:
La séance est ouverte. Bonjour à tous.
[Français]
Je vous souhaite la bienvenue à la septième réunion du Comité permanent de l'accès à l'information, de la protection des renseignements personnels et de l'éthique de la Chambre des communes.
[Traduction]
Conformément à l'article 108(3)h du Règlement, le Comité tient aujourd'hui une séance d'information avec le commissaire à la protection de la vie privée du Canada, suivi d'une séance d'information avec la commissaire au lobbying.
Je demande à tous de bien vouloir faire attention à l'endroit où ils déposent les écouteurs sur la table.
J'aimerais commencer par souhaiter la bienvenue à M. Philippe Dufresne, qui est le commissaire à la protection de la vie privée du Canada.
Monsieur Dufresne, je sais que vous avez été extrêmement occupé ces derniers temps. Je vous remercie de votre présence parmi nous ce matin. Cela fait un certain temps, et je suis sûr que nous avons beaucoup de rattrapage à faire.
Vous disposez de cinq minutes. Nous vous écoutons, monsieur.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je vous remercie, membres du Comité, de m'avoir invité à comparaître devant vous pour parler du travail du Commissariat et de l'importance de prioriser la vie privée.
En tant que commissaire à la protection de la vie privée du Canada, j'ai pour mission de protéger et de promouvoir le droit fondamental à la vie privée des individus. Pour ce faire, je veille au respect de la Loi sur la protection des renseignements personnels, qui s'applique aux institutions fédérales, et de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, qui est la loi fédérale sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé au Canada.
[Traduction]
À une époque où de plus en plus de données personnelles sont recueillies et communiquées, souvent au‑delà des frontières, il s'agit d'un mandat essentiel pour les Canadiens. Dès le moment où nous commençons notre journée et consultons nos téléphones, jusqu'au moment où nous nous détendons en écoutant de la musique ou en regardant notre série préférée, nos données personnelles sont sollicitées.
Les nouvelles technologies offrent de nouvelles possibilités d'établir des liens, de créer et d'innover. Les renseignements personnels peuvent être utilisés par les organisations pour offrir des services personnalisés, optimiser les activités et évaluer les résultats, mais cela présente aussi des risques pour notre vie privée.
La situation a bien changé par rapport à il y a seulement 10 ans.
Les lois canadiennes sur la protection des renseignements personnels, et même le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, ont été conçues à une époque et pour une époque précédant l'ère numérique.
[Français]
Depuis ma nomination au poste de commissaire à la protection de la vie privée du Canada en 2022, je réclame la modernisation des lois canadiennes sur la protection des renseignements personnels et un accroissement des investissements dans le domaine de la protection des données. En cette période de changements sans précédent, nous devons tous nous engager à prioriser la protection de la vie privée.
[Traduction]
La population canadienne se soucie de la protection de la vie privée. Selon la récente recherche sur l'opinion publique du Commissariat, 9 personnes sur 10 se préoccupent de la protection de leur vie privée; 62 % estiment que le gouvernement respecte leur droit à la vie privée...
[Traduction]
La population canadienne se soucie de la protection de la vie privée. Selon la récente recherche sur l'opinion publique du Commissariat, 9 personnes sur 10 se préoccupent de la protection de leur vie privée; 62 % estiment que le gouvernement respecte leur droit à la vie privée, alors que seulement 40 % d'entre elles disent la même chose des entreprises. Notre recherche a également révélé que plus des deux tiers des parents sont de modérément à extrêmement préoccupés par la protection de la vie privée de leurs enfants en ligne.
Le nombre de plaintes concernant la protection des renseignements personnels déposées auprès du Commissariat est en hausse: au premier trimestre de cette année, ce nombre a augmenté de 51 % par rapport au même trimestre de l'année dernière. Cette augmentation, conjuguée à la hausse du nombre de signalements d'atteinte à la vie privée, fait ressortir la nécessité d'améliorer l'efficacité, de procéder à une réforme et d'augmenter les ressources.
[Français]
Une condition préalable indispensable à l'instauration d'un climat de confiance à l'égard de l'économie numérique est l'existence d'un organisme de réglementation de la protection de la vie privée qui dispose des moyens nécessaires à la fois pour réagir aux atteintes à la vie privée et pour mener des enquêtes dans un temps opportun. C'est dans ce contexte que le Commissariat s'efforce de fournir des ressources et des orientations, d'intervenir en cas d'incident majeur lié à la protection de la vie privée, et de suivre le rythme d'un monde numérique en constante évolution.
L'année dernière, j'ai établi trois grandes priorités stratégiques pour le Commissariat: optimiser les efforts déployés par le Commissariat, faire valoir la protection de la vie privée à l'heure où se succèdent les changements technologiques, et défendre le droit à la vie privée des enfants.
[Traduction]
Il est important en tant que petite organisation, selon moi, que nous concentrions nos efforts sur les domaines où nous pouvons avoir le plus d'incidence pour les Canadiens. Il s'agit aussi de domaines où résident les plus grands risques pour la vie privée si on ne s'y attaque pas.
En janvier, j'ai lancé un processus de transformation au Commissariat, un processus qui s'appuie sur un examen approfondi des structures et des ressources internes. La transformation permettra d'accroître l'efficacité, de simplifier les activités, d'améliorer les résultats et de rendre les services que nous offrons à la population canadienne aussi efficaces que possible.
La manière dont nous avons réagi à l'atteinte survenue cette année chez PowerSchool constitue un bon exemple de cette approche. Le Commissariat a collaboré avec l'entreprise afin de trouver une solution rapide, en se penchant sur la façon de réagir à l'incident et la prise de mesures permettant de mieux protéger les renseignements personnels des étudiants, des parents et des éducateurs de partout au Canada.
La collaboration à l'échelle nationale et internationale demeure un élément clé de mon mandat. Le mois dernier, j'ai eu l'honneur d'être élu président de l'Assemblée mondiale pour la protection de la vie privée, le forum international qui réunit les autorités de protection des données et de la vie privée du monde entier.
Il y a deux semaines, j'ai annoncé, en compagnie de mes homologues du Québec, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta, les conclusions de notre enquête conjointe sur TikTok, et le Comité s'est intéressé à ce dossier. Ces efforts concertés au niveau fédéral-provincial ont permis de sensibiliser davantage la population canadienne à l'égard de cet enjeu et donneront lieu à des améliorations aux pratiques de l'entreprise en matière de protection de la vie privée des enfants.
