe pour trouver de meilleures solutions plus créatives.
Troisièmement, les membres du milieu universitaire sont d'importants intermédiaires pour la mobilisation de l'écosystème de la RAM, qui est riche en expertise, mais très complexe et fragmenté dans différents secteurs et disciplines.
Selon moi, qu'est‑ce qui manque et que devrions-nous faire?
Pour faire face à la crise de la RAM, nous avons besoin d'infrastructures dotées de ressources suffisantes pour soutenir un écosystème de RAM qui intègre la recherche et l'innovation aux mesures que prennent les gouvernements, les acteurs publics, l'industrie et les utilisateurs finals. Il nous faut un financement stratégique plus élevé et de nouveaux programmes pour mettre en œuvre la stratégie de recherche élaborée par les Instituts de recherche en santé du Canada, les IRSC. À l'heure actuelle, les IRSC ne reçoivent qu'un financement de 1,8 million de dollars par an pour mener leur initiative sur la RAM. Ce financement est dérisoire, comparé, par exemple, aux 21 millions de dollars investis annuellement dans l'initiative sur le VIH‑sida et sur les infections transmissibles sexuellement et par le sang.
Nous devons également soutenir les programmes qui établissent des partenariats entre le milieu universitaire, l'industrie et les partenaires du secteur public pour transformer nos découvertes en médicaments et en diagnostics et nos connaissances en politiques et en interventions.
Enfin, nous avons besoin de dirigeants dynamiques qui comprennent l'urgence de la crise de la RAM et qui sachent mobiliser la volonté politique et les ressources. Il nous faut une structure de gouvernance qui coordonne l'action des secteurs et des autorités compétentes.
Je vous remercie pour votre temps et votre attention.
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Merci de m'avoir invité à témoigner aujourd'hui.
Je m'appelle Joe Rubin. Je suis vétérinaire, microbiologiste et professeur au Département de microbiologie vétérinaire de l'Université de la Saskatchewan. Depuis près de 20 ans, je me penche sur la résistance aux antimicrobiens, la RAM, principalement chez les animaux de compagnie et dans les produits alimentaires. J'enseigne la bactériologie et des maladies infectieuses aux étudiants en médecine vétérinaire. Je mène des études du problème de la RAM sous différents angles.
La résistance aux antimicrobiens est une pandémie que l'on sous-estime terriblement et qui nécessite une intervention urgente. Je suis très heureux de constater que plusieurs comités parlementaires se penchent sur ce problème. Comme le Comité a déjà entendu les exposés fondamentaux d'autres témoins, je vais me concentrer sur les domaines dans lesquels j'estime qu'il faudra intervenir.
À l'heure actuelle, nous n'avons qu'une vision incomplète de l'ampleur de ce problème. Le Comité a entendu parler des défis liés à la surveillance de la résistance chez les gens. Chez les animaux, nos connaissances sont encore plus fragmentées. Toutes les bactéries ne résistent pas de la même manière. Elles résistent plus ou moins fréquemment et provoquent des infections plus ou moins aiguës chez les différentes espèces animales, ce qui comprend les humains.
Grâce au Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens, le PICRA, que mène l'Agence de la santé publique du Canada, nous comprenons très bien la résistance aux antimicrobiens chez les animaux d'élevage canadiens. Toutefois, nous nous heurtons à de graves lacunes dans le cas des aliments importés, des animaux de compagnie — chiens, chats et chevaux — et de la faune. Il est plus difficile de quantifier les effets de la résistance de la faune sur la santé des humains. Hors du PICRA, les programmes de surveillance de la RAM se limitent aux projets de recherche de scientifiques individuels qui manquent de financement stable et d'une intégration générale avec d'autres chercheurs et d'autres programmes.
Des témoins ont déjà indiqué au Comité que la vérification des ordonnances et les programmes de rétroaction sont extrêmement efficaces pour la gérance des antimicrobiens. Nous ne pouvons pas appliquer cela à une échelle significative en médecine vétérinaire.
La gérance des antimicrobiens est évidemment différente dans chaque contexte où elle est appliquée. Ce qui fonctionne dans un grand hôpital humain ne convient pas dans d'autres milieux très diversifiés. Ces solutions ne conviennent pas non plus à tous les patients dont s'occupent les vétérinaires. La situation d'un chien qui vit avec une personne est très différente de celle d'une vache laitière, d'une grange remplie de poulets de chair ou d'une ruche d'abeilles. Dans chacun de ces contextes, il faut appliquer une méthode de gestion différente.
