:
Je déclare la séance ouverte.
[Français]
Bonjour, chers collègues.
Chers témoins, je vous remercie d'être des nôtres aujourd'hui.
[Traduction]
La séance d'aujourd'hui est la onzième du Comité permanent de l'environnement et du développement durable. Elle se déroule en format hybride et elle est publique.
Nous entendrons des témoignages pendant les deux prochaines heures.
Pour nos participants qui sont sur place, veuillez suivre les directives de santé et de sécurité sur l'utilisation des oreillettes, telles qu'elles sont inscites sur les cartes posées sur les tables.
[Français]
Le Comité reprend son étude de l'efficacité, des améliorations possibles et de la capacité du Plan de réduction des émissions pour 2030 du Canada.
[Traduction]
Ce atin, nous recevons les témoins suivants.
À titre personel, nous entendrons Mme Catherine Potvin, professeure émérite à l'Université McGill, qui se joint à nous par vidéoconférence. Bonjour, madame Potvin.
De l'Assemblée des Premières Nations, nous avons Wendell LaBobe, chef régional de l'Île‑du‑Prince-Édouard, et Graeme Reed, conseiller stratégique en matière d'environnement, de terres et d'eau. Soyez les bienvenus.
De Océans Nord, nous entendrons Amy Nugent, directrice associée, action climatique marine, qui se joint à nous par vidéoconférence.
[Français]
Chaque témoin dispose de cinq minutes pour son allocution d'ouverture.
[Traduction]
À l'intention des témoins, lorsque vous voyez cette carte jaune, sachez qu'il vous reste une minute du temps qui vous est accordé pour votre déclaration liminaire ou une minute pour répondre aux questions. Lorsque je la retourne, cela signifie que votre temps est écoulé et que vous devez rapidement mettre un terme à vos propos.
[Français]
Madame Potvin, vous avez la parole pour cinq minutes.
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Bonjour, et merci beaucoup de cette invitation.
Dans mon allocution, je vais me concentrer sur deux sujets. Commençons par la forêt, puisqu'il s'agit de mon objet de recherche personnel.
À l'échelle globale, nous pouvons dire et nous savons très bien que les forêts captent environ le tiers de toutes les émissions planétaires de carbone. La forêt est donc d'une grande aide pour lutter contre les changements climatiques. Cependant, les scientifiques sont très préoccupés par ce qu'on appelle le point de bascule, c'est-à-dire le moment où les forêts deviennent incapables de faire face aux changements du climat et commencent à émettre du dioxyde de carbone au lieu de le capter.
Ça m'amène à rappeler aux députés ce qui s'est passé très récemment au Canada. En 2023, les feux de forêt qui ont sévi au Québec ont contribué à produire plus de dioxyde de carbone que l'ensemble des activités anthropiques. Les forêts se sont donc transformées en un ennemi dans la lutte aux changements climatiques plutôt qu'en un allié. Personne n'oubliera les feux de forêt de 2024, alors que la ville de Jasper, un symbole du pays, a brûlé en grande partie. Cette année-ci, en 2025, les feux de forêt ont été tellement forts dans les Prairies et en Colombie‑Britannique que, même au Québec — et dans les Maritimes, je crois —, nous pouvions à peine respirer pendant plusieurs semaines. Nous ne parlons pas que de quelques journées.
La situation que nous vivons en 2025 n'est plus la même qu'il y a 10 ans, en 2015, lorsque le Canada a signé l'Accord de Paris. Nous sommes dans une situation d'extrême danger et tous les scientifiques s'entendent pour dire qu'il faut accélérer l'action climatique. Malheureusement, quand nous observons la tendance des émissions au Canada, nous nous rendons compte que nous avons atteint un plafond: nous ne réussissons pas à réduire les émissions, même si le plan pour 2030 était quand même très bien conçu.
Avec un groupe de collègues de partout au Canada, nous avons lancé une initiative qui s'appelle Dialogues pour un Canada vert, laquelle a été constituée avant la conférence de Paris sur le climat en vue de suggérer des pistes de solution. Nous voudrions mettre l'accent sur six mesures qui pourraient aider le Canada à atteindre ses cibles, peut-être pas en 2030, mais au moins pour le remettre sur la bonne voie. Ce sont des suggestions qui, nous le pensons, tiennent compte de l'état d'esprit des Canadiens et des préoccupations qu'ils ont exprimées dans tout le pays.
Dans le cadre des grands projets d'infrastructures, il est urgent de faciliter l'interconnexion électrique entre les provinces. En effet, certaines provinces canadiennes produisent une électricité sobre en carbone, alors que ce n'est pas le cas pour d'autres. Ces dernières pourraient donc bénéficier d'une exportation d'électricité d'est en ouest ou d'ouest en est. C'est très important. Cette électricité pourrait être alimentée par une meilleure production en énergie renouvelable. Je tiens à noter que l'Alberta est la province qui possède le plus grand potentiel en énergie solaire au Canada. Il serait donc extrêmement intéressant de l'utiliser, de même que l'énergie éolienne dans les Maritimes.
Il faudrait aussi que le Canada prenne ses responsabilités en matière de transport ferroviaire. On sait très bien que le transport ferroviaire est, de loin, le mode de transport le plus efficace pour réduire la production de gaz à effet de serre et qu'il est de compétence fédérale. L'interconnexion par rail est donc à souhaiter.
Les Canadiens sont très préoccupés actuellement par le coût de la vie, et nous pensons que le Canada devrait appuyer les changements faits par les citoyens en les aidant à habiter dans des maisons plus écoénergétiques et à conduire des voitures sobres en carbone. Cet appui se concrétiserait donc au moyen de la réglementation et d'incitatifs financiers.
Par ailleurs, le Canada doit penser à la concurrence internationale, parce qu'il est en train de perdre du terrain sur ce plan. Il faudrait reconnaître le leadership autochtone, parce que la plus grande partie des initiatives en énergie renouvelable vient de nos Premières Nations. Les investissements dans la sécurité nationale peuvent aussi contribuer à des initiatives en énergie renouvelable et, enfin, nous ne pouvons pas éviter de penser actuellement à la justice et à l'équité, puisque ce sont les gens pauvres du Canada qui souffrent des répercussions des changements climatiques et qui sont incapables d'y faire face.
Merci.
:
Monsieur le président, distingués membres du Comité, merci beaucoup de m'avoir invitée à comparaître devant vous aujourd'hui.
Je m'appelle Amy Nugent. Comme vous l'avez dit, je suis ici pour représenter Océans Nord. Nous sommes un organisme de bienfaisance canadien qui soutient l'action climatique marine et la conservation marine en partenariat avec les communautés autochtones et les collectivités côtières.
La prospérité du Canada a toujours été liée à la mer. En effet, notre pays a le plus long littoral au monde, une zone économique exclusive de six millions de kilètres carrés et un réseau maritime — celui des Grands Lacs et du Saint-Laurent — qui relie l'océan Atlantique au cœur industriel de l'Amérique du Nord. Lorsqu'il est aujourd'hui questn d'examiner notre compétitivité sur le plan climatique, il va de soi que nous devons nous appuyer sur cette force .
Les communautés et les collectivités avec lesquelles Océans Nord travaille et au sein desquelles elle évolue sont parmi les plus directement touchées par les changements climatiques. Qu'il s'agisse de l'évolution des habitudes migratoires des mammifères marins et des méthodes de chasse, ou des 133 petits ports de plaisance qui ont subi des dommages lors de l'ouragan Fiona en 2022, les collectivités côtières et les communautés autochtones sont confrontées aux effets des changements climatiques et à la perte de leurs moyens de subsistance que ces changements entraînent.