[Français]
Je vais conclure en réitérant qu'il est important de prioriser la protection de la vie privée. Les données sont devenues l'une des plus importantes ressources du XXIe siècle. En adoptant des lois modernes et en privilégiant la collaboration et la mobilisation, nous pouvons créer un cadre réglementaire qui profitera à l'économie canadienne, donnera un soutien aux entreprises canadiennes et protégera le droit à la vie privée des Canadiennes et des Canadiens.
Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions.
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Durant la dernière législature, j'ai comparu dans le cadre de l'étude du projet de loi et j'ai parlé de certaines de ces questions, notamment lorsqu'une mesure législative vise à donner plus de pouvoir à l'État en vue de protéger les infrastructures, de supprimer et de prendre certaines mesures. En tant que commissaire, j'ai toujours dit que la protection de la vie privée n'est pas un obstacle à l'intérêt public, ni à la sécurité nationale ou à une économie forte, mais nous devons nous assurer que la protection de la sécurité nationale ne se fait pas au détriment de la protection de la vie privée.
Dans des cas comme celui‑ci, j'ai dit au Comité que nous devions inscrire dans la loi un critère de nécessité et de proportionnalité, afin de garantir que l'exercice de ces pouvoirs soit évalué du point de vue de la protection de la vie privée, et que nous devions nous demander: « Est‑il nécessaire? Atteint‑il le résultat pour lequel il a été mis en place et est‑il proportionnel? » C'est l'élément essentiel.
Vous avez mentionné le secret. Dans certains cas, il est nécessaire, mais il devrait être remis en question, et il devrait exister des moyens de signaler certains cas aux autorités compétentes. Ces cas ne doivent pas nécessairement être rendus publics, mais ils peuvent être signalés au Commissariat, à un comité national de parlementaires ou à une autre entité.
:
Merci beaucoup, monsieur le président.
Monsieur Dufresne, je vous remercie de votre présentation et je vous félicite encore une fois.
Je vais dévoiler quelques informations qui pourraient trahir mon âge. J'ai commencé à travailler en technologies de l'information alors que je n'avais pas encore 16 ans. J'ai vu une évolution très importante des technologies, notamment sur le plan de la connectivité, de l'abordabilité, de la vulgarisation et de l'utilisation des réseaux sociaux, de leur arrivée jusqu'à l'intégration de l'intelligence artificielle dans plusieurs domaines.
Comme je le dis souvent à mes étudiants, l'évolution technologique est très rapide, tandis que les gouvernements, que ce soit en Europe, en Afrique ou ici, en Amérique du Nord, sont toujours très lents à mettre à jour la législation. C'est ce que je constate en faisant une analyse comparative assez rapide.
Vous avez certaines connaissances et une certaine expertise en la matière. À votre avis, quels changements notre gouvernement devrait-il apporter à la législation de façon prioritaire, compte tenu de notre responsabilité de défendre la vie privée des Canadiens et des Canadiennes?
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Je pense que les deux lois doivent être changées: celle qui concerne le secteur public et celle qui touche le secteur privé.
Il est certain que les lois et les règlements ne pourront jamais évoluer aussi vite que la technologie, qui, comme vous le dites, évolue extrêmement rapidement. Cependant, nous avons une loi pour le secteur public qui date des années 1980 et une loi pour le secteur privé qui remonte au début des années 2000. Il ne fait donc aucun doute que ces lois ont été adoptées avant cette évolution. Il faut les modifier toutes les deux à plusieurs égards.
Je parlais du critère de nécessité et de proportionnalité, par exemple, lequel ne se trouve pas à l'heure actuelle dans la loi sur la protection de la vie privée dans le secteur public. C'est une lacune importante, et il faut moderniser cette loi pour y remédier. Par ailleurs, il faut obliger le gouvernement à préparer des évaluations des facteurs relatifs à la vie privée et des rapports lorsqu'il y a des atteintes à la vie privée.
Une lacune se retrouve dans les deux lois: elles ne donnent pas à mon bureau l'autorité de délivrer des ordonnances et d'imposer des amendes. Cela nous distingue de beaucoup d'organismes comparables à l'international, et cela fait qu'il nous est plus difficile d'obtenir la collaboration des institutions, puisqu'elles ne sont pas exposées à ce risque financier, en fin de compte.
Je pense que la souveraineté numérique est importante, oui, mais il ne faut pas la réaliser aux dépens du commerce international. Il faut un équilibre dans tout ce dont nous parlons. Il faut faire le transfert des données dans un climat de confiance et avec des règles très claires. Il faut savoir ce qui peut sortir et ce qui ne peut pas sortir, ainsi que les conditions dans lesquelles on permet que des données canadiennes aboutissent dans un autre pays. Ça soulève toutes sortes de questions, y compris au sujet de la règle de droit dans l'État où les données pourraient se retrouver. Il faut penser aux règles contractuelles ou juridiques qui s'appliquent à ce que peuvent faire les compagnies.
Nous travaillons très fort là-dessus. Une de mes recommandations consiste à adopter un cadre plus rigoureux. Au Québec, la législation va plus loin qu'au fédéral. La Loi 25 du Québec, soit la Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels, a des exigences particulières. Par exemple, il faut faire des évaluations des facteurs relatifs à la vie privée lorsque des données doivent être communiquées à l'extérieur du territoire de la province.
Il nous faut donc un régime plus fort. En Europe, il y a des décisions d'adéquation, qui impliquent une évaluation formelle. Au Canada, avec les États‑Unis et le Japon, entre autres, nous travaillons fort à créer des règles mondiales de transfert des données. C'est une priorité à l'échelle internationale.
Ce qu'on sait, c'est que les Canadiennes et les Canadiens se préoccupent de leur vie privée. On le voit dans nos données, et je suis sûr que les entreprises le voient aussi.
Lorsqu'une personne perd confiance en une entreprise parce que l'entreprise a porté atteinte à sa vie privée ou qu'elle ne l'a pas respectée, cette personne va aller ailleurs. Les Canadiens vont trouver d'autres fournisseurs. La confiance des clients est extrêmement importante. C'est quelque chose que les compagnies valorisent, à juste titre.
Au Canada, je pense que la protection de la vie privée n'est pas seulement une obligation juridique, mais qu'elle fait aussi partie des valeurs canadiennes. Par conséquent, une compagnie qui ne respecte pas la vie privée risque de voir sa part de marché en souffrir. L'augmentation de la confiance des clients est bonne pour les affaires.
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Il y a évidemment les sanctions administratives pécuniaires, qui influencent les décisions de haut niveau. Mon objectif ne serait pas d'avoir à imposer des sanctions très souvent, car le simple fait qu'elles existent devient un incitatif qui encourage la prise de bonnes décisions.