En médecine vétérinaire, il nous faudrait davantage de données pour soutenir une gestion responsable de la RAM chez les animaux de compagnie. La gestion responsable a pour objectif de modifier les comportements des prescripteurs. Dans le cas des animaux de compagnie, les vétérinaires appliquent principalement une gestion passive des antimicrobiens, qui consiste à échanger des connaissances et des données au cours de conférences et d'ateliers de perfectionnement professionnel. Dans le cas des maladies infectieuses chez les humains, nous savons que des approches plus actives ont plus d'effet sur les comportements des prescripteurs. En outre, dans certains domaines, nous manquons de données sur la manière d'optimiser l'utilisation des antimicrobiens. Par exemple, la réduction de la durée du traitement peut avoir un effet considérable sur la quantité totale d'antimicrobiens administrée à un animal, ce qui, au niveau de la population, peut se traduire par une différence considérable.
Enfin, les témoins ont aussi souligné au Comité que la RAM ne respecte pas les frontières et que cette menace est mondiale. Les voyages et les transactions commerciales internationales facilitent le transport des bactéries résistantes et des gènes de résistance d'un continent à un autre. Il est donc dans notre intérêt d'aider les pays à revenu moyen et faible à renforcer leurs capacités en matière de réglementation, de diagnostic et de gestion dans les secteurs de la santé vétérinaire et humaine. En luttant contre la menace de la résistance là où elle émerge le plus rapidement, nous protégerons les Canadiens et réduirons le fardeau de la résistance pour les personnes vulnérables vivant dans ces régions, qui sont à la fois touchées de manière disproportionnée et peu aptes à y réagir.
En conclusion, pour lutter contre la RAM, il est essentiel de gérer les antimicrobiens. Dans le cas des animaux de compagnie, il faut plus de ressources pour élaborer des stratégies efficaces afin d'aider les vétérinaires à optimiser la prescription d'antimicrobiens et d'appliquer les pratiques exemplaires. Nous devons également adopter une perspective mondiale et travailler avec nos collègues de l'étranger pour combattre la RAM dans les régions où elle émerge le plus rapidement.
Encore une fois, je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de vous présenter mon point de vue.
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Merci, madame la présidente.
Je suis vétérinaire spécialiste des maladies infectieuses et je dirige le centre de la santé publique et des zoonoses de notre université. Je m'occupe de l'utilisation des antimicrobiens et de la RAM, la résistance aux antimicrobiens, chez les animaux. Je me penche aussi sur l'interface homme-animal et sur les actions locales et mondiales dans ce domaine.
Mon rôle semble peut-être assez général, mais je tiens à souligner la complexité de ce problème, sa simplification excessive, l'absence d'approches axées sur l'intervention et la nécessité de considérer la santé animale et la santé humaine comme des entités distinctes, quoique reliées.
On reconnaît de plus en plus que la RAM nécessite réellement une approche « d’Une seule santé ». Cependant, il ne s'agit pas de la santé humaine face à « Une seule santé ». Il s'agit des domaines de santé humaine, animale et environnementale réunis en « Une seule santé ». Ne négligeons donc surtout pas le volet de la santé animale.
Malheureusement, ce concept « d’Une seule santé » semble être plus théorique que pratique. Il est très difficile à définir et à mettre en œuvre. Nous devons y réfléchir, mais nous ne pouvons pas attendre que quelqu'un instaure une approche « d’Une seule santé ». Nous ne pouvons pas laisser le concept « d’Une seule santé » freiner notre lutte contre la RAM.
Nous devons intervenir séparément dans chacun des secteurs de la santé humaine et animale. Tout en gardant le concept « d’Une seule santé » à l'esprit, nous devrons appliquer des mesures en grande partie différentes au niveau des espèces et des secteurs.
L'Organisation mondiale de la santé animale a estimé que d'ici à 2050, si nous ne réussissons pas à contrôler la RAM, les pertes de production alimentaire équivaudront aux besoins alimentaires de 750 millions à deux milliards de personnes. C'est un chiffre renversant.
Un petit pourcentage de ces personnes se trouvera au Canada. Toutefois, un petit pourcentage d'un problème colossal reste pertinent, et il prend de l'ampleur. Cela ne reflète même pas toute l'étendue du problème. Comme l'a mentionné le Dr Rubin, d'autres espèces, ainsi que les animaux de compagnie et leurs propriétaires, qui sont émotionnellement attachés, en sont victimes. La RAM a donc de graves répercussions sur la santé.