Comme le Comité l'a certainement entendu au cours des dernières semaines, le Plan de réduction des émissions était loin d'être parfait, mais des voies propres à chaque secteur sont essentielles pour réduire les émissions et soutenir la sécurité économique et la prospérité à long terme du Canada, y compris celles de nos collectivités côtières.
Cela dit, le Plan de réduction des émissions contenait peu de mesures précises pour soutenir la transition énergétique dans le secteur maritime, outre le fait qu'on s'y engageait à élaborer un plan d'action national sur le climat pour ce secteur. Comme cela n'a pas encore été fait, les membres de ce comité ont maintenant l'occasion de réclamer des mesures et des investissements pour aider les industries maritimes canadiennes à commercialiser et à développer des énergies, des carburants et des technologies carboneutres.
Premièrement, à l'échelle mondiale, les ports sont de plus en plus reconnus comme étant des infrastructures économiques et énergétiques essentielles. La liste des projets d'intérêt national du gouvernement du Canada souligne à juste titre la nécessité d'investir dans les ports. On pense ici à l'agrandissement du port de Montréal à Contrecœur, au développement de l'énergie éolienne en mer, en Nouvelle-Écosse, ou au développement du port nordique de Grays Bay dans l'ouest de l'Arctique.
Soyons clairs. La situation actuelle exige bien plus qu'une simple expansion des capacités ou que le soutien aux exportations de combustibles fossiles. La prochaine série d'investissements pour édifier la nation doit aligner la modernisation des ports sur la transition vers les énergies propres.
Les ports électrifiés modernes sont des multiplicateurs. Ils relient l'énergie éolienne extracôtière au réseau, permettent le stockage de l'énergie, rallient le transport ferroviaire et routier, facilitent la manutention électrifiée des marchandises et soutiennent les chaînes d'approvisionnement en carburants marins carboneutres. En concevant les ports comme des pôles d'énergie et de carburants propres, nous pouvons optimiser la valeur des dépenses fédérales en infrastructures et créer des perspectives économiques durables.
À l'échelle mondiale, nos concurrents avancent rapidement. La Chine, l'Union européenne et l'Inde électrifient leurs ports afin de capter un commerce plus propre. Le Forum maritime mondial prévoit que la demande en carburants maritimes dérivés de l'hydrogène, tels que l'e‑méthanol et l'e‑ammoniac, dépassera les 500 millions de tonnes d'ici 2040, ce qui signifie un marché de mille milliards de dollars et une source importante de création d'emplois. Si le Canada n'agit pas, nos ports risquent de devenir des destinations pour les navires les plus polluants, et nous perdrons les perspectives d'innovation connexes dans les chaînes d'approvisionnement émergentes en carburants propres.
À plus petite échelle, nous avons une occasion hors du commun et immédiate d'électrifier les flottes de traversiers et de bateaux de travail à l'échelle du pays. Même si, à l'heure actuelle, les navires électriques sont plus coûteux à l'achat, ils permettent de réaliser des économies de carburant et d'entretien. Ils sont plus silencieux pour les travailleurs. Ils éliminent également pratiquement toute pollution atmosphérique pour les collectivités locales, ce qui ne peut être que bénéfique pour la santé humaine. Ces bateaux — bateaux de pêche, remorqueurs, bateaux d'excursion, bateaux-pilotes et navires de la Garde côtière — peuvent être conçus, construits, entretenus et exploités localement, ce qui permet de soutenir les économies régionales.
Le Canada est aujourd'hui bien placé pour saisir cette occasion favorable. Comme mon collègue vient de le souligner, nous disposons de ressources éoliennes et solaires abondantes. Nous avons une main-d'œuvre qualifiée et des ports de classe mondiale. En intégrant l'électrification, les technologies maritimes propres et les infrastructures de carburants carboneutres à ses mesures climatiques, le Canada pourra réduire ses émissions tout en soutenant la croissance économique.
Merci beaucoup. Je reste bien sûr à votre disposition pour répondre à vos questions.
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Bonjour. Je m'appelle Wendell LaBobe. Je suis le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations pour l'Île‑du‑Prince-Édouard.
Je tiens à souligner que nous sommes ici sur le territoire non cédé et non abandonné de la nation algonquine. Je remercie le Comité de m'avoir invité à comparaître aujourd'hui.
L'Assemblée des Premières Nations, ou APN, travaille selon les directives des Premières Nations réunies en assemblée. Or, ces dernières ont clairement indiqué que, dans le cadre des efforts déployés pour promouvoir la sécurité économique et la compétitivité, les mesures pressantes, transformatrices et fondées sur les droits en matière de climat ne peuvent être mises de côté.
Il est regrettable que les Premières Nations ne puissent pas être présentes pour contribuer à cette importante étude. Le Comité doit entendre directement les titulaires de droits des Premières Nations et il doit pour ce faire prolonger la durée de l'étude.
En vue de la présente comparution, nous avons préparé un mémoire technique contenant huit recommandations. Par souci de concision, permettez-moi d'aborder trois grands thèmes qui les résument. Premièrement, il faut prendre des mesures urgentes et transformatrices conformément à la stratégie nationale de l'APN en matière de climat; deuxièmement, il faut respecter le consentement libre, préalable et éclairé et les normes minimales de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones; troisièmement, il faut adopter une nouvelle approche transformationnelle fondée sur la réciprocité entre les peuples et la terre.
Commençons par les mesures urgentes et transformatrices en matière de climat. En 2023, les Premières Nations réunies en assemblée ont réaffirmé leur déclaration d'une urgence climatique et ont approuvé la Stratégie nationale sur le climat de l'APN. La Stratégie nationale sur le climat de l'APN invite le gouvernement à collaborer avec les Premières Nations pour mettre en œuvre des priorités climatiques autodéterminées, qui comprend la désignation de sept domaines prioritaires et la reconnaissance de l'approche des Premières Nations concernant le climat.
Étant donné l'accent qui est mis présentement sur la sécurité économique et la compétitivité, le gouvernement risque de revenir sur ses engagements en matière de climat et de réconciliation. Il s'agit là d'une préoccupation sérieuse, compte tenu de l'urgence climatique à laquelle nous sommes désormais confrontés et de la feuille de route du Canada, qui s'est fixé des objectifs de réduction des émissions sans les atteindre.
L'année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, et c'est la première année civile où la température mondiale moyenne a dépassé de 1,5 °C son niveau préindustriel. La nouvelle stratégie du gouvernement en matière de compétitivité climatique qui est élaborée à huis clos se focalise sur les résultats, et non sur les objectifs et les solutions technologiques. Cela représente non seulement un éloignement par rapport aux objectifs existants, mais aussi une non-reconnaissance de l'appel lancé depuis longtemps par les Premières Nations, à savoir que la politique climatique devrait être élaborée en partenariat direct avec les détenteurs de droits et de titres des Premières Nations.
Deuxièmement, conformément au consentement libre, préalable et éclairé et aux normes minimales de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, le gouvernement a l'obligation de travailler directement et en partenariat avec les détenteurs de droits et de titres des Premières Nations afin de mettre en œuvre les priorités climatiques de ces dernières, y compris l'élaboration de plans de réduction des émissions. Ce principe est inscrit dans nos droits protégés par l'article 35 de la Constitution.
Malgré les intentions, il n'y a pas eu d'interaction directe avec les Premières Nations lors de l'élaboration de la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité, du plan de réduction des émissions pour 2030 et de la fixation de la cible actualisée de réduction des émissions pour 2035. Cette façon de procéder préoccupante se poursuit alors que les prochaines versions de la politique climatique fédérale et de la stratégie de compétitivité climatique progressent et que les Premières Nations sont laissées en plan.
