[Français]
Bonjour, chers collègues.
[Traduction]
Nous tenons aujourd'hui la 16 e réunion du Comité permanent de l'environnement et du développement durable.
Cette réunion se déroule sous forme hybride et en public. Nous entendrons des témoins pendant les deux heures au complet.
Si vous participez en personne, veuillez suivre les consignes de santé et de sécurité qui figurent sur les cartes qui se trouvent sur votre table afin de prévenir les incidents liés à la rétroaction audio.
[Français]
Le Comité reprend son étude de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques.
Ce matin, le Comité reçoit quelques témoins.
[Traduction]
Nous accueillons M. Wiseman, gestionnaire principal des politiques climatiques à l'agence The Atmospheric Fund.
Nous accueillons Mme Cherith Sinasac, directrice des normes et des affaires gouvernementales chez Électro-Fédération Canada.
[Français]
Nous recevons également Mme Blandine Sebileau, analyste en mobilité durable chez Équiterre.
Bonjour, chers invités.
Je vous montrerai ce carton jaune pour quand il restera une minute à votre temps de parole.
[Traduction]
Lorsque je vous montrerai l'endos du carton, je vous demanderais de bien vouloir terminer votre phrase.
[Français]
Chaque témoin dispose de cinq minutes pour faire son allocution d'ouverture.
[Traduction]
Monsieur Wiseman, vous avez cinq minutes pour présenter votre déclaration préliminaire. La parole est à vous.
:
Merci, monsieur le président.
Bonjour. Je m'appelle Evan Wiseman. Je suis gestionnaire principal des politiques climatiques à l'agence The Atmospheric Fund. Nous sommes une agence régionale de lutte contre les changements climatiques qui exerce ses activités dans la région du Grand Toronto et d'Hamilton et qui fournit des investissements, des subventions et un soutien stratégique pour contribuer au déploiement de solutions à faibles émissions de carbone.
Aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'une politique qui est bien plus qu'une simple mesure de lutte contre les changements climatiques: il s'agit d'une politique en matière de santé, d'une politique économique et d'un énoncé à propos de l'avenir du Canada. Il s'agit de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques.
La norme sur la disponibilité des véhicules électriques ne se limite pas aux voitures; elle concerne aussi les choix, l'abordabilité et la compétitivité. Elle permet aux Canadiens d'avoir accès à des véhicules électriques fiables et abordables au moment et à l'endroit où ils en ont besoin. Les pays qui ne disposent pas de politiques nationales rigoureuses risquent de devenir des dépotoirs pour les technologies désuètes, alors que les consommateurs d'autres pays bénéficieront d'options plus propres et plus abordables.
Je vous inviterais à consulter le tableau. Selon l'échéancier initial de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques — 20 % des véhicules vendus seraient des véhicules électriques d'ici 2026, 60 % le seraient d'ici 2030 et 100 % le seraient d'ici 2035 —, nous aurions réalisé des économies en soins de santé de 91,9 milliards de dollars, réduit les émissions de gaz à effet de serre de 362 mégatonnes, et évité 11 000 décès d'ici 2050. C'est notre point de référence. Voilà les résultats que nous aurions atteints si nous n'avions pas accusé de retard.
L'argument de la santé est irréfutable. La norme sur la disponibilité des véhicules électriques contribuera à éviter 11 000 décès prématurés, à réduire les crises d'asthme et les taux de cancer et à assainir l'air dans nos collectivités. Ces chiffres ne sont pas gonflés; ce sont, en fait, des estimations prudentes. Ces chiffres veulent dire qu'il y a moins de visites à l'hôpital, des coûts de santé moins élevés et des gens qui vivent plus longtemps et en meilleure santé.
Encore une fois, le tableau dit tout. Notre conseil aurait été de respecter l'échéancier initial afin de réaliser des économies de 91,9 milliards de dollars en matière de soins de santé. Un retard d'à peine un an fait chuter ce montant à 83,8 milliards de dollars, soit une perte de 8,1 milliards de dollars. Cela s'est déjà produit, et il ne s'agit pas seulement d'un retard: c'est un coût que chaque Canadien doit payer de sa poche par l'entremise de ses impôts et, qui plus est, qui se répercute sur sa santé.
Vous vous demandez peut-être comment fonctionnent ces chiffres relatifs à la santé et ce qu'ils contiennent. Ils se fondent sur la méthode des « bénéfices par tonne » de Santé Canada, qui est la valeur en dollars attribuable aux réductions de la pollution atmosphérique. En termes simples, nous avons calculé dans quelle mesure la pollution atmosphérique diminue lorsque la consommation d'essence diminue et que les gens se tournent vers les véhicules électriques. Nous avons ensuite appliqué les valeurs en dollars de Santé Canada aux répercussions sur la santé qu'ont ces réductions. Nous constatons qu'il y a moins de crises d'asthme, moins de risques de développer des maladies pulmonaires et cardiaques, moins de visites à l'hôpital et des taux de mortalité moins élevés. Si l'on additionne tous les bienfaits qui en découlent dans l'ensemble des grandes régions et sur la durée de vie de ces véhicules, les économies dépassent 90 milliards de dollars, dans le cadre du scénario original.
Ces chiffres sont même encore plus prudents. En effet, lorsque nous avons effectué le calcul, Santé Canada n'avait été en mesure de fournir une modélisation de la qualité de l'air que pour le Sud-Ouest de la Colombie-Britannique et le corridor Windsor-Québec. Cela signifie que ce chiffre est le plus bas possible. Nous espérons disposer éventuellement d'une modélisation plus vaste et plus précise qui inclura les autres régions du Canada.
Chaque fois que l'on assouplit cette réglementation, il n'y a pas d'économies: il faut payer pour soigner les maladies — en particulier chez les enfants —, pour des hospitalisations, pour de plus longs temps d'attente aux urgences et pour une perte de productivité. Le retard d'un an déjà atteint coûtera aux Canadiens 8 milliards de dollars en soins de santé et éliminera une réduction des émissions de 36 mégatonnes. Si l'on repousse les cibles plus loin, les pertes augmentent.
Là encore, selon le tableau, le retard d'un an, en plus des cibles affaiblies et reportées, coûte 20,9 milliards de dollars en soins de santé et nous empêche de réduire les émissions de 82 mégatonnes. Dans le quatrième scénario, avec un échéancier repoussé, le coût est de 19,8 milliards de dollars.