Nous sommes ici, en partie, pour réfléchir au rôle des animaux face à la santé humaine. Nous ne comprenons pas vraiment le rôle de l'utilisation des antibiotiques chez les animaux et ses effets sur la résistance chez les humains. Il s'agit probablement d'une très faible proportion. La majorité de la résistance chez les humains provient de l'utilisation d'antimicrobiens chez les humains et la majorité de la résistance chez les animaux provient de cette utilisation chez les animaux, mais on constate un certain croisement dans les deux sens. Je le répète, même s'il s'agit d'une partie minime d'un très grand problème, nous nous devons de l'aborder.
Nous devons lutter contre la RAM chez les humains et chez les animaux. Cependant, les besoins de la santé humaine et animale sont différents. Il faut le reconnaître. Nous ne pouvons pas ignorer les éléments de la santé et du bien-être des animaux.
De plus, nous ne pouvons pas régler le problème de la RAM en nous concentrant seulement sur elle. La RAM est une conséquence et non le problème en soi. Le vrai problème découle de l'utilisation des antimicrobiens. Pourquoi les utilisons-nous? Pour des raisons de santé ou, plutôt, par manque de santé. Si nous nous concentrons uniquement sur les nouveaux médicaments et sur la création de nouveaux tests, nous éviterons d'aborder le véritable problème et nous poursuivrons perpétuellement un problème qui est plus agile que nous. Si nous nous concentrons uniquement sur la surveillance, nous aurons une excellente vue d'ensemble du problème, mais nous ne ferons rien pour le résoudre. Pour lutter efficacement contre la RAM, nous devons optimiser la santé et le bien-être.
Pour la santé animale, nous avons besoin d'innovation, mais dans des domaines qui améliorent la santé: une meilleure gestion des animaux, l'accès aux vaccins et d'autres mesures préventives, la nutrition, l'accès aux soins vétérinaires, les directives de traitement, la volonté de changement et les interventions des sciences sociales, afin d'apporter les changements que nous désirons tous. Ces domaines dépassent souvent le cadre de l'innovation et se heurtent à des difficultés, notamment celle d'obtenir du soutien financier.
De plus, comme nous ne parvenons pas à définir clairement le problème de la RAM, nous ne pouvons pas l'aborder efficacement. Cela peut conduire à l'inaction, à des mesures inefficaces ou, parfois, à des mesures néfastes. Nous devons envisager d'y appliquer une surveillance orientée vers une action vaste et intégrée, ou du moins intégrable, qui nous permettra de comprendre où, pourquoi et comment les antimicrobiens sont utilisés non seulement sur les animaux, mais partout ailleurs.
Une meilleure surveillance nous aidera à mettre l'accent sur la pertinence de l'utilisation et sur les données exploitables au lieu de produire des chiffres bruts qui feront la manchette, mais qui n'inciteront pas à l'action. Pour cela, nous avons besoin de l'adhésion et de l'engagement de l'industrie et des responsables politiques ainsi que d'un financement durable et d'une volonté soutenue.
Nous devons accepter que l'utilisation d'antimicrobiens chez les animaux ait son rôle à jouer, mais nous ne devons pas accepter le statu quo. Ma devise en matière d'antimicrobiens est d'en prescrire juste la quantité nécessaire. Nous devons préserver ce que nous avons.
Nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers. Le Canada s'en est bien tiré dans le domaine de la RAM. Nous jouissons d'une bonne réputation, mais nous avons perdu du terrain sur la scène internationale.
Nous devons continuer d'agir, d'innover et de nous engager sérieusement à régler ce problème. Nous avons des groupes et des spécialistes très respectés et la base nécessaire pour redevenir un chef de file mondial. Il ne nous manque que la volonté et le soutien, qui doivent en partie venir du monde politique pour garantir la mise en œuvre des mesures à prendre.
En conclusion, je tiens à souligner que cette situation est compliquée. Nous faisons face à un problème complexe. Il faudra trouver des solutions complexes et multisectorielles et soutenir des actions durables et ambitieuses. La RAM est un problème qui s'étend sur plusieurs décennies et de nombreuses générations. Il dépasse les cycles électoraux, les administrations et les cycles d'octroi de subventions, ce qui affaiblit la motivation. Pour résoudre ce problème, nous avons besoin de victoires à court terme, mais il nous faut aussi un plan stratégique à long terme, de la persévérance et du soutien.
Je vous remercie d'avoir abordé ce grave problème, et je vous encourage à tenir compte de la santé des animaux quand vous vous pencherez sur la crise de la RAM.
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Merci, madame la présidente et mesdames et messieurs les membres du Comité, de m'avoir invité à prendre la parole aujourd'hui sur ce sujet important.