Les gouvernements de la Couronne ne peuvent pas prendre de décisions dans l'intérêt national sans que les Premières Nations soient concrètement présentes à la table. Une telle approche est incompatible avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et avec la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité, qui stipulent clairement que le Canada doit consulter les Premières Nations et coopérer avec elles afin d'obtenir leur consentement libre, préalable et éclairé.
Enfin, nous avons le troisième thème: une approche transformationnelle qui inclut les systèmes de connaissances des Premières Nations.
Au cours des huit dernières années, l'APN a travaillé avec les Premières Nations pour élaborer le concept d'une perspective climatique des Premières Nations. De toute évidence, ce concept s'applique de trois façons aux discussions sur la carboneutralité, notamment en ce qui concerne les plans de réduction des émissions. Premièrement, la neutralité carbone ne doit pas être interprétée comme un objectif final, mais comme un processus menant à un avenir juste, équitable et résilient pour les générations futures, fondé sur le droit des Premières Nations à l'autodétermination. Deuxièmement, il remet en question la dichotomie qui prévaut dans les discussions sur le climat en mettant l'accent sur la nature complexe et multidimensionnelle des solutions climatiques des Premières Nations. Troisièmement, il déplace notre attention vers l'interrelation entre les trois C — colonialisme, capitalisme et carbone — en misant sur une approche fondée sur des relations qui valorisent le lien entre les personnes, la terre et notre réciprocité mutuelle. Dans cette perspective, il ne s'agit pas seulement d'un changement à l'échelle mondiale et d'un éloignement du statu quo, mais plutôt d'une revitalisation de nos systèmes de valeurs, des systèmes de valeurs qui nous relient à la terre et aux lois de la nature qui régissent nos interactions avec toute la création.
Le Canada se trouve à la croisée des chemins. L'ampleur de la crise climatique exige un changement radical dans l'approche adoptée par le Canada et le monde pour y faire face. Au lieu de miser davantage sur l'approche de la compétitivité climatique qui consiste à investir dans le même système technologique axé sur le marché qui a créé ce problème au départ, nous devons voir le grand potentiel qu'offre ce comité pour appliquer la perspective climatique des Premières Nations à la mise en œuvre du plan de réduction des émissions du Canada pour 2030 et à toute la politique climatique future du pays.
En conclusion, les solutions des Premières Nations pourraient redéfinir le débat et mener à une transformation...
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Ma première question s'adresse à M. LaBobe.
J'ai lu le document que vous avez soumis au comité de l'environnement. Je vous en remercie. Il est très bien rédigé et très clair.
Avant le contact avec les Blancs, les Premières Nations n'avaient pas d'hôpitaux, d'autoroutes, d'écoles, de médicaments, de téléphones, d'ordinateurs, ni même d'argent, d'ailleurs. Je suis donc très intéressé d'entendre ce que l'Assemblée des Premières Nations veut dire lorsqu'elle souligne la nécessité de « retourner à la terre ». Pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie concrètement?
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D'abord, le Plan contenait un peu tous les éléments, dont le bâtiment, l'industrie, le transport et le secteur pétrolier et gazier. Toutefois, l'élément fondamental en était, bien sûr, le prix sur le carbone. Or, la première chose qu'a faite le nouveau gouvernement du Canada a été d'éliminer ce prix sur le carbone.
Il est sûr que cette décision a été extrêmement problématique, et ce, à deux niveaux. Je sais que cette réglementation était mal perçue partout au Canada, mais le prix sur le carbone était une façon pour le gouvernement d'obtenir un revenu, qu'il aurait pu ensuite investir dans des solutions de rechange sobres en carbone.
Ensuite, le gouvernement fédéral se rend la partie beaucoup plus difficile en se coupant de ce revenu. Il a deux leviers pour travailler: celui de la réglementation et celui de l'investissement. Pour sa part, la réglementation n'est pas super populaire, mais elle passe mieux une fois associée à un investissement. Par exemple, le public perçoit mieux des normes visant à éliminer la vente de véhicules à combustion si elles sont associées à un incitatif financier qui paie la différence de prix entre ces véhicules et les véhicules électriques.
Enfin, le gouvernement se fait et nous fait du tort en éliminant le revenu généré par la taxe sur le carbone. Ce faisant, il va aussi vraiment à l'encontre d'un principe fondamental, celui du pollueur-payeur. On sait d'où vient le problème. Il est nommé et bien expliqué; qui plus est, tout le monde le comprend. On ne peut donc pas penser le régler sans faire quelque chose pour y arriver. Actuellement, je pense que c'est une grande faiblesse. Par ailleurs, on entend parler d'un prix sur le carbone pour l'industrie lourde, et j'espère que cet élément positif fera partie de la solution du gouvernement.
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Je peux commencer brièvement, puis le chef régional pourra compléter.
Les Premières Nations n'ont pas été consultées sur l'approche fédérale concernant la compétitivité en matière de carbone. Ce qui nous préoccupe, c'est de perdre les 10 dernières années de discussions collaboratives que nous avons eues sur ce dont les Premières Nations ont besoin pour garantir que la décarbonisation progresse parallèlement à la décolonisation.
Souvent, pour défendre les titulaires de droits et de titres particuliers, nous avons veillé à ce qu'elles aient suffisamment de temps et de ressources financières et techniques pour apporter une contribution significative.
Différents processus ont été mis en place pour offrir plus d'espace et de temps aux Premières Nations, et nous souhaitons revenir à ces bonnes pratiques afin de garantir que les Premières Nations ne soient désormais plus exclues sur le plan structurel.
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Je peux vous donner mon avis sur le gouvernement du Canada. Je pense que vous posez la question au sujet du parti, nous pouvons donc répondre en fonction du rôle que le gouvernement du Canada a joué dans les négociations.
À l'époque, c'est‑à‑dire avant la récente réunion, la position a été, à l'instar des États-Unis, du Royaume-Uni et d'autres nations maritimes, de soutenir ce cadre de zéro émission nette. Comme je l'ai dit, en 2023, ce cadre a en fait été soutenu à l'unanimité par l'OMI.
Oui, ils soutiennent sans aucun doute les mesures visant à réduire les gaz à effet de serre dans le secteur du transport maritime.
Je tiens tout d'abord à remercier nos invités pour leur présence parmi nous aujourd'hui.
Monsieur LaBobe, j'aimerais vous poser ma première question.
Mon collègue conservateur a fait une remarque dans ses questions au sujet de la position de l'Assemblée des Premières Nations. Il a accusé ses membres de tourner le dos au XXIe siècle. J'ai trouvé cette remarque très intéressante, étant donné que la plupart d'entre nous, au Parlement, essayons justement de faire entrer le Parti conservateur dans le XXIe siècle.
Je voudrais vous donner l'occasion de clarifier la perspective générale des peuples autochtones concernant la lutte contre les changements climatiques.
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Au Canada, les solutions axées sur la nature sont plus efficaces dans le secteur agricole. Je pense que cela serait extrêmement tentant sur le plan politique... Je vous remercie donc pour cette question. Il semble que la politique climatique se concentre souvent sur les zones urbaines. Cela s'explique principalement par le fait que la plupart des gens vivent dans les villes. Nos concitoyens qui habitent au sein de zones rurales se sentent alors largement abandonnés, voire pénalisés.
Si l'on pense à l'agriculture, le passage à l'agriculture sans labour, par exemple, qui permet de stocker d'importantes quantités de carbone dans les sols agricoles, pourrait être soutenu par le gouvernement fédéral par l'intermédiaire de formations et de différentes mesures incitatives. Les exploitations agricoles comptent généralement de nombreux bâtiments. On pourrait installer des panneaux solaires sur ces bâtiments afin que les exploitations puissent produire leur propre énergie et peut-être même la revendre à de tierces parties, ce qui pourrait s'avérer bénéfique. Je viens moi-même d'une famille d'agriculteurs. Ma fille possède une ferme. Elle est horticultrice, et il s'agit donc d'enjeux qui me tiennent particulièrement à cœur.