Appelons les choses par leur nom: chaque concession visant à assouplir la norme sur la disponibilité des véhicules électriques coûte plus cher aux Canadiens et soutient la technologie d'hier au détriment de la santé et du portefeuille des Canadiens.
L'abordabilité est importante. Les ventes de véhicules électriques ont chuté en 2025 après l'annulation des remises fédérales. Le renouvellement des remises et l'ajout de mesures comme les crédits de conformité pour les véhicules de moins de 40 000 $ ou le financement sans intérêt contribueront à faire en sorte que les véhicules électriques demeurent à la portée des familles canadiennes.
Je le répète, selon le tableau, sans ces politiques habilitantes, nous risquons de nous diriger vers des scénarios comme celui du Québec — qui est le cinquième scénario sur le tableau —, où le processus est affaibli et repoussé. Cela coûterait aux Canadiens 8,4 milliards de dollars en soins de santé.
Pour que la norme sur la disponibilité des véhicules électriques demeure forte, nous avons besoin d'examens quinquennaux — une souplesse sans compromis —, parce que le tableau montre très clairement que chaque écart par rapport à l'échéancier initial coûte des milliards de dollars en soins de santé et nous prive de millions de tonnes de réductions d'émissions. La certitude réglementaire est le catalyseur le plus important de l'investissement privé dans les infrastructures de recharge.
La norme sur la disponibilité des véhicules électriques permet de réaliser des gains mesurables pour la santé, le climat et l'économie. Elle offre la certitude dont les investisseurs ont besoin, l'abordabilité à laquelle les consommateurs s'attendent et l'air plus pur que les Canadiens méritent. L'assouplissement de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques n'est pas un choix sans incidence; les Canadiens en souffriront. Leur santé en souffrira et ils devront payer de leur poche avec leurs impôts.
Choisissons le progrès. Veillons à ce que le Canada continue d'avancer avec le reste du monde.
:
Bonjour. Monsieur le président et mesdames et messieurs les membres du Comité, je vous remercie de m'avoir invitée à comparaître ici aujourd'hui.
Je m'appelle Cherith Sinasac et je suis la directrice des normes et des affaires gouvernementales chez Électro-Fédération Canada, ou ÉFC.
Électro-Fédération Canada est une association industrielle nationale à but non lucratif qui représente plus de 230 organisations membres qui fabriquent, distribuent, commercialisent, vendent et entretiennent des produits électriques et d'automatisation. Nos organisations membres fabriquent tout, des équipements de réseau aux systèmes des bâtiments intelligents, en passant par tous les appareils qui sont essentiels pour les infrastructures de recharge des véhicules zéro émission.
Avec la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité, le Canada s'est engagé à atteindre la carboneutralité d'ici 2050. Le a réaffirmé cet engagement plus tôt ce mois‑ci.
Permettez-moi d'être claire: l'électrification des transports est essentielle pour atteindre cet objectif. Elle est également essentielle pour assurer une compétitivité économique à long terme alors que le monde amorce un virage énergétique vers l'électrification.
La disponibilité, la fiabilité et l'accessibilité des infrastructures de recharge sont les principaux moteurs de l'adoption des véhicules électriques. Les investissements dans les infrastructures de recharge ne sont réalisés que lorsqu'il existe des signaux stratégiques clairs et cohérents. Ils donnent à l'industrie la confiance dont elle a besoin pour planifier, construire, développer et investir dans les capacités locales.
Électro-Fédération Canada représente des entreprises de l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement électrique. Cette chaîne d'approvisionnement est intégrée à l'échelle mondiale. Voici pourquoi c'est important.
À l'heure actuelle, le monde entier est en train de se tourner vers l'électrification. Les fabricants doivent décider où ils répartiront la production mondiale limitée de chargeurs, de transformateurs, d'appareillages de commutation et d'autres composants essentiels qui sont utilisés dans ces infrastructures. Lorsque les gouvernements offrent une certitude stratégique, les pays bénéficient d'une priorité plus élevée dans la répartition mondiale. Lorsque les politiques ne sont pas claires, ces ressources sont réparties ailleurs, et aucun investissement n'est réalisé au Canada.
S'il n'envoie pas de signaux clairs et stables relativement à la demande, le Canada risque d'avoir moins de produits disponibles, des coûts plus élevés, des délais plus longs et un déploiement des infrastructures plus lent. Ces répercussions auront un effet domino. Elles auront une incidence sur l'abordabilité; les Canadiens auront moins de choix, ils n'en auront pas plus.
La norme sur la disponibilité des véhicules électriques offre exactement le type de prévisibilité à long terme et de signal à long terme dont les fabricants ont besoin pour régir l'offre au Canada. Cette norme nous permet de réaliser de nouveaux investissements dans les capacités, notamment dans les matériaux, la main-d'œuvre et la logistique. Bref, la certitude stratégique est synonyme de certitude dans le marché.
Dans l'ensemble du secteur de l'électricité et de l'automatisation, les entreprises mènent leurs activités en supposant que le Canada maintiendra le cap au chapitre de la réglementation. Si le Canada choisit de faire marche arrière et d'abandonner la norme ou de trop l'assouplir, nous raterons d'importantes occasions de développement économique, perdrons des emplois et serons privés d'investissements. Les répercussions se feront sentir tout au long de nos chaînes d'approvisionnement, chez les fabricants de chargeurs, de transformateurs, d'appareillages de commutation, de systèmes de stockage par batteries et d'autres composants essentiels. Le manque de confiance des entreprises freinera les investissements privés dans les infrastructures de recharge.
Électro-Fédération Canada recommande au gouvernement de s'arrêter au ratio de conformité de 83 % pour 2032. Cela donnera au secteur et aux chaînes d'approvisionnement la confiance dont ils ont besoin pour réaliser d'autres investissements. Les Canadiens auront ainsi un choix: ceux qui souhaitent acheter un véhicule électrique pourront le faire, et ceux qui souhaitent continuer à utiliser des véhicules à moteur à combustion interne, ou MCI, pourront également le faire.
La norme sur la disponibilité des véhicules électriques n'est pas seulement une politique axée sur les émissions. Il s'agit d'une stratégie économique qui oriente la chaîne d'approvisionnement. Électro-Fédération Canada encourage le gouvernement à préserver la force de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques.
Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de prendre la parole ici aujourd'hui. Je serai heureuse de répondre à toutes vos questions.
:
Merci, monsieur le président.
Membres du Comité, bonjour. Je m'appelle Blandine Sebileau, et je suis analyste en mobilité durable chez Équiterre.