C'est la même chose pour le pouvoir d'émettre des ordonnances, qui permettent aussi d'avoir des résultats plus rapides. En ce moment, je ne peux émettre que des recommandations. Si elles ne sont pas suivies, je dois aller devant les tribunaux, ce qui prend du temps et coûte des ressources. Ce n'est pas optimal.
Il y a aussi la réputation de l'entreprise, dont il ne faut pas minimiser l'importance. C'est pour ça que je fais des efforts pour rendre publiques les décisions que nous prenons, ainsi que nos attentes nationales et internationales quant au comportement des entreprises.
Cela dit, je crois aussi aux incitatifs positifs. Il faut reconnaître les bons coups des entreprises. Nous devons les encourager, notamment en mettant fin à une enquête plus rapidement lorsqu'une compagnie agit de façon appropriée. C'est ce que nous avons fait dans le cas de PowerSchool, où la compagnie a collaboré avec nous. Nous avons dit qu'il n'était pas nécessaire de mener une longue enquête coûteuse pour tout le monde puisque nous pouvions obtenir une lettre d'engagement et ensuite faire le suivi nécessaire. Nous encourageons de tels comportements.
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Merci, monsieur le président.
Bienvenue, monsieur le commissaire.
Dans un premier temps, j'aimerais vous entendre parler du projet de loi , notamment au sujet des parties 15 et 16, qui concernent, entre autres, la capacité qu'auraient les autorités d'intercepter des communications ou d'effectuer une saisie sans mandat. En soi, il est légitime de lutter contre le crime organisé transnational et le trafic de fentanyl.
Je sais que vous allez revenir au Comité pour l'étude du projet de loi, mais, aujourd'hui, j'aimerais cibler un certain nombre de problèmes que vous avez peut-être constatés.
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Je vous remercie de la question.
Comme je le mentionnais à votre collègue M. Cooper au sujet du projet de loi , je m'attends à être convoqué pour donner des recommandations formelles à ce sujet.
Ce que je peux dire sur le projet de loi , c'est qu'il donne effectivement des pouvoirs accrus aux autorités pour faire certaines choses, parfois sans mandat, parfois avec un mandat, et selon certains critères. Parfois, le critère est d'avoir des soupçons raisonnables. D'autres fois, le critère est d'avoir une croyance raisonnable. Nous sommes en train d'analyser tout cela et notre priorité sera vraiment de déterminer si, encore une fois, on atteint cette nécessité et cette proportionnalité.
Nous voudrons déterminer si le critère est suffisamment rigoureux. Si on obtient de l'information sensible sur des Canadiennes et des Canadiens, le critère devrait normalement être plus élevé, plus rigoureux que lorsque les informations ne sont pas sensibles.
Nous devons également voir s'il y a de bonnes pratiques en matière de protection de la vie privée, par exemple en ce qui concerne la rétention de l'information. Si on a de l'information qui n'est pas utile pour une poursuite, est-ce qu'on la détruit? Est-ce que des rapports appropriés seront faits pour qu'on puisse poser des questions ou soulever des problèmes?
Ce sont les thèmes que nous étudions pour la plupart des questions concernant ce projet de loi. Nous voulons savoir quel est le critère et nous déterminons s'il va trop loin, si on a accordé trop de marge de manœuvre. Il faut aussi se poser cette question à la lumière du jugement de la Cour suprême dans la cause Bykovets parce que, dans un contexte semblable, la Cour a statué que, dans certains cas, les perquisitions sans mandat pouvaient être problématiques en matière de vie privée. Il faut donc faire attention.
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Si on donne un pouvoir qui est conditionnel à l'obtention d'un mandat, il y a déjà cette protection de plus à ce moment-là, effectivement, puisqu'on doit aller devant un tribunal pour obtenir ce mandat.
Cela dit, il faut voir quels en sont les critères, parce que les pouvoirs des juges sont limités par la loi, eux aussi. Si la loi dit que le juge peut accorder le mandat si c'est utile à l'enquête, c'est quelque chose de très facile à établir. On peut aussi limiter ce que les juges peuvent faire. Par exemple, on peut donner suffisamment de pouvoirs au juge pour qu'il puisse imposer toutes les conditions requises, ou on peut au contraire limiter ses pouvoirs à cet égard.
Est-ce qu'on permettrait au juge de considérer l'impact sur la vie privée de la personne visée, mais aussi de tierces personnes? En effet, certains de ces pouvoirs permettent de faire certaines choses avec l'appareil d'un Canadien et d'examiner ses communications avec d'autres. Or, l'impact sur ces tierces personnes est important. Toutes ces questions sont importantes.
Il faut donner les outils nécessaires aux forces policières, mais je pense que cette analyse rigoureuse est importante. Il est important de demander pourquoi on a besoin de ça et pourquoi on ne peut pas le faire en protégeant davantage la vie privée. Je le vois comme ça: je veux m'assurer que les forces policières auront les outils nécessaires, mais qu'il y aura un critère strict et approprié et des mécanismes pour faire rapport aux autorités appropriées.
:
Oui. Il faut absolument que ce financement temporaire soit maintenu. C'est une demande que j'ai faite auprès du Conseil du Trésor et du gouvernement.
Ça souligne en fait un de nos défis comme agents indépendants du Parlement, puisque nous dépendons quand même du soutien du gouvernement concernant ces demandes. Je reconnais qu'il est important qu'il y ait une rigueur et un contrôle. Pour nous, par contre, c'est problématique, parce que nous avons reçu le mandat de mener des enquêtes sur les atteintes à la vie privée qui surviennent dans le secteur public, mais sans avoir eu de financement permanent pour ce mandat. Par contre, le travail, lui, est permanent et il augmente, parce que les fuites de renseignements personnels sont de plus en plus importantes, avec des répercussions majeures au Canada et à l'étranger.
Si ce financement n'est pas continu, c'est très problématique pour nous. J'espère qu'une décision sera prise à cet effet, et je m'y attends.
:
Tout à fait. Nous traitons de ces questions dans presque tous nos rapports. Dans notre récent rapport sur TikTok, la moitié des principaux enjeux concernaient le consentement et l'information, la compréhension des renseignements qui sont utilisés, les raisons pour lesquelles ils sont utilisés et leur quantité, etc.