Les éleveurs de bétail pourraient utiliser le fumier et la biodigestion pour produire du méthane, puis du gaz naturel, qui est renouvelable et pourrait être utilisé pour les machines lourdes. Il existe des exemples vraiment passionnants, en particulier au Manitoba, d'agriculteurs qui embrassent la transition et vont de l'avant. Je pense que c'est un sujet intéressant. Ce n'est pas un secteur qui génère beaucoup d'émissions au Canada, avec environ 9 % des gaz à effet de serre, ce qui explique peut-être pourquoi il n'est pas au premier plan, mais entre le carbone que nous pourrions mettre dans le sol et le reste de la modernisation de l'agriculture, je pense que c'est une très bonne voie à suivre.
Au Canada, malheureusement, je pense que le secteur forestier est aujourd'hui tellement menacé que nous devrions plutôt chercher à le protéger plutôt que de le considérer comme une solution. Nous voulons essayer de limiter le réchauffement climatique et la sécheresse afin que nos forêts puissent continuer à nous aider. Je ne pense pas que nous puissions investir dans cela comme solution climatique naturelle.
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Je vais essayer d'être bref.
Notre stratégie nationale sur le climat s'articule autour de la volonté de cerner les valeurs et les comportements qui orientent le système de pensée à courte vue et de déterminer comment nous pouvons ensuite intégrer ces valeurs et ces comportements dans un système en relation de réciprocité avec la terre.
Dans notre mémoire, nous parlons de la façon dont nous évitons de penser à la carboneutralité comme destination finale pour la voir plutôt comme une étape vers un avenir plus juste, équitable et résilient. Pour les Premières Nations, cet avenir repose sur la capacité de continuer à entretenir leur relation avec les terres, les eaux, l'air et leur territoire afin de s'assurer de pouvoir s'acquitter de leurs obligations et les transmettre aux générations futures.
En l'absence d'une réflexion et d'une vision à long terme, il demeurera impossible pour les Premières Nations d'exercer ces capacités.
:
Nous reprenons la séance.
Le Comité poursuit son étude sur l'efficacité, les améliorations possibles et la capacité du Plan de réduction des émissions pour 2030 du Canada.
Cet après-midi, le Comité entendra les témoins suivants: à titre personnel, Mme Sophia Mathur.
[Traduction]
De la Oil and Gas Corporation of Newfoundland and Labrador, nous accueillons M. Jim Keating, président-directeur général, qui témoigne par vidéoconférence.
De Resource Works Society, nous recevons Margareta Dovgal, directrice générale.
[Français]
Chacun des témoins dispose de cinq minutes pour son allocution d'ouverture.
[Traduction]
Je vous ferai signe lorsqu'il vous restera une minute, puis une nouvelle fois lorsque votre temps sera écoulé. Il en ira de même lors de la période de questions.
Nous allons d'abord entendre Mme Sophia Mathur.
:
Merci beaucoup de m'avoir invitée à témoigner.
Merci tout particulièrement à M. Fanjoy de son invitation.
Bonjour. Je m'appelle Sophia Mathur. J'ai 18 ans, je suis une militante pour le climat et une étudiante de première année à l'Université d'Ottawa. J'ai même un examen de mi‑session en maths juste après la séance.
À l'âge de sept ans, j'ai commencé à faire du lobbying pour la lutte contre les changements climatiques, non pas comme les adultes autour de moi le faisaient avec leurs épais cahiers d'information et une longue liste d'éléments probants — conformément à leur rôle —, mais comme une enfant peut le faire, en restant assise et en écoutant. Par ma simple présence dans la salle, j'avais l'impression de rappeler à tout le monde que les décisions prises allaient façonner mon avenir, comme c'était bel et bien le cas.
À l'âge de sept ans, l'action climatique n'est pas une simple politique; c'est une promesse. Une promesse que le monde dans lequel je grandirai sera sûr, beau et plein de vie. Cette conviction m'a toujours habitée depuis. Bien que la dévastation causée par les changements climatiques soit réelle et effrayante, avec les incendies, les inondations et les étés enfumés, je ne veux pas que l'histoire de ma génération soit un récit de désespoir. Je veux que ce soit une affaire de responsabilité et de courage.
Au fil des ans, j'ai rencontré des politiciens et des experts qui ont consacré leur vie à cette lutte. J'ai toujours admiré cela. Il faut de la résilience pour transformer la recherche en politiques et les politiques en changements mesurables.
Maintenant que j'ai amorcé mes études universitaires en économie avec une mineure en politique publique, je commence à comprendre de mieux en mieux à quel point ce monde est complexe, même si je suis loin d'être une experte. L'efficience, les coûts et les délais ne se limitent pas à de simples chiffres; ils ont un impact concret dans la vie des gens. Néanmoins, mon activisme climatique m'a aussi appris que cette complexité ne peut pas servir d'excuse à l'inaction. Même si la politique climatique est une démarche qui prend du temps, les changements climatiques n'attendent pas.
Je me demande pendant combien de temps encore il sera trop difficile de mettre en valeur les politiques climatiques pendant les campagnes électorales. Pendant combien de temps encore transformera‑t‑on cette crise planétaire en enjeu partisan? Les électeurs savent-ils que ce débat a un coût faramineux qui se manifeste par les effets mortels des changements climatiques?
J'ai apporté avec moi aujourd'hui un livre qui m'a été remis par le Lobby climatique des citoyens et qui résume les données probantes des experts en matière de changement climatique relativement aux stratégies canadiennes de réduction des émissions. Le message des scientifiques et des économistes est toujours le même: il faut faire payer les pollueurs.
Les entreprises de combustibles fossiles, dont beaucoup font des milliards de dollars de profits chaque année, doivent assumer la responsabilité de la pollution qu'elles créent. L'une des principales conclusions est claire: le captage et le stockage du carbone sont coûteux et largement inefficaces comme outils de réduction des émissions et continueront de laisser de l'argent dans les poches de ces pollueurs.
Aujourd'hui, je veux non pas formuler une critique, mais rappeler que les jeunes comme moi, les gens que vous représentez, regardent, apprennent et espèrent. Nous avons confiance que nos dirigeants prendront acte des données probantes, respecteront l'avis des experts et tiendront leurs promesses, car pour moi, il ne s'agit pas seulement de cibles d'émissions, mais d'intégrité. Il s'agit de savoir ce que signifie faire une promesse à la prochaine génération et la tenir.
Je n'ai peut-être que 18 ans et j'ai encore beaucoup à apprendre, mais je sais une chose avec certitude. Le véritable leadership ne se mesure pas au nombre de promesses qui sont faites. Il est plutôt évalué en fonction du nombre de celles qui sont tenues.
Merci.
:
Le pétrole et le gaz extracôtiers devraient être au cœur de l'avenir énergétique du Canada, car, sans eux, nous ne pouvons pas être une superpuissance énergétique. Avec plus de 85 % des nouvelles découvertes en volume dans le monde qui proviennent des gisements extracôtiers, la baisse de la production terrestre est progressivement compensée par la croissance mondiale de l'exploration extracôtière.