Je m'appelle David Wiens. Je suis un producteur laitier de Grunthal, au Manitoba. Je représente ici les membres de la Fédération canadienne de l'agriculture. Je préside aussi l'association Producteurs laitiers du Canada. Je suis accompagné aujourd'hui de M. Scott Ross, directeur exécutif de la Fédération canadienne de l'agriculture.
Les agriculteurs et les vétérinaires canadiens comprennent que les domaines de la santé humaine, animale et environnementale sont reliés par le concept « d’Une seule santé ». Ils reconnaissent le rôle important qu'ils jouent dans l'atténuation de la résistance aux antimicrobiens.
Les agriculteurs et les vétérinaires prennent la gérance des antimicrobiens très au sérieux. Ils savent qu'ils doivent collaborer entre eux et avec les organismes de réglementation pour utiliser les antimicrobiens de façon responsable en soignant les animaux. Nous menons des activités pratiques et coordonnées pour favoriser et surveiller l'utilisation de ces médicaments importants afin qu'ils demeurent efficaces tout en protégeant la santé et le bien-être de nos animaux.
La prévention et le contrôle des infections sont essentiels pour maintenir le bon état de santé des animaux et réduire la résistance aux antimicrobiens. À la ferme, nous appliquons des mesures de biosécurité robustes pour que les animaux demeurent en santé. Nous surveillons leur nutrition et appliquons d'autres pratiques qui favorisent un bon état de santé.
La meilleure façon de réduire l'utilisation des antimicrobiens dans les exploitations agricoles consiste à mettre en place une gestion rigoureuse, à promouvoir une utilisation responsable et à veiller à ce que les agriculteurs et les vétérinaires aient accès à la plus vaste gamme possible d'outils de soins vétérinaires. Les outils actuellement disponibles se répartissent en plusieurs catégories selon leur utilisation. Il s'agit notamment des produits pharmaceutiques vétérinaires, des produits de santé vétérinaire, des additifs alimentaires et hydriques, des vaccins, des parasiticides et des pesticides, qui contribuent à maintenir la santé des animaux. À cela s'ajoutent les aliments pour animaux, qui répondent à leurs besoins nutritionnels, et le soutien du fonctionnement optimal des animaux.
Chacune de ces catégories est assujettie à une surveillance réglementaire et à un processus d'approbation différents. Les obstacles nationaux qui découragent les fabricants d'entrer sur le marché canadien ont poussé l'accès à ces outils à un point critique. La situation s'est aggravée, car nous perdons continuellement des options approuvées. Nous disposons donc de moins en moins d'outils pour protéger la santé et le bien-être de nos animaux.
Cela ne pose pas seulement un risque pour la santé animale et humaine. Cela place le Canada dans une position concurrentielle désavantageuse par rapport à d'autres pays qui n'ont pas les mêmes barrières à l'accès. Autrement dit, plus nous disposons d'outils variés dans chacune de ces catégories de produits, moins nous avons besoin de recourir à des produits qui sont importants pour la santé humaine.
Ces deux dernières années, une coalition de 16 organismes nationaux représentant les éleveurs de bétail, les vétérinaires et les fabricants de produits du Canada s'est efforcée de cerner les obstacles et d'améliorer l'accès aux outils de soins de santé vétérinaires. Elle a ensuite publié un Livre blanc présentant des solutions consensuelles. Elle a soumis ce document aux représentants du gouvernement en 2024. Nous sommes très heureux de constater que plusieurs des recommandations de ce Livre blanc ont été prises en compte dans le récent examen des formalités administratives.
À titre d'exemple, Santé Canada a lancé une consultation lui permettant de s'appuyer sur les décisions prises par des organismes de réglementation étrangers de confiance. Cela facilitera l'examen plus efficace des demandes d'autorisation de mise sur le marché pour les produits prioritaires. Il s'agit d'une première mesure extrêmement bienvenue qui devrait contribuer à remédier à la pénurie aiguë de produits pharmaceutiques vétérinaires. Cela dit, elle ne résout pas bon nombre des obstacles de longue date signalés dans le Livre blanc et ne contribue pas à améliorer l'accès à d'autres catégories de produits.
Nous avons hâte de poursuivre notre collaboration avec le gouvernement pour mettre en œuvre cette solution et d'autres solutions énoncées dans le Livre blanc. Je tiens à remercier les fonctionnaires de Santé Canada, de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, l'ACIA, et d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, pour leur soutien et leur collaboration constants. Je tiens également à remercier les parlementaires de tous les partis pour leur appui constant dans ce dossier.