Je pense que, dans le contexte des atteintes à la vie privée, c'est également pertinent. Si vous savez ce que vous donnez, êtes-vous conscient des risques d'atteinte à la vie privée et des mesures de protection? Nous posons des questions et nous remettons en question. Dans le cadre de l'enquête internationale conjointe concernant 23andMe que j'ai menée avec le Royaume‑Uni, nous avons remis en question les méthodes de sécurité. Avez-vous une authentification multifactorielle? Exigez-vous des mots de passe sûrs? Parfois, les organisations agissent peut-être avec de bonnes intentions. Elles nous ont dit que les gens n'aiment pas les mots de passe complexes, car ils sont difficiles à utiliser et à mémoriser. Nous avons répondu que nous comprenions cela, mais qu'elles devaient insister sur ce point, sinon elles s'exposaient à des dommages terribles, parfois impossibles à réparer. Cette collaboration doit avoir lieu.
Vous avez également mentionné la conservation des données. Nous devons inciter les organisations, les gouvernements et le secteur privé à ne pas conserver les renseignements, personnels ou autres, plus longtemps que nécessaire, car cela augmente les risques.
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Je vous remercie de votre question.
En effet, en marge de la rencontre des leaders des gouvernements du G7, les commissaires à la protection de la vie privée se rencontrent aussi.
Cette année, il était important pour moi, comme président de cette table ronde, de prononcer une déclaration forte qui reconnaît l'importance de protéger la vie privée dès la conception d'une technologie. Au Canada, nous sommes les pionniers du concept de la protection des renseignements personnels dès la conception.
Lors des discussions que j'aie eues avec mes collègues du G7, nous nous sommes entendus de façon unanime pour renforcer ce message et reconnaître que non seulement le fait d'agir ainsi est important et bon pour la protection de la vie privée, elle-même un préalable à la liberté, à la démocratie et à la règle de droit, mais cela contribue également à soutenir l'économie et les enfants. Dans la communauté internationale, l'importance de protéger les économies fortes ainsi que les enfants et leur vie privée fait consensus. Ce message a été renforcé lors du Sommet du G7.
Je pense qu'il est important de transmettre ce message d'une voix unie, et nous allons continuer de le faire sur la scène internationale. Cela se manifeste de plusieurs façons, notamment par des prises de position communes des commissaires, par des enquêtes conjointes, comme celle sur TikTok, ou par des cadres réglementaires sur le partage des données à certaines conditions, comme le fait de poser les questions dès le début.
Pour les entreprises aussi, et surtout les PME, il est important que la protection des renseignements personnels soit réalisable. Plus on le fait tôt dans le processus, plus les critères sont bons et plus c'est convivial, moins le processus sera coûteux, en plus de gagner en efficacité.
:
Il y aura toujours des situations où une entreprise ou un gouvernement va exprimer son désaccord et vouloir des éclaircissements. C'est légitime. Ce qui me préoccupe à ce sujet, au Canada, c'est que je n'ai pas le pouvoir de prononcer une ordonnance ou d'imposer une amende. Le processus est donc plus long et plus coûteux qu'il ne devrait l'être.
Souvent, les entreprises sont favorables à l'idée de mettre en place ce genre de mécanisme, mais elles doivent voir une prise de position commune à l'échelle internationale. C'est pour ça qu'il est important d'avoir une collaboration et une déclaration commune, car elles démontrent que cette position est adoptée non seulement par le Canada, mais par des pays du monde entier, qu'il s'agisse de pays du G7, de l'Asie ou de l'Europe. Ainsi, les entreprises qui font des affaires dans plusieurs pays connaîtront la position qui est tenue.
Selon moi, la prévention et l'éducation sont ce qu'il y a de mieux à préconiser.
Cela nous ramène à la question des ressources limitées. Nous voulons réserver les longues enquêtes litigieuses aux cas qui l'exigent. Dans la plupart des cas, si nous arrivons à régler une situation par la persuasion et la communication, c'est mieux pour tout le monde.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Monsieur Dufresne, merci d'être ici aujourd'hui.
Ma question aura une portée plus large, parce que je suis nouveau au Parlement et que j'essaie de bien en comprendre la structure.
Nous avons parlé de la confiance du public. Or, selon moi, il est vraiment important que nos institutions regagnent la confiance du public. Tantôt, vous avez dit que le transfert des données doit se faire dans un cadre plus rigoureux de manière à inspirer la confiance du public. Il doit y avoir une tierce partie capable d'offrir un équilibre, de sorte que les gens sachent que ce ne sont pas les décideurs qui ont le feu vert en matière de protection de la vie privée.
Mes notes indiquent que les lois canadiennes en matière de vie privée datent de 1985 et de 2000. Dans un contexte où la technologie évolue tellement vite, considérez-vous que votre bureau a suffisamment de financement et de poids pour faire le travail nécessaire? Avez-vous suffisamment de ressources pour faire ce qu'on vous demande?
:
Cet échange se dirige vers un bon point.
Évidemment, on parle souvent de la protection des données personnelles dans l'optique de la population, mais je veux m'attarder davantage à la structure interne du Parlement. Vous avez un travail important à faire en matière de gestion des données, et ce travail devient de plus en plus important année après année. Le sous-financement de votre bureau représente donc un problème pour la population, certainement, mais la situation pourrait devenir problématique aussi pour l'État lui-même et pour sa structure interne.
Notre comité a reçu la commissaire à l'information, qui nous a aussi dit que son bureau était sous-financé. Nous avons donc des organisations du Parlement qui sont sous-financées et qui n'ont pas de réel poids. Par exemple, je pense que, selon une recommandation du commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, un titulaire de charge publique fautif pourrait recevoir une pénalité de 3 000 $. C'est une tape sur les doigts pour quelqu'un qui, à la fin de son mandat au Parlement, en ressortirait quand même avantagé sur le plan fiscal et ferait plus d'argent.
C'est dans cette direction que je veux orienter ma question. Croyez-vous que votre financement devrait évoluer en fonction de la crise réelle que nous vivons présentement en ce qui concerne la gestion des données et l'intelligence artificielle en pleine montée?
:
Merci, monsieur le président.
Bienvenue, monsieur Dufresne. Je suis bien heureuse de vous retrouver ici, au Comité. Je me souviens de l'époque où vous occupiez le poste de légiste et conseiller parlementaire à la Chambre des communes. Ça me fait plaisir de vous revoir.
J'ai aimé vous entendre parler de vos priorités. Vous avez parlé d'optimiser la protection de la vie privée en prenant en compte toutes les possibilités qu'offre la technologie numérique, entre autres. J'ai aimé aussi vous entendre parler de la protection de la vie privée des enfants. C'est un sujet très important.