[Traduction]
Équiterre soutient à la fois la norme sur les véhicules zéro émission du gouvernement du Québec et la norme sur la disponibilité des véhicules électriques du gouvernement du Canada. Nous avons contribué à l'élaboration de ces deux politiques en fournissant des commentaires tout au long du processus.
Depuis 2018, Équiterre mène également une campagne de sensibilisation à grande échelle, « Roulons électrique », afin d'informer et de sensibiliser les Québécois ainsi que les organismes au sujet des véhicules électriques.
[Français]
Cette campagne de sensibilisation s'est bâtie non seulement avec des partenaires en environnement et en électrification, mais aussi avec les concessionnaires du Québec. Pendant six ans, nous avons déployé des campagnes publicitaires et assuré une présence sur le terrain dans toutes les régions, notamment dans les salons de l'automobile, pour parler aux gens et démystifier les fausses croyances sur les véhicules électriques.
Selon un sondage que nous avons mené l'an dernier, plus de 90 % des propriétaires de véhicule électrique ne souhaitaient pas revenir à un véhicule à essence. Essayer un véhicule électrique, c'est l'adopter.
Au Québec, la norme véhicules zéro émission, adoptée en 2018, a fait que, l'an passé, un nouveau véhicule sur trois était électrique. On parle de plus de 30 % des ventes, et ce, près de deux ans en avance sur les cibles du Québec.
Les ingrédients du succès sont les suivants: premièrement, la réglementation est stable — elle est contraignante, certes, mais elle comporte de nombreux éléments de flexibilité destinés à absorber les turbulences économiques; deuxièmement, les incitatifs financiers sont dégressifs; troisièmement, il y a une stratégie sur la recharge électrique; et, quatrièmement, de vastes campagnes de sensibilisation ont été menées.
Au Canada, les ventes ont considérablement augmenté depuis l'adoption de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques.
Selon une étude réalisée pour le compte d'Équiterre et de ses partenaires par Jonn Axsen, de l'Université Simon Fraser, cette norme est la politique la plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre générées par les véhicules légers, alors que la prolifération des véhicules utilitaires sport et des camionnettes a annulé 80 % des économies réalisées avec l'efficacité énergétique des moteurs. La norme permettra aussi de réduire le coût des véhicules électriques de 20 %, tout en permettant à l'industrie d'augmenter ses profits.
Comment en est-on arrivé à contester une réglementation qui est le fruit de plusieurs années de travail, de réflexion et de consultations auxquelles l'industrie a elle-même participé?
Rappelons que ce sont nos voisins qui ont déclenché cette crise en imposant des tarifs à leur industrie, à leurs propres entreprises qui font des affaires au Canada, pénalisant ainsi l'ensemble de l'économie et la capacité financière des Canadiens et des Canadiennes.
Nous sommes ici à nous interroger sur les assouplissements que l'on pourrait accorder à l'industrie, tout en pénalisant les fabricants de véhicules électriques et les concessionnaires canadiens qui en dépendent, au Québec et ailleurs. La guerre commerciale a offert à l'industrie automobile canadienne une occasion de renforcer une stratégie qui perdure depuis les années 1970.
La baisse des ventes de véhicules électriques, bien réelle, est d'abord le résultat d'une incertitude politique, d'un retrait soudain des incitatifs fédéraux et provinciaux, et d'un discours industriel organisé, destiné à freiner la transition pour préserver une technologie qui date d'un autre siècle. Cependant, ces facteurs sont conjoncturels et temporaires, alors que les tendances mondiales, économiques et technologiques demeurent clairement en faveur de l'électrification. L'erreur serait de confondre cette conjoncture temporaire et artificielle avec une tendance à long terme.
La norme sur la disponibilité des véhicules électriques comporte déjà un niveau de flexibilité important. Par exemple, un constructeur qui n'a pas atteint ses objectifs de vente dispose de trois années pour compenser ce déficit. Il peut aussi investir dans des infrastructures de recharge au lieu de vendre des véhicules électriques ou encore de vendre des véhicules hybrides branchables. Ces éléments ont été conçus précisément pour les aider à traverser les turbulences du marché.
Si une flexibilité additionnelle est nécessaire, nous recommandons que la vente de véhicules électriques abordables donne droit à des crédits supplémentaires. Nous recommandons également le retour d'incitatifs ciblés et uniques pour les ménages à faible revenu. Enfin, nous recommandons d'investir dans des programmes d'éducation et de sensibilisation à grande échelle.
La norme sur la disponibilité des véhicules électriques est une politique efficace. Elle est flexible, robuste et conçue pour absorber les soubresauts du marché. Ce qu'il faut aujourd'hui, ce n'est pas faire marche arrière, mais envoyer un signal clair de stabilité: le Canada ne renonce pas à l'avenir électrique, mais continue d'y investir pour bâtir cette nouvelle industrie au Canada. Le Canada maintient le cap et traverse les turbulences économiques grâce à des politiques stables qui donnent de la prévisibilité au secteur.
Je vous remercie de votre attention.
Je remercie les témoins de leur présence aujourd'hui.
J'ai déjà assisté à quelques-unes de ces réunions, et bon nombre des conversations se ressemblent beaucoup. J'aimerais revenir sur un point que mon collègue a abordé lors de notre dernière réunion. Il a parlé des préoccupations soulevées dans nos circonscriptions au sujet du passage obligé aux véhicules électriques, et, surtout, de ce que cela représente dans les régions rurales. On nous a souvent répondu que ces préoccupations sont le résultat d'un mythe ou d'une mésinformation qui se répandent au sujet des mandats sur les véhicules électriques. J'en comprends plutôt que le gouvernement n'a simplement pas encore convaincu la population canadienne.
Aujourd'hui, j'aimerais vous parler des réalités propres aux collectivités rurales que je représente. Ce n'est pas parce que ces préoccupations ou ces renseignements sont soulevés autour de la table de cuisine ou chez un concessionnaire dans des collectivités rurales qu'ils ne sont pas fondés ou que les habitants des régions rurales ne sont pas bien renseignés.
Permettez-moi de vous parler de ma circonscription. Je vais ensuite vous laisser répondre.