Au nom de la Fédération canadienne de l'agriculture, je remercie une fois de plus les membres du Comité des efforts qu'ils déploient pour atténuer la résistance aux antimicrobiens et d'avoir entrepris une étude sur ce grave problème.
Nous nous ferons un plaisir de répondre à vos questions.
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Merci, madame la présidente.
Je m'appelle René Roy et je suis producteur de porcs dans la région de la Beauce, au Québec. Je suis accompagné aujourd'hui du Dr Egan Brockhoff, qui est notre vétérinaire en chef pour notre industrie.
Nous représentons aujourd'hui 7 000 producteurs de porcs au Canada.
[Traduction]
Notre industrie n'est pas seulement un moteur économique de 11 milliards de dollars; nous sommes un partenaire de première ligne en matière de salubrité des aliments et de santé publique.
Les éleveurs de porcs canadiens, leurs vétérinaires et leurs nutritionnistes comprennent que la résistance aux antimicrobiens, la RAM, est un problème « d’Une seule santé » qui émerge dans le monde entier. La santé publique, la santé animale et la santé environnementale sont inextricablement liées.
C'est pourquoi le programme de sécurité alimentaire à la ferme du Conseil canadien du porc intègre une politique d'utilisation responsable dans son programme PorcSALUBRITÉ. Ce programme exige que les producteurs de porcs travaillent avec un vétérinaire porcin agréé et que tous les producteurs de porcs soient contrôlés chaque année par un auditeur externe. Grâce à notre programme PorcSALUBRITÉ, nous avons éliminé l'utilisation préventive des antimicrobiens de catégorie I, les médicaments qui sont très importants en médecine humaine.
Le secteur porcin affiche un bilan remarquable en matière de gérance des antimicrobiens. Nous avons commencé à collaborer en 2006 avec l'Agence de la santé publique du Canada à la surveillance de la RAM et au contrôle de l'utilisation des antimicrobiens. Il s'agit du Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens, le PICRA, qui est un système de surveillance au niveau des exploitations agricoles. Nous avons introduit notre première norme nationale de biosécurité en matière de prévention et de contrôle des infections en 2010, puis nous l'avons mise à jour en 2024. Nous avons également établi notre propre réseau de renseignements sur la santé porcine en 2007.
Pour passer à l'étape suivante, il nous en faut plus. Les producteurs ont besoin d'outils et d'experts. Actuellement, nous nous heurtons à deux obstacles majeurs: l'accès aux médicaments vétérinaires et la pénurie de vétérinaires et de spécialistes porcins. Le Canada est en retard par rapport aux États-Unis, au Brésil, à l'Australie et à l'Europe en matière d'approbation de nouveaux vaccins, médicaments et autres produits. De plus, nos producteurs font face à une pénurie de vétérinaires spécialisés, de spécialistes universitaires et de soutien en laboratoire. Sans accès à cette expertise, les producteurs sont vulnérables dans les cas d'urgence sanitaire.
Pour que le Canada demeure un chef de file, nous soumettons trois recommandations prioritaires au gouvernement.
La première concerne la souplesse réglementaire et la réduction des formalités administratives. Nous demandons à Santé Canada et à l'ACIA de s'efforcer de rendre le Canada plus attrayant pour le secteur pharmaceutique en harmonisant son processus d'approbation des médicaments vétérinaires avec ceux d'autorités internationales reconnues, afin de l'accélérer.
Deuxièmement, pour appuyer la prévention et le contrôle des infections, nous proposons de créer un crédit d'impôt sur la biosécurité afin d'aider nos exploitations familiales à moderniser la biosécurité de leurs bâtiments.
Notre troisième recommandation consiste à investir massivement dans la formation d'experts vétérinaires. La science ne sert à rien si elle n'atteint pas les exploitations agricoles. Nous demandons au gouvernement fédéral d'augmenter les transferts liés à l'éducation afin d'accroître le nombre de places réservées à la formation en médecine animale dans nos collèges. Parallèlement, il faudrait investir dans les infrastructures numériques rurales afin de permettre l'accès à des services vétérinaires par voie numérique.
En conclusion, les agriculteurs, ce qui comprend les producteurs de porcs, sont essentiels à l'élaboration d'une solution. Donnez-nous les vaccins, les installations modernes et les experts qu'il nous faut, et nous continuerons à réduire notre empreinte antimicrobienne tout en garantissant la sécurité alimentaire de tous les Canadiens.
Merci, madame la présidente. Je suis prêt à répondre à vos questions.