Plusieurs d'entre vous ne le savent pas, mais, avant de me lancer en politique, je travaillais dans le secteur du commerce de détail. Une chose que j'entends beaucoup dire présentement dans ce secteur, c'est que les vols à l'étalage représentent un grand fléau. C'est un problème très important. Je parle ici de vols perpétrés par des groupes organisés, et non pas d'un individu qui prend un article et qui sort par la porte sans le payer. C'est un problème plus sérieux. Ça implique des groupes organisés. Les commerçants peuvent utiliser des technologies disponibles et, par exemple, installer des outils de reconnaissance faciale à l'entrée de leur commerce afin de savoir si une personne pourrait être membre d'un de ces groupes organisés.
Je comprends qu'il faut avoir un équilibre. Vous avez dit aussi que vous travaillez avec la présidente de la Commission d'accès à l'information du Québec.
En ce qui concerne le problème des vols à l'étalage, les commerçants se font dire qu'ils ne peuvent pas vraiment utiliser les outils de reconnaissance faciale. Or, vous pouvez imaginer à quel point les vols à l'étalage posent un problème énorme. Les gens se mettent à plusieurs pour entrer en même temps dans le commerce, mais les commerçants sont incapables de s'organiser, parce qu'ils ne peuvent pas utiliser d'outils de reconnaissance faciale.
Où se situe l'équilibre pour respecter le droit des gens à la vie privée tout en protégeant les entreprises qui vivent ce problème?
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Oui, vous avez tout à fait raison.
Je vous remercie d'avoir mentionné la Commission d'accès à l'information du Québec. Effectivement, nous travaillons de très près avec cette dernière. La loi 25 du Québec comporte certains éléments précis quant à l'utilisation de la biométrie. Le Québec a donc des obligations en la matière qui lui sont uniques.
En ce qui nous concerne, je dirais qu'il est important d'assurer cet équilibre, particulièrement en ce qui a trait à la reconnaissance faciale. Nous avons déjà fait des déclarations communes là-dessus à l'échelle fédérale-provinciale. Nous ne sommes pas entièrement contre l'utilisation de cette technologie. Nous ne sommes pas en train de dire qu'elle ne devrait jamais être utilisée. Toutefois, son usage devrait être balisé et devrait se faire de façon rigoureuse. Il devrait justement y avoir ces concepts de nécessité, de proportionnalité et de transparence. S'il est approprié de l'utiliser, est-ce que les gens le savent? Est-il suffisamment indiqué qu'on a recours à cette technologie?
Il y a plusieurs années, mon bureau a rendu une décision à ce sujet concernant l'entreprise Cadillac Fairview. La préoccupation soulevée était que les clients ne savaient pas qu'ils étaient filmés ou n'en étaient pas conscients.
Il faut examiner tous les éléments et les principes relatifs à la vie privée, par exemple la minimisation des données, la transparence et la rétention. Autrement dit, que fait-on de ces informations? Est-ce qu'on les garde dans des banques de données pendant très longtemps? Si c'est le cas, ça augmente les risques d'atteinte à la vie privée. Je pense qu'il est important d'engager ce dialogue.
J'encouragerais les entreprises à continuer de soulever ces questions. Si les entreprises aux prises avec ce problème jugent qu'elles n'ont pas les outils nécessaires, elles devraient le soulever auprès des commissariats, y compris auprès de mon bureau. Non seulement elles peuvent le faire par l'entremise d'une plainte, mais elles peuvent aussi faire appel à nos services-conseils. Nous voulons entendre leurs préoccupations. Par la suite, nous sommes en mesure de faire de meilleures recommandations.
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Effectivement, une des recommandations que je propose concernant la modernisation de la loi fédérale sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, c'est qu'il y ait des règles plus strictes dans ce domaine et sur le partage des données à l'extérieur des territoires: il faut des balises et, dans certains cas, des évaluations doivent être faites au préalable. C'est donc important que le cadre soit très rigoureux.
Il y a certaines choses dont on n'aura pas le contrôle, par exemple quand un gouvernement étranger va saisir l'information d'une compagnie dans un autre territoire. C'est plus difficile à contrôler mais, encore là, des choses peuvent être faites au moyen d'accords internationaux, de protocoles et d'exigences législatives, comme l'Europe l'a fait. Dans son cas, elle prévoit évaluer le système juridique de l'autre pays pour savoir s'il est adéquat ou s'il respecte suffisamment la règle de droit, pour que les gens sachent et qu'ils soient prévenus de façon explicite. Dans l'enquête sur TikTok, par exemple, nous avons demandé à ce que ce soit beaucoup plus clair et transparent, par exemple; comme l'information allait en Chine, il y avait une possibilité que le gouvernement chinois vienne prendre cette information.
Il faut regarder la question sous tous ses angles. Dans plusieurs cas, il sera utile, voire nécessaire, d'avoir ces données dans l'autre territoire, mais il faudra un cadre pour réglementer leur transmission. Dans certaines circonstances, on refusera peut-être qu'une information sorte du Canada, parce qu'elle sera trop délicate ou posera un trop grand risque.
Je pense que le Canada est extrêmement respecté dans le monde entier. Cela a joué un rôle dans mon élection à ce poste. Je pense que nous sommes vraiment un chef de file dans ce domaine. Nous exerçons une grande influence, et c'est ce que nous voulons faire, mais je tiens à souligner que, par rapport à d'autres régions du monde, le fait que le Commissariat n'a pas le pouvoir de rendre des ordonnances et d'imposer des amendes a pour effet que nous ne sommes pas aussi performants que le reste du monde. C'est un problème facile à résoudre, qui nous permettrait de rendre la législation canadienne en matière de protection des renseignements personnels aussi efficace que celle en vigueur dans le reste du monde.
Cela dit, je pense que la protection de la vie privée dès la conception, notre solide culture de protection de la vie privée et notre solide culture de collaboration sont des atouts que nous pouvons apporter au monde entier et qui font partie de mes objectifs dans le cadre de mes fonctions.
Merci, monsieur Dufresne. Voilà qui conclut notre première heure.
Monsieur Dufresne, je tiens à vous remercier sincèrement d'être venu. Ce fut une discussion intéressante et fascinante. Vous avez beaucoup de pain sur la planche et vous avez certainement besoin de l'appui du Parlement pour accomplir votre travail. Je vous remercie de tout ce que vous faites pour protéger la vie privée des Canadiens.
Merci, monsieur, et merci également à votre personnel.
Nous allons suspendre la séance pour quelques minutes, après quoi nous entendrons Mme Nancy Bélanger, la commissaire au lobbying.
:
Reprenons la séance. Nous allons entamer la deuxième heure.
Je souhaite la bienvenue à notre témoin pour cette deuxième heure aujourd'hui.
Nous accueillons Mme Nancy Bélanger, commissaire au lobbying, du Commissariat au lobbying.