La circonscription que je représente a une superficie de 47 000 kilomètres carrés et est très peu peuplée. À titre d'exemple, nous avons des collectivités qui comptent 150, 40 ou 50 personnes. À elle seule, la faible densité de ma circonscription fait en sorte que le déploiement des infrastructures de recharge y est fondamentalement différent de celui qui s'opère dans un centre urbain. Nous ne pouvons pas supposer que les solutions adoptées à Toronto et Vancouver vont bien fonctionner dans ces régions rurales.
Je vais vous donner un peu de contexte. Si l'on vit à St. Anthony, à Terre‑Neuve‑et‑Labrador, il faut parcourir 470 kilomètres pour accoucher. Si quelque chose se produit à l'hôpital et que, malheureusement, l'enfant doit être transporté dans une unité de soins intensifs néonatals, celle‑ci se trouve à plus de 1 000 kilomètres. Ce sont là quelques-uns des défis auxquels les gens de ces collectivités sont confrontés.
De plus, ma circonscription compte trois collectivités — Grey River, François et Ramea — qui ne sont accessibles que par traversier et ne comptent aucune infrastructure de recharge.
Voilà quelques-uns des éléments qui touchent les collectivités rurales. Je sais que l'on entame souvent ces conversations en disant qu'il n'est pas nécessaire d'acheter un véhicule électrique aujourd'hui. Or, en pratique, qu'il faille le faire dans sept, cinq ou quatre ans, et que ces véhicules représentent 20 ou 80 % des ventes, c'est comme si on disait que c'était 100 %, étant donné la situation à laquelle ces gens font face en ce moment.
Ma question porte plus particulièrement sur ce discours qui vise à déboulonner les mythes. Je veux en parler, car l'on demande aussi à ces gens de payer de 15 000 à 20 000 $ de plus en coûts initiaux pour bon nombre de ces véhicules qui ne sont pas du tout appropriés pour les collectivités et les régions où ils vivent. Je suis extrêmement frustrée dans le cadre de ces conversations, car j'ai l'impression que l'on ignore complètement l'expérience vécue des Canadiens qui vivent dans ces régions rurales et éloignées.
Il ne s'agit pas seulement de sensibiliser les gens. Il faut aussi comprendre la réalité des familles qui possèdent et exploitent des ateliers de réparation. Ces entreprises n'ont pas l'argent nécessaire pour investir dans une nouvelle électrification dans ces régions, ou n'ont pas de techniciens spécialisés. Ces concepts sont plutôt absurdes pour les gens qui vivent dans ces collectivités rurales.
Je tenais à le dire. Je m'adresse en fait à l'un ou l'autre d'entre vous. J'aimerais que vous m'expliquiez comment tout cela fonctionne, à la lumière du portrait que je viens de brosser. Que dois‑je répondre à mes concitoyens qui viennent me voir et qui me disent que cette mesure ne répond en aucun cas à leurs besoins? Pouvez-vous m'aider à surmonter cette difficulté? Allons-nous leur donner plus de renseignements et les aider à dénouer ces difficultés?
:
Merci, monsieur le président.
Je vais faire exactement le contraire de ce que font mes collègues conservateurs; je vais poser des questions aux témoins au lieu d'utiliser moi-même tout mon temps de parole. Ce sera donc rapide.
Madame Sebileau, pouvez-vous nous donner des exemples de ce qui a été fait au Québec, par exemple lors de la campagne Roulons électrique, en matière de sensibilisation ainsi que pour rétablir les faits et contrer la désinformation? Le gouvernement fédéral a été critiqué pour n'avoir rien fait ou presque à cet égard.
Y a-t-il quelque chose d'inspirant dont vous aimeriez nous faire part?
Je vous demande aussi de transmettre au Comité le résumé de ce qui a été fait de votre côté, si c'est possible.
:
Oui, je peux certainement préparer un résumé. Je vous remercie de cette suggestion.
La campagne Roulons électrique existe depuis six ou sept ans. Elle vient de se terminer. Nous travaillons maintenant avec le fédéral au dossier de la recharge électrique.
Ce que cette campagne a de spécial, c'est qu'elle rassemblait autour de la table entre 12 et 15 partenaires de l'électrification, de l'environnement et du monde des véhicules électriques, ainsi que des concessionnaires automobiles qui vendaient des véhicules électriques. Nous avions une plateforme par laquelle nous informions les gens et nous avons mené des campagnes publicitaires. Nous étions présents sur le terrain, partout au Québec. Dans toutes les régions, nous avons travaillé avec une association de propriétaires de véhicules électriques, au Québec, qui organisait des essais routiers gratuits. Cela permettait aux personnes des régions qui n'avaient pas accès à des véhicules électriques d'en essayer quelques modèles et de s'informer directement auprès des propriétaires. Ça a vraiment permis de transmettre de l'information et d'enrichir les connaissances des gens. Ça a aussi beaucoup aidé à faire avancer les choses sur le plan de l'adoption de véhicules électriques au Québec. Les essais routiers, ça fonctionne vraiment. Je vous encourage donc à vous pencher sur cette idée.
De plus, nous avons mené toutes sortes d'activités de sensibilisation et nous avons organisé des cyberconférences. Nous avons participé à des salons du véhicule électrique et à des salons de l'auto. Nous avons parlé aux gens, un à la fois, afin de démystifier les fausses croyances et de donner de l'information. Nous avions aussi un guide de tous les véhicules électriques disponibles au Québec; ce guide était destiné aux particuliers et aux organisations.
Croyez-moi, il y a un choix impressionnant de véhicules, et ceux-ci répondent à tous les besoins.
:
Merci, monsieur le président.
Depuis 10 ans, au moins, on déploie une stratégie nationale et provinciale visant à électrifier le Canada et la Colombie-Britannique. J'étais député provincial lorsque j'ai entendu parler pour la première fois du mandat de CleanBC qui prévoyait une option d'achat de voitures électriques. On parlait d'une option d'achat, mais ce n'en était pas vraiment une pour les acheteurs, car une pénalité y était associée. En Colombie-Britannique, l'objectif était que 90 % des véhicules vendus soient des véhicules électriques d'ici 2030 et que 100 % le soient d'ici 2035.
La pénalité était une somme de 20 000 $ imposée aux détaillants, qui était ensuite refilée aux consommateurs, qu'ils n'avaient pas les moyens de payer. Même sans la remise, les personnes à faibles revenus n'avaient pas les moyens de payer cette somme. Dès que les remises ont été remises en question ou abandonnées, les gens ont cessé d'acheter des véhicules électriques.