:
Bonjour. Je m'appelle Tracy Fisher et je suis vétérinaire à Regina, en Saskatchewan. Je suis ici en tant que présidente de l'Association canadienne des médecins vétérinaires, l'ACMV, qui représente les vétérinaires et les professionnels associés à l'échelle nationale. Les vétérinaires surveillent l'utilisation des antimicrobiens chez les animaux, y compris le diagnostic, la prescription, l'utilisation appropriée et les stratégies préventives. comme la vaccination, la biosécurité et l'amélioration de la gestion. Nous comprenons qu'il s'agit d'un privilège et nous prenons notre rôle très au sérieux.
L'ACMV aide ses membres dans leur rôle de gérance en leur fournissant des orientations et des outils décisionnels afin d'atténuer la menace de la résistance aux antimicrobiens. Depuis 2018, tous les antimicrobiens importants pour la santé des animaux au Canada nécessitent une prescription vétérinaire, ce qui fait des vétérinaires les gardiens de l'accès aux antimicrobiens. Les vétérinaires utilisent un cadre de précaution qui met l'accent sur l'utilisation responsable, la réduction, le perfectionnement, le remplacement et l'examen de l'utilisation des antimicrobiens. Ces pratiques réduisent la pression de sélection pour la résistance, tout en préservant la santé et le bien-être des animaux. Les vétérinaires de tous les domaines d'exercice — animaux d'élevage et animaux de compagnie — sont déterminés à réduire la résistance aux antimicrobiens.
Les données montrent que l'approche coordonnée « Une seule santé » est efficace pour réduire la résistance aux antimicrobiens, tout en protégeant le bien-être des animaux, la santé publique et l'environnement. Le Canada a jeté les bases nécessaires grâce au plan d'action pancanadien et au Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens, le PICRA. Cependant, les évaluations effectuées par le Bureau de la vérificatrice générale du Canada et l'Académie canadienne des sciences de la santé ont mis en évidence des lacunes en matière de coordination, de couverture géographique et d'espèces, ainsi que d'investissement soutenu. Les vétérinaires sont des partenaires essentiels pour assurer la saine gestion des antimicrobiens et protéger la santé publique, mais nous avons besoin de données fiables pour bien remplir notre rôle.
L'accès à des antimicrobiens vétérinaires efficaces et à leurs solutions de rechange est essentiel pour la santé et le bien-être des animaux, la santé publique et la sécurité alimentaire. Entre 2017 et 2022, le nombre de médicaments vétérinaires homologués disponibles au Canada a diminué d'environ 40 %. Santé Canada a récemment proposé des modifications à la catégorisation des antimicrobiens qui pourraient réduire l'accès à d'importants antimicrobiens vétérinaires et contribuer par inadvertance à accroître l'utilisation vétérinaire d'antimicrobiens importants en médecine humaine.
L'accès limité aux antimicrobiens et aux solutions de rechange préventives, comme les vaccins, entrave les efforts de traitement et de gestion appropriés. En termes simples, la capacité des vétérinaires à faire leur travail — contrôler les maladies, prévenir les souffrances et gérer la sécurité alimentaire — est menacée par le manque de médicaments appropriés ou les restrictions éventuelles sur les médicaments dont nous avons besoin chaque jour.
La reclassification proposée des tétracyclines et des phénicols de première génération, qui rendra extrêmement difficile le traitement des types les plus courants de maladies respiratoires bactériennes, surtout chez les vaches laitières, est particulièrement préoccupante pour les vétérinaires de bovins.
L'ACMV a formulé les recommandations suivantes.
Premièrement, améliorer l'intégration de l'expertise vétérinaire dans l'élaboration des politiques antimicrobiennes et de la réglementation des médicaments. Veiller à ce que les vétérinaires et les experts en santé animale soient systématiquement associés à l'élaboration et à la révision de la réglementation, des classifications et des lignes directrices en matière d'antimicrobiens. Nous devons être présents dès le début du processus, et non après coup. Prendre en compte l'importance d'assurer la disponibilité continue des antimicrobiens moins importants sur le plan médical pour usage vétérinaire, comme les antimicrobiens utilisés en médecine vétérinaire qui ont récemment été touchés par les modifications apportées par Santé Canada.
Deuxièmement, maintenir et améliorer l'accès aux médicaments vétérinaires et aux produits de remplacement. Simplifier les voies réglementaires et inciter les fabricants à fournir des produits homologués au Canada, y compris des solutions de rechange aux antimicrobiens, comme les vaccins, les probiotiques, les phages et d'autres médicaments.