Madame Bélanger, soyez de nouveau la bienvenue. Cela fait un certain temps, près d'un an, et je suis sûr que vous allez nous parler de ce que vous aimeriez voir dans la loi et de tout ce dont nous avons entendu parler ces deux dernières années.
Allez‑y, je vous en prie. Vous disposez de cinq minutes pour vous adresser au Comité.
[Français]
Monsieur le président, membres du Comité, bonjour.
Je vous remercie de votre invitation. Je suis très heureuse de rencontrer certains d'entre vous pour la première fois et de vous parler du travail accompli par le Commissariat.
La Loi sur le lobbying exige que je maintienne le Registre des lobbyistes, que je fasse mieux connaître et comprendre le régime au moyen de l'éducation, et que je mène des activités de conformité qui soutiennent le respect de la Loi et du Code de déontologie des lobbyistes. Le préambule de la Loi reconnaît que le lobbying est une activité légitime et que les Canadiens et les Canadiennes devraient savoir qui se livre à des activités de lobbying auprès des fonctionnaires fédéraux, et sur quels sujets.
Permettez-moi de vous présenter un aperçu du travail effectué par le Commissariat.
Le nombre d'enregistrements et de lobbyistes continue d'augmenter chaque année. Au cours de la période 2024‑2025, plus de 8 800 lobbyistes ont été enregistrés, avec plus de 6 000 enregistrements actifs à tout moment. Les rapports de communication concernant les activités de lobbying de vive voix et organisées auprès des titulaires d'une charge publique désignée ont atteint un peu plus de 31 000 l'an dernier. Au 30 septembre, il y avait un peu moins de 12 000 communications enregistrées.
L'année dernière, nous avons fait plus de 120 présentations de sensibilisation. Jusqu'à présent, cette année, nous en avons déjà fait plus de 65. Dans notre rôle consultatif, l'an dernier, nous avons répondu à plus de 6 000 demandes. À ce jour, au cours de l'exercice actuel, nous avons répondu à près de 3 000 demandes.
En matière de conformité, nous traitons actuellement 31 dossiers, tandis que quatre dossiers suspendus sont entre les mains de la GRC. Lorsque j'ai des motifs raisonnables de croire qu'une infraction a été commise, je suis tenue de suspendre mon enquête et de renvoyer le dossier à un agent de la paix. Pour les enquêtes menées en vertu du Code, je suis tenue, une fois l'enquête terminée, de faire rapport de mes conclusions au Parlement. Comme vous le savez, la Loi impose des exigences strictes en matière de confidentialité et je ne peux donc pas discuter des détails de ces dossiers.
[Traduction]
Permettez-moi maintenant d'aborder les priorités actuelles du Commissariat. J'ai récemment publié un nouveau bulletin d'interprétation concernant le seuil d'enregistrement d'une partie importante des fonctions pour les organisations et entreprises. Cela fera passer le seuil d'enregistrement de 32 heures sur une période de quatre semaines à 8 heures sur la même période et entrera en vigueur le 19 janvier 2026.
J'ai également publié une interprétation concernant l'interdiction quinquennale pour les anciens titulaires d'une charge publique désignée, ou TCPD. Comme vous le savez, la loi interdit complètement aux anciens TCPD d'exercer des activités de lobbying pendant une période de cinq ans à titre de lobbyistes-conseils pour un client ou à titre d'employés d'une organisation. Toutefois, la loi autorise les anciens TCPD à exercer des activités de lobbying à titre d'employés d'une entreprise, pour autant que ces activités de lobbying ne constituent pas une part importante de leur travail.
À l'instar du nouveau seuil d'enregistrement, cette interprétation précise qu'un ancien TCPD à l'emploi d'une entreprise ne peut atteindre et dépasser huit heures d'activités de lobbying au cours de quatre semaines consécutives.
Par conséquent, notre priorité est de veiller à ce que les organisations et les entreprises comprennent le nouveau seuil d'enregistrement afin qu'elles puissent se conformer à la loi, ainsi que de veiller à ce que les employés qui exercent des activités de lobbying en leur nom comprennent les normes éthiques énoncées dans le Code. Nous aiderons également les anciens titulaires d'une charge publique désignée à se conformer aux exigences de la loi.
Je suis heureuse que le Comité ait l'intention d'étudier la Loi sur le lobbying et de proposer des réformes, comme le prévoit la motion adoptée le 17 septembre. Certains d'entre vous m'ont entendu dire à maintes reprises qu'une modernisation de la loi s'impose depuis longtemps. J'espère que l'étude ira de l'avant et je me réjouis à l'idée d'appuyer le Comité dans ses travaux visant à cerner les modifications législatives et réglementaires importantes à apporter.
Nous remplissons notre mandat et nos fonctions organisationnelles, notamment en répondant aux nombreuses exigences gouvernementales en matière de rapports, grâce au travail inestimable d'un petit nombre d'employés, soit environ 35 postes pourvus.
Le budget annuel total pour l'exercice financier en cours est d'environ 6,4 millions de dollars. Environ 4,9 millions de dollars sont consacrés aux salaires et aux avantages sociaux, ce qui laisse un budget de fonctionnement de 1,5 million de dollars. Environ 700 000 $ de ce budget de fonctionnement sont consacrés à l'obtention de services auprès d'autres organisations gouvernementales, notamment des services liés aux ressources humaines, aux finances, aux achats et aux technologies de l'information. Les 800 000 $ restants sont utilisés pour des biens et des services dont les coûts ne cessent d'augmenter, en particulier ceux liés à l'infrastructure informatique essentielle.
Je voudrais conclure en remerciant chacun des membres du personnel du Commissariat. Je suis fière qu'un article récent paru dans les médias au sujet du Sondage auprès des fonctionnaires fédéraux ait souligné que le Commissariat était l'une des deux seules organisations où 100 % des employés ont répondu que leur bureau était un excellent milieu de travail. Je suis tout aussi ravie que 100 % de nos employés ont répondu qu'ils sont traités avec respect. En effet, nos résultats dans toutes les catégories du sondage sont impressionnants.
[Français]
Ces réalisations ne peuvent être atteintes que grâce au dévouement, au professionnalisme et à l'excellence de chaque employé dans l'exécution de notre mandat. Je leur en suis extrêmement reconnaissante.
Monsieur le président, membres du Comité, je vous remercie, et je suis prête à répondre à vos questions.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Je vous remercie, madame Bélanger, d'être parmi nous.
À plusieurs reprises, vous avez répété qu'il serait temps que la Loi sur le lobbying subisse une révision statutaire. Dans mes questions, je vais me concentrer sur votre rôle, votre façon de voir les choses, voire votre vision à court ou à moyen terme.