Les témoins ont dit que nous ne devrions pas renoncer au mandat sur les véhicules électriques. Les témoins — ma question s'adresse à M. Wiseman — sont-ils d'avis que la pénalité de 20 000 $ associée aux véhicules électriques devrait également être maintenue?
:
Je comprends cela, mais ma question était précise. J'ai posé la même question en Colombie-Britannique, et on m'a répondu que oui, la pénalité resterait en vigueur. Je pose cette question parce que la Colombie-Britannique vient d'abandonner son mandat. Elle a déclaré qu'il n'était pas réaliste. Je suis sûr que tout le monde dans cette salle — et ailleurs au Canada — souhaite un avenir plus propre. Or, la façon d'atteindre cet objectif doit être réaliste. Le gouvernement de la Colombie-Britannique affirme désormais que le mandat doit être réaliste.
J'ai aimé vos commentaires sur le choix et l'abordabilité. Cela dit, il n'y a pas vraiment de choix si le détaillant ou le fabricant vend un véhicule au consommateur à un prix majoré. Et avec ce qui se passe avec les remises, la demande commence à diminuer.
En Colombie-Britannique, nous avons un problème lié à la production et à l'approvisionnement en électricité. Nous sommes probablement l'une des provinces les plus vertes, car notre électricité provient principalement des barrages. Le site C va produire 1 100 mégawatts d'électricité, mais ce ne sera pas suffisant pour répondre aux besoins actuels, encore moins pour répondre aux besoins futurs. On est en train de construire une ligne de transmission d'une valeur de 6 milliards de dollars dans le Nord-Ouest de la Colombie-Britannique, entre Prince George et Terrace. Là encore, elle ne suffira pas à répondre à la demande actuelle ni à la demande future. Par ailleurs, nous importons de l'électricité des États-Unis, qui la produisent à partir du gaz naturel et du charbon, ce qui est discutable.
Votre organisation s'est‑elle penchée sur les moyens d'augmenter la production et l'approvisionnement en électricité propre?
:
C’est d’une importance cruciale. Nous avons vu, évidemment avec la COVID, ce qui se passe lorsque le monde entier demande une chose. Nous avons vu le prix de l’équipement de protection individuelle augmenter parce que nous n’étions pas préparés à gérer la chaîne d’approvisionnement. Nous en connaissons les conséquences.
À l’heure actuelle, des investissements importants sont faits dans l’industrie électrique ici, au Canada, pour essayer de fabriquer plus de transformateurs en sol canadien. PTI Transformers, qui est située à Regina, en Saskatchewan, et à Winnipeg, au Manitoba, s’approvisionne en matières premières auprès de fournisseurs canadiens dans une proportion de 85 %. Elle vient de terminer un grand projet d’expansion pour produire plus de transformateurs ici, au Canada. Je pourrais continuer encore et encore, et je vais le faire, si vous me le permettez.
La production de batteries à Oakville représente 150 millions de dollars. Quand on produit plus d’électricité, on attire des investissements. C’est un outil économique. Vous voyez l’usine de production de batteries à Oakville. Les décideurs ont choisi le Canada plutôt que les États-Unis parce que nous avons de l’électricité propre et abordable. Il y a une raison pour laquelle une entreprise est située au Québec: l’électricité est propre et abordable.
Il s’agit des aspects économiques de l’électrification. Il faut veiller à ce que nos chaînes d’approvisionnement... Nous avons un approvisionnement ici au Canada, de sorte que nous n’avons pas à rivaliser avec le reste du monde, ce qui ferait augmenter les coûts et retarderait les projets. Nous voulons que cet investissement se fasse ici. Ces gens peuvent choisir de dire: « Où allons-nous allouer des fonds cette année? Allons en France, parce que nous savons qu’elle se tourne vers l’électricité ». Le Canada n’obtiendrait donc pas ces investissements. Nous perdons des emplois et des investissements lorsque nous n’envoyons pas les bons signaux stratégiques.
:
Merci, monsieur le président.
Bonjour, mesdames et messieurs les témoins.
Chers collègues, je vous remercie de m'accueillir aujourd'hui.
J'aimerais revenir sur la question qui a été soulevée concernant l'exactitude de certains renseignements qui circulent au sujet de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques et des véhicules électriques en général. Il y a une chose dont nous n'avons pas encore discuté au cours de cette réunion, mais qui semble pertinente en ce qui concerne les questions relatives aux longues distances dans les collectivités éloignées et aussi à l'utilisation des véhicules électriques en hiver, par temps froid et ainsi de suite. En fait, la Norvège est très comparable au Canada. Je me demande si vous pourriez nous parler brièvement des leçons que nous pourrions en tirer et de l'exactitude de certains des renseignements qui ont encore une fois été lancés comme des ballons d'essai ici aujourd'hui, pour être franc.
Je me demande si nous pourrions nous inspirer de l'exemple actuel de la Norvège, qui atteint maintenant un taux d'adoption des véhicules électriques de 90 %. C'est une base très solide pour dissiper certains de ces mythes.
J’aimerais poursuivre la discussion sur les sources d’information et la qualité de l’information qui circule sur cet enjeu. La question a été soulevée ce matin. En fait, des calomnies sont répandues entourant les motivations potentielles des témoins en fonction de la façon dont leurs organisations sont financées.
J’aimerais vous inviter à y répondre et à nous dire si vous estimez qu’il s’agit d’une critique valable à formuler à l’égard de vos organisations et de votre participation aujourd’hui.
De plus, pourriez-vous nous dire qui répand ces fausses informations? Que ce soit délibéré ou non, voire grossièrement inexact, d’où vient cette information qui a donné à certains Canadiens la mauvaise impression, par exemple, qu’une interdiction de tous les véhicules à essence entrerait en vigueur, plutôt que d’une norme destinée aux nouveaux véhicules visant à atteindre un certain taux d’adoption des véhicules électriques? C’est un point essentiel qui est largement et peut-être même activement diffusé.
:
Je peux répondre en premier.
L’organisme The Atmospheric Fund est en fait constitué en vertu d’une loi provinciale. Il a aussi conclu une entente avec la Ville de Toronto. Nous utilisons le modèle du fonds de dotation. Nous investissons sur le marché avec les taux de rendement attendus, et nous payons nos coûts d’exploitation à partir de ce rendement du capital investi. Voilà notre fonctionnement en bref.