Terre-Neuve‑et‑Labrador est un acteur mondial dans le secteur extracôtier: 100 % de la production pétrolière extracôtière du Canada est écoulée sur les marchés internationaux, ce qui signifie que 90 % des émissions d'un baril se produisent à l'extérieur du Canada. La province réinvestit directement les bénéfices tirés du pétrole et du gaz dans les énergies renouvelables. Ainsi, plus de 1,1 milliard de dollars provenant de la participation de la société d'État dans des projets pétroliers et gaziers extracôtiers ont été directement investis dans notre portefeuille provincial d'hydroélectricité. Il s'agit à n'en pas douter de la stratégie de transition énergétique la plus élégante qui soit.
Pour y parvenir, nous avons élaboré une stratégie d'exploration, investi plus de 160 millions de dollars dans les géosciences et repéré des centaines de zones d'intérêt, dont 20 ont un potentiel de plus d'un milliard de barils de pétrole ou de six billions de pieds cubes de gaz naturel chacun. L'enjeu ici n'est pas seulement nos réserves connues de 10 milliards de barils actuellement en production, mais aussi quelque 50 milliards de barils de pétrole encore à exploiter. Pour vous donner une idée, le champ pétrolifère de Hibernia, qui contient deux milliards de barils, a déjà rapporté 15 milliards de dollars au Trésor provincial et 4 milliards de dollars au gouvernement fédéral.
Le forage d'un puits d'exploration coûte environ 100 millions de dollars et n'offre que 25 % de chances de succès. Malgré les coûts et le risque élevé d'échec, entre 2015 et 2020, pas moins de 14 entreprises ont présenté des soumissions totalisant 4,2 milliards de dollars pour pouvoir explorer les zones extracôtières du Canada. Sept d'entre elles ont présenté des plans pour forer des dizaines de puits. Cet élan s'est toutefois arrêté net, d'abord à cause de la pandémie, et maintenant en raison du plafonnement des émissions proposé. Le Canada mine ainsi l'exploitation d'une ressource stratégique, laissant les investisseurs internationaux perplexes et inquiets.
Pour la première fois en près de 25 ans, aucun puits d'exploration n'a été foré en mer, et aucun n'est prévu pour l'année prochaine. Fait sans précédent, les deux derniers cycles d'attribution des licences n'ont donné lieu à aucune soumission, et je crains fort que le résultat soit le même avec celui qui se terminera la semaine prochaine.
Des 14 sociétés d'exploration que nous avions en 2020, il n'en reste plus que trois. Celles qui sont parties ont perdu plus de 430 millions de dollars en garanties de soumission au profit de l'organisme de réglementation du secteur extracôtier, et ce chiffre ne cesse d'augmenter. Les entreprises estiment qu'elles ne seront tout simplement pas en mesure d'exploiter une nouvelle ressource découverte.
Il ne s'agit pas d'une manifestation locale d'une tendance mondiale. L'exploration affiche plutôt une tendance à la hausse à l'échelle planétaire. Cette année, 80 puits à impact élevé ont été forés, soit une augmentation de 8 % par rapport à l'année précédente, et 15 gisements ont été découverts dans 12 pays différents.
Les dépenses sont en hausse et devraient encore augmenter en 2026. Terre-Neuve‑et‑Labrador et le Canada sont en train de rater le coche. Les investisseurs citent souvent les règles proposées pour le plafonnement des émissions pour justifier leur décision d'aller explorer ailleurs. Les dommages économiques se font déjà sentir.
De concert avec notre société sectorielle provinciale, Energy NL, nous avons mandaté les experts-conseils de Wood Mackenzie pour évaluer l'impact de la réglementation proposée en matière d'émissions. Leur modélisation montre que pour atteindre les cibles après exemption, les exploitants pourraient devoir reporter le démarrage de leurs projets ou en réduire l'ampleur, ce qui pourrait en compromettre la viabilité économique. Plus inquiétant encore, la modélisation suggère que le plafonnement des émissions pourrait entraîner une réduction de la production extracôtière existante. Les prévisions indiquent que les émissions dépasseront le plafond par une marge de 12 % en 2030 et resteront supérieures aux limites jusqu'en 2035, ce qui ne laisse aucune place à de nouveaux projets.
Si notre projet Bay du Nord peut finalement démarrer après un retard de trois ans, il devrait émettre moins de 10 kilogrammes de CO2 par baril, soit la moitié de la moyenne mondiale. Lorsque l'indice climatique du pétrole a été créé en 2016, notre champ Hibernia se classait au 12e rang parmi les 75 champs pétroliers et gaziers mondiaux en termes d'émissions. Pourquoi éliminerions-nous la possibilité de réaliser des projets à faibles émissions qui peuvent remplacer des projets plus polluants ailleurs?
Des mesures de réduction des émissions sont d'ores et déjà prises dans le cadre de nos projets extracôtiers. Le bâtiment flottant SeaRose et les plateformes Hibernia et Hebron ont ainsi déjà abaissé leurs émissions dans une proposition de 29 à 50 %. Pour sa part, le bâtiment flottant Terra Nova a fait l'objet de travaux de modernisation visant à prolonger la durée de vie de ses équipements, ce qui permettra de réduire encore davantage les émissions.
Alors que le gouvernement fédéral s'emploie à trouver le juste équilibre entre le soutien financier et une réglementation stricte, nous lui demandons instamment de renoncer à son cadre de plafonnement des émissions. Il convient plutôt de se concentrer sur des politiques pratiques et des outils fiscaux qui permettront une décarbonisation significative du secteur pétrolier et gazier au Canada.
Merci.
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Merci beaucoup, monsieur le président.
Il est absolument impossible que nous puissions exploiter notre plein potentiel en tant que superpuissance énergétique pour le mieux-être des Canadiens si le Plan de réduction des émissions pour 2030 est maintenu. Nous ne pourrons pas mener à terme un plan de croissance misant sur notre secteur le plus productif si ce secteur est accablé de cibles ne pouvant être atteintes qu'à la faveur de crédits carbone coûteux ou d'une diminution de la production.
Le nouveau mandat confié par les Canadiens en réponse à la conjoncture économique que nous connaissons nous oblige à repenser ce cadre. Il faudra donc que les politiques qui découleront de cet exercice reflètent aussi cette volonté et soient ancrées dans la réalité.
Le plan pour 2030 est mal adapté à nos impératifs économiques actuels car il s'appuie sur des modèles discutables assortis d'hypothèses douteuses qui sont traitées comme des faits. Ces modèles produisent des résultats suivant une logique d'autorenforcement. Ils s'appuient sur des technologies prescrites qui n'ont pas fait leurs preuves sur le plan commercial ou qui ne sont pas disponibles à grande échelle.
Examinons les différentes politiques découlant de ce plan.
Commençons par établir clairement la source de la distorsion. Le plan pour 2030 repose sur des objectifs absolus en matière d'émissions. Ce cadre dénote un parti pris à l'encontre de la production énergétique et attribue l'entière responsabilité des émissions au pays à l'origine de la production, sans tenir compte de la consommation qui en est faite ailleurs dans le monde.
Le plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier est une expression regrettable de ce parti pris. On essaie d'établir un système de plafonnement et d'échange pour une industrie dans seulement quatre provinces, créant ainsi un marché non liquide qui ne peut pas bien fonctionner. De plus, le modèle du gouvernement utilise une base de référence de 2019 qui supposait une croissance de la production de 5 %, mais au moment où le modèle a été rendu public, les données de Statistique Canada montraient déjà que nous étions 9 % au‑dessus de la base établie. Principalement en raison de la situation en Colombie-Britannique, la production canadienne actuelle est de près de 20 % supérieure à celle de 2019.