Troisièmement, investir dans l'approche « Une seule santé » de la recherche et de la surveillance en santé. Renforcer la recherche intégrée sur la résistance aux antimicrobiens chez les animaux, les humains et l'environnement au Canada afin de soutenir la prévention et le contrôle des maladies fondés sur des données probantes et d'améliorer la gérance des antimicrobiens.
Quatrièmement, enfin, soutenir les capacités et les outils de gérance vétérinaire. Maintenir les investissements dans des initiatives nationales de gérance, les lignes directrices cliniques et les outils d'aide à la décision, comme l'application Firstline de l'ACMV pour la gérance de la résistance aux antimicrobiens, qui aide les vétérinaires à faire des choix éclairés.
Je vous remercie du temps que vous nous avez accordé. Nous sommes heureux d'avoir l'occasion de discuter avec vous d'un enjeu très important pour notre profession, nos clients et les animaux qui dépendent de nous.
Je serai heureuse de répondre à vos questions.
:
Merci, madame la présidente.
Je salue les témoins qui sont présents aujourd'hui pour cette étude.
Mes premières questions s'adressent à vous, docteure Nguyen.
Le Canada est le seul pays du G7 à avoir réduit ses investissements en recherche et développement depuis le début des années 2000 jusqu'à aujourd'hui, qui sont consacrés, bien sûr, à son produit intérieur brut.
Du point de vue de la santé publique, est-ce que ce sous-investissement chronique limite aujourd'hui notre capacité à prévenir efficacement la résistance antimicrobienne, ce qui oblige ensuite les hôpitaux, notamment au Québec, à en gérer les conséquences, qui sont beaucoup plus coûteuses?
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Merci beaucoup de votre question.
L'investissement est insuffisant de façon chronique. Je pense qu'il n'y a absolument pas assez d'investissement, surtout stratégique. Par exemple, si on demande combien de millions de dollars les Instituts de recherche en santé du Canada, ou IRSC, ou les organismes subventionnaires ont investis dans la recherche relative à la résistance aux antimicrobiens, ou RAM, les chiffres sont souvent une surestimation de ce qui se passe exactement, parce que c'est souvent dans des programmes ouverts. Cela veut dire que n'importe quel projet ayant une thématique reliée à la RAM sera considéré dans ce budget.
Par contre, si on pense vraiment à avoir une stratégie qui essaie de s'aligner en particulier sur des actions qui sont nommées, par exemple, par la santé publique et dans le cadre du Plan d'action pancanadien sur la résistance aux antimicrobiens, il faut un investissement plus concerté. Par exemple, si je parle de la recherche en santé humaine et des IRSC, 1,8 million de dollars, ça ne va pas très loin. Je pense que, si on veut vraiment pouvoir mener à terme et mettre en œuvre la stratégie qui est présentement en développement, ce n'est nettement pas suffisant pour avoir un impact.
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Oui, absolument, et il y a plusieurs raisons à cela. Le travail, le mode de vie et les finances y sont pour quelque chose, mais le gouvernement a certains rôles à jouer.
Une chose est certaine, c'est que les vétérinaires des régions rurales ne sont pas admissibles au programme d'exonération du remboursement des prêts étudiants pour les professionnels ruraux. Ce serait donc un élément utile.
Dans les écoles de médecine vétérinaire et dans la profession vétérinaire, il y a tout un mouvement pour commencer à sélectionner de futurs vétérinaires parmi les jeunes qui s'intéressent à l'alimentation, aux animaux et à la médecine rurale, et ce dès qu'ils entrent à l'école.
Ce sont autant d'aspects positifs, mais au bout du compte, la main-d'œuvre demeure réduite. La vie d'un vétérinaire en milieu rural peut être extraordinairement gratifiante, mais exige beaucoup de travail et de longues heures. Or, comme ils peuvent opter à beaucoup d'emplois moins pénibles, il en est qui finissent par graviter vers d'autres domaines de pratique, ce qui est malheureux, parce que nous avons vraiment besoin de gens dans les régions rurales.
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Je vous remercie de votre question. Je vais essayer d'y répondre de mon mieux, en songeant surtout à ce que nous voyons du côté humain.
En l'absence d'études génomiques plus poussées, qui sont effectuées au cas par cas, en cas d'infection, il est souvent difficile de faire un lien direct avec son origine, par exemple de déterminer si un cas particulier de salmonelle ou d'E. coli aurait pu provenir d'une source zoonotique donnée.