Pour ce qui est de la mésinformation, je trouve que c’est préoccupant, d’autant plus qu’on a parfois tendance à vouloir laisser l’industrie décider. Cependant, on a donné à l’industrie des paramètres sur une base volontaire, mais elle ne les a systématiquement pas respectés dans tous les scénarios. En Californie, le California Air Resources Board, ou CARB, n’atteint jamais ses objectifs. Je n’ai jamais rencontré une industrie qui aime avoir plus de règlements.
:
Nous reprenons la séance.
[Français]
Le Comité reprend son étude au sujet de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques.
Cet après-midi, le Comité rencontrera Sébastien Côté, président du conseil d'administration de l'Association des véhicules électriques du Québec.
Je vous souhaite la bienvenue.
[Traduction]
Nous accueillons également M. David Adams, président des Constructeurs mondiaux d’automobiles du Canada. Bienvenue.
[Français]
Nous accueillons également Stéphane Pascalon, chargé de projets senior à Propulsion Québec.
Je vous souhaite la bienvenue.
Chaque locuteur dispose de cinq minutes pour faire sa présentation. Lorsque je lève cette carte, ça vous indique qu'il vous restera une minute. Si vous voyez l'endos de la carte, vous devez terminer votre phrase.
Monsieur Côté, vous avez la parole pour cinq minutes.
:
Monsieur le président, membres du comité, mesdames et messieurs, bonjour.
Je m'appelle Sébastien Côté. J'ai le plaisir d'être des vôtres aujourd'hui à titre de président de l'Association des véhicules électriques du Québec, ou AVEC.
Depuis 12 ans, l'AVEC est un organisme à but non lucratif ayant pour mission de soutenir et de promouvoir l'électromobilité au Québec, que ce soit par la formation, l'éducation ou la représentation grâce à l'expertise de nos employés et bénévoles. Notre vision est à la fois simple et ambitieuse. Nous voulons être la référence en matière d'information et d'éducation sur l'électromobilité au Québec auprès des consommateurs québécois.
Notre rôle est d'informer objectivement les consommateurs à propos des véhicules électriques, de démystifier la technologie et les coûts réels d'utilisation, d'accompagner les futurs acheteurs grâce à des bénévoles expérimentés, et de soutenir la transition en offrant des conseils objectifs et en utilisant des pratiques basées sur une expérience réelle des utilisateurs et sur des données fiables. Il est important de mentionner que l'AVEC n'est pas une organisation militante, mais plutôt une organisation de consommateurs qui se consacrent aux consommateurs.
Cela étant dit, pourquoi est-il important de maintenir la norme sur la disponibilité des véhicules électriques? L'AVEC s'appuie sur deux principes importants, à savoir l'accessibilité et l'abordabilité. Je vais déployer mon argumentaire en quatre points.
Premièrement, les véhicules électriques doivent devenir une option d'achat réelle pour les ménages. Selon Statistique Canada, les véhicules zéro émission, ou VZE, représentaient 13,8 % de toutes les ventes de véhicules neufs au pays en 2024. Au deuxième trimestre de 2025, cette proportion a chuté à 9,2 %. Toujours selon la même source, en juin de cette année, seulement 7,9 % des véhicules vendus étaient des VZE. Autrement dit, le marché canadien ralentit.
Pourquoi en est-il ainsi?
Premièrement, il ralentit parce que l'offre n'est plus aussi soutenue qu'ailleurs dans le monde. Sans norme sur les VZE, le Canada devient un marché non prioritaire aux yeux des constructeurs, ce qui signifie qu'il y a moins de modèles, des livraisons plus lentes et des prix plus élevés. Une norme claire permet de forcer la main à l'industrie pour qu'elle offre ici les mêmes véhicules qu'en Europe ou en Californie. Le Canada doit rester dans ce groupe pour garantir un marché moderne et compétitif à ses citoyens. Quand les constructeurs sont obligés de livrer des véhicules, les prix baissent et les choix sont plus importants, donc le consommateur en sort gagnant. C'est une condition gagnante pour les consommateurs.
Deuxièmement, les véhicules électriques sont économiquement avantageux pour les consommateurs quand le cycle de vie complet est considéré. À titre d'exemple, le coût total lié à la possession d'un Kona électrique 2022 était d'environ 50 000 $ sur 8 ans, alors qu'il était d'environ 60 000 $ pour la version à essence. Cette économie de 10 000 $ s'explique par des coûts énergétiques largement inférieurs. De leur côté, les consommateurs québécois profitent de l'hydroélectricité à faible coût et réalisent donc des économies substantielles. Parcourir 100 km en voiture électrique coûte de 2 $ à 3 $ en rechargeant la batterie à domicile, tandis que ça coûte de 10 $ à 15 $ en voiture à essence.
Troisièmement, il faut rattraper le retard, ou au moins ne pas en prendre davantage, sur les pays qui réussissent bien. Le Québec est souvent comparé à la Norvège. Ce n'est pas un rêve. Dans ce pays nordique où il fait froid et où il y a plusieurs régions rurales, les ventes de véhicules neufs entièrement électriques atteignent aujourd'hui plus de 80 %, alors qu'au Canada, les ventes plafonnent à 14 % en 2025. Quelles sont les différences entre le Canada et la Norvège? La Norvège a mis en place une politique claire, une réglementation stricte et une vision stable. Quels sont les résultats? Il y a plus de modèles, et ceux-ci coûtent moins cher et sont disponibles plus rapidement. Sans norme, le Canada deviendrait un pays où l'industrie liquide ses modèles thermiques pendant qu'il vend massivement ses modèles électriques ailleurs.
Quatrièmement, la norme sur les VZE permet une transition ordonnée qui protège l'économie, la main-d'œuvre et les infrastructures de recharge. Sans cadre prévisible, les investissements privés en recharge, la fabrication et les services ralentissent, ce qui nuit directement aux consommateurs, aux petites et moyennes entreprises et aux travailleurs. La norme donne un signal de stabilité clair à l'industrie. Les entreprises de recharge peuvent planifier leurs activités; les électriciens peuvent être formés; les manufacturiers peuvent investir; les PME peuvent innover; et les municipalités et les copropriétés peuvent s'adapter graduellement. A contrario, un marché sans norme devient chaotique et voit une alternance de surplus et de pénuries, des investissements incohérents et des infrastructures qui avancent par à-coups. Une transition mal gérée a un coût élevé, alors qu'une transition planifiée comme celle permise par la norme sur les VZE réduit les risques et maximise les bénéfices économiques.