Deuxièmement, on fait valoir que la réglementation proposée sur le méthane procurera des gains faciles. Le dirigeant de l'Agence internationale de l'énergie à la COP a dit qu'il suffisait de resserrer les règles, mais c'est une solution qui entraîne des coûts considérables. Cette réglementation est censée être punitive, surtout par rapport à l'inventaire national des émissions. Elle a une incidence excessive sur le secteur du gaz naturel, comme c'est expressément son objectif, ce qui met du même coup en péril une occasion en or pour la production de gaz naturel et les exportations de gaz naturel liquéfié par le Canada, une industrie que nous commençons à peine à bâtir.
Troisièmement, la Norme sur les combustibles propres est une politique visant à réduire l'intensité carbone des combustibles liquides en les mélangeant, en utilisant d'autres mécanismes de réduction dans la chaîne d'approvisionnement et la production et en achetant des crédits. Dans les faits, cette norme oblige toutefois le Canada à importer des biocarburants des États-Unis, ce qui mine notre propre sécurité énergétique aux fins d'une politique qui n'est guère plus qu'une taxe cachée et inutile.
Quatrièmement, le mandat relatif aux véhicules électriques est le meilleur exemple qui soit d'un gouvernement qui impose une technologie. En revanche, un outil axé sur le marché comme l'économie moyenne de combustible des entreprises, ou norme CAFE, offre diverses options permettant l'atteinte d'une cible. Ce mandat ne fait pour sa part qu'imposer un produit coûteux que la plupart des Canadiens ne peuvent pas se permettre.
Cinquièmement, la Norme sur l'électricité propre est un cas patent d'empiétement du fédéral sur les compétences provinciales. Les modèles à l'appui de cette norme reposent sur des hypothèses de construction et d'exploitation qui ne correspondent pas à la réalité et qui ont peu de chances de se concrétiser. Cela ne tient pas compte non plus des contraintes physiques des réseaux provinciaux, dont beaucoup n'ont pas nécessairement la capacité voulue pour transporter une quantité nettement plus élevée d'électricité intermittente sans risquer des pannes en cascade, comme nous avons pu l'observer en Allemagne et en Espagne.
Sixièmement, le système de tarification fondé sur le rendement est un autre hybride imparfait, à mi‑chemin entre une taxe et un régime de plafonnement et d'échange. Ses mesures basées sur le rendement sont liées au déclin du secteur visé. C'est un système conçu non pas pour favoriser l'innovation, mais pour mener nos industries tout droit vers leur disparition.
Enfin, tout cela revient aux crédits carbone. Ceux‑ci deviennent une illusion commode de progrès, plutôt qu'une véritable solution. Bien qu'ils soient présentés comme un moyen de compenser les émissions, la plupart des crédits ne satisfont pas aux critères de base en matière d'intégrité. Toute la modélisation du Canada repose sur la capacité d'acheter des crédits internationaux pour atteindre les objectifs de réduction des émissions. Dans ce marché, comme dans le cadre de l'Association internationale pour l'échange des droits d'émission, il n'y a pas d'exigences en matière de comptabilité en partie double. Il n'existe pas de système permettant d'empêcher la double prise en compte ou de prouver qu'il y a bel et bien eu réduction des émissions.
Ces atteintes à notre compétitivité que nous nous sommes nous-mêmes infligées sont d'autant plus absurdes que nous sommes déjà des chefs de file en la matière. Notre système de réglementation qui n'a rien de laxiste est en vigueur depuis des décennies. Notre secteur du gaz naturel en est un parfait exemple. Selon l'Association canadienne des producteurs pétroliers, les émissions du secteur du gaz naturel ont diminué de 20 % depuis 2000, alors même que la production augmentait de 15 %.
Il faut ajouter à cela la bureaucratie. Notre système de réglementation est si défaillant que le gouvernement a dû présenter en accéléré un projet de loi faisant appel à une volonté politique pour éviter le gâchis dont il est ultimement responsable, un gâchis qui fait considérablement obstacle à notre capacité concurrentielle déjà minée par toutes les politiques que je viens de décrire.
Cela nous ramène au problème fondamental du plan établi pour 2030. Lorsque les réductions d'émissions ne peuvent pas être réalisées parce que les technologies n'existent pas ou ne sont pas économiquement viables, ce cadre refile à l'industrie le coût des crédits carbone, une mesure de dernier recours qui, au mieux, ne donne que des résultats symboliques. Lorsque ce n'est toujours pas suffisant, les Canadiens se retrouvent avec un seul résultat bien concret: la désindustrialisation, alors que l'industrie réduit ses investissements et, par ricochet, sa production.
C'est le coût réel. Le plan mine systématiquement notre avantage concurrentiel en tant que nation extrêmement riche en ressources et en sources d'énergie, capable de répondre de façon responsable aux besoins du monde.
Le point de vue de l'Ouest canadien, à savoir qu'il s'agit d'un plafond de production, est probablement dominant. Je suis d'accord pour dire qu'il s'agit essentiellement d'un plafond de production, mais, à mes yeux, la situation est encore plus grave: c'est un plafond des investissements.
Nous dépendons d'investisseurs qui peuvent aller n'importe où dans le monde, en toute liberté. Nous sommes en concurrence avec 40 autres administrations pour attirer des investissements dans les activités d'exploration. Il est plutôt consternant de voir ce qu'il se passe avec nos ressources extracôtières malgré l'important investissement effectué par la province.
Le gouvernement provincial a investi 19 millions de dollars pour inciter des entreprises à mener des activités d'exploration ici. Or, elles ne voient tout simplement pas de possibilités d'exploitation. C'est vraiment troublant, parce que nous avons un gouvernement qui est en désaccord avec un autre gouvernement sur la façon d'atteindre un objectif commun.
Je considère ce plafonnement comme un frein à l'investissement. Il a complètement bloqué toute nouvelle possibilité de croissance. Je ne crois pas qu'il y aura une reprise des investissements dans nos activités extracôtières tant que le plafonnement des émissions ne sera pas remplacé et que l'on n'enverra pas des signaux indiquant que le projet Bay du Nord peut aller de l'avant.
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Les chances sont nulles.
J'ai assisté à plusieurs sommets et conférences dans le monde. Avant, on m'accueillait chaleureusement. Les gens voulaient savoir quels étaient nos prochains projets et s'informaient de nos prochaines évaluations des ressources et cycles d'attribution des licences. Maintenant, on veut savoir quand ce plafonnement disparaîtra, car le Canada est le seul pays, du moins dans les milieux que je fréquente, à avoir un tel plafonnement.
Je ne pense pas que nous puissions devenir une superpuissance énergétique.
Lorsque l'on regarde où l'on investit pour répondre aux besoins énergétiques du monde... Où allez-vous trouver les quatre à cinq millions de barils par année dont nous avons besoin, si ce n'est pas dans la zone extracôtière? Nous avons l'un des plus longs littoraux au monde et l'une des meilleures ressources énergétiques; seulement, nous n'y avons pas accès.
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L'exploration n'entraîne pas une augmentation des émissions. Cela peut sembler illogique. Elle répond essentiellement à la demande.
Étant donné que de 90 à 95 % des émissions se produisent après l'extraction extracôtière, il y a lieu de se demander pourquoi nous n'en ferions pas plus. Des études ont montré, si nous examinons notre région et l'ampleur des activités d'exploitation dans le monde, au Suriname, en Guyane, au Mozambique et en Namibie, que lorsque ces gisements sont ouverts, ils éliminent 30 à 40 kilogrammes par baril par jour, sur le plan des émissions, avec 10 à 15... Sans exploration, nous allons simplement laisser ces gisements existants proliférer, alors qu'ils coûtent plus cher à entretenir et rendent la réduction des émissions plus difficile. Cela s'est produit dans d'autres pays qui, bien franchement, ne s'en soucient pas trop.
Je trouve qu'il est illogique de cibler notre secteur en amont, notre domaine de production, plutôt que de se concentrer sur la consommation. Ce n'est pas vraiment une bonne politique.