Parlons de changement. Dans le changement, il y a toujours deux dimensions auxquelles on veut travailler, à savoir l'urgence et l'importance. Commençons par la dimension de l'urgence. À votre avis, quels seraient les aspects les plus urgents à considérer pour que cette loi reflète les réalités actuelles du lobbying? Dans le monde, et même ici au Canada, on voit que ce rôle change un peu. J'ai d'ailleurs pu le constater dans les questions posées plus tôt par mon collègue.
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C'est urgent, parce que la Loi aurait dû être revue en 2017 et qu'on attend toujours. Ainsi, on a perdu à deux reprises l'occasion de l'améliorer. C'est le premier élément.
Or, selon moi, la principale urgence est l'enregistrement par défaut. C'est le fait que les organismes et corporations utilisent des mots ambigus pour dire qu'elles ne font pas de lobbying jusqu'à 32 heures. Beaucoup de lobbying se fait donc de façon non transparente. Ce serait le premier problème à régler. Je parle des termes « partie importante des fonctions » contenus dans la Loi.
Le deuxième aspect à régler rapidement est le fait que je dois envoyer à la Gendarmerie royale du Canada, ou GRC, tous les dossiers qui concernent, à mon avis, une infraction. Or les infractions ne sont pas toutes égales. Contrairement à mes collègues des provinces, je n'ai actuellement aucun pouvoir discrétionnaire me permettant de les rendre publics, d'obliger des gens à faire de la formation ou de donner des pénalités administratives. Il m'arrive de ne pas pouvoir rendre publics des manquements et des infractions. Je trouve ça difficile. C'est une des grandes difficultés.
Les rapports de communication mensuels constituent la troisième urgence à traiter. Les seuls rapports obligatoires sont les rapports oraux, faits de vive voix et organisés à l'avance. Cela signifie que toutes les rencontres avec des lobbyistes à l'aéroport ou au coin de la rue ne sont pas obligatoirement inscrites. Selon moi, c'est un problème.
Ce sont donc les trois principales urgences.
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Bonjour, madame la commissaire.
Nous allons poursuivre dans cette voie. Cela m'interpelle, parce qu'il y a des organismes importants, voire nécessaires ou incontournables, auxquels on donne peu de moyens pour accomplir leurs tâches au maximum. On en fait donc beaucoup avec peu, or il faudrait en faire plus avec beaucoup plus.
Le Plan ministériel 2025‑2026 indique qu'il y a des problèmes de dotation en personnel, notamment en raison de la concurrence dans les ressources spécialisées.
Quelle est la situation actuelle à cet égard? Comment pourriez-vous être plus concurrentiels pour aller chercher des gens? Manquez-vous de gens? J'imagine que cela vous prendrait beaucoup plus de ressources.
Lorsque je suis arrivée à ce poste, nous étions 28 employés avec un budget de 4,8 millions de dollars. J'ai fait deux demandes budgétaires. La première m'a été accordée au complet. Quant à la deuxième, j'avais demandé huit employés de plus et on m'en a accordé quatre.
Cela m'amène à parler du processus de demande budgétaire. Il devrait être indépendant et non dépendre du gouvernement du jour. C'est une autre question sur laquelle il faut se pencher.
Cela dit, oui, c'est certain que j'aimerais avoir plus de personnel.
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Merci, monsieur le président.
Madame la commissaire, le 19 septembre 2025, le Globe and Mail a rapporté qu'un dirigeant de l'immobilier, un lobbyiste et un banquier qui, comme par hasard, étaient tous des proches du Parti libéral, ont organisé une réception réservée exclusivement aux députés libéraux et aux ministres du Cabinet lors de la récente retraite nationale du caucus libéral à Edmonton. Les députés et les ministres libéraux ont été invités à prendre un verre pour discuter de politique.
En termes clairs, les règles en matière de lobbying exigent que les lobbyistes déclarent toute rencontre avec des titulaires de charge publique, même si celle‑ci est orale et organisée. Est‑ce exact?
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Ce que je dois dire dans ce cas, c'est que j'ai lu cet article et que je l'ai passé en revue. La plupart des personnes qui ont participé à cette activité ne sont pas des lobbyistes enregistrés. C'est le premier élément.
Le deuxième élément, c'est que s'il y avait un sujet de discussion nécessitant un enregistrement, il faudrait que ce soit au nom de leur employeur ou d'un client. C'est la deuxième étape avant que l'enregistrement soit nécessaire.
Cela dit, si vous me permettez de terminer, lorsque ce genre d'activité se produit et que les organisateurs ne sont pas des lobbyistes enregistrés, il y a toujours l'article 4.3 du code de déontologie. Cet article stipule très clairement qu'il est interdit de faire du lobbying auprès de personnes qui pourraient ressentir un sentiment d'obligation envers vous. Certains des exemples cités ici concernent des cadeaux et des marques d'hospitalité qui dépassent les limites fixées par les règles. J'ai ajouté cela parce que — et c'est un autre sujet dont nous discuterons lors de l'examen législatif — je crois que les entreprises doivent être tenues responsables, et pas seulement les lobbyistes à titre personnel, en vertu de la loi et du code.
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C'est une excellente question.
Moi, je crois au zéro et ça devrait être zéro. Malheureusement, selon les mots utilisés dans la Loi, collectivement, le travail est « une partie importante des fonctions ». Ces mots doivent avoir un sens. Je dois en faire une interprétation législative. Malheureusement, si je fixe les seuils à trois heures, la cour dira probablement que ce n'est pas « important », ce qui veut dire « notable », « remarquable ».
J'ai examiné ce que font d'autres territoires qui utilisent le même langage que nous. J'ai fait une petite analyse de ce qui pourrait être notable et remarquable et, selon moi, c'est huit heures sur une période d'un mois. Ce qui équivaut à environ une journée de travail sur une période d'un mois est notable et remarquable.
Ce devrait être zéro. Je suis entièrement d'accord avec vous, mais ce changement doit être fait dans la Loi. Malheureusement, je ne peux pas interpréter la Loi pour dire que le mot « important » veut dire zéro. Je pense que j'aurais du mal à gagner ça en cour.
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Lorsque la Loi est entrée en vigueur en 1995 ou 1996, les membres de ce comité ont reconnu que les mots « partie importante des fonctions » d'un lobbyiste étaient vagues et ambigus. Ils ont donc décidé d'accorder au registraire — maintenant, on dirait le commissaire — le pouvoir d'interpréter ce que cela voulait dire. C'était un début.