Pour conclure, la mission de l'AVEC est simple. Nous aidons les citoyens à comprendre et à choisir les véhicules électriques qui répondent à leurs besoins. La norme sur les VZE n'est pas une contrainte, elle garantit l'accès à des modèles abordables disponibles ici, et pas seulement ailleurs.
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Merci, monsieur le président.
Merci, mesdames et messieurs, de me donner l'occasion de m'adresser à vous aujourd'hui au nom de 16 entreprises membres de Constructeurs mondiaux d'automobiles du Canada.
Constructeurs mondiaux d'automobiles du Canada, ou CMAC, est une association commerciale nationale qui représente les intérêts de 16 des constructeurs automobiles les plus importants au monde. Nos membres sont collectivement responsables de plus de 62 % des ventes d'automobiles au Canada. Deux constructeurs membres, Toyota et Honda, qui occupent respectivement les premier et deuxième rangs parmi l'ensemble des constructeurs au Canada, représentaient à eux deux, à la fin de septembre, 75,5 % de la production de véhicules légers au pays. En outre, Volkswagen, un autre membre, et son partenaire PowerCo sont en voie de construire une usine de 7 milliards de dollars à St. Thomas, en Ontario. Cette usine prévoit employer jusqu'à 3 000 personnes directement.
Fait plus important encore, les membres emploient directement et indirectement plus de 216 000 personnes. Ils contribuent pour presque 25 milliards de dollars au PIB du Canada et génèrent plus de 10,5 milliards de dollars en revenus pour le gouvernement.
À propos des véhicules électriques, les membres de CMAC ont fait figure de pionniers en faisant entrer en 2011 dans le marché canadien la LEAF de Nissan et la i‑MEV de Mitsubishi. Depuis, les membres de CMAC ont construit 63 % des 120 versions de modèles de véhicules à zéro émission vendus au Canada, et ce n'est pas fini.
Je précise d'emblée que les membres de CMAC sont fermement résolus à décarboner leurs produits. Les pierres d'achoppement avec le gouvernement ont toujours été les outils déployés pour atteindre les objectifs de décarbonation et l'échéancier établi pour y parvenir.
La norme sur la disponibilité des véhicules électriques est axée sur une technologie. Les règles qui y sont rattachées actuellement établissent des cibles inatteignables pour certains joueurs de l'industrie. Nous croyons que l'industrie et le gouvernement souhaitent tous deux une certitude réglementaire atteignable et durable. Nous saluons par conséquent la décision du gouvernement de suspendre l'application de la norme pour l'année de modèle 2026.
Je vais formuler quelques recommandations additionnelles.
Premièrement, l'examen devrait se prolonger au‑delà de la période initiale de 60 jours pour permettre l'élaboration, à l'intention des constructeurs, de règlements réalistes qui préserveront la compétitivité du Canada par rapport à l'Europe et aux États‑Unis. Nous ignorons ce que seront les environnements réglementaires dans ces pays, et nous devons le savoir pour mettre au point une politique climatique réaliste et concurrentielle.
Deuxièmement, le gouvernement devrait suspendre l'application de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques pour les années de modèle 2027 et 2028, parce que nos membres mettent en ce moment la dernière main à leur planification de produits sans savoir ce qui adviendra de la réglementation. Pendant la prolongation, des mesures incitatives pour les constructeurs telles que les crédits d'action précoces pourraient être maintenues afin qu'ils continuent à mettre sur le marché des véhicules zéro émission.
Troisièmement, CMAC n'est pas une association homogène; elle regroupe de petits et de grands constructeurs. Certains ont une gamme complète de produits, mais ce n'est pas le cas de tous. Si la norme sur la disponibilité des véhicules électriques demeure en vigueur, elle devra être assouplie le plus possible pour donner aux constructeurs le choix de se conformer soit à un règlement sur les émissions de gaz à effet de serre, soit à une exigence de vente révisée et atteignable de véhicules zéro émission. Ainsi, les entreprises qui se conformeraient à l'un satisferaient du même coup à l'autre. Ce serait un coup de pouce à l'industrie, puisque chaque entreprise pourrait adopter le cadre réglementaire qui lui convient le mieux sans nuire pour autant à l'atteinte des cibles d'émissions. Cette flexibilité est essentielle, surtout compte tenu des perturbations de la chaîne d'approvisionnement et de la situation tarifaire sans précédent qui ont exercé de la pression sur les liquidités des entreprises. Cette approche éliminerait de surcroît les contraintes sur les produits et maximiserait le choix offert aux consommateurs.
Quatrièmement, les exigences en matière de véhicules zéro émission de la Colombie-Britannique et du Québec constituent une barrière commerciale interprovinciale pour les constructeurs au Canada. Elles perturbent le marché au pays et imposent des responsabilités en matière de conformité aux constructeurs. Le gouvernement du Canada doit travailler avec les deux provinces pour harmoniser les politiques fédérales avec les leurs. Au minimum, une entente devrait être conclue avec les deux provinces pour qu'elles ajoutent dans leurs règlements une disposition de type « réputé conforme » selon laquelle toute entreprise conforme à la norme sur la disponibilité des véhicules électriques serait considérée comme conforme aux exigences provinciales.
Finalement, la chute de la demande des consommateurs pour les véhicules zéro émission démontre que le gouvernement ne peut pas raisonnablement fixer des cibles pour l'adoption de ces véhicules sans établir de politiques complémentaires en fonction de la demande, qui assureraient par exemple la parité des prix pour les consommateurs et qui soutiendraient l'accès à des infrastructures de recharge fiables et abordables.
En somme, si les objectifs réglementaires ne sont pas limpides, il est très difficile de savoir s'ils ont été atteints.
Actuellement, notre offre de véhicules zéro émission est plus élevée que jamais. Par contre, les clients ne sont pas assez nombreux pour que nous espérions atteindre les cibles réglementaires pour l'an prochain. Il manque de mesures incitatives pour encourager les consommateurs à acheter des véhicules zéro émission.
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Merci, monsieur le président.
Propulsion Québec est la grappe industrielle des transports zéro émission. Sa mission est d'accélérer la croissance de cette filière et de renforcer sa compétitivité internationale. Nous rassemblons plus de 200 entreprises québécoises actives dans trois secteurs stratégiques de l'économie: les véhicules zéro émission, les infrastructures de recharge et la filière batterie, de la mine au recyclage.
Le transport zéro émission est un moteur économique pour le Québec, qui peut compter sur son énergie renouvelable, ses minéraux critiques et stratégiques et son expertise de calibre mondial pour bâtir une industrie compétitive et créatrice de richesses. Ces atouts nous placent en première ligne pour contribuer à la réussite du Canada dans la révolution industrielle en cours.