Dans l'ensemble, pour ce qui est de la surveillance non individuelle, il y a peut-être des données probantes qui ont été signalées et mentionnées auparavant — par exemple, sur les infections entériques ou la bactérie E. coli —, mais encore une fois, Il est beaucoup plus difficile d'attribuer la provenance à un niveau individuel et ce n'est pas quelque chose que nous faisons systématiquement, à moins qu'il y ait des interactions zoonotiques claires. L'exposition à des produits alimentaires, en l'absence d'une éclosion, n'est certainement pas quelque chose que nous pourrions identifier.
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Merci, madame la présidente.
Merci à tous les témoins.
J'aimerais faire un commentaire à l'intention du Dr Brockhoff. Je suis d'accord avec vous. Lorsque de bonnes choses se produisent, non seulement la communauté vétérinaire, mais nous tous nous ne savons pas nous y prendre... Jusqu'à ce que nous fassions cette étude, je ne connaissais pas la question de la stimulation de la croissance. Je savais que c'était le cas il y a des années. Je ne savais pas qu'au Canada, ça ne se faisait plus. Je pense que beaucoup de gens pensent que ces choses continuent à se produire alors vous avez raison de dire qu'il faut diffuser l'information. Les gens doivent le savoir, car c'est une bonne chose que nous ne le fassions pas.
Docteure Nguyen, nous avons parlé de la nécessité de nouveaux traitements et de la recherche de nouvelles options. Comme vous le savez, un problème — nous en avons parlé plus tôt dans l'étude, et je le sais pour avoir exercé la médecine pendant des années —, c'est que nous dépendons lourdement de l'industrie pharmaceutique pour les essais cliniques, qui sont très coûteux. Le problème, c'est qu'il s'agit de sociétés qui doivent rendre des comptes à leurs actionnaires. Les antibiotiques ne sont pas une gamme de médicaments des plus rentables par rapport aux statines, disons.
Quel est le défi? Comment pouvons-nous contourner ce problème? C'est quelque chose dont nous avons désespérément besoin, alors comment pouvons-nous surmonter le fait de devoir dépendre d'une industrie pour laquelle il n'y a pas d'excellentes raisons de faire de la recherche?
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Merci. C'est très utile.
Docteur Weese, vous avez parlé de lignes directrices sur la prescription, et nous avons la même chose en médecine. Un des problèmes que nous avons, c'est la diffusion de ces lignes directrices. Comme je suis à l'urgence, je travaille dans un milieu strictement hospitalier. Nous avons des entretiens directs en tout temps avec nos spécialistes en maladies infectieuses.
On retrouve en ligne les directives et les bases de données les plus récentes, qui sont bonnes, mais surtout dans le cas des antibiotiques, on peut y lire: « Voici la documentation la plus récente sur cette infection; donnez cet antibiotique », il y a un astérisque qui dit: « Songez à la résistance aux antibiotiques dans votre communauté. Cela pourrait changer vos habitudes. »
Lorsque nous travaillons dans une salle d'urgence, entourés de spécialistes, on a de la difficulté à suivre le rythme. Les médecins de la communauté, dans leur cabinet, ont encore plus de difficulté. Y a‑t‑il une stratégie dans la profession vétérinaire pour essayer d'obtenir les plus récentes lignes directrices fondées sur des données probantes et des modèles de résistance locaux?
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Je pense cependant que tout le monde commence à se sentir irrité par le dialogue.
Il y a beaucoup d'inquiétudes en matière de santé publique. Ce n'est pas seulement du côté de l'agriculture, mais aussi du côté de la santé publique. Nous perdons l'accès à de nombreux médicaments et nous sommes laissés pour compte au Canada. Cela aussi, c'est une autre chose: l'intervention du gouvernement. Ce qui nous ralentit vraiment, c'est la bureaucratie.
Les gouvernements doivent agir. Je n'expliquerai ni ne dirai jamais assez que l'agriculture doit passer à la vitesse supérieure, tout comme les soins de santé. Ces choses nous échappent. Nous allons nous retrouver dans l'impasse totale si nous n'intensifions pas nos efforts pour écouter les gens qui seront touchés sur le terrain.
On a expliqué que le secteur agricole disposait d'une politique d'utilisation des médicaments selon diverses catégories, mais je n'ai rien entendu de tel de la part du secteur des soins de santé. Que fait le secteur des soins de santé humaine? A‑t‑il des régimes concernant la résistance antimicrobienne? S'agit‑il d'un plan méthodiquement agencé que le public peut voir, comme c'est le cas en agriculture, ou a‑t‑il du rattrapage à faire?
Je suppose que nous allons commencer par le Dr Weese, ou par quiconque peut répondre à cette question.