Merci à tous les témoins. Je suis désolée de ne pas pouvoir être là en personne.
Quel contraste frappant entre les témoignages que nous avons entendus au cours de cette heure; de la jeune Mme Mathur aux adultes qui occupent un emploi rémunéré dans un secteur précis.
L'étude que nous menons en ce moment porte sur notre capacité à atteindre nos cibles de réduction pour 2030 et, si nous ne les atteignons pas, sur la façon de mieux nous y prendre. Ces conversations semblent paradoxales.
J'aimerais donner un peu de temps à Mme Mathur pour qu'elle nous fasse part de ses réflexions à la lumière de ce qu'elle a entendu. Je la félicite de son témoignage, de son courage et de l'excellent travail qu'elle accomplit.
Madame Mathur, la parole est à vous.
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Merci beaucoup. Je vous en suis très reconnaissante.
Comme je l'ai dit, je pense que les conversations sur ces politiques sont importantes, mais j'ai l'impression qu'on les poursuit aux dépens des gestes que l'on devrait poser. J'assiste à ces réunions depuis l'âge de sept ans, et c'est comme si on communiquait exactement le même message pour protéger certaines industries. Nous ne pouvons plus faire cela. Les changements climatiques auront une incidence sur mon avenir. Les prix vont augmenter, peu importe les politiques en place. Ils vont augmenter s'il y a des changements climatiques et que nous n'arrivons pas à régler ces problèmes.
De toute évidence, je ne suis pas ici en tant que spécialiste ou en tant que personne qui peut vous donner une analyse quantitative à propos de tout ce qui se passe. Cela dit, je voulais participer en tant que jeune afin que les discussions auxquelles vous prenez part se déroulent devant la génération qui va ressentir l'incidence du temps consacré à ces conversations.
Je vous remercie de la question.
Le rôle du gouvernement est de servir le public. Nous sommes des fonctionnaires. Nous nous employons à faire ce qui est dans l'intérêt de tout le monde, et pas seulement de quelques personnes.
En écoutant les témoignages, je pensais à la tragédie des communs. C'est exactement ce qui se produit lorsque nous ne nous concentrons pas sur la situation dans son ensemble. Nous parlons de pertes et de possibilités économiques potentielles dans un secteur précis, mais nous ne parlons pas de toutes les pertes que nous subissons au Canada et dans le monde en raison des répercussions des changements climatiques qui s'accélèrent rapidement, avec les feux de forêt, les ouragans, etc. Il y a d'énormes pertes économiques. On a tout à fait tort de dire que l'économie est plus importante que l'environnement, ou vice versa. Les deux vont de pair, car il n'y a pas d'économie sans environnement.
Madame Mathur, je sais que vous avez assisté, tout comme moi, à la COP27 à Sharm El‑Sheikh, en Égypte. Je me demandais si vous vouliez nous faire part de votre expérience et de vos réflexions à ce sujet, et peut-être nous dire pourquoi vous pensez qu'il est important que le Canada continue d'aller de l'avant et accélère la prise de mesures.
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Premièrement, la plupart des sociétés pétrolières et gazières qui exercent leurs activités un peu partout dans le monde sont en faveur de la tarification du carbone, à condition qu'elle se fasse de manière juste et équitable et qu'elle ne nous nuise pas de manière disproportionnée dans notre recherche de capitaux. Je pense que cela envoie le bon signal de prix dès le début. C'est la première chose.
Deuxièmement, je pense que cela se trouve dans la réglementation elle-même. Nous avons un ensemble d'organismes de réglementation de calibre mondial qui connaissent la valeur de ces installations et de ces gisements. Ils peuvent examiner le cadre de réglementation qui est en place depuis 30 ans et qui évolue constamment, même si cela est complexe, et veiller à ce que nous profitions du meilleur que les gisements extracôtiers ont à offrir. Nous tenons compte de leur période de fonctionnement. Nous examinons leur consommation d'électricité, parce que l'électricité sur une plateforme représente peut-être 60 à 70 % des émissions de carbone. Nous essayons de faire les choses de façon plus efficace et de moderniser nos opérations. Nous prenons ces mesures de façon constante et progressive. Elles sont déjà en place et sont conformes non seulement aux pratiques exemplaires mondiales, mais aussi aux pratiques exemplaires canadiennes.
Je pense qu'en général, l'industrie est en faveur de la tarification du carbone dans son ensemble, mais il s'agit peut-être de se concentrer sur les mesures précises adoptées par l'organisme de réglementation et les compromis relatifs à la façon d'exécuter ces projets sur le plan technique. Comme je l'ai mentionné, on a observé une réduction de 50 % des émissions dans nos gisements extracôtiers en l'espace de sept ou huit ans.
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Je comprends cet enthousiasme. Je vous remercie, monsieur le président.
Madame Dovgal, j'aimerais vous poser quelques questions.
J'aimerais d'abord parler de l'emploi chez les jeunes. Je pense qu'il est essentiel que notre pays connaisse enfin, une fois de plus, une relance économique. Nous traversons une crise de productivité. Les conséquences pour les jeunes… Je ne connais pas votre âge, mais vous êtes suffisamment jeune pour répondre à ma prochaine question. Cet automne, 17,5 % des jeunes sont retournés à l'école sans avoir trouvé d'emploi d'été. Cette crise de productivité est causée par le plafonnement imminent de la production, et je suis reconnaissant à mon collègue de Terre-Neuve d'avoir souligné qu'il s'agissait d'un plafonnement des investissements.
Pourriez-vous nous parler un peu de l'idéologie des gouvernements qui ne sont pas en phase avec la réalité à laquelle les gens font face sur le terrain?
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Oui. Je peux également formuler cela autrement. Le réalisme économique est dans l'intérêt des Canadiens, contrairement au mirage économique.
J'ai 29 ans, pour répondre à votre question. Lorsque j'étais à l'université, j'avais de bien meilleures occasions de me lancer en politique, d'œuvrer dans des domaines de recherche passionnants et de devenir une véritable experte en politique dans le domaine dans lequel je travaille actuellement, car j'étais motivée par le fait que le climat est en train de changer et que c'est un problème auquel nous devons nous attaquer. Cependant, j'ai depuis beaucoup appris sur l'économie. J'ai découvert le réalisme énergétique dont il est nécessaire de tenir compte dans le cadre de cette discussion.
Pour répondre à votre question sur la productivité, le Canada doit actuellement relever un défi de taille. Voulons-nous être un pays qui sape son industrie dans une période d'incertitude mondiale ou voulons-nous être un pays qui veille à disposer des fonds nécessaires pour investir dans des moyens d'adaptation et créer des occasions pour les Canadiens, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé? Le cadre que nous envisageons actuellement ne permettra pas d'atteindre ces objectifs. Il nous rendra plus pauvres et moins aptes à gérer et à créer des avantages pour les Canadiens.
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Je vous remercie, monsieur le président.
Madame Mathur, je tiens à saluer votre courage, non seulement aujourd'hui, mais aussi dans toutes les actions que vous entreprenez à titre de jeune personne. Je suis conscient que vous êtes probablement la plus jeune personne à avoir témoigné devant notre comité. Soyez la bienvenue.
Au sein du Parlement, les conservateurs s'opposent systématiquement aux solutions fondées sur le marché pour relever ce défi, ainsi qu'aux solutions non fondées sur le marché. Leur solution semble toujours être un autre baril de pétrole, et je ne pense vraiment pas que ce soit une solution pratique.
Quel message leur adresseriez-vous à titre de personne qui devra vivre avec les conséquences de l'inaction en cette période décisive?