Nous vous sommes reconnaissants de nous offrir l'occasion de prendre part à cet examen de la norme sur la disponibilité des véhicules électriques. Il s'agit d'une occasion de faire le point sur l'évolution du secteur des transports zéro émission et d'ajuster le tir pour avancer plus efficacement, mais il demeure essentiel de poursuivre les efforts déjà amorcés.
D'entrée de jeu, Propulsion Québec appuie une norme sur la disponibilité des véhicules électriques au Canada. Il s'agit d'un levier structurant, qui favorise non seulement le déploiement d'un réseau de recharge dans toutes les régions, mais aussi la croissance d'un écosystème industriel complet autour des batteries, des minéraux critiques et stratégiques, des bornes de recharge et des logiciels de gestion énergétique. À cet égard, rappelons que l'industrie du Québec regroupe des fournisseurs de pièces stratégiques, des entreprises spécialisées dans le développement et la fabrication d'infrastructures de recharge, ainsi que dans la production, l'assemblage et la valorisation des batteries. Ces acteurs doivent bénéficier d'un environnement prévisible soutenant l'électrification des transports. Des normes claires renforcent la confiance des investisseurs, stimulent l'innovation et témoignent d'une volonté politique forte. Grâce à l'adoption précoce de sa norme, en 2018, et à un ensemble de conditions gagnantes, le Québec s'impose aujourd'hui comme chef de file canadien du transport électrique.
Nous reconnaissons toutefois que les constructeurs automobiles font actuellement face à plusieurs défis majeurs. Parmi ceux-ci, comptons les tensions commerciales, des droits de douane sur l'acier, l'aluminium et les véhicules, ainsi qu'un ralentissement de la croissance des ventes de véhicules électriques au Canada.
Dans ce contexte, un ajustement de la norme et de son rythme doit être envisagé pour tenir compte des contraintes économiques et industrielles, tout en maintenant l'objectif de transition vers la mobilité durable. Le Canada doit allier pragmatisme et ambition pour rester compétitif, notamment face à l'Europe et à la Chine qui, elles, avancent à grande vitesse. La transformation de l'industrie automobile canadienne est essentielle pour garantir sa pérennité et sa durabilité.
Nous souhaitons également profiter de cette occasion pour rappeler que la norme doit s'inscrire dans une stratégie industrielle globale pour le transport zéro émission. Pour atteindre les objectifs fixés, il sera indispensable de créer les conditions gagnantes. L'expérience internationale et québécoise montre qu'une approche intégrée, combinant réglementation, incitatifs financiers et infrastructures accessibles, demeure la clé du succès. Des mesures complémentaires sont donc nécessaires pour assurer le succès d'une norme. Nous recommandons notamment la réintroduction urgente du Programme d'incitatifs pour les véhicules zéro émission afin de stimuler la demande, l'appui à un déploiement rapide et uniforme d'un réseau national de recharge sur l'ensemble du territoire, ainsi qu'un soutien à la production locale, à l'assemblage et à la fabrication de composants clés et de véhicules. Le gouvernement du Canada doit également jouer un rôle exemplaire en mettant en avant les véhicules zéro émission dans ses propres parcs de véhicules publics, créant ainsi un effet vitrine pour tous les acheteurs.
En terminant, nous devons saisir les occasions qui s'offrent à nous pour positionner le Québec et le Canada en tant que chefs de file nord-américains du transport durable. Le moment est venu de façonner l'économie de demain, de poser des gestes concrets pour atteindre les cibles climatiques et d'offrir aux générations futures des emplois de qualité et durables. Nous encourageons donc le gouvernement à déployer une stratégie industrielle qui inclut une norme avec des cibles réalistes et ambitieuses, mais surtout des incitatifs robustes.
Je vous remercie de votre attention. Nous nous ferons maintenant un plaisir de poursuivre l'échange avec vous.
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Pouvez-vous fournir le lien ou le document au Comité, s'il vous plaît?
Vous avez déclaré que la transition vers les véhicules électriques ne pouvait se faire qu'au rythme où les consommateurs sont prêts à agir. Rien ne sert de prendre des mesures inutiles. Il y a toutes sortes d'obstacles, comme les coûts initiaux plus élevés, le manque d'infrastructures de recharge, l'angoisse de la panne, etc. Est‑ce que ce sont des excuses ou des faits? Cette question est moins importante que celle de la commodité actuelle.
Par ailleurs, les concessionnaires nous ont dit que les véhicules spécialisés représentaient 50 % de leurs ventes. Il s'agit de véhicules de travail, des véhicules qui sont utilisés pour générer des revenus ou contribuer au PIB. Si les outils qu'il faut pour faire le travail ne sont pas disponibles, si la norme sur la disponibilité des véhicules électriques crée un déséquilibre dans le parc des concessionnaires et si les concessionnaires n'offrent pas les véhicules dont leurs clients ont besoin, quel effet cela aura‑t‑il sur le PIB, qui connaît déjà un déclin rapide?
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En ce qui concerne les lacunes de notre mandat sur les véhicules électriques, on nous a comparés à la Norvège, mais elle compte 5 millions d'habitants, comparativement aux 40 millions d'habitants du Canada, et la géographie est très différente. La Norvège fait 30 000 kilomètres carrés, tandis que le Canada fait près de 10 millions de milles carrés, sans compter les zones marines.
La Norvège a été félicitée pour sa capacité de recyclage, et le Canada devrait tenter de faire de même, mais la Norvège a une réserve de batteries. Elle n'arrive pas à suivre le rythme. Le marché essaie de régler ce problème, mais entretemps, il a été qualifié de bombe à retardement, puisque les composants des batteries — principalement le lithium — peuvent causer un incendie qu'il serait impossible d'éteindre. C'est arrivé dans des usines de la Californie et de la Corée. L'entreposage des batteries entraîne un risque d'incendie. En gros, il faut les laisser brûler, et cela libère des gaz nocifs.
Si nous déployons pleinement le mandat, que la Colombie‑Britannique a déjà abandonné, et selon le... Avons-nous besoin de mettre en place une stratégie nationale, non seulement pour aborder les questions environnementales entourant le stockage ou le recyclage des batteries, mais aussi pour aborder la question de la sécurité de nos communautés? Avons-nous besoin d'une stratégie nationale de recyclage et d'entreposage des batteries au Canada?