Nous avons décidé de nous inspirer des États‑Unis, pour qui la « partie importante » des fonctions équivalait à 20 %. Sur une période d'un mois, ces 20 % équivalent à 32 heures.
Or, depuis que je comparais devant ce comité, je souhaite que la Loi change. À mon avis, il était vraiment temps de réduire ce seuil. Je l'ai donc abaissé à huit heures, parce que je pense qu'il est défendable de considérer ce nombre comme une « partie importante des fonctions » d'un lobbyiste. Ce sont les mots utilisés dans la Loi. C'est pour cela que j'ai réduit le seuil.
J'ai accordé des entrevues dans les médias, et une personne m'a écrit pour me féliciter de mon initiative et me dire qu'elle était excellente, mais que les activités de lobbying devraient se limiter à une heure. Je suis entièrement d'accord avec elle, mais je suis contrainte à respecter les mots figurant dans la Loi.
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Merci, monsieur le président.
Je remercie les témoins de leur présence aujourd'hui.
À titre d'information pour les personnes qui nous écoutent, le lobbying est une activité qui consiste à communiquer avec des responsables publics, comme des élus ou des fonctionnaires, pour influencer leurs décisions, leurs politiques ou leurs lois au profit d'un groupe. C'est la définition qui est donnée aux « activités de lobbying ».
Je le répète chaque fois que je rencontre quelqu'un ici: les gens font de moins en moins confiance à nos institutions, comme vous l'avez dit tantôt, madame Bélanger.
Vous sentez-vous assez soutenue? J'ai une autre question qui va suivre.
Vous avez dit plus tôt que nous avions été un chef de file à l'échelle internationale en matière de lobbying, mais que notre statut était en déclin.
Depuis combien d'années le statut de chef de file du Canada est-il en déclin?
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J'espère que non, parce que j'ai mis des règles concernant les petits lunchs par-ci par-là. Donc, j'espère qu'il n'y a pas trop de ces petits lunchs.
Je pense que le lobbying est utile et important pour chacun d'entre vous qui doit prendre des décisions au bénéfice des Canadiens et Canadiennes. Vous devez savoir ce qui les préoccupe, vous devez avoir des données. Les gens roulent des yeux quand on dit le mot « lobbying », mais c'est une bonne activité, pourvu que ça soit fait de façon transparente et éthique.
J'ai fait ce que je pouvais sur le plan de l'éthique, mais là, on a vraiment un problème de transparence. Je lis les articles de journaux, je fais des enquêtes. Essayer de prouver un lobbying de 32 heures, c'est presque impossible. De plus, ce n'est pas bon de voir toutes les réunions qui se tiennent sans avoir été enregistrées. On a besoin de transparence.
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Vous semblez avoir de très bonnes relations de travail à l'intérieur de votre groupe, et c'est tant mieux. Le travail que vous effectuez est très intéressant.
Ce que vous proposez concernant le seuil d'enregistrement de 32 heures, soit la règle des 20 %, aurait dû être fait il y a longtemps. Je comprends tout ça. Je présume que, quand vous avez été nommée, vous aviez déjà commencé votre travail de vérification pour vous préparer à la révision de la Loi sur le lobbying.
J'espère que mes collègues ont pris en considération l'histoire de la pandémie. Ce n'était drôle pour personne et pour aucune équipe. Nous travaillions tous à distance et la cohésion était plus difficile.
Étant donné que vous deviez vous préparer, je présume, aviez-vous déjà commencé votre travail en vue de faire des recommandations?
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J'ai aussi l'obligation d'informer le public, alors nous faisons beaucoup de sensibilisation. Nous avons un site Internet et les gens peuvent communiquer avec nous sur les réseaux sociaux. Le 15 de chaque mois, nous rappelons aux gens qu'ils doivent faire certaines choses.
Nous donnons aussi beaucoup de formations. J'en donne auprès des titulaires de charge publique, par exemple, des fonctionnaires qui ne sont pas certains de ce qui constitue ou non du lobbying. Nous avons déjà donné 65 formations, et nous ne sommes même pas au milieu de l'année. Personnellement, je ne dis jamais non à une demande de présentation. Alors, j'en fais énormément, et mon équipe de quatre conseillers en fait beaucoup aussi.
Cela dit, vous avez raison: il est important d'informer le public pour qu'on ne roule pas des yeux chaque fois qu'on entend le mot « lobbying ». Ce n'est pas une activité néfaste, c'est quelque chose de correct, il faut juste que ce soit transparent.
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Je ne suis pas sûre de comprendre complètement le deuxième scénario.
Il est certain que j'ai un très bon rapport avec le commissaire à l'éthique. J'ajouterais même que, lorsque j'ai été nommée, M. Dion et moi avons signé une entente pour faire de la formation ensemble. Cela dit, mon bureau n'est pas le reflet du Commissariat aux conflits d'intérêts et à l'éthique. Celui-ci réglemente chacun d'entre vous, tandis que, de mon côté, les lobbyistes que j'encadre interagissent non seulement avec vous, mais aussi avec les fonctionnaires et les sénateurs. Les deux commissariats ne sont donc pas tout à fait un reflet l'un de l'autre.
Actuellement, lorsque quelqu'un quitte ses fonctions, on lui dit de faire attention parce qu'il n'aura pas le droit de faire de lobbying pour les cinq prochaines années, et de s'assurer de communiquer avec le commissariat au lobbying.
Nous avons donc une très bonne relation, surtout en ce qui concerne la formation, où nous essayons de travailler ensemble.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Madame la commissaire Bélanger, encore une fois, je vous remercie de vos réponses.
En avril 2025, plusieurs personnes ont été élues pour la première fois, et j'en fais partie. C'est la première fois que je suis élu au fédéral et, pour avoir travaillé huit ans du côté municipal, je peux vous dire que j'ai eu l'impression de sortir d'une piscine municipale pour me retrouver devant un océan fédéral.
On parle toujours des lobbyistes et de ce qui est respecté ou non, alors je me demande si vous avez des conseils pour les députés comme moi. Lorsqu'on vient du milieu municipal, on a l'habitude d'être une cible, puisqu'on a des prérogatives assez importantes, mais je sens que nous sommes des cibles encore plus grandes en tant qu'élus fédéraux. Je pense que d'autres nouveaux députés le ressentent aussi. Peut-être qu'ils viennent aussi d'un autre ordre de gouvernement.
Alors, quels conseils donneriez-vous aux députés comme moi, en matière d'éthique? Nous avons eu quelques formations qui s'alignaient sur ce que nous savions, mais quels conseils donneriez-vous aux nouveaux élus qui sont des cibles?