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La province dispose d'énormes ressources hydroélectriques. En effet, nous exportons cinq ou six fois plus d'hydroélectricité propre que nous n'en consommons. Nous discutons actuellement d'un protocole d'entente avec nos amis du Québec en vue d'accroître cette quantité. Si nous étions une superpuissance énergétique, nous serions le cinquième ou le sixième plus grand producteur d'énergie par habitant, si l'on combine nos ressources hydroélectriques et nos ressources pétrolières et gazières — du moins si nous étions un pays à part entière. J'en suis parfaitement conscient depuis que j'ai étudié cette question en 2005, en 2006 et en 2007 dans le cadre de notre plan énergétique.
Je pense toutefois que la transition consiste à s'assurer que, pendant que ces systèmes énergétiques complexes subissent des transformations et des conversions… À l'heure actuelle, nous sommes dans une phase où toute la nouvelle production d'énergie, qui provient principalement d'énergies renouvelables, est absorbée par une nouvelle demande. Le pourcentage d'hydrocarbures est difficile à éliminer, mais il diminuera inévitablement. Je tiens simplement à m'assurer que le pétrole et le gaz du Canada, en particulier ceux de Terre-Neuve‑et‑Labrador, sont utilisés pour répondre à cette demande, car je crois qu'ils seront produits de la meilleure façon possible, c'est‑à‑dire par les personnes les plus ingénieuses et les plus compétentes, en accordant la plus grande attention à la sécurité et à l'environnement. C'est une mission qui s'étendra sur une ou trois générations.
J'ai une fille de 18 ans. Elle fait des études d'ingénierie et elle comprend cette complexité. C'est son choix. Elle va également se lancer dans le secteur pétrolier et gazier.
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Je vous remercie, monsieur le président. Je remercie également les témoins d'être ici aujourd'hui. Nous vous sommes très reconnaissants de vos contributions.
Madame Dovgal, compte tenu de tout ce que nous savons et des nombreux témoignages que nous avons entendus aujourd'hui, nous observons une certaine tension entre la réglementation normative et la réglementation objective et entre la modélisation et ses impacts, mais nous voyons aussi l'évolution de toutes ces composantes. Un scientifique de la NASA m'a dit, il y a quelque temps, que tous les modèles sont erronés, mais que certains sont utiles. Comment déterminer lesquels sont utiles?
Pourriez-vous nous dire comment, selon vous, la façon dont le gouvernement choisit des gagnants et des perdants et exerce une influence normative a une incidence sur les choix, comme le fait que les libéraux ont peut-être une affinité de plus en plus prononcée pour le pipeline Keystone? Comment pouvons-nous utiliser la réglementation objective pour éviter l'énorme gaspillage qui se produit lorsque le gouvernement choisit des gagnants et des perdants?
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J'aime beaucoup la façon dont vous avez formulé votre question, car les deux aspects qu'elle soulève, à savoir les mérites des modèles et l'utilisation que l'on en fait, sont liés entre eux.
J'y ai fait allusion tout à l'heure. Essentiellement, il faut que les modèles et les cadres stratégiques utilisés reflètent autant que possible la dynamique des systèmes dans le monde réel. Plus ils sont éloignés de la réalité, plus on s'éloigne des résultats qu'on souhaite obtenir.
Si les résultats en question concernent la réduction des émissions et qu'on se concentre uniquement sur la réduction des émissions en présumant que des technologies qui ne sont en réalité pas encore prêtes à être déployées à grande échelle sur le marché seront tout de même mises en œuvre, l'autre possibilité est la décarbonation par la désindustrialisation, qui entraîne un coût énorme.
Vous avez raison de dire que choisir des gagnants et des perdants n'est pas une solution, car cela ne tient pas compte du fonctionnement des marchés et de la manière dont les gouvernements responsables peuvent participer à la création de solutions conformes à l'économie des marchés.
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En ce moment, nous n'assistons pas à une transition énergétique, mais à une augmentation énergétique, car le monde ne fait qu'accroître la production d'énergie.
Les énergies renouvelables et l'hydroélectricité font partie des solutions, comme le confirment les statistiques à cet égard. Environ 17 % de la consommation totale d'énergie de la Colombie-Britannique et du Canada provient des énergies renouvelables. Cette proportion, je crois, correspond à celle observée à l'échelle internationale. Lorsqu'on tente de modifier l'ensemble du système, c'est comme si, par exemple, on tentait de modifier la composition de l'eau d'une piscine en se contentant d'y verser quelques verres d'eau. Dans cette situation, on n'obtiendrait pas les résultats décrits et intégrés dans les hypothèses établies au préalable.
Les coûts ne sont pas seulement des chiffres sur une feuille de calcul, car ils se traduisent par des conséquences réelles pour les gens dans leur vie quotidienne, et chaque personne a une expérience différente. Par exemple, la demande énergétique des ménages est inélastique, et ces gens sont donc de plus en plus durement touchés. Dans la composante industrielle de notre économie, c'est la productivité qui est touchée, comme votre collègue l'a mentionné plus tôt.
Monsieur Keating, il me reste environ une minute.
Je cite un extrait du plan stratégique d'OilCo pour la période allant de 2023 à 2025: « OilCo, de concert avec le gouvernement et les parties prenantes et partenaires de l'industrie, prend des mesures concrètes pour respecter l'engagement du Canada et de Terre‑Neuve‑et‑Labrador envers la carboneutralité. » D'abord, pourriez-vous transmettre au Comité un exemplaire de ce rapport?
Voici un autre passage, à la page 13: « OilCo aide l'industrie pétrolière et gazière et la province à atteindre la carboneutralité dans le secteur extracôtier. » Pourriez-vous fournir des exemples précis de solutions appliquées par OilCo pour atteindre la carboneutralité?
Je vous renvoie aussi à un objectif fixé au 31 décembre 2025 concernant des résultats à atteindre dans les énergies propres. Pourriez-vous fournir des solutions mises au point par OilCo au cours des deux dernières années?
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Oui. Je peux vous fournir ces documents.
Pour vous donner un exemple précis — je pourrais en donner plusieurs, mais le temps est limité —, nous avons soutenu l'inventaire des possibilités de captage, d'utilisation et de stockage du carbone au moyen de nos travaux géoscientifiques. Nous avons chargé des consultants indépendants d'étudier comment nous pourrions injecter des sources de carbone provinciales, nationales et internationales dans nos réservoirs.
Nous avons réalisé des études sur l'électrification des activités extracôtières, y compris à l'aide de l'hydroélectricité ou de l'éolien en mer. Nous avons examiné ce que pouvait faire l'intelligence artificielle pour augmenter l'efficacité et la rentabilité, et par le fait même la réduction des émissions.
Il y a toute une liste de choses que nous soutenons au moyen de nos groupes de recherche et de notre participation à des études conjointes.
Je tiens à remercier les témoins de nous avoir fait part de leurs observations. C'était vraiment agréable de vous recevoir.
Je remercie aussi les membres du Comité pour cette réunion productive.
Je suis heureux d'apprendre que M. Leslie a rajeuni, ou qu'il est encore jeune.
Des voix: Oh, oh!
Le président: J'espère que les députés de l'autre côté consulteront M. Leslie pour connaître ses trucs.
Mesdames et messieurs les témoins, vous pouvez partir.
[Français]
La prochaine réunion du Comité est prévue pour le 3 novembre. Nous allons commencer une nouvelle étude sur les véhicules électriques et recevoir des témoignages de hauts fonctionnaires pendant une heure. Le Comité se réunira ensuite à huis clos pour la deuxième heure.
Je vous souhaite à tous un très bon week-end et une joyeuse Halloween. Amusez-vous.
[Traduction]
Merci infiniment à tous.
La séance est levée.